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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 

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NËUVIËMË   SERIE 

TOME  XVI 


JOURNAL  ASIATIQI1E_^ 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES        ~ 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  À  L'HISTOIRE,  À  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LANGUES 
ET  À  LA  LITTÉRATURE   DES  PEUPLES  ORIENTAUX 


PAR  MM.  BARBIER  DE  METNARD,  A.  BARTH  ,  R.   BASSET 

CHATANIIES,    CLEBM0NT-6AIINBAU,    DROUIN ,    PBEB,    HAL^TT,    HASPERO 

OPPERT,    RIBBRS  DUTAL,    B.  SENART,  ETC. 

ET  PUBLIÉ  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 


NEUVIEME  SERIE 
TOME  XVI 


PARIS 

IMPRIMERIE    NATIONALE 

ERNEST  LEROUX,  ÉDITEUR 

ROE  BONAPAKTE,  2  8 

MDCCCC 


JOURNAL  ASIATIQUE. 


JUILLET-AOÛT  1900. 


PROCES-VERBAL 

DE   LA  SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  19  JUIN  1900. 


La  séance  est  ouverte  à  3  heures  et  demie  sous 
la  présidence  de  M.  Emile  Senart,  vice-président, 
par  empêchement  de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Etaient  présents  : 

MM.labbé  J.-B.  Chabot,  J.  Halévy,  abbé  F.  Nau, 
L.  Bouvat,  Riibens  Duval,  de  Charencey,  Barth, 
Huber,  Foucher,  Vissière,  Weil,  Aymonîer,  Chîi- 
vannes ,  Farjenel ,  Schwab  ,  Mondon  -  Vidailhet , 
L.  Feer,  Specht,  Gaudefroy-Demombynes,  Houdas, 
membres. 

Drouin,  secrétaire  adjoint. 

Lecture  est  donnée  du  procès-verbal  de  la  séance 
générale  du  20  juin  1899  et  du  procès-verbal  de 
la  séance  mensuelle  du  1 1  mai  1900.  La  rédaction 
en  est  adoptée. 

M.  le  Président  rappelle  que,  depuis  la  dernière 
séance  annuelle,  quatre  membres  de  la  Société  sont 


6  JUILLET-AOCT  1900. 

décédés  :  MT  de  Harlez,  MM.  G.  Devéria,  Tabbé 
Quentin  et  Léon  Cahun.  S  associant  aux  paroles 
déjà  prononcées  par  M.  Barbier  de  Meynard  dans 
une  précédente  réunion  mensuelle,  M.  Senart  ex- 
prime à  nouveau  les  regrets  qu  mspire  à  la  Société 
asiatique  la  perle  de  ces  membres. 

M.  R.  Duval  lit  le  rapport  de  la  Commission  des 
censeurs  sur  les  comptes  de  Texercice  1899.  ^'  '^ 
Président  remercie,  au  nom  de  la  Société,  MM.  les 
censeurs  et  les  membres  de  la  Commission  des 
fonds. 

Est  reçu  membre  de  la  Société ,  M.  Chauvin 
(Victor)  professeur  d'arabe  à  l'Université  de  Liège 
(Belgique),  présenté  par  MM.  Barbier  de  Meynard 
et  Schwab. 

M.  Foucher  présente  à  la  Société  l'exemplaire 
d'un  ouvrage  qu'il  vient  de  publier  sous  le  titre  de  : 
Études  sur  l'Iconographie  bouddhique  de  Vlnde,  d'après 
des  documents  nouveaux  (in^S**,  Paris,  E.  Leroux, 
1 900  )  formant  le  XIII*  volume  de  la  Bibliothèque 
de  l'Ecole  des  hautes-études,  section  des  Sciences 
religieuses.  A  cette  occasion ,  M.  Foucher  indique 
la  méthode  et  les  moyens  pratiques  pour  distingue j* 
les  unes  des  autres,  les  statuts  et  images  des  divers 
Bouddha,  Boddhisatva  et  des  divinités  mâles  et  fe- 
melles bouddhiques. 

M.  Farjenel  lit  un  Mémoire  sur  Vidée  de  nature 
dans  la  philosophie  de  V École  confucéenne. 


SÉANCE  Générale:  .  7 

M.  l'abbé  F.  Nau  donne  communication  d'une  no- 
tice sur  Amatas,  disciple  d* Antoine. 

Ces  deux  mémoires  seront  imprimés  dans  le  Jour- 
nal  asiatique.  (Voir  ci-après,  p.  i  4  et  p.  2  3). 

Sont  oBFerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Aymonîer,  un  exemplaire  de  son  article 
sur  les  Inscriptions  modernes  d'Angkor  Vat,  etc.,  qui 
a  paru  dans  le  Journal  asiatique. 

Par  M.  labbé  Nau,  deux  notices  sur  Henry  et  Go- 
defroy  de  Ascha  (Belgique)  d'après  deux  documents 
syriaques  du  xii'  siècle  et  un  article  extrait  des 
Analecta  Bollandiana  intitulé  :  Les  martyres  de  saint 
Léonce  de  Tripoli  et  de  saint  Pierre  d'Alexandrie, 
d'après  les  sources  syriaques. 

Il  est  ensuite  procédé  au  dépouillement  des  votes 
pour  la  nomination  des  membres  du  Bureau  et  du 
Conseil*  Les  membres  sortants  sont  réélus  à  l'una- 
nimité. 

La  Séance  est  levée  à  5  heures  el  demie. 


JUILLKT-AOÛT   1900 


RAPPORT 
DE   LA   COMMISSION   DES    CENSEURS 

SUU   lES   COMPTES  DE  L^EXERCICE   1899, 
LU  DANS  LA  SEANCE  GENERALE  DU    19  JUIN  19OO. 


Messieurs, 

Les  finances  de  la  Société  se  maintiennent  dans  Tétat  pros- 
père qui  leur  est  assuré  par  la  vigilante  administration  de  la 
Commission  des  fonds.  Les  recettes  de  Texercice  1 899  ont 
été  de  22,555  fr.  43,  et  les  dépenses,  de  2i,o3i  fr.  54. 
Comme  les  années  précédentes,  les  recettes  ont  dépassé 
d*une  manière  importante  les  dépenses  ordinaires  et  ont 
fourni  un  excédent  qui  a  permis  de  faire  face  aux  dépenses 
extraordinaires.  Cet  excédent  a  été  entièrement  consacré 
en  1899,  à  ^®*  publications  scientifiques  :  7,624  fr.  55  pour 
rimpression  du  IIP  volume  du  Mahâvasta  ;  600  francs  pour 
la  subvention  accordée  à  la  publication  de  Se-ma-tsien  ; 
et  5oo  francs  pour  la  subvention  votée  pour  la  publication 
du  Mostatraf,  Les  acquisitions  de  livres  et  la  reliure  des 
volumes  brochés  ont  réclamé  690  fr.  75.  Le  payement  de 
ces  sommes  a  été  effectué  sans  qu'un  retrait  des  fonds  dé- 
posés à  la  Société  Générale  devint  nécessaire.  Ces  fonds  ont 
reçu,  au  contraire,  une  augmentation  notable;  ils  s'élevaient 
au  3i  décembre  1898, à  16,878  fr.  o3  et,  au  3i  décembre 
1899,  ^  18,555  fr.  64. 

Le  fonds  de  réserve  est  demeuré  staHonnaire.  Quatre 
obligations  de  l'Est  nouveau  et  une  obligation  Communale, 


RAPPORT  DES  CENSEURS  9 

sorties  au  tirage  au  sort,  ont  été  remplacées  par  des  titres 
de  même  nature  et  en  même  nombre. 

Les  censeurs,  Messieurs,  croient  digne  de  tous  éloges  le 
judicieux  emploi  qui  a  été  fait  des  capitaux  disponibles  pen- 
dant le  dernier  exercice.  Les  revenus  de  nos  valeurs  de 
réserve  sont  maintenant  très  suffisants  pour  faire  face  aux 
dépenses  imprévues  ;  il  n'est  donc  pas  urgent  de  les  accroître. 
Au  contraire,  consacrer  les  fonds  libres  à  des  publications 
orientales,  c'est  répondre  à  Tesprit  de  notre  Société. 

R.    DUVAL.     0.    HOUDAS. 


10  JUILLET-AOÛT  1900, 


RAPPORT  DE  M.  SPECHT, 

AU  NOM  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS , 

ET  COMPTES  DE   L'ANNÉE  1899. 


Messieurs, 

Nos  dépenses  ont  été,  cette  année,  plus  fortes  par  suite 
des  frais  d*impression  du  IIP  volume  du  Mahâvastu  et  de 
la  subvention  à  la  seconde  partie  du  III'  volume  de  Sema- 
ts'ieii.  Les  frais  ont  été  de  2i,o3i  fr.  54,  tandis  que  dans 
les  années  1896  à  1897  ils  n'atteignaient  environ  que 
1 3,000  francs.  Notre  Collection  des  auteurs  orientaux,  il 
est  vrai ,  s'est  augmentée  d'un  nouveau  volume.  11  y  a  eu  peu 
de  changement  dans  les  recettes.  On  a  encaissé  2  2,555  fr.  43  ; 
en  1898,  on  avait  reçu  21, 790  fr.  59. 

La  différence  provient  surtout  de  la  rentrée  des  cotisations 
arriérées  qui  ont  été  de  60  au  lieu  de  2 1 . 

Quatre  obligations  de  l'Est  et  une  obligation  Communale 
1 880  sont  sorties  ;  on  a  racheté  les  mêmes  valeurs  afin  que 
nous  ayons  le  même  nombre  d'obligations. 

Vous  remarquerez  que  la  souscription  du  Ministère  de 


RAPPORT  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS.  11 

l'instruction  publique  est  portée  seulement  pour  i,5oo  francs, 
mais  elle  a  été  comme  les  autres  années  de  2,000  francs. 
De  nouvelles  formalités  administratives  pour  l'encaissement 
ont  empêché  de  recevoir  avant  le  3i  décembre  le  quatrième 
trimestre  de  la  souscription. 


12  JUILLETAOÛT  1900. 


COMPTES  I 


DEPENSES. 

Honoraires  de  M.  E.  Leroux,  libraire,  pour  le  recouvre- 
ment des  cotisations 626'  00° 

Frais  d  envoi  du  Journal  asiatique. 878  00 

Ports  de  lettres  et  de  paquets  reçus l\i   ho 

Frais  de  bureau  du  libraire 8100 

Dépenses  diverses  soldées  par  le  libraire 287   10 

Honoraires  du  sous-bibliothécaire 1,200  00     \ 

Service  et  ëtrennes 222  00 

Chauffage,  éclairage,  frais  de  bureau 1G2   5o 

Reliure  et   achat  de  livres  nouveaux    pour  compléter  \  »»>. 

les  collections 690  75     '        ^ ''  '      ^^ 

Contribution  mobilière 76  00 

Contribution  des  portes  et  fenêtres 17  45 

Assurance 67  5o 

Frais  d*impression  du  Journal  asiatique  en  1898 7)946  75 

Indemnité  au  rédacteur  du  Journal  asiatique G 00  00 

Frais  d*impression   du    troisième   volume   du    Mahâ-  \       16,671    3o 

vastu .    7,524  55 

Subvention  de  la  seconde  paitic  du  troisième  volume 

de  Se-ma-ts*ien 600  00 

Subvention  au  Mostatraf 5oo  ôo 

Société  générale.  Droits  de  garde ,  timbres ,  ctc 111   54 

Total  des  dépenses  de  1899 21  ,o3 1   54 

Achat  d*une  obligation  communale  1880 497   28 

Achat  de  4  obligations  Est  nouveau  3   p.  0/0 1,828  55 

Espèces  eu  compte  courant  à  la  Société  générale  au  3 1  décembre  1 899 .       1 8,555  56 

Ensemble /(i,9i2  93 


RAPPORT  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS.       13 


NEE   1899. 


RECETTES. 

ans  de  1899 3,750' oo* 

08  arriérées 1,800  00 

)  à  vie. . . 700  00 

oients  au  Journal  atiatiqae 2,6^0  00 

lublications  de  la  Société 421   45 

fonds  placés  : 

e  sur  rÉtal  3  p.  0/0 i  ,800  00 

—         —     3  1/2  p.  0/0 35o  00 

Sanguinciti  (  en  rente  3  1/2  p.  0/0  ) 3 1 8  00 

bligations  de  TEst  (3  p.  0/0) 268  88 

3liga(ions  de  l'Est  (nouveau).  [3  p.  0/0]. . .  288  00 

bligations  d'Orléans  (3  p.  0/0) 864  00 

bligations  Lyon-fusion  (3  p.  0/0]  ancien. .  779  45 

—               —               —          nouveau.  537  68 

bligations  de  l'Ouest 864  00 

iligations  Crédit  foncier  i883  (3  p.  0/0). .  i,io5  00 

ligations  (  coupons  arriérés .    1 1 5'  00  )  -    o 

"  1880.   (  2«  semestre 60  3o  j  *  '  ^7^  -^o 

ïligations  Est- Algérien  (  3  p.  0/0] 432  00 

bligations  Méchéria  (  2*  semestre) 67425 

ligations  de  la  C'*  des  wagons-lits 1 4o  00 

igation  des  Messageries  maritimes i5  82 

Ligations  Omnium  russe  (  4  p*  0/0  ) 60  00 

fonds  disponibles  déposés  à  la  Société  gè- 

f 71   60 

I  du  Ministère  de  rinstruction  publique. . .  i,5oo  00 
lé  par  rimprimerie  nationale  (pour  1898) 


9.3ii'45« 


8,7^3  98 


4,5oo  00 


vement  des  frais  d'impression  du  Joamal 
3,000  00     ) 

des  recettes  en  1899 22,555  43 

lent  de  4  obligations  de  l'Est  nouveau 1,982   47 

lient  d'une  obligation  communale  1880 497   00 

compte  courant  à  la  Société  (fénérale  au  3 1  décembre  de 

récédentc  (1898) '. 16,878  o3 

égal  aux  dépenses  et  à  reiicaiss::  au  3 1  dêccmljrc  1  Ji jy. .  .      4 1  <9 1 2   gS 


14  JUILLET-AOÛT    1900. 


ANNEXES  AU  PROCES-VERBAL. 


L'IDÉE   DE  NATURE  DANS  LA   PHILOSOPHIE 
DE  L'ÉCOLE  CONFUCÉENNE. 

Traduire  d'une  langue  dans  une  autre  langue ,  les  expres- 
sions ontologiques  ou  métaphysiques  est  toujours  une  tâche 
difficile.  Les  idées  que  ces  expressions  renferment  sont  si 
subtiles ,  si  peu  saisissables ,  les  mots  dont  elles  se  composent 
se  prennent  le  plus  souvent  en  tant  d'acceptions  diverses 
qu'on  court  le  risque  de  tomber,  à  leur  sujet ,  dans  les  plus 
graves  erreurs. 

Cette  observation  s'applique  tout  particulièrement  à  la 
traduction ,  dans  une  langue  phonétique  des  idées  exprimées 
par  les  caractères  d'une  écriture  idéographique  comme 
l'écriture  chinoise. 

D'autre  part,  la  nature  spéciale  de  la  langue  écrite  chi- 
noise expose  le  traducteur,  pour  peu  que  celui-ci  ne  se  défie 
pas  constamment  de  lui-même ,  à  trouver  dans  les  textes  im- 
porta nts,  non  pas  les  idées  que  les  auteurs  ont  voulu  réel- 
lement exprimer,  mais  bien  ceUes  qu'il  désire  y  trouver  pour 
justifier  ses  propres  hypothèses.  Dans  l'histoire  des  études 
sînologiques  il  ne  manque  pas  d'exemples  de  ces  mésaven- 
tures. 

On  ne  saurait  donc  étudier  avec  trop,  de  soins ,  pour  les 
bien  définir,  les  caractères  chinois  qui  ont  un  rôle  important 
dans  la  langue  philosophique. 

En  vue  de  faciliter  le  travail  aux  étudiants  qui  s'efforcent 
de  posséder  les  classiques ,  nous  nous  proposons  ^  dans  cette 
très  rapide  étude ,  d'examiner  le  sens  profond  d'un  caractère 
qui  revient  souvent  sous  le  pinceau  des  commentateurs,  le 
caractère  '^  ,  sîng,  que  nous  rendons  par  le  mot  «  nature  ». 


ANNEXE  AU  PROCÈS-VERBAL.  15 

«Se  conformer  à  la  nature,  suivre  la  nature,  c'est  la  loi  de 
rhomme  » ,  nous  disent  tous  les  philosophes  moralistes  ;  mais 
qu'est-ce  que  les  auteurs  chinois  entendent  par  là  ?  Le  mot 
nature  rend -il  bien  exactement  l'idée  chinoise?  Voilà  la 
(piestion. 

D'abord,  ne  ferions-nous  pas  bien  de  nous  demander  à 
nous-mêmes  ce  que  nous  entendons  par  la  Nature? 

Littré  trouve  à  ce  mot  vingt-neuf  acceptions  différentes , 
dont  une  vingtaine  environ  ont  un  sens  philosophique.  La 
Nature ,  c'est ,  tantôt  l'ensemble  de  tous  les  êtres  qui  com- 
posent l'Univers,  tantôt  Tordre  établi  dans  l'Univers,  ou 
l^^stème  des  lois  qui  président  à  l'existence  des  choses  et 
a  la  succession  des  êtres,  tantôt  une  sorte  de  personnifi- 
cation de  l'ensemble  de  ces  lois,  tantôt  ce  qui  constitue 
tout  être  en  général ,  créé  ou  incréé ,  ou  encore  l'essence , 
la  condition  propre  d'un  être  ou  d'une  chose;  bref,  ou 
peut  faire  un  choix  dans  les  vingt  sens  différents  que  lui 
ont  donné  nos  meilleurs  auteurs;  mais  le  sens  qui  nous  pa- 
raît être  le  plus  généralement  adopté  est  celui  que  Littré 
définit  .-«Ensemble  des  propriétés  qu'un  être  vivant  tient 
de  sa  naissance,  de  son  organisation,  de  sa  conformation 
primitive ,  par  opposition  à  celle  qu'il  peut  devoir  à  l'art.  » 

Le  mot  chinois  '^  sing,  n'a  point  cette  multiplicité  de  sens , 
qui  prête  à  de  si  faciles  confusions,  il  est  beaucoup  plus 
précis  que  celui  du  mot  par  lequel  nous  le  traduisons. 

Si  nous  examinons  les  éléments  idéographiques  de  ce  ca- 
ractère nous  constatons  qu'ils  sont  au  nombre  de  deux  :  l'un 
est  le  signe  symbolique  du  cœur,  de  l'esprit,  de  l'àme; 
l'autre ,  le  symbole  de  la  production  de  la  vie.  La  réunion  de 
ces  deux  éléments  exprimerait  donc,  à  elle  seule,  l'idée 
d'âme  vivante. 

Or,  c'est  en  effet,  bien  là  en  quelque  sorte  l'idée  pro- 
fonde, essentielle,  exprimée  par  le  caractère  sing  *^;  la  na- 
ture est  comme  une  âme  qui  informe  tout;  c'est  un  principe 
dirigeant  une  force  d'essence  différente  de  la  matière  qui  agit 


16  JUÏLLET-AOÛT  1900. 

dans  les  êtres  et  particulièrement  dans  rhommc,  c*est  le 
moteur  secondaire  du  développement  harmonique  des  êtres 
dans  l'ordre  physique  et  dans  Tordre  moral. 

Pour  bien  comprendre  cette  idée ,  les  philosophes  chinois 
l'analysent  avec  un  grand  soin  en  considérant  la  Nature ,  en 
elle-même,  dans  son  essence  et  dans  son  principe  ou  en 
acte  au  sein  des  êtres. 

Toute  Técole  confucéenne,  pose  d'abord,  comme  une 
vérité  indiscutable,  que  tout  vient  du  Ciel;  le  Ciel  est  le  prin- 
cipe premier  de  toutes  choses ,  la  nature  en  vient  comme  le 
reste.  Pour  connaître  très  exactement  le  sens  du  mot  ^ 
«  Nature  » ,  il  semble  qu'il  nous  faudrait  définir  d'abord  ce 
que  les  Chinois  entendent  par  le  Gel ,  et  rouvrir  ici  d'inter- 
minables discussions;  mais  cela  n'est  pas  nécessaire,  il  suffit 
à  notre  démonstration  de  considérer  le  Ciel ,  comme  le  pre- 
mier principe  des  choses ,  sans  plus ,  ainsi  que  le  font  ordi- 
nairement tous  les  auteurs  chinois. 

«  Le  Ciel ,  nous  dit  Tchou-hi ,  le  plus  renommé  des  com- 
mentateurs, au  moyen  de  la  force  en  puissance  et  en  acie 
dans  la  matière,  au  moyen  des  cinq  éléments  crée  tous  les 
êtres;  la  matière  employée  pour  former  les  corps  visibles 
ainsi  que  le  principe  immatériel  formel,  viennent  l'un  et 
l'autre  du  Ciel*  »  et  plus  loin  il  ajoute  que  la  nature  est  une 
seule  et  même  chose  que  ce  principe  înunatériel. 

Les  commentateurs  les  plus  récents  tiennent  le  même 
langage.  Une  glose  très  complète  et  très  étendue,  due  aux 
travaux  de  plusieurs  lettrés  et  qui  figure  dans  la  grande 
édition  officielle  des  Sea-Chou  publiée  en  la  8*  année  de 
l'Empereur  actuel,  Koang-Siu,  nous  fournit  à  cet  égard  de 
précieuses  indications  sur  la  pensée  philosophique  des  let- 
trés modernes. 

Voici  comment  ce  commentaire  explique  le  processus  de 
la  nature. 

«  Ce  qui  du  Ciel  subsiste  par  soi  est  appelé  :  «  voie  céleste  »; 
'  TcHou-Hi,  Commentaire  du  Tchounif-iouny,  chap.  i"' 


ANNEXE  AU  PROCES-VERBAL.  17 

lorsque  le  Ciel  communique  ses  dons  à  tous  les  êtres:  (son 
acte)  est  appelé  T'ien  miny  3Ç  i^*  "  Ordre  céleste*.  » 

Ainsi,  l'acte  par  lequel  le  Ciel  va  produire  sa  puis- 
sance au  dehors  est  un  ordre.  Tchou-hi  l'avait  déjà  fait  re- 
marquer avec  soin ,  et  afin  qu'aucune  confusion  ne  fut  pos- 
sible sur  ce  point,  il  expliquait  le  caractère  Ming  j^ ,  qui 
comporte  par  lui-même  l'idée  d'une  conmiunication  de  puis- 
sance ,  par  le  caractère  ^  ling  qui  exprime  particulièrement 
le  commandement;  caractère  que  l'on  trouve  à  la  fin  des 
édits  et  des  proclamations  de  Tautorité  publique  et  que  l'on 
traduit  communément  par  l'impératif  :  obéissez! 

«  Le  Ming  «  Ordre  »,  nous  disent  les  commentateurs ,  est 
semblable  à  l'acte  par  lequel  la  Majesté  impériale  confère 
une  charge,  tandis  que  le  Sing,  ou  Nature,  est  équivalent 
à  la  puissance  dont  le  magistrat  est  devenu  dépositaii'e. 

«  Ce  Ming ,  cet  ordre  exprime  le  principe  primordial ,  la 
vertu  active  du  Ciel  qui  développe  les  choses ,  fait  le  bien  et 
aussi  les  éléments  des  choses;  les  quatre  saisons,  les  cinq 
éléments,  les  diverses  catégories  des  êtres  viennent  de  lui 
conune  de  leur  source  *.  » 

Avant  de  se  manifester  au  dehors ,  la  Nature  existe  donc 
en  puissance  dans  le  commandement  céleste;  elle  y  est 
comme  une  sorte  de  pensée ,  de  détemiination ,  de  plan  pré- 
conçu ,  aussi  nous  est-il  permis  de  dire  qu'elle  esl  alors  la 
raison  des  choses  futures. 

Ainsi  envisagée ,  la  Nature  est  toute  bonne  sans  mélange  de 
mal;  en  ce  qui  concerne  l'homme  par  exemple  elle  est  le  principe 
immatériel  dirigeant  de  l'humanité,  de  la  justice,  de  l'ordre, 
de  la  prudence ,  des  lois ,  de  toutes  les  choses  et  de  tous  les 
êtres  ^.  » 


'  Glose  du  i"'  chap.  du  Tcliouiiy-iounj. 
•'  Ibid. 
'  Ibid. 

\VI. 


18  JUILLET-AOUT   1900. 

Elle  existe  alors  au  sein  de  rinnommë,  au  sein  du  prin- 
cipe primordial. 

«Lorsque,  dit  le  commentaire,  les  hommes  et  les  choses 
n*ont  pas  encore  reçu  la  vie,  le  principe  immatériel  qui  ne 
peut  qu'être  nommé  constitue  la  Nature,  bien  qu'il  n'ait 
pasr  encore  reçu  de  nom.  Ceci ,  considéré  dans  le  Ciel ,  se 
désigne  sous  le  nom  de  Ming  «  ordre*  ». 

La  Nature  existe  donc  d'abord  dans  l'Innommé,  sans  au- 
cune manifestatien  extérieure. 

Ici ,  il  nous  faut  ouvrir  une  courte  parenthèse  pour  mieux 
exposer  la  pensée  subtile  des  docteurs  chinois,  de  l'école 
officielle.  Lorsque  ceux-ci  envisagent  le  premier  principe 
des  choses ,  vivant  en  lui-même ,  sans  aucune  manifestation 
phénoménale ,  ils  le  désignent  par  des  expressions  dont  le 
sens  est  exactement  1'*  Innommé  ». 

Ce  principe  primordial  est  innommé,  parce  qtie,  seul 
existant,  aucune  intelligence  ne  se  trouve  en  dehors  de  lui 
pbuT  le  concevoir,  aucune  bouche  Immaine  n'existe  pour 
lui  donner  un  nom;  tandis  que,  s'il  a  déjà  manifesté  sa  puis- 
sance en  communiquant  aux  êtres  la  vie  et  le  mouvement, 
les  hommes  existant ,  ceux-ci  peuvent  le  concevoir  et  donc 
le  nommer. 

Cest  ainsi  que  les  docteurs  actuels  de  l'école  confucéenne 
reprennent  la  méthode  d'exposition  philosophique  de  Lao- 
tzeu  lui-même,  telle  qu'on  la  trouve  dans  le  premier  chapitre 
du  Tao-te-kincf, 

Quoi  qu'il  en  soit ,  pour  les  métaphysiciens  chinois ,  la  na- 
ture est  dans  son  essence  un  principe  céleste,  une  vue  in- 
terne du  Ciel  qui  conçoit  l'ordre  futur  du  développement 
ultérieur  des  choses.  Telle  est  la  nature  en  puissance. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  considérer  le  moment  précis 
où  la  Nature  conçue  dans  le  sein  de  l'Innommé  passe  de  la 
puissance  à  l'acte  ;  nous  serions  entraînés  trop  loin  de  notre 

'  Glose  du  i"""  clia|).  du  Tchoumj-iounif. 


ANNEXE  AU  PROCES- VERBAL.         19 

étude  par  la  néce»Bité  d'exposer  le»  hésitations  et  les  contra- 
dictions de  lontologie  chinoise,  H  nous  suffit  de  considérer 
le  principe  céleste  lorsqu'il  s'est  réalisé  dans  les  choses ,  lors- 
qu'il poursuit  le  cours  de  ses  développements  dans  l'ordre 
physique  et  moral. 

Dans  l'ontologie  chinoise ,  l'intrinsèque  des  choses  se  com- 
pose de  deux  éléments  :  la  matière  et  le  principe  imma- 
tériel formel  J^  U;  c'est  ce  principe  qui,  venant  du  Ciel, 
anime  tous  les  êtres  et  les  pousse  dans  leur  voie.  Or  la  na- 
ture, ^  sing,  n'est  autre  que  ce  principe  supérieur  et  vivi- 
fiant qui  anime  tout  et  fait  développer  toutes  choses  dan 
l'ordre. 

«  C'est  lui  qui  fait  que  les  abeilles  et  les  fourmis  vivent 
dans  un  ordre  qui  rappelle  les  lois  civiles  des  hommes  ;  c'est 
hû  qui  fait  que ,  malgré  leur  férocité ,  les  tigres  et  les  loups 
ont  des  sentiments  paternels  pour  leur  progéniture;  c'est 
lui  également  qui  préside  à  la  révolution  des  saisons,  à  la 
naissance  et  à  la  mort  des  plantes;  c'est  lui  enfin  le  prin- 
cipe dirigeant  de  l'âme  humaine  \  » 

Ce  principe  *est  essentiellement  bon,  en  raison  de  son 
origine ,  et  aussi  de  sa  fin  qui  est  Tordre. 

Lorsqu'ils  considèrent  l'homme,  être  libre,  la  nature  est 
bonne,  aiment  à  dire  les  Chinois;  ils  ne  font  en  cda  que 
suivre  les  idées  du  célèbre  Meng-tzeu,  qm  prétendait  que 
la  Nature  est  intrinsèquement  bonne  sans  aucun  mélange 
de  mal. 

Bien  que  les  idées  de  Meng-tzeu  sur  ce  point  fussent  con- 
testées par  plusieurs  philosophes,  et  notanunent  par  Siun- 
tzeu,  qui  vivait  au  m'  siècle  avant  notre  ère,  l'idée  de  la 
bonté  radicale  de  la  Nature  a  toujours  prévalu.  Si  quelques 
auteurs  modernes  parient  quelquefois,  dans  leurs  œuvres 
philosophiques ,  de  la  nature  mauvaise  de  l'homme ,  ils  n'at- 
tribuent pas  au  principe  formel  les  mauvaises  qualités  de  la 

Commentaire  du  Tcliouny-ioany ,  ^hap.  i"'. 


20  JUILLET-AOÛT    1900. 

matière  ;  ils  donnent  alors  seulement  au  composé  le  nom  de 
Nature,  comme  nous  le  faisons  ordinairement  dans  nos 
langues  occidentales ,  alors  que  ce  nom  est  surtout  et  avant 
tout ,  dans  le  vocabulaire  philosophique  chinois ,  celui  d  un 
seul  des  éléments  :  l'élément  immatériel  formel.  C'est  ainsi 
qu'on  l'entend  ordinairement  dans  les  classiques  et  dans 
presque  tous  les  conunentaires.  Voilà  pourquoi  les  mots  *j^ 
^  ^  sing-pemi-chen ,  c'est-à-dire  :  la  Nature  est  radicalement 
bonne,  forment  un  aphorisme  courant. 

Or,  ce  qui  fixe  le  sens  des  mots  dans  une  langue,  c'est 
l'usage  général  et  non  pas  l'emploi  spécial  qu'en  ont  pu  faire 
tels  ou  tels  auteurs  particuliers. 

La  nature  est  donc  un  principe  de  bien  qui  informe  l'àme 
humaine  comme  tout  le  reste.  Comment  donc  se  fait-il  que 
l'homme  ne  soit  pas ,  par  suite ,  toujours  bon  ?  car  les  mora- 
listes chinois  constatent ,  tout  comme  les  nôtres ,  la  malice 
humaine. 

Il  faut  d'abord  distinguer  les  deux  catégories  d'hommes, 
que  les  psychologues  chinois  mettent  soigneusement  à  part  ; 
d'un  côté,  les  hommes  ordinaires  qui  ne  se  conforment  pas 
complètement  à  la  Nature  ;  de  l'autre ,  les  saints. 

Les  premiers  sont  arrêtés  dans  leur  élan  vers  la  perfection 
naturelle  par  la  matière ,  par  la  concupiscence ,  ou ,  pour  tra- 
duire plus  littéralement,  «par  l'égoïsme  du  désir  humain». 
Les  mauvais  désirs  crient  dans  leur  cœur,  et  les  empêchent 
d'écouter  la  voix  de  la  nature  qui  leur  commande  toujours 
le  bien  :  le  bien ,  c'est-à-dire  le  développement  de  toutes  leurs 
facultés  en  conformité  avec  l'ordre  universel. 

Tchou-hi  semble  croire  que  l'influence  de  la  matière  est 
si  pernicieuse  sur  les  hommes ,  qu'il  y  en  a  qui  perdent  tota- 
lement la  connaissance  des  vérités  naturelles. 

«Les  éléments  constitutifs  de  la  matière,  dit-il,  sont  in- 
capables de  rester  en  harmonie,  c'est  pourquoi  tous  les  hommes 
ne  peuvent  avoir  le  moyen  de  connaître  les  lois  de  leur  na- 
ture 1.  » 

'   PiTl'acc  du  Tu-hiu. 


ANNEXE  AU  PROCÈS-VERBAL.  21 

Cette  ignorance  est  une  faiblesse.  Comment  fera  l'homme 
pour  s'élever  au  bien ,  s'il  ne  peut  le  connaître  par  lui-même , 
et  si  la  ma lière  étouffe  en  lui  toutes  ses  bonnes  aspirations? 

Le  célèbre  commentateur  est  convaincu  que  l'homme ,  dans 
sa  détresse  morale ,  n'a  d'autre  ressource  que  le  secours  du 
Ciel. 

«  Lorsque ,  dit-il ,  T Unité  parfaite  qui  possède  la  perspica- 
cité, la  réflexion,  la  sagesse,  et  qui  est  capable  de  se  con- 
former complètement  à  sa  propre  nature,  sort  d'elle-même, 
alors  le  Ciel  la  communique  nécessairement,  afin  qu'elle 
constitue  le  prince  de  tous  les  hommes ,  la  règle  du  bon  gou- 
vernement de  tous  les  magistrats  et  qu'elle  forme  les  hommes 
dans  la  pratique  de  la  saine  doctrine ,  pour  que  tous  retournent 
à  leur  nature  1.  » 

Moyennant  ce  secours  céleste ,  qui  l'éclairé  et  le  soutient , 
l'homme  ordinaire,  celui  qui  fait  partie  du  commun  des 
mortels ,  pourra  tendre  au  bien ,  il  pourra  s'efforcer  de  se 
conformer  à  la  Nature  ;  mais ,  malgré  cette  bénévole  commu- 
nication que  l'Unité  parfaite  fait  de  sa  perfection  aux  honmies , 
ceux-ci  n'en  reçoivent  pas  une  participation  suflisante  pour 
être  tout  à  fait  vertueux.  La  perfection  naturelle  est  pour  eux 
un  but  vers  lequel  ils  tendent ,  mais  qu'ils  ne  peuvent  atteindre 
tout  à  fait.  Le  secours  céleste  est  une  sorte  de  grâce  insuf- 
fisante qui ,  si  elle  les  soutient  dans  une  certaine  mesure ,  ne 
leur  permet  pas  de  jamais  parvenir  au  sommet  de  la  perfec 
tion  morale ,  qui  constitue  l'accomplissement  entier  de  la  loi 
natureUe. 

Tout  autre  est  le  saint.  En  lui ,  au  contraire ,  le  principe 
céleste  agit  toujours  avec  tant  de  force  et  de  continuité ,  que 
le  saint  se  conforme  à  la  Nature  sans  aucun  effort;  il  est 
comme  soutenu,  porté  par  cette  action  céleste  qui  rend 
vaines  pour  lui  les  imperfections  de  la  matière. 

«  Seul  dans  le  monde,  dit  le  texte  même  du  Tchoung-ionng, 

'   Prrfaco  ctii  Ta-hio ,  par  Tchou-hi. 


22  JUILLET-AOÛT  1900. 

le  très  parfait  peut  se  conformer  complètement  à  sa  propre 
nature  ;  par  conséquent ,  il  peut  se  conformer  à  la  nature  de 
tous  les  hommes ,  à  celle  des  choses  ;  il  participe  par  là  même 
à  la  vie  universelle  et  forme  une  trinité  dans  son  union  active 
avec  le  Ciel  et  la  Terre  \  » 

Tchou-tzeu  dit  à  son  tour  :  «  La  vertu  du  saint  est  totale , 
eUe  se  tient  dans  la  voie  céleste  comme  la  raison  du  Ciel 
qui  est  parfaite ,  entière ,  sans  défaut ,  qui  n'est  assistée  par 
personne,  soit  quelle  pense,  soit  qu*elle  agisse,  et  qui  se 
tient  avec  la  plus  grande  facilité  dans  le  milieu  de  la  voie  *.  » 

Tous  les  autres  commentateurs  des  classiques  tiennent  le 
même  langage  sur  Téminente  vertu  du  saint.  Tous  s'attachent 
à  démontrer  que  le  saint  seul ,  parce  qu'il  participe  pleinement 
à  la  vertu  active  du  Ciel ,  peut  se  conformer  à  la  nature ,  c'est- 
fi:dire  au  principe  d'ordre  universel  conçu  dans  le  Ciel  lui- 
même. 

Mais  où  sont  les  saints,  ces  hommes  d'une  perfection  si 
grande  qu'elle  est  presque  divine  ?  Les  philosophes  chinois 
ne  sont  pas  embarrassés  par  cette  question ,  car  ils  ne  recon- 
naissent la  sainteté  qu'à  un  tout  petit  nombre  de  personnages 
dont  plusieurs  sont  légendaires ,  et  dont  le  dernier  en  date 
est  Confucius  lui-même.  Ils  ne  courent  pas  ainsi  le  risque 
d'être  contredits  par  Texpérience. 

Dans  tous  les  cas ,  ils  s*accordent  tous  à  placer  l'idéal  de 
la  sainteté  dans  la  conformité  parfaite  des  actes  himiains  avec 
le  Sing  ou  Nature;  tandis  que,  pour  eux,  la  faiblesse,  l'im- 
perfection humaine  consistent  à  ne  pouvoir  se  conformer  à 
cette  même  nature. 

Ceci  nous  permet  finalement  de  bien  comprendre  le  sens 
du  mot  tt  sing,  dans  la  langue  philosophique  chinoise,  et 
et  nous  montre  que  l'idée  exprimée  par  ce  mot  ne  correspond 
pas  exactement  au  mot  «  Nature  »  par  lequel  nous  traduisons 
le  terme  chinois. 

'    Tchouncf-ioung ,  chap.  xxii. 

'  TcHoi'-ni.  Commentaire  du  xx'  chapitre  du  Tchoung-iounfjf. 


ANNEXE  AU  PROCÈS-VERBAL.  â3 

Tandis  que ,  dans  notre  langue ,  le  mot  «  Nature  »  exprimé 
le  plus  souvent  l'ensemble  des  propriétés  qu'un  être  tient 
de  sa  naissance,  que  ces  propriétés  soient  bonnes  ou  mau- 
vaises, dans  la  langue  chinoise,  au  contraire  »  le  mot  sing 
^  désigne  presque  toujours  le  principe  d'ordre  universel 
qui  préside  à  l'harmonie  des  choses  ;  qui  est  dans  le  domaine 
physique  la  loi  des  mouvements  et  des  transformations ,  dans 
le  domaine  moral  la  règle  que  les  hommes  doivent  suivre 
pour  rester  dans  la  voie  droite;  en  un  mot,  le  principe  de  vie 
des  êtres  en  même  temps  que  le  principe  du  bien. 

Aussi ,  sans  crainte  de  se  tromper,  les  lecteurs  des  classiques 
chinois  peuvent-ils  dire  aujourd'hui  encore,  comme  le  faisait 
jadis  M eng-tzeu  :  t  La  nature  est  radicalement  bonne  »  «^ 
j/^  ^  sing-penn-chen, 

F,  Farjenel. 


AMATAS ,  DISCIPLE  D'ANTOINE. 
[kfifiaroç  =:  k^droç  ou  :  Àfifidrov  »  k€S&  roO.) 

Amaias,  à  notre  connaissance,  est  mentionné  en  trois  en- 
droits seulement  : 

1  *  Dans  la  Vie  de  Paul,  premier  ermite ,  écrite  par  saint  Jé- 
rôme ^ 

2''  Dans  la  continuation  de  la  chronique  d'Eusèbe,  écrite 
par  le  même  saint  Jérôme  ^  ; 

3**  Dans  le  Paradisas  Pairam,  de  Pallade* 

Les  deux  premières  mentions  ne  sont  pas  indépendantes , 
puisqu'elles  sont  faites  par  le  même  auteur.  C'est  parce  qu'il 

'  Migre ,  Pafro/.  latine,  t.  XXIII,  col.  17.  G*eit  Tun  dei  premiers  écrits 
de  saint  Jérôme.  On  place  sa  composition  vers  876. 

'  Sotis  Tannée  19  de  Constantin  (SSg)  :  «Sarmata,  Amatas  et  Maca- 
rius ,  discipuli  Antonii,  insignes  habentur».  MiONii ,  Pairoh  latine ^  t.  XXVII , 
col.  687. 


24  JUILLET  AOÛT  1900. 

avait  cité  Amalas,  disciple  d'Antoine,  dans  la  Vie  de  Paul, 
premier  ermite ,  que  saint  Jérôme  le  cita  encore  plus  tard  dans 
sa  continuation  de  la  chronique  d*lîlusèbe.  —  Nous  allons 
montrer  que  la  troisième  mention  dépend  aussi  delà  première. 
Il  s'ensuivra  qu'Amatas  n'est  connu  qu3  par  la  phrase  inci- 
dente suivante ,  insérée  par  saint  Jérôme  dans  la  Vie  de  Paul, 
premier  ermite  ; 

Âmatas  vero,  et  Macarius,  discipuli  Antonii,  quorum  superior 
magistri  corpus  sepelivit,  etiam  nunc  afTîrmant,  Paulum  quemdam 
Thebœum . .  . 

phrase  qui  fut  traduite  en  grec  : 

kfiaràs  Totysipovv  xai  Maxdptos  fiadriral  ktncoviov  v(p*  S>v  xai  èTd(pri , 
êTÏ  Sta€e€atovvTat ,  .  J. 

Voici,  en  effet', l'histoire  de  Pallade  où  il  est  fait  incidem^ 
ment  mention  d' Amalas  ^  : 

PaUade  rencontre  à  Alexandrie  Cronius ,  prêtre  de  Nitrie. 
Cronius  lui  raconte  que  jadis,  après  avoir  erré  dans  les  mo- 
nastères de  la  basse  Egypte ,  il  arriva  à  Alexandrie  au  moment 
où  l'on  faisait  un  service  pour  Eulogius,  scholastique  (avocat) 
de  cette  ville,  qui  avait  donné  ses  biens  aux  pauvres,  et  pour 
un  paralytique  qu'Eidogius  avait  recueilli  chez  lui  par  cha- 
rité. Cronius,  durant  l'office,  se  rappela  avoir  va  ces  deux 
honmies  au  monastère  de  saint  Antoine,  et  avoir  entendu 
ce  saint  leur  prédire  leiu*  mort  prochaine.  Pour  que  l'on  ne 
pût  douter  de  sa  parole,  Cronius  ajouta  qu'il  avait  quitté 
Nitrie  pour  aller  voir  saint  Antoine,  mais  qu'il  ne  trouva 
d'abord  que  «  ses  disciples  M acaire  et  Amatas  qui  l'enl er- 
rèrent après  sa  mort  ».  Il  dut  attendre  cinq  jours,  et  c'est  du- 

'  Manuscrit  grec  de  Paris,  fonds  Coislin,  n°  282,  fol.  202. 

*  Nous  changeons  l'ordre  du  récit.  Cf.  Migne,  PatroL  grectjjue ,  t.  XXXIV, 
col.  1073  ou  Patiol,  haine,  t.  LXXIII,  col.  loAi  et  11 23.  —  Ce  mémo 
récit  figure  dans  la  traduction  syriaque  du  Paradisus  Patram,  éditée  par 
le  R.  P.  Bedjan  (Paris,  1 897,  à  la  page  193  ) ,  mais  le  paralytique  est  devenu 
arien  et  il  est  réprimandé  comme  tel  jwr  saint  Antoine. 


ANNEXE  AU  PROCES-VERBAL.  25 

rant  ce  temps  qu'Ëulogius  et  le  paralytique  vinrent  aussi  au 
monastère;  de  plus,  saint  Antoine  ne  sachant  pas  le  grec  et 
Eulogius  ne  sachant  pas  Tégyptien ,  ce  fut  Cronius  qui  leur 
servit  d'interprète. 

Ces  raisons  durent  convaincre  les  auditeurs ,  et  Pallade 
espère  sans  doute  qu'elles  nous  convaincront  aussi  ;  cependant 
nous  sommes  choqués  par  quelques  invraisemblances  :  il  est 
étrange  qu'Eulogius  n'ait  pas  raconté  lui-même  à  ses  amis 
son  pèlerinage  au  monastère  de  saint  Antoine  et  la  prophétie 
de  ce  saint  à  son  sujet  ;  il  est  étrange  aussi  que  saint  Antoine, 
qui  recevait  tant  de  visiteurs ,  n'ait  pas  eu  dans  son  monastère 
quelque  truchement  attitré ,  et  se  soit  servi  de  Cronius  qu'il 
ne  connaissait  pas  d'ailleurs.  Si  nous  nous  rappelons  encore 
que  Rafin  vit  à  Nitrie,  un  disciple  d'Antoine  âgé  de  cent 
dix  ans  et  nommé  Cronius  '  qui  n'a  pas  d'autres  traits  com- 
muns avec  le  héros  de  Pallade ,  nous  sommes  conduits  à 
nous  demander  si  celui-ci*  n'a  pas  voulu  simplement  se 
servir  de  l'autorité  d'un  nom  déjà  connu  grâce  à  Rufm,pour 
accréditer  l'histoire  d'Eulogius  le  scholastique.  Dans  ce  cas , 
Amatas  et  Macaire  auraient  été  empruntés  à  saint  Jérôme, 
comme  Cronius  l'a  été  à  Rufm ,  pour  augmenter  la  crédibi- 
lité de  riiistoire.  Cette  dernière  hypothèse  devient  très  vrai- 
semblable si  Ton  remarque  le  parallélisme  des  phrases  de 
saint  Jérôme  et  de  Pallade  : 

Saint  Jérôme  :  ÂfMtToi;  xal  Maxâpios,  ftaOnTat  kvxeaviov  d(p*  &v 

Pallade  :  Èvda  oî  ro^rov  fiadvTal  èxadéiovTo ,  . .  yLaxdptos  xal  kfia» 
jàç,  oî  xal  éBa.'^a.v  rov  fKtxdpiov  kvmvtov^  xotfirfdévxa. 

'  Historia  monachorum,  II,  chap.  xxv.  Le  Cronius  de  Rufiii  est  encore  . 
mentionné    par    Sozomène,    VI,    3o    et    par    Nicéphore    Calliste,    XI, 
chap.  XXXVII. 

*  Nous  attribuons  toujours  cette  histoire  à  Pallade  car  nous  n'avons 
pas  de  raison  pour  la  rejeter  du  Paradisas  Palram^  mais  s'il  était  démon- 
tré par  hasard  qu'elle  n'y  figurait  pas  h.  l'origine,  notre  thèse  en  serait 
encore  fortifiée, 

'  Le  manuscrit  grec  de  Paris,  n"  ifiaS,  remplace  à  bon  droit  :  tov  [lax. 
ÀrT.  par  ayiôv. 


26  JUfLLET-AOÛT  1900. 

Ces  deux  phrases  sont  deux  reproductions  d'un  même 
cliché ,  et  comme  saint  Jérôme  est ,  à  notre  connaissance ,  le 
premier  qui  Tait  employé ,  nous  devons  en  conclure  qu'il  lui 
a  été  emprunté  par  Pallade;  ainsi,  tout  ce  C[ue  nous  savons 
d'Amatas  est  contenu ,  en  dernière  analyse ,  dans  uue  phrase 
incidente  de  saint  Jérôme  \ 

Cette  phrase  soulève  d'ailleurs  plusieurs  difficultés  : 

1*  Elle  est  en  contradiction  avec  un  passage  de  la  vie  de 
Posthumius.  —  Pour  saint  Jérôme,  en  effet  (voir  le  texte 
latin),  c'est  Amatas  qui  seul  a  enseveli  Antoine;  pour  l'auteur 
de  la  Vie  de  Posthumius,  c'est  Macaire  qui  gouverne  sevl  le 
monastère  de  saint  Antoine  et  qui  ensevelit  ce  saint  après  sa 
mort*.  —  Il  est  étrange  aussi  qu'il  ne  soit  pas  question 
d'Amatas  dans  les  nombreux  écrits  consacrés  à  saint  Antoine , 
s'il  eut  bien  l'importance  que  lui  attribue  Jérôme  ^. 

2"  En  dehors  du  texte  latin  de  saint  Jérôme  et  de  sa  tra- 
duction grecque ,  il  nous  reste  d'autres  versions  grecques  de 
la  Vie  de  Paul,  premier  ermite ,  et  dans  ces  versions  (nous  en 
connaissons  deux  absolument  différentes)*  la  phrase  inci- 

'  Qn  sait  d'aillears  que  les  hagiographes  Jérôme ,  Rufin ,  Pallade  iurenl 
en  relations  suivies,  tantôt  amis,  tantôt  ennemis.  Us  connurent  donc  leurs 
mutuels  ouvrages,  et  il  est  naturel  que  Pallade,  le  plus  jeune,  ait  utilisé 
quelques  noms  et  quelques  phrases  de  ses  prédécesseurs.  Cf.  L§s  vies  det 
saints  pères  des  déserts ,  traduites  par  Arnauid  d'Andilly,  t.  II,  p.  7,  9,  17. 

*  MigKe,  Patrol.  latine,  t.  LXXIIÏ,  col.  A33  « . .  .Itaque  cum  Macario 
aggrcditur  iter  multitudinem  congregationis  monachorum  quae  a  solo  gu- 
bernatur  Macario ,  ingressus ,  de  quo  sœpe  diximus  corpus  sepelisse  magis- 
tri,  cum  spiritns  ejus  vocatus  est  ex  seeculo. . .  m* 

^  En  particulier  Socrate  et  Sozomèiie ,  qui  citent  les  principaux  moines 

.  et  les  principaux  disciples  d*Antoine ,  ne  mentionnent  pas  Amatas.  Il  n*en 

est  pas  question  non  plus  dans  les  vies  ni  les  apophtegmes  d'Antoine.  Par 

contre,  Macaire,  nommé  ici  à  côté  d'Amatas,  est  bien  connu  par  ailleurs. 

Nous  avons  même  sa  biographie. 

*  L'une  est  conservée  dans  de  nombreux  mss.  grecs  de  la  Bibliothèque 
nationale  et  semble  être  celle  dont  quelques  lignes  sont  citées  dans  Migne, 
P.  G.,  t.  XXXIV,  col.  120  et  qui  aurait  été  éditée  sous  le  titre  de  Acta 
sinceraS.  Pauli  Thebai,..  par  Mathias  Fuhrmann.  Neostadii  Austriœ  1760. 
—  La  seconde  conservée  dans  le  ms.  914  est  apparentée  aux  versions  copte 


ANNEXE  AU  PROCES-VERBAL.  27 

dente,  consacrée  par  Jérôme  à  Macaire  et  à  Amatas,  ne  ren- 
ferme pas  ces  deux  noms  propres. 

kvi(ùvio\j  yàp  ht  xoiî  ffi^fiepop  oi  fotrnrûù  ttepiovres  0^'  Sv  êkeî- 
vog  Kaljd^ov  érvy^ev,  a-ôrol  ^e^atovatv  Jlûi(}X6v  riva  ^€aîov»  .  .'. 

'^vvTervyT^KOLfUv  yàp  toU  (tadriràts  Totf  fiHKapiov  kin<ùvlov  toU  xal 
d^if/aeriy  au'rdr,  oï  jteU  iSriXoDOùLv  ijfiTv  UoixfX6v  xtva  Bv^olTov,  .  .'. 

Aussi,  ii  y  a  une  quarantaine  d'années,  un  éditeur  des 
œuvres  de  saint  Jérôme  se  demandait  déjà  si  les  noms  de  Ma- 
caire et  d*Amatas  figuraient  dans  le  texte  primitif  : 

Quare  jure  dubites,  an  omnino  nomina  Amatae  et  Macarii,  disci- 
pulorum  S.  Antonii ,  primitus  in  textu  S.  Hieronymi  exstiterint^. 

Depuis  lors,  M.  Amélineaii  a  publié  une  version  copte  *  et 
le  R.  P.  Bedjan  une  version  syriaque  ^  de  la  Vie  de  Paul, 
premier  ermite,  qui  ne  renferment  pas  non  plus  les  noms 
d'Amatas  et  de  Macaire  *,  de  plus ,  au  lieu  de  regarder  le  latin 
comme  le  texte  primitif  d'où  découlent  toutes  les  autres  ver- 
sions, on  s'est  demandé,  et  avec  raison  à  notre  avis,  si  saint 
Jérôme  ne  se  serait  pas  borné  à  paraphraser  en  latin  un 
texte  copte,  ou  plutôt  un  texte  grec,  préexistant. 

et  syriaque  et,  de  tous  les  manuscrits  que  lious  avons  vus,  s*approchc  le 
plus,  à  notre  avis,  de  l'original  grec  qui  fut  paraphrasé  en  latin  par 
saint  Jérôme  et  traduit  en  copte  et  en  syriaque.  —  Voir  aussi  Anal  Bolland. , 
t.  IL 

'  MiGNE,  loc,  cit.,  ou  ms.  grec  de  Paris  1^67,  fol.  iA5  v°. 

'  Ms.  grec  de  Paris  9 1 4  »  fol.  271. 

'  MiGNE ,  P.  G. ,  t.  XXIV,  col.  1 20.  Cette  hypothèse  nous  semble  inexacte , 
car  les  noms  de  Macaire  et  d'Amatas  figurent  dans  tous  les  manuscrits 
latins  que  nous  avons  vus ,  comme  ils  figurent  déjà  dans  le  manuscrit  latin 
de  Vérone  utilisé  par  Migne  et  daté  de  517.  Ces  noms  furent  donc  écrits 
par  saint  Jérôme ,  mais  n'existaient  pas ,  comme  nous  le  verrons ,  dans  le 
texte  grec  qu'il  a  paraphrasé. 

*  Annales  da  musée  G  aime  l ,  t.  XXV. 

*  Acta  martymm  et  sai'ctorum,  t.  V,  p.  56i. 

*  Voici  le  texte  syriaque  de  ce  passage  : 

' .  'JL^lL  ia»tf^a»  *AJ]  "^^  ^  tt^J^ÂI  «J'ai  vu  les  disciples  de  Mar 
Antoine,  ceux  qui  l'enterrèrent,  et  ils  nous  racontèrent,  au  sujet  d'un 
certain  Paul  le  Thébain. ...  »,  loc  cit,,  p.  662. 


28  JUILLET-AOÛT  1900. 

C'est  en  entrant  dans  ce  nouvel  ordre  d'idées  *  que  nous 
croyons  pouvoir  donner  l'origine  des  noms  propres  Amatas 
et  Macaire  dans  la  phrase  qui  nous  occupe  :  Ce  sont ,  à  notre 
avisj  deux  qualificatifs  que  saint  Jérôme  devait  traduire,  et  qu'il 
a  changés  en  noms  propres  j  en  se  bornant  à  les  transcrire. 

Nous  avons  constaté  d'abord  que  le  nom  Amatas  est  écrit 

'  M.  Âméliiieau  a  écrit  que  le  texte  original  de  la  vie  de  Paul  le  Thébain 
est  le  copte  [Annales  du  musée  Gaimet,  t.  XXV,  p.  8-9).  Il  lui  faudrait 
prouver  dans  ce  cas  que  la  version  syriaque  comme  le  grec  du  ms  91^,  qu'il 
ne  semble  pas  avoir  connus,  proviennent,  directement  ou  indirectement,  du 
copte,  et  nous  doutons  qu'il  puisse  le  faire.  —  Dom  Cutbert  Butler  dans 
sa  remarquable  étude  :  The  Lnusiac  history  oj  Palladius  (t.  VI,  n"  1  des 
Texts  and  stadies  d'Ermitage  Robinson;  Cambridge  1898,  p.  286)  écrit 
que  le  latin  est  l'original  parce  que  le  nom  de  Jérôme  se  trouve  à  la  fin 
des  versions  copte  et  syriaque,  mais  nous  voudrions  voir  Dom  Butler, 
arant  de  tirer  cette  conclusion ,  étudier  combien  il  y  a  eu  de  fausses  attri- 
butions en  faveur  de  saint  Jérôme.  11  aura  en  particulier  à  expliquer  le 
phénomène  suivant  :  dans  le  ms  addit.  12 178  (Catal.  Wright,  p.  1070) 
le  ParadisttS  Patrum  est  attribué ,  dans  le  titre ,  à  Pallade  et ,  dans  les  co- 
lophons  de  chaque  partie  de  l'ouvrage ,  à  Jérôme.  —  Il  remarquera  aussi 
que  les  attributions  à  Jérôme  des  versions  copte  et  syriaque  ne  sont  pas 
identiques,  donc  ont  été  ajoutées  indépendamment  l'une  de  l'autre.  —  Nous 
avons  cessé  d'étudier  la  vie  de  Paul,  parce  que  nous  avons  appris  que  M.  Bidez, 
professeur  à  Gand,  s'occupait  de  ce  sujet.  Comparons  du  moins  dans  nos 
diverses  versions  la  maxime  suivante  de  Paul  le  Thébain  : 

Ms  9 1 A  :  ovSets  ép^erat  opytid^evos ,  xal  ovSeU  x^otlri  xoLrnyopœv. 
Latin  :  Nemo  sic  petit,  ut  minetur;  neno  cum  lacrymis  injariam  vel  cahim- 
nîamfacit. 

Syriaque  :  ^^^JA^e  Jbkd  *mj]  |le  :  JU^  t-S  Jll  *mj]  JI  .  «  Personne  ne 
vient  étant  en  colère ,  et  personne  ne  demande  et  accusé». 

Copte  :  Rien  ne  vient  par  la  colère  et  aucun  homme  n'accuse.  —  Tous  ces 
textes  paraissent  provenir  du  grec  qui  est  le  plus  symétrique  et  le  plus 
sententieux.  —  Le  latin  injuriam  vel  calumniam  facit  nous  montre  la  peine 
qu'a  eue  saint  Jérôme  pour  traduire  xarrryopâûVy  il  a  paraphrasé  le  mol  el 
en  a  donné  les  deux  sens.  Sic  petit  doit  se  traduire  :  ne  fait  un  tel  voyutje. 

—  Le  syriaque  devient  identique  au  grec  en  changeant  Jckd  demande^  en 
JjXd  pleure,  correction  très  vraisemblable.  —  Enfin,  le  texte  copie  a  évi- 
demment même  source  que  les  précédents,  mais  la  première  partie  est  un 
contre  sens  qui  substitue  oCoèv  à  ovoets  et  la  seconde  jiartie  omet  un  mol. 

—  Nous  reprendrons  du  resle  celle  question  si  l'on  conclut  à  la  priorité 
du  texte  latin. 


ANNEXE  AU  PROCÈS-VERBAL.  29 

Ainatas  '  et  dans  un  manuscrit  grec  A|X|!*aTOs^  C'est  la  forme 
que  nous  considérons  comme  primitive.  Cela  posé,  voici  le 
texte  copte  de  la  Vie  de  Paul,  premier  ermite  : 

*AA&  ^nTcunioc  ete  nn  nE  bt*.y^ojw.ccj. 

Car  nous  avons  rencontré  les  disciples  da  bienheureux  abbé 
Antoine,  ceux  qui  Tout  enseveli.  . . 

ce  qui  semble  être  le  mot  à  mot  du  grec  : 

Hi;Tyf<TS|X£i;  yàp  rœv  fiaOrjrœv  tov  fioixapiov  d^^jos  (ou  :  âj3/3a  tow) 
kvTOùvlov,  01  Hoi  ëdctiffav  avTOV. 

d'où,  si  nous  nous  rrppelons  que  le  (S  et  le  |x  se  confondent 
très  souvent  paléographiquement  ^  et  que  xai  se  remplaçait 
par  un  simple  signe ,  nous  concevrons  que  saint  Jérôme  put 
lire  : 

HvTiAffoifiev  yàp  t«i>,  [tOLKdplov  xai  àfifidjos  (  ou  :  àfifidrov  ) ,  fiaSrfréîùv 
rov  kvrœviov  oï  Kot  ëBa^av  aCtàv, 

Nous  avons  rencontre  Macairc  et  Amatas,  disciples  d'Antoine, 
qui  fenterrèrent . .  . 

Il  dut  changer  le  commencement  de  la  phrase ,  par  simple 
honnêteté ,  puisqu'il  n'avait  pas  rencontré  lui-même  les  dis- 
ciples d'Antoine,  et  put  vouloir  écrire  ensuite  — comme  l'au- 
teur de  la  Vie  de  Posthumias  —  que  le  premier  seul,  cesl- 
à-dire  Macaire,  ensevelit  Antoine*;  il  écrivit  enfin,  avec  une 
intervertion  malheureuse  : 

'  Cf.  Paris,  fonds  laliii  n°  117^9,  fol.  243  d  i  175G,  fol.  78. 

'  Cf.  Paris,  fonds  grec  n"  1628,  Paradisus  Palram,  fol.  63  v°.  Maxa- 
ptos  xoil  éfifiaros  oî  xat  ëdoL^av  aCrov  xoifiridévroi. 

^  Par  cxrmple  divers  manuscrits  de  la  Bible  portent  :  i"  Josué,  xxiv,  26, 
repéiuvTov  et  7epé€tvTov ;  2°  II  Rois,  xx,  6,  kfietraat  et  kStrrael; 
3°  IV  Rois,  VIII,  22,  XoSvà  et  Xofivà;  4°  Ibîd.,  ix,  3o,  ècrl tfifiiffaro 
è&1tSi<TaTo  et  èàli[daajo  (avec un  seul  f*);  5°  Ibid  ,  xxiv,  17,  Barôar/ay, 
^eQQaviav  et  Marôav/ay,  etc. 

*  On  remarquera  {|ue  Pallade  nomme  Macaire  avant  Amatas.  —  On  suit 
aussi  que  la  Vie  de  Paal  est  l'un  des  preinlers  ouvrantes  de  saint  Jérôme.  Il 
devait  donc  avoir  jku  dVx|)érience  des  manuscrits.   D'ailleurs  cette  œuvre 


30  JUILLET^AOÛT  1900. 

Amatas  vero  et  Macarius,  discipuli  Antonii,  quorum  superior 
magistri  corpus  sepelivit,  etiam  nunc  afTirmant. . . 

Ainsi  la  personnalité  d' Amatas  serait  le  résultat  d'une  faute  de 
lecture,  —  Cette  théorie,  basée  sur  les  faits  nombreux  que 
noos  venons  d'exposer,  a  le  grand  avantage  :  i**  d'expliquer 
pourquoi  il  n'est  pas  plus  question  par  ailleurs  de  ce  person- 
nage; 2°  de  ramener  à  l'unité  pour  ce  passage,  et  c'est  la 
notre  but  principal,  tous  les  textes  et  verâons  de  la  Vie  de 
Paul,  premier  ermite  ^  et  3**  de  concilier,  incidemment  d'ail- 
leurs, saint  Jérôme  et  l'auteur  de  la  Vie  de  Posthumias,  ce 
qu'on  n'avait  pas  encore  pu  faire. 

F.  Nau. 


de  jeunesse  est  une  paraphrase  de  mauvais  goût,  et  l'un  des  traits  ajoutés 
par  le  saint  ne  pourrait  même  pas  être  traduit  en  français. 

'  Nos  deux  explications  sont  basées,  l'une  sur  un  génitif  irrég^ulier 
A€SdToç,  formé  par  analogie  du  génétif  latin  abhatis  et  des  pluriels 
ASSdoes^  A.€Sdoa$;  l'autre  sur  une  simple  répétition  de  l'article  tov 
qui  aurait  été  joint ,  dans  la  lecture ,  au  génitif  régulier  A.€€S.  On  remar- 
quera qu'une  certaine  irrégularité  dans  le  texte  original  est  indispensable 
si  l'on  veut  trouver  une  excase  à  la  faute  de  saint  Jérôme.  —  Les  hellénistes , 
accoutumés  aux  ahbréviations  des  manuscrits  y  trouveront  peut-être,  dans 
cet  ordre  d'idées,  d'autres  explications.  Ils  remarqueront  d'ailleurs  que 
saint  Jérôme  paraphrase  très  librement  le  texte  original.  —  Il  est  donc 
très  facile  de  déduire  la  leçon  de  saint  Jérôme  des  leçons  grecque ,  copte 
et  syriaque  tandis  qu'i7  est  impossible  de  tirer  la  première  des  dernières.  Car 
si  le  texte  original  était  celui  de  saint  Jérôme  et  portait  :  «Amatas  et  Ma- 
caire,  disciples  d'Antoine,  dont  le  premier  a  enseveli  le  corps  de  son 
maître  affirment  encore. . .  » ,  il  serait  impossible,  d'expliquer  comment  un 
traducteur  postérieur  a  pu  traduire  :  «Jf*ai  vu  les  disciples  qui  enterrèrent 
Marc  Antoine,  et  ils  nous  racontèrent». 


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Anlhropology.  Madras,  1900;  in-8**. 

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Asiatic  Society  ofBengal,  fasc.  11.  Calcutta,  1900;  gr.  in-4.°. 

Par  la  Société  :  Rendiconli  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei, 
V,  vol.  IX,  fasc.  1  et  3.  Roma,  1900;  in-A". 

—  Atti  délia  R,  Accademia  dei  Lincei,  Indice,  Dicenibre- 
1899-Febbrajo  1900.  Roma;  in-4°. 

—  Revue  des  études  juives,  janv.-mars  1900.  Paris;  in-8° 

—  Bulletin  de  l'Institut  Egyptien,  nov.-déc.  ;  fasc.  4  et  5; 
année  1899.  Le  Caire;  in-8°. 

—  Bulletin     of    the     American     Geographical     Society, 
vol.  XXXII,  n»  3.  New-York,  1900;  in-8^ 

—  Journal  asiatique,  mars-avril  1900.  Paris;  in-8°. 

—  Bulletin  de  la  Société  de  géographie,  mai  1900.  Paris; 
in-8". 

—  Zeitschrijt  der  deutschen  morgenlàndischen  Gesellschaft , 
Heft  1,1 900.  Leipzig  ;  in-8°. 

—  Die    Chronik    der   Sevencko-GeseUschaft    der    Wissen- 
schajïen,  n°  i.Lemberg,  1900;  in-8'. 

—  Transactions  ofthe  Asiatic  Society  oj  Japan ,  vol.  XXYII , 
part  IV.  December  i899;in-8°. 

Par  les  éditeurs  ;  Journal  des  Savants,  mars-avril  1900. 
Paris;  in-4°. 

—  The  American  Journal  of  Semitic  languages  and  litera- 
tures  (Hebraica),  April  1900;  in-8% 


32  JUILLET-AOCT  1900. 

Par  les  éditeurs  :  Verlagskatalog  der  Weidmaniischeii  Buch- 
handliing  in  Berlin.  Januar  1900;  in-8**. 

—  Revue  critique,  n"  19-25.  Paris,  1900;  in-8°. 

—  Le  Muséon,  nouvelle  série.  Vol.  I,  n"  1.  Louvain, 
1 900  ;  in-8°. 

—  Bollettino,  n*  345-346.  Firenze,  1900;  in-S". 

—  Polybiblion,  parties  technique  et  littéraire ,  mai  1900. 
Paris;  in-8°. 

—  Revue  africaine,  4'  trim.  1900.  Aiger;  in-8*'. 

—  The  Geographical  Journal,  June  1 900.  London  ;  in-8°. 

—  Catalogue  des  manuscrits  mexicains  de  la  Bibliothèque 
nationale.  Paris,  1899. 

—  Bulletin  de  littérature  ecclésiastique,  mai  1900.  Paris; 
in-8^ 

—  Zeitschrifi  fur  hehràische  Bibliographie,  IV,  1  et  2, 
1900.  Frankfurt-a.-M.  ;  in-8°. 

Par  les  auteurs  :  Adhémard  Leclerc,  Le  bouddhisme  au 
Cambodge,  Paris,  1899;  in-8°. 

—  Carra  de  Vaux ,  Joseph  Salvador  et  James  Darmesteler. 
Paris,  1900;  in-8°. 

—  Le  même,  Notice  sur  un  manuscrit  arabe  traitant  de 
machines,  attribué  à  Héron,  Philon  et  Archimède  (extrait). 
Leipzig,  1900;  in-S". 

Ed.  Gha vannes.  Notice  sur  G.  Devéria  (extrait).  Paris, 
1900;  in-8". 

—  E.  Senart,  i4  new  fragment  of  the  thirteenth  Edict  oj 
Piyadasi  at  Girmar  ( extrait) ,  1 900 ;  in-8**. 

—  E.  Guimet ,  I^es  Isiaques  de  la  Gaule.  Paris ,  1 900  ;  in-4°. 

—  J.  Rosenberg,  Assyrische  Sprachlehre  und  KeHschrifl- 
kunde.  Wien,   1900;  in- 12. 

—  Agnes  Smith  Lewis  and  Margaret  Dunlop  Gibson, 
Palestinian  Syriac  texts  from  palimpsest fragments  in  the  Taylor 
Schechter  Collection.  London,  1900;  in-4**. 

—  M.  V.  Portman,  A  Ilistory  of  our  relations  with  the 
Andamanese,  2  vol.  Calcutta,   1899;  gr.*in-4°. 


OUVRAGES   OFFERTS.  33 

Par  les  auteurs  ;  E.  Drouin ,  Une  monnaie  bilingue  indo-sus- 
sanide  (extrait).  Paris,  igoô;  in-S". 

—  Le  même.  Notice  sur  les  monnaies  sino-kharosthi ,  etc. 
(extrait).  Bruxelles,  1900;  in -8°. 

—  J.  ChaiUey-Bert ,  Java  et  ses  habitants   Paris;  in- 13. 

—  C.  A.  Nallino ,  Lavabo  paiiato  in  Egitto,  M ilano ,  1 900 , 
in-12. 

—  L.  Ostrorog,  El-Ahkam  es-soultaniya.  Traité  de  droit 
musulman  d'Abou-V Hassan  'Ali  Ibn  Mohammed  Ibn-Habib  el- 
Màwerdi,  Fasc.  1".  Paris,  1900;  in-8^ 

—  Bobrinsky  A. ,  Les  ornements  des  Tadjiks  de  la  Haute 
Boukharie  (en  russe).  Moscou,  1900;  in-fol. 

—  Clermont-Ganneau,  Recueil  d* archéologie  orientale, 
aviil  1900.  Paris;  in-8^ 


34  JUILLET-AOÛT   1900. 


TABLEAU 

DU  CONSEIL  D'ADMINISTRATION 

CONFORMBHBIfT    AUX   NOMINATIONS    FAITES    DANS    L'ASSEMBLEE    GÉNÉRALE 

DU  19  juia  1900. 


PRESIDENT. 
M.  BâRBIEH  D£  MëYNAHD. 

VICE-PRÉSIDENTS. 

MM..E.  Senart. 
Maspero. 

SECRÉTAIRE. 

M.  Chavannes. 

SECRETAIRE  ADJOINT  ET  BIBLIOTHÉCAIRE. 

M.  E.  Drouin. 

TRÉSORIER. 

M.  le  marquis  Melchior  de  Vogué. 

COMMISSION   DES   FONDS. 

MM.  Glermont-Ganneau. 
Drouin. 
Specht. 

CENSEURS. 

MM.  Rubens  Duval. 

HOUDAS. 


TABLEAU  DU  CONSEIL  D'ADMINISTRATION.         35 

COMMISSION   DU  JOURNAL. 

MM.  E.  Drouin.  —  R.  DuvAL.  —  Maspero.  — 
Oppert.  —  E.  Senart. 

MEMBRES  DU  CONSEIL  ELUS  POUR  3  ANS. 

MM.  Oppert. 

J.  Hal^vy. 

Michel  Bréal. 

Ph.  Berger.  .     tM 

„  >     Eius  en  1 90Q. 

CORDIER, 
DiEULAFOY. 

Perruchon. 
V.  Henry. 

L.  FiNOT. 

Moïse  Schwab. 

L.  Feer.  i     „j  Q 

J.  ViNSON.  i  ^^ 

GuiMET. 

J.-B.  Chabot. 

Riibens  Du  val. 

DE  Gharengey. 

Aymonier. 

A.  Barth. 

H.  Derenbourg.     i     ûi  00 

c,  ,     .    T  /  /     Elus  en  i8q8. 

oylvain  Levi.  i 

Clément  Huart. 

Carra  de  VAtx. 

FOUCHER. 


36  JUILLET-AOÛT  1900. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 


I 

LISTE  DES  MEMBRES  SOUSCRIPTEURS. 

PAR  ORDRE  ALPHABÉTIQUE. 
Nota.  Les  noms  marqués  d*un  *  soot  ceux  des  Membres  à  vie. 

L'AcADéiiiE  DES  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 

MM.  Allaoua  ben  Yahia,   interprète  judiciaire  à 
Inkennann  (département  d'Oran.) 

Allotte  de  La  Fuye  ,  lieutenant-colonel ,  direc- 
teur du  génie ,  à  Nantes. 

Alwc  (A.),  consul  de  France,  à  Scutari  d'Al- 
banie. 

AssiER  DE  Pompfgnan,  lieutenant  de  vaisseau, 
rue  de  Rennes,  76,  à  Paris. 
*Aymonier  (E.),  directeur  de  l'École  coloniale, 
avenue  de  l'Observatoire,  2 ,  à  Paris. 

Bibliothèque  Ambrosienne,  à  Milan. 
Bibliothèque  de  l'Université,  à  Utrecht. 
Bibliothèque  ducale,  à  (lOtha. 


LISTE  DES  MEMBRES.  37 

Bibliothèque  universitaire,  à  Alger. 
Bibliothèque  Khédiviale,  au  Caire. 
MM.  Barbier  de  Meynard,  membre  de  Tlnstitut  .pro- 
fesseur au  Collège  de  France,  administra- 
teur de  rÉcole  des  langues  orientales  vi- 
vantes, rue  de  Lille,  2 ,  à  Paris. 

Barré  de  Lancy,  ministre  plénipotentiaire ,  rue 
Caumartin ,  3  2 ,  à  Paris. 

Barth  (Auguste),   membre  de   Tlnstitut,  rue 
Garancière,  10,  à  Paris. 

Barthélémy,  vicé-consul  de  France. 

Basset  (René),  directeur  de  TÉcole  des  lettres, 
rue  Michelet,  77,  à  TAgha  (Alger). 

Beauregard  (Ollivier),  rue  Jacob,  3,  à  Paris. 

Beck  (Fabbé  Franz -Seignac),   au  château  de 
Bosredon,  par  Montcuq  (Lot). 

Bel   (Alfred),   professeur   à    la  Médersa,    à 
Tlemcen, 

Belkassem  ben  Sedira  ,  professeur  à  FÉcole  des 
lettres,  à  Alger. 

Bénédite  (Georges),  conservateur  adjoint  au 
Musée  du  Louvre ,  rue  du  Val-de-Grâce ,  9 , 
à  Paris. 
*  Berchem  (Max  van  ) ,  privat-docent  à  TUniver- 
sité  de  Genève,  promenade  du  Pin,  1,  à 
Genève. 

Berger  (Philippe),  membre  de  Tlnstitut,  pro- 
fesseur au  Collège  de  France ,  quai  Voltaire , 
3 ,  à  Paris. 
M"*  Berthet  (Marie),  professeur  à  TEcole  normale 


LISTE  DES  MEMBRES.  39 

MM.  BtJDGE  (E.  A.  Wâllis),  lin.  D.  F.  S.  A.,  au  Brï- 
tish  Muséum ,  à  Londres. 
*BuREAt  (Léon),  rue  Gresset,  i5,  à  Nantes. 

*  BuRGESS (James),  Selon  place,  î  a,  à  Edimbourg. 
BusHELL  (Dr.  S.-W.)  Shirley,  Harold  Road, 

Upper  Norwood,  à  Londres. 
M"*  A.  BuTENSCHŒN ,  35 ,  Engeltrehtegatun ,  à  Stock- 
holm. 

MM.  Cabaton  (Antoine),  membre  de  l'Ecole  fran- 
çaise d'archéologie  de  l'Extrême-Orient,  h 
Saigon. 

Calassanti-Motylinski  (de),  interprète  mili- 
taire de  i"  classe  hors  cadre,  professeur  à 
la  chaire  d'arabe ,  directeur  de  la  Médersa , 
à  Gonstantine. 

Gasanova  (Paul),  membre  de  l'Institut  d'ar- 
chéologie orientale,  au  Gaîre, 

Gastries  (le  comte  Henry  de)  ,  rue.Vaneau ,  a  o , 
à  Paris. 
*Ghabot  (M*'  Alphonse),  curé  de  Pithiviers. 

*  Ghabot  (l'abbé  J.-B.) ,  rue  Glaude-Bernard,  4 7. 

à  Paris. 

Gharencey  (le  comte  de),  rue Barbey-de-Jouy, 
2b i  k  Paris. 

Ghauvin  (Victor),  professeur  d'arabe  à  l'Uni- 
versité de  Liège 
*Ghavannes  (Emmanuel-Edouard),   professeur 
au  Goliège  de  France,  1,  rue  des  Ecoles,  à 
Fontenay-aux-Roses. 


40  JUILLET-AOÛT  1900. 

MM.  Cheikho  (L.),  professeur  à  TUniversité  Saint- 
Joseph,  à  Beyrouth  (Syrie). 

Chwolson,  professeur  à  TUniversité  de  Saint- 
Pétersbourg. 
*CiLLiÈRE  (Alph.),  consul  de  France  à  Constan- 
tinopie, 

Claparède  (René),  à  Juvisy  (Seine-et-Oise). 

Clermont-Ganneau  ,  membre  de  llnstitut,  pre- 
mier secrétaire-interprète  du  Gouvernement , 
professem*  au  Collège  de  France,  avenue  de 
TAlma,  1,  à  Paris. 

Cohen  Solal,  professeur  d'arabe  au  Lycée,  à 
Oran. 

Colin  (Gabriel),  professeur  d arabe  au  Lycée 
d'Alger. 

CoLiNET  (Philippe),  professeur  à  l'Université, 
place  de  l'Université,  8,  à  Louvain. 

Collège  français  de  Zi-Ka-Weï,  par  Shang- 
haï. 
*CoRDiER    (Henri),    professeur   à  TÉcole   des 
langues  orientales  vivantes,  rue  Nicolo,  5^ , 
à  Paris. 

CoRDiER  (Dr.  Palmyr),  médecin  des  colonies, 
à  Chandernagor. 

CouLBER,  commandant  en  retraite,  rue  de 
l'Académie,  à  Bruges. 

Courant  (Maurice),  interprète  au  Ministère 
des  Affaires  étrangères,  maître  de  confé- 
rences à  l'Université  de  Lyon,  chemin  du 
chancelier,  3 ,  à  Ecully  (Rhône). 


LISTE  DES  MEMBRES.  41 

MM.*Croizier   (le  marquis   de),   boulevard  de  la 
Saussaye,  lo,  à  Neuilly. 

*Danon  (Abraham),   directeur   du    Séminaire 

Israélite,  à  Constantinople. 
* Darricarrère  (Théodore-Henri),  numismate, 
à  Beyrouth  (Syrie). 

Decourdemanche  (Jean- Adolphe),  rue  Taille- 
pied,  4,  à  Sarcelles  (Seine-et-Oise). 

Delattre  (le  P.),  rue  des  Récollets,  1 1 ,  à  Lou- 
vain. 
*Delphin    (G.),    directeur  de    la   Médersa,   à 

Alger. 
*Derenbourg  (Hartwig),  membre  de  Tlnstitut, 
professeur  à  TEcole  des  langues  orientales 
vivantes,  avenue  Henri-Martin,  3o,  à  Paris, 
*Dës  Michels  (Abel),  boulevard  Riondet,  i4, 
à  Hyères. 

DiEULAFOY  (Marcel),  membre  de  Flnstitut,  rue 
Chardin ,  i  a  ,  à  Paris. 

Donner,  professeur  de  sanscrit  et  de  philo- 
logie comparée  à  TUniversité  de  Helsing- 
fors. 

DouTTÉ  (Edmond),  professeur  à  la  Médersa, 
à  Tlemcen. 

Drouin  ,  avocat ,  rue  de  Verneuil ,  i  i ,  à  Paris. 

DuKAs  (Jules),  rue  des  Petits -Hôtels,  9,  à 
Paris. 

DuMON  (Raoul),  élève  diplômé  de  TEcole  du 
Louvre,  rue  de  la  Chaise,  1  o ,  à  Paris. 


42  JUILLET-AOÛT  1900. 

MM.*DuRiGHELLo  ( Joseph-Ange ) ,  antiquaire,  à  Bey- 
routh (Syrie). 
*DussADD  (René),  rue  du  Midi,  i ,  à  Neuilly-sur- 
Seine. 
DuvAL    (Rubens),   professeur   au  Collège   de 
France,  rue  de  Sontay,  1 1 ,  à  Paris. 

*Fargues  (F.),  route  de  Saint-Leu,  a 8,  à  En- 
ghien-les-Bains  (Seine-et-Oise). 

Farjenel  (F.),  attaché  aux  Ministère  des  fi- 
nances ,  rue  d*Assas ,  i  2  4 ,  à  Paris. 

Faure-Biguet  (le  général),  directeur  de  Tartii- 
lerie  à  Lyon. 
*  Favre  (Léopold) ,  rue  des  Granges ,  6 ,  à  Genève. 

Feer  (Léon),  attaché  au  département  des  ma- 
nuscrits de  la  Bibliothèque  nationale,  rue 
Félicien-David ,  6 ,  à  Auteuil-Paris. 

Fell  (Winand),  professeur  à  T Académie  de 
Munster. 

Ferrand   (Gabriel),  vice -consul  de  France  à 
Oubone  (Siam). 
*FiNOT  (Louis),  directeur  de  TEcole  française 
d'archéologie  de  TExtrême-Orient ,  à  Saigon. 

Fossey  (Ch.),  membre  delà  Mission  du  Caire , 
rue  des  Chartreux,  6,  à  Paris. 

FoucHER  (A.),  maître  de  conférences  à  TEcole 
des  hautes  études,  rue  de  Staël,  16,  à 
Paris. 

*Gantin,  ingénieur,  répétiteur  libre  à  TEcole 


LISTE  DES  MEMBRES.  43 

des  Langues  orientales  vivantes ,  rue  de  la 
Pépinière ,  i ,  à  Paris. 
MM.  Gaudkfroy-Demombynes,  secrétaire  de  TEcole 
des  Langues    orientales    vivantes,   rue   de 
Lille,  2  ,  à  Paris. 
Gauthier  (Léon),  professeur  à  la  Médersa,  rue 
Marengo ,  i  2 ,  à  Alger. 
*  Gautier    (Lucien),   professeur  de   théologie, 
roule  de  Chêne,  88,  à  Genève. 
Grappin  (M*'),  professeur  de  syriaque  à  TUni- 
versité    catholique,    rue    d*Assas,     Ixq ,    à 
Paris. 
Greenup  (Rev.  A.  W.),  The  principaFs  Lodge, 
S'  John  s  Hall,   Highbury,  N.,  à  Londres. 
Grenard  (F*),  vice-consul  de  France  à  Sivas 
(Turquie  d*Asie). 
*Grofp  (William  N.),  à  Ghizeh  (Egypte). 
*GuiEYSSE  (Paul),  député,  ancien  ministre  des 
colonies,  ingénieur  hydrographe  de  la  ma- 
rine, rue  des  Ecoles,  42 ,  à  Paris. 
*GuiMET   (Emile),    au   Musée    Guimet,   place 
dléna,  à  Paris. 

*Halévy  (J.),  professeur  à  TÉcole  des  hautes 
études,  rue  Aumaire,  26,  à  Paris. 
Halphen  (Jules),  avenue  Victor-Hugo,  78,  à 
Paris. 

*Hamy  (le  D'),  membre  de  Tlnstitut,  conserva- 
teur du  Musée  d'ethnographie,  rue  Geof- 
froy-Saint-Hilaire ,  36,  à  Paris. 


44  JUILLET-AOÛT  1900. 

MM.*Harkavy  (Albert),  bibliothécaire  de  la  Biblio- 
thèque impériale  pxiblique,  à  Saint-Péters- 
bourg. 

Hebbelynck  (Adolphe),  recteur  de  TUniver- 
sité,  Louvain  (Belgique). 

Henry  (Victor),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres 
de  Paris,  rue  de  Penthièvre,  l'ô,  à  Sceaux. 
*  Heriot-Bunoust  (labbé  Louis) ,  Vicolo  del  Vil- 
lano ,  2  ,  à  Rome. 

Hérold  (Ferdinand),  licencié  es  lettres,  an- 
cien élève  de  TEcole  des  chartes ,  rue  Greuze , 
2 G,  à  Paris. 

HoLAs  Efendi  (V.),  rue  AsmaJi-Mesdjid ,  1 1,  à 
Constantinople. 

HouDAS ,  professeur  à  TEcole  des  langues  orien- 
tales vivantes,  avenue  de  Wagram,  29,  à 
Paris. 

HuART  (Clément) ,  secrétaire-interprète  du  Gou- 
vernement; professeur  à  l'Ecole  des  Langues 
orientales  vivantes,  rue  Madame,  43,  à  Paris. 

Huber  (Edouard),  élève  diplômé  de  TÉcole 
des  langues  orientales  vivantes,  à  Gross- 
Wangen  (Suisse). 

Hubert  (Henry),  agrégé  d'histoire,  rue  Claude- 
Bernard,  74,  à  Paris. 

Hyvernat  (labbé),  professeur  à  TUniversité 
catholique,  à  Washington. 

Jeannier  (A.),  vice-consul  de  France  à  Larache 

(Maroc). 


LISTE  DES  MEMBRES.  45 

MM.  JÉQUiER  (Gustave),  à  Fleurier,  canton  de  Neu- 
châtel  (Suisse). 

Karppe  (S.) ,  élève  de  l'Ecole  des  hautes  études , 
avenue  de  Messine,  lo,  à  Paris. 

Kemal  Ali,  secrétaire  d ambassade,  rue  d' As- 
sas ,  1 3o ,  à  Paris. 

KÉRAVAL  (leD'j,  directeur  de  Tasile  d*Armen- 
tières  (Nord). 

KoKOVTSOFP  (Paul  de),  professeur  d'hébreu  à 
rUniversité  impériale,  à  Saint-Pétersbourg. 

KooLiKovSKi,  professeur  de  sanscrit  à  l'Univer- 
sité de  Kharkov. 

La  Martinière  (H.  P.  de),  premier  secrétaire 
de  la  légation  de  France  au  Maroc ,  à  Tan- 
ger. 

Lambert    (Mayer),    rue    Gondorcet,    53,    à 
Paris. 
*  Landberg  (Carlo ,  comte  de)  ,  docteur  es  lettres , 

au  château  de  Tùtzing  (Haute-Bavière). 
*Lanman    (Gharies),  professeur   de   sanscrit    à 
Harvard  GoUege,  à  Cambridge  (Massachu- 
setts). 

La  VALLÉE -Poussin  (Gaston  de),  professeur  à 
l'Uriiversité ,  à  Gand. 

Leclère  (Adhémar),  résident  de  France  au 
Cambodge. 

Lecomte  (Georges),  élève -interprète  attaché 
à  la  Légation  de  France  à  Pékin. 


40  JUILLKT-AOÛT   1900. 

MM.  Ledoulx  (Alphonse),  deuxième  drogman  de 
l'ambassade  de  France,  à  Constantinople. 

Leduc  (Henri),  interprète  du  Gouvernement 
à  Pékin. 

Lefèvre  (André),  licencié  es  lettres, rue  Haute- 
feuille,  2  1,  à  Paris. 

Lefèvre-Pontalis  (Pierre),  secrétaire  d'ambas- 
sade, rue  Montalivet,  3,  à  Paris. 

Leriche  (Louis),  à  Mogador  (Maroc). 

Leroux  (Ernest),  éditeur,  rue  Bonaparte,  28, 
à  Paris. 
*Lestrange   (Guy),  via  San  Francesco   Pove- 
rino ,  3 ,  à  Florence. 

Levé  (Ferdinand),  rue  Cassette,  17,  à  Paris. 

LÉ VI  (Sylvain  ) ,  professeur  au  Collège  de  France , 
rue  Guy-de-la-Brosse,  9 ,  à  Paris. 

LiÉTARD  (le  D"),  médecin  inspecteur  des  eaux, 
à  Plombières. 

Lois  Y   (Tabbé),   Boulevard   Vert-Saint-Julien, 
à  Bellevue  (Seine-et-Oise). 

Lorgeou  (Edouard),  professeur  à  l'Ecole  des 
Langues  orientales  vivantes,  à  Paris. 

*  Makhanoff,  professeur  au  Séminaire  religieux, 
à  Kazan. 
Mallet  (Dominique) ,  villa  Poirier,  9 ,  à  Paris- 

Vaugirard. 
Marçais    (W.),   directeur  de   la  Médersa,  à 
Tlemcen. 
*Margoliouth  (David-Samuel),  professeur  da- 


LISTE  DES   MEMBRES.  47 

rabe  à  TUniversité,  New -Collège,  à  Ox- 
ford. 
MM.  Martin  (rabbé  François),  professeur  à  TUni- 
versité  catholique,  rue  de  Vaugirard,  49, 
à  Paris. 
*  Maspero  ,  membre  de  Tlnstitut ,  professeur  au 
Collège  de  France ,  ancien  directeur  général 
des  Musées  d'Egypte,  avenue  de  TObserva- 
toire,  24,  à  Paris. 

Méchineau  (l'abbé) ,  rue  Monsieur,  1 5 ,  à  Paris. 

Mehren  (le  ly),  professem*  de  langues  orien- 
tales, à  Fredensborg,  près  Copenhague. 

Meillet    (Antoine),    agrégé    de    grammaire, 
directeur    adjoint    de   TÉcole   des    hautes . 
études,    boulevard    Saint -Michel,    2(1,    à 
Paris. 
M**"  Menant    (Delphine),    rue   Notre -Dame -des - 
Champs,  44,  à  Paris. 
MM.  Mercier (E.),  interprète-traducteur  assermenté, 
membre  associé  de  TEcole  des  lettres  d'Alger, 
rue  Desmoyen ,  1 9 ,  à  Constantine. 

Mercier  (Gustave),  avocat,  interprète  militaire 
de  réserve,  à  Constantine. 

Merx  (A.),  professeur  de  langues  orientales,  à 
Heidelberg. 

Michelet,  colonel  du  génie  en  retraite,  rue  de 
rOrangerie,  38,  à  Versailles. 
*  Mission  arghièologique  française,  au  Caire. 
M.*MocATTA  (Frédéric-D.),  Connaught  place,  à 
Londres. 


48  JUILLET-AOUT  1900. 

MM.  MoHAiMiMED  BEN  Braham.,  interprète  judiciaire, 

à  Oued-Athménia  (Algérie). 
MoNDON-ViDAiLHET,  chargé  de  cours  à  l'Ecole 

des  Langues  orientales  vivantes,  avenue  de 

Villiers,  20,  à  Paris. 
MoNTET    (Edouard),    professeur    de    langues 

orientales  à  TUniversité  de  Genève,  villa  des 

Grottes. 
Mum    (Sir   William),    Dean   Park   House,    à 

Edimbourg. 
*MuLLER  (Max),  professeur  à  Oxford. 

*NAtJ  (l'abbé),  docteur  es  sciences  mathéma- 
tiques, professeur  d  analyse  à  l'Institut  catho- 
lique, rue  de  Vaugirard,  7 4,  à  Paris. 

New  York-public  library,  à  New-York. 

Nicolas  (A.-L.-M.),  premier  interprète  de  la 
légation  de  France ,  à  Téhéran. 

NicoLLE  (Henri),  lieutenant  au  i""  régiment 
étranger,  commandant  le  poste  de  Nam- 
Nang,  cercle  de  Cao-Bang  (Tonkin). 

NouET  (l'abbé  René),  chanoine,  rue  Saint-Vin- 
cent, 2  5,  au  Mans. 

*Oppert  (Jules),  membre  de  l'Institut,  profes- 
seur au  Collège  de  France,  rue  de  Sfax,  2 , 
à  Paris. 

*OsTROROG  (le  comte  Léon),  conseiller  légiste 
au  Ministère  de  Tagriculture ,  des  mines  et 
forets,  à  Constantinopie. 


LISTE  DES  MEMBRES.  49 

MM.*Ottavi  (Paul),  consul  de  France  à  Mascate 
(Oman). 

Parisot  (Dom  Jean),  à  Tabbaye  de  Saint-Mar- 
tin-de-Ligugé  (Vienne). 

*  Patorni ,  interprète  principal  à  la  division,  à 

Oran. 
Pelliot  (Paul),  membre  de  TEcole  française 
d'archéologie  de  TExtrême-Orient,  à  Saigon. 
Pereira  (Estèves),  capitaine  du  génie.  Rua  das 
Damas,  4,  à  Lisbonne. 
*Perruchon  (Jules),  élève  diplômé  de  TEcole 
des  hautes  études,  rue  de  Vaugirard,  i33, 
à  Paris. 
Pfungst    (D""   Arthur),     Gaertnerweg,     2,    à 
Francfort-sur-)  e-Mein. 
*Philastre  (P.),  lieutenant  de  vaisseau,  inspec- 
teur des  affaires  indigènes  en  Cochinchine , 
à  Cannes. 
Piehl  (le  D'  Karl),  professeur  d'égyptologie  à 
rUniversité,  directeur  du  Sphinx,  à  Upsal. 
*PiJNAPPEL,  docteur  et  professeur  de  langues 

orientales ,  à  Middelbourg. 
*PiNART  (Alphonse),  à  Paris. 
Pinches    (Th.-C),    Assyrian   department,  au 

British  Muséum,  à  Londres. 
Pognon,  consul  de  France,  à  Alep. 

*  Pommier,  juge  au    tribunal  civil,   au    Blanc 

(Indre). 
*PoussiÉ  (le  D"),  rue  de  Valois,  2,  à  Paris. 


IHI-mSIKAII.     >*ll 


50  JUILLET-AOUT  J900. 

MM.  PRyEroRius(Frantz),  Franckestrasse ,  2,àUatle. 
*Prym  (le  professeur  E.),  à  Bonn. 

Rat  (G.),  secrétaire  de  la  Chambre  de  com- 
merce, à  Toulon. 

Ravaisse  (P.),  chargé  de  cours  à  TEcole  des 
Langues  orientales  vivantes,  rue  de  Paris, 
1 48 ,  à  Boulogne-sur-Seine. 

RÉAu  (Raphaël),  vice-consul  de  France  à 
Bangkok  (Siam). 

Regnaud  (Paul),  professeur  de  sanscrit,  à  la 
Faculté  des  lettres,  à  Lyon. 

*  Régnier  (Adolphe),  sous-bibliothécaire  de  Tln- 

stitut ,  rue  de  Seine ,  i ,  à  Paris. 

Rettel  (Stanislas  de),  drogman-chancelier  du 
consulat  de  France  à  Taurîs  (Perse). 

Reuter  (le  D'  J.  N.),  docent  de  sanscrit  et  de 
philologie  comparée,  à  TUniversité  de  Hel- 
singfors. 
*Revillout  (E.),  professeur  à  TEcole  d  archéo- 
logie du  Louvre,  rue  du  Bac,  i  28,  à  Paris. 

*  Rimbaud  ,  rue  de  TErmitage ,  1 6 ,  à  Versailles. 
Robert  (A.),  administrateur  de  la  commune 

mixte  d'Aïn  Mlila  (département  de  Constan- 
tine). 

*  Rolland  (E.  ) ,  rue  des  Fossés-Saint-Bernard ,  6 , 

à  Paris. 
Roque-Ferrier  ,  consul  de  France  à  Erzeroimi 

{Turquie  d'Asie). 
RosNY   (Léon   de),    professeur  à   FEcole   des 


LISTE  DES  MEMBRES.  51 

Langues  orientales  vivantes,  rue  Mazarine, 
28,  à  Paris. 
MM.*RousE  (W.  H.  D.),  Christ's  Collège,  à  Cambridge. 
RouviER  (Jules),  docteur  en  médecine,  pro- 
fesseur à  la  Faculté  française  de  médecine 
de  Beyrouth. 

Sabbathier,    agrégé   de   TUniversité,    rue   du 

Cardinal-Lemoine ,  1 5 ,  à  Paris. 
Sainson  (Camille),  interprète  de  1"  classe,  au 

consulat  de  France  à  Mong  tseu  (Yunnan), 

via  Lao  Kai  (Tonkin). 
Salmon  (Georges),    à  l'Institut  français   d'ar- 
chéologie, au  Caire. 
*  Saussure  (L.  de),  lieutenant  de  vaisseau,  rue 

Poulie,  i/t,  à  Brest. 
ScHEiL  (le  P.),  rue  du  Bac,  94,  à  Paris. 
ScHMmT  (Valdemar),  professeur  à  TUniversité, 

Musées  royaux,  à  Copenhague. 
Schwab  (M.),  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque 

nationale,  rue  de  Provence,  29,  à  Paris. 
Senart   (Emile),    membre   de   l'Institut,   rue 

François  P',  1 8 ,  à  Paris. 
Serruys  (Washington),  attaché  au  Consulat  de 

Belgique,  à  Beyrouth. 
*SiMONSEN,  grand  rabbin,  à  Copenhague. 
SiouFFi,  consul  de  FVance,  en  retraite,  à  Ba- 

abda ,  près  Beyrouth. 
Si  saïd  boulifa,  professeur  à  TEcole  nomiale 

primaire,  à  la  Bouzaréa,  près  Alger. 

4. 


52  JUILLET-AOÛT  1900. 

MM.  SoNNECK  (C),  professeur  à  TEcole  coloniale, 

rue  de  Vaugirard,  63,  à  Paris. 
Specht   (Edouard),    rue   du  Faubourg-Saint- 

Honoré,  igS,  à  Paris. 
Spiro  (Jean),  professeur  à  rUniversiié  de  Lau- 

zanne,  à  Vufflens-la-Ville  (Suisse). 
Stein  (D""  m.  Aurei),  directeur  de  la  Madrasa, 

à  Calcutta. 
Strehly,  professeur  au  lycée  Louis-le-Grand , 

rue  de  Vaugirard ,  1 6 ,  à  Paris. 
Strong  (Arthur),  36,  Grosvenor  Road,  Lon- 

don,  S.  W . 

Taillefer  {Amédée),  conseiller  à  la  Cour 
d appel,  rue  Cassette,  27,  à  Paris. 

Textor  de  Ravisi  (le  baron),  rue  de  Turin, 
38,  à  Paris. 

Thatcher  (G.  W.),  professeur,  Mansfield  Col- 
lège, Oxford. 

Theillet,  attaché  au  consulat  de  France,  à 
Alep. 

Thibaut  (E.),  surveillant  général  au  Lycée,  à 
Alger. 

Thureau-Dangin  (F.),  élève  de  TEcole  des 
Hautes  Etudes,  rue  Barbet  de  Jouy,  26,  à 
Paris. 

Touhami  BEN  Larbi,  interprète  judiciaire  asser- 
menté à  Ksar-et-Tir,  Sét if  (Algérie). 
*TuRRETnNi  (François),  rue  de  THôtel-de-Ville, 
8,  à  Genève. 


LISTE  DES  MEMBRES.  53 

MM.  Vasconcellos-Abreu  (de), professeur  desanscrit, 
rua  Castilho,  34,  à  Lisbonne. 

Vaux  (Baron  Carra  de),  rue  Saint-Guillaume, 
i/i,  à  Paris  et  au  château  de  Rieux,  par 
Montmirail  (Marne). 

Vernes  (Maurice),  directeur  adjoint  «^  FEcole 
des  Hautes  Etudes,  rue  Notre -Dame- des- 
Champs,  97*",  à  Paris. 

ViLBERT  (Marcel),  secrétaire  général  à  la  di- 
rection des  phares  ottomans,  à  Constanti- 
nople, 

ViNSON  (Julien),  professeur  à  TEcole  des 
Langues  Orientales  Vivantes ,  rue  de  TUni- 
versité,  58,  à  Paris. 

VissiÈRE  (Arnold) ,  consul  de  France ,  secrétaire 
interprète  du  Gouvernement,  professeur  à 
rÉcole  des  langues  orientales  vivantes,  ave- 
nue des  Pages ,  1  o ,  Le  Vésinet. 

VoGiJE  (le  marquis  Melchior  de),  membre  de 
rinstitut,  ancien  ambassadeur  de  France  à 
Vienne,  rue  Fabert,  2 ,  à  Paris. 

Weil  (Raymond),  lieutenant  au  5*  régiment 

du  génie,  à  Versailles. 
WiLHELM  (Eug.),  professeur,  à  rUni  versité  dléna. 
*WiTTON   Davies  (T.),   principal  de  Midland 

Baptist  Collège,  à  Nottingham. 
*Wyse  (L.-N.  Bonaparte),  villa  Isthmia,  au  Cap- 
Brun,  par  Toulon. 

Yanni  (G.),  à  Tripoli  de  Syrie. 


54  JUILLET. AOÛT  1900. 

MM.  Zbky  (Salih)  Efendî,  directeur  de  l'Observa- 
toire Impérial  Ottoman,  à  Pèra  (Constanti- 
nople). 
*ZoGRAPHOS  (S.  Exe.  Christaki  Efendi),  avenue 
Hoche ,  2  2  ,  à  Paris. 


II 

MEMBRES  ASSOCIÉS  ÉTRANGERS 

SUIVANT  L'ORDRE  DES  NOMINATIONS. 

MM.  Weber,  professeur  à  TUniversité  de  Berlin. 
Salisbury  (E.),  membre  de  la  Société  orien- 
taie  américaine,  287,  Church  street,  àNew- 
Haven  (États-Unis). 

m 

LISTE  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  ET  DES  REVUES 

AVEC  LESQUELLES 
LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE  ÉCHANGE  SES  PUBLICATIONS. 

Académie  de  Lisbonne. 

Académie  de  Saint-Pétersbourg. 

Royal  Asiatic  Society  of  London. 

Royal  Asiatic  Society  op  Bengal,  Pak-Street,  67, 
à  Calcutta. 

Deutsche  morgenlandische  Gesellschaft,  à  Halle 

American  Oriental  Society,  à  New-Haven  (États- 
Unis). 


LISTE  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  ET  DES  REVUES.    55 

Royal  Asiatic  Society  op  Japan  ,  à  Tokio. 

Bombay  branch  of  the  Royal  Asiatic  Society,   à 

Bombay. 
China   branch   of   the   Royal   Asiatic  Society,    à 

Shanghaï. 
The  Peking  Oriental  Society,  à  Pékin. 
Societa  Asiatica  Italiana  ,  à  Florence. 
Société  ûes  Etudes  juives,  rue  Saint-Georges,  17,  à 

Paris. 
Société  des  Bollandistes  ,  rue  des  Ursuiines ,  1 4 ,  à 

Bruxelles. 
Harpers  University  (American  Journal  of  semitiç 

LANGOAGES  AND   LITERATUREs) ,  à  ChicagO. 

Arch/eological  Institute  of  America,  38,  Quincy 

Street,  Cambridge  (États-Unis). 
Reale  Accademia  dei  Lincei,  à  Rome. 
John  Hopkins  University,  à  Baltimore  (Etats-Unis). 
Société  finno-ougrienne,  à  Helsingfors. 
Société  de  géographie  de  Paris. 
Société  de  géographie  de  Genève. 
Royal  Geographical  Society,  à  Londres. 
Société  des  sciences  de  BATAvrA. 
Société  historique  algérienne. 
Deutsche  Gesellschaft  fijr   Natur-  und  Voblkkr 

KUNDE  Ostasiens,  à  Tokio. 
Société  de  philologie,  à  Paris. 
Provincial  Muséum,  à  Lukhnow. 
Indian  Antiquary,  à  Bombay. 
PoLYBiBLiON,  à  Paris. 
Revue  de  l'Histoire  des  religions. 


56  JUILLETAOÛT  1900. 

American  Journal  of  ARCHiEOLOGY,  à  Princeton. 

TiiE  Japan  Society,  2 o,Hannover  square,  à  Londres. 

Revue  de  l'Orient  chrétien,  rue  du  Regard,  20,  à 
i^aris. 

Société  de  linguistique,  à  la  Sorbonne,^  à  Paris. 

Ecole  française  d'Athènes. 

Revue  biblique  ,  au  Couvent  de  Saint-Etienne,  à  Jé- 
rusalem. 

Université  royale,  à  Upsai  (Suède). 

Institut  catholique  de  Toulouse. 

Ecole  française  d'Archéologie  de  l'Extrême-Orient, 
à  Saigon. 


Ministère  de  l'instruction  publique. 

Ecole  des  langues  orientales  vivantes,  rue  de  LiHe  , 

2 ,  à  Paris. 
Séminaire  des  missions  étrangères,  rue  du  Bac,  1  a8 , 

à  Paris. 
Séminaire  de  Saint-Sulpice  ,  à  Paris. 
Bibliothèque  du  Ministère  de  la  guerre. 
Bibliothèque  du  Chapitre  métropolitain,  à  i'ég^ise 

Notre-Dame,  à  Paris. 
Bibliothèque  de  l'Arsenal  ,  rue  de  Suiiy,  1 ,  à  Paris. 
Bibliothèque  Sainte-Geneviève,  place  du  Panthéon, 

à  Paris. 
Bibliothèque  Mazarine,  quai  Conti,  28,  à  Paris. 
Bibliothèque  de  l'Université,  à  la  Sorbonne. 
Bibliothèque  du  Muséum  d'histoire  naturelle,  rue 

de  BuSbn,  2 ,  à  Paris. 


LISTE  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  ET  DES  REVUES.    57 

Bibliothèque  du  Collège  de  France. 
École  normale  supérieure,  rue  d*tHm,  /j5,  à  Paris. 
Bibliothèque  nationale. 

Séminaire  Israélite,  rue  Vauqueiin,  9,  à  Paris. 
Faculté  de  droit,  place  du  Punthéon,  à  Paris. 
Parlement  de  Québec  (Canada). 
Les  bibliothèques  d*Aîx  (en  Provence),  —  de  Mou- 
lins, —  DE  Rennes,  —  d'Annecy,  —  de  Laon, 

—  de  Périgueux,  —  DE  Saint-Malo,  —  des 
Bénédictins  de  Solesmes,  —  de  Toulouse,  — 

DE  BeAUVAIS, DE  ChAMBÉRY,  DE  NiCE ,  DE 

Reims,  —  de  Rouen,  —  de  l'Ile  de  la  Réunion, 

—  de  Strasbourg,  —  de  Bourges,  —  de  Tours, 

—  DE  Metz,  —  de  Nancy,  —  de  Nantes,  —  de 
Narbonne,  —  d'Orléans,  —  de  Pau,  —  d'Ar- 

RAS, universitaire  DE  LyON  ,  DE  MARSEILLE, 

—  DE  Montpellier  (Faculté  de  médecine  et  Bi- 
bliothèque publique),  —  de  Montauban,  —  de 
Valenciennes,  —  de  Versailles,  —  de  Cler- 

MONT-FeRRAND  , DE  CoNSTANTlNE,  DE  DuON , 

—  DE  Grenoble,  —  du  Havre,  —  de  Lille,  — 
DE  Douai,  —  d'Aurillac,  —  de  Besançon,  —  de 
Bordeaux  (Bibliothèque  publique  et  Université), 

—  DE  Poitiers,   —  de  Caen,  — r  de  Carcas- 

SONNE,     de    CaRPENTRAS,     d'AjACCIO  , 

d'Amiens,  —  d'Angers,  —  de  Troyes,  — 
d'Avignon,  —  de  Chartres,  —  d'Alger,  — 
d'Avranches. 


58  JUILLET. AOÛT  1900. 

IV 
LISTE  DES  OUVRAGES 

PUBLIÉS   PAR  LA  SOCIETE   ASIATIQUE. 

£n  vente  chez  M.  Ernest  Leroux ,  éditeur,  rue  Bonaparte,  a 8 , 
à  Paris. 

Journal  asiatique,  publié  depuis  182a.  La  collection  est  en 
partie  épuisée. 

Chaque  année a5  fr. 


Choix  de  fables  arméniennes  du  docteur  Vartan,  en  armé- 
nien ei  en  français,  par  J.  Saint- IVfartin  et  Zohrab.  i8a5, 
in-8' 3  fr. 

Eléments  de  la  grammaire  japonaise,  par  le  P.  Rodriguez, 
traduits  du  portugais  par  M.  C.  Landresse,  etc.  Paris, 
1 8a  5 ,  in-S"*.  —  Supplément  à  la  grammaire  japonaise ,  etc. 
Pai'is,  i8a6,  in-8^  (Épuisé.) 7  fr.  5o 

Essai  sur  le  Pâli,  ou  langue  sacrée  de  la  presqu  ile  au  delà 
du  Gange,  par  MM.  E.  Burnouf  et  Lassen.  Paris,  i8a6, 
in-S".  (Épuisé.) i5  fr. 

Meng-tseu  vel  Mengium,  latina  interpretatione  ad  interpre- 
tationem  tartaricam  utramque  recenslta  inslruxit,  et  per- 
petuo  commentario  e  Sinicis  deprompto  illustra  vit  Stanis- 
las Julien.  Latetiœ  Parisioram  ^  i8a4i  1  voL  in•8^.  .   g  fr. 

Yadjnadattabadha,  ou  LA  Mort  oTADaNADATTA,  épisode 
extrait  du  Râmâyana,  poème  épique  sanscrit,  donné  avec 
le  texte  gravé,  une  analyse  grammaticale  très  détaillée, 
une  traduction  française  et  des  notes,  par  A.-L.  Chézy,  et 
suivi  d*une  traduction  latine  littérale,  par  J.-L.  Burnouf. 
Paris,  18a 6,  in-4",  avec  quinze  planches 9  fr. 

Vogabulaire  de  LA  LANGUE  GÉORGIENNE,  par  J.  Klaproth. 
Paris,  i8a7,  in-S** 7  fr.  5o 


OUVRAGES  PUBLIÉS  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.     59 

ËL^oiB  SUR  LA  Prise  d'Édessb  par  les  Musulmans  ,  par  Ner- 
sès  Klaietsî,  patriarche  d'Arménie,  publiée  pour  la  pre- 
mière fois  en  arménien,  revue  par  le  docteur  Zohrab. 
Paris,  1828,  in^" 4  Tr.  5o 

La  Rbconnaissangb  db  Sagountalà,  drame  sanscrit  et  prâ- 
crit  de  Càlidâsa ,  publié  pour  la  première  fois  sur  un  ma- 
nuscrit unique  de  la  Bibliothèque  du  Roi,  accompagné 
d'une  traduction  française,  de  notes  philologiques,  cri- 
tiques et  littéraires,  et  suivi  d'un  appendice,  par  Â.-L. 
Chézy.  Paris,  i83o,  in-4°,  avec  une  planche la  fr. 

Chronique  GéoRGiENNB,  traduite  par  M.  Brosset.  Paris j  Im- 
primerie royale,  i83o,  grand  in-8'' 9  fr. 

Chrestomathie  CHINOISE  (publiée  par  Klaproth).  Paris , 
i833,  in-8* 9  fr. 

Eléments  de  la  langue  géorgienne,  par  M.  Brosset.  Paris, 
Imprimerie  royale,  1837,  in-8** 9  fr. 

GÉOGRAPHIE  d'âbou'lféda  ,  texte  arabe  publié  par  Reinaud 
et  le  baron  de  Slane.  Paris,  Imprimerie  royale,  i84o, 
in-A** 24  fr. 

Râdjataranginî,  ou  Histoire  des  rois  du  Kachmir,  publié 
en  sanscrit  et  traduit  en  français,  par  M.  Troyer.  Paris, 
Imprimerie  nationale,  3  forts  vol.  in-8° .    20  fr. 

Précis  de  législation  musulmane,  suivant  le  rite  malékite, 
par  Sidi  Khalil,  publié  sous  les  auspices  du  Ministre  de  la 
guerre.  Nouvelle  édition 6  fr. 


COLLECTION  D'AUTEURS  ORIENTAUX. 

Les  Voyages  d'ïrn  Batoutah  ,  texte  arabe  et  traduction  par 
MM.  G.  Defrémery  et  Sanguinetti.  Paris ,  Imprimerie  na- 
tionale, 4  vol.  in-8°.  Chaque  volume 7  fr.  5o 

Table  alphabétique  dbs  Voyages  d'Ibn  Batoutah.  Paris, 
1869,  in-8» 2  fr. 


60  JUfLLET-AOÛT  1900. 

Les  Prairirs  dor  de  Maçoudi,  texte  arabe  et  traduction 
par  M.  Barbier  de  Meynard  (les  trois  premiers  volumes 
en  collaboration  avec  M.  Pavet  de  Courteille).  9  vol.  in-8*. 
(Le  tome  IX  comprenant  l'Index.)  Chaque  voL . .  7  fr.  5o 

Maçoudi.  Le  livre  de  l'Avertissement  (Kitab  et-tenhik),  traduit 
et  annoté  par  le  baron  Carra  de  Vaux.  1  fort  vol.  in-8*. 
Prix 7  fr.  5o. 


Le  Mahâvastu  ,  texte  sanscrit,  publié  pour  la  première  fois, 
avec  des  Introductions  et  un  Commentaire,  par  M.  Ém. 
Senart.  Volumes  I ,  Il ,  III .  3  forts  volumes  in-8".  Chaque 
volume 2  5  fr. 

Chants  populaires  des  Afghans,  recueillis,  publiés  et  tra- 
duits par  James  Darmesteter.  Précédés  d*une  Introduction 
sur  la  langue,  Thistoire  et  la  littérature  des  Afghans, 
i  fort  vol.  in -8" 20  fr. 

Journal  d'un  voyage  en  Arabie  (i883-i884),  par  Chaiies 
Huber.  Un  fort  volume  in-8*,  illustré  de  dessius  dans  le 
texte  et  accompagné  de  planches  et  croquis 3o  fr. 

Publication  encouragée  par  la  Société  asiatique  : 

Les  mi^moires  historiques  de  Sema  Ts*ien  ,  traduits  du  chi- 
nois et  annotés  par  Edouard  Chavannes,  professeur  au 

Collège  de  France.  Tome  P%  in-S° 16  fr. 

Tome  II,  in-8' ao  fr. 

Tome  III,  première  partie,  in-8* 10  fr. 

Tome  III,  deuxième  paiiie.  in-8* 16  fr. 

Tome  IV,  sous  presse 

Nota,  Les  membres  de  la  Société  qui  sadresseroat  directement 
au  libraire  de  la  Société,  M.  Ernest  Leroux,  rue  Bonaparte,  28,  à 
Paris,  auront  droit  à  une  remise  de  33  p.  0/0  sur  les  prix  de  tous 
les  ouvrages  ci-dessus ,  à  rexceplion  du  Journal  asiatique. 


INFLUENCE  DE  LA  RELIGION  NOSAIRÎ.  61 

INFLUENCE 
DE  LA  RELIGION  NOSAIRÎ 

SUR 

LA  DOCTRINE  DE  RACHID  AD-DÎN  SINÀN, 

PAR 

M.  RENÉ  DUSSAUD. 


La  doctrine  de  Râchid  ad-dîn  Sinân,  le  fameux 
grand-maître  des  Assassins  de  Syrie ,  nous  est  connue 
'  par  trois  fragments  publiés  et  traduits  par  Stanislas 
Guyard^  xAyant  eu  l'occasion  de  reprendre  l'inter- 
prétation de  ces  textes ,  nous  nous  sommes  convaincus 
que  le  savant  éditeur  s'était  mépris  en  les  rattachant 

^  Fragments  relatifs  à  la  doctrine  des  Ismaéli»,  Paris,  1874  ,  extr. 
des  Notices  et  extraits  des  tnss,  de  la  Bibl,  nat, ,  t.  XXII ,  1  "  partie. 
Les  deux  premiers  fragments,  p.  99-126,  ont  été  sinon  écrits,  du 
moins  directement  inspirés  par  Râchid  ad-din.  Le  troisième  frag- 
ment ou  histoire  de  Noé,  p.  126-152,  comme  St.  Guyard  Ta  établi , 
est  un  chapitre  détaché  d'un  commentaire  complet  sur  le  Qoran. 
Il  a  certainement  été  utilisé  et  probablement  relouché  pour  appuyer 
les  prétentions  de  Sinân.  M.  P.  Casanova  a  récemment  découvert 
que  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  qui  porte  dans  le 
catalogue  de  Slane  le  n**  2309,  a  été  rédigé  par  un  partisan  de  la 
secte  des  Assassins;  cf.  Journal  asiatique,  1898,  1. 1,  p.  i5i  et  suiv. 
M.  Casanova  se  propose  de  le  l'aire  connaître  dans  une  notice  étendue. 


62  JUILLET-AOÛT  1900. 

purement  et  simplement  à  la  doctrine  ismaélî.  Il  y  a 
été  entraîné  par  le  fait  que  le  même  manuscrit  con- 
tient des  fragments  véritablement  ismaélîs ,  à  peine 
remaniés  par  des  sectateurs  de  Sinân^  Mais,  même 
dans  cet  état ,  il  suffît  de  les  comparer  aux  fragments 
dont  Râchid  ad-dîn  est  Fauteur,  pour  établir  l'anti- 
nomie des  deux  doctrine». 

Les  Ismaélîs  enseignaient  qxte  Dieu  avait  fait 
émaner  de  lui  la  Raison  Universelle,  qui,  à  son  tour, 
avait  produit  l'Ame  Universelle ,  et ,  de  dégradation  en 
dégradation ,  le  monde  avait  été  créé.  Le  Temps  était 
divisé  en  sept  cycles  et,  dans  chacun  d'eux,  un  pro- 
phète avait  incarné  la  Raison  Universelle  :  c  était  le 
Nâtiq  chargé  de  formuler  la  religion  nouvelle.  Un  autre 
prophète,  son  second,  son  Asâs,  incarnation  de  l'Ame 
Universelle  venait  après  lui ,  pour  confirmer  sa  doc- 
trine. 

On  avait  eu  ainsi  les  cycles  d'Adam ,  de  Noé ,  d'Abra- 
ham ,  de  Moïse ,  de  Jésus  et  de  Mohammed.  Le  cycle 
de  Mohammed  ayant  vu  apparaître  septimâms,  qui 
étaient  :  d'abord  son  Asâs  ^Alî,  puis  Hasan,  Hosain, 
*Ali  fils  de  Hosain,  Mohammed  fils  de  ^Alî,  DjaYar 
fils  de  Mohammed  et  Ismâ^îl  fils  de  DjaYar,  ce  cycle 
était  clos.  Le  septième  et  dernier  cycle  s'ouvrait, 
caractérisé  par  l'apparition  du  Mahdî,  Mohammed 
fils  d'Ismâ^l  qui  était  encore  le  septième  Nâtiq  ou  le 
Qâ'im  al-Qiyâmah. 

Cependant  ce  septième  Nâtiq  mourut  sans  que  les 

'  Ainsi  le  fragment  Vlil,  op»  ciu,  p.  ao5,  fait  mention  deSinAn. 


INFLUENCE  DE  LA  RELIGION  NOSAIRÎ.  63 

événements  aient  changé  la  face  du  monde,  et  Ton  ne 
put  expliquer  cet  accident  imprévu  qu  en  admettant 
que  Mohammed  fds  dlsmâ^îl  était  simplement  dis- 
paru :  au  moment  décisif,  on  le  verrait  surgir  de 
nouveau. 

Les  Fatimides,  qui  eurent  Thabileté  de  faire  ac- 
cepter —  du  moins  par  une  partie  du  monde  mu- 
sulman —  leur  parenté  avec  les  descendants  de  *Alî , 
prétendirent  réincarner  le  Mahdî.  Les  fragments  pu- 
bliés par  St.  Guyard  sont  particulièrement  instructifs  : 
M  o^izzLidînillâh  se  proclame  Imcarnation  de  laBaison 
Universelle,  c est-à-dire  septième  Nâtiq^.  La  distinc- 
tion entre  cette  première  émanation  divine  et  la  di- 
vinité même  est  si  ténue  qu*xme  certaine  confusion 
s'établit  entre  Mo*izz  Lidînillâh  et  Dieu  :  «  Un  pas  de 
plus,  dit  justement  St.  Guyard^,  et  il  aurait  pu  s'an- 
noncer comme  étant  la  divinité  ineffable  elle-même. 
Ce  pas ,  Hâkim  Biamrillâh  le  fit ,  et  c'est  le  dogme 
nouveau  de  Imcarnation  de  Dieu,  dont  fidée  seule 
aurait  épouvanté  im  Ismaélî,  qui  sépare  profondé- 
ment le  système  des  Druzes  de  celui  de  leurs  prédé- 
cesseurs ». 

Mais  le  fossé  entre  la  doctrine  de  Râchid  ad-din 
et  Je  système  ismaélî  est  bien  autrement  profond, 
car  —  comme  nous  Talions  voir  —  Râchid  ad-din 

^  Les  passages  caractéristiques  abondent,  ainsi  p.  168  :  «Je  suis 
ta  puissance ,  ta  démonstration ,  ta  volonté  et  ton  lieu  »  ;  p.  1 69  : 
«Mon  Dieu!  Je  suis  le  trône,  le  Heu,  etc. . .  Je  suis  ton  nom. . . 
L'essence  des  Nâtiq  et  le  Verbe  est  en  moi».  Le  Nâtiq  était  le  lieu, 
le  nom ,  le  voile ,  etc .  • .  de  Dieu. 

*  St.  GcYARD,  op.  cit.,  p.  174. 


64  JUILLKT-AOÛT  1900. 

prétendit  à  la  divinité  en  se  proclamant  non  pas  sep- 
tième Nâtiq,  mais  septième  Asâs,  c est-à-dire,  incar- 
nation de  TAme  Universelle,  deuxième  émanation 
divine. 

Cette  théorie  apparaît  nettement  dans  la  liste  que 
Sinân  donne  des  sept  cycles  qui  englobent  l'histoire 
du  monde.  Nous  connaissons  déjà  les  six  premiers  : 
ce  sont  ceux  d* Adam ,  de  Noé ,  d'Abraham ,  de  Moïse , 
de  Jésus,  de  Mohammed.  Le  septième  est  le  cycle 
d'Aboû  Dharr  et  de  Râchid  ad-dîn  Sinân. 

St.  Guyard  a  attribué  l'apparition  d'Aboû  Dharr 
au  sixième  cycle.  Mais  dans  cette  énumération,  la  con- 
jonction Is*  introduit  toujours  un  nouveau  cycle  : 
J*>J1  ^1  Ji  1^'  est  une  variante  fort  explicable  de  la 
formule  :  ii>t^  fiHi  «  ensuite  j  apparus ...  ^  ». 

Il  ne  peut  y  avoir  de  doute  :  Aboû  Dharr  est  dé- 
signé comme  le  Qaimal-Qiyàmah,  le  chef  de  la  ré- 
surrection, titre  qui  appartient  en  propre  au  sep- 
tième Nâtiq.  Dans  la  liste  des  sept  Nâtiq,  liste  qui 
revient  par  deux  fois  dans  les  fragments  de  Râchid 
ad-dîn  Sinân ,  Aboû  Dharr  est  désigné  sous  les  noms 
de  Qaim  ou  de  Mahdi^. 

Râchid  ad-dîn,  étant  apparu  après  Aboû  Dharr, 
ne  peut  revendiquer  d'autre  titre  que  celui  d'Asâs. 

*  St.  Guyard  ,  op.  cit, ,  p.  i  oo ,  a  été  obligé  de  faire  (pielque  vio- 
lence au  texte.  Il  traduit  :  «  A  ce  moment  s'est  manifesté  Aboû  adh- 
Dharr». 

^  Ibid,,  p.  ii3  et  ii5.  Dans  son  commentaire,  St.  Guyard, 
p.  i2/i  n.  34,  préoccupé  de  trouver  dans  ce^  fragments  la  doctrine 
ismaéli,  iJenlilie  ce  Malidî  avec  Mohammed  ibn  Ismà'il. 


INFLUENCE  DE  LA  RELIGION  NOSAIRÎ.  65 

Aboû  Dharr  s'est  manifesté  le  premier  dans  le  der 
nier  cycle,  «  mais  la  religion  n  a  été  parachevée  pour 
vous  que  lorsque  je  vous  suis  apparu  sous  la  forme 
de  Râchid  ad-dîn  ^  ».  De  même  quii  note  avec  soin 
la  liste  des  Nâtiq,  le  grand-maître  des  Assassins  en- 
registre les  noms  des  Asâs  :  «  Seth,  [Sem]^,  Ismaël, 
Aaron,  Siméon,  ^Alî  et  un  Imâm^».  Cet  Imam  ne 
peut-être  que  Râchid  ad-dîn  lui-même. 

Il  semble  donc  que  le  fameux  chef  des  Assassins 
ait  compliqué  à  plaisir  son  ascension  à  la  divinité ,  et 
Ton  s  étonne  qu'il  n'ait  pas,  comme  Hâkim  Biamrillâh , 
suivi  la  voie  naturelle  qu'offrait  aux  imposteurs  une 
fausse  interprétation  de  l'ingénieuse  doctrine  des  Is- 
maélîs.  La  conduite  de  Râchid  ad-dîn  serait  inexpli- 
cable ,  si  elle  n'avait  été  imposée  par  des  raisons  po- 
litiques. 

Parvenu ,  comme  on  sait ,  à  la  première  place  parm\ 
les  Ismaélîs  de  Syrie  * ,  devenu  pom*  nos  chroniquem-s 
le  «  Vieux  de  la  Montagne  »  redouté ,  l'ambition  de 


*  St.  GUYARD,  Op,  cit,  p.    lOO. 

*  Le  nom  de  Sem  a  été  sauté  par  l'inadvertance  d'un  copiste, 
comme  i'a  justement  remarqué  St.  Guyard,  ibid.,  p.  laS  n.  45. 
Mais  il  suppose  à  tort  que  le  septième  Asâs  est  Qaddàh. 

^  Ibid,,  p.  11 5.  Le  texte,  p.  25,  porte  :  f»Ut^.  La  correction  que 
propose  St.  Guyard ,  |.UiU  suivi  d'un  nom  propre  indéterminé,  n'est 
pas  à  admettre.  D'une  part ,  Sinân  avait  quelque  intérêt  à  laisser  la 
question  dans  le  vague,  puisque,  par-dessus  le  titre  d'Asâs,  il  visait 
à  la  divinité.  D'autre  part ,  d'après  sa  théorie ,  le  nombre  des  lettres 
des  Asâs  doit  être  de  vingt-huit.  Cette  condition  exige  (le  nom 
l*LiM  restitué)  pour  le  dernier,  un  nom  de  quatre  lettres  comme  |*L«!. 

*  DefrÉmery  ,  Nouvelles  recherches  sur  les  Ismaéliens  ou  Bathiniens 
de  Syrie,  p.  5o  et  suiv. ,  extr.  du  Journal  asiatique,  5'  série,  t.  V. 


IMrillMCIllil    ■AtlU9r4I.B. 


66  JUILLKT-AOÛT  1900. 

Sinàn  ne  put  se  limiter  à  jouer,  à  la  tête  de  quelques 
partisans ,  un  rôle  parfois  unportant  :  il  prétendit  à  la 
divinité.  Les  auteurs  arabes  nous  apprennent  (|uil 
réussit  ^  Mais  on  peut  conjecturer  qu'il  ne  trouva  pas 
chez  les  Ismaélîs  ses  meilleurs  partisans.  Sa  tenta- 
tive eût  avorté  s'il  n  avait  —  comme  Hâkim  Biam- 
rillâh  —  rencontré  chez  les  montagnards  de  Syrie 
des  adeptes  faciles  à  convaincre.  Les  contes  publiés  par 
Stanislas  Guyard  jettent  une  vive  lumière  sur  les  agis- 
sements de  Sinân.  Si  quelques-uns  de  ses  compagnons 
ismaélîs,  voyant  clair  dans  son  jeu,  né  consentent 
pas  aie  suivre*^,  si  le  grand-maître  ismaélî  de  Perse 
tente  à  plusieurs  reprises  de  le  faire  assassiner^,  par 
contre  un  fort  parti  nosairî  se  range  sous  son  autorité*. 
Ce  sont  des  Ghamâlîs  ou  adorateurs  du  Soleil  et  lau- 
teur  nous  décrit  en  détail  conunent  Râchid  ad-din 
opposa  sa  propre  divinité  à  celle  du  Soleil.  Dans  les 
tours  de  passe-passe  qui  lui  étaient  familiers,  il  abuse 
de  la  croyance  nosairî  à  la  métempsycose^.  De  ces 
contes  ressort  avec  évidence  que  Râchid  ad-dîn  cher- 
chait à  capter  la  confiance  des  indigènes  de  la  mon- 
tagne nosairî  où  il  s'était  fortement  retranché. 
Or  les  Nosairîs ,  dans  la  déformation  qu'iîs  avaient 

*  Jbn  Djoubair,  édit.  W.  Wright,  p.  266,  et  St.  Guyard;   Un 
grand-maitre  des  Auoisins  an  temps  de  Saludin,  p.  ^3. 

*  St.  Guyard,  op.  cit,,  p.  /|3. 
»  /6irf.,  p.  ^^. 

^   Jhid.,  p.  i65,  où  il  faut  lire  j&JUâJt  au  lieu  de  «pUJi.  Cf. 
notre  Histoire  et  Reliciion  des  Nosairîs,  Paris,  1900,  p.  79  ci  suiv. 

*  Nous  entendons  le  passage  des  âmes  dans  des  corp»  d'animaux , 
ce  que  les  Ismaélîs  et  même  les  Druzes  réprouvaient  absolument. 


INFLUENCE  DE  LA  RELIGION  NOSAIRÎ.  67 

fait  subir  à  la  doctrine  ismaélî,  avaient  élevé  les  Asâs 
au  rang  d'incarnation  divine.  Le  Nâtiq  apportait  le 
texte  de  la  religion ,  TAsâs  en  révélait  le  sens  ;  il  était 
le  Ma^nâ,  la  divinité  incamée.  Dès  lors,  on  conçoit 
que  Râchid  ad-din  Sinân,  voulant  étendre  sa  domi- 
nation sur  la  montagne  nosairî ,  n  ait  pas  cherché  à 
imposer  la  véritable  doctrine  istnaélî,  mais  quil  ait 
au  contraire  adopté  les  croyances  nosairis  tout  en 
cherchant  à  les  exploiter  à  son  profit.  Les  chapitres 
où  il  expose  son  système  n'ont  d'autre  but  que 
d'établir  la  supériorité  de  l'Asâs  sur  le  Nâtiq  :  et  il 
fait  proclamer  cette  supériorité  par  Aboû  Dharr,  — 
le  septième  Nâtiq  dans  son  système. 

En  effet,  le  Sirât,  chez  les  Ismaélls,  symbolisait 
rimâm  de  l'époque;  chez  les  Nosairis,  c'était  *Alî, 
l'Asâs.  «Peut-être,  aurait  dit  Aboû  Dharr  à  son  lit 
de  mort,  peut-être  m'interroges-tu  sur  le  Siràt?  C'est 
mon  seigneur  *Alî,  fds  d'Aboû  Tàlib,  Émir  des 
Croyants^».  En  l'entendant,  les  fidèles  s'écrièrent  : 
«  Louange  à  Dieu  qui  nous  a  dirigés  !  S'il  ne  nous 
avait  conduits,  nous  nous  serions  égarés.  Tu  n'es 
qu'un  avertisseur,  mais  chaque  peuple  a  un  guide 
pour  le  diriger  »#  Et,  en  manière  de  comparaison,  les 
fidèles  ajoutèrent  :  «  L'avertisseur  est  Mohammed  et 
le  guide  ^Alî  ».  Cela  voulait  dire  :  Toi,  Aboû  Dharr, 


^  Râebid  ftd-din  n'éiftnt  pas  apparu  à  cette  époque  «  Aboô  adh- 
Dharr  ne  pouvait  proclamer  sa  supériorité,  il  proclamait  celle  de 
TAsâs  en  général*  St«  Guyard,  rapportant  ce  passage  à  la  doctrine 
ismaéli  dit  {ibid,,f»  121  n«  21)  :  «  Tout  ce  qui  suit  est  destiné  à 
montrer  la  nécessité  d'un  Imàm  ». 

5. 


68  JUILLET-AOÛT   1900. 

septième  Nâtiq,  tu  nés  qu'un  avertisseur,  nous  at- 
tendons le  guide.  Ce  guide  devait  être  Râchid  ad- 
dîn. 

La  prééminence  de  TAsâs  sur  le  Nâtiq  est  formel- 
lement attestée  :  «  Sache,  ô  mon  frère,  que  la  langue 
arabe  fait  avancer  en  grade  ÏInfériear  et  rétrograder 
le  Sapériear,  rend  Petit  le  Grand  et  Grand  le  Petit, 
cela  par  la  prééminence  de  la  parole  et  la  connais- 
sance du  sens .  .  .  ^  ».  L'auteur  cite  en  exemple  Aaron 
suppléant  Moïse  et  le  fait  que  les  magiciens  de  Pharaon 
les  accueillirent  en  disant  :  «  Nous  croyons  au  Dieu 
d'Aaron  et  de  Moïse  ».  Et  cependant  «  Moïse  était  le 
Grand,  et  Aaron,  le  Petit,  car  Moïse  était  le  Nâtiq, 
et  Aaron ,  l'Asâs.  La  supériorité  d' Aaron  et  Tinfériorité 
de  Moïse  ^  ne  furent  donc  pas  le  résultat  d  une  dégra- 
dation de  Moïse  ».  Tous  les  termes  de  cette  démons- 
tration sont  fort  bien  pesés  :  TAsâs  s  élevant  au-dessus 
du  Nâtiq,  première  émanation  divine  qui  reste  à  son 
rang,  vient  naturellement  se  confondre  avec  la  divi- 
nité. 

On  ne  s  étonnera  pas  de  trouver  dans  les  fragments 
de  Râchid  ad-dîn  une  phrase  qui  semble  détachée 
d'un  écrit  nosairî  :  «  Ensuite  je  me  suis  manifesté  sous 
la  forme  de  *Alî,  chef  de  l'époque;  je  me  suis  voilé 
sous  la  figure  de  Mohammed,  et  celui  qui  a  disserté 
sur  la  connaissance  de  ma  nature  a  été  Salmân  ». 
L'énumération  des  cycles  religieux  devait  montrer 

^  Ibid,,  p.  iio.  On  remarquera  Texpression  ^/jcl!  c^Lir^. 
*  Il  faut  se  garder  d'ajouter  avec  St«  Guyard  :  tdans  ce  cas». 
Cette  réticence  va  à  Tencontre  du  texte. 


INFLUENCE  DE  LA  RELIGION  NOSAIRÎ.  69 

1  erreur  dans  laquelle  on  tombait  à  vouloir  rester 
fidèle  à  la  religion  de  ses  pères.  Les  Nosairîs  étaient 
invités  à  renoncer  à  la  triade  *Alî-Mohammed-Salmân 
comme  ils  avaient  abandonné  lantique  triade  Ciel- 
Soleil-Lune  dont  le  culte  n  avait  pas  entièrement  dis- 
paru et  que  Râchid  ad-dîn  rapporte  au  cycle  d'Abra- 
ham 2  «Ensuite  j  ai  paru  dans  le  cycle  d'Abraham, 
sous  les  trois  noms  d'étoiles,  de  soleil  et  de  lune^. 
Les  Nosairîs  ne  se  sont  pas  laissé  sérieusement  en- 
tamer et  ils  ont  aujourd'hui  perdu  tout  souvenir  de 
Râchid  ad-dîn  Sinân.  C'est  que  le  fameux  chef  des 
Assassins,  en  cherchant  à  supplanter  la  vénération 
attachée  à  'Alî ,  Mohammed  et  Salmân ,  n'a  pas  su  leur 
offrir  un  système  qui  conservât  leurs  vieux  cultes 
naturistes.  Car  avant  tout ,  *Alî  est  pour  eux  le  Ciel  ou 
l'Emir  des  étoiles,  Mohammed  le  soleil  et  Salmân  la 
lime.  Sans  les  deux  fragments  heureusement  recueillis 
par  le  consul  Rousseau  et  publiés  par  St.  Guyard, 
nous  ignorerions  les  curieuses  doctrines  de  Râchid 
ad-dîn  et  nous  en  serions  réduits  à  admettre  les  fables 
naïves  des  chroniqueurs  qui  attribuaient  aux  illusions 
du  hachîch  le  dévouement  que  le  Vieux  de  la  Mon- 
tagne inspirait  à  ses  hommes. 


70  JUILLET-AOÛT  1900. 

LE  TRAITÉ 

DU 

PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS 

SUR  LES  PREMIERS  ANALYTIQUES 
D'ARISTOTE, 

PAR 

A.  VAN   HOONACKER 


I.  NOTICE  PRÉLIMINAIRE. 

H  y  a  quelque  temps  déjà,  M.  P.  Bedjan  dont  la 
féconde  activité,  si  appréciée  des  amis  des  lettres 
syriaques,  na  d'égale  que  son  amabilité,  nous  mit 
entre  les  mains  un  recueil  manuscrit  syriaque  de 
divers  traités  et  écrits  sur  la  logique.  C'est  un  volume 
relié  en  vieux  maroquin  rouge,  dont  la  reliure  d'ail- 
leurs est  toute  délabrée  de  vétusté.  Il  comprend 
128  feuillets  d'assez  gros  papier  vergé,  jaunis  mais 
très  bien  conservés ,  sauf  des  taches  d'humidité  à  la 
marge  des  douze  ou  treize  premiers,  dé  quelques- 
uns  au  milieu,  et  des  quatre  derniers  où  elles  sont 
plus  légères.  Le  format  est  d'environ  22  centimètres 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      71 

sur  1 6  centimètres.  En  moyenne  ii  y  a  1 9  à  ao  lignes 
par  page.  L'écriture,  en  caractères  nestoriens,  est 
très  distincte;  assez  épaisse,  apparaissant  à  certains 
feuillets  à  travers  le  papier,  mais  sans  que  la  lecture 
en  soit  rendue  plus  difficile.  Les  difiFérents  traités 
qui  composent  le  recueil  commencent  toujours  à 
une  nouvelle  page;  il  arrive  même  que  deux  traités 
qui  se  suivent  soient  séparés  par  une  page  blanche 
ou  un  feuillet  blanc.  Les  titres  et  les  souscriptions 
(celles-ci  pas  toujours  en  entier)  sont  écrits  à  l'encre 
rouge ,  de  même  que  çà  et  là ,  dans  le  texte ,  les  termes 
qui  servent,  par  exemple,  de  thème  aux  explications. 
Les  mots  ou  lignes  d'écriture  écrits  verticalement 
à  la  marge ,  souvent  comme  corrections  ou  additions , 
sont  généralement  encadrés  de  rouge.  Les  feuillets 
ne  portent  aucun  signe  de  pagination.  Dans  la  suite 
nous  nous  en  rapportons  aux  chiffres  que  nous  y 
avons  mis  nous-même,  page  par  page,  depuis  1  jus- 
qu'à 2  56,  et  que  nous  reproduisons  plus  loin,  entre 
crochets ,  pour  le  texte  du  traité  de  Prohus  sur  les 
Premiers  Analytiques,  et  pour  la  version  que  nous 
en  avons  faite. 

La  page  2  et  quatre  lignes  à  la  page  3  sont  oc- 
cupées par  un  griffonnage  informe  où  il  paraît  être 
question  de  remèdes  contre  les  maux  d'yeux.  Les 
pages  6-10  contiennent,  sous  le  titre  vJby^AJI",'  des 
explications,  en  arabe,  touchant  le  calendrier,  accom- 
pagnées (p.  10)  d'un  tableau.  —  A  la  fin  du  volume, 
p.  2  53,  on  lit  douze  vers,  sous  l'en-tète  )^rr'r^^] 


72  JUILLET-AOÛT  1900. 

signalant  au  maître  les  défauts  auxquels  il  pouira 
reconnaître  le  disciple  incapable  ou  indigne  : 

:|{aJd  la.tev:>  o»2i^  Iwflo)  a»WiD{  Jbu) 
.)«jaj  ^w>*y?  ^oS^  ^^"^  ^t^  ^f*^  «AOMJDofiGid 

Les  cinq  dernières  lignes  de  la  même  page  et  six 
lignes  de  la  page  suivante,  exposent  une  recette  pour 
enluminer  Técriture  en  or  ou  en  argent.  A  la  suite 
de  cette  recette,  encore  à  la  page  2  54,1a  notice  sui- 
vante nous  apprend  que  le  document  est  originaire 
des  couvents  (du  couvent?)  de  Saint-Georges  et  (de) 
Sainte-Barbe  de  la  ville  de  Karmelisrh  : 

Voici  à  présent  rémunération  des  traités  dont  se 
compose  le  recueil  : 

1**  P.  12-23.  —  JL^oLOdo  :)loi^»)  )«^}  Jbûjo 
JiviJi  jl^faate}  :)l^o)  JLo}  «aj)  o^^  .iLo^J^J^L 

Comme  on  le  voit  déjà  à  la  suscription,  ceci  est 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.       73 

une  composition  en  vers.  L  auteur  y  propose  à  ré- 
soudre ie  problème  suivant  :  d\m  père  seul,  en  dehors 
de  toute  union,  naissent  six  cents  enfants;  de  Tunion 
du  père  avec  une  de  ses  filles  naissent  en  outre  trois 
mille  enfants.  Le  père  c'est  le  nom,  la  fille  en  question 
c'est  le  verbe.  Les  enfants  sont  d  abord  les  diverses 
formes  grammaticales  des  éléments  du  discours,  en- 
visagées comme  dérivant  du  nom  ;  ensuite  les  mul- 
tiples sortes  de  propositions  résultant  de  la  construc- 
tion du  nom  avec  le  verbe.  H  ny  a  pas  de  nom 
d'auteur. 

2°  P.  2  5-10  1  :  Version  du  livre  des  Catégories 
d'Aristote,  sans  nom  d  auteur  ^ 

3°  P.  10  2-123  :  Deux  scholies  sur  les  Catégo- 
ries d'Aristote  dont  la  seconde  d'Eusèbe  d'Alexan- 
drie^. 

4"  P.  12  4-1 55  :  Commentaire  sur  le  livre  Usp) 
ÈpfXfjveiaSf  composé  par  Paul  le  Perse  et  traduit  du 
perse  en  syriaque  par  Sévère  Sabokt,  évêque  de  Ke- 
nesrîn^,  —  Ce  commentaire  est  suivi  d'im  appendice 
comprenant  : 

a  P.  1 55- 1  Sg  :  des  éclaircissements  composés  par 
Abraham  à  l'usage  des  étudiants. 

^  Même  traité  dans  le  ms.  de  Berlin,  Sachau ,  226 ,  fol.  11-42. 

^  Cf.  Rubens  Dur  al,  Les  anciennes  littératures  chrétiennes  :I1,  T^a 
littérature  syriaque,  1899,  p.  255,  note  5. 

*  Gomp.  sur  Paul  le  Perse  et  son  traité  adressé  à  Chosroès  Ano- 
schirwan,  Rbnan,  Lettie  à  M.  Eeinaud  (Extr.  du  Joum.  asiat,,  n"  3 , 
1852),  p.  21.  Notre  traité  n*est  pas  le  même  que  celui  dont  il  est 
ici  question. 


74  JUILLET-AOÛT  1900. 

b  P.  1 59- 1 60  :  un  court  supplément  d'explication 
par  Jesubokt. 

5"  P.  161-169  •  I^^ttre  du  même  Sabokt  à  Aitha- 
laha  évêque  de  Ninive,  où  Tauteur  traite  «des  pro- 
positions dans  le  livre  Ilepl  Èpfiriveias^  ». 

6°  P.  173-216  :  Traité  de  Probus,  sur  les  Pre- 
miers Analyticjues  d'Aristote. 

7°  P.  2 1 7-282  :  Traité  sur  les  syllogismes  d'après 
les  Premiers  Analytiques  par  Sévère  Sabokt*. 

G  est  le  numéro  6  de  cette  liste  qui  a  tout  d'abord 
attiré  notre  attention,  grâce  au  nom  de  lauteur. 
Dans  son  étude  De  Hermeneuticis  apud  Syros  Aristo- 
teleis.G.  Hoffmann  a  réuni  les  données  assez  maigres 
que  Ton  possède  sur  Probus  ou  Prôbâ^.  On  ne  sait 
point  Tépoque  précise  à  laquelle  vécut  le  philosophe 
syrien;  mais  il  ne  semble  pas  devoir  être  placé 
plus  tard  que  le  v*  siècle;  daulre  part,  ses  travaux 
sont  postérieurs  à  la  première  moitié  de  ce  même 
siècle*.  HofiBnann  a  publié  dans  son  ouvrage,  avec 
traduction  et  notes,  le  commentaire  de  Probus  sur  le 

^  Rubens  Ddval,  loc.  cit.,  p.  287,  Renan,  loc,  cit.,  p.  36;  Tin- 
scription  communiquée  par  Renan  diffère  de  celle  du  manuscrit  de 
M.  Bedjan  qui  est  aussi  celle  du  ms.  de  Berlin,  Sachaa,  226, 
fol.  83. 

^  Rubens  Ddval,  loc,  cit,;  Renan,  loc,  cit.,  p.  35  !  la  suscription 
reproduite  par  Renan  est  à  peu  près  identique  à  celle  du  manu- 
scrit Bedjan;  —  le  même  traité  dans  le  ms.  de  Berlin  Sachan,  226, 
fol.  60  et  suiv. 

'  2"  éd.  1873.  p.  i4i  et  suiv. 

*  Loc  cit,,  p.  i/i/i ,  i46. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.       75 

traité  Usp)  Èpfitjveias.  ^enan  avait  rapporté  \  renouve- 
lant en  cela  une  erreur  déjà  ancienne ,  dit  Hoffmann , 
que  dans  le  Kitâb-el-Fihrist  Probus  était  désigné, 
sous  le  nom,  légèrement  altéré  par  une  métathèse 
de  lettres ,  de  Phubrius  (t^T^ji)  ;  et  qu'il  y  était  présenté 
comme  1  auteur  de  commentaires  sur  le  Tlepï  Èpixti- 
veioLS,  les  k.voLkvTixà  xsrpÔTSpa  et  le  Hep)  g'o(Pi(t1ix6jv 
ÉX^yp^wr.  Hoffmann ,  à  la  suite  de  Wenrich,  remarque 
quau  lieu  de  c^wji,  dans  le  passage  en  question,  il 
faut  lire  (jy^  (  Qawairi)  ;  il  considère  en  conséqiience 
comme  erronée  la  conclusion  basée  sur  ce  témoi- 
gnage, touchant  le  commentaire  de  Probus  sur  les 
Premiers  Analytiques^.  Quoi  qu'il  en  soit  du  témoi- 
gnage du  Kitâb-el-Fihrist,  nous  voici  en  présence 
d'un  manuscrit  attribuant  à  Probus  un  commentaire 
sur  ce  livre  d'Aristote. 

Rubens  Duval  signale  la  présence  du  même  com- 
mentaire dans  le  manuscrit  de  Berlin,  Sachau,  226. 
11  fait  remarquer  qu'il  y  est  mis  sous  le  nom  de  Probus 
presbyter,  archidiacre  etarchiatreà  Antioche,  de  même 
que  la  version  de  Ylsagoge  de  Porphyre.  «  Il  est  pos- 
sible, ajoute-t-il,  que  la  version  du  Ilepî  Èpfxrjvsias 
soit  d'un  autre  traducteur^.  »  Le  commentaire  sur  les 
Analytiques  renferma  dans  le  manuscrit  de  Berlin, 
que  nous  désignerons  par  la  lettre  B,  est  le  même 
que  celui  du  manuscrit  de  Bedjan  (===  Bdj.).  Seule- 
ment la  remarque  de  Rubens  Duval  n'est  pas  eiitiè- 

^  De  philosoph,  perip,  apnd  Syrox,  p.  i4. 
^  Loc,  ciu,  p,  i46. 
^   Loc,  cit.,  p.  2  5/|. 


70  JUILLET-AOÛT  1900. 

remenl  exacte.  La  seconde  partie  de  Vlsagoge  de  Por- 
phyre (la  première  partie  manque)  est  en  eflet, 
dans  B ,  rapportée  à  Probus  presbyter,  archiatre  et 
archidiacre  à  Antioche;  la  souscription  de  ce  docu- 
ment porte  :  JL^  ^"^  *)!  He^o-jo  H  ^o  m  )Pi^^-A. 


H  n'ep  est  pas  de  même  du  commentaire  sur  les 
Analytiques,  séparé  d'ailleurs  dans  le  manuscrit  en 
question ,  du  traité  de  Poi^hyre ,  par  d  autres  docu- 
ments. La  seconde  partie  de  ce  commentaire,  la- 
quelle vient  en  premier  lieu,  est  attribuée  dans  la 
souscription  à  Probas  le  Sage,  sans  autre  titre;  la 
première  de  même  est  attribuée  dans  Tinscription  à 
Probas  le  Sage  tout  court ,  exactement  comme  dans 
Bdj. 

Le  commentaire  sur  les  Analytiques  (=  A)  est-il 
du  même  auteur  que  le  commentaire  sur  le  Uep\  Ép- 
fjLïjvsiaSy  publié  par  Hoffmann  (=  H),  comme  l'attri- 
bution qui  en  est  faite  de  part  et  d'autre  à  Probus 
est  de  nature  à  le  faire  présumer  ?  La  comparaison 
nous  paraît  décisive  en  faveur  de  l'identité  d'auteur^. 
La  méthode  suivie  est  la  même  dans  les  deux  docu- 
ments. Suivant  le  procédé  des  interprètes  grecs,  nous 


^  Dans  sa  dissertation  Aristotcles  Analyiica  bei  den  Syrem  (Beriin, 
1898),  M.  L  Friedmann  écrit  lui  aussi,  en  s'appuyant  sur  des 
raisons  qu'il  n'indique  pas,  que  Tauthenticité  du  traité  de  Probas 
«ne  peut  plus  être  contestée»  (p.  28).  Voir  plus  loin,  à  la  fin  de 
cette  notice  préliminaire. 


LE  TRAITE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.       77 

avons  d abord  une  courte  introduction  générale; 
ensuite,  arrivant  au  commentaire  proprement  dit, 
l'auteur  expose  la  matière  à  traiter  et  discute  Tordre 
suivi;  abordant  le  texte,  il  allègue  point  par  point 
les  paroles  d'Aristote  auxquelles  il  fait  suivre  son 
explication,  en  rappelant  fréquemment  aussi  les 
discussions  des  commentateurs  touchant  tel  ou  tel 
passage.  11  est  vrai  que  le  thème  pris  dans  le  texte 
d'Aristote  n  est  pas  précédé ,  dans  A ,  de  la  mention  du 
nom  d'Aristote ,  de  même  que  le  nom  de  Probus  ne 
figure  pas  en  tête  des  explications  qui  suivent.  Mais 
il  n'est  pas  même  prouvé  que  cette  particularité  que 
Ion  observe  dans  H ,  soit  originale  ;  on  ne  la  trouve 
pas  non  plus  chez  les  commentateurs  grecs.  Les  opi- 
nions des  interprètes  sont  introduites  de  la  même 
manière  dans  A  et  dans  H  :  ^;,^)o  :  on  dit,  d'aucuns 
disent,  d'autres  disent,  .  .Les  objections  sont  souvent 
présentées  sous  forme  de  doute  auquel  l'auteur  répond 
ou  dont  il  donne  la  solution.  Il  fait  poser  des  ques- 
tions, p.  e.  sur  l'ordre  suivi ,  (JL^afc^o),  pour  amener 
des  explications.  Ses  transitions  prennent  la  forme: 
«  Après  avoir  exposé  tel  sujet,  il  (=  Aristote)  veut  dé- 
finir, montrer,  nous  apprendre .  .  .  telle  chose.  »  Cette 
dernière  tournure  est  très  fréquente,  (H,  p.  67, 1.  19; 
p.  70,  1.  27;  p.  73,  1.  29;  p.  74,  1.  25,  etc.;  A, 
p.  174  et  pa^sim).  On  trouve  souvent  l'expression  de 
l'identité  entre  deux  notions  formulées  par  ajo»  [id 
est)  :H,  p.  64,  1.  26;  p.  66,  1.  19  et  suiv. ,  etc.;  A, 
p.  173,  189  et  passim.  L'auteur  aligne  les  membres 
d'une  énumération  moyennant  les  chiffres  d'ordre  : 


78  JUILLET-AOÛT  1900. 

premièrement,  deuxièmement.  .  .(H,  p.  64,  1.  34 
et8uiv.;A,p.  180,183,  1  go  et  suiv.).  A  la  question 
de  savoir  pourquoi  Aristote  définit  ou  traite  tel  objet 
de  telle  ou  telle  manière ,  on  répond  que  c'est  pour 
le  distinguer  du  même  objet  envisagé  au  point  de 
vue  des  orateurs,  des  grammairiens.  .  .(H,  p.  79, 
1.  10  et  suiv.  ;  A,  p.  189).  L'amour  d' Aristote  pour 
la  concision  offre  la  justification  de  certaines  formules, 
ou  est  alléguée  comme  objection  (H,  p.  74,  1-  29; 

p.  86,  1.  2;  A,  p.  181,  186 ).  Si  le  nom  de 

Porphyre  n'est  pas  cité  dans  A ,  en  revanche  Alexandre 
(d'Aphrodisias)  dont  Topinion  est  débattue  H, p.  81, 
1.  3o ,  et  p.  82 ,  est  également  mis  en  avant  A,  p.  1 85  • 
et  suiv. 

Voici  des  observations  plus  précises.  Dans  H, 
fauteur  expose  dès  le  début  (p.  63  et  suiv.),  les  sept 
points  qu'il  convient  avant  tout  d'examiner  avant 
l'élude  d  un  ouvrage  quelconque  :  Je  but  de  l'ouvrage, 
son  utilité ,  etc.  Or,  dans  A ,  il  commence  par  rappeler 
ces  sept  points  ;  et  ce  qui  plus  est ,  ici ,  il  dit  en  termes 
explicites  que  «  nous  avons  appris  »  la  nécessité  de  ces 
considérations  préalables»  dans  f  ouvrage  qui  précède 
celui-ci  ».  Ce  «  livre  qui  précède  »  n'est  pas  le  traité 
même  d'Aristote  Ilepi  ÈpfjLnveia$,  car  Aristote  ne  ditrien 
de  pareil;  ce  ne  peut  donc  être  que  le  commentaire 
de  fauteur  sur  le  trîiité  d'Aristote.  De  même,  dans 
A,  l'auteur  rappelle  (p.  187)  qu'il  a  parié  ailleurs  des 
propositions  modales,  ce  qui  nous  renvoie  encore  à 
H,  p.  68,  1.  5.  La  formule  finale  de  l'introduction 
est ,  à  peu  de  chose  près ,  la  même  de  part  et  d'autre  ; 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      79 

•^OM^I  ^;«^e«-  Dans  A  nous  avons  :  jD}f  ^  ^^^^1? 
•yW-^l  Aïo»  JLd&o  ^«^D  yW^IAvif.  Sur  Timportance 
attachée  à  la  division  de  la  philosophie  en  théorie  et 
pratique,  voir  H,  p.  65;  A,  p.  lyS;  en  ce  dernier 
endroit,  la  fin  propre  de  la  philosophie  pratique  est 
conçue  plus  spécialement  comme  «  lomement  »  de 
Tâme  humaine  ;  Tauteur  semble  réserver  pareillement 
d'une  manière  plus  spéciale  cette  notion  A  la  philo- 
sophie pratique  H,p.68,l.  i3et  suiv. ,  bien  quil 
s'exprime  autrement  H,  p.  65.  Dans  H, Fauteur  ren- 
contre Tobjection  que  l'objet  du  traité  llêpï  ÈpfÀTj- 
velûLS  paraît  être  le  même  que  celui  du  traité  sur  1rs 
Catégories  y  p.  yo ,  1.  82  ;  p.  y  i ,  1.  i  et  suiv.  ;  il  traite 
la  même  objection  au  sujet  Ae,^  Analytiques  j^.  180  ad 
fin,  et  suiv.  —  H,  p.  69.  1.  12  et  suiv.,  l'exemple rfa 
taureau,  du  cheval  et  de  l'homme  rappelle  le  même 
exemple,  A,  p.  1 83.  On  peut  encore  signaler  comme 
exemples  communs  aux  deux  traités  celui  de  la 
maison  à  construire,  H,  p.  64,  1.  2  et  suiv.;  A, 
p.  1 7/1  ;  celui  de  la  proposition  conditionnelle  :  «  Si 
le  soleil  est  au  dessus  de  l'horizon,  il  fait  jour  »,  H, 
p.  66, 1.  21  ;  A,  p.  190.  L'auteur  dans  H,  emprunte 
parfois  ses  exemples  à  la  Bible  (p.  66)  ^  ce  qui  n'est 
pas  le  cas  dans  A;  mais,  dans  H  non  plus,  il  n'en 
manque  pas  qui  sont  pris  dans  l'histoire  grecque; 
sans  compter  ceux  dont  Socratefait  les  frais,  voir  p. 

^  Hoffmann  remarque  que  ces  traces  des  idées  chrétiennes  se  re- 
trouvent aussi  dans  les  versions  des  œuvres  d*Aristote  (/oc.  cil,, 
p.  i45). 


80  JUILLET-AOÛT  190.0. 

e.  p.  86,  1.  28  (Ajax  et  Hector).  —  La  raison  pour 
laquelle  Aristote  ne  fait  pas  mention  de  la  àmKpaais 
dès  le  début  de  son  exposé,  cest  quil  a  le  premier 
introduit  ce  terme  :  H ,  p.  85 , 1.  3 1  et  suiv,  ;  la  raison 
pour  laquelle  il  traite  du  «  terme  »  après  la  proposi- 
tion, c'est  que  s'il  napas  introduit  le  mot  lui-même, 
il  la  le  premier  employé  dans  le  sens  qu il  a  ici  :  A , 
p.  1 80  et  suiv.  Remarquons  lusage  fréquent  du  verbe 
foi^L)  commemoravit  (H,  p.  67,  1.  i5; p.  68,  1.  25; 
p.  77, 1. 10; p.  84,  1.  29;  A, p.  181,  182,  i83.  •  .)• 
Nous  pourrions  multiplier  ces  rapprochements,  mais 
nous  croyons  que  c  est  inutile.  L'argument  principal 
réside  dans  fensemble  des  caractères  que  présentent 
les  deux  compositions;  dune  manière  générale, 
malgré  que  le  commentaire  dans  A  soit  d'ordinaire 
encore  moins  développé  que  dans  H ,  la  lecture  des 
deux  documents  donne  l'impression  de  leur  commu- 
nauté d'origine. 

Hoffmann  ne  tranche  pas  la  question  de  savoir 
si  le  commentaire  sur  le  traité  Usp)  ÈpfJLtiveias  serait 
ou  non  une  version  d'un  commentaire  grec,  bien 
qu'il  semble  pencher  pour  l'aflBrmative^  Le  com- 
mentaire sur  les  Analytiques  confirme  la  supposition 
quun  original  grec  se  trouve  à  la  base  de  nos  deux 
documents  syriaques ,  que  ceux-ci  soient  des  versions 
proprement  dites  ou  seulement  des  résumés.  Ceci 
nous  paraît  plus  probable. 

Il  est  bien  entendu  que  nous  ne  donnons  ce  titre 
trop  pompeux  de  traité  ou  de  commentaire  sur  les 

*  Loc.  cit,,  p.  i/iC. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      81 

Premiers  Analytiques ,  aux  quelques  pages  consacrées 
par  Probus  à  l'ouvrage  d'Aristote ,  que  pour  plus  de 
facilité  et  pour  nous  conformer  à  la  suscription 
qu  elles  portent.  Il  n  y  a  guère  ici  d'essai  de  commen- 
taire que  sur  le  premier  chapitre  des  Analytiques,  et 
encore  est-il  très  imparfait.  Pour  le  reste,  dans 
presque  toute  la  seconde  partie  de  son  traité ,  fauteur 
se  contente  de  dresser  le  tableau  des  trois  figures  du 
syllogisme,  avec  leurs  modes,  et  d'indiquer  comment 
los  syllogismes  de  la  seconde  et  de  la  troisième  figure 
se  ramènent  à  ceux  de  la  première.  11  est  possible 
d'ailleurs  que  fœuvre  de  Probus  ne  nous  ail  pas  été 
conservée  intégralement.  L'importance  ou  l'intérêt 
qu'offrent  les  productions  de  la  littérature  syriaque 
en  philosophie,  comme  on  la  dit,  ne  réside  pas  dans 
leur  originalité,  ni  dans  leur  valeur  intrinsèque; 
mais  dans  la  circonstance  quelles  forment  la  tran- 
sition et  le  lien  entre  la  philosophie  grecque  et  la 
philosophie  arabe. 

Dans  le  cod.  de  Berlin,  Sachau,  226,  les  deux 
parties  du  traité  de  Probus  sur  les  Analytiques  sont 
séparées  l'une  de  l'autre  par  le  traité  de  Sabokt  sur 
les  Analytiques.  La  seconde  partie  de  fouvrage  de 
Probus  figure  d'ailleurs  avant  la  première  (fol.  52 
et  suiv.),  immédiatement  après  la  version  de  la 
grammaire  de  Denys  de  Thrace  mise  sous  le  nom 
de  Joseph  d'Ahwaz;  la  première  partie  est  repro- 
duite plus  loin,  fol.  76  et  suiv.  ^  Cet  exemplaire  (B) 

•  M.  Friedmann  iioc.  cit.,  p.  28)   ne  tient  pas  compte  de  cette 
XV  r.  6 


84  JUILLET-AOÛT  1900. 

i^^j  nri  >"^  rf>f  ^^«-^  ^1?  *^^  i  >V  v>)o  «oioixJ^  JL^^I 

]^]o  %JLw^  ^  innn\  JL^âof^  **k^^]  k^]  «JLw^o  j^»| 
^^f  **i(^.^|  •JLâ.dOf  ^  >iQm,V  JLvJ^f  [174]  «^J^-^l 
•JL^-do9  ^  JL^w^  ^Ofti^  v^i^»  *,^nmv  ^OML'Lf 
.en  rm  m  ^^  nfi  mv    w^  l^t^A^t  i^^ot  -^au)  <*«)} 

04^0  Lâ^f  JL^^fete  >nVrr>  04^0  Lâ^t  «l^^**^?  Jbui^ 
)^.l-l-to  ]i]  .ô%^J^\  JLl^  )La:sJ^to  Jet}  JL^^^fete  Uj 

:  ^^}  ^  ^  P»  <*  ^a-jJL^9o)  ^^f  .nri  >N,o»,^a,^jafluf| 


*  Note  marginale  :  i  ^^^ *»rj«x — ^.  Ipo  ^^  j.i.^JIc>jJa^^l  <^I.^p1 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.  85 
Uo  JL;.^)  iLox^o)^  M^D  )J^J.^  ««otoJK^o:  iLox^o) 
^^  :o^  JLA«*fetef  **o(  iLox^olf  oî^t  )JSj^  JtsJLâb 
|i75|    JLA«*fetef  **o(  iLâJ^ojf  **o(o>^•)  )J^J^  JLûjJli) 

JL^^^  ^  ^)  :)Lu^|  )La.A-^o)f  |J(sJLào  ILds^J:^^ 
^  «>  V  .^  :  ]J^  à  y»  J^J.^  ÔmJ^J:^^  ^^  iaoi  .ôiaaâA. 

'JU  >  ro)f  llo-i-^ojllt  JliJLo)  .^^1  ««^h  «iNsoQjio 

V^L  o)  t-a^L?  :ô^^\  ôtLoâu**  w^oi^  .JUj^â^a^ 
^  k^\  .JL^tolet^o  Jbudoi  <»i^)  lî^^  U^NiO^i» 

jfiwuof  Jlâo  ôo»  ^t  )1o9q:^«aû^  .^d^o»}  ILwvj^  Ife^t^ 

)Lo9aJ^i-£0o  JLa9o)o»Lo  «^-^t  )laN>  >S\n  '^  .^«^o^^ 


86  JUILLET-AOÛT  1900. 

Jllo  :Uaiâoo)  o^  JL^^fetef  [1761  fa^ai^i  .^^.tolL) 
|^-|-^  iKsi-j-to  Jllo  :  ILw^l  ILoxàoolt  )JSj^  «*0»oi^.) 

*«olo>^•)  Uo  •ItiU^'â^  jLjiu»J^.te  )la«Ao))  ILoJ^oo) 
Uo  .oC^f  )Kl^  J^Oào  Jjo  JL^i^)  ILolàoolt  )J(u^ 
;oJL-jb  U  ^^t-^  «ILo-AAlf  lloxftoolt  Ijfrojo  ^e»Oi^»| 

ôf^i^t  )^.l.J-to  >)Iq  I  vio)  I  >»;  an  v»^  ^ftti^kO)  ^Aif 
W^  loi  «/oiL»  Ile*  jt^o^  lldl)  »^i»iiV>)o  •.^Q|Oi^•| 
Jllo  rHlL^o  JL;uKite  l;^|ll!  <^l  )la«Ao)f  ILoi^oo) 
JL^  ^^  .  nri  >N, e>-^o,^.^a^f )  ^ofi^f  lAojo  «*olOi^•| 
IloS.  nN.  V»  ô|^>^•|  )lo  ff»o  mV  ii8»f  >ojJl^9o)f  )a«^| 
)lo  I  v»o)  Of^i^  I  II  m  »»ft^t  ^w^â^{  ^jlif  jliof3 
)la-J-too)  ^  i^«^  JLa^Jlil  ^  :«^o»o^)  oiA^^^^Aoo 
)1q  '^  ni}  ('))la..a^oh  hK^\  •JLjà«»fete  o»d{  «*qi 
)lo  o  »  ^  v»;,^^»^  y)  .Ifa^â  lotoâ^^.^  Inaiitte 
)UV  »S.  Vi  ^  ^n^Mt»^  :)J(^aj;;«»|  ^d^o»o  iLov^Qifo 
|JKw-i-^  JL^b-aJ^.  a  y»  •ôl-»>^•)  ^o»&y^^^  [177]  «^It 
•<')  jLa^9a.^9o  JLaA^;i^^  )w^  ;)lo9»ottN.<>g»f 

'  B  om.  jLoiaooh  •••o»d}  ..0». 
9  B    Ixuîo^oio. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      87 
^^Ji^olt  •  W^l  ^t  ^O^^^A  ^OM>^•)  ILu^ji^t  **^ 

:)>^•j^..J-too  )J(^«^£^  ^oï^^  )Ui>a>Jl  ^t  «^fetel  :^t 

«*o(  •JLodfij  )i^»J^JAoo  )J^>iV>  :ooL  ^o»LaâA«*;i;do 
^o^^t  JLàoh  :)lw^^A.  Ôm^I  Jilo  Jll)  «Iff^  ^j  ^ei^ 

'  B  addit.  :  ^  JLâ^  JLdM  |#2k.|l0. 


JUILLET-AOÛT   1900. 


88 

('):  i^.h  p^  "^     :  h*U  )H.f«  "^        :  >po».^.|  ^^?o 


iij  11 

i11    -ii    JH  î 


^  jLjli  ♦  j  n  'il'  ^o^J^)?  i^^^?  oMaA.Q^  ooL  [179] 
jqX  iio}  ^db^L?  Jbux^o  «JLa^af  JLimj  ^  «Si^^t  J^^^ 


^  B  répète  deux  fois  l'entête  de  ce  tableau;  mais  Tune  des  deux 
fois  il  la  présente  sans  aucun  lien  avec  le  tableau  lui-même. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      89 
•^^v<^doi  ;.^|  •JBaAfioJL^o;^  om^^^I  yo^o  «JLaaj  Ld!^ 

V-^l  001  ^  Jl  I  '^  >)f  *Jl.<iVr>t^o  •>  «xDOjaA^û^^od) 
iXDO  VI  m  >  ^N,  la-fip  ""^^^^o  «*olOi^•)  0$^^»^  JLaaj^ 
'*^^^— âof  ^    I     »;     y»)  ^— I — «*  *><ft>o  Ci  0  ^ua.^fa3) 

%n  91  If  ««o»Oi^»)  I  *  v»i  f»  ^  I  •  «>  >  :  HH^of  jliJLdIf 
JLL-âe«    ;  U  v>  Xo    ■>  »a:^f  ^fly^f  JLa^    :jUof 

**o»Oi^»)  *.^^)t|f  *.>abJLLf  ^f  Ibuuo  «uBoouaA^ucufadl 

<^)  :JLj^^fete  ^  %fiflufi»JL^oud  [180]   .^o^  jLkd 


90  JUILLET-AOÛT   1900. 

^  «^  o)  :  JLskâ;;^  to:!^  |t)  ^9J^%do  :  ^itL  l^^^J^ 
Jl  ^  •<!  9»  )j^  LoJS.:  1  ^  r  ao»  Lo^  )L)  ^yJ^^o 
|J(w_i — ^  J^w-J — »  "^ibb.  ;  I  v>o  -t^  Jl  Vi  •  ^ 
i^sjbigao)  jLte«jd  oe«f  JU)  :  JLlaiû)  •«QlOi^»)  JUoa^t^ 
•  *AO»Oi^»)  Jl  Vi  .a   ta^oA,  JUoa«*Lf  •^;.te)  ^^  ^LH^ 

Jl  V>  Ji   to  >o  A  ^f  :  |oe«  j^^l  JUo  ,JlW»ign)f  l^^â^o 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.  91 
)  J^  ffi  »  ftt  9»  jx^i  u^lf  .«^oL  ^<^âAat*^o  .  I,  v>o  »»l 
^JLlj^i  "^â^cJbo^  ^^o^^i;^  wd  ^o^^i;^}  )oo«  «id^l  )J 
%fioJLjo»ào?OM9o»âdo  %âa^9a^f.^JLad  ;i«^4iâ  «yf*^ 
^_^oi$^  c>oL  JLd9o«o  .^2^1  ).»^.jJàd  lUo"^^ 

>ta  M  V  ^  |,^ 'il  il  g»  ILd  u^I  JU)  •^I'^j&a.  iLoi^ 

I  \aji%   etJ^a.A.  jaaAfioJlâ  Jlictfv^boo  •jeaAfioJldad)o 

)J^i.-J — M  J^  I  y»  «^1  :^-«?  JLo9o«  .^L  )j^&â:s.o 

JLjCv»ado  ^}  Jlio»  •}Ofio  "^Sb^  ^f^}  uBDoQA^Jldadlo 
:i^  ^  ItodO^lo  .Ita^âoûo  iLo^J^lo  ^*^i^^  ^  i^| 
.^  i    >i    v»)o  #>ina  >  mjl  ffm  o>)f  o^^i^»|  jJKsJ^^f^  «^o» 


\oi»j.  —  '  Bv-r^,. 


92  JUILLET-AOÛT  1900. 

\]k^  I  vi'v  ^i^lf  «^o^  ;-^d!  •»j^;.^)o  :  «.^2^0  ^i^Jlif 

^jBpg  Yi    m    >  ,^  %    10    m  <9rs>  >■  m\r>  Uâof  ^f  ^ 
JLJîo^  Ji'^jlo»»  ^  ^^6tef  00»  o)  «JLia^l'^jio» 

'  B  ;«. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      93 


VA^Y  ^^oit  i9iiN.,>oiio  Udoi  IomuI  )^^  ^  |^iO#*#? 

oo»  :  ^    ^     »|  «^^— »h  *<nfiimJL^ouS^  JLfJ^sA^^  ôoï^ 

II90  *AOlOi^»|9  001  :  v^N.    g»t^  ^— â  o|  ^Su-ifidoLfete 

SM.  •  -l)  J^^  o  V»  f»  oe«  )J)  :  I  VQ  Ji^\  JboiiL^  oib'baflo 
JL-^}6te  4.^  ^f  Ifo»  .«jfiflkAca^owdf  |J^J^o^%\.  *.o^ 

^   li  en  deux  mots,    i 


94  JUILLET-AOÛT  1900. 

|;.JD  Jivio^m)  .  ,nfi»NjOo)  u^;-3Ô)  .oofiOA.  Uoa«»L 
••li^^^  tr^  o|  f-^^-^l  JLteo^L  f-i*  ^  oh  ooiiK  %jij) 

^|o  :  ^;.^)  ^f>o^  Jboo^^  );jûc^  AJ^  •  JbooJ^ 

*.S^âfete  ^  o)   %â£Ool^te  ^   o|    ^i^)^   ^}  **OI   {iA^ 

%^^i.ji^t  )oe«  [ise]   JL^  hoi  wii^o:^)  •Iw^^iA'  11? 


»JbJl^.^^  —  ^  B  .iB^mJbJL^. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      95 

:**oioJ^»)  J      n     .^1  Jj  .m  lo  i^h  i^<^  «>!  iiJLâf  .^n^) 
«aO»  t.    »   ^  ,^^^  «««otoJ^»)  JU  JLûufl  )J  ifirio^);iiOnmo 

«*oi  II;— .di»)  «aoi  ^— ^^  J  •!  n.  Éfl  *AoiOi^»)f  «aoi  om^o 

JU^I  ^^  ^f  [187!     oC^  <n  91  n>  JL^o-do  JL^d090 

"^^ftwl  ;|J^    91    mol  ;_^J!  a-^^^^^  **o«  «-^  JLi-*») 
J^Mbdo)  jLxdo9  "^ibb.)  JL^ad?  *^o»  ^!  ^^o  .liio^^o 


1  B  .Miu^l^U^.  —  *  B  .Aumiboftio.  —  '  B  addit  1^. 
4  B  Mu^i^llU. 


96  JUILLET-AOÛT   1900. 

*..nn  ■»  nr>J^»  ^o»  v>f  .m  »  m  ^o;;^  ^oo»  •**o»oJ^•)  jifo 
jl.âoa^t   .^w^lo  llciVi.r^  oi^  ^Af^.Éfc^  J^>JLJW-^ 

^   <i    f>    91    fT>  oe«f  ^  '^  »)  ^^jDJtsjk^  ^  oo»f  ^IS>^) 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      97 
)ooM  ^  jlio»r«;iÀ^JLûAi£o  .^^^docuèoU^o^A^^ia^AJ^ 

tnri>mj  ^o;>a  ^^^^  *.\^At*^f  «^o»  ^f  «.«d  .^^^a^ 

Jl  V    ^  :  Ji  v»o  *»l  ^^^o  .m  >  mJL^o;,^  ^^S^  ^-^h 
.^_^|o  ixpg    Yi — «1     0   ^  S.   lo  fl>  ^^^  ^9iV.jf 

^^  ^>Vi»mll)^  ^^o«!  J^;-^l  ^f^  *,^r^  ^»V^Vn>tl) 
i^>Vi  *ii  mil)  ♦  ^  >o»  É^)  ^^^i^oi?  **o^  :%A.4^|l2^| 
^\  ^  )fe«  ^_ji — 3o  •;*-.^)  ^  <>*fôll)  ^â— ^^— di* 
189  >.nn  0  m  ^ov»3  ^-^  ^flOOVi nn o^Si jg fWS. 
^-ô)o  :  );  v>|  v>  <ii— A.)  ^)o  u^(»).m-^JL^o;A 
a^  JJ)  .jUoa^L  ^f  ojo»  :  fo^  fo^io  0%:^  ^^^  ^Vmll) 

Hfo  : ^-^jfolt>^  ;i-^o|  iiviV  .^^^  ^;.^l  <*)lQLS^fo 


XVI.  7 


98  JUILLET-AOÛT  1900. 

»»oyi  iin  »^^  10  ûtK>  a^>o;Aj^  .^jé^vIo  «JLfoLftte  h») 

«tcnfliffiNn^  ^ ^^Aa.  JLiIud  ^i.^)  .mui^K»^  «^^^^l 

^^^  o)  :  ^^  »»■  -^  V  ^^f  (foi  ^  «*oioJ^»|  );.«^  ^«to 
fooM  Ut  «jL*ovd  jn9iv(S.o  <^>)Lax^;.^jQ(^o  :  ^«o^ff 
ooo»  ^^)6te  jlioi^^^  :  ^aAALi  )JU^  JLoyoUf  \ii) 

j^»)f  ^  4^1  a2^o  >^,^-Dl  )LQ:^kAj-3o  |1^  LoJAooJldt 
«^î^  Vf  ^  <t-^)  «^^'Wf>»v»  JLu^  «â  o)  •Hw*'  ^m)^ 
**oi  o)  I  igoj    .^oo^  yp;.^jli  ^V*  ^i^o^  ^^o»? 

«*.^g^  ^   <^)    «Ij^^df    ^^^  JO^^Sol^OlB   Lois»  |j>V>ii^t 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.      99 

<  VI  ^rt  *|  .«»0io4w)  JL^^I  ^^^^  UàtàM,  yl  .^^ 
^— M  «>o»ft  T  ,0  at  ,9tr^f  .  U-J0I  ilii-i^)  /of^M^  »ei 
ji  Ml  %i  *|  «uoidi(w)  JLj^^I  ^^"^8^  i^ùA  yl  «^âi^l 

JLj^^)   ^..lâO^^àK  I     •  \{1.a    éOOl  Jbtt^âsft)   y|0  .aO^dAo) 

:^L}  .JLjb})  <^|  ^f  Jbûtf9o»Aaoa^  .^OM^I  Uow 

'  B  lloLfolfet».  —  '  A  ta  ttjâfge  ^«ae^.  —  '  B  rtai.félfià« . 

7- 


JOO  JUILLET-AOÛT  1900. 

o)  :  Jlio  I  ,o  ^-^  ^^  ojo»  *.  |a^6te  ILoAaiûj  ^  o| 

JI..1..A0)  JLdJLd  "^  •  .^oioi^»)  Jldjld  jLaj^d  ^^  «^^l 

•  )J^«Ii^  jBoIfioJlâjL^JLo  ^L?L  ^f  ;Â>)^  001  :  ^^•a«»l) 

Ifo»  h^  vci  fnf  ^^^  U  *  *>  ^i^  •  ««oioJ^»)  iLoA^to  )f) 

^^f  "^  :  ««oioA»)  ILo-^^-^  JLaj;:^  >^f  JIijld)  :  |^^.^| 

•  ««o»Oi^»|  JLboo)  ]i\   jlAJWd  ^^  :  OM^I  JLfiOo)  ILorf^ 
liY  vo    €0}  ILu^do  :  ;-^^^  jliaxiDf  JUoo^Lo  JLd9o» 

^^>Xo»  ^-âo  o)  :  JLoo»  ^^aA,!  jJKd^  ^  o)  :  JLoo»^ 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     101 
j  no  ■»  ^  JLajw^  "^T  iiXd)  :  JLooi  ^aji^t  ^  ^:^o» 

"^  :  jL*oe«  Jl  o  i  Nr»  ;^i^»f  ^^  ^^oi  ^  •  ««otoi^») 
•OM^I  jt^mo)  iLoAdi*  ^f  ^^  ..«oiOi^»)  ILomi*  I^iq 
oi-j)  j  V  ">  ^^1  *^  ««oiOi^»)  JLboo)  ^4-^*  JLiui;^  ^^ 
i^oif  ^^-df  iiJLâ)  :  |^J^.-J-^  |i(wJ^u^  ^  |a^^? 

^-.âo  IKliVo  o  yl  i^oLo  «lu^lfete  193  )i^.a^t 
>»oJa-^J^^  in  9»  ^^^?  hu^]  Jo^mnI  «*j)  |i^»J^J^ 

w^^^o  .JUoQ^L  "^ibb.  lAjJK^fiAjf  JbftjDajotav>om  )ooMf 


lOa  JUILLET-AOÛT  1900. 

^^^)  *\i9é^  U*i»  "^  ^««»  .ILftM»  ILâte  "^ 

.>^W|  W^^tl  i>  Ujq^  |eei  Uqoio  V  u«#«9jL^p|Ad 
^^i^i^H»  «tï^V^I  txOOt»»^    ^Ihi«  |^%J>>I^>0  ^OO^âMI^O» 

^^    «#019   typA^iO     ■■>    UV— ^1     Ilt<>-  I      I»     ^t^    ^,^ 

JU?  ItPiQ  «lLw-^1  )La.i^gu«*No  f-vf^-d  «ILquuo^Jbto 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     103 

)JS...<i,ji;— )   ^:^o»  |a!^  oï^  **o»o  :  ô^i^»)  )J(^*JJâoJ(sjk^ 

.][,«>>&«  ii, y»  195  <,flpaVi  mn^Viom  «*e»Oi^»)  ^o^o^ 
|;*JD  I movi fin n^oN»  10 a»  ^^>^^o»  ^  Jo>l^r^aiV»  ^  ;.^)o 

<^  I    > ■■  N  )  00»  IH—iJ^?  **o»  La.2^  :aAiBûuil)f  ^«^o» 

^^^^3  ^^JU^I  001  IjuAsi?  ««oi  Id^  :aAiBûuil)f  ^^01 
d^  JU)  «JLâjJli)  ^t  *^o»oJ^»)  •  w^  «fOOâflUHu^Èwofio 

^-^t  OJOI  «UJUm^  o)   ;  jtodo»  ^t  OJO»  *')0y^  o^ 

^#p^  >)Iq  I  »,  v>t^  U  ta^}  IIqiVnovio  «IVoi^o» 

,  )to  i  >■  v>^>  y»  H  La-2^t  llfii  1  N^<i  viNo 
)«^  ^"^ibb.  uft  ^1»  JU  \]l,»Nhffiav>  ^)  >xDa.\a rin,>^N. lo m 
JU  •>ot.^  i^»)f  )^«^|  )au**-Jf  *^o»  lo^  *.  ^1^0»  ^ 
^.d^o»!  )lri  ,l*N.^fc^  ^^^  »*Cl  <>lct>  ^}  j,i>>frriav» 
**oio  :  Jliu-«*jLd  JllW-«*)  )ooi^  chN.1.  "Vf  ^f  **o»  ^o^t 


104  JUiLLET-AOOT  1900. 

%^    ^  j:>tj  ^^  ^^^t  ^010  :  Hiu-^JLd  \àuA  |ooM 

oNfi  ^  •«A-i|  Iwiiao  J^^«»^  ^  w^  ^  .^ooi^  j6w| 
JJo  »  y\  ■>  mt  001  ALojkM  looMt  %otf  ^^.^Jdfetet  00» 

i     •     H     "»  "^  •0|.-«J^•|   JLuBOol   ILom»  "^  «««OlOi^»! 

*^^^  ^-:bo  ^^t  ^-â  «««oioJ^sIt  ««o^do  (*)|Laiii^Vttdo 

JL^^^f  ^-^^Lt  JLoa-ACLd^  |njiQ&  JbL^^^  ooL  [197] 
■  m  >  ml  9»n  9»)  «^iîdoit  t:»OM^|  l^L  Jf>>^QVJli|t 
;)^    .,     I    S.ci    n  t^).m  ,  mJLaJL^jLo  ;|J^.,iVq^ 

omilA-i  ^  :  IJ^dO^^oâ  ^  .mAmJldadlo  «JL^Ldoi  JJ 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     105 

JLsl^oi  .JLdjLd  jLiuivd  «^  JDo  *.^^|  <^lt  «JL^do» 

^^t  «m.^i.£ojldo3|  *>JLaj;^  Jldjb  )«^  JDo  :  Udoi  ^^ 
^^  D  .^-a^)  «^)t  «oMikâJ  t^  JL:ido»  D  \)>&*^J^ 

^^  D  :  w-j^lo  lA^)  oC^  u3Ôi  ^wi)  .JLajv^  iLow^ 

«^ 
)L;»^|  ^~M  "^  »  od  Do  .''^-^«^  :  jLo^M^  JLajv^ 

*>JLaudo»  U  ^JLr^x^t''^^  .oMikâJ  «^  Do  .jLadoi 

•  JUdoi  )J^.^a^  "^^  *.|J^.^a:^aâ  ^^  .m^jsJbjL^JLo 
^^9  JLâdo»  ••*o»OJ^•)  jLa-A.^  jL^j^d  ^^  **^^)  ^«1? 
^f  dS.)  .fww^o  .OM^I  JLaj;^  |La.<^  |«.^  :  JLl^o» 
^  )oo»  ""^-^«.-^  •o»-^i^•)  la  i;,^  iLo.*^  ^^  :  po) 
u^lt  .jLaAoi  oMiâu  4^«  :  |i^•J^^:>o  ^^  «.fioujojldJL^JLo 
^^}  A   '^  api  •  «i»oiOi^|  )lo  ,#■— 1#  jLi^;^  t^  :  ^a*) 

"^  »|r  iV  ao  o^-»i^•|  1  a  M  ">  Ro^mi*  |«^  :  Uûei 
)r>  >  m^  oe»  «o»^  [198]  i^•)  ^^^L  ]^\^  .m  »iiri  ^o;^ 
^;u-^^-iDlbtet  0010  ^XA«»t  t:»?  ^^^  •^^'^^^te?  0010 
^^f  001  •fJts.^oo  ^^.^Jdfetef  0010  «ofi^J^A^  jboQ^L 

•  o»-2^  i^•|  I  v»Q  »l  )^Lo  •  •*olOi^•|  >m^it>JL^o;;3 
i^•)  Jl  v»Q  i»l  ^9!  .m>mjl  ^o;^.^  ""^^^^  J^  jL^feteo 
o>-^  i^.)  JL-àoQ — ^l  JL-^i)   jj     Jbi-ao  '^g^  :  ô^ 


100  JUILLET-AOÛT  1900. 

■  nmocnj^o^  ^omUJ^o  •  JL^^  ««oio^lf  00»  :  |^L 
I     »    ^  ^-.«^lo  ••*olOJ^•)  I    oV  .Tint  ^^^  «MjdJ^iuhfto 

•  «*oio^)  lia»  ■•  j  an  ■>  ""^  *«t^l  «4^1?  *)laoV*^ 

^    iCH     iUK,^  iLo^iM.*  loi  •OM>(^|   jL^Ool   iLorfy»  ""^ 

JbouLaup»|  •>  Is^^  ^oiOi^.|o  :^udJS^|  anduni^o^» 
:.*oio^|  j.i^v»}  ■i:>  (ojtxu:^£o|o  ^o^  J^\  |1^L  :^t 
y\  ,»  jn»o  *.^')4.-^  "^1^  ^^^Mûlbte  JLx«fto  ooif  ««fetel 
lift  ^  »  1  a.iy  ^t  •  ^»i^1  hu^\  :  ]li;^|  eei  Kai«»1 
|lft.-.w.  loi  .€^^^1  JU.-XD0I  llo-..^  •«.oio.^.l 
*>  j  »  I  ff>o|  JKwAi^l  lj>a*fioo  •JLàJ^^'^âb.  Ji^.^jdJbte 
yooi^^l  "^i^t  «*fete|  •  •*olOi^•|  ^^flt  ^^f  I  vt  >  '^  rr>| 
^^  :  JbLdoi  ^;«»t  ^^.^udlb^  «JL^*^  001  <^^JO)bèe 

•  lla-AiiM  JL.nn.  >  n  ^^  JUo  199J  .^oiOi&i»|  lloy^»  JLiLi^d 
jl  '^^o  •  j^..^..^wx>l|  Jl  ■  j;  ^  '^^o  :  llaM  U 
««Jb^l  :  .«oio^^^l  l^lt  ^— »!  J  Vi  o  r>  <i>|  ^JUsUâo 
^^f  ^^^^.  ^..^t^  «>»o»oN^>.  ^Ai^ii^JDfete  ^OMtlf 

^^  :  oolo  •««oiOi^.l  lift  ^  »  Jl.  •  Ji.  "»  ^^  :  Udo» 

iioi  U-^oN,^  .  ^^f  jLb^dfete  <t  «*o»Oi^.|  JLysool  Iaj^i» 

1  B  l^oA^Jo.  —  '  B  om. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     107 
lip^fe^^o  •  Lue  ^e»J^i«2^i^t  ^omIU)  ««o^  :  l^^ai^ 

:UjIO«^    IxUdJBo)   «*O»0J^•|   IfO^^N^O  .J^hi^  JL&w^ 
901?  ^-^t  "^^  ^W  «^)?!  L^v^to  O^  >>!»*>•!  OOI 

J^A^I  jiài^tf  oj  :  ^OM^L  "^i^  ^^;.^)^  o)  :  JLcwjtt 
;  JL«9k.|M  ^If ;ào  )oom!  «*oi  ^  oS^  "^Juo  :  ^oom^L 

^  ^  y9PH^9L    K-#M*l   [aooj     JO-^iCDt  U^fO  OOI  Oi^ 
OOI  :  ««OlOi^»)   JU;>9  ^-^t  l    »Q    >>l  •  09?  JUoCU*L  6i^ 

oo»  :  ««oioi^)  9a-xlt  ^t  JUoa.«»l  •  9o;^lt  JUoa<»L  ôî^ 


108  JUILLET-AOOT   1900. 

^^f  Jl  >  roo)  :  yi  o  CT>  JLa^V3  |oi  «JUado)  |«^  JLaj;^ 

«*oi  «CH— ^i^•)  jJ^w3f  .m  ■»  rr>|  ^ov^  zJL^ttol  {La^y» 
.m  »  ml  ^ow3  :  ««olOi^•|  iLo.^^^  JLaj;^  "^  '«l;-^!! 
ooi?  ^OM^j  JLbolaxdIt  ^?  ijCio^  <^OM^|  lUoi^f 
1  a  IQ  '^  '^  :  .m  «imJL^ov  9i^  ^^^  ^âJ^A^f  ^f^ 
..nn>mJl3jL^]Lo  ^  .Aflu^mjldadl  ^^  |;^«3  .m^JK^a^o 

Uoi  JLaJod  . . fTiii» rr»JL^o;3  om^)  %aa*fi9jldad)  ^wl 
.m  ,,  mJL&JL^jLj&  ^t  1^^  :  )J^.u:Md  an^unJboBl 

^_^l?L  ^^ — ^  o)  :  |i^.j^J — ^  ^— l?l  ^  o|  :  looi 


LE  TRAITE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     109 
^-^Ut  JLvi  <i  *^  m)  ^  ooio  .fl^Lto  ^^Ut  |vi . ^ mJJ 

<Mnfi  ■»  rr>j  9»JI  ^ILo  .|Ua:^l  ,m^it>JL^o;,a  ««01  .0^ 
.m  «im|  ^owa  ^^  *>  looiLf  JLû.jJli|  «.fioujojldoa)  Uosl 

>^J\\  .\  m  I  ot^  )J^  >iN>aa  .m.AjldJL^JLo  :  )J^39 

'."^oa^  oi!kftd  J(^t>  :('>J^.^  oC^ad  .â:^)  yl  :  ^ji^f 
1  •  r»  ^  ^^  *^i^•JLJ;^|  «^oLo  ."^âo^  oN.'>"v  ^âl^) 

^  B  J^  et  régulièremeDt  de  même  dans  la  suite. 


110  JU1LLET-A0r;ï  1900. 

•  jLudei  Uo\  :^a»»M?  «AJ)   \yÊàù  <^li^Hof  dot  4^ 

^  :  ««o»oJ^•|  ^«i^Ut  ht  A  4jL*iJVd  ^^"^k.  JL*a»e| 

)J^i-.iii...iA.2^a^  ^o  :  lUo^l  «.fioujoJldJL^JLD  )J^y^iN;> 

;^  ^«-^1  -JLdJLd  JIaj;^  4^  JJo  :JLiXDtteo  «JlaJLd 

w^l  ;^o  ftcH  If  «^^  N  •  y»  posj    ^^^jbtef  001 

^^^^j^  lla.^^  :  )U  >>  ■>  Ir^  "^^  Vo  Jbjb  .JUdei 

l^lf  ^t  lif  ^^*>JLa^;^  «^"^tah.  JJo  Jbjb  .JLàJi^ 

^o  :  lUo^i  .m  >  mJLBjL^lo  )J^.J^lM  ^  :  ^^Êi^hA 
m  >  mjL^JL^U»  :  iJ^oi  .xa-^JlôJLgû  fJ^Ai::» 

oolo  :^Mba..^  ;pi  VI  ">  ifi  %|  -."^fea-^  /^pi^^ 
:  iLo-^oo  JLa.1)^  '^bo  :  UkJi^  UUbbo  «^  ♦  >&i»JUjwi»f 
001  ^  ^-.«#^.^1  ^|lo  o  y»  U-^i^te  «-^  î  «jLLdftHoo 
llo-oo  «Uâo»  4^1  :^adomf  «aj)  j^ilm  ^v^ftMf 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     III 

"^^  llo^uâo  .JlJ^te  ('>«Jb;^  Uiw>  .Ujtd  "^  "^^ 
jsûuj^xoIjqo;^]  \k^^  i^s  ^o  :  lUo^f  uB^^JbJL^JLe 

4.-^  "^âb.  Jlo  Ji   ^Q    »to»  «il — 9o»  ;^-^l  :%.a^o^Jt 

:  ^.^f  o-^o»  ^  JLdf  001  ««o»oJ^•)o  •  JLkiôibte  J^iiNp 
0010  «ILo-A^*»  :  ^^t  ^-'^  •^^^i&oo  JL^i^  0010  «JliijLo 


112  JUILLET-AOÛT  1900. 

•  «Aidfeteo  •  J^^^^ubL)  ^OMfl  ^^^  ILoam  loi  .iLo^Mi* 
Ht  »ii— i)  i^]   [205J    ^-*j^)  .Jbjb  (^)JLàj;d  J-*  jlo 

1^^  Ho  :  Iv^h  m  ^poJLaoa)  ««oi  ^odoi  :  JLaiâftte 

^-d^JS^^o  «iLdlâ  |Loa^  )«^  |lo  .w^lo  «iLa-iMi*  Jlâjlâ 

Jlo  ^  »  1  il  II  ^  ^^  •JLaJLd  ILow^  |«.^  Ho  :  w^l 

^o  .jJ^^^dy  wfia^.AoJL^JL^LjD  )J^^oiN>ao  ^  :  «*oio>&*| 
.m  ,.  mj  9kl  ft»)  :  lUouJ^f  .m.Ajldad|  |J(s..JJ^aâ 
jKââoi  ^L7L  ^  ^t  JLo^fete  «JLuâtte  )Jts.,iNfto 

ylt   .U-âOI    ^^f    I    >0.  MJb^    «X^-lt   }^T^^^^    Ho   ^^bOJBO 

jo  ■>  v»t  ^?^^^^  llo  Kvifiim  '•^'^a^OY  ^W>âd  Ho  yn^^ 
o>Nn  ^  H  ^^f  y^'*^  l  )!^*^t  ^r^^Q^  Vo  ^aâofio  Jo 

^  B  bis.  ^  -•'  B  JlMiAA>h. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     113 

Ait  "^^  «Jl  Ji  >Q  n  jL^  :  ^o^t  ^«^'^  Ifo  ^^£d 

laoej  ô»^i^•|9  J  •  IQ  ^  |ooi  ôo^t  ^^^  .^^ro^ 
«*oi  l^xdoi  ^  JL^^.^«^oL  hoio  .fJ^^^f    nn»rf>JL^o;A 

JLaJLd  Ij^^  JDo  J  a  I  ot^o  .iLo.^^  jLdJld  1^^  llo 

•  w^)o  .llo^^  Jldjb  |«^  llo  •|;^|9  ^oi  «Aoujfiojldadl 
^^  «JLl-do»  I;.^  ^^JS^^o  .JLdjLd  llo-ii^  |^  llo 

«M^  jlo  :  a>,  I  ^o  «Jlâjlâ  JLoa^*  |«^  llo  .ILom»  |ji-i^t> 
:  waî^lt  oo»  I  •  >o  nN  ««o^AOodoi  «^oLo  «Jldjld  jLàj;i3 
I  •  >;  ^  ^-^  llo  y)  •;.^|o  .JLdjLd  JLajv^  «^  |lo 
V--^^  hoi  %|    •    i{  ^  jLdjb  |«^  llo  ^«^  %jLâJb 

•  JLdjLd.  Ijlj*^;^  ^  llo  :  );do|;  ^oi  llo  .Looi  JL^afete 
^JLoo«u^  I  \rt  >  '^  m|f  ^Ut  J^l  :•*o»Oi^•|  «MâJ^uiûoo 

«£Adi£0jldo3|  jJ^-^wL^   ^   •««OlOi^•|    1^1?  ^?   liM^^ 

:  lUo-j^f  m  >  mJLa|;-^)Lo  I^^J^-lj^o  ^o  :|J^j>9 


114  JUILLET-AOÛT  1900. 

1^^  yéL^  JLcu*lbteo  .JLttXDtte  ]J^J^u^  «xnuiMfioJldad) 

^t|i.«âo  :)fi^kX>;  )o^A^  Uo  ^  y|o  ja^^^t  ^P^^^  l^o 

i^oLo  *Ki  VI  £o  oiNi  ">  o^  ^oj  :  JLâ0«.uD  Ivii'^fnli 

W^l  y|o  •JLiiLj;.3  iLa^:^  ^^  J|  :  uu^fr^o  «JLfiOofio 

j  »  ino  m  f-^  JDo  «W^|o  sJLuaoQ.m  JLaj;^  «.^  |lo 
«..M  >|  m  1;  ^  jLuBDo»  ^  JDo  «);a  ^yJ^oo  .JLhj;^ 
J  •  u  "»  |lo  i».v>  ^^  Il  %<•  I  no  >|.>  inoco  iLo^âo 
»  I  >  v»i  r>  <^>Jlvi  »^m)f  I^^^Jt  lil  «*o»Oi^.)  .«MdJ^A^o 

uBQ.i.»JbJL^JLD  jJ^Ai^  ^  :  ^oio.^.|  JL^^h  tr^  ^^  ^'  ^ 

:  )Ua-^l  .nn  ■>  mjl  .g^fi  o»|  ji&i»J^<>.L.j^  ^o  :  |j^09 
:|{o»  ^^)  i  »Q  »fr^  .JLiOâfr^  |i^•J^aAo  «AOMjBoJLdadJ 
•  Il  (^xAoi  ^^t  «^^^3  %to  »Vfc  jJ^MJU^Jbte  Jl  ^-^ 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     J 15 
^j  :  ^aâOfio  UoSJ    ci^Ad  o^  ^{  yx^ào  :  ^  ciS^ad 

fL^  V»  II)  ,K^  Vi  en  ô»Nni  ^  y^.^^  JL^J^^aL^  .^â^a^o 
ôiNl  ">  i^Mite  |oo»Lfo  .looi  ô(^i&«|  tsààOL»  ci^Ad  o^ 

iLo...^'^  Il  -il  >\v»  jLàJV3  '^  .^JLiw^l  c>oU 

uio\  ^^\  •>lÊkj^^  )La.<^^^  Il  .JLkiâfiteo  «j^J^ite 

^^  o|  :JLa^;^  jLo^  ^^  Il  oh  •]\J^o  IajU]  ^ 
J  •  n  ■!*>  ILo^^Mi*''^  teinte  <^|  ^«-^  •  JLaj;^  IIoam 

jLoiii^^^^  11^  Looi  JLa^OM  II)  <»iAXDfete  jJ^dO^^od 

iLo.^  ^^  Il  :  lUlbte  jLo.^  ^^  |oo«l?o  .)U^ 

^*>^  U«te  II  .fninr»|9i>j^j)  ;aL?  oïiid  wd  o^  :  ILlibite 
lll  ^  I  ^)J(^  [aog.j     jllif  oti»  iM  )^L?  ('}Ji:A^.2u»|l 


8. 


116     .  JUILLET-AOÛT  1900. 

ifoxi  ^f  «oi  .jid  i^i  oo»  «*olOi^•)o  •jLkiâfr^  |i^•J^J.^ 

é  ^"^o^o  ôî^ad  %jL9o  JLd  y)  •  ^a:^£^  U^^  ^t  ^^  «^^^ 

^  |lo  0  »>  U  .aNy»  ^^  «JLiULdfeteo  .JU^to  jLàj;.t>^^ 
.m  ■»  mJLaJL^lLo  ^odoi  «lAiofete  Dt  «^1  ^1  ^^\ 

lUoJSi^l  [310]    ,ffn  omJlA^  iJ^dO^^od  ^  :  ««o»o^«| 
,m  .>  ipjl  Oki  0»!  .[JS^^f  «£QUA.xoJLdad|  )J(s.Aj^aâ  ^o 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     117 

llf  ui^ i)  w-^)  ^    >i     i)  >>  Jl  »  fT>o,jp  )La*^  ^^  M. 

^9J^v.do  .\  m  t\  ^  ILoa^  «^  •  ;.^|o  :  iLo*^  JLaj^3 

,1  >  roo  xp  Ji  M,  r»  "^  «.^  JJo  «JLaJW^  |la*^  *.*^  :  I^a* 
[211!    ôiSAd  «A.9  y)  •^A^l  <^)}  •iAid&te  )^i^J.te 

JL..^  yl  >^  ^   »)  <^|{  «l^o^oi  ^UL  ^  JLod^ibteo 

:  ^aJtt-m  oN^^  %JL9  J  .JL^^  (S) Jbo.,,^A»)f  jw^Lt 
Itoi  a2^  Dj  JLdf  ^^.Jtt^  «A,9  -JL-dt  f^T^^-^  ho^Am 


118    .  JUILLET-AOÛT   1900. 

)}oio  •jUo^l''^  )J^^9  ^  m  .]I^i  ,nriimJL^o;,a 

^9J^iJ>o  •  JLaJtd  IJL^te  «^  up|o  .  UJib^o  jLàj;^  «^ 
:u-^h  ^^  1  •  10  ^ V  ^odoi  ooLo  «llo*^  ILZ^te  ^ 

faial    .fft  ■■>    ml    91    ^  X»  ^xdo)  H  U:^a:^o  :  «ajI 

♦jLàjad  |ooi  H  |^J^J^  ^Ul  ^o  .JL^ftei  )i^•J^^:>o 
«A.9  yl  .^^1  4^|f  «iLiOâ^Ao  |i^.Ki:»  .Aflu^mJldJL^ 

^  Ordre  des   termes  restitué  en  marge,  pour  :  jLoiâo  ILc^i^  ««m. 
—  B  garde  ce  dernier  ordre  qui  est  fautif. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     119 

•  JLfluJW-»  UL2^te  ^  •IwA.o  •JLiLi;^^  llNto  ^  «1.^10 
>)lo    «   y»  Ui    0  Nv>  «-^  «lAiDo  .{Loa^  JLaj;^  ^^ 

♦  I  «  %r»i  n  (*)  Jlvi  ■'^mlf  I^Lt  Vf  ««oio^l  yMjaJtsjk^oo 
.m  ,..mjl  g^i^^JO  )Ki>iN>  ^  •  .#010^1  JUfiu»f  iif  ^  e» 

JLa  )o«»L  :  JU  ^  »>  i)o  •«A.f  fNV'^'^  a2^  JIa  :  J^o^aA» 

i  >  .o»  i  jD)  :  Kl  V>rr>  otVi.^  i%^km]\  JL»  jL^jd^wiâo 
oi  V.'X  >  JLd  jooilto  ,Ka  Vi  B>  CH  N.*^^  o^l  «Looi 


120     .  JUILLET-AOÛT    1900. 

>JLaa  mv  >  g»  ILo-oo  ^^  )i  :  JLfluLdfeteo  .JLdoA^^^d 
<!^  *:^  )J  "^bw  o)  "^  "^bw  o)  :  1;^^  JL&jJlil  ^ 

^^  :  J^  •  I  ot)  ^?  JLa.oi  .Jbom^^  Uj;^  "^  H 

^   B  répète  ici   :    i.A^ou.  |l|  .    leoilro  JSa^M»  Wao  o!^?  .  leoi 
...loei.   —  ^  B  Imilo»!;. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     121 
«»^  :)lo  ■<>■  v>  j  ■  r»  ^  «^  yl  •;.so|o    :  ILoa^  JLaj;^ 

<•  o*:*JL.£oaj»  JLa-i^^  «.m  :  ou^b^o  .JUcoam  hisl 
«.^  JUo  ,  ^Vi Tf»  JUf  |J^Il:^a^  aBalfldJldad)  ^Ut  ^ 
JUo  *.uiuJj3b^o  .)La^  JldjLâ  )^  JUjo  «JLdjLâ  JL^j;^ 

j  0  mi  m  «_^  .^WZjd  JUf  l^l^a^  aaalfldJldJL^ud 
JL*  mo  flft  «.-di*  •  uiui-Dft^o  •  ILoam  JIaj;.^  ^  .fLodui* 
JUf  )J^JLi2^ad  aBalmJldadl  ^L?L  ^  *>  «^  •>  JLéli;^ 

•  jLdJLd  iLo^^  )«^  JUo  .JldjLD  \jkj}^  ^^  JUo  :^^^aLD 


122  'juillet-août   1900. 

JU  :  «jui^feteo  •Jlâa£d^Mii^  JLdo^*^^^  JU  .idauBâ^^â 

■  lyi  >  ff>j  9^0  g»)  ^-d»L?L  ^  ^/  o  •>  Lmiiid  Jl»rf>0Pf> 
l*^^  JUo  4  m  jw,-^  JldJLd  1^^  JDo  .^tuo  Vj  ]kZjÙ:^ 
♦  I  oo  »»  ^JLi-j;^^  «Ni»  JDo  .jLàxaft^o  .JLDomi^JLdJld 
JDo  .^âoILe  JDt  l^l^o^  jaAlicoJldad)  ^UL  ^  <*  ^ 
•lAiâJbteo  .|(oa^*^  IloAii*  "^  JD  .  JLajvd  iLo^^  ""^ 

»}  JLdo^A^JLàJWd  ^^  JD 

^  B  addit'JLdo*.  eS^o. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     123 


III.  VERSION. 

[lyS.]  PAR   LA  GRACE  DE  NOTRE-SEIGNEUR, 

JE  TRANSCRIS  L'EXPLICATION  DU  LWKE  DES  ANALYTIQUES , 

COMPOSÉE  PAR  PROBUS  LE  SAGE. 

H  est  sept  points  qu'il  importe  d'établir  avant 
(rexamen  de)  tout  ouvrage,  comme  nous  lavons 
appris  dans  le  livre  qui  précède  celui-ci  :  le  but  (de 
l'ouvrage),  l'utilité,  l'ordre,  l'auteur,  la  raison  du 
titre,  la  division  en  chapitres,  le  sujet  auquel  il  se 
rapporte  ^  —  Le  but.  Le  but  de  ce  livre  est  de  nous 
exposer  la  doctrine  touchant  le  syllogisme  en  général. 
Il  y  a  en  effet  trois  sortes  de  syllogismes^: (les  syllo- 
gismes) apodictique,  dialectique,  sophistique^..  .  . 

*  Cf.  G.  Hoffmann,  De  Hermeneuticis  apud  Syros  Aristoteleis , 
1873,  p.  ii3. 

*  Aristote  énumère  ces  trois  sortes  de  syllogismes  .To/).  lib.  I,  cap.  1. 
-^  Aq  début  de  son  introduction  au  commentaire  sur  les  Premiers 
Analytiques  t  Alexandre  d'Aphrodisias  rappelle  lui  aussi  les  trois 
modes  de  raisonnement:  apodictique,  dialectique,  sophistique;  mais 
sans  dircL  que  leur  examen  est  le  but  de  ce  traité.  Ce  qui  n'est  d'ail- 
leurs vrai  qu'en  ce  sens  que  le  traité  étant  consacré  à  l'exposé  des 
règles,  des  principes  et  des  conditions  du  raisonnement  démons- 
tratif, il  montre  par  là,  indirectement,  ce  qui  distingue  celui-ci 
des  autres. 

^  Il  y  a  ici  une  lacune.  Comme  la  suite  immédiate  le  montre ,  il 
devait  être  en  cet  endroit  question,  dans  le  texte,  tout  au  moins 
d'une  division  du  traité  d'Aristote  en  trois  chapitres  ou  parties, 
qu  Aristote  lui-même  d'ailleurs  n'indique  pas.  Dans  son  traité  sur 
les  syllogismes ,  le  philosophe  syrien  Sabokt  parie  aussi  d'une  divi- 
sion des  Premiers  Analytiques  en  trois  sections;  mais  les  formules 
qu'il  donne  de  l'objet  de  ces  dernières  ne  répondent  pas  h  notre 


124  JUILLET-AOÛT    1900. 

Telle  étant  la  division  en  chapitres,  il  nous  faut  sa- 
voir que  l'ouvrage  est  intitulé  AvaXvTixdy  c  est-à-dire 
«réduction  aux  éléments».  L'on  demande,  étant 
donné  que  (Tauteur)  divise  son  ouvrage  en  trois  cha- 
pitres ,  pourquoi  il  passe  outre  au  premier  et  à  celui 
du  milieu,  pour  emprunter  le  titre  au  troisième.^ 
Nous  répondons  :  Ou  bien  parce  qu'il  s'en  est  occupé 
le  plus,  ou  bien  à  cause  de  sa  difficulté ^  Car,  dans 
les  matières  où  il  y  a  lieu  à  «  composition  »  et  à  «  ré- 
duction aux  éléments  » ,  tantôt  c'est  l'une ,  tantôt  c'est 
l'autre  [17/i]  qui  est  la  plus  difficile  (à  effectuer); 
mais  lorsque  les  deux  sont  difficiles ,  la  «  réduction 
aux  éléments  »  est  plus  difficile  à  faire  que  la  «  com- 
position ».  Par  exemple  :  construire  une  maison  est 
plus  difficile  que  la  détruire  ;  séparer  l'eau  et  le  vin 
est  plus  difficile  que  les  mélanger;  (et  il  se  trouve) 
en  effet  (que),  la  construction  d'une  maison  étant 
difficile,  et  la  séparation  de  l'eau  et  du  vin  étant  dif- 
ficile, la  séparation  de  feau  et  du  vin  est  beaucoup 
plus  difïicile  à  effectuer  que  la  construction  d'une  mai- 
son. —  A  ifVLel  sujet  [le  livre)  se  rapporte.  L'on  demande 
à  quel  sujet  se  rapporte  ce  livre.  Nous  répondons 
qu'il  se  rapporte  à  la  logique.  Mais  on  demande  ce 

contexte.  D'après  celui-ci,  la  troisième  section  est  censc^e  avoir  pour 
objet  la  résolution  des  syllogismes,  leur  composition  étant  supposé:» 
faire  l'objet  d'une  section  précédente.  Magentinus  expose,  dans  l'in- 
troduction à  son  commentaire  ',  une  division  qui  se  trouve  parfai- 
tement d'accord  avec  cette  donnée. 

^  La  même  raison  indiquée  par  Magentinus ,  loc.  cit. 

•  Ammonîtts   in   Porphyrii  institutionem ,   Magentinus  in  L  Aristotelis  de 
Inlcrprelationc ,  Magentinus  in  Prima  Analytica , .  .hn^an'i  15^7,  p»  io3. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBLS.     125 

qu  est  ia  logique.  Or  donc  elle  est  une  partie  de  la 
philosophie,  ou  son  instrument.  En  effet,  les  stoï- 
ciens^ disent  quelle  fait  partie  de  la  philosophie; 
Aristote  prétend  qu'elle  en  est  Tinslrument;  Platon 
est  d'avis  quelle  est  à  la  fois  instrument  et  partie. 
Les  stoïciens  cherchent  à  montrer  qu'elle  fait  partie 
de  la  philosophie  à  l'aide  de  deux  objections.  Voici 
la  première  objection  :  Tout  ce  dont  se  sert  une  dis- 
cipline, et  qui  n'est  en  aucune  façon  partie  d'une 
autre  discipline,  ni  élément  d'une  partie  de  la  dis- 
cipline qui  s'en  sert,  est  de  toute  nécessité  partie  de 
la  discipline  qui  s'en  sert,  [i  yS]  Ainsi  l'astronomie 
se  sert  de  la  logique,  celle-ci  étant  partie  de  la  philo- 
sophie^. Que  la  logique  ne  fasse  point  partie  d'une 
autre  discipline,  cela  ils  le  laissent  comme  évident. 
Qu'elle, ne  soit  pas  élément  d'une  partie  (de  la  philo- 
sophie), ils  cherchent  à  le  montrer  ainsi  :  la  philo 
Sophie  se  divise  en  philosophie  spéculative  et  en  pra- 
tique, qui  ont  toutes  deux  leur  sujet  et  leur  fin;  de 
cette  manière  :  de  même  que  la  médecine  a  pour 
sujet  les  corps  des  hommes  et  pour  fin  la  santé,  — 
tout  son  soin  en  effet  consiste  à  procurer  ou  à  con- 
server la  santé  dans  les  corps  humains  ;  —  de  même 
la  philosophie  spéculative  a  pour  sujet  toutes  choses 

*  Une  note  marginale  en  arabe  porte  :  les  partisans  d'Aristote  (!) , 
parce  qu'ils  se  livraient  à  l'étude  dans  le  portique  (la  crloa), 
(s'appelaient)  les  stoïciens  =  les  partisans  de  la  <j1oa. 

*  Les  stoïci(  ns  sont  censés  montrer  par  cet  exemple  qu'une  science 
comme  l'astronomie  peut  avoir  pour  auxiliaire  une  science  appar- 
tenant à  un  autre  domaine,  comme  la  logique  qui ,  d'après  eux,  Tait 
partie  de  la  philosophie. 


126  JUILLET-AOÛT    1900. 

qui  soient,  et  pour  fin  la  science  vraie  de  ces  choses; 
la  philosophie  pratique  a  pour  sujet  les  âmes  des 
hommes  et  pour  fin  leur  embellissement,  ftr  la  spé 
culative  et  la  pratique  se  servent  pareillement  de  la 
logique  et  celle-ci  ne  fait  partie  d  aucune  des  deux  ; 
elle  n'est  donc  point  un  élément  d  une  partie  de  la 
philosophie.  Nous  leur  répondons  :  Votre  disjonctive 
est  incomplète.  11  vous  fallait  dire  :  «  Tout  ce  [  1 76] 
dont  se  sert  une  discipline ,  et  qui  n'est  point  partie 
d'une  autre  discipline,  ni  élément  dune  partie,  «  ni 
instrument  »  de  la  discipline  en  question ,  en  fait 
partie.  »  La  médecine  en  effet  se  sert  du  scalpel  qui 
ne  fait  point  partie  d'une  autre  discipline  et  n  est  pas 
un  élément  dune  partie  à  elle;  et  pourtant  il  nest 
point  une  partie  de  la  médecine.  Votre  disjonctive 
ne  tient  donc  pas  debout.  Ils  composent  leur  seconde 
objection  de  la  manière  suivante  :  tout  ce  qu'une 
discipline  a  pour  objet  d'expliquer^  en  fait  partie. 
Nous  répondons  que  cette  équivoque  ne  tient  pas 
non  plus;  la  médecine,  comme  il  vient  d'être  dit, 
s'occupe  de  l'explication  du  scalpel,  qui  pourtant 
n'en  fait  point  partie.  Aristote  cherche  à  montrer 
que  la  logique  est  l'instrument  de  la  philosophie  ;  de 
cette  manière  :  tout  ce  dont  se  sert  une  discipline  et 
qui  est  ordonné  en  vue  de  celle-ci ,  est  nécessaire- 
ment inférieur  à  la  discipline  qui  s'en  sert;  c'est  ainsi 
que  l'art  de  Téquitation  a  à  son  service  la  fabrication 


Le  V.  m*va)  a  le  sens  de  traiter,  exposer,  expUifuer  un 
sujet,  d'après  Al-Lobab  de  Cardahi  (Beyrouth»  1887),  II,  p.  2286. 


LE  TRAiTE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     127 

des  freins  ^  Puis  donc  que  la  grammaire  et  la  rhéto- 
rique et  d'autres  disciplines  de  ce  genre  se  servent 
de  la  logique,  qui  est  aussi  [i  77]  ordonnée  en  vue 
d'elles;  il  se  trouverait  une  partie  de  la  philosophie 
inférieure  î\  la  grammaire  et  à  la  rhétorique,  ce  qui 
est  absurde.  Platon  dit  que  (la  logique)  est  à  la  fois 
instrument  et  partie  (de  la  philosophie)  :  instrument, 
quand  nous  considérons  les  règles  en  tant  (|ue  règles, 
comme  (celle  suivant  laquelle)  de  deux  affirmatives 
universelles  suit  une  affirmative  universelle;  partie, 
quand  nous  étudions  l'universel  et  le  particulier  au 
point  de  vue  de  ce  qu'ils  ont  de  commun ,  et  au  point 
de  vue  de  ce  qui  les  distingue^,  la  philosophie  étant 
seule  à  connaître  de  ces  questions.  En  effet,  elle  ne 
connaît  pas  seulement  les  choses  (en  elles-mêmes), 
mais  encore  le  rapport  de  convenance  ou  de  diffé- 
rence qu'elles  ont  entre  elles.  Il  n'est  d'ailleurs  point 
absurde  que  la  mère  de  toutes  les  disciplines  soit 
auteur  d'un  instrument  à  son  propre  usage  et  à  l'usage 
des  autres  disciplines,  en  vue  de  leur  constitution  et 
de  leur  conservation.  Nous  avons  dit  ce  qu'il  nous 
fallait  dire  avant  ce  livre.  Fin  de  la  préface  da  com- 
mentaire, exposant  la  raison  du  livre  des  «  Analytiques  ». 


^  L'exemple  se  trouve  aussi  chez  Alexandre*.  Les  considérations 
de  notre  auteur  se  trouvent  d'ailleurs  sans  aucun  doute  en  rapport 
au  moins  indirect  avec  la  préface  de  cet  interprète  à  son  commen- 
taire sur  les  Premiers  Analjtûiues, 

^  Ce  qui  est  censé  faire  aussi  l'objet  de  la  logique. 

'  Alexaadri  Aplirodisieusis   in  priora  resoluloria expJanatio  ;  Vcn., 

i542,  p.  6  {initia). 


128 


JUILLET-AOÛT    1900. 


ESPECES  DU  SYLLOGISME 


(syilogisme)   apodic- 

tique  : 
celui-ci   dit  toujours 

vrai. 


dialectique  : 
celui-ci  dit  vrai  le 
plus  souvent. 


îfophistique  : 
celui-ci  dit  faux  le 
plus  souvent. 


[178]  Autre  exposé  du  syllogisme,  au  point  de  vue  du  sujet  de 
la  connaissance,  de  la  connaissance  et  de  la  chose  connue  : 


ta  .• 

o  ^ 


rinlelligence,  qui  n'a  pas 
besoin  de  connaître  par 
syllogisme. 

la  raison,  qui  fait  le  syl- 
logisme apodictique. 

la  puissance  de  conjecture, 
qui  fait  le  syllogisme  dia- 
lectique. 

le  sens  l  qui  font  le 

<    syllogisme 

rimagination  (  sophistique. 


o 
H 


est  ou  bien  solidement  éta- 
blie; c'est  celle  qui  fait  le 
syllogisme  apodictique, 

I  ou  difficile  à  défaire;  c'est 
celle  qui  fait  le  syllo- 
gisme dialectique, 

'  ou  facile  à  défaire;  c'est 
celle  qui  fait  le  syllo- 
gisme sophistique. 


S 

s 
o 
H 


est  ou  bien  nécesbairc;  et 
elle  donne  lieu  au  syllo- 
gisme apodictique, 

ou  bien  possible;  et  elle 
i  donne  lieu  au  syllogisme 
disdectique , 

ou  bien  impossible;  et  elle 
donne  lieu  au  syllogisme 
sophistique. 


[1  79]  Reprise  de  l'interprétation  du  livre  des  «  Anor- 


'  L'auteur  énumère  cinq  «facultés  cognoscitives »  comme  Ammo- 
nius'  :  vous,  Stavota,  36^a,  Çavjaaia,  aioBnati. 

*  1r TTOfiviTfiux    SIS    10    Hepl    hpiitfveias    Apnjloreh.vs;  Yen.,  i.')o3, 
fol.  A  u  b. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     129 

fytiques  ».  Venons-en  donc  au  corps  du  livre.  11  nous 
faut  savoir  que ,  dès  1  abord ,  (  fauteur)  veut  nous  faire 
connaître  le  but  du  livre,  et  Ténumération  de  neuf 
points  se  rapportant  au  but,  et  ce  que  c'est  que  la 
proposition.  11  dit  donc  que  son  but  est  (de  traiter) 
du  syllogisme  apodictique.  L'on  demande,  vu  quil 
dit  lui-même  qu'il  a  pour  but  de  traiter  du  syllogisme 
apodictique,  comment  nous  disons  que  son  but  est 
de  traiter  du  syllogisme  en  générale  Nous  ré- 
pondons :  De  même  que  le  scalpel  a  pour  premier 
but  de  faire  sortir  le  sang  et  pour  but  ultérieur  de 
procurer  la  santé ,  de  même  le  but  premier  de  l'auteur 
est  de  traiter  du  syllogisme  en  général,  tandis  que 
son  but  ultérieur  est  de  traiter  du  syllogisme  apodic- 
tique. L'énumération  des  neuf  points  dont  il  a  été 
question  est  la  suivante  :  La  notion  de  la  proposition , 
celle  du  terme  et  celle  du  syllogisme .  .  .  C'e^t  î\  bon 
droit  que  l'auteur  se  livre  à  cet  examen  :  [i8o]  la 
proposition  fait  l'objet  de  l'enquête  comme  étant 
l'élément  du  syllogisme  ;  le  terme ,  comme  étant  l'élé- 
ment de  la  proposition  ;  le  syllogisme ,  comme  étant 
le  sujet  dont  l'étude  est  le  but  (du  livre).  Les  six 
points  qui  restent  sont  :  ce  qu'on  entend  par  syllo- 
gisme parfait  et  imparfait;  universel  et  non  uni- 
versel (?)  ;  se  disant  de  tout  et  de  nul  (?)  ^. 

*  Voir  le  commencement  du  traité  de  Probus  et  notre  note  2, 
p.  12  3.  —  Aristote'  :  UpSiov  eheîv  vepl  ri  xai  tIvos  èc/Jiv  ij  axé- 
^n,  6x1  'Bfepl  àitôSet^tv  xal  èmfjli^firff  àitoSetXTtxris. 

-  Aristote,  loc.  cit,  :   Eha,  Stophat  ri  èalt  tspoTdcTti  xait  ti  âpot 

'  Edii.  Didut,  Pr,  Anolytlca,  lib.  I,  cap.  i,   1. 

\vi.  9 


130  JUILLET-AOÛT  1900. 

On  élève  un  doute  touchant  la  question  de  savoir 
pourquoi  il  met  en  premier  lieu  la  proposition ,  puis 
le  terme,  et  puis  le  syllogisme;  pourquoi  il  ne  com- 
mence point  par  ce  qui  est  simple,  pour  en  venir  en- 
suite à  ce  qui  est  composé;  ou  bien  pourquoi,  ayant 
commencé  par  ce  qui  est  composé ,  il  n'achève  d'abord 
ce  qui  a  rapport  au  composé,  pour  en  venir  ensuite 
à  ce  qui  est  simple?  A  ce  doute  nous  répondons  par 
trois  solutions;  tout  d'abord  qu'il  s'est  servi  du  nom 
de  «  terme  »  en  un  sens  étranger,  pour  désigner  l'é- 
lément de  l'élément  du  syllogisme.  Non  point  que 
[i8i]  ce  nom  de  «terme»  soit  un  nom  étranger, 
mais  lui  le  premier  l'a  employé  en  un  sens  étranger, 
de  la  manière  indiquée.  C'est  pourquoi  il  ne  l'a  pas 
mis  en  premier  lieu.  Nous  répondons  secondement 
que  le  nom  de  «  terme  »  (  Jlàoa-.i ,  ipos)  est  équivoque, 
se  disant  de  choses  multiples  On  appelle  en  efl'et  de 
ce  nom  (JUoa^L)  la  défmition  d'une  chose  suivant  sa 
nature;  ainsi  que  la  séparation  des  terres,  les  extré- 
mités et  les  limites  des  figures;  et  il  ne  convenait 
point  qu'il  débutât  par  un  nom  équivoque.  Nous  ré- 
pondons en  troisième  lieu  que  l'auteur,  pour  Iraiter 

xal  ri  (TvXXoyi(Tfwt ,  xal  tsoîot  réAeio;,  xa\  'jsoTos  aieXi^t ,  yietà  êè 
Taffra  tI  76  èv  SXtp  tlvai  ^  fiii  elvat  ToSt  wSt ,  xal  ri  Xéyofuv  rà  xaxà 
tsavroç  -^  ftnStvàs  xamyopeToBou.  —  «  .  . .  .  .quid  sit  protasis. .  .et 
postlhTc  //ui(i  sit  esse  et  non  esse  in  toto  aliquid  alicni  et  (juid  dicinms 
prwdicari  de  onini  vel  de  nullo.  .  .  ».  Ces  mots  sont  représenlés  dans 
le  tcxtf^  syriaque  en  cet  endroit  par  :  J  -  «'v>  ||  ^^o  i*-i^  ^a>oo 
.*-^^^i^  Il  ^oioo'^^^i^  ^o>oo,ce  qui  n'a,  au  mieux,  quun  rapport 
très  éloigné  avec  l'original  grec.  Plus  loin  (p.  [igS]  et  suiv.),  la  for- 
mule revient,  et  cette  fois  notre  commentaire  en  donne  une  tra- 
duction plus  exacte. 


LE  TRAITE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     131 

du  terme,  a  besoin  (de  la  notion)  de  la  proposition, 
de  même  que  nous  avons  besoin  (de  la  notion)  dV 
nimal  quand  nous  exposons  la  définition  de  Thomme; 
pour  cette  raison ,  il  mentionne  la  proposition  avant 
le  lerme.  Un  autre  doute  que  Ton  formule,  cest  que, 
en  amateur  de  la  concision,  il  n'eût  point  dû  parler 
des  mêmes  choses  à  plusieurs  reprises;  alors  en  effet 
que  dans  les  Catégories  et  dans  le  Péri  Herménéias 
il  a  déjà  exposé  la  doctrine  touchant  les  mots 
simples,  il  l'expose  de  nouveau  en  cet  endroit.  Nous 
répondons  cjue,  dans  les  Catégories,  [i8q]  il  ne  les 
prend  pas  comme  éléments,  mais  seulement  comme 
des  appellations  simples;  dans  le  Péri  Herménéias , 
il  les  considère  comme  éléments  de  raffirmation  et 
de  la  négation ,  c'est  pourquoi  il  y  donne  le  nom  de 
(pàlfrtf  au  nom  et  au  verbe  ^  Mais  ici  il  considère 
tant  le  nom  que  le  verbe  comme  élément  de  l'élé- 
ment du  syllogisme. 

La  proposition  se  définit  :  «  Une  énonciation  affir- 
mative ou  négative  (par  laquelle  on  dit)  une  chose 
touchant  une  (autre)  chose;  qu'elle  soit  universelle, 
ou  particulière,  ou  indéfinie 2.  »  On  blâme  (cette  dé- 
finition) comme  défectueuse  tant  pour  la  qualité  que 

'  Le  nom  ou  le  verbe  séparément  ne^sont  qu  une  ^dais,  non  pas 
une  diré^avats;  Aristotc  :  To  fièv  oZv  Svoyta,  i\  pv^a,  ^aia$s  ëala 
Hovov.  ,  .'  [Péri  Hcnn.,  V,  5). 

•  Aristote  :  Upérams  fièv  otv  it/li  Xôyos  xena^arixès  fl  àno^a- 
T$Kot  uitèf  Hard  nvot,  O^rof  Se  ^  xadàXov  ^  iv  fAépgt  if  iStàpivIos 
[Pr,  AnaL,  lib.  I,  cap.  i,  2).  La  proposition  non  définie  est  celle 
dont  le  sujet  est  négatif,  de  manière  à  n'être  ni  universel,  ni  parti- 
culier (ex.  non  homo  ambulat)* 


132  JUILLET-AOÛT  1900. 

pour  la  quantité;  ia  cjualité  ferait  défaut,  parce  que 
disant  :«  .  .  .  (par  laquelle  on  dit)  une  chose  touchant 
une  (autre)  chose  »,  il  na  pas  ajouté  :  «  (ou  par  la- 
quelle on  sépare)  une  chose  d'une  (autre)  chose  »,  ce 
qui  est  propre  à  la  négation  ^  Nous  répondons  pre- 
mièrement qu'il  a  fait  mention  de  la  négation  en 
disant  :  «  (une  énonciation )  négative  »;  secon- 
dement que  les  mots  :  «  (par  laquelle  on  dit)  une 
chose  touchant  une  (autre)  chose»  s'appliquent  en 
commun  à  l'affirmation  et  à  la  négation.  En  effet, 
celui  qui  dit  :  «  Socrate  se  promène  » ,  et  celui  qui  dit: 
«  Socrate  ne  se  promène  pas  » ,  disent  tous  les  deux 
(quelque  chose)  touchant  Socrate,  qu'il  se  promène 
ou  qu'il  ne  se  promène  pas.  La  quantité  [  1 83  ]  ferait 
défaut  en  ce  que,  disant  :  «qu'elle  soit  universelle 
ou  particulière,  ou  indéfinie  »,  il  aurait  convenu  qu'il 
parlât  aussi  de  la  distributive.  Nous  répondons  que 
peut-être  dans  la  mention  de  la  particulière,  il  a  im- 
pliqué la  distributive;  ou  bien,  ce  qu'il  est  vrai  de 
dire,  qu'il  n'a  pas  mentionné  la  distributive  parce 
que  les  philosophes  ne  s'occupent  que  de  ce  qui  a 
ime  portée  commune;  en  effet,  les  énonciations  par- 
ticulières aussi  ont  ime  portée  commune  en  quelque 
manière;  car  (les  termes)  «  quelque  »  et  «  pas  tout  »  se 
disent  en  commun  de  l'homme,  du  bœuf  et  du 
cheval. 

Il  nous  apprend  à  présent  ce  qui  distingue  le  syl- 
logisme apodictique  du  syllogisme  dialectique;  et  il 

*  Âristote,  Péri  Heim.,  cap.  vi»  iniu 


LE  TRAITK  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     133 

dit  qu'il  s  en  distingue  par  i  usage  et  par  la  fin  '  ;  par 
l'usage,  vu  que  le  syllogisme  apodictique  prend 
(comme principes)  les  notions  communes,  ou  ce  qui 
se  connaît  par  déduction  des  notions  communes  2, 
pour  raisonner;  tandis  que  le  syllogisme  dialectique, 
après  une  question  posée ,  prend  Tun  des  membres 
de  lalternative  contradictoire  et  raisonne  dans  ces 
conditions;  par  la  fin,  vu  que  le  syllogisme  apodic- 
tique dit  toujours  vrai,  tandis  que  le  syllogisme  dia- 
lectique ne  dit  pas  vrai  toujours.  On  demande  pour- 
quoi [18/1]  il  n'établit  pas  la  différence  entre  le 
syllogisme  sophistique  et  le  syllogisme  apodictique , 
comme  il  l'établit  entre  les  syllogismes  dialectique  et 
apodictique  ?  Nous  répondons  que  du  syllogisme  so- 
phistique à  l'apodictique  la  distance  est  grande,  et 
que  la  différence  en  est  évidente  pour  tout  le  monde  ; 
l'art  consiste  en  effet,  de  même  qu'à  montrer  ce  qu'il 
y  a  de  commun  entre  les  choses  très  éloignées  les 
unes  des  autres,  de  même  à  montrer  la  différence 
entre  celles  qui  sont  très  rapprochées^. 

Après  avoir  exposé  la  doctrine  touchant  la  propo- 

^  Aristote  rappelle  seulement,  et  très  sommairement,  en  cet  en- 
droit (I  Anal.,  I,  cap.  i)  la  différence  entre  les  propositions  démon- 
strative et  disdectique.  De  la  différence  en  question  entre  les  syllo- 
gismes, laquelle  dérive  de  la  précédente,  il  parle  Top.,  lib.  I, 
cap.  I ,  où  il  s'agit  d'ailleurs  aussi  du  syllogisme  sophistique. 

*  Sur  les  principes  qu'il  appelle  communs,  voir  Aristote  II  Anal,, 
lib.  I ,  cap.  XI.  La  démonstration  doit  partir,  suivant  la  terminologie 
d'Aristote,  des  principes  premiers  ou  de  ceux  qui  sont  connus  moyen- 
nant les  premiers  (II  i4na/.,  lib.  I,  cap.  ix,  5-,  Top.,  lib.  I,  cap.  i,  4). 

^  Voir  une  observation  analogue  chez  Aristote,  Top.  lib.  ÏII, 
cap.  I,  2.  —  (cf.  plus  haut,  note  1). 


134  JUILLET-AOCT  1900. 

sition,  il  veut  nous  apprendre  ce  quest  le  terme;  et 
il  dit  :  «  J  appelle  «  terme  »  ce  en  quoi  se  résout  la 
proposition ,  de  cette  manière  :  ce  qui  est  prédicat 
et  ce  à  quoi  s'applique  le  prédicat,  soit  quon  joigne, 
soit  qu'on  sépare  Têtre  ou  le  non-être  ^  ».  La  cir- 
constance, qu'il  dit  :  «j'appelle  »,  montre  que,  bien 
qu'il  ne  soit  pas  l'auteur  de  ce  nom  de  terme ,  lui  en 
premier  lieu  s'en  est  servi  pour  désigner  l'élément 
de  la  proposition  2. 

Il  a  fait  cela  à  l'imitation  des  géomètres.  Car  comme 
il  désignait  les  syllogismes  sous  le  nom  de  figures ,  il 
était  juste  qu'à  leurs  extrémités  et  limites  [i85]  il 
donnât  le  nom  de  «  termes  ».  Eux  aussi  en  effet,  ils  ap- 
pellent  «  termes  »  les  limites  des  figures.  Ainsi  Euclide 
dit  :  «  J'appelle  «  figure  »  ce  qui  est  circonscrit  par  un 
seul  ou  par  plusieurs  termes  ».  Il  emprunte  d'ailleurs 
ce  nom  de  «  terme  »  aux  limites  qui  terminent  les 
terres  [litt,  :  aux  termes  des  terres);  de  même,  en  ef- 
fet, que  les  «  termes  »  sont  les  limites  des  terres,  de 

'  Ôpov  ëè  xttAcS  eif  Sv  ètaX^sroit  i^  isypchrftcTir ,  oïo»  x6  xe  Kûtruyo- 
povfievov  xai  to  xaB'ou  HaTriyopeiTat  ^  ^  'opoal tOefiévov^  ^  Sioupovfié- 
vw  tou  ehm  K«i  (a^  $hdtt  (Aristote,  I  ÀnaL,  lib.  I,  cap.  i).  Dans 
notre  texte  syriaque,  il  faut  lire  sans  doute  U^k^mho  o^C^}  au  lieu 
de  i^^JS^ao;  oo»^. 

^  Alexandre  fait  la  même  remarque ,  in  L  —  Magentinus  attribue 
l'introduction  du  nom  (^pof)  lui-même  à  Aristote;  mais  il  doit 
sans  aucun  doute  être  compris  au  sens  de  la  remarque  d'Alexandre. 
L'insistance  de  notre  commentaire  à  distinguer,  au  point  de  vue 
de  cette  question  d'origine,  le  nom  lui-même  du  sens  nouveau  que 
lui  donna  Aristote  (p.  [i8o^  et  suiv.,  et  ici)  n'auraitMBlle  pas  pour 
objet  de  mettre  en  garde  contre  une  confusion  qui  se  commettait, 
au  moins  dans  la  manière  de  parler? 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     135 

même  ici  ces  «  termes  »  sont  des  limites,  et  il  ne  se 
trouve  rien  à  prendre  au  delà.  Carie  syllogisme  com- 
posé se  résout  en  (syllogisme)  simple;  le  syllogisme 
simple  se  résout  en  proposition(s),  et  la  proposition 
en  termes;  on  ne  peut  résoudre  le  terme  en  quelque 
(élément)  ultérieur,  bien  que  les  grammairiens  sou- 
mettent la  parole  (t^i;  Xé^tv)  à  des  divisions,  à  raison 
de  la  difficulté  du  discours  écrit;  les  philosophes  en 
effet  s  occupent  des  notions  des  choses  et  non  pas  du 
discours  écrit  ^.  Quant  aux  mots  :  «  soit  qu'on  joigne, 
soit  qu'on  sépare  l'être  ou  le  non-être  » ,  Alexandre 
dit  que  par  là  il  signifie  l'affirmation  et  la  négation. 
L'on  objecte  que  cela  n'est  pas  vrai;  car,  s  il  avait 
voulu  [i86]  signifier  cela,  il  lui  aurait  suffi  de  dire: 
«  par  l'adjonction  de  l'être  ou  du  non-être  »,  l'adjonc- 
tion de  l'être  faisant  l'affirmation ,  celle  du  non-être 
faisant  la  négation;  comme  (lorsqu'on  dit)  :  «  Socrate 
est  philosophe,  Socrate  n'est  pas  philosophe».  On 
leur  répond^  qu'Alexandre  a  raison^.  Quand  on 

^  Dans  son  traité  sur  les  syllogismes,  Sabokt  remarque ,  à  la  même 
occasion ,  que  le  terme  à  la  vérité  se  résout  en  syllabes  ;  mais ,  dit-il , 
celles-ci  n*ont  aucune  signification,  alors  que  les  philosophes  ne 
s'occupent  que  de  ce  qui  a  une  signification.  C'est  sans  doute  aussi 
de  l'analyse  du  mol  en  syllabes  que  Probus  veut  parler  en  cet  endroit. 

^  Le  syriaque   a   ooC^  ^v>o)o;  il  faut  lire  sans   doute  ^)^o)o 

^  La  copule  est,  dit  Alexandre ,  n'est  pas  un  terme  dans  la  propo- 
sition. Celle-ci  ne  comprend  que  deux  termes  :  le  sujet  et  le  prédi- 
cat. La  copule,  affirmative  ou  négative ,  n'est  qu'une  apposition  signi- 
fiant l'union  ou  la  séparation  des  deux  termes.  Telle  est  la  portée 
qu'il  faudrait  attribuer,  dans  la  définition  du  <  terme  » ,  aux  mots  : 
i)  wpoalidtftévou  ij  êtatpovfUvov  xo\i  éïvtu  xai  ftii  elvou  (voir  plus  haut 
note  1,  p.  i34)*    Cependant,  poursuit  le  commentateur,  Aristote 


136  JUlLLET-AOÛt  J900. 

ajoute  i*être  ou  le  non-être,  il  y  a  Taflirmation  ou  la 
négation  comprenant  le  troisième  membre  co-attri- 
but  ^;  quand  on  sépare  (l'être  ou  le  non-être),  il  y  a 
laflirmalion  et  la  négation  transpositives^;  p.  ex.  : 
Socrate  est  non-juste;  Socrate  nest  pas  non-juste. 
Par  cela  en  effet  que  Ton  dit  :  Socrate  est  non-juste , 
on  sépare  de  lui  qu'il  soit  juste;  dans  l'autre  cas  on 

eût  peut-être  mieux  fait  de  dire  simplement  :  ^  'apooltOefiévou  -fj 
Stcupovfiévov  Tov  elvat;  il  a  ajouté  xal  fii)  elvat  pour  indiquer 
comment  se  faisait  la  séparation  des  deux  termes,  à  savoir  par  la 
ronstructiou  négative  de  la  copule;  ou  bien  encore  pour  laisser  en- 
tendre qu'en  décomposant  la  proposition  en  ses  termes ,  on  pouvait 
ajouter  ou  retrancher  à  ioisir  la  copule  affirmative  ou  négative. 

'  Voir  plus  loin,  note  i,  p.  137. 

^  (ieci,  comme  on  peut  le  voir  par  la  note  3,  p.  i35,  n'est  pas 
l'exposé  de  l'interprétation  d'Alexandre.  L'affirmation  ou  la  négation 
de  transposition  dont  il  est  question  dans  notre  texte ,  sont  celles  qui 
se  répondent  comme  contradictoires  avec  un  prédicat  négatif  (cf. 
Aristote  Péri.  Herm,,  cap.  x).  Dans  son  commentaire  sur  le  Péri 
Herm.  (éd.  cil.  fol.  E  4),  Ammonius  rapporte  que  Théophraste  le 
premier  leur  appliqua  la  dénomination  d'affirmation  et  de  néga- 
tion transpositives  (ix  (lexadédsoûs) ,  parce  qu'elles  se  présentent  en 
ordre  transposé  vis-à-vis  des  propositions  simples ,  c'est-à-dire  à  pré- 
dicat simple  ou  positif  :  à  une  affirmation  simple  répond  une  né- 
gation à  prédicat  négatif;  à  une  négation  simple  répond  une  affir- 
mation à  prédicat  négatif;  p.  ex.  : 

Homo  est  justus.  Homo  non  est  justus. 

Homo  non  est  non  justus,  Homo  est  non  justus. 

Ainsi ,  d'après  l'explication  qui  semble  attribuée  dans  notre  texte 
aux  défenseurs  de  l'opinion  d'Alexandre,  en  disant  :  ^  ^poaltOe- 
fiévov  Tow  eïvat  xal  (li^  elvou  Aristote  aurait  eu  en  vue,  d'une  manière 
générale,  les  propositions  formées  à  l'aide  de  la  copule  affirmative 
ou  négative  (voir  note  suivante);  en  disant  :  ^  Statpovfiévov  rov  e?- 
vOLt  xai  fiYi  eli^ai,  il  aurait  songé  plus  spécialement  aux  propositions 
à  prédicat  négatif,  dans  lesquelles  il  y  a  toujours  division  ou  sépa- 
ration soit  de  l'être,  soit  du  non-étre,  d'avec  le  sujet. 


LE  TRAITE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     137 

sépare  de  lui  la  note  contraire.  D  autres  expliquent 
autrement  la  parole  en  question  et  disent  quil  (Aris- 
tote)  s'est  exprimé  ainsi  par  amour  de  la  concision. 
En  elFet ,  comme  il  y  a  deux  couples  de  contraires ,  à 
savoir  laddition  [187]  et  la  soustraction  d'un  côté, 
la  composition  et  la  division  de  l'autre,  il  suffisait 
que  de  chaque  couple  il  prît  un  des  membres  con- 
traires, puisque  par  l'un  il  amenait  (implicitement) 
l'autre;  en  parlant  de  l'addition,  il  amenait  aussi  la 
soustraction;  en  parlant  de  la  division,  il  amenait  la 
composition,  c'est-à-dire  l'union.  Or  dans  l'exposé 
que  nous  venons  de  faire ,  toutes  les  propositions  sont 
comprises.  Car,  par  l'addition  de  l'être  et  (par  l'addi- 
tion) du  non-être,  naissent  les  propositions  com- 
prenant Je  troisième  membre  co-attribut;  par  la 
soustraction  de  l'être  et  (celle)  du  non-être,  naissent 
les  propositions  constituées  par  le  sujet  et  le  prédicat 
seulement*.  D'autre  part,  par  la  composition  de 
l'être  et  du  non-être,  naissent  les  propositions  trans- 
positives ,  aussi  bien  celles  que  nous  avons  appelées  ^ 

*  Voir  Probus,  in  Péri  Herm.  (ap.  Hoffmann,  loc.  cÎL,  p.  94). 
H  est  des  propositions  composées  du  sujet  et  du  prédicat  seidement; 
ex.  :  Socrates  ambulat  (de  celles-ci  il  n'est  tenu  aucun  compte  spécial 
dans  Texplication  précédente,  note  2,  p.  i36);  d'autres  dans  les- 
qudles  la  copule  est  exprimée,  comme  Socrates  est  homo.  Ces  der- 
nières (dans  lesquelles  la  copule  est  le  troisième  membre  co-attribut, 
rphov  'apoaxavnyopov[Uvov,  Aristote,  Péri  Herm,,  cap.  x)  seraient 
visées  formellement  dans  la  définition  par  l'élément  :  ^  'opoaliOe- 
fiévov  70V  eJvatHai  ftii  elvat}  les  premières  y  seraient  implicitement 
comprises  par  corrélation  avec  les  secondes. 

*  Dans  le  commentaire  sur  le  Péri  Herm,  cf.  Hoffmann,  loc. 
cit,,  p.  68,  1.  5  et  suiv. 


138  JUÏLLET-AOÛT  1900. 

modales  :  «  (Socrate  est  utilement  non-pervers),  So- 
crate  n*est  pas  utilement  non-pervers  » ,  que  les  trans- 
positives non-modales;  enfin  par  la  division  de  Têtre 
et  du  non-être,  naissent  les  propositions  simples  mo- 
dales^. Il  en  est  qui  définissent  autrement  la  nature 

^  L  autre  membre  (voir  note  i,  p.  137)  de  la  définition  aristotéli- 
cienne: 4  ètatpov^évov  Tov  eJvou  xai  ftii  elvau,  s'appliquerait  ainsi  à 
deux  nouveaux  groupes  de  propositions  :  celles  dans  lesquelles  il  y 
a  division  de  Tétre  et  du  non-étre,  et  celles-là  seraient  formellement 
visées;  puis  celles  dans  lesquelles  il  y  a  composition  de  Tétre  et  du 
non-ôtre  et  qui  seraient  implicitement  comprises  dans  le  membre 
en  question  de  la  définition  par  corrélation  avec  les  précédentes.  11 
est  étrange  que  notre  auteur,  diaprés  le  texte  syriaque  en  son  état 
actuel,  commence  par  expliquer  ce  qui!  entend  par  les  propositions 
où  il  y  a  composition;  ce  seraient  les  propositions  transpositives 
dont  il  a  été  question  plus  haut  (note  2 ,  p.  i36).  Nous  n'avons  pu 
trouver  dans  les  commentaires  que  nous  avons  sous  la  main  des 
éclaircissements  sur  la  manière  dont  il  faudrait  entendre  celte  com 
position  dans  les  propositions  transpositives.  Celles-ci  sont -elles 
envisagées  comme  composées ,  par  opposition  aux  propositions  à  pré- 
dicat positif  qui  sont  appelées  simples?  (Voir  Ammonius ,  /oc.  cit,)  Ou 
bien  la  composition  s'entend-elle  de  l'association  (affirmative  ou  né- 
gative) du  sujet  comme  être  avec  le  prédicat  négatif  comme  non-être  ? 
Les  propositions  dans  lesquelles  il  y  a  division  de  Tétre  et  du  non- 
être  seraient ,  d'après  notre  texte ,  les  propositions  simples  modales  ; 
peut-êli'e  parce  que  le  mode  ajouté  «équivaut  à  un  dédoublement  de 
l'affirmation  ou  de  la  négation?  Ëx.  :  Sacrâtes  necessario  est  homo=s 
necesse  êit  Socratem  esse  hominem» 

Mais  il  y  aurait  plutôt  là  une  raison  de  dire  que  «  dans  les  propo- 
sitions modales  simples  (■=  non  transposi(ives)  il  y  a  1  (Composition  »  ; 
ce  qui  serait  aussi  plus  conforme  au  langage  des  commentateurs. 
On  comprendrait  mieux  également,  au  point  de  vue  du  contexte, 
la  nation  de  «division»  comme  s'appliquant  aux  propositions  trans- 
positives, dans  lesquelles,  suivant  l'opinion  alléguée  plus  haut  par 
l'auteur,  il  y  a  toujours  division  1 1  Par  cela  que  l'on  dit  :  «  Socrate 
c'est  non-juste  » ,  on  sépare  de  lui  qu'il  soit  juste;  dans  l'autre  cas, 
on  sépare  de  lui  la  note  contraire.  »  N'y  aurait-il  pas  eu  dans  notre 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     139 

du  terme  (?)  ^  et  disent  :  «  Le  terme  est  ce  sans  quoi 
ilnyapoint  de  proposition  ».Certes,  ils  ont  raison 
de  dire  que  sans  le  terme  il  n'y  a  point  de  pro- 
position; mais  cette  note  ne  nous  suffit  point  [i88] 
à  définir  le  terme.  De  même  qu'il  ne  suffit  point 
de  dire  que  la  définition  de  l'homme  est  «  animal  » , 
une  notion  sans  laquelle  la  définition  de  l'homme 
est  impossible  (la  note  d'animal  ne  te  suffit  pas 
en  effet  pour  poser  l'homme);  de  même  les 
termes,  lesquels  se  prendraient  de  la  même  ma- 
nière, ne  nous  suffiraient  pas  à  poser  la  proposition  ; 
il  faut  en  effet  que  l'un  tienne  le  rang  de  sujet,  l'autre 
celui  de  prédicat.  Ainsi  donc  il  faut  dire^  qu'(Aris- 

(exte  interversion  des  termes  «^uDfbte  ^  et  «.^.fttte  ^^  «^,  si  bien 
que  Tauteur  aurait,  en  réalité,  commencé  par  expliquer  quelles  sont 
les  propositions  où  il  y  a  a  division»  de  l'être  ou  du  non-être,  à 
savoir  les  propositions  transpositives,  modales  ou  non;  pour  en 
venir  ensuite  à  celles  dans  lesquelles  il  y  a  «composition»,  à  savoir 
les  propositions  modales  simples?  Nous  le  répétons,  il  était  plus 
logique  de  commencer  par  les  propositions  auxquelles  s'applique  la 
notion  de  «division»,  puisque  celles-ci  sont  censées  explicitement 
visées  par  le  membre  de  la  définition  :  ^  Statpov(iévou  to»;  elvat  xaî 
liif  tiïvat.  L'interversion  pourrait  avoir  été  favorisée  par  la  circon- 
stance qu'il  semblait  y  avoir  contradiction  à  appliquer  la  notion  de 
composition  à  des  propositions  appelées  «simples». 

'  iLo^iJâb»  o»S.  nous  paraît  inintelligible  et  fautif.  L'auteur  in- 
troduit une  nouvelle  définition  dn  «  termes ,  qu'il  discute  et  rejette.  Il 
faut  lire  sans  doute  Jl^a^^,  ou  plutôt  )La)a«*o^  qui  figure  chez 
Brockelmann  [Lex.  Syr.)  avec  la  même  signification  {finis)  que 
iao%«AL ,  et  qui  peut  avoir  été  employé  aussi  au  sens  de  terme.  L'auteur 
montre  que  la  nouvelle  définition  du  Terme  n'offre  pas  un  moyen 
acceptable  d'éviter  les  dilFicuités  de  la  définition  d'Aristote. 

*  L'auteur  indique  enfin  sa  propre  manière  de  voir.  A  son  avis 
les  deux  membres  de  l'alternative  i)  mtpoalideftévov  {j  Staupovfiévov 
Tou  ehui  xai  fait  eïpat^  s'appliquent  respectivement  aux  propositions 


J40  JUILLET-AOÛT  1900. 

tote),  par  les  mots  :  «  soit  quon  joigne  Têtre  et  le 
non-être  » ,  signifie  toute  proposition  comprenant  le 
troisième  membre  co-attribut;  et  par  les  mots  : 
«  soit  qn  on  sépare . . .  » ,  signifie  toute  proposition  ne 
renfermant  point  (Texpression)  d'être  et  de  non-être. 
Après  avoir  parlé  de  la  proposition  et  du  terme, 
il  entreprend  de  nous  donner  la  doctrine  touchant 
le  syllogisme,  et  il  dit  :  «Le  syllogisme  est  une 
énonciation  telle  que,  certaines  choses  y  étant  po- 
sées, quelque  autre  chose  que  les  choses  posées  en 
résulte  nécessairement,  par  là-même  quelles  sont 
(posées)  ^  »  Il  dit  «  posées  »  pour  «  énoncées  »  et  par-là 
il  distingue  le  syllogisme  de  la  proposition^  [189].  Car 
bien  que  la  proposition  soit  une  énonciation ,  et  bien 
qu  il  y  soit  posé  certaines  choses,  à  savoir  les  termes, 
cependant  ces  choses  ne  sont  pas  des  énoncés,  parce 
que  (d'elles-mêmes)  elles  ne  signifient  ni  vérité  ni 
erreur.  On  dit  :  pourquoi  parle-t-il  de  «  choses  énon- 
cées »  et  non  pas  de  «  chose  énoncée  ».^^  Nous  répon- 
dons :  Pour  distinguer  son  syllogisme  à  lui  de  celui 
des  orateurs  et  du  syllogisme  hypothétique.  Les 
orateurs,  en  effet,  se  contentent  d'exprimer  une 
seule  position ,  et  aussitôt  ils  font  leur  syllogisme^, 

qui  ont  la  copule  explicite,  soit  aflirmative,  soit  négativs,  et  à  celles 
qui  ne  l'ont  pas.  Voir  notei,  p.  137. 

*  1  Anal, ,  Le,  2yAAoy«(T^è$  Se  iali  Xoyos  èv  ^  xiBévTtûv  uvGv  êrepov 
Ti  TÔfv  HetfiévûDV  è^  ivd'yHriç  avft€aivet  7^  rauTa  eJvat 

^  Pour  que  cette  observation  ait  un  sens,  il  faut  supposer  que 
Tauteup  s'en  rapporte  à  Texposé  d'Aristote  lui-même  dans  Tensemble 
de  son  traité  sur  les  syllogismes. 

^  Sur  Ventkymème  comme  forme  du  raisonnement  propre  aux 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     141 

j3ar  exemple:  Eschine^  disent-ils,  a  reçu  des  biens 
de  Philippe;  donc  il  est  un  traître;  —  un  tel  est  très 
soigneux  de  sa  personne,  donc  il  est  adultère^.  Ils 
font  cela,  ou  bien  sous  prétexte  qu'à  laccusation 
comme  à  la  défense,  lespace  leur  fait  défaut  pour 
s'étendre  trop  longuement,  ce  qui  les  oblige  à  la 
concision  dans  le  discours;  ou  bien  parce  quils  ne 
cherchent  pas  à  montrer  qu'ils  s'appliquent  à  rai- 
sonner, afin  de  n'être  point  suspects  de  vaincre  par 
l'artifice  des  paroles  ou  par  la  ruse,  et  non  grâce  à 
la  vérité  de  leur  cause  ou  comme  prôneurs  de  la  jus- 
tice ;  (ils  en  usent  encore  ainsi)  pour  la  raison  qu'il  ne 
leur  convient  point  de  dire  ce  qui  est  universellement 
connu ^  [190]'»  ^^»  ^^  T^^  est  plus  vrai,  qu'il  ne  leur 
convient  point  (d'exprimer)  ce  qui  s'énonce  en  termes 
universels,  parce  quils  ont  leur  point  faible  dans  la 
prémisse  majeure,  la  réfutation  de  ce  qui  s'énonce 

orateurs,  voir  Aristote,  notamment  Rhet,,  iib.  I,  cap.  2  :  KaAôl 
S'èvSijftrffix  fUv  priToptHàv  avXXo'ytaftèVi  tsapdêet'yfioL  Se  èvayc^ifv 
priToptx-fiv.  Puis  Rhet.,  iib.  II,  cap.  1,  20,  22  et  seq. 

1  ^-K^^j  =  ^  -|-  ^-i»^*^  =  Aischines ?  Le  âlcif  après  le  j  pour- 
rait avoir  été  omis  par  un  copiste  qui  n'y  aurait  vu  qu'un  signe  de 
prolongation.  Mais  il  est  plus  probable  que  la  particule  j  ne  doit 
pas  entrer  en  cDusidération  et  que  Probus  îui-même  aura  lu 
dans  son  original  grec  ^tcr/tvns  pour  Aia;^»'»?^'  L'exemple  renfer- 
merait une  allusion  à  l'accusation  de  dorodockie  élevée  par  Démos- 
thène  contre  Eschinc. 

*  Cet  exemple  est  pareillement  emprunté  à  un  auteur  grec.  Il 
se  trouve  déjà  chez  Aristote  Rhet.,  Iib.  II,  cap.  2^  :  Kai  èitet  koa- 
Xanctaliis  naî  i^KTùJp  isrAavaTai,  fiot^6s. 

^  Voir  pour-  cette  raison  Aristote,  Rhet,,  Hb.  1 ,  cap.  11,  S  i3.  — 
A  la  différence  d' Aristote,  notre  auteur  semble  n'apprécier  qu'iro- 
niquement l'usage  des  orateurs. 


U2  JUILLET-AOÛT  1900. 

en  termes  universels  étant  trop  manifeste.  Ils  ne 
peuvent  dire  en  effet  que  «  quiconque  a  reçu  des  biens 
de  Philippe  est  un  traître»;  ni  que  «tout  homme 
soigneux  de  sa  personne  est  un  adultère  »,  —  D'autre 
part,  il  distingue  son  syllogisme  à  lui  des  syllogismes 
hypothétiques,  en  ce  que  ceux-ci,  à  concéder  qu'ils 
contiennent  quelque  énoncé,  n'en  prennent  cepen- 
dant quun  seul;  par  exemple  :  Si  le  soleil  est  au- 
dessus  de  l'horizon,  il  fait  jour.  Ainsi,  on  ne  prend 
qu'un  seul  énoncé  et  l'on  raisonne  dans  ces  condi- 
tions; on  dit  en  effet  :  Si  le  soleil  est  au-dessus  de 
l'horizon,  il  fait  jour  ^ 

«  .  .  .Quelque  autre  chose  en  résulte  par  cela 
même  qu'elles  sont  (posées).  »  —  Les  mots  «  quelque 
autre  chose»,  (il  les  emploie,  premièrement)  pour 
distinguer  (son  syllogisme)  du  syllogisme  qui  repro- 
duit les  mêmes  propos,  p.  ex.  :  Si  le  soleil  est  au- 
dessus  de  l'horizon,  il  fait  jour;  et,  s'il  fait  jour,  le 
soleil  est  au-dessus  de  l'horizon.  Secondement,  parce 
que  les  prémisses  sont  [191]  comme  la  matière, 
la  conclusion  comme  la  forme.  Troisièmement, 
parce  que  les  prémisses  sont  en  vue  d'autre  chose, 
tandis  que  la  conclusion  est  pour  elle-même; 
car  c'est  en  vue  de  la  conclusion  que  les  prémisses 

•  Alexandre  expose  au  contraire  qu'il  n'y  a  aucun  raisonnement 
dans  un  propos  de  ce  genre  [loc.  cit.,  p.  i3).  —  Probus  semble 
faire  une  réserve  touchant  le  point  de  savoir  si  le  soi-disant  rai- 
sonnement hypothétique  renferme  un  «énoncé»  (|Ka«toLJS:o  praedi- 
catio)  ;  il  n'y  est  en  effet  rien  énoncé  d'une  manière  absolue.  Nous 

croyons  pouvoir  traduire  les  mots )o«*j  |^o  par  :  à  concéder 

qu'il  y  ait,  ,  » 


LE  TRAITE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     143 

se  prennent.  Quatrièmement  parce  que  les  prémisses 
sont  des  positions  énoncées,  tandis  que  la  conclusion 
est  Tobjet  de  la  question^.  —  «  Quelque  autre  chose 
en  résulte  nécessairement  ».  11  importe  de  savoir  que 
tout  ce  qui  se  démontre,  se  démontre  ou  bien  par 
la  conséquence,  c'est-à-dire  en  vertu  de  la  règle;  ou 
bien  de  par  la  nature  des  choses,  ou  bien  moyennant 
les  deux  conditions  réunies.  P.  ex.  :  Tout  homme  est 
une  pierre,  toute  pierre  est  une  substance,  (donc) 
tout  homme  est  une  substance.  Cette  démonstration 
se  fait  en  vertu  de  la  règle  qui  dit  que  de  deux  affir- 
matives universelles ,  suit  une  affirmative  universelle  ; 
mais  suivant  îa  nature  des  choses,  il  ne  se  conclut 
rien  (de  ce  raisonnement),  à  cause  de  Terreur  quil 
renferme.  Une  conclusion  peut  être  inférée  de  par  la 
nature  des  choses  :  p.  ex.  :  Socrate  est  (un  être)  rai- 
sonnable; quelque  être  raisonnable  est  mortel;  donc 
Socrale  est  mortel.  Nous  disons  donc  que  ceci  se 
démontre  de  par  la  nature  des  choses,  et  non  pas 
par  la  règle;  parce  que  d'un  côté  c'est  la  vérité  (qui 
est  énoncée  dans  les  propositions  en  question  ;  mais , 
d'autre  part,  de)^  prémisses  exclusivement  [192] 
particidières ,  il  ne  suit  point  de  conclusion  néces- 

*  Pour  la  terminologie  suivant  laquelle  la  conclusion  s'appelle 
question,  cf.  Alexandre,  loc.  cit.,  p.  27. 

3  . .  .fo^â^^  ^f  )i6Cl*J^4ao. .  •  ^  v<mWa.?  "^(^  •  La  phrase  est  mutilée. 
L'omission  a  éto  occasionnée  par  la  ressemblance  entre  les  parti- 
cules ^  et  K^  dont  la  première  venait  immédiatement  après 
^VA,t,  la  seconde  immédiatement  avant  )i6Cl'J^4ao.  Le  cod.  B  rat- 
tache la  particule  conservée  au  second  menibre  et  lit 
^}  ]J^l%tio  ^  . . .  \uw*>?  •  Le  sens  n  est  pas  douteux. 


144  JUILLET-AOÛT  1900. 

saire,  comme  nous  Texposerons.  (On  peut  enfin  faire 
la  démonstration)  moyennant  les  deux  (conditions) 
réunies  :  p.  ex.  :  tout  homme  est  un  animal,  or  tout 
animal  est  une  substance,  donc  tout  homme  est  une 
substance.  Ici  la  prescription  de  la  règle  est  observée , 
et  la  nature  des  choses  se  trouve  vérifiée  de  même. 
(Il  importe  de  savoir)  en  second  lieu  que  tout  argu- 
ment apodictique  quelconque  procède  de  termes 
également  universels,  ou  bien  de  termes  plus  uni- 
versels; mais  ne  procède  point  de  termes  dune  ex- 
tension plus  restreinte.  De  termes  également  uni- 
versels, il  procède;  p.  ex.  :  Tout  homme  est  capable 
de  rire;  or  tout  être  capable  de  rire  est  doué  d'intel- 
ligence et  de  connaissance;  donc  tout  homme  est 
doué  d'intelligence  et  de  connaissance.  De  termes 
plus  universels,  il  procède  (aussi)  :  Tout  homme  est 
un  animal,  or  tout  animal  est  une  substance,  donc 
tout  homme  est  une  substance  ^  Si  quelqu'un  veut 
démontrer  le  particulier  par  le  particulier,  —  p.  ex.  : 
un  tel  qui  s'est  promené  la  nuit  a  été  reconnu  voleur; 
donc  toi  aussi  qui  t'es  promené  la  nuit,  tu  es  un 
voleur  ;  —  ce  n'est  point  là  un  argument  apodictique , 
mais  (ce  procédé)  s'appelle  [igS]  «exemple»^.  De 

^  Dans  le  premier  exemple  le  terme  moyen  i^^éêi^risibilis  est 
d'extension  égale  au  sujet  de  la  conclusion  homo;  dans  le  second 
exemple  le  terme  moyen  animal  est  d'extension  plus  grande  que  le 
sujet  de  la  conclusion  homo.  Ainsi  se  vérifie  la  règle  énoncée  par 
l'auteur.  —  Les  mêmes  exemples  pour  les  propositions  à  prédicat 
d'extension  égale  ou  supérieure  à  celle  du  sujet  chez  Alexandre, 
loc,  cit,,  p.  17. 

*  UapdSefyfia,  Cf.  Aristote,  l  Anal.,  lib.  1] ,  cap.  2G;  /{/lel. ,  lib.  1 , 
cap.  2  (plus  haut,  note  3,  p.  i/|o),  lib.  11,  cap.  30. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     145 

même  si  quelqu'un  démontre  1  universel  par  le  par- 
ticulier, —  p.  ex.  :  Puisque  Pythagore  le  philosophe 
et  Socrate  le  philosophe  et  tel  et  tel  philosophe  ont 
été  mis  à  mort,  donc  tous  les  philosophes  sont  mis 
à  mort;  ou  bien  :  Puisque  le  bœuf  et  Tâne  et  le  cha- 
meau quand  ils  mangent,  font  mouvoir  la  mâchoire 
inférieure;  donc  tout  animal,  quand  il  mange,  fait 
mouvoir  la  mâchoire  inférieure  ^  — un  pareil  pro- 
cédé d  argumentation  s'appelle  «  induction  »  [êira- 
yoyyvlY,  et  non  pas  démonstration.  —  «Par  cela 
même  quelles  sont  (posées)»,  dit-il;  car  il  ne 
peut  y  avoir  de  conclusion  qui  ait  besoin  d  un  terme 
en  dehors  de  ceux  qui  sont  posés;  p.  ex.  :  Tout 
homme  est  raisonnable;  tout  être  raisonnable  est  un 
animal;  donc  tout  homme  est  un  animal.  Mais  si  lu 
dis  :  Tout  homme  est  raisonnable ,  tout  être  raison- 
nable est  un  animal ,  donc  tout  homme  est  une  sub- 
stance; celte  conclusion  ne  se  tire  point  de  ce  qui 
est  posé,  mais  elle  a  besoin  d'un  autre  terme  qui 
soit  repris  dans  les  prémisses  ;  et  ainsi  il  y  aura  lieu 
de  l'inférer. 

Or  il  faut  savoir  que  les  Pyrrhonéens  s'élèvent 
contre  lui  et  disent  :  Si  c'est  par  le  syllogisme  qu'a 
lieu  toute  démonstration  et  (toute)  possibilité  d'ar- 
river à  [194]  l'objet  mis  en  question,  voici  ce  que 

^  Même  exemple  chez  Alexandre  [loc.  cit,,  p.  26)  qui  nomme  : 
riiomme ,  le  cheval ,  le  chien ,  îe  hœuf  et  la  brebis.  Magentinus  le 
propose  en  nommant  le  cheval ,  le  bœuf  et  le  lion  (  loc,  et  cd,  cit. , 
p.  108). 

*  Voir  Aristote,  p.  e.  1  Anai,  lib.  il,  cap.  25;  Uhet.,  lib.  I, 
cap.  3  (plus  haut,  noie  3o),  etc. 

XVI.  lu 

ivi-miii.kii.  itTluxtLr. 


146  JUILLET-AOÛT   1900. 

nous  vous  demandons  :  étant  donné  ce  syllogisme 
(par  lequel  on  prétend  établir  le  principe  énoncé), 
on  démontre  qu'il  possède  cette  efficacité  ou  on  ne  le 
démontre  pas.  Si  on  ne  le  démontre  pas,  vous  n ar- 
rivez pas  à  savoir  qu'il  la  possède  ;  si  on  le  démontre , 
il  faudra  qu'on  le  démontré  par  un  autre  syllogisme; 
pour  ce  syllogisme-ci  encore,  on  démontre  sa  valeur 
ou  on  ne  la  démontre  pas;  et  les  mêmes  (objections) 
se  reproduisent;  ce  qui  s'étend  à  l'infini.  A  notre  tour, 
en  rétorquant  leur  doute  contre  eux-mêmes,  nous 
répondons  tout  d'abord  :  vous  démontrez  ce  que  vous 
affirmez  ou  vous  ne  le  démontrez  pas;  si  vous  ne  le 
démontrez  pas,  vous  ne  vous  rendez  pas  vous-mêmes 
dignes  de  crédit;  si  vous  le  démontrez,  il  faut  que 
vous  le  démontriez  par  une  démonstration  nouvelle, 
et  cette  démonstration-ci  de  rechef  par  une  démons- 
tration nouvelle,  ce  qui  s'étend  à  l'infini.  Nous  répon- 
dons ensuite  :  (le  syllogisme)  ^  qui  établit  en  général 
la  doctrine  touchant  le  syllogisme,  se  comprend  lui- 
même  dans  cette  opération.  De  même,  en  effet,  que 
la  parole  qui  dit  :  «  Toute  parole  peut  être  entendue  » 
s'applique  à  elle-même  en  même  temps  qu  aux  autres 
quelconques,  ainsi  la  chose  se  voit -elle  dans  le  cas 
présent. 

Voici  qu'arrive  la  question  de  savoir  ce  qu  est  le 
syllogisme  [igS]  parfait;  et  il  dit  :  «J'appelle  donc 
syllogisme  parfait  celui  qui  n'a  besoin  de  nulle  autre 

^  Littéralement  :  «Nous  répondons  ensuite  qu'en  établissant  en 
«;(hiéral  la  doctrine  touchant  le  syllogisme,  celui-ci  se  comprend 
aussi  luî-niéme  dans  cette  opération. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     147 

chose,  en  dehors  des  données  admises,  pour  la  ma- 
nifestation de  son  caractère  de  nécessitée  »I1  dit  très 
bien  :  «  .  .  .qui  na  besoin  de  nulle  autre  chose,  en 
dehors  des  données  admises,  pour  la  «  manifestation  » 
de  son  caractère  de  nécessité  ».  Dans  tout  syllogisme , 
en  effet,  se  trouve  ce  caractère  de  nécessité;  mais  il 
n  est  pas  évident  dans  tout  syllogisme  ^,  à  moins  qu  on 
ny  ajoute,  soit  «  quelque  chose  »,  à  savoir  une  con- 
version^; soit  «  plusieurs  choses  »,  à  savoir  des  con- 
versions et  la  réduction  à  fimpossible.  Car  il  entend 
par  «  quelque  chose  »  une  conversion ,  et  par  «  plusieurs 
choses»,  des  conversions  et  la  réduction  à  l'impos- 
sible*. Or  le  syllogisme  parfait  na  besoin  de  rien  de 
tout  cela  pour  manifester  le  caractère  de  nécessité 
qu*il  possède  ;  le  syllogisme  imparfait  en  a  besoin  pour 
faire  apparaître  ce  qu'il  renferme. 

«  Qu'une  chose  soit  en  l'autre  quant  à  son  exten- 
sion entière,  ou  qu'elle  se  dise  de  l'autre  quant  à  tout 
(individu),  c'est  la  même  chose^».  [196]  C'est  la 
même  chose,  dit-il,  qu'une  chose  soit  en  l'autre  en 

^  TéXeiov  fièv  oZv  KaXôi  tjvXXo'ytafiov  ràv  ^tfSevàf  dfAAov  tspoGè^é' 
fievov  'oapà  jà  eîXrffifiéptt,  lapàs  rà  favrjvat  rà  dva'yKaTov,  I  Anal,, 
lib,  I,  cap.  i). 

*  Aristote  relève  lui  aussi,  au  même  endroit,  cette  différence. 
^  Dans  le  texte  l^jidM  avec  ribbuï,  sans  doute  par  méprise,  — 

L'auteur  expliquera  plus  loin  ce  qu'il  entend  par  0 conversion». 

*  A'ristote  fait  ces  mentions  en  disant  ce  qu'il  entend  par  syllo- 
gisme imparfait  : . . .  otTeArf  êè  tov  'apoG$i6nevov  ii  époi  fj  'orAeio- 
veov^  à  éa1t  fièv  âvap^xaia  Stà  iQv  Ci^oHetfiépoL^v  âpwv^  ov  fiijv  eiXvvlai 
êià  "apordaeûûp  (I  AnaL,  lib.  I,  cap.  1), 

^  To  êè  èv  SXcf)  slvat  hepop  éiépcû  xai  jà  najà  tffavTo#  xam^o- 
p9Ïa1tu  QnTspov  ^dTepov,  laMp  iàli, . .  (Arist. ,  ibid,]. 


148  JUILLET-AOÛT  1900. 

son  entier,  et  qu  elle  se  dise  de  l'autre  quant  à  tout 
(individu),  parce  que  ces  deux  notions  se  vérifient 
dans  une  même  proposition.  En  effet,  si  ion  com- 
mence par  en  bas ,  ii  faut  que  ie  prédicat  tout  entier 
soit  commxmiqué  au  sujet,  et  non  seulement  en 
partie;  p.  ex.  :  Tout  homme  est  un  animal;  tout  ani- 
mal est  substance  :  —  «  Tout  honrime  »  reçoit  en  com- 
munication (la  note  d')  animal  en  entier,  cest-à-dire 
quant  à  fanimation ,  et  à  la  sensibilité ,  et  à  fêtre.  Si 
au  contraire  on  commence  par  en  haut,  il  faut  que 
ie  prédicat  se  dise  du  sujet  quant  à  Textension  entière 
de  celui-ci  ^  Car  le  prédicat  doit  toujours  être  d'ex- 

^  Probus,  ou  l'auteur  dont  il  est  l'écho,  croit  pouvoir  entendre 
la  parole  d'Aristote  en  ce  sens  que  le  prédicat  doit  s'appliquer  au 
sujet,  quant  à  la  «compréhension»  entière  du  premier  et  dans 
toute  r« extension  »  du  second.  Gela  est  très  vrai;  mais  ce  n'est  pas 
ce  que  dit  Aristote  en  cet  endroit,  pour  le  premier  de  ces  deux 
points.  —  Voici  d'autre  part  quelle  serait  d'après  Alexandre,  l'ex- 
plication de  la  parole  d' Aristote  :  dans  toute  proposition  universelle , 
il  est  également  vrai  de  dire,  quand  il  s'agit  d'une  affirmation, 
que  le  prédicat  s'applique  au  sujet  dans  toute  l'extension  de  celui-ci 
et  que  le  sujet  est  renfermé  dans  le  prédicat  comme  en  un  tout, 
parce  que  l'extension  du  prédicat  doit  être  au  moins  égale  à  celle 
du  sujet.  De  même  quand  il  s'agit  d'une  négation  universelle,  il 
est  également  vrai  de  dire  que  le  prédicat  ne  s'applique  à  nid  in- 
dividu compris  sous  l'extension  du  sujet,  et  que  le  sujet  n'entre 
point  dans  le  tout  du  prédicat.  Encore  une  fois  ce  commentaire  ne 
répond  pas  à  la  pensée  d'Aristote. 

«C'est  une  seule  et  même  notion»,  dit  Aristote,  raMv  èalt^ 
qu'une  chose  soit  en  l'autre  dans  l'extension  entière  du  concept  de 
celle-ci  [animal  est  in  nniverso  homine)^  et  quelle  se  dise  de  Vautre 
quant  à  tout  individu  compris  sous  cette  extension  [animal  [dicitur] 
de  omni  homine).  —  Aristote  fait  cette  observation,  également 
applicable,  comme  il  le  dit,  aux  propositions  universelles  négatives, 
lX)ur  indiquer  la  signification  des  formules  dans  ses  syllogismes. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SVEUEN  PROBUS.     149 

tension  égale  à  celle  du  sujet,  ou  d'extension  plus 
grande;  (le  prédicat)  qui  serait  d'extension  plus  res- 
treinte ne  s'appliquerait  pas  tout  entier  au  sujet  tout 
entier  (?).  Ici  finit  la  copie  de  V interprétation  de  la  pre- 
mière partie. 

[  1 9 7]  J^  transcris  encore  V interprétation  de  la  seconde 
partie  du  livre  des  «  Analytiques  ». 

Il  y  a  trois  (sortes  de  propositions)  qui  se  conver- 
tissent :  la  négative  universelle,  l'affirmative  univer- 
selle, l'affirmative  particulière.  En  effet,  la  négative 
particulière  ne  se  convertit  point.  Quant  à  la  négative 
universelle,  elle  se  convertit  en  sa  propre  forme; 
p.  ex.  :  Nul  homme  n'est  une  pierre;  ce  qui  se  con- 
vertit ainsi  :  Nulle  pierre  n'est  im  homme.  La  néga- 
tive particulière  ne  se  convertit  pas  en  sa  propre 
forme,  p.  ex.  :  Pas  tout  animal  n'est  un  homme;  si 
quelqu'un  convertit  cette  proposition  et  qu'il  dise  : 
pas  tout  homme  n'est  un  animal,  il  fait  erreur.  Une 
proposition  de  cette  sorte  ne  se  convertit  donc  ni 
sous  une  autre  forme  ni  en  sa  propre  forme,  parce 
qu'elle  ne  se  convertit  en  aucune  façon.  L'affirmative 
universelle  se  convertit  en  particulière,  p.  ex.  :  Tout 
homme  est  un  animal;  ce  qui  se  convertit  ainsi  : 
Quelque  animal  est  un  homme,  ce  qui  est  vrai;  mais 


Notre  auteur  à  son  tour  suit  la  même  idée  en  exposant  les  divers 
modes  de  syllogismes;  plus  loin,  [p.  202]  et  suiv.  :  que  A  soit  dans  B 
tout  entier,  équivaut  à  dire  :  A  se  dit  de  tout  B,  ou  bien  :  tout  B 
est  A.  Dans  ces  formules  :  «A  est  dans  B  tout  entier»,  A  repré- 
sente le  prédicat ,  B  le  sujet. 


150  JUILLET-AOÛT  1900. 

si  1  on  dit  :  tout  animai  est  un  homme ,  on  fait  erreur. 
L  affirmative  particulière  se  convertit  en  sa  propre 
forme,  p.  ex.  :  Quelque  homme  est  un  animal;  ce 
qui  se  convertit  ainsi  :  Quelque  animal  est  un  homme, 
ce  qui  est  vrai^ 

Toute  proposition  quelconque  a  deux  éléments  : 
[198]  le  sujet  et  le  prédicat;  le  sujet  aussi  bien  que 
le  prédicat  s  appellent  termes.  C'est  le  prédicat  qui 
est  (le  terme)  supérieur,  le  sujet  est  Tinférieur.  Tout 
syllogisme  se  compose  de  deux  propositions  (pré- 
misses) et  comprend  trois  termes.  L'on  demande,  si 
toute  proposition  a  deux  termes,  pourquoi  il  ny  a 
pas  quatre  termes  dans  le  syllogisme?  Nous  répon- 
dons que  lun  des  trois ,  celui  qui  est  le  (terme)  moyen , 
se  trouve  dans  les  deux  propositions,  parce  qu'il  est 
le  terme  moyen  et  qu'il  occupe  le  milieu;  p.  ex.  :  Tout 
iiomme  est  un  animal,  tout  animal  est  une  substance; 
*  animal  »  est  repris  dans  les  deux  propositions  et  est 
le  terme  moyen.  Il  y  a  trois  figures  du  syllogisme. 
On  a  la  première  figure,  quand  le  terme  moyen  est 
prédicat  relativement  à  i  un  et  sujet,  relativement  à 
l'autre  (des  deux  termes  extrêmes),  comme  ei  nous 
disons  :  L'homme  est  un  animal;  l'animal  est  une 
substance;  «animal»  est  prédicat  relativement  k 
l'homme,  et  sujet  relativement  à  substance.  On  a  la 
seconde  figure  quand  le  terme  moyen  est  le  prédicat 
des  deux  (autres  termes),  voici  comment  :  Tout 
homme  est  un  animal,  [199]  nulle  bûche  n'est  un 

*  Cf.  Aristote,  I  Anal.,  lib.  I,  cap.  2. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     151 

animal;  «  animal  »  est  prédicat  relativement  à  Thomme 
et  à  ce  qui  est  privé  de  vie.  On  a  la  troisième  figure 
quand  les  deux  (autres  termes)  sont  prédicats  rela- 
tivement à  lui  (au  terme  moyen),  voici  comment  : 
Tout  homme  est  un  anima] ,  et  puis  :  Tout  homme 
est  une  substance. 

On  demande  la  raison  de  cet  ordre  des  figures  ^ 
Nous  répondons  qu  à  bon  droit  le  premier  rang  revient 
à  cette  figure  dans  laquelle  le  terme  moyen  est  prédi- 
cat et  sujet;  alors  en  effet  il  garde  proprement  son 
caractère  de  moyen  terme,  quand  il  a  non  seulement 
la  supériorité  en  sa  qualité  de  prédicat,  mais  aussi 
la  condition  inférieure  en  sa  qualité  de  sujet;  car 
ainsi  il  participe  aux  deux  extrêmes  puisqu'il  possède 
leur  double  propriété;  cest  pourquoi  il  est  propre- 
ment le  terme  moyen  ;  et  c'est  pourquoi  cette  figure 
est  la  première  dans  laquelle  un  pareil  moyen  terme 
se  trouve.  D  autre  part  puisque  le  terme  moyen ,  soit 
comme  prédicat  des  deux  autres  termes,  soit  comme 
sujet  relativement  aux  deux  autres ,  déchoit  de  sa  con- 
dition de  moyen  terme  au  sens  strict,  il  est  juste 
que  cette  figure  soit  la  seconde  dans  laquelle  le  terme 
moyen  est  prédicat  des  deux  (autres  termes),  c est- 
à-dire  (dans  laquelle)  la  condition  supérieure  lui  est 
reconnue.  Enfin  au  troisième  rang  est  placée  la  fi- 
gure dans  laquelle  le  terme  moyen  est  sujet  [200] 
relativement  aux  deux  autres. 

Ainsi  donc  tout  syllogisme  a  deux  propositions: 

^  La  même  question  est  traitée  par  Alexandre,  loc,  cit.,  p.  38 
et  9UÎV.  —  Aristote  expose  les  trois  figures,  loc  cit.,  ch.  d  et  suiv. 


152  JUILLET-AOÛT  1900. 

l'une  majeure,  lautre  mineure.  Laquelle  est  la  ma- 
jeure? celle  qui  renferme  le  terme  majeur;  et  le  terme 
majeur  est  celui  qui  est  prédicat  dans  la  conclusion. 
Laquelle  est  la  mineure?  celle  qui  renferme  le  terme 
mineur;  et  le  terme  mineur  est  celui  qui  est  sujet 
dans  la  conclusion  ;  p.  ex.  :  Tout  homme  est  un  animal, 
tout  animal  est  une  substance;  conclusion  :  Tout 
homme  est  une  substance.  Voici  que  «  homme  »  est 
sujet,  «  substance  »  prédicat;  par  conséquent,  «  sub- 
stance» est  le  terme  majeur,  «homme»  le  terme 
mineur.  C'est  pourquoi  la  proposition  qui  dit  :  Tout 
animal  est  une  substance,  est  la  majeure;  celle  qui 
dit  :  Tout  homme  est  un  animal,  est  la  mineure. 

Les  caractères  communs  des  figures  sont  les  sui- 
vants :  ce  qui  se  trouve  d'inférieur  dans  les  proposi- 
tions se  trouve  (aussi)  dans  la  conclusion.  Or  la 
négative  est  inférieure  à  Taflirmative ,  et  la  parti- 
culière à  Tuniverselle;  dès  lors  donc  que  Tune  des 
propositions  est  particulière,  la  conclusion  se  trouve 
être  particulière;  si  une  proposition  est  négative,  la 
conclusion  [201]  est  négative;  si  Tune  des  deux  pro- 
positions est  une  négative  universelle,  lautre  une 
affirmative  particulière,  la  conclusion  se  trouve  être 
une  négative  particulière.  Un  autre  caractère  commun 
des  figures ,  c'est  qu'aucune  conclusion  ne  se  tire 
soit  de  deux  propositions  particulières ,  soit  de  deux 
négatives. 

C'est  le  propre  de  la  première  figure ,  que  la  pro- 
position mineure  soit  affirmative  et  que  la  proposition 
majeure  soit  universelle.  Ces  propriétés  delà  première 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     153 

figure,  fais-en  le  partage  entre  la  deuxième  figure  et  la 
troisième;  la  deuxième  figure  prend  (ce  trait)  qu'il  lui 
faut  une  proposition  majeure  universelle;  d autre 
part ,  à  la  troisième  figure  il  appartient  d'avoir  comme 
proposition  mineure  une  affirmative.  C  est  le  propre 
de  la  deuxième  figure  que  les  deux  propositions  ne 
soient  point,  dans  la  forme,  pareilles  Tune  h  l'autre; 
c  cst-à-dire  qu  elles  ne  soient  point  toutes  deux  affir- 
matives, ni  toutes  deux  négatives;  mais  si  lune  est 
affirmative,  il  faut  que  l'autre  [202]  soit  négative. 

Toute  proposition  au  sujet  de  laquelle  on  te  de- 
mande :  «  Convertis-la,  et  vois  si  elle  est  vraie  et  si  tu 
l'admets?»- si  on  te  pose  la  question  en  présentant 
la  proposition  sous  une  forme  où  tu  l'admets ,  accepte 
l'offre  sans  crainte  ^. 

Dans  la  première  figure  il  y  a  quatre  modes  ^  : 

*  Telle  est,  croyons -nous,  la  seule  manière  rationnelle  de  tra- 
duire ce  passage.  Voici  comment  nous  le  comprenons.  Une  propo- 
sition certaine  convertie  suivant  les  règles  indiquées  plus  haut 
(p.  [197])  donnera  toujours  une  proposition  pareillement  certaine. 
Mais  de  ces  mêmes  règles  il  suit,  qu'une  proposition  universelle 
affirmative /aiwse,  régulièrement  convertie,  peut  donner  une  uni- 
verselle particulière  traie.  La  proposition  :  «  Tout  homme  est  ani- 
mal» étant  certaine,  on  est  sûr  d'avance  que  la  particulière  qui 
résultera  de  la  conversion  sera  pareillement  certaine.  Mais  une 
universelle  affirmative  fausse  peut  donner  comme  résultat  de  la 
conversion  une  proposition  vraie  ou  une  proposition  fausse.  —  On 
peut  donc,  dit  notre  auteur,  entreprendre  toujours,  en  pleine  sé- 
curité, répreuve  de  la  conversion  d'une  proposition  de  la  vérité  de 
laquelle  on  est  cei'tain»  On  est  sûr  d'avance  du  résultat. 

*  A  ces  quatre  modes  de  la  première  figure  se  ramènent  les  syl- 
logismes de  la  seconde  et  de  la  troisième  figures.  Sahokt  énumère 
neuf  modes  de  la  première  figure,  les  cinq  derniers  se  ramenant 
eux  aussi  aux  quatre  premiers ,  qu'il  appelle  «  indémontrables  ». 


154  JUILLET-AOÛT  1900. 

i"  Premier  mode  :  Dune  mineure  universelle  affir- 
mative et  d  une  majeure  universelle  affirmative  suit 
une  conclusion  affirmative  universelle;  p.  ex.  :  Si  A 
est  dans  B  entier  et  B  dans  G  entier,  A  est  dans  G 
entier  ^  Ou  encore  autrement  :  Tout  homme  est 
animal,  tout  animal  est  substance;  tout  homme  est 
substance.  Que  si  Ion  commence  par  le  prédicat  de 
manière  à  intervertir  Tordre,  on  a  la  formule  :  Sub- 
stance se  dit  de  tout  animal,  animal  se  dit  de  tout 
homme;  substance  se  dit  de  tout  homme. 

2**  Deuxième  mode  :  Dune  mineure  universelle  af- 
firmative et  dune  majeure  universelle  négative  suit 
une  conclusion  négative  universelle.  P.  ex.  :  Si  A 
n'est  en  nul  (individu)  de  B  et  que  B  soit  en  G  entier, 
A  n'est  en  nul  (individu)  de  G.  Autrement  :  Tout 
homme  est  animal,  nul  animal  n'est  pierre;  conclu- 
sion :  Nul  homme  nest  pierre.  Que  si  Ton  [aoS] 
commence  par  le  prédicat  en  intervertissant  Tordre , 
on  a  la  formule  :  Pierre  ne  se  dit  de  nul  animal, 
animal  se  dit  de  tout  homme;  (donc)  pierre  ne  se 
dit  de  nul  homme. 

3"*  Troisième  mode  :  Dune  mineure  particulière 
affirmative  et  dune  majeure  universelle  affirmative 

*  Sur  la  position  respective  du  sujet  et  du  prédicat  dans  ces 
formules,  voir  note  i»  p.  làS,  Les  lettres  de  i*alphabet  employées 
pour  représenter  les  termes  varient  suivant  les  figures  et  répondent  à 
celles  dont  se  sert  Aristote,  sauf  que,  dans  ia  seconde  figure,  le  £ 
grec  est  remplacé  par  un  Semcath  qui  se  présente  aussi  pour  le  £ 
dans  la  troisième. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     155 

suit  une  conclusion  affirmative  particulière.  Si  A  est 
dans  B  entier  et  B  dans  quelque  (individu)  de  G,  A 
est  dans  quelque  (individu)  de  G.  Autrement  :  Quel- 
que être  raisonnable  est  un  homme,  tout  homme  est 
mortel;  conclusion  :  Quelque  être  raisonnable  est 
mortel.  En  commençant  inversement  parle  prédicat 
on  a  la  formule  :  Mortel  se  dit  de  tout  homme, 
homme  se  dit  de  quelque  être  raisonnable;  (donc) 
mortel  se  dit  de  quelque  être  raisonnable. 

4**  Quatrième  mode  :  D'une  mineure  particulière 
affirmative  et  dune  majeure  universelle  négative 
suit  une  conclusion  négative  particulière.  Si  A  n'est 
dans  nul  (individu)  de  B  et  que  B  soit  dans  quelque 
individu  de  G ,  A  n'est  pas  dans  G  entier.  Autrement  : 
Quelque  homme  est  philosophe;  nul  philosophe  nest 
inculte;  conclusion  :  Pas  tout  homme  nest  inculte. 
En  commençant  inversement  par  le  prédicat,  on  a 
la  formule  :  Inculte  ne  se  dit  de  nul  philosophe, 
philosophe  se  dit  de  quelque  homme;  conclusion  : 
[ao/i]  Inculte  ne  se  dit  pas  de  tout  homme. 

La  deuxième  figure  comprend  quatre  modes  : 

1**  Premier  mode  :  Dune  majeure  universelle  né- 
gative et  dune  mineure  universelle  affirmative  suit 
une  conclusion  négative  universelle.  Soit  le  terme 
majeur  N  =  «  pierre  »  ;  le  terme  moyen  M  =  «  animal  »; 
le  terme  mineur  S  =  «  homme  ».  On  démontre  la 
règle  moyennant  une  conversion;  p.  ex.  :  Si  M  nest 


156  JUILLET-AOÛT    1900. 

dans  nul  (individu)  de  N ,  et  que  M  soit  dans  S  entier, 
N  n'est  dans  nul  (individu)  de  S.  La  conversion  à 
faire  est  la  suivante  :  Si  M  n  est  dans  nul  (individu) 
de  N,  il  est  évident  que  N  non  plus  ne  sera  dans  nul 
(individu)  de  M.  Or,  si  N  ^  n'est  dans  nul  individu 
de  M  et  que  M  soit  dans  S  entier,  on  trouve  le  deu- 
xième mode  de  la  première  figure  :  N  n  est  dans  nul 
(individu)  de  S.  Autrement  :  Tout  homme  est  animai  ; 
nulle  pierre  n'est  animal  (on  voit  qu'animai  est  pré- 
dicat relativement  aux  deux  autres  termes);  conclu- 
sion :  Nul  homme  n'est  une  pierre.  Si  [2o5]  l'on  pré- 
tend que  la  conclusion  n'est  pas  juste,  convertis  la 
négative  qui  dit  :  Nulle  pierre  n'est  un  animal  ;  et  dis: 
nul  animal  n'est  une  pierre.  Dis  ensuite  :  nul  animal 
n'est  une  pierre,  tout  homme  est  un  animal;  et  con- 
clus :  Nul  homme  n'est  une  pierre.  Ce  qui  se  trouve 
être  le  deuxième  mode  de  la  première  figure. 

2°  Deuxième  mode  :  D'une  majeure  universelle  af- 
firmative et  d'une  mineure  universelle  négative  suit 
une  conclusion  négative  universelle.  Ce  qui  se  dé- 
montre moyennant  une  double  conversion.  Si  M  est 
dans  N  entier  et  que  M  ne  soit  dans  nul  (individu) 
de  S,  S  n'est  dans  nul  (individu)  de  N.  Ce  qu'on  dé- 
montre ainsi  :  Si  M  n'est  dans  nul  (individu)  de  S, 
S  n'est  dans  nul  (individu)  de  M.  Et  si  S  n'est  dans 
nul  (individu)  de  M,  M  étant ^  dans  N  entier,  on 
trouve  de  nouveau  le  deuxième  mode  de  la  première 

^  Le  texte  porte  ^qj:^  au  lieu  de  yxJ . 

^  Le  texte  porte  :  n'étant  pas ...  ;  ||  est  une  addition  fautive. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     157 

figure  :  il  est  évident  que  S  n  est  non  plus  dans  nul 
(individu)  de  N.  Seulement  la  conclusion  (à  tirer)  ne 
demande  pas  que  S  ne  soit  dans  nul  (individu)  de 
N;  car  ceci  est  encore  une  proposition  mineure^; 
mais  que  N  ne  soit  dans  nul  (individu)  de  S,  parce 
que  la  conclusion  doit  découler  de  la  [206]  propo- 
sition majeure^.  Or  cela  aussi  est  évident  à  la  faveur 
d'une  seconde  conversion  :  car  si  S  n'est  dans  nul  (in- 
dividu) de  N,  à  son  tour  N  n'est  dans  nul  (individu) 
de  S.  Autrement  :  Tout  homme  est  un  animal,  nulle 
pierre  n  est  un  animal  ;  conclusion  :  Nulle  pierre  n  est 
un  homme.  Si  Ton  prétend  que  la  conclusion  n  est 
pas  juste,  convertis  la  négative  qui  dit  :  Nulle  pierre 
nest  un  animal,  et  dis  :  Nul  animal  n'est  une  pierre; 
après,  résous  (le  syllogisme)  de  cette  manière  :  Tout 
homme  est  un  animal,  nul  animal  n  est  une  pierre, 
et  conclus  :  Nul  homme  n'est  une  pierre.  Dis  ensuite  : 
Si  nul  homme  nest  une  pierre,  donc  nulle  pierre 
n'est  un  homme;  car  c'est  là  ce  qui  était  en  question, 

^  11  est  supposé  dans  le  mode  en  question  que  la  négative  uni- 
verselle est  mineure,  Taflirmative  universelle ,  majeure  ;  donc  c'est  le 
«terme  extrême»  qui  se  trouve  dans  l'affirmative  universelle  qui 
doit  être  prédicat  dans  la  conclusion,  parce  que  le  prédicat  de  la 
conclusion  vient  de  la  majeure.  Dans  la  formule  proposée  le  terme 
extrême  qui  se  trouve  dans  la  majeure  est  N  ;  N  doit  donc  être  pré- 
dicat dans  la  conclusion.  La  question  est  donc  de  montrer  que  N 
ne  se  trouve  en  nul  individu  de  S;  en  d'autres  termes  que  nul  S 
nest  N.  La  proposition  qui  dit  :  nul  N  n'est  S,  n'est  elle-même 
qu'une  mineure,  dit  Probus.  En  cfFet,  S  est  le  terme  mineur;  et 
une  proposition  dans  laquelle  le  terme  mineur  figure  comme  pré- 
dicat ne  peut  être  ni  la  majeure,  ni  la  conclusion  d'un  syllogisme. 
Se  rappeler  l'exposé  de  notre  auteur  p.  [a 00]. 

^  Voir  note  précédente. 


158  JUILLET-AOÛT   1900. 

et  non  la  proposition  qui  dit  :  Nul  homme  nest  mie 
pierre.  (Ici  encore)  on  a  retrouvé  le  second  mode  de 
la  première  figure. 

3"*  Troisième  mode  :  D  une  majeure  universelle  né- 
gative et  d'une  mineure  particulière  affirmative  suit 
une  conclusion  négative  particulière.  Ce  qui  se  dé- 
montre moyennant  une  conversion.  Si  M  n  est  dans 
nul  (individu)  de  N ,  et  que  M  soit  dans  quelque  [207] 
S,  N  n'est  pas  dans  S  entier.  La  démonstration  se 
fait  ainsi  :  si  M  n'est  dans  nul  (  individu)  de  N ,  à  son 
tour  N  n  est  dans  nul  (individu)  de  M.  Or,  si  N  n'est 
dans  nul  (individu)  de  M,  M  étant  dans  quelque 
(individu)  de  S,  on  trouve  le  quatrième  mode  de  la 
première  figure  :  N  n'est  pas  dans  S  entier.  Autre- 
ment :  Nul  homme  n'est  cheval ,  quelque  être  mortel 
est  cheval;  conclusion  :  Pas  tout  être  mortel  n'est 
homme.  Si  Ton  prétend  que  la  conclusion  n'est  pas 
juste,  convertis  la  négative  qui  dit  ;  Nul  homme  n'est 
cheval,  et  dis  :  Nul  cheval  n'est  homme;  après  quoi 
opère  la  résolution  :  Nul  cheval  n'est  homme,  quel- 
que être  mortel  est  cheval  ;  et  conclus  :  Pas  tout  être 
mortel  n'est  homme.  Oii  l'on  trouve  le  quatrième 
mode  de  la  première  figure. 

4°  Quatrième  mode  :  D'une  majeure  universelle  af- 
firmative et  d'une  mineure  particulière  négative  suit 
une  conclusion  négative  particulière.  Ce  qui  se  dé- 
montre par  (la  réduction  à)  l'impossible  seulement, 
et  non  moyennant  la  conversion,  parce  qu'il  ne  suit 


LE  TRAITE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     159 

aucune  conclusion  de  deux  particulières  ^  Si  M  est 
dans  N  entier,  et  que  M  ne  soit  pas  dans  [208]  S 
entier,  N  nest  pas  dans  S  entier.  Sinon ,  mettons  que 
(N)  soit  dans  S  entier.  Etant  donné  que  M  est  dans 
N  entier,  et  N  (par  hypothèse)  dans  S  entier,  il  se 
fait  que  M  sera  dans  S  entier.  Mais  (il  a  été  posé  que) 
M  n  était  pas  dans  S  entier;  or  que  M  soit  dans  S 
entier  et  qu'à  la  fois  il  ny  soit  point,  cela  est  impos- 
sible. Autrement  :  Tout  homme  est  raisonnable;  pas 
tout  animal  n'est  raisonnable  ;  conclusion  :  Pas  tout 
animal  nest  homme.  Si  quelqu'un  prétend  que  la 
conclusion  n  est  pas  juste,  réponds- lui  :  A  raison  de 
la  contradiction ,  il  est  vrai  de  toute  nécessité  qu'où 
bien  pas  tout  animal  ne  soit  homme  ou  que  tout 
animal  soit  homme;  ainsi  donc  suivant  ton  avis  (nous 
aurions  ceci)  :  Tout  animal  est  homme,  tout  homme 
est  raisonnable;  d'où  la  conclusion  :  Tout  animal  est 
raisonnable;  ce  qui  se  trouve  être  le  premier  mode 
de  la  première  figure,  à  savoir  que  de  deux  affirma- 
tives universelles  suit  une  conclusion  affirmative  uni- 
verselle. Mais  il  a  été  accordé  que  pas  tout  animal 
n'est  raisonnable;  or,  que  tout  animal  soit  raison- 
nable, que  pas  tout  animal  ne  soit  raisonnable,  les 
deux  membres  de  cette  contradiction  ne  peuvent 
être  vrais  à  la  fois. 


^  Une  négative  particulière  ne  peut  pas  être  convertie;  une  aflir- 
mative  universelle  se  convertit  en  particulière.  La  conversion  ap- 
pliquée aux  prémisses  ne  pourrait  donc  avoir  ici  comme  résultat  que 
deux  prémisses  particulières  qui  ne  peuvent  point  servir  de  base  ù 
une  conclusion. 


160  JUILLET-AOÛT   1900. 

Dans  la  troisième  figure  il  y  a  [a 09]  six  modes  : 

1*  Premier  mode  :  D  une  majeure  universelle  affir- 
mative et  d'une  mineure  universelle  affirmative  suit 
une  conclusion  affirmative  particulière.  Soit  le  terme 
majeur  P,  le  terme  mineur  R,  le  terme  moyen  S. 
Si  P  et  R  (tous  deux)  sont  dans  S  entier,  P  sera  dans 
quelque  individu  de  R.  Ce  qui  se  démontre  moyen- 
nant une  conversion  ;  voici  comment  :  Si  R  est  dans 
S  entier,  S  est  dans  quelque  (individu)  de  R,  et  Ion 
trouve  le  troisième  mode  de  la  première  figure  :  P 
est  dans  S  entier,  et  S  est  dans  quelque  (individu) 
de  R;  (donc)  P  est  dans  quelque  (individu)  de  R. 
Autrement  :  Tout  homme  est  mortel,  tout  homme 
est  raisonnable;  conclusion  :  Quelque  être  raison- 
nable est  mortel.  Si  quelqu'un  prétend  que  la  con- 
clusion n'est  pas  juste,  convertis  l'affirmation  qui 
dit  :  Tout  homme  est  raisonnable,  et  dis  :  donc  (piel- 
que  être  raisonnable  est  homme;  puis  résous  (la for- 
mule ainsi)  :  quelque  être  raisonnable  est  homme, 
tout  homme  est  mortel  ;  et  conclus  :  quelque  être 
raisonnable  est  mortel. 

!2°  Deuxième  mode  .-D'une  mineure  universelle  af 
firmative  [210]  et  d'une  majeure  universelle  né- 
gative suit  une  conclusion  négative  particulière.  Si 
R  est  dans  S  entier,  P  dans  nul  (individu)  de  S,  P 
n'est  pas  dans  R  entier;  ce  qui  se  démontre  moyen- 
nant une  conversion.  Car  si  R  est  dans  S  entier,  S 
sera  dans  quelque  (individu)  de  R,  et  l'on  trouve  le 


LE  TRAITE  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     161 

quatrième  mode  de  la  première  figure  :  P  n'est  dans 
nul  (individu)  de  S,  S  est  dans  quelque  (individu)  de 
R;  (donc)  P  n'est  pas  dans  R  entier.  Autrement  : 
Tout  homme  est  mortel,  nul  homme  nest  cheval; 
conclusion  :  Pas  tout  mortel  n'est  cheval.  Si  quel- 
qu'un dit  que  la  conclusion  n'est  pas  juste,  convertis 
l'aflBrmative  qui  dit:  Tout  homme  est  mortel,  et  dis: 
Quelque  mortel  est  homme.  Puis  résous  (la  formule)  : 
Quelque  mortel  est  homme,  nul  homme  n'est  cheval, 
et  conclus  :  Pas  tout  mortel  n'est  cheval.  Ce  qui  se 
trouve  être  le  quatrième  mode  de  la  première  figure. 

3°  Troisième  mode  :  D'une  mineure  universelle  af- 
firmative et  d'une  majeure  particulière  affirmative, 
suit  une  conclusion  affirmative  particulière;  ainsi  : 
Si  R  est  dans  [211]  S  entier,  P  dans  quelque  indi- 
vidu de  S,  P  sera  dans  quelque  individu  de  R.  Ce 
qui  se  démontre  moyennant  une  double  conversion, 
de  la  manière  suivante  :  Si  P  est  dans  quelque  (indi- 
vidu) de  S,  S  sera  dans  quelque  (individu)  de  P,  et 
l'on  trouve  le  troisième  mode  de  la  première  figure  : 
Si  R  est  dans  S  entier,  S  dans  quelque  (individu)  de 
P,  R  sera  dans  quelque  (individu)  de  P.  Seulement 
il  n'est  pas  de  principe  que  d'une  proposition  mineure 
se  puisse   conclure    une   proposition  majeure  ^(?); 

^  Ceci  nous  paraîl  difficile  à  comprendre.  Nous  soupçonnons 
qu  au  lieu  de  «axsU  il  faut  lire  :  a^a^U ,  ce  qui  donnerait  le  sens  : 
«  Il  n'est  pas  de  principe  que  la  mineure  ait  la  majeure  comme  sub- 
ordonnée *,  au  contraire,  la  majeure  l'emporte  sur  la  mineure. . .  » 
Dans  le  résultat  obtenu  par  la  première  conversion,  l'universelle 
affirmative  est  devenue  virtuellement  majeure,  puisque  le  prédicat 


162  JUILLET-AOÛT    1900. 

c  esl  la  majeure  qui  Temporte  sur  la  mineure,  et  celle- 
ci  est  la  première  (clans  la  formule  qui  vient  detre 
énoncée).  Que  si  R  est  dans  quelque  (individu)  de 
P,  P  est  dans  quelque  (individu)  de  R.  Autrement  : 
Tout  homme  est  mortel,  quelque  homme  est  raison- 
nable; conclusion  :  Quelque  être  mortel  est  raison- 
nable. Si  Ton  prétend  que  la  conclusion  n'est  pas 
juste,  convertis  TajOirmativequi  dit  :  Quelque  homme 
est  raisonnable ,  et  dis  :  Quelque  être  raisonnable  est 
homme;  puis  donne  la  solution  :  Quelque  être  rai- 
sonnable est  homme,  tout  homme  est  mortel,  et 
conclus  :  Quelque  être  raisonnable  esl  mortel.  Con- 
vertis en  outre  la  conclusion  qui  dit  :  Quelque  être 
raisonnable  est  mortel,  en  celle-ci  :  Quelque  être 
mortel  est  raisonnable.  On  retrouve  le  troisième 
modo  de  la  première  figure-  Si  quelqu'un  demandait  : 
Pourquoi  l'affirmative  [2 1  2]  universelle  n'a-t-elle  pas 
été  convertie?  réponds-lui  :  Parce  que  cette  univer- 
selle se  convertit  en  particulière ,  et  que  de  deux  par- 
ticulières ne  se  tire  aucune  conclusion. 

4°  Quatrième  mode  :  D'une  mineure  particulière 
affirmative  et  d'une  majeure  universelle  affirmative 
suit  une  conclusion  affirmative  particulière.  P.  ex.  : 

de  la  conclusion  (R)  est  le  terme  extrême  qui  se  trouve  dans  Taf- 
firmative  universelle.  La  mineure  a  donc  pris  Tavantanje  sur  la  ma- 
jeure, ce  qui  ne  peut  pas  être;  c'est  la  majeure  qui  doit  dominer. 
Donc  c'est  le  terme  extrême  qui  se  trouve  dans  celle-ci,  c'est-à- 
dire  dans  Tailirmative  particulière,  qui  doit  être  prédicat  dans  la 
conclusion.  Ce  qui  s'obtient  par  une  seconde  conversion.  En  effet, 
si  quelque  P  est  R ,  quelque  R  est  P. 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     163 

Si  R  est  en  quelque  (individu)  de  S,  P  en  S  entier; 
P  est  en  quelque  (individu)  de  R.  Ce  qui  se  démontré 
moyennant  une  conversion  :  si  R  est  en  quelque  (in- 
dividu) de  S,  S  est  en  quelque  (individu)  de  R,  et 
Ton  obtient  le  troisième  mode  de  la  première  figure  : 
P  est  en  S  entier,  S  est  en  queltjue  (individu)  de  R; 
(donc)  P  est  en  quelque  (individu)  de  R.  Autrement  : 
Quelque  homme  est  raisonnable,  tout  homme  est 
mortel;  conclusion  :  Quelque  être  raisonnable  est 
mortel*  Si  Ion  prétend  que  la  conclusion  n est  pas 
juste,  convertis  Taffirmative  qui  dit  :  Quelque  homme 
est  raisonnable,  et  dis  :  Quelque  être  raisonnable  est 
homme;  et  donne  la  solution  :  Quelque  être  raison- 
nable est  homme ,  tout  homme  est  mortel  ;  et  conclus  : 
Quelque  être  raisonnable  est  mortel.  Ce  qui  se  trouve 
être  le  troisième  mode  de  la  première  figure. 

5°  Cinqaième  mode  :  Dune  mineure  universelle 
affirmative  [216]  et  d*une  majeure  particulière  né- 
gative suit  une  conclusion  négative  particulière.  Ce 
qui  se  démontre  par  (la  réduction  à  rim)possible  ^  : 
Si  R  est  en  S  entier  et  que  P  ne  soit  pas  dans  S  entier, 
P  nest  pas  dans  R  entier.  Sinon,  mettons  que  P  soit 
dans  R  entier;  étant  donné  que  R  est  dans  S  entier, 
il  se  trouvera  (comme  conséquence)  que  P  est  dans 
S  entier.  Mais  il  a  été  accordé  qu'il  n'est  pas  dans  S 
entier.  Or,  que  P  soit  et  ne  soit  pas,  à  la  fois,  dans 
S  entier,  cest  impossible.  Autrement  :  Tout  homme 

>  Le  tnxte  a  |lai«.tei^  •«*  au  iieu  de  )ioJm^1l^  il  «^ . 


164  JUILLET-AOÛT    1900. 

est  mortel,  pas  tout  homme  nest  philosophe;  con- 
clusion :  Pas  tout  être  mortel  n  est  philosophe.  Si 
quelqu'un  prétend  que  la  conclusion  n'est  pas  juste  : 
à  raison  de  la  contradiction,  (le  prédicat)  se  vérifie 
nécessairement  de  «  tout  »,  ou  de«  pas  tout  (mortel)  ». 
Puis  donc  que  (par  hypothèse)  il  ne  se  vérifie  pas 
de  «  pas  tout  (mortel)  » ,  il  faut  qu  il  se  vérifie  de  «  tout 
(mortel)  ».  Donc  :  Tout  homme  est  mortel,  «  tout  être 
mortel  est  philosophe»;  conclusion  :  Tout  homme 
est  philosophe.  Mais  il  a  été  accordé  que  pas  tout 
homme  n  est  philosophe  ;  or  voici  que  Ton  arrive  à 
conclure  que  tout  homme  est  philosophe  et  Ton 
aboutit  à  cette  contradiction  :  Tout  homme  est  phi- 
losophe, tout  homme  nest  pas  philosophe;  ce  qui 
est  absurde. 

6^  Sixième  mode  :  [21 4]  D'une  mineure  parti- 
culière affirmative  et  d'une  majeure  universelle  né- 
gative suit  une  conclusion  négative  particulière.  Si 
R  est  dans  quelque  (individu)  de  S,  P  dans  nul  (in- 
dividu) de  S,  P  n'est  pas  dans  R  entier.  Ce  qui  se  dé- 
montre moyennant  une  conversion.  Si  R  est  dans 
quelque  (individu)  de  S,  S  est  dans  quelque  individu 
de  R  et  on  obtient  le  quatrième  mode  de  la  première 
figure  :  P  n'est  dans  nul  (individu)  de  S,  S  est  dans 
quelque  (individu)  de  R;  (donc)  P  n'est  pas  dans  R 
entier.  Autrement  :  Quelque  homme  est  mortel;  nul 
homme  n'est  cheval  ;  conclusion  :  Pas  tout  être  mortel 
n'est  cheval.  Si  quelqu'un  dit  que  la  conclusion  n'est 
pas  juste,  convertis  la  proposition  qui  dit  :  Quelque 


LE  TRAITÉ  DU  PHILOSOPHE  SYRIEN  PROBUS.     165 

homme  est  mortel,  et  dis  :  Si  quelque  homme  est 
mortel,  quelque  être  mortel  est  homme.  Après  quoi 
donne  la  solution  :  Quelque  mortel  est  homme,  nul' 
homme  nest  cheval;  conclusion  :  Pas  tout  mortel 
n  est  cheval.  Ce  qui  se  trouve  être  le  qualrième  mode 
de  la  première  figure. 

[Règles  touchant  les  syllogismes  illogiques  :] 

Dans  la  première  figure  :  i*"  de  deux  affirmatives 
particulières,  la  conclusion  ne  tieet  pas  :  Quelque 
homme  est  mortel ,  quelque  être  mortel  [216]  est  che- 
val; conclusion  :  quelque  homme  est  cheval.  î'^De 
deux  négatives  universelles  la  conclusion  ne  tient 
pas  :  Nul  homme  nest  une  pierre,  nulle  pierre  nest 
un  animal  ;  conclusion  :  Nul  homme  n  est  un  animal. 
y  De  deux  négatives  particulières  la  conclusion  ne 
tient  pas  :  Pas  tout  être  mortel  nest  raisonnable, 
pas  tout  être  raisonnable  n'a  une  existence  bornée  ; 
conclusion  :  Pas  tout  être  mortel  n  a  une  existence 
bornée. 

Dans  la  seconde  figure  :  1°  De  deux  affirmatives 
particulières,  la  conclusion  ne  tient  pas  :  Quelque 
cheval  est  animal,  quelque  homme  est  animal;  con- 
clusion :  Quelque  cheval  est  homme.  1°  De  deux  né- 
gatives universelles,  la  conclusion  ne  tient  pas  :  Nul 
homme  n'est  une  pierre ,  nul  animal  n'est  une  pierre  ; 
conclusion  :  Nul  homme  n'est  un  animal.  3"  De  deux 
négatives  particulières ,  la  conclusion  ne  tient  pas  : 
Pas  tout  homme  n'est  philosophe  ;  pas  tout  être  ca- 


lÔfi  JUILLET.AOÛT    1900. 

pable  de  rire  n'est  philosophe;  conclusion  :  Pas  tout 
homme  n'est  capable  de  rire. 

Dans  la  troisième  figure  :  r  De  deux  affirmatives 
particulières,  la  conclusion  ne  tient  pas  :  Quelque 
être  mortel  est  cheval,  quelque  être  mortel  est 
homme;  conclusion  :  [216]  Quelque  cheval  est 
homme.  2°  De  deux  négatives  universelles,  la  con- 
clusion ne  tient  pas  :  Nidle  pierre  n'est  homme ,  nulle 
pierre  n'est  capable  de  rire  ;  conclusion  :  Nul  homme 
n'est  capable  de  rire.  3°  De  deux  négatives  parti- 
culières ,  la  conclusion  ne  tient  pas  :  Pas  tout  animal 
n'est  homme;  pas  tout  animal  n'est  capable  de  rire; 
conclusion  :  Pas  tout  homme  n'est  capable  de  rire. 

ICI  FINIT  L'INTERPRÉTATION 
DU  LIVRE  DES  ANALYTIQVESEXFUQVÉ  PAR  PROBUS  LE  SAGE. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  167 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


ANNEXE  AU  PROCES  VERBAL. 
(Séance  du  9  mars  1890.) 

I 

La  seconde  inscription  de  Nérab  contient  dans  les  lignes 
4-8  une  phrase  dont  le  sens  général  est  obscurci  par  suite 
d  un  groupe  de  9  lettres  qu'on  n*a  pas  encore  réussi  à  ana- 
lyser dune  manière  satisfaisante.  Cette  phrase  est  ainsi 
conçue  : 

nnnx^    5 

Au  jour  de  la  mort ,  ma  bouche  n'est  pas  devenue  inapte  à 
(prononcer)  des  paroles;  et  de  mes  yeux  j'ai  vu,  moi,  des  enfants 

de  la  quatrième  g(^.nération  qui  m'ont  pleuré et  ils  n'ont  pas 

mis  avec  moi  des  objets  d'argent  et  de  cuivre;  ils  m'ont  mis  avec 
mes  vêtements  afin  que  je  ne  me  fâche  pas. 

Ma  première  tentative  de  couper  le  groupe  IDnPNDim  en 
riND  ini  IDn  «  et  voici  ils  étaient  cent  »  suppose  deux  formes 
insolites,  savoir  in  pour  KH  et  l'accusatif  IDD  pour  le  nomi- 
natif on  ou  Din  ;  il  faut  donc  l'écarter.  Plus  vraisemblable 
est  la  décomposition  en  IDnPN  Dim ,  ingénieusement  établie 
par  M.  Kokovtzov  dans  le  Journal  asiatique  (Nov.-Déc.  1899 , 


168  JUILLET-AOÛT    1900. 

p.  436  et  suiv.).  Ce  savant  regarde  le  mot  ^^133  comme  le  début 
d*une  nouvelle  phrase  et  voit  dans  IDnriN,  où  il  suppose  l'oubli 
d'un  D  de  la  part  du  lapicide ,  l'équivalent  du  targumique 
DDnDN  qui  rend  l'hébreu  inilDn  «  se  faire  des  incisions  à 
l'occasion  d'un  deuil  »  :  «  Ils  m'ont  pleuré  et  ils  se  sont  fait 
des  incisions  ».  Mais  n'est-il  pas  singulier  que  le  prêtre  défunt 
sente  la  nécessité  de  signaler  particulièrement  qu'après  son  dé- 
cès il  a  été  l'objet  de  gémissements  et  d'une  cérémonie  funèbre 
qu'on  accomplit  pour  tous  les  morts  sans  distinction  ?  D'autre 
part ,  l'expression  o  afin  que  je  ne  me  fâche  pas  » ,  qui  motive 
l'ensevelissement  simple  du  défunt,  ne  suppose-t-elle  pas 
l'indication  dans  ce  qui  précède  que  ce  dernier  l'avait  for- 
mellement demandé  ?   Cet   inconvénient  disparait    si  l'on 

attribue  au  verbe  IDlpJnnK  le  sens  de  l'arabe  Zx^^  «prendre 
soin  • ,  et  le  complément  sous-entendu  est  «  de  ma  volonté  » , 
qui  se  supplée  facilement.  L'ensemble  montre  maintenant 
une  allure  bien  naturelle  : 

Au  jour  de  ma  mort ,  ma  bouche  n  est  pas  devenue  inapte  à 
proférer  des  paroles,  et  de  mes  yeux  j'ai  vu  des  descendants  de 
quatre  générations  qui  pleuraient  sur  moi;  et,  en  prenant  soin  (de 
ma  volonté),  ils  n'ont  pas  mis  avec  moi  des  objets  d'argent  ou  de 
cuivre;  ils  m'ont  mis  avec  mes  vêtements  (seuls),  afin  que  je  ne 
me  fâche  pas. 

II 

Depuis  quelque  temps ,  il  se  dessine  un  mouvement  qu'on 
peut  caractériser  d'«  intrusion  de  l'égyptologie  dans  le  do- 
maine sémitique  ».  Son  but  est  de  rapporter  à  l'Egypte  les 
éléments  les  plus  remarquables  de  la  civilisation  des  Sémites 
occidentaux  et  tout  particulièrement  des  Hébreux  de  l'époque 
biblique..  Des  étymologies  égyptiennes  sont  présentées  à 
propos  des  mots  tels  que  HN  «âtre,  foyer»,  PDp,  «encrier», 
/HN  «  tente  »  ' ,  dont  le  sémitisme  ne  fait  pas  une  ombre  de 

'  W.  Max  MvLL^h ,  Orientalische  Litteraiur-Zeitang ,    1900,  coL   ^g-Si. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  169 

doute.  Le  nom  divin  mn^  lui-même,  après  avoir  passé  il  y  a 
1 9  ans  par  une  interprétation  «  sumérienne  »  du  plus  pur 
aloi ,  ne  serait ,  à  en  croire  ces  égyptolog^es ,  autre  chose 
qu'un  simple  emprunt  fait  par  les  Hébreux  au  vocabulaire 
zoolàtrique  des  Egyptiens.  Voici  quelques  remarques  qui  en 
éclaireront  la  valeur. 

1°  HN  «âtre,  foyer»  se  trouve  dans  Jérémie,  xxxvi, 
22  :  «Le  roi  était  assis  dans  sa  maison  d'hiver,  c'était  le 
neuvième  mois  (de  l'année),  ayant  en  face  de  lui  le  feu  de 
l'âtre  allumé  my3D  r^D^  nçn  Vi<]  (pour  DN'I,  cf.  v.  23).  » 
Le  fait  que  le  mot  UH  qui  signifie  ordinairement  «  frère  » 
désigne  en  même  temps  W  âlre  » ,  au  lieu  de  présenter  une 
énigme  insoluble,  s'explique  aisément  si  l'on  considère  que 
le  synonyme  DDi)  =  l'araméen  N^Dp  se  superpose  complè- 
tement à  l'assyrien  tappu  «  compagnon  » ,  dont  le  dérivé  5tt- 
tapa  v^DW  «  compagnon,  associé»  est  des  plus  usités  en  néo- 
hébreu et  en  syriaque.  De  «  frère  »  à  «  confrère ,  associé  ».  la 
distance  est  nulle  dans  le  langage  famih'er.  Or  l'âtre  con- 
siste en  deux  pierres  placées  l'une  en  face  de  l'autre ,  sur  les- 
quelles on  range  les  morceaux  de  bois  qu'on  allume  au  moyen 
de  bûches  incandescentes  mises  en  dessous.  Parfois  une 
seule  pierre  suffit  à  cet  usage  et  alors  le  bois  prend  une  posi- 
tion inclinée.  C'est  ce  «  frère  ou  associé  »  dont  l'autre  peut 
s'absenter  au  besoin  qui  forme  le  fond  de  la  désignation 
sémitique  de  l'âtre.  L'ancien  égyptien  ny  =  copte  ash  n'y 
est  pour  rien,  bien  que  les  Septante,  en  rendent  nx  par 
XyTpOTvovs,  semblent  avoir  pensé  au  mot  égypto-copte  pré- 
cité. 

2°  riD]?  «vase  à  encre,  encrier»,  orthographe  ancienne 
nfe^P,,  pi.  r^t^p  «vases,  coupes  pour  les  libations»  (Exode, 
XXXVII,  i6).  Le  sémitisme  de  ce  vocable  est  garanti  par 
son  existence  dans  deux  autres  langues  sœurs  où  il  reçoit  des 
significations  rapprochées.  En  arabe ,  ï^j^S  désigne  une  petite 


170  JUILLET-AOÛT    1900. 

boîte  de  couturier;  plus  près  est  encore  l'éthiopien  ^hh^ , 
qui  traduit  l'hébreu  13  «vase  à  eau,  cruche •.  L*idée  de 
faire  venir  nÇ]?  de  1  égyptien  gisty  «  encrier  » ,  qui  signifie 
littéralement  «deux  moitiés»  (M.  MûUer)  est  .d'autant 
moins  fondée ,  que  l'égyptien  gis  paraît  dérivé  de  la  racine 

3°  bnH  «tente».  L'identité  de  ce  mot  avec  Tarabe  Juil 
«  famille  »  frappe  déjà  au  premier  aspect ,  et  est  aussi  admise 
par  presque  tous  les  sémitisants.  L'assyrien  âlii  «ville, 
village»  représente  naturellement  le  développement  de  la 
tente,  cette  cité  primitive  et  uniquement  familiale  en  une 
agglomération  de  plusieurs  familles  reliées  les  unes  aux 
autres  par  des  liens  civiques.  Cependant  les  égyptomanes 
ne  regardent  pas  de  si  près.  Pour  eux,  l'hébreu  hnH  est  bel 
et  bien  la  copie  de  l'égyptien  ihm  «  tente  »  ;  la  transition  de 
m  en  /ne  vaut  pas  la  peine  quon  en  parle.  Il  leur  suffit 
d'invoquer  comme  autorité  suprême  l'ancienne  opinion  d'un 
célèbre  philologue  contre  le  rapprochement  de  ^HN  et  J-^J  ; 
mais  ce  savant  a  si  souvent  rectifié  ses  opinions  étymolo- 
giques de  jadis ,  qu'il  est  impossible  de  savoir  si  celle  dont 
nous  nous  occupons  lui  parait  encore  soutenable  aujourd'hui. 
En  tous  cas ,  nous  sommes  sûr  qu'il  repoussera  avec  nous  la 
prétendue  origine  égyptienne  du  vocable  hébreu  en  cause. 

4'  C^nn ,  nom  d'un  animal  (cf.  le  parallélisme  D^^^N  DM^}f 
et  D^C^nn  ri*liy.  Exode,  xxvi,  là)  avec  la  peau  duquel  on 
fabrique  des  couvertures,  des  tentes  riches  et  des  sandales 
de  dames.  En  arabe,  j^*  désigne  le  dauphin;  les  récits  assy 
riens  mentionnent  les  outres  de  têsu  au  moyen  desquelles  on 
traverse  les  rivières;  il  s'agit  visililement de  peaux  d'agneaux. 
Ce  mot  n'a  donc  rien  de  commun  avec  l'égyptien  ths  «  cuir  ». 
Quand  on  ajoute  que  le  t  est,  suivant  le  même  auteur,  en 
même  temps  le  représentant  de  D  dans  ^1D  «  roseau  »  l'im- 
probabilité de  cette  comparaison  devient  une  certitude. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES,  171 

5"  >S  «  vaisseau ,  navire  »  semble  désigner  primitivement 
une  embarcation  destinée  aa  transport  des  marchandises.  La 
racine  V)t  ou  ns  s'est  conservée  dans  l'éthiopien  l(D(D 
«  amener  en  captivité ,  transporter  ».  Le  mot  ^(O*  ou  l(D* 
«  sel  %  qui  en  dérive ,  signifie  au  propre  «  chose  transportée , 
chargement  ».  11  est  bon  de  faire  remarquer  que  le  terme 
étliiopien  pour  «  vaisseau  »  àkO^C ,  rappelle  aussi  l'hébreu  *)Dfl 
«  amoncellement ,  monceau  »  et  fait  ainsi  allusion  aux  char- 
gements qui  y  sont  déposés.  L'égyptien  da,  on  a  à  peine 
besoin  de  le  dire ,  ne  peut  d'aucune  façon  être  mis  en  rela- 
tion avec  ces  termes  sémitiques. 

6**  Mentionnons  enfin  la  singulière  idée  de  voir  dans 
nin^i  nom  divin  masculin,  un  reflet  du  mot  égyptien  fémi- 
nin 'iwt  =  iàwt  «  menu  bétail  »  et ,  plus  tard ,  :  «  vache^  »  ; 
l'absence  du  h  dans  le  dernier  vocable  n'embarrasse  guère 
le  sagace  auteur  qui  est  plutôt  stupéfié  de  la  transformation 
de  nin^  en  ^n^  ou  Inv  Son  argument  capital  se  résume  en 
ceci  :  L'autel  de  Yahvvé  est  doué  de  cornes  (n3TÇn  Dl^'^p) , 
donc  Yahwé  est  une  vache.  A  ce  compte  il  faudrait  admettre 
que  les  auteurs  bibliques  qui  parlent  des  cornes  du  juste 
(Ps.,  Lxxv,  11)  et  de  celles  des  païens  (Zacharie,  ii,  4)  ima- 
ginaient tout  le  monde  et  eux-mêmes  sous  forme  de  vaches. 
Et  sait-on  où  les  Hébreux  ont  emprunté  aux  Egyptiens  le 
dieu  «  Vache  »  ?  Est-ce  pendant  leur  séjour  en  Egypte  ?  Oh 
non!  C'est,  Stade  dixit,  sur  le  Sinaï,  dans  la  région  duquel 
les  Egyptiens  exploitaient  des  mines.  Le  petit  inconvénient 
que  les  Egyptiens  n'y  ont  jamais  érigé  un  sanctuaire  à  leur 
déesse-vache ,  Isis  ou  Hathor,  fait  d'autant  moins  à  l'affaire , 
que,  d'après  Stade  et  Wellhausen, les  Josephites  seuls  demeu- 
rèrent en  Egypte ,  tandis  que  Benî  Léa  séjournèrent  toujours 
près  du  Sinaï.  En  s'abritant  prudemment  sous  l'égide  des 
Grafiens,  les  égyplologues  font   venir  r\pl2    de    msw    bien 

*  Zeitang  der  deutschen  morgenlàndiscken  Gesellschaft ,  1899,  p.  633- 
643. 


172  JUILLET-AOÛT    1900. 

que  dans  DDÇyi  le  s  égyptien  réponde  à  D  et  non  à  V  (]pi 
est  une  adaptation  de  Gasm  et  nullement  une  transcription); 
DD^'^p  équivaudrait  à  pi-nhsi  «  ce  Nègre  »  !  etc. 

Un  mot  à  l'adresse  de  cette  catégorie  d'égyptologues.  Si  au 
lieu  d'envahir  le  domaine  biblique  ou  de  hasarder  des  com- 
paraisons telles  que  khmt  «trois»  =  vbp ,  ^^^  et khnint 
«  huit  »  =  n^D^ ,  (^Lf ,  ils  passaient  leur  t^mps  à  Tétude  des 
langues  chami tiques  sans  aucune  arrière-pensée  de  synthèse 
linguistique  générale,  Toccasion  ne  leur  manquerait  pas  de 
regagner  pour  l'égyptien  nombre  de  mots  qu'on  a  inexacte- 
ment assignés  au  vocabulaire  sémitique.  Voici  un  exemple 
frappant:  le  mot  qrnta  (j'omets  les  voyelles)  «parties  géni- 
tales, phallus  »,loin  de  représentera  sémitique  ri'np  «  cornes  » 
comme  cela  est  admis  par  les  égyptologues ,  rappelle  vraisem- 
blablement l'agaou  kaluna,  le  bilin  kagaluna  «œuf»;  ledit 
vocable  égyptien ,  dont  la  terminaison  ta  semble  marquer  le 
duel,  aurait  primitivement  signifié  «testicules». 

III 

Lorsque  en  inspectant  les  gens  qui  consentaient  à  retourner 
avec  lui  en  Palestine ,  Esdras  s'aperçut  qu'il  n'y  avait  pas  de 
Lévites  parmi  eux,  il  envoya  plusieurs  personnes  lettrées 
auprès  du  chef  Ido,  afin  qu'il  lui  amenât  un  certain  nombre 
de  ces  serviteurs  du  temple.  Le  verset  Esdras,  vm,  17,  qui 
contient  ce  récit,  exige  quelques  corrections  :  mSNl  au  lieu 
de  nKSIiVI  et  D'»:lnn  VnXI  nx  «  Ido  et  ses  frères  qui  demeu- 
raient» au  lieu  de  la  phrase  inintelligible  D'»?in^n  VUH  11N. 
Le  lieu  où  ce  chef  était  établi  est  nommé  deux  fois  K^DDD 
DIpDn ,  mots  que  les  Septante  rendent  par  àpyitptos  tôtfos 
«  lieu  de  l'argent  »  et  la  Vulgate  par  Chasphiœ  locus  «  lieu 
Chasphia  »  ;  la  première  version  semble  avoir  lu  N^DD?  en 
araméen ,  «  relatif  à  l'argent  »  ;  la  seconde  prend  ce  mot 
qu  elle  lit  NJDD?  comme  un  nom  propre  géographique.  Dans 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  173 

l'une  et  l'autre  de  ces  versions  les  consonnes  sont  les  mêmes 
que  dans  la  forme  massorétique.  Une  localité  ou  contrée  de 
ce  nom  n'est  pas  connue  en  Babylonie  ;  cette  circonstance  a 
fait  que  d'aucuns  l'ont  cherchée  sur  les  bords  de  la  mer  Cas- 
pienne. Mais,  fantaisie  à  part,  le  fait  est  tout  de  même 
étrange,  car,  si  nous  ignorons  l'identité  exacte  du  canal 
nommé  NinX  dans  le  même  récit,  cela  vient  des  informa- 
tions très  insuffisantes  que  nous  possédons  sur  l'ancienne 
hydrographie  babylonienne  en  général;  par  contre,  le  ta- 
bleau de  villes  babyloniennes  nous  a  été  mieux  transmis  par 
les  anciens  auteurs,  et  il  serait  singulier  que  la  localité  sup- 
posée très  connue  par  le  narrateur  manquât  précisément  à 
cette  liste  si  nourrie.  Je  crois  en  effet  que  tel  n'est  pas  le  cas. 
Si  je  ne  m'abuse ,  l'insuccès  est  uniquement  dû  à  un  ancien 
scribe  qui  a  changé  par  mégarde  2  en  D.  Le  texle  primitif 
portait  en  réalité  DIpDn  N'»DD3  «  (dans)  le  lieu  nommé  Bos- 
sipya  »,  c'est-à-dire  Borsippya,  dans  lequel  on  reconnaît  aussi- 
tôt la  grande  ville  de  Borsippa ,  si  célèbre  comme  siège  du 
principal  collège  chaldéen  de  la  Babylonie.  Dans  les  textes 
cunéiformes,  ce  nom  est  ordinairement  figuré  par  les  idéo- 
grammes bar-zip  !  «  palais  de  ?»  ;  la  transcription  phonétique 
ne  s'est  pas  encore  rencontrée  :  le  Talmud  orthographie 
'^^0*^12,  ce  qui  se  rapproche  du  grec  Boptrnnra.  La  forme 
babylonienne  paraît  avoir  été  Bur-sippê  =  ^DD13 ,  aramaïsé 
en  N^ÇD^S»  qui  est,  après  assimilation  du  "n,  le  KJDDS  du 
livre  d'Esdras.  Toutefois,  dans  le  cas  où  le  ^  de  ce  dernier 
nom  serait  un  suffixe  de  relation,  l'expression  DIpDn  X^DD3 
équivaudrait  à  peu  près  à  ager  horsippenus. 

IV 

La  langue  gueëz  contient  un  grand  nombre  de  mots  dont 
l'étymologie  reste  encore  obscure  ,  et  l'on  se  con lente  ordi- 
nairement de  supposer  qu'ils  sont  empruntés  aux  idiomes 
des  aborigènes,  Agaous ,  Gallas  ouAl'ars.  Parfois,  si  le  mot 


174  JUILLET-AOÛT  1900. 

est  d'ordre  religieux  et  qu'il  soit  absent  en  syriaque  qui  est  la 
source  capitale  de  ces  sortes  de  termes,  on  l'attribue  sans 
hésitation  à  l'influence  des  idées  juives.  Les  trois  exemples 
suivants,  que  je  prends  parmi  tant  d'autres,  montreront,  je 
l'espère,  de  quelles  précautions  il  faut  s'entourer  avant 
d'avancer  un  jugement  trop  tranché. 

1°  Dorho  (^CU*)  «  coq,  poule  »,  am.  doro,  bedja  [en)divlw, 
bilin  dirua;  khamir  girua,  jiruà,  soho  dora.  Malgré  sa  forme 
étrange  le  mot  gueez  me  paraît  répondre  au  mot  arabe  ^^^i 
duiri,  qui  désigne  aujourd'hui  même  une  espèce  de  coq  de 
bruyère  dans  le  centre  de  l'Arabie  et  dont  le  sens  propre 
«perlé»  (;^  «perle»)  est  évident.  11  s'ensuit  naturellement 
que  les  langues  africaines  en  cause  sont  les  débitrices  du 
gueez. 

2°  Nâ'et  (Çïi'î*)  «pain  sans  levain,  azyme •.  Ce  concept, 
en  vertu  de  l'importance  du  pain  azyme  dans  la  religion 
juive  comme  dans  la  symbolique  chrétienne,  semblerait 
devoir  être  exprimé  par  un  mot  emprunté  sinon  à  l'hébreu , 
du  moins  au  syriaque ,  qui  était  l'idiome  des  premiers  mis- 
sionaires  chrétiens  en  Abyssinie.  Or  il  n'en  est  rien,  car 
«  pain  azyme  »  se  dit  en  hébreu  n^'û ,  et  en  syriaque  K*)^13D , 
vocables  qui  ne  ressemblent  guère  au  mot  gueez.  Les  langues 
africaines  ne  prêtent  pas  non  plus  la  moindre  base  de  com- 
paraison. On  arrive  ainsi  nécessairement  à  la  conviction  que 
c'est  bien  un  produit  spontané  de  la  langue  gueez.  Cette 
conviction  est  pleinement  justifiée  par  l'étymologie,  car  ^ït^ 
==  DJ<j  est  visiblement  le  féminin  de  Xi  qui  se  superpose 
matériellement  à  l'hébreu  Xi  «  cru ,  à  demii  cuit  •  et  à  l'arabe 
*L5  «éloigné,  séparé».  On  voit  que  l'idée  de  l'éloignement 
matériel ,  conservée  en  arabe ,  a  été  appUquée  en  hébreu  à 
celle  de  la  cuisson  et  en  éthiopien  à  la  fermentation  causée 
par  l'introduction  du  levain,  fermentation  qui  est,  elle  aussi, 
une  sorte  de  cuisson  préliminaire. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  175 

3°  Meswât  {V9k^^)  «don  généreux,  aumône»;  verbe 
dérivé  :  tmftP't  «  donner,  distribuer  des  aumônes  ».  L'asso- 
nance de  ce  mot  à  l'hébreu  niSD  a  suggéré  l'idée  que  l'in- 
troduction dans  le  langage  religieux  des  Abyssins  serait  due 
à  l'influence  du  judaïsme,  qui  aurait  été  très  répandu  parmi 
eux  à  l'époque  préchrétienne.  En  laissant  de  côté  le  point  de 
vue  historique  qui  ne  me  paraît  nullement  favoriser  cette  der- 
nière hypothèse,  le  rapprochement  précité  est  philologique- 
ment  impossible  :  ni2Ç,  au  pluriel  ri)^12 ,  désigne  les  com- 
mandements de  la  Loi  sans  aucune  distinction  et  ne  désigne 
jamais  l'aumône  en  particulier,  dont  le  terme  conservé  est 
n]?!^,  Nnî?"]?,  jiîj^.  Le  vocable  f^St^^  est  donc  lui  aussi 
une  création  sémitique  indigène,  l'élément  africain  ne  pou- 
vant pas  entrer  en  ligne  de  compte.  Deux  explications  se 
présentent  à  l'esprit  :  on  peut  y  voir  une  contraction  de 
oofk^à^  formé  du  verbe  ftOHO  u^oppeler,  inviter  quelqu'un 
à  table  ou  à  recevoir  des  dons  »  (  Ephésiens,  iv,  4 ,  xA^o-is,  et  7, 
hûûpeà)  ;  l'apocope  du  «m  est  à  l'ordre  du  jour  dans  le  lan- 
gage familier.  L*autre  possibilité  consiste  à  considérer 
yR*1*î*  comme  un  simple  équivalent  de  W^^  «don, 
offrande  »  qui  vient  du  verbe  o»TlO  «  donner,  offrir.  » 


Le  savant  numismate  anglais,  M.  E.  J.  Rapson  ,  a  publié 
dans  le  Journal  ofthe  Royal  Asiatic  Society  de  Londres  (Ja- 
nuary,  1900,  p.  98)  deux  monnaies  indiennes  qui  portent  au 
revers,  en  caractères  brahmî,  l'une  le  nom  Udehaki,  l'autre 
Udeha[-]  Snyami[ia-] ,  où  Udehakl  est  un  dérivé  du  nom  du 
peuple  Udehaka  et  Siiyamita  (==  Suryamitra)  est  le  nom 
du  roi.  Déchiffrement  et  restitution  sont  l'œuvre  de  M.  Rap- 
son. Ce  savant  fait  aussi  remarquer  que  les  Udehaka  s  sont 
indubitablement  le  même  peuple  que  les  Uddehikas  (  Aude- 
hika,  Auddehikaj  qui  sont  mentionnés  dans  le  Brhat  Sam- 
hita  de  l'astrologue  indien  Varamihira  (/.  E.  A.  S.»  1871, 


176  JUILLET-AOÛT    1900. 

p.  82  ) .  auteur  du  vi'  siècle  de  notre  ère ,  qui  est  aussi  Taulo- 
rité  d'Alberuni  sur  ce  point. 

La  position  géographique  des  Udehakas  n  est  pas  encore 
déterminée  et  l'on  ignore  tout  à  fait  s'ils  ont  jamais  eu  des 
rapports  avec  les  peuples  étrangers.  Un  rapprochement  que 
je  présente  comme  une  simple  conjecture  semble  pouvoir 
contribuer,  s'il  est  exact,  à  faire  sortir  les  sujets  du  roi  Surya- 
mitra  de  leur  isolement  séculaire.  Dans  le  Yast  ix,  3i-32, 
de  VAvesta,  on  lit  que  Kava  Vistâçpa  demanda  à  la  déesse 
Druâçpa  de  pouvoir  pénétrer  jusqu'aux  régions  des  Varedha- 
kas  ainsi  qu'à  celles  de  Qyaonya,  et  d'y  faire  de  grands 
massacres.  Dans  le  Yastxvii,  5o-52 ,  une  demande  identique 
est  adressée  par  le  même  personnage  à  une  autre  déesse 
nommée  Ashi-Vanuhi,  et,  dans  un  cas  comme  dans  l'autre  , 
Kava  Vistâçpa  obtient  le  but  de  sa  demande.  La  position  du 
pays  des  Varedhakas  est  aussi  inconnue  que  celle  du  pays 
des  Uddehikas-Udehakas  de  nos  monnaies;  mais  la  presque 
complète  identité  phonétique  des  trois  groupes  qui  ont  en 
commun  les  lettres  u  {=v),  d,  li,  k,  a  permet  de  soupçonner 
que  dans  les  deux  cas  on  est  en  présence  d'un  peuple  indien 
soumis  pendant  quelque  temps  par  un  roi  de  Tlran.  Ajou- 
tons que  la  forme  prâcrite  Uddehaka  peut  parfaitement  pré- 
senter une  contraction  de  Urdehaka,  ce  qui  rapprochera  en- 
core la  forme  zende  Varedhaka.  Il  est  à  présumer  que  cette 
contrée  se  trouve  dans  la  partie  orientale  du  Gandhara  qui  a 
toujours  été  exposée  aux  invasions  iraniennes.  La  marque 
dite  dHUdjaina  que  portent  nos  monnaies  semble  indiquer 
la  région  voisine  de  cette  ville.  Nous  voici  donc  dans  un 
pays  indien  dont  les  rapports  politiques  avec  l'étranger 
n'ont  pas  cessé  depuis  la  domination  des  Achéménides. 
Quant  à  la  date  de  nos  monnaies,  M.  Rapson  la  place  au 
m''  siècle  avant  notre  ère  avec  la  note  «  probably  »  ;  l'accumu- 
lation sur  la  même  pièce  de  marques  et  de  symljoles  usités 
séparément  sur  des  pièces  antérieures,  el  dont  quelques- 
unes  montrent  des  lettres  kharosthi  assez  usées,  oblige  à 
les  rajeunir  au  moins  d'im  siècle  ;  l'écriture  brahmi ,  grâce  à 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  177 

sa  forme  droite  et  monumentale  a  pu  se  conserver  plus  long- 
temps sans  subir  aucun  changement. 

J.  Halévy. 


MISSION  À  NEDROMAH  ET  CHEZ  LES  TRARAS. 

L'histoire  de  ces  populations  est  intimement  liée  à  celle 
de  l'Algérie,  du  Maroc  et  de  l'Espagne  :  c'est  chez  les  Kou- 
miah,  nom  qu^elies  portaient  au  moyen  âge,  que  naquit 
Abd  el-Moumen,  à  Menzel,  sur  le  territoire  de  la  tribu  ac- 
tuelle des  B.  *Abed,  commune  mixte  de  Nedromah.  Le  sou- 
venir de  ce  personnage  vit  encore  dans  la  tradition,  associé 
à  celui  d'un  prince  mérinide  de  Fâs  et  à  ceux  des  souverains 
zeyanites  de  Tlemcen.  Dès  le  xi*  siècle  de  notre  ère,  El- 
Bekri  mentionne  des  villes  florissantes,  Nedromah,  Honaï 
(Honaïn),  Touent  (Djema'  Ghazaouat),  Arachkoul  (Rach- 
goun),  qui  servaient,  ainsi  qu'Oran,  de  ports  à  Tlemcen. 
Aujourd'hui,  la  plupart  de  ces  villes  sont  en  ruines,  ou  bien 
déchues  comme  les  cités  berbères  de  Tient ,  de  Temana  et 
de  Matila  ;  mais  des  fouilles  archéologiques  opérées  particu- 
lièrement à  Honaïn  donneraient ,  conmie  j'ai  pu  m'en  assurer 
en  examinant  le  terrain ,  des  résultats  importants. 

L'objet  de  ma  mission  étant  l'étude  des  populations  Traras, 
je  me  suis  appliqué  à  recueillir  tous  les  renseignements  arché- 
ologiques, historiques ,  hagiographiques  qu'il  m'a  été  possible. 
J'y  ai  joint  la  recherche  des  manuscrits  arabes  existant  dans 
cette  région  et  l'étude  d'un  dialecte  berbère,  non  signalé 
jusqu'à  ce  jour  et  parié  par  les  Béni  Bou  Sa'ïd,  du  cercle  de 
Lalla  Mar'nia.  J'ai  reconnu  qu'il  était  apparenté  à  celui  des 
Béni  Iznacen  sur  lequel  j'ai  déjà  publié  un  travail  à  Florence 
en  1898.  C'est  probablement,  avec  celui  des  Béni  Snous, 
dans  la  commune  mixte  de  Sebdou,  le  représentant  de 
l'idiome  berbère  qui  était  en  usage  ici  au  temps  des  Almo- 
hades,  et  dont  quelques  traces  que  j'ai  soigneusement  notées 

XVI.  12 


178  JUILLET-AOÛT   1900. 

se  rencontrent  dans  Tarabe  parlé  ici  et  dans  Tonomastiqne 
topographique. 

En  ce  qui  concerne  l'archéologie,  j*ai  relevé  une  inscrip- 
tion arabe  que  je  crois  la  plus  ancienne  de  TAlgérie,  après 
celle  de  Sidi  *Oqbah  dans  la  province  de  Constantine,  si 
même  elle  ne  lui  est  pas  antérieure.  Elle  a  sur  celle-ci  l'avan- 
tage de  pouvoir  être  datée  approximativement;  j'en  joins  la 
reproduction  à  cette  lettre  :  voici  ce  que  j'y  ai  déchiffré  à 
première  vue  : 

Tour  de  l'inscription  :  J^)  4Mt  J,^  f>^y^  (^  iy^^  ^^  f^ 

A»]  J^^^    0^3    A»]  ^t    iJi    ^  L(JLj  k^y  (g^â^UeJI    jJ)^   (0^   Ux^ 

(piUill)  4MI  JO*  ç^l  y! 

3 

M 5 

7 

^jjl5j  ooJm*«3 (?)i  ^^.1^      8  » 

j*^  (?)  Os-^*-.,  ^^  4Mt  J<^A  0^  (»u:)  ^      10 


La  hauteur  totale  de  la  plaque  (inscription  complète)  est 
de  1  mètre,  la  largeur  de  o  m.  728;  la  hauteur  de  chaque 
ligne  va  de  54  à  65  millimètres. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  179 

La  date  doit  être  fixée  aux  environs  de  ^7^  (1081-82) 
de  Thégire ,  époque  où  Yousof  ben  Tachfm  conquit  le  Ma- 
ghreb central. 

Une  autre  inscription,  également  importante,  se  trouve 
près  de  la  porte  du  minaret  de  la  grande  mosquée  de  Ne- 
dromah.  Elle  est  ainsi  conçue  : 


Comme  on  le  voit,  cette  inscription  postérieure  d  une  di- 
zaine d'années  à  la  prise  de  Tlemcen  par  les  Merinides ,  fut 
gravée  sous  le  gouvernement  de  ces  princes. 

J*ai  recueilli  également  les  inscriptions  d*un  certain  nombre 
de  tombeaux  où  sont  enterrés  les  marabouts  les  plus  renom- 
més dans  le  pays,  tels  que  Sidi  Ahmed  El-Bedjâi,  le  derviche 
qui,  selon  la  légende,  se  serait  dévoué  à  *Aïn-Rebira,  pour 
être  assassiné  à  la  place  de  *Abd  el-Moumen  ;  de  Sidi  'Abd 
er-Rahmân  el-Ya*qoubi,  fondateur  de  la  Zaouyat  el-Ya*qou- 
biah;  de  Cheïkh  Mouley  el-Guendouz  à  Tient,  etc.  Toutes 
ces  inscriptions  ne  sont  pas  antérieures  au  xi**  siècle  de  Thé 
gire.  Pour  en  trouver  de  plus  anciennes ,  il  faudrait  faire  des 
fouilles  dans  plusieurs  cimetières,  particulièrement  à  Nedro- 
mah  et  à  Honaïn. 

Je  me  suis  attaché  surtout  à  l'étude  de  l'hagiographie  de 
la  région  et  j'ai  relevé  les  noms  des  mosquées,  zaoayah, 
qoabbas,  maqâms  (endroits  commémora  tifs  ) ,  haouiUih  (en- 
ceinte en  pierres  sèches),  haouch  (enceinte  en  maçonnerie), 
htt  (enceinte  couverte),  qui  portent  le  nom  d'un  saint  dans 


180  JUILLET-AOÛT   1900. 

les  tribus  Traras  des  communes  mixtes  de  Nedromah  et  de 
Remchi.  Le  chifîre  des  indications  recueillies  est  très  élevé , 
et  Ton  peut  se  représenter  par  là  l'influence  exercée  dans  le 
pays  par  les  marabouts.  "^ 

En  première  ligne ,  je  dois  signaler  une  influence  juive  in- 
contestable et  qu'on  ne  saurait  attribuer  aux  Israélites  actuels 
qui  sont  venus  du  Maroc  au  xvm*  siècle ,  à  ce  que  m*ont  ra- 
conté les  rabbins  du  pays.  On  vénère  encore  sur  le  bord  de 
la  mer,  à  quelque  distance  de  Nedromah,  le  tombeau  de 
Josué  (Sidi  Youcha'  ben  Noun),  et  les  traditions  attribuent 
aux  Benou  Zeiyân,  rois  de  Tlemcen,  la  constitution  des 
habous  de  ce  sanctuaire.  Au  moyen  âge,  un  cap  Noun  (nom 
du  père  de  Josué)  est  mentionné  dans  ces  parages  par  les 
géographes  arabes ,  et  l'on  retrouve  encore  aujourd'hui  une 
tribu  des  B.  Ichou  ,  au  lieu  de  la  forme  arabe  ili^^a.  Certains 
commentateurs  du  Qorân  placent  dans  le  Maghreb  le  théâtre 
des  aventures  de  Moïse  et  de  Josué ,  et  les  principaux  person- 
nages de  la  Bible  ont  des  qoubbas  dans  les  environs.  Peut-être 
serait-il  téméraire  de  rapprocher  de  cette  tradition  les  pré- 
tendues stèles  mentionnées  par  Procope  dans  le  De  bello 
vaiidalico,  et  rappelant  l'expulsion  des  Chananéens  par  Josué, 
successeur  de  Moïse. 

L'examen  des  noms  des  saints  vénérés  dans  le  pays  m'a 
permis  de  constater  les  diverses  influences  exercées  par  les 
marabouts  :  la  plus  importante  est  due  à  ceux  qui  sont  venus 
de  deux  points  du  Gharb  :  les  B.  Hamlil  au  sud  d'Oudjda, 
et  la  Saguiat  el-Hamra.  C'est  de  là  que  sont  partis  ceux  qui, 
au  XYi*"  siècle ,  ont  ranimé  la  foi  musulmane  menacée  sur  la 
côte  d'Afrique  par  les  conquêtes  des  Espagnols.  Une  autre 
catégorie  comprend  les  saints  originaires  du  pays,  dont  le 
nom  seul  a  été  conservé;  enfin,  mais  en  petit  nombre,  on 
trouve  quelques  ouaiis  venus  de  l'est  et  du  sud ,  c'est-à-dii*e 
de  l'Eghris  et  du  pays  des  Oulad  Sidi  Cheikh,  auxquels  il 
faut  joindre  deux  célèbres  soulis  de  l'Orient  :  Sidi  Abd  el- 
Qâder  el-l)jilâli  et  Sidi  Sofyân  eth-Thaouri.  L'influence 
exercée  par  eux  pendant  la  période  d'anarchie  du  xvi*  siècle 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  181 

est  bien  marquée  par  un  acte  que  j*ai  copié  à  la  zaouyah  de 
Sidi  Abd  er-Rahmân  el-Ya*qoubi ,  où  Ton  voit  ce  personnage , 
assisté  de  notables  musulmans  de  Tiemcen,  s*efiorcer  de 
grouper  contre  les  Espagnols  qui  venaient  de  s'emparer  de 
cette  ville,  les  tribus  des  Matghara,  des  Angads,  des  B.  Iz- 
nacen  et  des  Traras  :  c*est  la  première  fois  que  ce  nom,  déjà 
cité  par  Léon  TAfricain,  apparaît  en  arabe.  J'ai  trouvé  aussi, 
dans  la  correspondance  des  cheikhs  de  cette  zaouyah  avec 
les  chérifs  du  Maroc ,  la  preuve  des  relations  que  ces  princes 
entretenaient  avec  eux  pour  accroître ,  avec  leur  appui ,  leur 
influence  dans  cette  région  qu'ils  disputaient  aux  Turks. 

René  Basset. 


BIBLIOGRAPHIE. 


DiCTiONNAiRE  TIIIBSTAIN -  LATIN  -  FRANÇAIS ,  par  Ics  Missionnaires 
Catholiques  du  Thibet.  Hon|];-kong,  Imprimerie  delà  Société  des 
Missions  Etrangères,  1899,  in-4",  xn-1087  pages  à  2  colonnes. 

Depuis  longtemps,  les  prêtres  du  Séminaire  des  Missions 
étrangères  de  la  rue  du  Bac  se  sont  dévoués  à  la  tache ,  indis- 
pensable pour  leurs  travaux  évangéliques,  de  composer  des 
dictionnaires  des  langues  des  pays  dans  lesquels  ils  rem- 
plissent leur  ministère.  C'est  ainsi  qu'ont  paru  tour  à  tour  les 
dictionnaires  annamite,  siamois,  coréen,  chinois  et  bah- 
nar*.  Le  présent  ouvrage  est  le  résultat  d'eflorts  non  inter- 

'  1°  Dictionarlum  Aiiamllico-Iialliium,  [)rimilus  îriceptum  ab  illustris- 
simo  et  cevereiidisslnio  P.  .1.  Pigiu-aux,  episcopo  Aclraiieiisi,  vicario  apo- 
slolico  Clociiiciiiœ,  etc.  Deiii  absobiluin  ctedilum  a  J.  ïi.  Taberd,  Episcopo 
lsauro[H>[itano,  vicario  apostolico  (^«ciiicinaî,  (laiiibodiiv  et  Ciampa;,  Asia- 
ticjE  vSocielatis  ParisicHsis ,  iieciioii  Heiigaleiisis  socio  hoiiorario.  —  Kre- 
dèricnagori  valgo  Scramporc,  —  Ex  lypis  J.  C.  Marshmaii,  i838,  m-à" , 
i  feuillet  n.  ch.  -\-  xi.vi  pages  +  722  pages  -\-  1  feuillet  11.  ch.  p.  1.  er.  -|- 


182  JUILLET-AOÛT   1900. 

rompus  de  près  d'un  demi-siècle  et  de  plusieurs  missiounaires. 
11  fut  commencé  en  1862 ,  par  le  fondateur  de  la  mission  du 

laS  pages.  Les  128  dernières  pages  reiifermeut  :  Ap|)cudix  ad  Dictioiia- 
rium  Aiiuamitico- Latinum  sistens  voces  sinenses.  —  Diclionarium  La* 
tino-Aiiamlticum,  auctore  J.-L.  Taberd,  episcopo  Isaaropolitaao ,  vicario 
apostolico  GocinciiiaB,  GambodiaB  et  Giampœ,  Asiaticae  Societatis  Parisiensb, 

iieciiou  Beiigaleiisis  socio  honorario —  Fredericnagori  vulgo  Seram- 

pore,  —  Ex  lypis  J.  G.  Marshmaii.  —  i838,  in-4°,  i  feuillet  n.  di  + 
Lxxxviii  pages  +  708  pages  +-  a  feuillets  n.  ch.  +  i35  pages,  carte.  Les 
i35  dernières  pagc's  renferment  :  Appendix  ad  Dictionarum  LatinoAnami- 
ticum.  —  Gochin-chinesc  Vocabulary.  —  Vocabulaire  cochincbiaoïs.  — 
Index  Vocabulorum  Gocincinensium.  —  Tu'  vi  An  nam.  — 1838.  —  Dic- 
tionarium  Latino-Anamiticurn  completum  et  novo  ordine  dispositum  cui 
accedit  Appendix  praecipuas  voces  proprias  cum  brevi  explicatione  continens. 
Auctore  M.  H.  Ravier  miss,  apost.  Societatis  Parisiensis  Missionum  ad  ex- 
tcros.  Niuli  Phu  ex  typis  missionis  Tuaqoini  occidentalis ,  1880,  in-4*  à 
a  colonnes,  xii-i  270-72  pages. — Dictionarum  Anamitico-Latinum  ex  opère 
m.  et  Rcv.  Taberd  constans  necnon  ab  ill.  et  rev.  J.  S.  Theord  episc. 
Acanthensi  et  vicario  apost.  Tunquini  Occidentalis  recognitum  et  notabi- 
liter  adauctum  ad  quod  accedit  Appendix  de  vocibus  sinicis  et  locutio- 
nibus  minus  usitalis.  Ninh  Phii  ex  typis  missionis  Tunquini  occidentalis, 
1877,  m-h"  à  2  colonnes,  xxx-566-71  pages.  (Pas  de  caractères  chinois.)  — 
2°  Dictionarium  Linguae  Thaï  sive  Siamensis  Interpretatioue  latina,  gal- 
lica  et  anglica  illustratum.  Auctore  D.  J.B.  Pallcgoix,  Episcopo  Malleusi, 
vicario  apostolico  Siamensi.  Parisiis  Jussu  Imperatoris  impressum  in  typo- 
grapheo  imperatorio  —  M  DGGG  LIV,  gr.  in-4°,  897  pages  à  5  colonues. 
—  3°  Dictionnaire  coréen-français ,  contenant  :  1.  Partie  lexicographiquje, 
1°  le  mot  écrit  en  caractères  alphabétiques  coréens;  2°  sa  prononciation; 
3'  le  texte  chinois  correspondant;  4°  la  traduction  française.  —  11.  Partie 
yrammaticale.  Les  terminaisons  d*ttn  verbe  modèle  arrangées  par  ordre 
alphabétique.  —  III.  Partie  géographique.  Les  noms  et  la  position  des  villes , 
'  des  montagnes ,  des  cours  d  eau ,  etc. ,  avec  une  carte  de  Gorée.  Par  les 
Missionnaires  de  Gorée  de  la  Société  des  Missions  étrangères  de  Paris. 
Yokohama,  G.  Lévy,  1880,  gr.  in-8*,  viii-6i5  pages  à  a  colonnes  +  vi*- 
67*  pages  à  a  colonnes  +  21**  pages  à  a  colonnes  -+-  1  page  Add.  -f- 
1  page  Err.  —  4*  Dictionnaire  chinois-français  de  la  langue  mandarine 
parlée  dans  Touest  de  la  Chine  avec  un  vocabulaire  français-chinois  par 
plusieurs  missionnaires  du  Sé-tch*ouan  méridional.  Hongkong,  Imprimerie 
de  la  société  des  Missions  étrangères,  1893,  in-4*,  xiv  pages  ■{-  1  feuillet 
n.  ch.  +  736  pages.  —  5°  Dictionnaire  bahnar-français  par  P.  X.  Douris- 
boure,  de  la  société  des  Missions  étrangères,  ancien  missionnaire  des  Bah* 
nars.  Hongkong ,  imprimerie  de  la  société  des  Missions  étrangères ,  1 889 , 
|)et.  in-8°,  xl?  |>age8  4-  1  leuillet  n.  ch.  +  363  pages. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  183 

Tliibet,  M.  Renou;  aussi  bien  la  préface  du  dictionnaire  nous 
donne-t-elle  la  genèse  de  ce  livre  :  ■  Admis  comme  marchand 
chinois  dans  la  lamaserie  de  Teun-djrou-ling ,  qui  est  dans 
la  vallée  du  Fleuve  Bleu,  M.  Renou  y  reçut  pendant  dix 
mois  les  leçons  dévouées  du  chef,  devenu  son  maître  de 
langue  thibétaine.  L*année  suivante,  M.  Renou  continuait  ses 
études  près  du  lama  de  Tcha-mou-tong ,  puis  à  Bonga ,  au  Thi- 
bet  proprement  dit,  où  il  s'était  établi  en  septembre  i854  •  •  . 
[M.  Renou  mourut  en  i863].  En  1862-1863,  M.  Fage  réunit 
en  un  seul  manuscrit  le  dictionnaire  de  Csoma  et  les  nom- 
breuses gerbes  linguistiques,  que  les  missionnaires  avaient 
recueillies  avec  tant  de  patience  et  de  soin  ;  mais  il  changea 
complètement  l'ordre  alphabétique ,  pour  adopter  celui  des  au- 
teurs thibétains ,  qui  est  le  seul  rationnel.  C'est  le  même  plan 
que  suivit ,  mais  sans  avoir  connaissance  du  travail  de  M.  Fage , 
le  Rév.  H.  A.  Jaeschke ,  dans  son  savant  dictionnaire ,  publié 
à  Londres  en  188a.  M.  Fage  adopta  aussi  l'usage  de  la  langue 
latine ,  comme  langue  savante  de  l'Europe ,  et  pour  faciliter 
l'étude  à  ses  confrères  qui  ne  savaient  pas  Tanguais.  Le  fran- 
çais ne  fut  ajouté  que  plus  tard,  au  moment  de  l'impres- 
sion. .  .  .En  1880,  un  des  plus  anciens  missionnaires  du 
Thibet  oriental,  M.  Desgodins,  fut  envoyé  dans  le  nord  de 
l'Inde  pour  chercher  à  établir  une  nouvelle  mission  catho- 
lique dans  les  pays  thibétains  au  sud  des  provinces  centrales. 
Remporta  avec  lui  un  exemplaire  du  dictionnaire  de  M.  Fage, 
toutes  ses  notes  et  celles  de  ses  confrères.  En  1 883 ,  il  avait 
fondé  un  premier  établissement  au  petit  village  de  Padong , 
dans  le  Bouthang  anglais.  C'est  là  qu'il  mit  en  ordre  tous  ses 
matériaux,  ajoutant  encore  ce  qu'il  trouva  de  neuf  dans  le 
Dictionnaire  du  Rév.  Jaeschke,  qui  venait  de  paraître. 
Ces  emprunts,  il  les  a  toujours  indiqués  parla  lettre  (J)  pour 
en  laisser  l'honneur  et  la  responsabilité  au  véritable  auteur. 
De  plus,  il  eut  la  bonne  fortune  de  trouver  une  dizaine  de 
dictionnaires  thibétains,  qui  furent  soigneusement  coUa- 
tionnés  avec  la  première  rédaction.  Ce  fut  encore  l'occasion 
de  récolter  une  gerbe  de  nouveaux  mots,  et   d'indiquer 


184  JUILLET-AOÛT   1900. 

quelques  variantes  de  sens.  Quand  Tœuvre  de  coordination 
fut  terminée,  après  dix  ans  de  travail,  M.  Desgodins  envoya 
une  copie  de  son  manuscrit  à  M.  (maintenant  Monseigneur) 
Giraudeau,  dont  la  science  en  thibétain  écrit  et  parlé  est 
tout  à  fait  remarquable.  Celui-ci  revisa  le  manuscrit,  y  fit  un 
.  certain  nombre  de  corrections ,  et  envoya  une  ample  provi- 
sion d'additions  qui  furent  fidèlement  incorporées  au  texte.  » 

Il  fallait  imprimer  Touvrage.  M.  Auguste  Desgodins  vint 
en  Europe  en  1890,  et  il  voulut  bien  me  communiquer 
quelques  feuUles  de  son  manuscrit,  qui,  si  je  ne  me  trompe, 
comprenait  alors,  outre  le  français,  le  latin  et  le  tibétain, 
Tanglais,  qui  d'ailleurs  est  peu  utile,  grâce  au  Dictionnaire 
de  Jaeschke.  Les  frais  d'impression  de  l'ouvrage  eussent  été 
extrêmement  considérables  à  Paris,  où  elle  n'aurait  pu  être 
entreprise  qu'à  l'Imprimerie  nationale;  heureusement  les 
Missions  étrangères,  imitant  l'exemple  des  Jésuites  à  Zi-ka- 
wei ,  avaient  créé  dans  la  partie  de  l'île  de  Hong-kong  nom- 
mée Pokfalam,  une  imprimerie  dite  de  'Nazareth,  ou,  grâce 
au  directeur  de  cette  dernière,  M.  Rousseille,  depuis  supé- 
rieur du  séminaire  de  la  rue  du  Bac ,  les  caractères  tibétains 
furent  fondus  dans  l'établissement  même ,  et  lé  travail  de 
composition  typographique ,  commencé  le  2 1  novembre  1 894 , 
s'acheva  à  la  fin  d'août  1899.  M.  Desgodins,  le  principal 
auteur  de  l'œuvre ,  put  corriger  les  épreuves  de  la  partie  tibé- 
taine à  Hong-Kong  même ,  tandis  qu'il  confiait  à  plusieurs  de 
ses  confrères  le  soin  de  l'aider  dans  la  correction  des  parties 
latine  et  française. 

Nous  n'avions  en  français  aucun  dictionnaire  tibétain; 
l'ouvrage  latin  du  père  augustin  Antoine  Giorgi  ^  est  oublié 

'  Alphabctum  tihotaiium  missionum  apostollcarum  commodo  editum. 
Praemlssa  est  Disquisilio  quade  vario  litterarum  ac  rogioiiis  nominr,  gpntis 
orlgiiR',moribus,  su(H>rslilioiie ,  ac  maiiichaeismo  luse  disseritur.  Beansobrii 
calumnliK  In  Saiiclum  Aun^uslinum,  aliosque  Rcclrsiee  Patres  refutantur. 
Studio  ot  labore  Fr.  Augiistliii  Antoiiii  Georgil  Eremitœ  Augustiniani. 
Romac  MOCCrAlI.  Typis  Sacrœ  Goiigrfgatioiiîs  de  Propaganda  Fide.  — 
Superiorum  facuitatc,  in-4°,  xciv-820  pages. 


NOjUVELLES  ET  MÉLANGES.  185 

depuis  longtemps;  les  dictionnaires  de  Csoma  de  Koros^  et 
de  Jaeschke*  (tibétain -anglais)  et  de  Schmidt*  { tibétain - 
allemand)  sont  les  seuls  en  usage  actuellement  :  un  travail 
français  est  donc  le  bienvenu. 

Connue  ses  devanciers,  le  P.  Desgodins  a  suivi  Tordre 
adopté  par  les  auteurs  tibétains  ;  la  table  alphabétique  est 
donnée  au  commencement  de  Touvrage ,  p.  ix-xii.  Le  P.  Des- 
godins a  d'ailleurs  consulté  avec  soin  les  autres  dictionnaires 
et  il  ne  manque  pas  d'indiquer  ce  qu'il  leur  a  emprunté.  Je 
regrette  qu'il  n'ait  pas  donné  à  la  iin  du  volume  un  vocabu- 
laire français-tibétain ,  à  l'exemple  de  Jaeschke  et  de  Schmidt 
qui  ont  imprimé  l'un  un  vocabulaire  anglais-tibétain ,  l'autre 
une  liste  alphabétique  des  noms  allemands.  Csoma  de  Koros 
ne  donne  pas  non  plus  de  vocabulaire  anglais- tibétain. 
L'abbé  Desgodins ,  pas  plus  que  CsOma  et  Schmidt  ne  répète , 
ce  que  fait  Jaeschke,  la  prononciation  de  chaque  exemple 
donné.  Le  voliune  du  dictionnaire  en  est  ainsi  diminué, 
mais  il  y  a  nécessité  pour  celui  qui  ne  possède  pas  encore  à 
fond  son  alphabet,  de  recourir  constamment  à  la  table  du 
commencement.  En  revanche ,  si  Jaeschke  donne  la  pronon- 

'  Essay  towards  a  Dictionary,  Tibctan  and  ËngUsh.  —  Prepared,  willi 
the  assistance  of  Bandé  Sangs-iigyas  Phun-Tshogs,  a  learned  lama  of 
Zangskâr,  by  Alcxandcr  Csoma  de  Kôrôs,  Siculo-Hungarian  of  Trausyi- 
vaoia.  Duiing  a  résidence  ai  Kanam,  in  thc  Himalaya  Mountaîns,  on  ihe 
Confines  of  India  and  Tibet,  1827-1830.  —  Calcutta  :  Printed  al  thc 
Baptist  Mission  Press,  Circuiar  Koad,  i834i  iii-A*t  xxii-35i  pages  à  a  co- 
lonnes. 

^  A  Tibetan-Ënglish  Dictionary  with  spécial  référence  to  the  prevailiug 
Dialects  to  which  is  added  an  Ënglish-Tibetan  Vocabulary.  By  H.  A.  Jàschke, 
late  Moravian  Missionary  at  Kyèlang,  British  Lahoul.  —  Prepared  and 
pubL'sbed  at  the  charge  of  the  Secretary  of  State  for  India  in  Couucil.  — 
London,  1881,  xxii-671  pages  à  2  colonnes.  —  Ënglish-Tibetan  Vocabu- 
lary, p.  6 1 1  et  seq. 

'  Tibetish-Deutsches  Wôrterbuch,  nebst  deutschem  Wortregister,  von 
J.  J.  Schmidt...  —  Herausgegeben  von  der  Kaiserlichen  Akademie  der 
VVisseuschaften. —  i84i.  St.  Petersburg.  bei  VV.  Gràfl's  Ërben.  —  Leipzig, 
bei  Leopold  Voss.  gr.  in-^°,  xi-784  pages  H-  1  feuillet  n.  ch.  Le  Diction- 
naire est  sur  2  colonnes  et  VAlphabet,  Verztichniss  der  Deulschen  fFôrler, 
p.  63  a  et  seq.  est  sur  3  colonnes. 


186  JUILLET-AOÛT   1900. 

dation  pour  chaque  exemple,  il  n'en  donne  pas  les  carac- 
tères, comme  M.  Desgodins.  Aussi  bien  les  exemples  suivants 
feront-il  voir  la  méthode  de  chacun  des  auteurs  : 

Jaeschke  est  court  : 
l'I'à  ka-ka-ni,  a  small  coin  of  ancient  India  [Csoma]  [p.  i]. 

Mais  Csoma  est  plus  explicite  :  «small  money,  in  ancient  India; 
vaJue  twenty  shells  or  cowries»  [p.  i], 

Schmidt,p.  1,  est  aussi  bref  que  Jaeschke  :  «Ëine  kleine  Geld- 
sorte  in  Altindien  ». 

M.  Desgodins  est  plus  explicite  et  se  rapproche  de  Csoma  :  «  ^1^ 

Parva  moneta  in  antiqna  India,  valet  20  pandas  conchas  (cowries), 
petite  monnaie  valant  ao  coquilles». 

Jaeschke  écrit  : 

SS*Q'  cdn-pa  a  pair  of  scissors,  but  the  common  people  know  only 

ihears,  which  are  for  varions  purposes;  the  scissors  mentioned  in 
surgical  books  are  probably  of  a  nicer  construction,  [p.  i55]. 

Csoma  donne,  p.  44-45  :  «A  pair  of  scissors; a  cutting  with  scis- 
sors ;  to  V,  a,  shave ,  etc.  » 

Desgodins  :  as'q*  For/îce* ,  ciseaux  ;  a*y^'5l«*  v,  vulg,  q^^ 

forf,  secare,  couper  avec   des  ciseaux;  a'^^^'^M  v,  H'^V  forjlc, 

radere,  capillos  secare,  couper  les  cheveux,  raser  [p.  817]. 

L'ouvrage  fait  le  plus  grand  honneur  à  ses  auteurs  et  ajou- 
tons-le, à  ses  imprimeurs  aussi.  Tous  les  gens  de  science  se 
réjouissent  de  l'apparition  de  cette  œuvre  considérable  et  les 
Français  en  particulier  doivent  être  fiers  d'être  aussi  bril- 
lamment représentés  dans  le  groupe  restreint  de  savants  qui 
font  de  l'Asie  orientale,  l'objet  de  leurs  études,  qu'ils  le 
sont  par  les  modestes  missionnaires  de  l'Extrême-Orient. 

Henri  Cordier. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  187 

Die  LbBBNSBBSCHREIBUNG  VOIfPADMA  SaMBHAVAiê  DBM  BÉGRiff- 

DBR  DBS  Lamaismus,  7â7  nach  Chr,  I.  —  L  Teil;  Die  Vor- 
(fesckickte  enthaitend  die  Herkunft  und  Familie  des  Buddha 
Çâkyamuni  ;  aus  dem  Tibetischen  ûbersetzt  von  Emil  Schiagint- 
weit  Mùnchen,  1899;  28  pages  in-4°  [ài^-Mà)*  Extrait  des 
Mémoires  de  l'Académie  royale  des  sciences  de  Bavière. 

Comime  on  le  voit  par  le  long  intitulé  reproduit  ci-dessus, 
cette  première  partie  d'une  biographie  de  Padma-SambhaVa 
est  exclusivement  relative  à  Çâkyamuni.  M.  Schlagintweit 
nous  donne  la  traduction  du  viii"  chapitre  (p.  9-12)  et  du 
IX*  chapitre  (p.  lA-ig)  et  le  texte  (en  transcription)  de  la 
partie  traduite  (p.  2  5-28].  Il  ajoute  quelques  indications  sur 
le  contenu  de  divers  chapitres ,  et  fait  précéder  le  tout  d'une 
description  du  ms.  qui  lui  a  servi  pour  son  travail ,  des  édi- 
tions imprimées  ou  des  copies  manuscrites  plus  ou  moins  di- 
vergentes qui  en  existent,  des  sources  que  l'on  a  pour  la 
connaissance  de  la  vie  et  de  l'œuvre  de  Padma  Sambhava, 
des  travaux  qui  ont  été  faits  sur  ce  sujet.  Le  ms.  dont  il  s'est 
servi  a  été  rapporté  par  son  frère  Hermann,  et  a  eu  bien  des 
vicissitudes;  il  est  fort  dégradé  et  incomplet,  et  s'arrête  au 
milieu  du  chapitre  5i.  On  ne  peut  faire  un  travail  sérieux 
sur  cet  ouvrage  qu'à  la  condition  de  consulter  d'autres  exem- 
plaires. 

Ces  exemplaires,  s'ils  ne  sont  pas  facilement  accessibles, 
sont  du  moins  nombreux;  il  s'en  trouve  dans  les  couvents 
lamaïques,  et  il  n'est  pas  de  monastère  au  Sikkim,  par  ex- 
emple, qui  ne  possède  une  ou  plusieurs  oVie  de  Padma- 
Sambhava  »  ;  car  il  est  révéré  au  Tibet  comme  le  «  Second 
Docteur  » ,  le  premier  étant  Çâkyamuni ,  dont  la  biographie 
est  naturellement  comme  la  préface  de  celle  du  fondateur 
du  Lamaïsme. 

Le  récit  de  la  carrière  du  Buddha  jusqu'à  son  retour  à  Ka- 
pilavastu,  est  le  même  dans  «toutes  les  langues»,  selon  la 
remarque  de  M.  Rockhill  reproduite  par  M.  Schlagintweit. 
Cependant  l'ouvrage  sur  lequel  a  travaillé  M.  Schlagintweit 
présente  cette  particularité  que  le  Bodhisattva,  le  futur  Çâ- 


188  JUILLET-AOÛT   1900. 

kyamuni,  dans  le  ciel  Tusita,  d'où  il  est  descendu  sur  la  terre 
pour  devenir  Buddha,  porte  le  nom  de  «Çvetaketu,  fils  du 
roi  Gûda  d*heureuse  naissance  »  o a  «  de  bonne  race  »  (rgyal-po 
gtsug  phud  rigs  bzan  sra). 

Un  Index  des  noms  propres  remplit  la  page  44o  ;  et  i  o4 
notes  garnissent  le  bas  des  pages. 

Nous  reviendrons  sur  cette  publication  quand  la  suite  nous 
apportera  l'histoire  même  de  Padma  Sambhava. 

L.  Feer. 

nECUEIL  D'ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE 


SOMMAIRE  DES  MATIERES  CONTENUES  DANS  LE  TOME  Vf  (  EVeC  planches 

et  gravures),  en  cours  de  publication;  livraisons  i  à  8,  1900. 

S  1  •  Jarres  israélites  marquées  à  Testampille  des  rois  de  Juda.  — 
SS  2,  3.  Cinq  poids  israélites  à  inscriptions.  —  S  4.  Empédocle, 
Zenon ,  les  Manichéens  et  les  Cathares.  —  S  5.  Une  nouvelle  dédicace 
à  Zeus  Héliopolite.  —  S  6.  Jean  le  Hiérapolite ,  évéque  d'Abila  de 
Lysanias.  —  S  7.  Le  ratl  arabe  et  l'éponge  américaine.  —  S  8.  La 
ville  lévitique  de  Méphaat.  —  S  9.  Les  trois  Karak  de  Syrie.  — 
S  10.  Le  lieu  de  la  lapidation  de  saint  Etienne.  —  S  11.  La  voie 
romaine  de  Palmyre  à  Risapha.  —  S  12.  Inscriptions  grecques  de 
Mésopotamie.  —  S  i3.  Inscriptions  grecques  de  Palestine  et  de 
Syrie.  —  S  i4.  La  «Tabella  deviotioni  1»  punique.  —  S  i5.  Le  nom 
de  Phiioumenè  en  punique.  — S  16.  Manboug-Hiérapolis  dans  les 
inscriptions  nabatéennes.  —  S  17.  Resapha  et  la  Strata  Diocletiana. 
—  S  18.  Inscriptions  grecques  du  Hauràn.  —  S  19.  Les  inscrip- 
tions du  tombeau  de  Diogène  à  £1-Hâs. 

'  Voir  Journal  Asiatique,  ocl.  1899,  p.  37a.  —  Prit  de  chacun  des  vo- 
lumes 1,  11,  m,  2  5  fraacs.  Prix  du  volume  IV,  souscrit  d'avance  et  i 
recevoir  par  livraison  :   ao  francs. 


Le  gérant  : 
RUBENS  DUVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 
MOEURS  ET  TRADITIOINS  DE  L'AURÈS. 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES 

EN  DIALECTE  GHAOUIA, 

PAR 

M.    GUSTAVE    MERCIER, 


AVANT-PROPOS. 


Les  Arabes  désignent  du  nom  un  peu  dédaigneux  de 
Chaoaia  les  tribus  berbères  qui ,  des  Hauts  Plateaux  jusqu'au 
Sahara,  occupant  la  portion  centrale  du  département  de 
Constantine.  Le  sud  de  cette  région  s'appuie  sur  la  forte  os- 
sature du  massif  de  l'Aurès ,  ou  Aourès  *  comme  prononcent 

'  On  a  voulu  faire  dériver  ce  nom  de  l'hébreu  T"l{<  «cèdre»,  et  les  im- 
menses fbréls  de  cèdres  qui  ont  couvert  autrefois  et  occupent  encore  une 
partie  du  massif  prêteraient  (|uelque  vraisemblance  à  cette  étymologie. 
Mais  comme  il  n'y  a  pas  d  apparence  que  les  Israélites  aient  pénétré  le  pays 
avant  la  conquête  romaine ,  il  faudrait  admettre  que  ce  nom  fut  donné  {Nir 
les  Phéniciens  et  adopté  ensuite  par  les  Romains  qui  en  firent  VAurasius 
mons.  Quant  aux  indigènes,  ils  ne  l'appliquent  qu'à  une  montagne  des. en- 
virons de  Khenchela ,  le  Djebel  Aourès ,  et  ne  donnent  pas  de  nom  à  l'en- 

\VI.  l3 

tMralXF.KIB    aATIOUAtB. 


190  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

les  indigènes,  forteresse  naturelle  où,  de  la  plus  haute  anti- 
quité ,  la  race  berbère  se  cantonna  pour  résister  aux  invasions 
qui  inondaient  la  plaine  ;  vaste  réservoir  d'hommes  d'où  dé- 
valèrent les  hordes  des  héros  de  Tindcpendance  de  ce  peuple 
toujours  opprimé ,  les  bandes  de  K'ocila  et  les  fanatiques  de 
La  Kahina.  Au  nord,  le  relief  s  affaisse  dans  les  ondulations 
qui  a  voisinent  Rhenchela,  Bar  aï  ^  Timgad,  Lambessa;  puis, 
la  grande  plaine  froide  s*étend  jusqu'aux  soulèvements  du 
Hanout ,  du  Nif  Enneser  *  et  du  Guerioun ,  à  5o  kilomètres 
au  sud  de  Gonstantine.  Les  races  y  sont  mêlées  et  Tarabe  y 
règne  comme  langue  courante.  Mais  un  grand  nombre  de  tri- 
bus ou  fractions  ont  conservé  leur  vieux  parier  berbère  pour  les 
usages  intimes ,  et  ce  langage  est ,  à  très  peu  de  chose  près , 
celui  de  l'Aurès,  avec  peul-être  l'adjonction  d'un  nombre 
pkis  considérables  encore  de  termes  arabes.  Il  en  est  de  même 
pour  la  grande  tribu  berbère  arabisée  des  H'arakta ,  qui  con- 
fine au  nord-est  le  territoire  que  nous  venons  de  décrire  ;  et , 
à  l'ouest ,  les  Oulad  Solt'ane  et  les  habitants  du  massif  mon- 
tagneux du  Belleznia  sont  encore  des  Chaouia. 

(j'est  donc  une  superficie  considérable ,  1 5o  kilomètres  du 
sud  au  nord ,  plus  de  200  de  l'est  à  l'ouest  que  couvre  ce  grou- 
pement berbère.  On  peut,  dès  lors,  s'étonner  qu'il  n'ait  pas  été 
jusqu'à  présent  l'objet  d'études  plus  approfondies  ^.  La  raison 

semble  du  massif.  Cf.  La  Toponymie  berbère  de  la  région  de  VAurèt  [Con- 
grès  des  Orientalistes ,  1 899  ). 

'  K'çar  Bar' aï,  le  Baghaî  des  Romains  :  nom  évidemment  emprunté  par 
eux  au  dialecte  berbère  local.  Baghat  est  un  pluriel,  pour  Bar'ain  ou  Ai- 
bat'aîn,  plur.  de  haber'a  «ronce».  Il  existe  encore  dans  TÂurès  un  grand 
nombre  de  localités  appelées  par  les  indigènes  Aîn  Taber'a,  la  «source  des 
ronces  V. 

'  ^-**ÏJleAjsJ  «le  bec  d*aîg^e»,  nom  donné  en  raison  de  la  forme  particu- 
lière de  la  montagne. 

•  Nous  ne  |)ossédons  guère  sur  ce  sujet  que  les  travaux  du  regretté  Mas- 
queray,  De  Aurasio  monte;  traditions  de  VAourèi  oriental  ;  formation  des 
cites  dans  la  Kabylie ,  VAourès  et  h  Mzab,  —  Au  point  de  vue  linguistique , 
un  mémoire  paru  à  la  suite  de  Sicrakowski.  Das  Schaui  (Dresde,  1871); 
un  •vocabulaire  publié  jwir  Masqueray,  sous  ce  titre  t  Comparaison  du  dia^ 
hcte  des  Zenaga  avec  les  vocabulaires  des  Chaouia  et  des  Benî  Mzah,  tous 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  191 

en  est  probablement  dans  ce  fait  que  les  Chaouia  facilement 
abordables,  ceux  de  la  plaine,  sont  arabisés  tout  au  moins 
à  la  surface ,  et  possèdent  une  connaissance  assez  complète 
de  la  langue  arabe  pour  que  leur  idiome  maternel  échappe  à 
l'observation  du  voyageur.  Ils  n'aiment  d'ailleurs  j>as  le  pro- 
diguer, et  le  réservent  pour  leur  usage  exclusif,  afin  d'échanger 
entre  eux  des  observations  et  des  pensées  qu'une  oreille 
étrangère  n'arrive  pas  à  surprendre.  Il  faut  pénétrer  au  cœur 
de  la  montagne ,  pour  trouver  des  fractions  où  seuls ,  quelques 
rares  tolba,  commerçants  et  voyageurs  parlent  l'arabe;  et 
jusqu'à  ces  toutes  dernières  années,  aucune  route  n'ouvrait  à 
l'étranger  l'accès  du  massif  inviolé.  On  peut  maintenant  se 
rendre  en  voiture  de  Batna  jusqu'à  l'hôpital  d'Arris ,  au  centre 
du  pays  des  Touaba  ^  Les  pères  et  sœurs  blancs  qui  l'ha- 
bitent sont,  avec  le  personnel  restreint  du  petit  poste  mili- 
taire de  Tkout*,  à  ao  kilomètres  plus  à  l'est,  les  seuls  Euro- 
péens établis  à  l'intérieur  du  massif,  dans  ces  milliers  de 
lieues  carrées  couvertes  de  montagnes  abniptes ,  de  falaises , 
de  rochers  et  de  forêts.  La  nature  du  pays  explique  suffisam- 
ment cette  al)stention  de  notre  part  :  la  rareté ,  la  cherté  des 
terres  de  culture,  limitées  au  creux  des  vallées,  et  la  densité 
de  la  population  actuelle  font  que  toute  colonisation  y  est 
impossible  :  est-ce  à  dire  que  les  années  s'écouleront  sans 
que  la  force  des  choses  nous  permette  de  pénétrer  la  démo- 
cratie pauvre ,  arriérée  et  presque  sans  besoins  que  constitue 
cette  société  berbère ,  restée  depuis  des  siècles  en  dehors  de 
tous  les  grands  mouvements  (|ui  ont  agité  le  monde  et  l'A- 
frique du  nord  ?  Nous  ne  le  pensons  pas.  Un  jour  viendra 
où  le  minerai  cfui  affleure  sur  les  roches  nues ,  qui  se  cache 

doux  sans  grande  valeur  ;  quelques  fables  publiées  par  M.  Basset  dans  son 
Loqman  berbère  (Paris,  1890). 

'  Les  Touaba  *^^y^ ,  pluriel  de  Toabi  (s^y  sont  apfielés  par  les  Arables 
oulad  Daoud;  ils  font  |)artie,  comme  les  Oulad  Abdi,  de  la  commune 
mixte  de  TAurès. 

'  Le  |K)ste  de  Tkout  comprend  les  tribus  des  Beni'bou-Slimane  et  de 
TAVmar  Khaddou  et  dé|)end  administrât! vement  du  cercle  militaire  de 
Biskra. 

i3. 


192  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

sous  la  végétation  triste  des  romarins  et  des  thuyas ,  attirera  . 
toute  une  armée  d'ouvriers  et  de  chercheurs.  Ce  jour-là ,  le 
mouvement  et  la  vie  sillonneront  cette  nature  sauvage,  en- 
dormie depuis  si  longtemps  d*un  sonmieil  sans  rêves,  et  les 
antiques  guelaâs  ^  s'effriteront  au  contact  de  nos  usines,  conmie 
la  société  berbère  s'évanouira  au  contact  de  nos  ouvriers, 
avec  ses  traditions,  sa  langue  et  ses  mœurs  d'un  autre  âge. 

Peut-être  la  connaissance  du  chaouia  aura-t-elle,  durant 
la  période  de  transition ,  un  intérêt  pratique.  Elle  ne  saurait 
en  avoir  maintenant  que  pour  ceux ,  peu  nombreux ,  qui  sont 
appelés  à  fréquenter  ces  indigènes;  mais  dès  à  présent,  son 
importance  scientifique  la  rend  digne  d  une  étude  sérieuse. 
Ce  dialecte  pourrait,  en  effet  constituer  le  type  dune  des 
grandes  subdivisions  de  la  famille  berbère ,  à  l'égal  du  kabyle, 
du  tamachek*  et  du  mzabite.  C'est  un  spécimen  relativement 
pur,  harmonieux  et  doux  de  la  zenatiya ,  c'est-à-dire  du  lan- 
gage parié  par  les  berbères  zenètes,  et  les  innombrables 
rameaux  de  cette  troisième  race,  suivant  la  classification 
d'Ibn  Khaldoun ,  sont  épars  sur  toute  l'étendue  de  l'Afrique 
du  Nord.  La  linguistique  pourrait  ici  servir  quelquefois  de 
point  de  repère  à  l'histoire,  et  il  n'est  pas  sans  intérêt  de 
retrouver  chez  les  Béni  Menacer,  et  jusque  dans  le  Maghreb 
occidental ,  chez  les  Béni  Iznacen  *  et  nombre  de  tribus  ma- 
rocaines ,  un  dialecte  zénatien  presque  semblable  à  celui  des 
Chaouia  '. 

La  grammaire  est  en  réalité  d'une  simplicité  extrême  et 
présente  peut-être  moins  de  complication  que  celle  du  Zoua- 
oua  ;  les  formes  verbales ,  seules ,  lui  donnent  une  complexité 
apparente.  On  y  rencontre,  dégagée  de  toute  addition,  ce 
qu'on  pourrait  appeler  l'ossature  de  la  morphologie  berbère , 
telle  qu'on  la  retrouve  dans  tous  les  dialectes,  telle  qu'elle 

'  Voir  Le  Chaouia  de  l'Aurès ,  p.  9 ,  u  2. 

'  Cf. Basset,  La  Zenatiade  VOuarsenis ,  Paris , Leroux ,  iSgô;  Le  dialecte 
berbère  des  Béni  Iznacen  (Florence,  1898). 

'  Nous  sommes  oblige  de  renvoyer,  pour  plus  de  détails  sur  ce  dernier 
dialecte,  à  notre  Chaouia  de  VAurès  (Paris,  Leroux,  1896,  in-8*). 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  193 

existe  sans  nul  doute  depuis  une  antiquité  très  haute  :  ab- 
sence de  déclinaison,  rapports  des  substantifs  indiqués  à 
Taide  de  prépositions  nombreuses,  qui  donnent  au  discours 
une  forme  analytique  contrastant  avec  Faliure  polysynthé- 
tique  du  verbe  ;  l'adjectif  qualificatif  se  confondant  avec  le 
nom  ;  le  thème  pronominal  fomiant  avec  les  prépositions  des 
combinaisons  multiples;  absence  presque  totale  de  conjugai- 
son, le  verbe  ne  pouvant  se  plier  qu'à  exprimer  des  idées  de 
personne  et  de  nombre  et  Tidée  de  temps  restant  implicite- 
ment contenue  dans  l'ensemble  général  du  discours. 

Nous  avons  dit  que  les  formes  verbales  offrent  une  com- 
plexité apparente,  surtout  si  l'on  essaye  d'en  donner  une 
classification  rigoureuse  de  les  enfermer  dans  un  cadre  nette- 
ment déterminé.  Nous  pensons  cpie  le  langage  présente  là 
quelque  chose  d'un  peu  flottant;  la  racine  verbale  est  une 
matière  plastique,  fertile  en  ressources  pour  exprimer  les 
modalités  de  l'action  ;  mais  avant  de  songer  à  situer  rigou- 
reusement sa  pensée  dans  le  temps  \  l'homme  cherche  à 
l'exprimer  avec  toutes  ses  particularités',  et  s'attache  quel- 
quefois à  des  détails  qui  nous  paraissent  secondaires  :  de  là 
ce  qu'on  a  nommé  à  la  suite  du  général  Hanoteau,  des 
f ovines  d'habitude,  et  qui  sont  plutôt  à  nos  yeux  des  formes 
intensives  ou  neutres,  remplissant  quelquefois  l'office  de  la 
conjugaison  grecque  en  fit.  Enfin,  l'usage  de  verbes  auxi- 
liaires étant  inconnu,  la  passivité  ne  peut  s'exprimer  que 
par  une  modification  du  radical  verbal.  Les  procédés  ainsi 
employés  sont  au  fond  peu  nombreux  et  tous  très  rationnels , 
mais  leurs  combinaisons  sont  multiples ,  et  quelquefois  laissées 
à  l'initiative  ingénieuse  de  chacun. 

Avec  la  morphologie ,  nous  sommes  amené  à  dire  quelques 

'  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  les  notions  de  temps  sont  très  peu 
développées  cliez  les  hommes  primitifs.  Le  présent,  le  |)assé,  l'avenir, 
Tinstant,  l'heure ,  la  durée,  ne  sauraient  pas  s'exprimer  en  berbère  sans 
le  secours  de  l'arabe;  le  même  adverbe,  zi/^^  signifie,  suivant  les  cas  «tout 

l'heure,  de  bonne  heure,  jadis,  autrefois,  il  y  a  très  longtemps». 


194  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

mots  du  vocabulaire.  Un  dictionnaire  scientifique  des  racines 
berbères  comparées  n'existe  pas  encore,  et  il  semble  qu'un 
pareil  travail  soit  à  -la  portée  du  seul  M.  Basset ,  dont  il  cou- 
ronnerait l'œuvre  accomplie  avec  tant  de  patience  et  de  pro- 
bité. Nous  croyons  qu'un  des  premiers  profits  à  en  tirer 
serait  la  démonstration  de  ce  fait  que  les  mots  empruntés  à 
l'arabe  sont  à  peu  de  chose  près  les  mêmes  dans  tous  les  dia- 
lectes; d'où  cette  conséquence,  que  ces  mots  n'ont  pas  sup- 
planté des  racines  berbères  plus  anciennes  et  perdues  depuis, 
mais  bien  plutôt  qu'ils  ont  ajouté  leur  contingent  a  celui ,  assez 
restreint,  dont  disposaient  les  indigènes  de  l'Afrique  anté- 
rieurement à  l'invasion  hilalienne.  Le  vocabidaire  berbère 
est  pauvre;  de  plus,  il  est  tout  à  fait  insuffisant,  pour  ne  pas 
dire  nul,  lorsqu'il  s'agit  d'exprimer  certaines  catégories 
d'idées,  et  en  premier  lieu  les  idées  abstraites,  et  celles  re- 
latives à  la  religion ,  aux  formules  de  politesse ,  aux  salutaiions, 
etc.  Les  Berbères  devaient  donc  accueillir  avec  faveur  l'outil 
mis  à  leur  dispbsition  par  des  vainqueurs  dont  la  langue 
était  à  tous  égards  supérieure  à  la  leur  et  de  plus  se  prétait 
merveilleusement  à  des  incorporations  dans  l'idiome  des 
vaincus. 

Abstraction  faite  de  ces  emprunts,  le  vocabidaire  des 
Chaouia  nous  représente,  pour  ainsi  dire  sans  déformations 
locales  et  presque  à  l'état  de  pureté ,  les  racines  qui  consti- 
tuent le  fonds  de  la  langue  berbère ,  et  que  l'on  retrouve  en 
tamachek',  en  zouaoua ,  en  Mzabite ,  empruntant  quelquefois 
une  couleur  particulière  à  chacun  de  ces  dialectes.  S'il  nous 
fallait  donner  ici  la  caractéristique* du  chaouia,  nous  pour- 
rions le  faire  d'un  mot  en  disant  que  c'est  l'euphonie ,  et  le 
principe  du  moindre  effort  :  élision  des  consonnes  heurtées , 
principalement  des  dentales ,  de  ce  tli  inital  si  abondant  en 
zouaoua ,  et  remplacé  chez  les  Chaouia  par  une  légère  aspira- 
tion ;  adoucissement,  affaiblissement  des  gutturales  qui,  loin 
de  sortir  des  profondeurs  extrêmes  du  gosier,  glissent  sans 
effort  le  long  du  palais  el  tendent  à  se  fondre  dans  la  demi- 
consonne  I.  C'est  ainsi  que  le  k  d)  se  prononce  comme  le  ch 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  ClIAOUIA.  195 

allemand  dans  le  mot  glàcklich  *  et  que  g  devient  i  :  Tama- 
chek*  iga  «  il  fait  »  ;  chaouia  ieya. 

Ces  particularités  font  que  rien  ne  diffère  plus,  en  appa- 
rence, d*un  discours  chaouia  qu'un  discours  tamachek'  où 
tout  semble  raide  et  heurté.  Mais  n'oubhons  pas  qu'il  ne 
s'agit  ici  que  d'une  apparence.  La  liste  serait  longue ,  des  vo- 
cables communs  a  ces  deux  dialectes ,  et  employés  chez  tous 
deux  »ous  la  même  forme  *;  et  par  là  s'affirme  l'unité  si  remar- 
quable de  cette  vieille  langue  africaine,  pariée  depuis  des 
milliers  d'années  sur  une  immense  étendue  de  pays,  et 
restée  partout  semblable  à  elle-même  malgré  les  changements 
que  le  climat,  la  vie,  les  relations  et  les  guerres  produisent 
chez  les  peuples. 

II 

Comme  tous  les  Berbères ,  les  Chaouia  n'ont  qu'une  litté- 
rature orale.  Nous  sommes  donc  réduits  à  en  recueillir  les 
monuments  de  la  bouche  de  leurs  conteurs ,  de  ces  narrateurs 
à  mémoire  prodigieuse  qui  rassemblent  à  la  veillée  un  audi- 
toire attentif,  et  racontent  les  faits  du  temps  passé ,  les  exploits 
des  héros ,  les  légendes  terrifiantes  d'ogres  et  de  génies ,  ou 
les  aventures  épicées  de  quelque  personnage  populaire  comme 
Bechkerker,  Accroupis  autour  de  feux  allumés  en  plein  air, 
les  indigènes,  suivant  leur  expression,  raccourcissent  ainsi 
les  longues  heures  de  la  nuit,  et  laissent  vagabonder  leur 
imagination,  ardente  comme  celle  des  enfants. 

Le  conteur  berbère  n'égale  point  cependant  le  maddah 

'  Nous  lavons  rendu  par  la  consonne  grecque  j^. 
'  Quelques  exemples  |)our  les  verbes  : 

O  3  edhs  «rire»;  O  3  et' t'es  «dormir;  PI  D  II  elmed  «apprendre; 
O  •  •   aker  «voler,  dérober»;  PI  O  irid  «être  propre»;  •  /  enr  «luer»; 

0  ns  «aller»;  •  ||  i7i«étre»;  Il  ©  c*Z  «entendre»;  O  II  ^'^  «s'habiller»; 

01  ens  «passer  la  nuit»;  ttO  erz  «casser»;  \  Q  eson  «boire»; 
4f  II  elhz  «avoir  faim»;  +  D  emmeï  «mourir»;  •  ©  ][  efsi  «foudre»;, 
et  des  centaines  d'autres  sont  communes  au  chaouia  et  an  Tamachek. 


196  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

arabe.  Celui-ci  est  prolixe,  sonore,  pressé,  éloquent  parfois; 
le  discours  se  précipite  dans  sa  bouche  et  se  déroide  en  ondes 
vigoureuses ,  entremêlées  de  vers ,  de  prose  rimée ,  d'invoca- 
tions aux  saints  de  Tlslam  et  à  Dieu  qui  est  prié  à  tout  propos 
de  faire  descendre  sur  les  assistants  sa  profitable  baraka.  Le 
conteur  berbère  est  plus  sobre,  plus  posé,  plus  concis,  au 
total  moins  beau  parieur.  Il  est  vrai  qu  il  n*a  point  à  sa  dis- 
position loutil  remarquable  et  opulent,  riche  de  synonymes, 
que  constitue  la  langue  arabe. 

C'est  ainsi  que  les  cinq  récits  qui  suivent  nous  été  contés 
par  deux  indigènes  de  T'kout,  Ahmed  ben  Mokhtar,  grand 
chasseur  devant  TEternel,  et  Ahmed  ben  Cherif,  vieillard 
membre  de  la  djemaâ  du  village,  ou,  pour  les  appeler 
comme  leurs  concitoyens,  IVand  ou  Mokhtar  et  H' and  ou 
Cherif. 

Le  premier.  Histoire  de  Djokhrane,  nous  reporte  aux  temps 
lointains  où  les  Roum  étaient  les  maîtres  du  pays.  C'est  l'a- 
venture d'uD  Valerius  Corvus  dont  le  corbeau  est  remplacé 
par  le  geai,  oiseau  très  commun  dans  la  montagne.  Il  est 
possible  que  cette  tradition  remonte,  en  effet,  aux  temps  de 
l'occupation  romaine  du  bas  empire.  Un  certain  nombre  de 
familles  berbères,  à  Tkout  et  ailleurs,  affirment  descendre 
des  Romains  :  notons  en  passant  qu'elles  n'en  présentent 
guère  le  type  et  ne  se  distinguent  en  rien  de  leurs  coreli- 
gionnaires. D'un  autre  côté ,  il  est  certain  que  les  Romains 
ont  dominé  pendant  des  siècles  sur  tout  l'Aurès.  Les  restes 
de  seguias  (canaux  d'irrigation)  creusés  dans  le  roc,  les 
ruines  nombreuses  et  éparses  qu'on  trouve  jusque  dans  les 
endroits  les  moins  accessibles  de  la  montagne,  prouvent 
qu'ils  Tavaient,  en  partie  du  moins,  romanisé.  Mais  l' ont-ils 
jamais  fortement  occupé ,  et  peuplé  de  colons  de  race  latine 
ou  italienne  ?  Nous  ne  le  pensons  pas.  Il  parait  aujourd'hui 
démontré  que  l'immigration  latine  ne  fut  pas  assez  forte  pour 
coloniser  réellement  même  la  plaine  et  le  littoral;  du  moins, 
les  Romains  surent-ils,  par  une  administration  habUe,  par 
leurs  fonctionnaires,  par  les  militaires  retraités  qui  s'éta- 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  197 

blissaient  dans  le  pays,  convertir  à  Jeur  civilisation  ces 
Africains,  séduits  par  le  luxe  de  leurs  villes,  par  le  magni- 
fique agencement  de  Torganisation  municipale  et  provin- 
ciale ,  et  dont  le  suprême  orgueil  fut  bientôt  d'adopter  les 
mœurs,  la  religion,  les  coutumes  et  jusqu'aux  noms  des 
vainqueurs.  Ceux-ci  ne  peuplèrent  point,  ils  romanisèrent 
l'Afrique;  à  plus  forte  raison  ne  sont -ils  pas  venus  s'im- 
planter dans  la  montagne  sans  routes,  sans  villes,  où  les 
terres  de  culture ,  alors  comme  aujourd'hui ,  étaient  rares  et 
suffisaient  à  peine  à  nourrir  les  habitants.  Mais  il  est  à  supposer 
que  les  montagnards  de  l'Aurès,  en  relations  avec  leurs 
vainqueurs ,  amenés  par  leur  affaires  à  fréquenter  des  villes 
telles  que  Mascula ,  Timgad ,  Lambessa ,  aient  adopté  juscpi  à 
un  certain  point  et  d'une  manière  très  superficielle  sans 
doute  la  civilisation  des  Romains. 

La  population  actuelle  de  l'Aurès  est  formée  d'un  grand 
nombre  de  petits  groupes  berbères  ou  arabes  dont  les  ori- 
gines sont  très  diverses.  Les  uns  habitent  le  pays  depuis  un 
siècle  à  peine ,  d'autres  depuis  plusieurs  centaines  d'années , 
d'autres  enfin  affirment  que  leurs  ancêtres  y  ont  vécu  de 
tout  temps. 

Ces  derniers  paraissent  avoir  conservé  un  souvenir,  très 
vague  sans  doute,  de  l'époque  où  ils  étaient  encore  païens, 
ou  tout  au  moins  non  convertis  à  l'islamisme.  Il  n'en  faut  pas 
davantage  pour  les  autoriser  à  s'attribuer  une  origine  ro- 
maine, et  l'on  doit  se  garder  de  prendre  au  sérieux  leurs 
prétendues  traditions. 

Les  deuxième  et  troisième  récits  sont  des  légendes  comme 
l'imagination  de  tous  les  peuples  en  a  enfanté  un  grand 
nombre.  Rechercher  quelles  peuvent  être  leur  antiquité  et 
leurs  origines  serait  se  perdre  dans  le  champ  des  hypothèses. 
M.  Basset,  par  ses  notes  savamment  documentées,  par  de 
nombreux  articles  publiés  dans  la  Revue  des  traditions  popu- 
laires, a  démontré  que  l'on  retrouve  les  mêmes  contes  et  les 
mêmes  légendes  chez  la  plupart  des  peuples  d'Europe ,  Celtes 
et  Germains,  chez  certains  peuples  d'Asie  jusque  dans  l'Inde, 


198  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

et  chez  les  peuples  du  Nord ,  en  Suède  et  en  Norvège.  Ces 
constatations  nous  permettent  de  faire  remonter  Torigine  de 
ces  traditions  fidèlement  transmises  de  bouche  en  bouche 
pendant  la  suite  des  âges,  à  une  antiquité  excessivement 
reculée.  Peut-être  faut -il  y  voir  un  héritage  de  la  race  qui 
couvrit  l'Afrique  septentrionale  de  dolmens  semblables  à 
ceux  des  Celtes  et  des  peuples  du  Nord,  de  cette  race  qui 
savait  manier  les  énormes  blocs  de  pierre  et  dont  les  sépul- 
tures étranges  couvrent  des  lieues  carrées  dans  la  forêt  de  Bou 
Yemman ,  près  de  Tkout.    • 

L*ogre  est  un  être  dont  on  n'a  point  une  idée  bien  précise 
si  ce  n'est  qu'il  est  énonne  et  qu'il  dévore  les  humains.  L'ogre 
de  l'Aurès  est  toujours  un  habitant  des  cavernes  ;  c*est  là 
qu'il  installe  son  repaire,  qu'il  amasse  ses  trésors  et  qu'il 
amoncelle  les  ossements  et  les  débris  de  ses  victimes  ;  ter- 
reur superstitieuse  dont  il  faut  demander  l'origine  à  ce  que 
l'inconnu  noir  des  excavations  où  l'homme  a  de  tout  temps 
cherché  un  refuge  a  d'effrayant.  Ces  cavernes,  afri  ou  ifri, 
plur.  ifran  ^  sont  nombreuses  dans  ce  pays  de  montagnes 
chaotiques  et  de  rochers.  Quelques-unes  sont  très  vastes 
et  peuvent  contenir  des  troupeaux  entiers  ;  souvent  Vajri  ne 
forme  qu'un  simple  abri  à  flanc  de  montagne,  largement 
ouvert  sur  toute  sa  longueur  et  recouvert  par  une  couche  de 
roc  horizontale  qui  surplombe  en  partie  le  vide.  Que  ces  afris 
aient  été  habités  depuis  les  temps  préhistoriques,  c'est  ce  dont 
il  n'est  guère  permis  de  douter,  encore  qu'ils  n'aient  pas  été 
scientifiquement  explorés.  Actuellement,  il  n'existe  point 
dans  l'Aurès  de  Troglodytes  proprement  dits;  mais  les  afris 
sont  utilisés  à  certaines  époques  de  l'année  pour  servir  d'in- 
stallations provisoires  aux  bergers  en  quête  de  pâturage»,  sur 
les  confins  du  Sahara  pendant  l'hiver,  dans  la  haute  mon- 
tagne au  cours  de  l'été. 

Le  quatrième  récit  est  relatif  à  une  aventure  toute  moderne, 


'  N'oublions  pas  qiio  les  ancioti^  &pprlaiont  les  habilants  de  ce  pays  des 
Afri  o!  que  de  In  est  venu  le  nom  donné  au  continent  tout  entier. 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  199 

puisqu'il  y  est  question  d'un  duel  à  coups  de  fusil.  11  nous 
a  paru  curieux  par  les  traits  de  mœurs  qu'il  renferme.  A  la 
vérité,  ce  n'est  point  un  récit  chaouia  puisqu'il  se  déroule 
entre  gens  du  Souf  et  Touareg;  mais  les  habitants  de  la 
montagne  ne  sont  point  sans  relations  avec  ceux  du  Sahara. 
Chaque  hiver,  toute  la  population  des  petites  tribus  d'A- 
chach ,  Oulach ,  Ouled  Youb ,  Oulad  Abderrah'  man  Kebach , 
Béni  Melkem ,  descend  des  hauteurs  et  va  s'installer  pour  hi- 
verner dans  ie  Sahara  voisin  de  la  montagne,  dans  ces 
plaines  arrosées  par  les  oued  lors  des  grandes  crues ,  et  qu'un 
peu  de  pluie  couvre  d'abondants  pâturages.  A  la  vérité,  ces 
migrations  annuelles  ne  dépassent  jamais  un  rayon  restreint, 
et  nos  Chaouia  ne  sont  guère  en  relations  directes  qu'avec 
les  Lakhdar  du  Zab  Chergui.  Mais  ceux-ci  ont  des  par- 
cours qui  a  voisinent  les  sables  du  Souf,  et  c'est  probable- 
ment par  eux  que  le  récit  dont  nous  parlons  a  pénétré  jusque 
dans  la  montagne.  Disons  en  passant ,  à  propos  des  Touareg , 
que  les  Chaouia  ignorent  totalement  quelle  parenté  les  unit  à 
ces  nomades  du  grand  Sahara,  et  ne  connaissent  peut- 
être  de  ceux-ci  que  le  nom  à  eux  donné  par  les  Arabes. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  les  mœurs  qui  nous  sont  révélées  par  le 
récit  ont  bien  un  cachet  berbère.  Les  Chaouia  se  montrent 
d'une  cruauté  intraitable  pour  la  fenmie  adultère.  Jusque 
dans  les  fractions  où  régnent  les  mœurs  les  plus  dissolues, 
où  la  femme  divorcée,  la  veuve  et  même  la  jeune  fille,  Vazria» 
jouissent  d'une  liberté  qui  dépasse  la  licence,  la  femme 
mariée  est  tenue  à  une  conduite  irréprochable ,  sans  quoi  tout 
est  permis  contre  elle;  et  les  exemples  sont  nombreux  de 
femmes  adultères  qui  subirent  le  sort  de  l'héroïne  de  notre 
récit  :  f  .  .  .on  l'égorgea,  on  réduisit  sa  chair  en  gueddid  (la- 
nières de  viande  séchée)  que  l'on  exposa  sur  un  jujubier 
sauvage ...  et  les  chacals  et  les  oiseaux  du  ciel  passèrent 
la  journée  autour,  et  les  dévorèrent  jusqu'à  ce  qu'il  n'en 
restât  plus  ». 

Nous  avons  dit  plus  haut  que  la  population  de  l'Aurès  est 
formée  d'une  quantité  de  petites  fractions  ou  petites  tribus 


200  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

d'origines  très  diverses.  Il  en  est  parmi  elles  qui  se  disent 
arabes,  se  parent  de  leur  origine  comme  dun  titre  de  no- 
blesse, méprisent  profondément  les  Chaouia,  et,  vivant  aux 
côtés  de  ces  Berbères ,  évitent  toute  mésalliance  avec  eux  et 
affectent  d'ignorer  jusqu'à  leur  langage  qu'ils  traitent  de 
jargon.  De  ce  nombre  sont  les  Chorfa,  descendants  hypothé- 
tiques du  Prophète ,  et  les  nobles  Serah'na ,  descendants  de 
Serh'ane ,  petit-fds  de  Hilal. 

La  grande  invasion  arabe  du  xi*  siècle ,  refoulée  en  Tunisie , 
s'étendit  sur  la  ligne  des  Hauts  Plateaux  conGnant  au  désert , 
et  poussa  dans  un  coin  perdu  de  la  montagne  ces  rejetons, 
comme  elle  laissa  la  tribu  des  Lakhdar  dans  les  plaines  du 
Zab  Cherguî.  Les  Serah'na  et  les  Chorfa,  au  nombre  de 
quelques  centaines  de  familles,  se  sont  maintenus  à  travers 
les  siècles  parmi  ces  Berbères  peu  accueillants  à  l'étranger, 
peut-être  en  raison  du  prestige  moral  dont  les  parent,  aux 
yeux  de  populations  musulmanes,  leur  qualité  de  hilaliens 
et  leur  noblesse  religieuse.  Ils  ont  conservé ,  avec  des  généa- 
logies qui  prouvent  l'ancienneté  de  la  race ,  les  traditions  des 
conquérants  de  l'Afrique ,  de  cette  chevalerie  musulmane  qui 
donnait  de  grands  coups  de  sabre  et  maniait  hardiment  la 
lance ,  qui  savait  aussi  tourner  galamment  les  vers  à  l'usage 
des  belles  fdles  aux  yeux  noirs,  aux  seins  ronds  comme  des 
oranges  :  véritables  chansons  de  geste  débitées  en  prose 
rimée ,  pleines  de  couleur  et  de  vie ,  qui  nous  dépeignent  les 
hommes  et  l'époque  avec  un  peu  d'emphase  sans  doute ,  avec 
ce  grandissement  que  donne  le  recid  aux  choses  mortes,  mais 
qui  restent  les  documents  précieux  d'une  époque  sur  laquelle 
nous  ne  possédons  rien,  à  part  les  sèches  annales  des  chro- 
niqueurs musulmans. 

Si  les  Serah'na  refusent  de  comprendre  le  berbère,  les 
Chaouia  s'efforcent  de  se  hausser  au  niveau  des  Arabes ,  de 
posséder  leur  langue  et  de  répéter  leurs  contes.  Nous 
donnons  ici  un  fragment  de  l'histoire  d'Ahmed  le  hilalien , 
traduit  et  sans  doute  altéré  par  un  Berbère. 

La  vérité  nous  oblige  à  dire  qu'il  n'a  point  gagné  à  cette 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  201 

transposition.  La  couleur  du  récit  pâlit,  sa  vigueur  s'éteint 
quand  elle  n'est  pas  rehaussée  par  les  citations  données  dans 
le  texte  arabe,  tout  incorrectes  soient-elles;  enfin  on  y  relève 
quelques  incohérences.  Tel  qu'il  est ,  ce  morceau  reste  assez 
intéressant  à  divers  titres  pour  être  publié. 

Nous  avons  adopté,  pour  la  transcription  du  berbère  en 
français,  le  système  du  général  Hanoteau,  suivi  depuis  par 
tous  ceux  qui  ont  continué  ses  études.  En  voici  la  nomen- 
clature rapide  : 

Hi 

dt  =  m 

y  =  H 
»  =  /t 
3  =  OU 


Il  nous  a  paru  inutile  de  transcrire  les  textes  en  carac- 
tères arabes ,  qui  n'offrent  pas  plus  de  commodités  pour  cet 
usage  (jue  les  lettres  latines. 


1  =  a 

;  -  "" 

^  =  b 

U-   =   5 

^  :r=  tli  aillais 

J^  =  ck 

Je  =  dh 
U,  ^  dh 

^=:d 

S-d' 

;  =  '' 

^=/ 

201^  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 


UAk'cIT  en  DJOKHRAf^^, 

llla  Mok'ancl  onmok'ran  eljedd  eljedd  euiies  ek'k'areii 
as  Djokhran'^,  Netta  d'roumi  zi^,  Mo.  d'i  l\ovixth^  d'i 
zemaii  errouman  *.  Ikker  iedj  en  Ronmi ,  ennour'en  ^  netta 
id'es.  Ir'elhith^  erroumi  d'in,  ikker  netta  d'oufroukh'^ 
ek'k'aren  as  acherek'rak'  * ,  inâar^fell  asfell  Djokhran , 
itchatli '^ itli erroumi stit't'aouin ennes,  aldegga ' '  ifonkk^'^ 

'  Racontée  par  Ahmed  ben  (^erif,  vieillard  de  T'kout. 

*  Le  nom  de  Djokhrâne  est  populaire  parmi  les  Chaouia  et  paraît 
consacré  à  désigner  ceux  de  leurs  ancêtres  qu'ils  disent  Romains. 
Le  Kitab  El  Adouani  fait  mention  d'un  Djokhrâne,  un  des  prin- 
cipaux d'entre  les  Roum,  qui  résidait  dans  la  montagne  à  l'endroit 
dit  Tassia  ( M.ajsqueray ,  Tradition  de  VAurès  oriental,  p.  78). 

'  T;^ou;tth ,  en  ar.  Tkout  c»^* ,  centre  des  tribus  des  Béni  bou 
Slimâne  et  de  TAhmar  Khaddou ,  siège  d'un  poste  militaire.  —  Voir 
notre  Toponymie  berbère  de  l'Aurcs  (dans  Actes  du  Congrès  des  Otien- 
talistes,  1898,  sect.  Egypte,  ]p,  201). 

*  Pluriel  de  (s^yJ^  Erroumi,  le  Romain  de  l'antiquité  et  le 
Français  d'aujourd'hui. 

^  Pour  mcnour'en  «s'entre-tuer»,  de  enr   «tuer». 

*  Ar.  «-JLc  «vaincre». 
'  Ar.  çjj  «oiseau», 

®  Ar,  cil-i-û  «geai»  et  non  «pivert»,  comme  le  dit  Freylag. 
Le  nom  de  cet  oiseau  est  une  imitation  de  son  cri. 

"  Ar.  jxj,  proprement  «émettre  un  son  par  les  narines»,  vulg. 
«venir  au  secours  de». 

'*  Forme  fréquentative  de  outh  «frapjwr». 

•'  Pour  aldi  ga  «jusqu'à  ce  que  donc». 

'*  Ar.  JL»  «délivrer». 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  203 

Djokkran.  Ik'hfim^  louk'eddin  ^  d'ameddoukel  ennes. 
Innas  i  liavoua  ennes  afroukh  aia  ma  h'add^  hellani  la 
h  tett^eth  cha,  mailla  houfim^  ioiii  th  id'  ha  ietch, 
esr'eth  fell  as  ellefem  as. 

Ak  lonk'k'a  oiiihi  ououint  id'  lia  ^  isev'  fellas  sid!- 
rahmcn  ^  ou  as  illef, 

Hak'cit'^  aia  belh'ak'k^ ,  iserkas  lach. 

HISTOIRE  DE  DJOKURANE. 

L'aïeul  du  grand-père  de  Mohammed  Amokrane 
s'appelait  Djokhrane.  Celait  un  Romain  de  jadis,  qui 
vivait  à  T'kout  du  temps  des  Romains.  L'im  de  ses 
compatriotes  se  leva  (contre  lui),  et  ils  se  battirent. 
Ce  Romain  avait  l'avantage,  lorsqu'un  oiseau  de  ceux 
que  l'on  appelle  geais  vint  au  secours  de  Djokhrane, 
et  frappa  le  Romain  à  coups  redoublés  dans  les  yeux 
jusqu'à  ce  qu'il  eût  délivré  son  adversaire.  Dès  lors , 
il  resta  l'ami  de  Djokhrane.  Celui-ci  dit  à  ses  enfants  ; 
«  Tant  que  vous  existerez ,  ne  mangez  pas  cet  oiseau  ; 
et  si  vous  rencontrez  quelqu'un  qui  apporte  un  oiseau 
de  celte  espèce  pour  le  manger,  achetez-le  et  dé- 
livrez-le. » 

'  Ar.  vulg.  ^►-JL»  de  j.Uî. 

^  Pour  d'i  louek't  d'in  «  dans  ce  moment-là  ».  Ar.  oJ»^!* 
^  Ar.  0^^  «  limite  »  ma  h'add  «  tant  que  ». 

*  Remarquer    lelision  du    pronom   indéfini,   très   fréquent   en 
chaouïa,  comme  celle  du  pronom  relatif. 

^  lia,  pour  ah  ou  ath,  pronom  personnel,  complément  de  iser\ 
®  Pluriel  berbère  de  Tarabe  j^I^«>» 
'  Ar.  iu^. 


204  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

Jusqu'à  maintenant,  lorsqu'on  apporte  un  geai  à 
lun  (de  ses  descendants),  celui-ci  Tacheté  pour  de 
Targent  et  lui  rend  la  liberté. 

Cette  histoire  est  vraie,  et  nest  point  un  men- 
songe. 


II 


Ronh'en  d'içaïaden^  si  iler^man  ensen  kholdhen^  r'er 
tliemourtli  n  eççiadeth.  ller^man  ellefen  asen  rethân'^, 
nehni  tçaîad'enal  lmaî''reb  ou  ad'roonh'en  r^er  oumyan^ 
ensen,  Azdin^  ^99^^^  ^  oiiaî,  ioufa  Idjorretli'^  elr^oul  d'is 
thlatha  lekd'am  ^  idhefrit  ®.  leggaur,  ioujith  ani  g  ebzedh , 
louehr  en  tirecht.  Tkker  immodhrand'  iroonh'ed'  r^er  içâ- 


*  Thak'ijartj  altération  de  Tarabe  Hwo^.,  nom  propre  de  femme 
d'usage  répandu.  Thah'iyart  est  en  berbère  un  nom  commun,  et 
sert  à  désigner  une  femme  de  qualité.  C'est  ainsi  que  le  mot  mou- 
(jnlrc    —  en  français  et  en  espagnol   —   a  été  tiré  de  î^â^  fï- 

^  Ar.  •>(^  «chasseur». 

'  Âr,  vulg.  .LJIâ.  «arriver  à». 

*  Âr.  ç3^  «paitre».  Remarquer  la  construction  elliptique  de  la 
phrase  et  la  suppression  de  toute  préposition  qui  alourdirait  le  style. 

«  Ar.  ylX.. 

®  Azdin,  pour  ass  d'in  «ce  jour- là»,  c'est-à-dire  le  jour  où  se 
passait  l'histoire  qui  va  être  contée. 

^  Ar.  »1^.  La  construction  avec  le  mot  suivant  est  arabe  et  s'est 
faite  sans  le  secours  de  la  préposition  berbère  n. 

«  Ar.  p>i. 

^  Ar.  jfid.  Du  même  radical  est  tirée  la  préposition  d'e^r  <  der- 
rière ». 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  205 

ifen^  enues.  Innasen  netch  oujir'ed!  eldjorreth  elr'oul 
aiaou  at  nelh'ak' ,  Ennan  as  la,  netclini  ou  h  nlahlak'- 
cha^^,  a  oiiài  ou  s  nzemmev^,  Innasen  ouchethfella  er- 
baât'ach  eni  oussan,  ma  roouli'er'd!  atha  id'in^  our  d 
roouh'er'  cha  aouith  alr'eni  inou  seççiadet, 

Ad'etcha  id'in  iouiir  idhefr  as  eljorreth  i  Ir'oul  d'in, 
louiir  erbâ  eni  oussan,  netta  iggour  annay^  iouji  ifri^, 
icul'cf  ith,  loufa  thak'iiart  d'is,  Hennas  mata  ach  d 
iououiy  ach  ictch  elr'oul  a?a.  Tnnas  chem  niammex  M- 
occet  enneni.  mammek  acliem  d  iououi?  Hennas  assa 
thlatha  em  oussan  secj  al  d  iououi,  netch  taslith  emmis 
âmmi  ^,  iddin  iououi  aï  d  elr'oul.  A  netch  ek'k'imer'  d'ig 
if  ri,  ittaoni  idi  d  elmakeW^ ,  ek'k'imer'ou  aï  inr'i.  Innas 
manis  ad  ittad'ef  d'ir  addirooueh'?  Hennas  oua  d'ahrid 
ennes, 

loud'ef  ammas  en  ifri,  iâmmer  elmak'roun^  ennes 
ik'k'im  as,  Itouadja^  elmar'reh  annak  ikhlodh  elr'oul. 
Irfed  ezzenad^^  ioutins,  iour'ith  djar  hit't'aouin  anna/^ 
iersa,  Iried  /ares,  iafith  iououi  d  sen  elâbaxl^^  ahen 

*  Ar.  v-f-ouo  «compagnon». 

^  Ar.  u^\  nlali'ak',  forme  forte. 

**  Ezmer  «pou\oir»;  zcmmer  as  «être  plus  puissant  que  Uii». 
Le  verhe  exprime  à  cette  forme  une  idée  de  puissance  intense,  et 
de  là  une  idée  de  plus  grande  puissance. 

*  Atha  id'in  «cela  sera  donc». 
^  Afri  ou  if  ri  «caverne». 

^  Ar.  ^^.  La  construction  berbère  devrait  être  àmm  inou» 
7  Ar.  \ulg.  iOSUl. 

*  Ar.  vulg.  tj^yU!  «le  fusil  à  deux  coups»  rac.  y^i,  par  oppo- 
sition à  tf'^jfJJ  «le  fusil  à  un  coup». 

^  Altération ,  avec  le  sens  passif,  de  l'ar.  >y^y 

'0  Ar.  ^uyr. 

'»  Ar.  ^U*;i. 

WI.  1  /i 

IMraiNKRIB    RATIORALI:. 


206  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

issoam  ahen  ietch.  Icnsa  netta  d  tmet't'oiith  clin  d'cij 
if  ri  Ad'etclxa  id'in,  dhollen^  essraïn^  d'oug  onzref  tef- 
feren^f  erfed'en  am  izenireny  ouiiren»  Azdin  ouiserbâ- 
tachf  kholdhen  r'er  owny^an  en  içâifen  ensen,  ioiifihen 
trajan^,  Innasen  elbât  as  aysoum  neççiadt  aîaon  arrou- 
Veili  r^er  ifri,  Kholdhen  ehd'oun  refd'en  d'isselah\  d'el- 
k'echch,  âbban^  d!i  iler'man  ensen,  oasint,  ad'roouh'en 
h'dkliâth^  ensen. 

Nehni  kholden  d  ammas  em  onbrid'  ekkesen  hamel'- 
t'onth  iouriazd'in,  Ennan  as  a  rah'a,  ennowr'en  d'oiuj 
onbrid,  Issiouel  elbaroud  djar  asen.  Im'^a  sisen  errebây 
netta  d'tniet't'outh  ouiiren  oiuih'adsen,  aldi  kholdhen 
hak'liâth  ensen  j  herchelen. 

HISTOIRE  DE  L^OGRE  ET  DE  LA  BELLE  FEMME. 

Des  chasseurs  partirent  avec  leurs  chameaux. 
Arrivés  au  pays  de  la  chasse,  ils  lâchèrent  leurs  cha- 
meaux pour  les  laisser  paître;  eux-mêmes  chassaient 
jusqu'au  coucher  du  soleil,  et  revenaient  ensuite  à 
leur  campement.  Un  joiu*,  l'un  d'eux  était  en  marche , 
lorsqu'il  aperçut  les  traces  d'un  ogre,  grandes  (cha- 
cune) de  trois  pas,  et  il  se  mit  à  les  sxiivre.  II  alla, 

^  Ar.  JlIô  «passer  la  journée». 

^  Forme  factitive  de  eri  t sortir». 

^   Tefferen  participe  féminin  de  effer  «cacher». 

*  Ar,  (gs^^  «attendre,  espérer»* 

^  Ar.  ^ylc  «cliargcr», 

^  Ar.  ÂxU.  La  yoeloa  est  b  citaddle  de  pierres  qui  domine  tout 
le  village,  et,  par  suite,  ce  mot  a  désigné  le  \iHagp  lui-même^  (Voir 
notre  Chnonia  de  l'Anrh,  p.  9.) 


CINQ  TEXTES  BERBKRES  EN  CHAOUIA.  207 

et  trouva  l'endroit  où  il  avait  déposé  sa  fiente,  gi^ande 
comme  un  tas  d'orge.  Il  s'en  retourna  et  revint  au- 
près de  ses  compagnons.  «  J'ai  trouvé  la  trace  d'un 
ogre,  leur  dit-il;  venez,  allons  le  rejoindre.  —  Non, 
répondirent-ils,  nous  n'irons  pas  le  rejoindre,  car 
nous  ne  sommes  pas  plus  forts  c[ue  lui.  —  Accordez- 
moi  quatorze 'jours,  dit  le  chasseur;  si  je  reviens, 
vous  le  verrez,  sinon,  emmenez  mon  chameau  a>ec 
le  gibier.  » 

Le  lendemain  il  partit ,  et  se  mit  à  suivre  les  traces 
de  l'ogre.  Il  marchait  depuis  quatre  jours,  lorsqu'il 
découvrit  une  caverne  dans  laquelle  il  entra.  Dedans 
se  trouvait  une  belle  femme  qui  lui  dit  :  «  Qui  t'a- 
mène ici,  où  tu  vas  être  mangé  par  cet  ogre?  — 
Mais  toi ,  répondit  le  chasseur,  quelle  est  ton  histoire , 
et  comment  (l'ogive)  t'a-t-il  apportée  ici?  —  H  y  si 
aujourd'hui  trois  jours,  répondit-elle,  qu'il  m'a  en- 
levée; j'étais  la  fiancée  du  fils  de  mon  oncle,  c'est 
alors  que  l'ogre  m'a  ravie.  Je  suis  restée  dans  la  ca- 
verne, il  m'apporte  souvent  de  la  nourriture,  je 
reste  là  et  il  ne  me  tue  pas.  —  Par  où  a-t-il  l'habi- 
tude d'entrer,  dit  le  chasseur,  lorsqu'il  revient  ici? 
—  Voilà  son  chemin ,  répondit-elle.  » 

Il  entra  au  milieu  delà  caverne,  chargea  son  fusil 
et  attendit.  Au  coucher  du  soleil,  l'ogre  arriva.  Le 
chasseur  arma  la  batterie ,  tira ,  atteignit  l'ogre  entre 
les  deux  yeux  au  moment  où  il  s'asseyait.  S'approchant 
de  lui ,  il  vit  qu'il  avait  apporté  deux  hommes  pour 
les  faire  cuire  et  les  manger.  Il  passa  la  nuit  avec 
cette  femme  dans  la  caverne.  Le  lendemain,  ils  (»ni- 

i/i. 


208  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

ployèrent  la  journée  à  extraire  de  l'argent  caché, 
eniportèrent  ce  quils  purent  et  se  mirent  en  route. 
Le  quatorzième  jour,  ils  arrivèrent  où  ils  avaient 
laissé  leurs  compagnons,  et  les  trouvèrent  qui  atten- 
daient. «Laissez  la  viande  de  la  chasse  (le  gibier), 
leur  dit- il,  et  venez,  retournons  à  la  caverne  ».  Une 
ibis  arrivés,  ils  se  mirent  à  enlever  des  armes,  des 
vêtements,  chargèrent  le  tout  sur  leurs  chameaux  et 
partirent,  pour  rentrer  à  leur  village. 

Arrivés  au  milieu  du  chemin,  les  compagnons 
A  oulurent  enlever  cette  femme  au  chasseur.  Une  dis- 
pute s'engagea ,  ils  se  battirent  sur  la  route.  La  poudre 
parla  entre  eux.  Notre  homme  en  tua  quatre,  et 
continua  sa  route  seul  avec  la  femme ,  jusqu'à  ce  qu'ils 
arrivassent  à  leur  village ,  où  ils  se  marièrent. 


III 

hak'cit  en  temet't'ovtu 

EN  ESSOLt'aN  D'OUOUZm  EI^NES. 

ledj  essoh'an  hennas  hamet't'outh  ennes  h'ouadjer' 
ad'rczfer'  aklxhliamO  em  baba.  Inna^s  netta  ma  âlih, 
assa  cabrai'^  ad'etcha  attouyiredh  chem  d^ououzir  inou. 
Had'etcha  id'in  ouiiren,  dlxaronan  ensen  d'i  hieransen, 
tâssast^  d'i  hieransen,  la  houmi  idjerreden'^  d'oug  ou- 

'  Ar.   A^^   «tente»   a  pris  en   chaouia  le  sens  de   «maison». 
—  «Tente»  se  dit  bit  ou  ak'idhoun  (du  vulg.  y^^-3). 

*     Ar.    y^M9, 

^  Ar.  iu.^£. 

*  Ar.  ^Ja.  «dépouiller». 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  209 

brid'.  Kholdhenahrid!  ensin  hemsa  oafouyth.  Innas  louk'- 
eddin  netta  ououzir  aouâssas  tâoiisseth  la  lioiimi  entouar' , 
addasen  elkhouïan^  ar'en  ar'en^. 

Ek'k'imen  tâssan  r'ouf  k'idliowi,  netta  ikker  iad'ef 
r'er  thmet't'outli  lâial  enessolt'an.  Innas  louk'cddin  ma 
illa  k'ii  em  bok'kp?  Hennas  nettath  a  rah! .  Innas  ou- 
chaï  VU  enr'  ad'r'erser'  imemmini.  Hennas  r'ersas.  Ik'- 
k'im  ir^ersas.  Ad'etcha  id'in  ekkeren  ouiiren.  Kholdlien 
afou)(th  hemsa  y  nehni  ensin.  Innas  iâssast  âsseth  la 
houmi  a  nettoaar' .  Nehni  tâssan  netta  iad'ef  r'er  thmef- 
t'outh.  Innas  aïa  ouchaï  k'ii  em  hokk'i  enr'  ad'r'erser' 
imemmim  ouissen.  Hennas  r'er  sas.  Ir'ersas.  Ad'etcha 
id'in  ouiiren  y  hemsa  oufou/th,  ensin  d'eggidh.  Innas  i 
hemet't'outh  ouchaï  k'ii  enr'  ad'r'erser'  ichem.  Hennas 
louk'k'a  radjaî  ad'  thouodhdhir'\  Innas  hethouodhdha. 
Hennas  louk' eddin  ad'zoller'^;  hezzol  r'er  rehh  elâla- 
min.  Houcha  IfateWa,  henna  ia  rohhi  nedjaï  soug  ouzir 
aia  ikechef  chafell  a  esserr^.  Nettath  henna  ammaï, 
rehh  elâlamim  ik'eblit'^  ieyas  afriouen  em  oufroukh 
hourra  jenna. 

R'er  çebah't,  hersa  d'i  hamdint^  tah'ellakfth,  had'- 
iedj  d'ougouhrid'  hennas  r'affoud'em  enrehbi  :  ouchaï  leh- 
seth  enney^  akkoncher'  hdinou.  Innas  maâzzek  a  rehhi, 

^  Ar.  vulg.  yUâlL  «les  voleurs». 

*  Pour  aner'  eu' en  «  ils  nous  prendront  », 

•**  Boh'k'i  désigne  proprement  l'wacte  vénérien». 

*  Ar.  J&p. 
'  Ar.  JLo. 

*  Ar.  vj^^j  5-^1,  (^. 
7  Ar.  JÛ5. 

*  Ar.  iCsîO^. 


210  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

aklienit.  LouVeddin  nettath  lieziyn,  hak'liâth  d'in  our 
r'arescha  en  essolt'an.  Ennan  as  lejmaâ  en  tak'liâth 
annouâth  amàkhlouk  aîa  izryin  d'essoltfan.  Ouânt 
iouella  d'solt^an  fell  asen,  issiouel  fell  as  elmedfâ,  issi- 
ouel  oatfambour, 

[Ga  hekker  hour'ajenna,  innas  netta  ouoazir iâssa^t 
echheO  fell  as  houella^  tajennith  a  our  kholdher'  es- 
solt'an  ai  ini  mani  hella.)  Ikker  lonk'eddin  ouriazennes 
d'essolt'an,  innas  iouzir  ennes  netch  ad'ourzir'  fell  ha- 
meù'outh  inou,  chek  skerkousedh;  aîa  çafaî.  Ekkeren 
oiiiiren  si  hak'liâth  altakHiâth;  sek'çaîn'^  onad'ek'k'aren 
ad'  aq  ella  cha  hamet't'outh  iddilfan^  tajeditt^  herouh' 
aner'?  Ennan  as  iaï  n  takliâth  :  netchni  ôuddilfich^. 
Addan/^  r'er  takHiâth  ticht  sek!çan;  gaq  kholdhen  d'i 
hak'liâth  d'ini,  hamet'tfouth  d'in  thâk'elith^^  hesekker 
d'echchaoïich  hennas  rouh!  aouid'  ariaz  in.  Hennas  mata 
r'ef  talidh  d'ayi?  Innas  thamet't'outh  al  irouh'en.  Hen- 
nas lonk'eddin  nettath  r'idi  ^  attek'k'imedh  d'aï  atten- 
sedh;  ak  niy  amensi  ou  ak  nesek'ça. 

G  a  hemsa  oafouythy  hennas  ichchaouch  rouh'  aoui 
d' amensi,  ad'etchen  inijiouen  aîa.  Ga  etchin,  hennas 
âoud  aï  elk'oçça,  anesroah'  fell  anei^  idh,  Innas  eïk'- 

^  (^contraction  pour  echked'etk ,  ar.  Os^. 

*  Ar.  vulg.  J3  «retourner». 

^  Ar.  vulg.  ^>flLtw  pour  ^»n,i..Y.w!  «interroger», 

*  Pour  eddi  ilfan  «laquelle  étant  trouvée». 
^  (Contraction  pour  tajedid'th,  ar.  Osî>>^* 

*  Contraction  pour  our  eddi  ilfan  chi, 
'  Ar.  <^osx  «passer», 

*  Ar,  JuLfi  «reconnaître». 

*  H  im  pour  k'im ,  forme  simple,  Ek'h'im ,  forme  renforcée. 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  211 

oç^etli  inou  tah'ellak'th.'Herouh^  aï  hamet't'outh,  housed 
nettath  d!ououzir  inou,  kholdhen  d'abrid'  inna  oucdlali 
hamet't'outh  enne^  hour'ajenna,  ennir'as  a  rahl ^  sker- 
housedlifell  a.  A  netch  tk'aouaser', 

Hennas  louk'eddin  ha  netch  thamet't'outh  enney^,  Innas 
mammex  attekhlodh  d'aiy?  Hennas  ekkerer' ,  ioused' 
r'ari  d'ouoiizir  enney,  innaî  ouchaî  enr'  ad'  r'erser' 
imemmim;  enniras  r'ersas,  ir'ersasen  issenin.  Hennas 
h'ak'cith  enney^  mammey  thella?  Innas  onouzir  radjaî 
ad'rouh'er^  ad'  bezdher?  lougged'  it  Ibbas  ikhf  ennes, 
ad'etcha  id'in  lar'ath  eldjemâth  ent  hakliâth,  hennasen 
smah'aî,  netch  tametft'outh  a  ellir'. 

LA  FEMME  DU  SULTAN  ET  SON  VIZIR. 

Un  roi  avait  une  femme  qui  lui  dit  :  «  Je  veux 
visiter  la  maison  de  mon  père.  —  Bien ,  répondit-il , 
patiente  aujourd'hui ,  et  demain  tu  partiras  avec  mon 
vizir.»  Le  lendemain,  ils  se  mirent  en  route,  em- 
menèrent avec  eux  leurs  enfants,  et  une  escorte  pour 
nêtre  pas  attaqués  en  chemin.  Ils  sarrêtèrent  au 
coucher  du  soleil,  et  passèrent  la  nuit  en  chemin. 
Le  vizir  dit  aux  gardes  :  «  Veillez ,  afin  que  nous  ne 
soyons  pas  pris,  si  les  voleurs  viennent  dans  l'inten- 
tion de  nous  prendre.  » 

Ils  restèrent  occupés  à  garder  la  tente,  tandis  que 
le  vizir  entra  chez  la  femme,  épouse  du  roi.  Il  lui 
dit  alors  :  «  Y  a-t-il  un  peu  d'amour?  »  Elle  lui  ré- 
pondit :  a  Non  ».  Il  dit  :  «  Donne-m'en  un  peu,  ou 
bien  j'égorgerai  ton  fils  ».  Elle  dit  :  «  Egorge-le  ».  Il 


212  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

le  tua.  Le  lendemain  ils  repartirent.  Arrivés  au  mo- 
ment du  coucher  du  soleil,  ils  passèrent  la  nuit.  Le 
vizir  dit  aux  gardes  :  «  Veillez  afin  que  nous  ne  soyons 
pas  pris  ».  Tandis  que  les  gardes  veillaient,  il  entra 
chez  la  femme.  Il  lui  dit  :  «  Allons,  donne-moi  un 
peu  d'amour,  ou  bien  j'égorge  ton  second  fils.  — 
Egorge-le,  lui  dit-elle.  »  [1  le  tua.  Le  lendemain  ils 
partirent,  et,  au  coucher  du  soleil,  (s  arrêtèrent  pour) 
passer  la  nuit.  11  dit  à  la  femme  :  «  Donne-m'en  un 
peu,  ou  bien  je  dégorgerai  toi-même.  »  Elle  lui  dit  : 
«  Attends-moi  un  instant ,  je  vais  faire  mes  ablutions.  » 
11  répondit  :  «  Fais  tes  ablutions.  — Maintenant,  dit- 
elle,  je  vais  prier  ».  Elle  adressa  sa  prière  au  Maître 
des  mondes,  récita  la  Fatiha,  et.  dit  :  «  0  mon  Dieu, 
délivre-moi  de  ce  vizir,  afin  qu  il  ne  découvre  pas  sur 
moi  les  parties  secrètes.  »  Elle  parla  ainsi ,  et  le  Maître 
des  mondes  reçut  sa  prière.  Il  lui  donna  des  ailes 
d'oiseau  et  elle  vola  vers  le  ciel. 

Au  matin ,  elle  descendît  dans  une  grande  ville  et 
rencontra  un  homme  sur  la  route.  Elle  lui  dit  :  «  Par 
la  face  de  Dieu,  donne-moi  ton  vêtement,  et  je  te 
donnerai  le  mien.  —  Que  Dieu  vous  honore,  lui  ré- 
pondit-il, prenez-le.  »  Alors  elle  fut  belle.  Cette  ville 
n'avait  pas  de  roi.  Les  membres  du  conseil  de  la 
ville  dirent  :  «  Cette  créature  est  belle ,  nous  allons  en 
faire  notre  roi.  »  Le  canon  parla  en  son  honneur,  et 
les  tambours  battirent. 

(Lorsqu'elle  s'était  levée  pour  aller  vers  le  ciel,  le 
vizir  avait  dit  à  ses  gardes  :  «  Vous  témoignerez  sur 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  213 

elle  quelle  esl  allée  au  ciel,  afin,  quand  je  verrai  le 
roi,  quil  ne  me  dise  pas  :  Où  est-elle?  ») 

Mais  le  roi  son  mari  se  leva  alors,  et  dit  au  vizir  : 
«Je  veux  aller  chercher  ma  femme,  tu  as  menti; 
allons,  accompagne-moi.  M  Ils  partirent  et  allèrent 
de  village  en  village.  Ils  interrogeaient  et  disaient  :  «  Y 
a-t-il  ici  une  femme  qui  a  été  trouvée  récemment? 
Nous  Tavons  perdue.  »  Et  les  gens  du  village  leur  ré- 
pondaient :  «  Nous  ne  1  avons  pas  trouvée.  »  Ils  pas- 
saient alors  à  un  autre  village  et  interrogeaient.  Lors- 
qu'ils arrivèrent  k  cette  ville,  la  femme  (du  sultan) 
les  reconnut,  appela  son  serviteur  et  lui  dit  :  «  Va, 
amène-moi  cet  homme.  »  Elle  dit  au  roi  :  «  Pour  quel 
motif  es-tu  monté  jusqu'ici?  »  Il  dit  :  «  J'ai  perdu  ma 
femme.  »  Elle  lui  répondit  alors  :  «Reste,  séjourne 
ici  et  passe  la  nuit;  nous  te  ferons  à  dîner  et  nous 
t'interrogerons.  » 

Lorsque  le  soleil  se  coucha,  elle  dit  au  serviteur  : 
«  Va,  apporte  le  dîner,  afin  que  ces  hôtes  mangent.  » 
Quand  ils  eurent  mangé ,  elle  dit  au  roi  :  «  Raconte-moi 
l'histoire,  nous  passerons  ainsi  la  nuit.  »  Il  répondit  : 
«  Mon  histoire  est  longue.  Ma  femme  est  partie,  elle 
est  allée  en  compagnie  de  mon  vizir.  Ils  effectuèrent 
le  voyage,  puis  mon  vizir  me  dit  :^  «  Par  Dieu,  votre 
femme  est  allée  au  ciel.  »  Je  lui  ai  répondu  :  «  Non , 
«vous  en  avez  menti;  je  vais  me  mettre  à  sa  re- 
«  cherche.  » 

Elle  lui  dit  :  «  C'est  moi  qui  suis  votre  femme.  — 
Comment  êtes-vous  venue  jusqu'ici,  répondit-il?» 
Elle  raconta  :  «  Après  être  partie ,  votre  vizir  vint  me 


214  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

trouver,  et  me  dit  :  «  Donne-m'en,  ou  bien  j'égorge  ton 
«  fils.  —  Egorge-ie  » ,  lui  répondis-je,  et  il  les  tua  tous 
les  deux.  »  Elle  dit,  (s  adressant  au  vizir)  :  «  Et  votre 
histoire,  comment  est-elle.^  —  Attendez  moi,  dit  le 
vizir,  je  vais  uriner.  »  Il  la  craignait.  Mais  (le  roi)  lui 
coupa  la  te^te.  Le  lendemain ,  il  réunit  le  conseil  du 
village,  et  son  épouse  dit  :  «  Pardonnez-moi  (laissez- 
moi  aller),  car  je  suis  une  femme.  » 


IV 

HAK'ÇIT  EM  OUSOUFI  D^OVTARGJ^. 

Ellan sennSouafa^  d'oumathen^.  EVk'imenettonma- 
nasen^,  innasaîaa  khoiiia,  hamet'foiith  inoiisouâddis^, 

*  Racontée  par  Ahmed  ben  Ghérif,  de  Tkout,  le  s  juillet  1896. 

^  Sonafa,  ar.  i^t^uM  plurid  de  <^><im,  «habitant  de  la  région 
saharienne  du  Souf»;  en  berbère,  «la  rivière»,  mot  que  les  Arabes 
ont  d  ailleurs  traduit  en  donnant  à  la  capitale  du  pays  le  nom  d*El 
Oued. 

^  Hurid  irréguller  d'onma,  «frère»,  qui  fait  ordinairemant  aith- 
ma. 

^  L'aoriste  de  ces  deux  verbes  a  ici  le  sens  que  nous  donnons  à 
notre  imparfait.  —  Ettoumanasen  est  tiré  de  Tarabe  j^J^  «  se  dis- 
traire » ,  dans  lequel  on  a  intercalé  la  particule  berbère  m  qui  donne 
au  mot  un  sens  de  réciprocité.  En  outre,  le  verbe,  voyelle  en  a, 
exprime  une  idée  d'action  intense. 

^  Sonâddit  «avec  le  ventre».  De  même,  les  Arabes,  pour  expri- 
mer qu'une  femme  est  enceinte ,  disent  qu  elle  est  ^  JCîL^.  Le  mot 
Addis  du  chaouia  correspond  à  tiddist  «ventre»,  du  nerousa  (cf.  Mo- 
TYL1NSKI,  Le  Djebel  nefousa,  p.  7).  Il  s*agit  évidemment  de  la  même 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUJA.  215 

hancliek^  soudddis.  Ma^  hella  enne'/^  Ûiameichouyth^ , 
imemmi,  ma  hella  inou  thametchou)(th ,  en  memmiy^, 
Ass  soug  oussan,  housed'iedj  d'ametchoux^  hicht 
tametchouxth.  Tgâmeren^  aldeg^  ikholdhen  eççiam'^ 
inna^  louk'k'a  a  lienini^  oucliaî  illix  attaouir'  ^  imemmi. 
Innas  netch  ouchira/^.  Ikker  isteryehit  ^^  r^ouf  serd'ount, 


racine,  mais  la  prcfixation  du  â  ^  en  chaouia  reste  assez  inexpli- 
cable. 

^  Ihnchek  est  formé  de  tha  en  chek  «celle  de  toi,  la  tienne».  Tka 
est  le  féminin  de  a  ou  oua  «  celui-ci  ».  «  La  tienne  »  se  dit  plus  commu- 
nément thannek,  mot  qui  est  d'ailleurs  formé  de  la  même  manière 
(cf.  notre  Chaouia^  p.  i5). 

*  La  particule  ma  a  le  sens  de  notre  qnoi^  interrogatif;  de  l'in- 
terrogation, elle  est  passée  au  sens  conditionnel,  et  naturellement 
elle  a  été  amenée  à  remplir  le  rôle  de  notre  conjonction  si.  Ma  hella 
thametchon^th . . .  i  memmi  «Sera-t-elle  une  jeune  fille. .  •  (on  la 
mariera)  à  mon  fils  »,  c'est-à-dire  «  Si  tu  as  une  fille,  on  la  mariera  à 
mon  fils».  Cette  particule  rend  suffisamment  le  sens  du  conditionnel 
futur  pour  qu'on  emploie  ensuite  l'aoriste  indéterminé,  et  jamais  le 
futur  avec  ad\  —  De  même  en  français  avec  la  conjonction  5Î. 

^  Ametchou^  «petit  garçon»  est  le  même  mot  que  montchou, 
terme  par  lequel  on  désigne  les  commerçants  mozabites  d'Alger. 

*  ledj  «  un  »  ne  met  pas  le  mot  qui  le  suit  en  rapport  d'annexion , 
parce  qu'il  se  trouve  en  réalité  sujet  du  verbe  dont  ametchou/^  est 
ici  l'attribut.  Il  faudrait  autrement  iedj  en  oumetchou^, 

*  Tgâmeren  «  ils  grandirent  » ,  verbe  neutre  tiré  de  l'arabe. 

*  Composé  de  trois  particules  :  al  «jusqu'à  » ,  d'  qui  indique  un 
mouvement,  et  ga  «lorsque». 

^  Arabe  j»L^I. 

^  A  h'enini,  ar.  (,ij,ij^  L,»,  expression  vulgaire  que  l'on  peut  tra- 
duire par  «ô  mon  cher!» 

'  Attaauir  pour  at  ad'aouir', 

^^  Isteryehit,  forme  factitive  (préfixe  s)  et  neutre  (préfixe  t)  de 
crxeh,  ar.  t^. 


216  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

iououit^,  ieyas  elâres,  ieyas  louk'eddin  akhkhamt  ennes 
d'owiaz  ennes  ouali'des  bach  our  testeh'ach ^. 

Ass  soug  oussan  isla  is  iedj  sittouarecj^,  hamet't'outh 
h'ela,  iryeh  d'  rouf  niahri  d'âchairï^,  ioused'  r'ares. 
Netta  ikhlodh  r'er  essah't^  ennes  iafi  iniltan.  —  Oui 
yen  iilan^?  Ennan  as  Soaafa.  Itehka'^  Ji  iidj,  innas 
r'ouf  oad'eni^  em  rebbi  lâlaniin^,  a  ameddoukel  ent 
sed'n  an  ih'lan,  a  meziyn  elârdh  *^,  hellacha  hameù'outh 

^  ïououit  «il  l'emporte».  Employé  avec  la  particule  d\  qui  le 
précède  ou  le  suit  selon  la  phrase,  ce  même  verbe  prend  le  sens 
d'«  apporter». 

*  Ar.  ^,;*umI  «avoir  honte». 

^  Iedj  iitfouare^  «  un  d'entre  les  Touareg»,  ar.  <,>;^,  pi.  v3;!>^*  '^ 
est  à  remarquer  que  les  berbères  algériens  désignent  toujours  leurs 
congénères  du  Sahara  —  avec  lesquels  ils  ne  se  figurent  pas  d'ailleurs 
être  unis  par  aucun  lien  de  race,  —  sous  les  appellations  que  leur 
ont  données  les  Arabes.  Les  habitants  de  l'Aurès  ignorent  totalement 
que  les  Touareg  s'intitulent  eux-mêmes  imochar'  —  et  que  ce  mot 
n'est  autre  chose  que  celui  de  imaziren ,  nom  que  se  donnent  eux- 
mêmes  les  Berbères. 

*  Mahri  âchàîri  «  un  chameau  coureur  âgé  de  dix  ans  ».  Ar.  (Sj^  • 

^  Essah't,  ar.  iC^LJt  «la  pl^ce,  le  campement». 

*  Ouix,en  iilan  «qui  êtes-vous  ?  »  Le  pronom  vous  se  rencontre  plus 
souvent  sous  la  forme  allongée  )(enoui,  —  Iilan  est  le  pluriel  de 
illan  «étant». 

7  Ar.  c^î. 

*  R'ouf  oud'em  «par  le  visage. . .  ».  La  préposition  r'ef  «sur» 
remplit  en  berbère  le  même  rôle  que  3,  v«  et  c:>  en  arabe,  comme 
particule  du  serment.  De  même,  nous  disons  en  français  :  J'en  jure 
sur  la  tête  de. . . 

^  Rebbi  lâlamin  pour  rebb  lâlamint  ar.  çj^>bJi  ys   «le  mattre 
des  mondes». 
^^  A  meziyn  elârdh,  ar.  jo«xJl  ;^.j*  «homme  de  belle  apparence». 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  217 

felana  oaltfelana^  hella  cha  d'aï?  —  Innas  hella.  — 
Innas  ma  illa  cha  cm  oua  g  ellan  d'i^  a  ariaz  ih'lan  ^, 
h'aouadjcr'  attaoïiit  id'  at  ezrer'.  —  Innas  assinir'^,  ma 
houscd'  oiiouir'  ey^  tid\  oar  toasi  ch  ad'onellir'  ah  netch 
akkinir  la  chc. 

Irooueh'  ioiieUi,  netta  ikhlodh  v'cr  akhkhamt  d'inniy 
imessa'^  fell  ascn,  —  Arouah!  atetchedh  aniensi^.  — 
Innasen  loiik'k'a  etchir'  d'i  akhkhamt  inou  erouir'^.  — 
Teya  iman  ennes'^  itk'eççar  idh  bach  ahen  isser'fen^. 
Nehni  criin  l  barra ^  eikeccaren  idh,  netta  iâdda  r'ares. 
Innas  ariaz  issekeraï^^  d'  r'arem  d'atargi^^,  Ih'la  am 

^  Felana  ouït  felana,  ar.  ioil»  oJLj  *3>l»  «une  fille  d'une  telle». 
Ouït  est  ici  pour  ouldet,  féminin  berbère  de  oJj  «enfant». 

*  Ma  illa  cha  em  oua  g  ellan  d'i^  a  aiiaz  ih'lan  y  mot  à  mot  :  «  si  il 
y  a  de  quoi  étant  en  toi,  ô  liomme  de  bien».  La  pbrase,  recueillie  ici 
telle  qu'elle  s'échappe  au  cours  de  la  conversation,  est  contractée  et 
incomplète.  Elle  devrait  être  n»gulièrement  :  Ma  illa  cha  d'i^,  a  ariaz 
ih'lan,  em  oua  g  ellan  d'i  iriazen  h'elan  :  «Si  Ton  trouve  en  toi,  ô 
homme  de  bien ,  ce  que  l'on  trouve  chez  les  gens  de  bien  » ,  c'est- 
à-dire  «les  sentiments  qui  animent  les  gens  de  bien»,  etc. 

^  Assinir'  pour  ad'as  ennir  «je  lui  dirai  »,  et  plus  bas  a/cA^mir' pour 
ad  'akennir, 

*  Imessa  «il  leur  souhaite  le  bonsoir».  Verbe  tiré  du  premier 
mot  de  la  formule  arabe  w^ib  ^pL^uê  «  Que  votre  soirée  soit  avec 
le  bien  !  » 

^  Amensi  «le  dîner»,  racine  eus  «passer  la  nuit». 
®  Krouir  «je  suis  rassasié»,  3*  pers.  iroua,  ar.^^^^. 
'  leyas  iman  ennes,  mot  à  mot  :  «il  fit  personne  de  lui»,  c'est-à- 
dire  «il  fit  semblant  1. 

*  Serf  en  «faire  être  inattentif» ,  de  l'arabe  Jljlc. 
"  Ar.  IIj  et  IX-JI,  «dehors». 

^^  Issekeraï  «  m'a  fait  lever  » ,  de  ekker  «  se  lever  » ,  sekker,  «  faire  se 
lever».  On  appuie  sur  la  première  consonne  par  une  sorte  d'em- 
phase ,  et  la  seconde  perd  alors  son  redoublement. 

"  D'atargi,  se  rapporte  à  ariaz. 


218  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

cheniy  hit't'aouin  ennes  h'elant,  akhenfouf^  ennes  ih'la 
imi  ennes  ih'la.  —  Hennas  louk'eddin  ek'k'el  mani  g 
ella  oiiriaz  inou.  —  Netta  ik'k'el  annax  idjeniâth  ibâd^^ 
iouella  d!  r'ares  innas  haih  a  d'i  Ijemâth  itk'eççar  idh.  — 
Hennas  ekker  annekker,  anrouh!  r'er  ettargi  Nettath 
tkholdlnth,  âdjeben  ibâdhhoum  baâdh^  annax  h' élan  isse- 
nui*,  ekkeren  eryeben  ouiiren. 

Gag  ioused'  ariax  ennes  y  netta  ikhlodh  annax  d- 
frach  5  ouah^des.  Inna  d'oug  oui  ennes ,  hella  r'er  baba 
enr'  i^er  âmmi.  Gag  iouli  ouass ,  innas  ionltema^s  ek'k'el 
cha  d'ikhkhamt  em  babam  enr^  âmmim  ma  hella  cha, 
Hek'k'el  annax  '^  ^^*  Ikker  iria  ith'aouas,  annax  hatta 
eldjorreth  oamahri  heria.  Isserj  louk'eddin  oumahri  ennes, 
ekker ent ised'nan ennantas r^im^la eggour cha  ak nouch 
issithna'^.  Innas  arah',  netch  ad'  lah'  k'er^  hainoa.  Ikker 
iouyir,  ilh'ak'  eldjorreth  oumahri  hatta  hatta  hatta^ 
aldeg  hemsa  oufouxth  iensa  r^ ouf  eldjorreth  d'in.  Lmahri 
ennes  d'akhmaîsi^,  gag  attouli  afouxth,  ikker  idhfer 
eljorreth  d'in. 


*  Akkenfonf  tle  nez»,  ar.  o^.t,*^. 

*  Ibâd,  ar.  Jot;  «être  loin». 

^  Adjeben  ibâdhhoum  baâdh  «ils  se  plurent  mutuellement»,  ar. 

^  Sen  «  deux  » ,  issenni  c  tous  les  deux  » ,  est  un  substantif  pluriel 
déterminé. 

^  Elfrach  «le  lit»,  ar.  Jil^l. 

*  R'ini  «  reste  » ,  ar.  li ,  impératif  de  -Ul .  En  berbère ,  aux  autres 
modes  que  l'impératif,  ce  verbe  prend  la  forme  forte  ik'k'im, 

'  Issithna  «nos  filles»,  de  illi  plur.  issi, 

*  Hatta  «la  voici».  Ce  mot  redoublé  exprime  Taction  du  cher- 
cheur qui  retrouve  et  suit  la  piste. 

*  D'AJilimaîxi  nh^é  de  cinq  ans». 


.^^ 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  219 

Elâcer  netta  ikholdh  r'er  essah'eth  nettouareg ,  iotifa 
essâîth^  dUniltany  itekkafi  iidj  innas  :  kheîr  a  ariaz 
ih'lan,  oamasent  eut  sed'nan  ih'latiy  ay^  inir^  acftial  lah 
seraîch^.  —  Innas  ini,  —  Innas  ma  ioused'cha  ha- 
meiionth  d'aiy  idhid'en^?  —  Innas  housed.  —  Innas 
ma  illa  cha  dli^  cm  oua  g  ellan  d'eg  iriazen  ih'lan  ?  — 
Inna^  illa.  —  Innas  Waouadjer'  aï  touoççeledh^  r'ares. 
—  Innas  ach  ouoççeler';  ronh!  effer  elmahri  enney^  y(ev- 
Jith,  cks  eïkesonet  ennex  hach  attasedh  d'  ârian  our  te- 
tâVildh  ^  cha  d'ong  ammas  em  oulli.  Aouid'  essif  enne)(^ 
arouahly  atteggoiiredh  ^  amme)(^  higgourent  oulli.  —  In- 
na^  ad'eggourer'  annehrai"^  em  oulli  r'are)(^  hach  a  itdhal- 
menfell  a^.  —  Idha  ad'eyin  elâres,  ad'erien  sig  ikh- 
khamen  oukoull,  d^ra  kholdher^  r^er  oukhkhamt  en 
tmeit'outh  d'in,  ad'outher'  jij  str'arith.  D'ira  addouther' 
tid'in  takhkhamt  ennes. 

Ik'Vim  lonkeddin  ih'çar  d'oug  ammas  em  oulli,  an- 
ne)(^  hised'  nan  eriint  tezzint,  IkVel  louk'eddinfi  ilallen 
em  oukhkham ,  gag  issiouel  elbaroud  immoug  elâres  iâclda 
r'ares,  loafith  dHlferach  anna^cchchemâ  irekk.  Hennas 
âlesslama  ajlan.  —  Innas  isellemek.  —  Hennas  mata 

^  Essàîtk»  ar.  iUiuJl  «les  troupeaux». 

^  Lah  seraïch  «  ne  le  fais  pas  sortir  » ,  c'est-à-dire  «  ne  le  répète 
pas  »  ;  de  eri  «  sortir  t. 

3  Idhidfen  « Tavant-dernière  nuit»;  de  même  assid'en.  «avant-hier». 

*  Ar.  Jo2?3  «faire  arriver». 

*  Tetâk'eledk  «tu  seras  reconnu,  forme  passive  de  âk^el  «recon- 
naître » ,  ar.  Jjut . 

*  Eggonr  «  marcher  »«  forme  forte  de  ouier  t  aller». 

'  Bach  a  itdhalmen  fell  a  «pour  qu'il  soit  de  rohsrni*ité  sur  moi». 
Forme  neutre  tirée  de  l'arabe  ^►Alà. 


220  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

a  ch  d'iouiouin^.  —  Innas  clieni  a  r'er  eddousir^.  — 
Hennas  ikhla  aklikhamt  ennek^netch  âddir'  ch^,  — 
Innas  attekker,  —  hennas  oar  tekkerer'  ch,  ma  khesedh 
attctchedh,  ak  ad^eyir'?  — Innas  our  tetter'cha,  hennas 
niaour  tettedh  cha  ad'  âït'er'^ioiiriaz  inou  ad'iad'efach 
iner' ,  —  Loak'eddin  ijbed  essif  ênnes^  innas  attekeredh 
enr'  achem  enr'er' . 

Hekker  houyir  d'ihierannes.^  Ikhlodh  r'er  oumahri 
ennesy  illefas,  iâdda  r'er  leksaoui  iksihent  ird'ïhent, 
isserkebit  ourennas  ikker  ioayir.  Ass  iouli,  hennas  a  oua 
ia  oa  ânimi,  netch  ejfoader',  Nettat  teh'oaadj  atkhedâ^. 
Innas  ma  illa  cha  em  ouaman  d'aiy?  —  Hennas  ass  cm 
ouaï  d  iououi  ettarcii'^,  hathan^ d'i  hizi  ha, 

Kholdhen  r'er  elhir  d'in,  Ikker  netta  innas  houa^. 
Hennas  netch  tamet't'outh  a  ellir' ,  tougfjader',  houa 
chek.  Ikker  ihoaa  netta,  Issir'ezd  aman,  hesoua,  irni 
oumahri  ennes,  isoua,  halt^^ ahetouezzâ^^ d' ihemourth. 

'  Mata  ach  d  iouiouin ,  mot  à  mot  :  «  qu'est-ce  qui  t'amène  ?  »  (  aoui 
d'  «apporter»). 

*  Ikhla  akhkhanit  ennek^  imprécation  «  que  (Dieu )  vide  ta  ibaison  » , 
c'est-à-dire  «qu'il  fasse  périr  toi  et  les  tiens»;  ar.  JLx-o  JJg'. 

^  Addir  c/i  «je  t'ai  quittée»,  ar.  ^^Jsx  «passer». 

*  Ad'àit'er  «je  vais  appeler»,  ar.  lal^  «crier». 

^  Ijhed  essifenncs  «il  tira  son  sabre»,  ar.  vulg.  <J»-.«**^M  «X^^^. 

*  Atkhedâ  pour  atk  tkhedâ,  de  khedâ^  ar.  ^.>vâh.  «trahir». 

'  Ass  em  oua  ai  d'iououi  ettargi,  mot  à  mot  «le  jour  de  celui  m'a 
emmenée  le  Targui»,  c'est-à-dire  «le  jour  où  ie  Targui  m'a  em- 
menée ». 

^  Hatkan  «en  voici»,  c'est-à-dire  «il  y  en  avait». 

"  Houa  «descends»,  ar.  ù^, 

'"  liait  a  composé  de  al  «jusqu'à»  et  du  pronom  t  [th)  de  la  troi- 
sième personne. 

'*  Iletoucztâ,  passif  de  ouezzà  «\erser»,  ar.  A^, 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  221 

Innas  cliem  mar'ef  toiiezzâdh  aman  d!i  hemourth.  — 
Hennas  our  touezzâr  cha  amahri  enne)(^  ag  sessen.  — 
Nettat  keira  hit'  cnnes^,  anna^  hat  ar'obbar\  hezra 
ettargi  ad'ioiisicL  Hebbi  fellas  ah'ebbal^.  Our  ieidlwu^ 
clxa  felbir,  ih'kim  d'i  chegg^  d'i  d*oukkant^,  aldeg 
ad'ikhlodhoutargi,  Hennas  JiamcÙ'oath  oatargi  a  netch 
a  Waççeler  ax  th  id''^.  —  Innas  çali'hJeit^.  — Innas 
oiitargi  ioiisoafi  sili  idi  d'aman  ad'esouer  ;  —  Issilis 
ad'isoaa,  —  Hennas  hamet't'outh  enrith  dakhel  elbir, 
luï  ietchath^  sterreçaçet  ouh  zemmeredh  cha^^.  —  In- 
nas a  rail'  netch  our  senjouseï^  cha^^  elbir  ellârach; 
anessilith  id,  —  Inouli  akVeg  ad'ihhlodii  siâbbâch  d'is- 
saount^'^,  yerfent.  Ernin  as  idharen  x^'/<?ri  ahen  edjint 
d'ârian. 

Et'fen  louh'eddin  r'ersen  as  oumahii  ennes.  Innas 

*  Heira  hit'  ennes,  mot  à  mot  «elle  lança  son  œil  (elle  jeta  ses 
regards  )  ». 

*  Ar'obhar  «la  poussière»,  ar.  ^LJJ^ . 
^  Ah'ehhal  «la  corde»,  ar.  JljJI. 

*  Eidhou  «tomber»,  même  racine  que  l'arabe  ^J^^.  On  sait  qu'en 
passant  de  l'arabe  en  chaouia,  le  t»  {*.')  devient  jo  (c/A). 

^  Chegg  «  fente  » ,  ar.  ,^ . 
®  D'oukhant  «  banc  de  pierre  » ,  ar.  yl5i> . 

'  H'acçeler  a;^  ih  iiV  «je  te  l'ai  attrapé  à  merci  » ,  ar.  J-a^  «  tom- 
ber (dans  un  malheur)»  et  Juaah.  «faire  tomber,  réduire  à  quia». 

*  Çak'h'eit  «  bravo  » ,  ar.  o^^^kp  • 

®  letchath^  forme  fréquentative  de  outk  «frapper».  Erraçacet  «le 
plomb ,  les  balles  » ,  ar.  ^lio-^iS . 

•®  Ou.  h  zemmeredh  cha  «tu  ne  le  peux  pas»,  c'est-à-dire  «tu  n'es 
pas  aussi  fort  que  lui  ». 

"  Senjous  «faire  salir»,  ar.  j.***. 

•^  D'issaount  pour  saouint  id'  «ils  le  firent  sortir»  fde  aoui  «ap- 
porter»), 

wi.  i5 

IMralMKMC    RATIUSALK. 


222  SEPTEMBHE-OCTOBRE   1900. 

loak'edclin  i  hamet'  CoiiOi  aoiiid!  isr'aren  anneyjief^ 
aysoiim,  Hekher  haoui  ias  isr'aren.  Netta  ixcnnef  Uell , 
ncltai  tycnnefcVi  licuVount  ald'  itket't'ar^r'ef  oiiâmmis. 
Innas  outargi  la  as  LccjCj  ch  amina;  —  hennas  nelta 
ijbcd  r'ari  essif,  ik'li'ar  atiekeredh  enr'  achem  enr'cr'.  — 
Innas  eyi  errai  rnneni^. — Netiat  hetket't'ar  as,  Ji 
id'mar  ennes,  d'^oiioud' eni  enneSy  d'iir'allen  ennes,  aldcfj 
ih'ark'  ouilim  ennes.  Heya  amma,  outargi  ikholdhiOi  id' 
idheSy  innas  i  hemeù'outh  h'arz^a  our  inessereb^. 

Netta it'f es,  innas  ousouji  kheira  haniett'oath  ih'lan, 
yennedh  r'ari  essoiid' ener' ^  inii  enneni  enr^  niag  ennem. 
—  Hennas  ikhli  hitek,  loak'ka  attemeihedh,  chek 
h'aoïuidjedli  attessoud' enedh\  —  Innas  md'ara  ad'em- 
metker' y  ad*emmether'  fell  ani;  li' aoiiadjer'  client,  kheir 
en  doiineth'^  axa  oukoull  :  edj  aï  achem  essoud' ener' , 
aferli'er'  sadt^,  loakeddin  ad' emmeiher'.  —  Hennas 
hakh"^.  —  L\nas  ')(ennedh  soaasoaa  r'ari.  —  Hennas 

*  Annc^tirf  de  x^'^''^/  «  fai'*t3  rotir  ».  Ia'  redoublement  est  passé  sur 
la  première  syllalx;,  qui  est  pour  ad'n, 

^  Ith'et't'ar,  forme  réfléchie  de  k'et'i'ev  «faire  tomber  goutte  à 
goutte»,  ar.  JLi. 

^  Eyi  errai  ennem  mot  à  mot  a  fais  ton  avis»,  c'est-à-dire  «fais 
comme  tu  voudras».  Erraî,  ar.  çfW. 

*  Il'arz  «  surveille  » ,  ar.  \^ . 

^  Inessereb  «  il  se  glisse  » ,  ar.  vv>*^'  • 

®  Assond'ener  «je  baiserai»,  de  soud'en  «baiser». 

'  Douneth  «  le  monde  »  ,  ar.  LôjJt . 

*  Aferh'er'  saut  «je  me  réjouirai  un  instant»,  ar.  ^y»  et  Â^Lm, 

^  Hahh  «prends»,  de  ar  «prendre».  Ahh  est  pour  ar'h  «preuds- 
le»  [h  affaiblissement  du  pronom  th).  Les  consonnes  r  h,  quand 
e!les  ne  sont  pas  séparées  par  une  voyelle,  se  fondent  toujours 
on  hh. 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  223 

hakii.  —  let'fit  soudherrim  soaklienfoiif.  —  Hcnnas 
mata  h'aouadjeh  ?  —  Innas  ellef  ah  —  Hellef  as,  — 
Innas  souseni  our  tsaoaal  cita.  —  làdda  ieks  iyroj  fi 
idhar  enneSy  irai  ierd  idlaoïi  enneSy  iâdda  r'er  lemkah'el 
ennes  ieks  as  tdmmerth^  tamzoaarouth ,  ierni  idmmer 
itJi,  iraâ  ver  ihemi)(si  annax  theh'la,  innas  i  kemet' 
t'ouih  sekkev  cttargi.  Ikker,  innas  niar^efour  aï  tenr'idh 
cha  d'e(j(j  idhes?  —  Innas  ak  chek  oar  aï  ienr'idh  cha 
d'akliel  elhir,  Ekker  chek,  rouh'd'oun,  netch  ad'cklii- 
mer'  d'ayi, 

Ikker  outargi  innas  ioiisoafi  hoatli  chek  d' amzouaroiu 
— -  Innas  netta  ousoufi  a  rah\  edjir'ch  houth  chek.  — 
Hessiouel  nettaih  thmei'foiith,  hennas  outh  chek  a  Tarcji, 
chek  our  zemmeredh  cha  ousoufi.  —  Ikker  ouiargi, 
ioatha,  anna)(^  hameù'outh  hasseloaloa^  fcll  as;  ih' 
kemith^  d'i  chouchaV^  ennes  oufint  fi  ikhf  ennes.  Ikker 
buk'eddin  netta  ousoufi  y  innas  bedd  aï  louk'k'a  amme)(^ 
ak  beddir'.  loathith,  ih'kennth  d'i  himmi^,  iemmouth, 
iâdda  r'ares  ir'ersas. 

làdda  louk'eddin  r'er  oumahri  ibbi  d'sis  a^soum ,  innas 
i  hamet't'outh  rouh'  aouid'  isr'aren,  ad'xenefei'^  (ifl- 
etcher'.  —  Hcnnas  our  trouWerch;  iberreh' fell  as  sous- 

'  Tiunmevth  «Ja  charge»,  de  l'ar,  Jfxt  «remplir,  charger  (un 
fusil)». 

^  Hasseloidou  «elle  lit  entendre  un  you-you  prolongé»,  cri  de  joie 
et  de  Irioniplie  des  femmes,  en  arahe  ^y^y 

^  Ih'kemith  «il  l'atteignit  »,  ar.  ^io^-  «tenir,  atteindre  (en  parlant 
d'un  projectiJe)». 

^  Chouchuï,  ar.  iu^Lâ  «  calotte  rouge ,  chéchia  » ,  plur.  (^\yii  et 
en  l>erbcre  choucliaï. 

^  lUmini  «front». 

i5. 


224  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

sefiâ^  iouthit,  Hehker  loakeddin  liaoui  d'isi^aren.  I^en- 
nef  ietch  aldi  g  eroua, 

Irouli'  ai  iner',  annay^  ioagged'  as  inin  lârcli  ennes  ont 
toaouit  id'  ch,  leyit  ourennas  ikher, 

Aith  âwmis  terân  d'is  si  k'erboiist^  melmi ad'ikiilodii , 
annay^  har'obbarth  hathariy  aldeg  addiklilodh  anna)(^ 
netta,  Issiouel  oumas  em  oariaz,  innas  mata  ak  eyin 
amma,  innas  oalt  âmmi  eyin  amma. 

R'ersen  as  ihemett^oath,  k! edded' ent^ ,  eyirint  r'ef 
zoaggar'thy  oiisin  d  oiichchanen  d'ifrakli  etdlioUan  d 
essis  tetten  aldeg  atte^fa. 

HISTOIRE  DU  SOUFI  ET  DU  TARGDI. 

Deux  Souafa  étaient  frères.  Devisant  (un  jour)  de 
compagnie,  lun  dit  à  l'autre  :  «0  mon  frère,  ma 
femme  est  enceinte,  et  la  tienne  Test  également.  Si 
tu  as  une  petite  fille,  on  la  mariera  à  mon  fils;  si  j'ai 
moi-même  une  fille,  on  la  donnera  à  ton  fils.  » 

Un  beau  jour,  il  arriva  un  petit  garçon  et  une 
petite  fille.  Ces  enfants  grandirent  jusqu'à  ce  qu'ils 
atteignissent  l'âge  du  jeûne.  L'un  des  deux  frères  dit 
à  l'autre  :  «  O  mon  cher,  donne-moi  ta  fille,  je  la  con- 
duirai à  mon  fils.  —  Je  te  la  donne,  »  répondit-il. 
Le  premier  la  fit  monter  sur  une  mule,  l'emmena, 


^  Iberveh'  fell  as  soussefâ,  Ar.  ^'^  «infliger  une  correction ■ 
jû^s^u»  «claque». 

*  K'erboust  «coiiine»,  ar.  o->?*>  proprement  «arçon  de  selle •. 

^  K'cddedent  «ils  en  firent  du  «XjhXi,  c'est-à-dire  de  la  viande 
séclice  ». 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  225 

fit  une  noce,  et  donna  ensuite  aux  époux  une  mai- 
son séparée  afin  que  la  jeune  femme  n'eût  point 
honte. 

Il  arriva  quun  homme  d entre  les  Touareg  en- 
tendit parler  délie  comme  dune  femme  remar- 
quable ;  il  monta  sur  son  chameau  coureur  âgé  de 
dix  ans  et  se  rendit  chez  elle.  Arrivé  dans  les  envi- 
rons de  sa  résidence,  il  trouva  des  bergers.  «Qui 
êtes-vous  ?  leur  dit-il.  —  Des  Souafa  ».  Il  se  confia  à 
l'un  d'eux  et  lui  dit  :  «  Par  le  visage  du  Maître  des 
Mondes,  ô  favori  des  femmes  belles,  homme  d'appa- 
rence remarquable,  dis-moi  si  la  dame  une  telle,  fille 
dune  telle,  est  ici?  —  Elle  y  est.  —  Eh  bien,  si  Ion 
trouve  en  toi  les  mênies  sentiments  que  Ion  ren- 
contre chez  les  hommes  de  bien,  je  désire  que  tu 
me  l'amènes,  je  voudrais  la  voir.  —  Je  lui  ferai 
part  de  ta  prière,  et  si  elle  me  suit  je  te  l'amènerai, 
sinon  je  reviendrai  te  trouver  pour  te  dire  qu'elle  ne 
veut  pas.  » 

11  partit,  et,  arrivé  à  la  demeure  de  la  dame  (il 
aperçut  des  gens),  auxquels  il  souhaita  le  bonsoir. 
«  Viens  dîner  avec  nous,  lui  dirent-ils.  —  Je  viens 
de  manger  chez  moi  et  je  suis  rassasié.  »  Et  il  fit 
semblant  de  se  distraire  avec  eux  pour  raccourcir  la 
nuit,  en  réalité  pour  endormir  leur  vigilance.  Ces 
gens  sortirent  au  dehors  pour  aller  se  divertir, 
tandis  qu'il  pénétra  chez  la  dame.  «  Un  homme  m'en- 
voie auprès  de  vous,  dit-il,  un  Targui.  Il  est  beau 
comme  vous,  ses  yeux  sont  beaux,  son  nez  est  beau, 
sa  bouche  est  belle.  —  Regarde  donc,  lui  dit-elle, 


220  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

OÙ  se  trouve  mon  mari.  »  II  regarda,  et  laperçut  au 
milieu  d'un  groupe  éloigné.  Revenant  vers  elle,  il  lui 
dit  :  «  Le  voilà  parmi  ceux  qui  raccourcissent  la  nuit. 

—  Eh  bien,  lève-toi,  je  me  lève  aussi,  et  allons 
auprès  du  Targui  ».  Arrivée  auprès  de  lui ,  ils  se 
plurent  réciproqueipent,  étant  beaux  tous  deux, 
montèrent  (sur  le  mahri)  et  partirent. 

Quand  le  mari  revint,  il  entra  chez  lui  et  trouva 
la  couche  vide.  Il  dit  en  lui-même:  Elle  est  chez  mon 
père  ou  bien  chez  mon  oncle.  Quand  le  jour  se  leva, 
il  dit  à  sa  sœur  :  «  Va  voir  dans  la  maison  de  ton  père 
ou  celle  de  ton  oncle  si  elle  s'y  trouve.  »  Elle  y  alla,  et 
ne  la  Irouva  point.  Il  sortit  pour  faire  des  recherches, 
et  voici  qu'il  aperçoit  les  traces  du  mahri  qui  s'é- 
loignent. Il  sella  alors  son  propre  mahri;  les  femmes 
sortirent  et  lui  dirent  :  «Reste,  n'y  va  pas,  nous  te 
donnerons  nos  filles.  —  Non,  répondit-ii,  je  veux 
rattraper  ma  femme.  »  11  sort,  il  suit  la  trace  du 
mahri  :  la  voici,  la  voici,  la  voici,  jusqu'à  ce  que  le 
soleil  se  couche.  Il  passe  la  nuit  sur  cette  trace.  Son 
mahri  est  un  chameau  coureur  de  cinq  ans.  Quand 
le  soleil  se  lève,  il  repart  et  suit  cette  trace. 

Vers  quatre  heures ,  il  arrive  au  campement  des 
Touareg,  trouve  des  troupeaux,  des  bergers.  Il  se 
confie  à  l'un  d'eux  et  lui  dit  :  «(Parole)  de  bien, 
homme  brave,  frère  des  femmes  belles,  je  veux  te 
dire  une  parole  que  tu  ne  répéteras  point.  —  Dis. 

—  Est-il  arrivé  une  femme  en  ce  lieu,  l'avant-der- 
nière  nuit?  —  Elle  est  arrivée.  —  Y  a-t-il  en  toi  les 
sentiments  que  Ton  trouve  chez  les  gens  de  coeur? 


CLNO  TEXTKS  BKRRERES  EN  CIIAOUTA.  227 

—  Certes.  —  Je  désire  que  tu  me  fasses  parvenir 
auprès  délie.  —  Je  t'y  conduirai.  Va,  cache  ton 
mahri;  entrave-le;  quitte  ton  vêtement  de  façon  à 
venir  nu;  on  ne  te  reconnaîtra  point  au  milieu  des 
brebis.  Apporte  ton  sabre  et  viens,  tu  marcheras 
comme  marchent  les  brebis.  —  Je  marcherai  vers 
toi ,  dit-il ,  en  prenant  l'apparence  d'une  brebis ,  de 
façon  à  passer  inaperçu.  —  Cette  nuit,  répond  le 
berger,  on  fera  la  noce ,  tout  le  monde  sortira  des 
habitations,  et  lorsque  j'arriverai  à  la  tente  de  celte 
dame,  je  frapperai  un  piquet  avec  un  bâton.  Là  où 
je  frapperai  sera  sa  demeure.  » 

Il  attend  alors  et  se  dissimule  au  milieu  des 
brebis  et  voici  que  les  femmes  sortent  pour  traire. 
11  regarde  dans  le  groupe  des  tentes,  et,  tandis  que 
les  coups  de  feu  retentissent  et  que  la  noce  bat 
son  plein,  il  entre  chez  elle.  11  la  trouve  dans  le  lit, 
et  la  chandelle  brûle.  11  lui  dit  :  «  Le  salut  sur 
toi.  —  Que  Dieu  t'accorde  le  salut,  un  tel.  —  Elle  dit  : 
Quel  motif  t'amène?  —  11  dit  :  C'est  pour  toi  que  je 
viens.  —  Dieu  fasse  que  ta  tente  soit  déserte,  je  ne 
te  connais  plus.  —  Lève-toi,  répond-il.  —  Je  ne 
me  lèverai  pas,  mais  si  tu  veux  à  manger,  je  vais 
t'en  préparer.  —  Je  ne  veux  pas  manger.  —  Eh  bien , 
puisque  tu  ne  veux  pas  manger,  je  vais  appeler  mon 
homme  qui  accourra  et  te  tuera.  »  —  Alors  il  tire 
son  sabre  et  lui  dit  :  «  Tu  vas  te  lever,  ou  je  te 
tuerai.  » 

Elle  se  lève  et  sort  avec  lui.  Il  arrive  h  son  iiiahri, 
le  détache,  va  chercher  ses  vêlements,  s'en  couvre, 


228  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

prend  sa  femme  en  croupe  et  part.  Le  jour  monte, 
elle  dit  :  «  O  toi  qui  es  le  fils  de  mon  oncle  paternel , 
j'ai  soif.  »  Or  elle  méditait  une  trahison.  11  lui  dit  : 
«  Est-ce  que  l'on  trouve  de  l'eau  par  ici?  —  Le  jour 
où  le  Targui  m'a  emmenée,  nous  en  avons  trouvé 
dans  ce  col.  » 

Ils  arrivent  au  puits.  «  Descends  (dans  Je  puits)  » , 
dit  le  Soufi.  «  Je  ne  suis  qu'une  femme,  et  j'ai  peur; 
descends  toi-même.  »  Il  descend.  Il  puise  de  l'eau, 
elle  boit;  il  en  puise  encore  pour  son  mahri,  qui  se 
désaltère,  et  voici  qu'elle  répand  l'eau  à  terre.  «  Pour- 
quoi verses-tu  l'eau  à  terre  »,  lui  dit-il?  «  Je  n'en  verse 
pas ,  c'est  ton  mahri  qui  boit  toujours  ».  Et  cependant 
elle  lance  ses  regards,  et  voici  qu'une  poussière  se 
lève  :  elle  aperçoit  le  Targui  qui  arrive.  Elle  coupe  la 
corde  sur  son  mari ,  mais  il  ne  tombe  pas  au  fond 
du  puits  :  il  reste  sur  une  anfractuosité,  sur  un  banc 
de  pierre,  jusqu'au  moment  où  le  Targui  arrive.  La 
femme,  s'adressant  à  celui-ci,  lui  dit  :  «  Voici  que  je 
te  l'ai  attrapé.  —  Bravo!  »  s'écrie- t-il ;  et,  s'adressant 
au  Soufi  :  «  Fais-moi  monter  de  l'eau,  que  je  boive.  » 
Il  puise  de  l'eau  et  le  Targui  boit.  La  femme  lui  dit: 
«Tue-le  dans  le  puits,  c'est  un  tireur  de  balles,  tu 
nés  pas  plus  fort  que  lui.  —  Non,  répond-il,  je  ne 
veux  pas  souiller  le  puits  des  tribus  :  je  vais  le  faire 
monter.  »  Le  Soufi  monte  jusqu'à  ce  qu'il  arrive  à 
hauteur  des  seins;  ils  s'en  emparent,  le  hissent,  le 
ligottent.  Ils  lui  prennent  encore  les  pieds,  les 
attachent ,  le  mettent  nu. 

Alors  ils  s'emparent  de  son  mahri  et  Tégorgent. 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  229 

«Apporte  du  bois,  dit  le  Targui  à  la  femme,  nous 
allons  faire  rôtir  la  viande.  »  Elle  se  lève  et  lui  ap- 
porte du  bois.  Il  fait  rôtir  et  mange,  tandis  qu'elle 
fait  griller  les  morceaux  de  graisse  jusqu'à  ce  qu  ils 
dégouttent  sur  son  cousin.  «Ne  fais  pas  cela»,  lui 
dit  le  Targui.  Elle  dit  :  —  «  Il  a  dégainé  sur  moi 
son  sabre,  en  s'écriant  :  «Lève-toi,  ou  bien  je  te 
tuerai.  —  Dans  ce  cas,  agis  à  ta  guise.  »  Elle  fait 
dégoutter  la  graisse  sur  sa  poitrine,  sur  son  visage, 
sur  sa  nuque,  jusqu'à  ce  que  sa  peau  fût  grillée. 
Pendant  qu'elle  agit  ainsi,  le  Targui  se  sent  gagner 
par  le  sommeil  et  dit  à  la  femme  :  «  Veille  sur  lui, 
afin  qu'il  ne  se  glisse  pas  hors  de  nos  mains  ». 

Tandis  qu'il  dort,  le  Soufi  parle  :  «  Parole  de  bien , 
ô  femme  excellente ,  penche-toi  sur  moi  que  je  baise 
ta  bouclîe  ou  bien  ta  joue.  »  Elle  dit  :  «  Dieu  fasse 
que  ta  tente  soit  déserte  !  tu  vas  mourir  tout  à  l'heure , 
et  tu  penses  aux  baisers?  —  Certes,  je  vais  mourir, 
et  je  mourrai  pour  toi.  Je  t'aime  plus  que  ce  monde 
entier  :  laisse-moi  te  baiser,  j'aurai  un  moment  de 
joie;  tout  à  l'heure  je  mourrai.  »  Elle  dit  :  «  Prends. 
—  Penche-toi  bien  sur  moi.  »  Elle  dit  :  «  Prends  ». 
Il  la  mord  par  la  mâchoire  et  par  le  nez.  Elle  dit: 
et  Que  demandes-tu?  —  Que  tu  me  délies.  »  Elle  le 
délie.  Il  lui  dit  :  «  Tais-toi  et  ne  profère  pas  une 
parole.  »  Puis  il  s'occupe  de  détacher  les  entraves  qui 
retiennent  ses  pieds,  il  revêt  son  burnous,  va  cher- 
cher son  fusil,  enlève  la  charge  ancienne  et  le  re- 
charge à  nouveau,  examine  la  pierre  à  fusil  et  s'as- 
sure qu'elle  est  bonne  et  dit  à  la  femme  :  «  Fais  lever 


230  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

le  Targui.  »  Celui-ci  s  éveille.  «Pourquoi,  dit-il,  ne 
m'as-tu  pas  tué  pendant  mon  sommeil?  —  C'est 
que  toi-même  ne.  m  as  point  tué  tandis  que  j'étais 
dans  le  puits.  Lève-toi,  va  te  placer  là-bas,  tandis 
que  je  resterai  ici.  » 

Le  Targui  obéit  et  dit  au  Soufi  :  «  Tire  toi  le  pre- 
mier M.  lie  Soufi  lui  répond  :  «  Non ,  je  te  laisse  tirer 
toi-même  le  premier.  »  La  femme  prend  la  parole  : 
«  Frappe,  frappe,  ô  Targui,  tu  n'es  pas  aussi  fort  que 
le  Soufi.  »  Le  Targui  se  lève,  il  tire,  et  voici  que  la 
femme  fait  entendre  un  long  you-you.  Il  l'atteint 
dans  ses  chéchias  qui  volent  de  dessus  sa  tête.  A  son 
tour,  le  Soufi  se  prépare  et  dit  :  «  Tiens-toi  droit  main- 
tenant, comme  je  me  suis  tenu  droit  pour  toi.  »  Il 
tire,  il  l'atteint  au  front;  son  ennemi  mort,  il  se  pré- 
cipite sur  lui  et  l'égorgé. 

Il  va  ensuite  au  mahri,  en  coupe  des  quartiers  de 
viande  et  dit  à  la  femme  :  «  Va  me  chercher  du 
bois,  je  veux  faire  rôtir  et  manger. — Jen'irai  point  », 
dit-elle.  Il  s'avance  vers  elle  menaçant,  et  la  frappe. 
Elle  se  lève  alors,  et  apporte  du  bois.  Il  fait  rôtir  et 
mange  jusqu'à  satiété. 

Il  songe  alors  à  tuer  la  femme,  mais  il  craint  que 
les  gens  de  sa  tribu  ne  lui  disent  :  «  Tu  ne  l'as  point 
ramenée.  »  Il  la  prend  en  croupe  et  part. 

Ses  cousins  faisaient  paître  sur  une  colline.  Quand 
il  fut  près  d'arriver,  voici  qu'une  poussière  se  lève; 
il  s'approche  et  le  voici  lui-même.  Son  frère  prend 
la   parole  et  dit  :  «  Qu'est-ce  donc  qu'on  t'a  fait?  » 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  231 

Il  répond  :  «  La  fille  de  mon  oncle  paternel  a  fait 
telle  chose.  » 

Alors  ils  égorgent  la  femme,  découpent  sa  chair 
en  lanières,  les  lancent  sur  un  jujubier  sauvage,  et 
les  chacals  et  les  oiseaux  accourent,  et  passent  la 
journée  h  les  manger  jusqu'à  ce  quil  n'en  reste  plus. 


ah' MED  ELHELAJLI  d'eRBEDAh'K 

Ah'med  Ellielaïli^  our  th'iban^  cita  iouxl'an.  Roiih'en 
i^ares  r'ar  settout^y  ennan  as  :  a  settout,  kheser'  ^  ath 
nselikev  d'aviaz  a  si  hemourth,  a  tolbedli^fell  aner'  am 
Inoach.  —  Hennasen  farh'ikonm  oudjouha'^ ,  eyeth  etâ- 

^  Racontée  par  Ahmed  ben  Cherif,  de  Tkout. 

-  El  helaïli,  ar.  Joil^l ,  de  la  tribu  de  J>lià,  qui  forma  avec  celle 
de  Soieïm  la  grande  invasion  arabe  du  xi'  siècle  (cf.  Ernest 
Mercier,  Histoire  de  l'AJritfue  septentrionale,  t.  II).  Il  est  assez  curieux 
do  constater  que  l'un  des  principaux  liéros  des  chansons  de  geste 
de  cette  époque,  Ahmed  £1-Helaïli,  est  populaire  jusque  chez  les 
Berbères  qui  n'ont  pas  été  p'métrés  par  l'invasion  hilalienne ,  et  dont 
beaucoup  ne  comprennent  même  pas  Tarabe.  Le  narrateur  Ahmed 
ben  Cherif  fait  exception.  Mais  il  aura  soiu,  lorsque  sa  mémoire 
lui  rappellera  quelques  passages  de  prose  rimée  débités  en  arabe, 
de  les  mettre  à  la  portée  de  son  auditoire,  par  une  traduction. 

^  H'iban ,  ar.  ûXa*.  «  aimer  »,  Our  th'iban  cha  est  pour  our  tk  Iiiban 
vha  dont  la  prononciation  serait  pénible. 

^Settout,  proprement  «vieille  femme»  et,  de  là,  «vieille  sor- 
cière. » 

^  Kheser'  est  au  singulier  bien  qu'ayant  le  sens  du  pluriel ,  pour 
nekhs,  qui  concorderait  avec  n  sehker, 

"  T'olhedh,  ar.  4-J^  «demander».  Tolbedh  est  pour  tt'olbedli. 

''  Farh'ihoum  oudjouha,  interjection  arabe  »y^y  fi^y^  ^^^  *  '"^*^- 


232  SEPTEMBRE-OCTOBHE  1900. 

iadli,  (uViiia  ath  hezzerei^^.  —  Ekheren  eyin  elâiadli, 
ennan  as  halr^oumt  lierouh'.  Ikker  netta  loukeddin,  in- 
nas  i  babas  had'  fezzâr''^  ak  netch.  —  Ikker  iryeb  i^ouf 
ouiis  enneSy  ifzâ  ikhlodli  animas  em  onbrid!  ennan  as 
elâfith^.  Iniodhran  d! ^  ikholdh  ad'ioured^  Us  enneSy  iaf 
settout  hettaïm,  innas  edj  aî^  eks  aiddid  ezzathi.  Hennas 
nettath  âdda  ou  bark,  netta  isâdda  us  y  iâfes"^  ouiddid 
iniezzek^.  Hennas  cliek  enfekhth  aP,  ina  d'attoaidh 
cha  n  Erredali'  ^^  own  Zdid,  Innas  :  «  Seddin  ouma  i  ab- 
beder'^^  ald'  aï  tlienâatliedh ^^  Erredah'  mani  hettili  eni'^ 
ad  ebbit^  ikhf  ennem.  »  Hennas  louk'eddin  Erredah' 
thebâd  tliiyli  errebâin  ionni  djara)(^  d'id'es. 

Ikker  loukfeddin  irooueh! ,  irfed'  erbâin  ent  h'ebbat  en 

«Que  (Dieu)  réjouisse  vos  visages!»  s'emploie  dans  le  sens  de  «fort 
bien!  parfait!  à  la  bonne  heure!» 

*  Hezzerer',  forme  intensive  et  emphatique  de  zer  «voir». 

*  Fezzar',  forme  intensive  tirée  de  Tarabe  »U9  «partir  en  guerre». 
•'*  Elâjith,  ar,  iU»l«Jl  «la  paix».  Ennan  as  elàjith  «ils  lui  dirent 

que  ce  n  était  rien». 

*  Imodhi^an  d\  forme  réfléchie  de  edhren  «retourner». 
^  loured,  ar^  *>^  «abreuver». 

*  Edj  aï,  sous-entendu  âddir',  «laisse-moi  passer». 
'  ÀJes,  ar.  j^xc  «écraser». 

*  Iniezzek',  de  l'ar.  ^y  «  déchirer  ».  Ce  verbe  a  pour  sujet  aiddid 
sous-entendu ,  et  la  forme  mezzek'  indique  le  sens  passif. 

®  Enfekhth  ai  «tu  t*es  enorgueilli  sur  moi»,  ar.  ^fj»  et  avec 
le  sens  réfléchi  g4J^. 

'*  Ar.  ^^  J.!  ^î*>^i.  Redah',  nom  commun,  signifie  «qui  a  de 
belles  hanches,  une  belle  croupe». 

"  Seddin  onma  i  abbeder',  pour  seddin  em  ona  g  âhheder'  «par  la 
religion  de  celui  que  j'adore»,  ar.  ^J^\  et  o<-^.  Cest  ici'un  affai- 
blissement de  la  particule  g,  La  forme  âbbeder'  exprime  l'intensité. 

'*  Ald'  aï  thenaathedh  «jusqu'à  ce  que  tu  m'indiques»  c.-à-d.  «in- 
dique-moi». Ar.  ouû  «désigner». 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CÏIAOUIA.  233 

decjlet  ennoar  * ,  ieyilia  d^ildjib  ^  ennes.  Ir^cb  r'onf  Us 
ennes  ioiiyir. 

Netta  iggour  iggour  ald  ioud'efhainourth  en  erremel^, 
Uira  lier  *  ouiis  s  idharen  ennes  ou  ad'iadef  aleddir  ^. 
Ihet'ielomis  ir'eleh  iâia^,  innas  Ah'med  Ellielaili  iouiis  : 


'  Dcijict  Knnour,  ar.  >^l  xli^  «la  datte  de  la  lumière»,  ainsi 
nommée  à  cause  de  sa  transparence,  espèce  dos  plus  estimées.  — 
Jl'cbbat,  plur.  de  Tar.  aa^  «un  grain,  une  unité», 

^  IXiUjib  «  dans  la  poche  » ,  ar.  v^-^i^. 

^  Hànwnrth  cnc.ircmcl,  ar.  S^-JS  «>5^^  «  le  pays  du  sable,  le  Sahara  ». 

*  lier  aidliaren  ennes  «  il  lance  avec  ses  pieds  » ,  c.-à-d.  «  il  lance  les 
pieds  (en  avant)  ».  —  1er  (pour  (jer,  affaiblissement  du  (jen  i)  est  ici 
un  verbe  neutre ,  ou  plutôt  un  verbe  d'état  :  l'état  de  celui  qui  ré- 
pèle constamment  l'action  de  «lancer  les  pieds  en  avant». 
•    ^  Aleddir  «jusqu'au  poitrail»,  ar.  wSJl. 

®  Ibet't'el  «il  cesse  (la  marche),  il  s'arrête»,  ar.    JJaj.  —  Ir'eleb 

«  il  est  vaincu  (de  fatigue)  »,  ar.  t-*-U.  —  ïciia  «  il  est  fatigué  »,  ar.  L^. 
'  Le  texte  arabe  est  en  prose  rythmée  et  vaguement  rimée  du 
dialecte  maghrébin  (vulgaire). 


234  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

A  lis  aziza  imelh!  ellouii  ennex^, 

Ilchoucha  '  erreniel  si  hit't'aouin  enne'/^. 

Our  iheh' neh' edli-  cha  ammex^  iheh'neWedh  zi^, 

Iniouk's  ^  essi^  oiiah  tsaoïiîdh  zix* 

Menniv  a^  elmordj  ad'ïii  itchour  *  s  clkhafour  * , 

Ou  acii  n  sessoii  ®  si  hit^  en  Noana 

Onallah  hasevd'ount  a  tâbha  s  hemzin , 

Izzour'erit  heu  Hajjoitna. 

Issiolial  r' cires  ouiis  innas  :  ers,  erkhef  eddir'^ ,  ech- 
hali'^  elli'ezam,  tised'  nan  ar'en  isseriin^  i  liemourth, 

Irkhef  as  eddir,  iâdda  ir^eb  iouyir,  Netta  iggoar  an- 
nax  icif  ennejâ  *®  ezzatheSy  iafamenaî  iryebfell  âouda 

^  Itchoucha,  forme  fréquentalive  de  elch  «manger»  (redou- 
blement de  la  deuxième  radicale). 

^  Eh'neh'  et  nelineh',  onomatopée  exprimant  le  «hennissement». 
L'arabe  porte  ^j^^JLsJl^  c:Jl44fv  i)  «lu  ne  hennis  plus  avec  redou- 
blement». Le  traducteur,  éprouvant  sans  doute  quelque  difficulté  à 
rendre  par  un  terme  spécial  Tidée  abstraite  de  redoublement,  a 
tourné  la  phrase  :  «Tu  ne  hennis  plus  comme  tu  hennissais  jadis.  » 

^-  Imouks,  passif  de  eks  «ôter».  La  traduction  berbère  est  ici  d'une 
lamentable  pauvreté.  Le  texte  arabe  porte  :  «  Dans  ta  tête  ne  bouil- 
lonne plus  ton  ardeur.  »  Il  y  a  là  des  termes  abstraits  et  figurés  que 
le  berbère,  dont  le  vocabulaire  est  limité  aux  choses  concrètes,  est 
impuissant  à  rendre.  Le  traducteur  s'est  borné  à  dire  :  «  A  cessé 
dans  toi  ce  que  tu  apportais  jadis  »  ;  ce  qui  ne  signifie  pas  grand'- 
cbose. 

*  Ad'ili  itchour  «il  sera  plein»,  futur  construit  avec  le  verbe 
auxiliaire  «être». 

^  Elkhafour,  ar.    )y»^,  Ilerdeum  muvinwn,  plante. 

•*  Sessou^  forme  factitive  de  esou  «boire». 

'  Evklicf  eddir,  ar,  wÔJ!  v-fâ^^î   «relâche  le  poitrail». 

*  Echbah'  elh'ezani,  ar.  (•'v^  ^^'   «resserre  la  sangle». 

"•'  Ar'eii  isseriin,  pour  aner    isseriin   «jjour  nous  devant  sortir». 
*"  Ennejà,  ar.  ^f^\  «le  campement  de  tribu». 


CINQ  TEXTES  BKRHI^RES  EN  CIIAOUIA.  235 

tamellalt,  nclta  itberrem^  d!i  hiler'min.  Innas  Ali'med: 
«  Slama  âlik,  ia  oua  illan  ournith  hiler'min  ^.  »  Issousein , 
i(j(joumas  ioiiâs^  esselam.  Innas  :  n  Slama  âlik,  a  oua 
illan  (long  ammas  en  lier' min,  »  Icjgoumas  ioaâ  esselam. 
Innas  :  «  Slama  âlik  a  ouomillan  ezzatli  Ixeler'min!  »  Icj- 
(joiima  as  ioiiâ  esselam.  Innas  louk'edclin  :  a  Slama  âlik 
ia  bah  enl  tmellalt^.  Innas  âlik  esselam.  — Innas  mata 
cheky  netch  ek'k'arer'  ak  selamna  âlik,  chek  houggau- 
midli  aï  thouâidh  esselam?  —  Innas  :  hennidli  aï  esse- 
lama  âlik  a  oua  illan  ourenith  hiler'min  :  ourennasen  ^ 
d'ilek'k'ad'en  ensent.  Hennidh  ai  :  selamna  âlik  a  oua 
illan  d'oucj  animas  en  leler'min;  animas  ensen  d'iâddis 
ensent.  Hennidh  aï  :  Selamna  âlik  a  oua  illan  ezzaih 
théier' min;  ezzath  sen  d'ikhfaoun  ensent.  Hennidh 
aï  slamna  âlik  ia  bah^  en  tmellalt"'  :  ennir'  a;^  âlik  es- 
selam. 

Innas  Ah'med  Elhelaïli  iounilti  d*in  :  Ism  enne^^l 

*  Itbcrrein ,  forme  neutre  tirée  de  la  rac.  ar,  -o  «  tordre,  toui'ner  ». 
Ilberrem  d'i  hilermin  peut  ici  se  traduire  :  «il  s'occupe  à  rassembler 
des  chamelles». 

*  Ournitli  hiler'min.  Le  pronom  tli  se  rapporte  à  hiler'min,  et  pren- 
drait l'accord  si  ce  mot  était  placé  avant  «derrière  elles,  derrière 
les  chamelles.» 

^  loua,  proprement  «ouvrir,  tourner».  loua  esselani  «il  rend  le 
salut».  On  dirait  de  même  en  arabe  vulgaire  :  -iUJt  *JLê  «.Ji, 

*  Bab  ent  Inicllalt,  sous-cnlcndu  elàoud a,  «maître  de  la  jument 
blanche». 

^  Il  devrait  y  avoir  onrennasent ,  le  t  final  s'est  fondu  avec  le  d' 
qui  le  suit. 

®  Bab  «  maître ,  seigneur,  possesseur  » ,  mémo  mot  que  baba  «  phre  » 
(ou  plus  exactement  mon  père)  (employé  dans  le  sens  du  pater fa- 
milias  latin. 

'  Tmellalt,  sous-entendu  cldouda ,  «la  jument  blanche». 


236  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

Innas  ism  inou  Cliira,  Innas  enâth  aï  Erredah\  mani 
heltili,  di  hakliâth  enr'  d'i  hezdexlh^?  —  Innas  Er- 
redali'  hettilid'ihdkliâthj  babas  d'essoUan^  ag  tnour'en^ 
fcU  as  scbâ  en  slat'in ,  iberred'it  ^  iedj  sisen  ck'karen  as 
Châlan.  Innas  ounilti  rouh'  ,.ekced'  *  aklikliam  amok'- 
ran  thouâidli  r'ares,  ald  ad'roouli'er\  —  Irouli'  nclta 
iklwldli  liameit' outil  ounilti  heried  r'ares  hennas  :  Djouz , 
marali'ba  ou  sahla  bik^.  Thek'ken  asouiis,  thessouas^, 
hcrouli'  haoui  iaz  d''  heyini.  Hâoudd^  asent,  hessers^  as 
lient.  Iteks^^  ar'iaî  iouâth,  ili'ebba^^  idjemlihent  ou  at 
issers.  Netta  our  itett^^^  ait  y  innas  erfed'  liiyeni  enneni 
erouir'^^,  Hak'k'el  nettat  lierfed'  et't'ebek' ^\  thâoudd 
tïli'ebba,  annay^  liicht  lali  touetcli:  ar'iaî  ellan,  liiyeni 
our  ouatclia^^  ak  etticlit^^,  Hennas  louk  'eddin  : 

'  Hezde^tli  «la  paimeraie». 

*  Tnouren,  forme  de  réciprocité  de  cnv  «tuer».  On  dit  plus  com- 
munément mnour'en. 

^  Iberred'it, de Wr.  *>j!j,   «rafraîchir». 

*  Eli'ced'  «dirige-loi  vers»,  ar.  Js^ai. 

*  Toutes  les  salutations  du  berbère  sont  empruntées  à  Tarabe, 
de  même  que  presque  tous  les  usages  mondains. 

*  Thessouas  pour  thesesouas ,  forme  factitive  de  esou  «boire». 
'  Iaz  d,  par  euphonie  pour  ias  d', 

*  Haoudd ,  de  Tar.  j^a  «compter». 

^  Sers  «servir,  placer»,  forme  factitive  de  ers  «descendre». 
••*  Iteks,  forme  intensive  de  eks  «ôter». 

"  Ih'ebba,   plur.    de   thah'ebbouxJth  ou   elliebbeth,  ar.  Sl  «un 
grain,  une  unité». 
'-  Itett,  forme  iulensilive  de  etch  «manger». 
"  Erouir,  iioua  «être  rassasié»,  ar.  (^^y 
'*  Et't'ebek,  ar.  vJL.JaJ!  «le  plateau». 
'^  Touetch,  touatclia,  formes  passives  de  etch. 
••*  Ah  ettichi,  pour  ah  ed'  thicht  «pas  même  une  seule». 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  237 

Ouali  oiiah!  Ifrer'oul  inoii  soug  makhlouk'  '  aïa  ammex^  if  ver' 
ouar'iaî  si  hiyeni! 

Thechheg^  iria  errouJi'  ennes. 

Ikkim  netta  itkhammam^^  aldeg  acVirooueh'  ounilii, 
Innas  hameffoath  enne/^  theniinouth,  ma  h'aoïmdjedli^ 
ak  t  azzencr'  ^  s  ouourér^  d'onzref.  —  Innas  loukeddin 
ounilti  :  ak  netch  d'emmis  n  essolt'an  a  ellir'  ousir'ed' 
eroazzir'  ^  r^ef  thème  ft'outh  aîa  kheser'  at  ezrer',  Str^ima'^ 
louk'ka,  our  ettaouir^  si)(^  la  ourer'  la  azref^,  Hatta  ou- 
brid'  rouh!  aida  kholdhcdh  r'er  elbordj  ennes. 

Irouh'  aldeg  ikhlodli  r^er  elbordj,  ibedd  d'oug  allar"^ 
ennes  d'irrey^ab^^  izdliolU^  ezzr^aiet^'^  ennes  fet't'ak'^'^. 

*  Maklouk',  ar.  cJ»^JLi:  «créature». 

*  Thcchhe(j,  ar.  Ulfâ  «râler,  exhaler  le  dernier  soupir». 
^  Itkhammam,  forme  intensive,  ar.  m-Hâ^^  «il  réfléchit  ». 

*  H'aouadjedh,  de  Tar.  ^Uh.  «  avoir  besoin  de» ,  et  par  conséquent 
«vouloir». 

5  Azzener   «je  pèserai»,  ar.  ^^^. 

*  Eronzzir'  «je  visiterai».  La  racine  rouzz  (3*  pers.  irouzza)  est 
probablement  une  altération  de  Tarabe  ^w,  j!j. 

'  Strima,  impératif  avec  sens  factitif,  neutre  et  intensif  tiré 
de  la  racine  r'im  «rester».  Str'ima  «fais-toi  rester  tranquille». 

*  Cf.  sur  les  racines  ourer'  et  azref  Texcellente  étude  de  M.  Basset 
sur  les  Noms  des  métaux  et  des  couleurs  en  berbère, 

*  AUar   «jambe».  Cf.  zenatia  de  l'Ouarsenis  lier'  «jambe». 
**  D'irre^ab  «  sur  les  étriers  » ,  ar.  <^^yi\ . 

"  hdholl  pour  isdkoll  «  il  fait  de  Tombre  » ,  forme  factitive  tirée 
de  la  racine  ar.  Jilà  ii"  forme  «faire  de  Tombre», 
'^  Ezzr'aiet,  ar.  iv-'^T^Ï  «la  lance». 
»3  Fet't'ah'  «dans  la  fenêtre»,  ar.  itiUaJl  i. 

XV.  i6 


238  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

Heiinas  nellalh  Erredah'  i  iskioiilh^  ennes  :  cllwll 
cha  mata  isd'ourin  ^  fell  a  ethfou)(th  :  ma  d'esseh'ab  ^ 
enr'  ezzr'aiet  oum  ârab'^?  —  HedhoU  d'ashioutliy  hebi- 
yen  amnaï^  aï,  houella  r'er  lallas^,  liennas  amnaiaia 
si  ellir'  "^  lah  zerir'th,  —  Hennas  houella  ini  ias  ma  hem- 
sedh^?  —  Hetliouella  hennas  ma  hemsedh?  —  Innas 
chem  tashiouth,  haskiouth  lach  r'ares-  ellekelouf*^ ,  in- 
nas ilalla  atdholledh  ^^  attezredh  ag  ellan.  —  Hcdhol- 
ledh  nettath  Erredah'  fell  as ,  hennas  : 

{jy^  U  v^ji;  ^*^  {j!^^ 

*  Iskiou  ou  asiiiou  «nègre».  Cf.  ouarscnis  islàou  «nègre». 

*  Isd'ourin,  participe  d'une  forme  faclitive  de  la  racine  d'uur 
«cacher». 

^  Esseh'ab ,  ar.  t-»^-''**^'  «  le  nuage  ». 

*  Onm  ârab  pour  cm  ouàrab  «d'un  Arabe». 

^  Amnaî  «cavalier»,  composé  du  prélixo  (un  qui  indique  la  per- 
sonnalité et  de  eni  «monter  à  cheval»  (même  racine  que  la  prépo- 
sition eni  ou  enni  «sur»). 

^  Lallas  «sa  dame»,  ar.  vulg.  9J^, 

'  Si  «de»  et  «depuis  que»  (sens  de  l'ar.  ç-*).  Si  ellir'  «d^uis 
que  j'existe». 

®  Ma  henisedli  «qui  es-tu?».  Enis  signide  «être»,  dans  le  sens  de 
«avoir  telle  qualité,  telle  essence»  (même  racine  que  thimsi  «feu»), 
différent  de  illa  qui  indique  tout  simplement  l'idée  d'existence* 

®  E llekelouf  aldi  qualité  (pour  parler),  le  mandat»,  ar.  ^{»XJ1. 

"»  Atdholledh  pour  ad' tliedhollcdh.  Ar.  Jlà. 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  239 

A  amnaî  ih'k'im  djar  sent  ent  hittaouiti,  a  chek  hedkiyâdh 
iman  ennek  ia  mer'hoan;  enâth  cdennesbeth  ennex  ma  hemsedh^? 

Innas : 

j:^  culot  ^yf^  (^  .xiydt 

JUàJI  <-a^'  is>^;  4^«>S>  4 

Netch  d^ Ahmed  EUialaîli,  aif  ihJlan^  d'oag  ammas eïhalaîUa, 
Ma  illa  d^ass  eUeften^,  d'oiig  fous  inoii  ezzr'aiet,  ma  eUefer'  as 
oua  ouihir'  rebha  a  irh'em  *. 

Hennas  lonkeddin  : 

Joy^\  J^t  cuit 

'  Le  traducteur  berbère  a  omis  de  rendre  rexpressîon  arabe 
ijLàySL  J-Jtf'qui  est,  à  proprement  parler,  intraduisible.  C'est  une 
objurgation,  signifiant  mot  à  mot  «par  l'apparence  de  ton  honneur» 
et  qui  implique  une  certaine  considération  à  l'égard  de  celui  à  qui 
elle  est  adressée. 

^  A  g  ih'lan  tle  meilleur,  celui  qui  l'emporte»  (d'entre  les  Hi- 
laliens).  L'arabe  porte  Os^yU!. 

^  Ass  ellefeten  «le  jour  du  combat»,  ar.  Sls^J],  L^arabe  porte 
^I^  ^3^  \^y^  131  «Si  deux  lances  s  offrent  au-devant  de  moi». 

^  Ma  ellefer'as. .  .irh'em.  Mot  à  mot  :  «  Si  je  la  lâche  (ma  lance), 
celui  que  je  frappe  ^  que  Dieu  lui  fasse  miséricorde  !  »  Ce  qui  n'est 
point  la  traduction  du  texte  arabe,  et  il  est  à  peine  besoin  de  le 
faire  remarquer, 

*  y  yJo  d'oiseau  noble,  le  faucon». 

®  ^J^  avec  le  sens  neutre,  «rôder,  tourner  autour»  (ar.  vulg.). 

i6. 


240  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

Cliek  d'Ahmed  Elhalaili  Tir  Elh'air  our  ith'aouas  cha  vouj 
ikah'llâih  ^  ;  ct't'ir  eldjiid  our  itoucUa  cha  feU  oakar,  Bahloul  a 
oua  ichek'k'ar  r' ouf  tazda)(th  ou  la  ch  d^is  en  tiyeni. 

Innas  netta  : 

Annal' lob  vebbi  ar'en  iouch  thamethna,  ad'ir'nii^  laWchkh 
d'ennouar,  anneroua  lathmav, 

Ilennas  neiiath  : 

Ncichenti  ised'nan  am  eWavir,  our'en  refc^en  r'ir  ettoadjar. 
Innas  loukeddin  Ah'med  elhalaili  : 

'  Thah'liâih  «le  village».  En  ar.  â^;V^I  «Tenclos,  la  palissade» 
et,  par  suite,  «le  village».  Ce  mot  entre  dans  la  composition  des 
noms  d'un  certain  nombre  de  localités  du  sud  algérien  :  Zepibel- 
El-Ouad,  Zeribet- Ahmed ,  etc. 

*  Er'mi  «croître»  (?).  Cf.  Dj.  Nefousa  ar'enuna  «légume».  Mzab 
Tar'imt  «tas».  11  est  probable  que  l'on  doit  rattacher  à  celte  racine 
le  verbe  k'im  «demeurer,  rester»,  usité  dans  presque  tous  les  dia- 
lectes (Taroudant  ram  «rester»). 


CINQ  TEXTES  BERBERES  EN  CHAOUIA.  241 

AJI:>^  dUL*  sJ^ 

iî'«ri  thihelaîlyin  am  chem ,  eraâJent  '  ï*'ir  clh'arir,  icehr'en  * 
rf'i  Ikhoaahi^:  hessefeledh^  d'aï,  a  Redah',  ia  Imed'heh  cm  Béni 
MozaV\ 

Idherren  ikhf  ouiis  ennes  iouyir,  Hennas  lonVeddin  : 

{j»t\yà  ^  oôt^  ikMéSA.  Ut 

^Lâi  ^I  oôl^  »iJ^  lit 

ô;)^)  :>^t  L?  Juô^  Juc^'  lit 

iVefc^  d'echchint  chek  aï  a  r'er$en; 
Netch  tazda)(th  chek  aï  a  hebhîn  *  ; 
Netch  d'aserâoiiff  chek  aï  a  inr'an; 

'  Ernd'ent,  forme  d'habitude  de  erd'  «revêtir». 

*  Icebr'en,  participe  présent  à  sens  passif  de  cebor'  «teindre». 
Ar.  ^*j^» 

^  Elkhouabi,  ar.  ^^i^i  piur.  de  JU^Il.  «cuve». 

*  Hessefeledh  «  tu  t'es  aviiie  » ,  ar.  J<xZt  «  être  bas ,  vil  ». 

^  Le  texte  arabe  porte  j^^^lâlL  k^J4)  L,;  «ô  le  cinquième  rite!» 
Comme  il  n'y  a  que  quatre  rites  orthodoxes,  le  cinquième  est  une 
chose  vile,  méprisable.  Ahmed  appelle  Redah  «cinquième  rite» 
pour  lui  marquer  tout  son  mépris.  Le  narrateur,  qui  craint  de 
n'être  pas  suffisamment  compris  de  son  auditoire  berbère,  ajoute: 
«  rite  des  Béni  Mozab.  » 

®  Hebbin,  participe  présent  de  ebbi  «couper».  L'A  qui  précède  le 
mot  est  euphonique. 

'  Ar.  SoyAy^  «  troupeau ,  bétail  ». 


242  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

Netch  tkliil  ârdhek  edhren  d'ikhf 
ennek  hoaelladh  v'ari, 

Hennas  iskionih  houa  erzem  as  elbab  ad'iad'ef. 

HessiA' ejitli ,  liek'k'en  iis  ennes,  iouli  Tiares  helek- 
k^ath  i(l^,  hesellem  fell  as ,  netta  issoud'enit  nettath  Jies- 
soud'enith.  Eidhoun  issenin  sekeren  selnMabheth^  the- 
lata  em  oussan  our  ekkeren  ch. 

Azdin  ouislatlia  nehni  ekkeren ,  innas  Ah^med  elhe- 
laïli  iskiouili  aoai  iaid^aman  ad'zoller'^,  Hekk'el  r^ares 
askiouth  hedhsa,  Innas  mata  chem  hedhsidh  a  has- 
kioath?  Hennas  helt  aîain  chek  our  ihezoUedh  cita! 

AHMED  EL  HELAÏLI  ET  REDAII. 

Ahmed  le  Hilalien  n  était  pas  aimé  des  gens.  Ses 
ennemis  allèrent  trouver  une  vieille  sorcière  et  lui 
tinrent  ce  langage  :  «  0  sorcière ,  nous  voulons  que 
tu  chasses  cet  homme  de  notre  pays  ;  demande-nous 
ce  que  tu  voudras,  nous  te  le  donnerons.  »  Elle  leur 
dit  :  «  Que  Dieu  réjouisse  vos  visages!  Jetez  des  cris, 
notre  homme  sortira  et  je  le  verrai.  »  Ils  se  levèrent 
et  obéirent,  criant  qu'une  chamelle  s'était  échappée. 
Aussitôt,  Ahmed  va  trouver  son  père,  et  lui  annonce 
son  intention  de  partir  aussi  pour  aller  à  sa  recherche. 

^  Helek'k'ath  id'  «  die  va  à  sa  rencontre  » ,  forme  intensive  tirée 
de  l'ar.  jJ. 

*  Sekeren  selmh'abbeth  «ils   s*eni\rèrent  d^amoHr»,    an  JC«w  et 

*  Zoll  «prier»,  ar.  ^,JLo  par  cliaug^ement  du  ç  en  s,  —  Dans 
tous  les  dialecte^ ,  ce  mot  a  été  emprunté  par  le  berbère  à  Tarabe. 


CINQ  TlîlXTES  BERBÈRES  EN  CIIAOUIA.  243 

Il  sort,  monte  sur  son  coursier,  se  met  en  route,  et 
rencontre  à  mi-chemin  ces  gens  qui  lui  disent  :  «  Ce 
n'est  rien.  »  Il  fait  demi-tour,  non  toutefois  sans  faire 
boire  son  cheval,  et  rencontre  à  la  source  la  sorcière 
qui  puisait  de  Teau.  «  Laisse-moi  passer,  lui  dit-il ,  et 
enlève  ta  peau  de  bouc  de  mon  chemin.  —  Passe 
donc  ainsi  »,  lui  répond-elle.  Il  fait  avancer  son  cheval, 
qui  foule  la  peau  de  bouc  et  la  déchire.  «  Toi  qui  es 
si  fier  avec  une  pauvre  femme ,  lui  dit-elle ,  serais- 
tu  donc  capable  de  ramener  Redah  Oum  Zaïd?  — 
Par  la  religion  de  celui  que  j  adore,  tu  me  mon- 
treras où  demeure  cette  Redah',  ou  bien  je  te  cou- 
perai la  tête!  —  Sache  donc  quelle  demeure  loin 
d'ici,  et  qu'il  n'y  a  pas  entre  elle  et  toi  moins  de 
quarante  journées  de  marche.  » 

Ahmed  rentre  chez  lui ,  il  s'approvisionne  de  qua- 
rante dattes  de  l'espèce  deglet-nonry  qu'il  met  dans 
sa  poche.  Il  monte  sur  son  destrier  et  part. 

Il  marche,  il  marche  sans  cesse  jusqu'au  pays  du 
sable.  Le  coursier  lance  ses  pieds  en  avant,  et  en- 
fonce dans  le  sable  jusqu'au  poitrail,  mais  bientôt 
il  s'arrête,  il  est  vaincu,  il  est  brisé  par  la  fatigue, 
Ahmed  le  Hilalien  s'adresse  alors  à  lui  : 

Mon  bon  cheval  gris  clair,  de  noble  apparence , 

Le  sable  vient  manger  tes  yeux. 

L*air  ne  retentit  plus  de  tes  hennissements  redoublés  ; 

Dans  ta  tête ,  plus  d'ardeur  bouillonnante. 

Je  te  donnerai  des  prairies  de  khafonr; 

Je  t'abreuverai  des  yeux  de  Nouna. 

Par  Allab  !  Tu  auras  une  mule  chargée  d'orge , 

Que  conduira  Ben  Haddjouna. 


244  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

A  son  tour,  le  destrier  parle  et  dit  :  «  Descends, 
relâche  le  poitrail ,  resserre  la  sangle ,  car  des 'femmes 
vont  se  montrer  à  nous  dans  ce  pays  ». 

Ahmed  va  relâcher  le  poitrail,  puis  remonte  et 
part.  Tandis  qu'il  marche,  il  aperçoit  devant  lui  le 
campement  dune  tribu,  et  voit  venir  un  cavalier 
monté  sur  une  jument  blanche,  occupé  à  rassembler 
des  chamelles.  «  Sur  loi  soit  le  salut,  s'écrie  Ahmed, 
ô  toi  qui  te  trouves  derrière  les  chamelles.  »  Le  ca- 
valier garde  le  silence,  et  ne  veut  pas  lui  rendre  le 
salut.  «  Sur  toi  soit  le  salut,  dit  Ahmed,  ô  toi  qui  te 
trouves  au  milieu  des  chamelles!  ».  Même  silence 
obstiné.  «  Sur  toi  le  salut,  ô  toi  qui  te  trouves  devant 
les  chamelles  !  »  Le  cavadier  garde  encore  le  silence. 
Ahmed  dit  alors  :  «  I^e  salut  soit  sur  toi ,  ô  possesseur 
de  la  jument  blanche!  —  Sur  toi  soit  le  salut,  ré- 
pond le  cavalier.  —  Comment  donc  se  fait-il,  dit 
Ahmed,  que  je  taie  adressé  plusieurs  fois  mon  salut, 
sans  seulement  que  tu  veuilles  me  le  rendre?»  Le 
cavalier  de  répondre  :  «  Tu-  t'es  écrié  :  Sur  toi  le 
salut,  ô  toi  qui  te  trouves  derrière  les  chamelles  : 
derrière  elles,  il  y  a  leurs  queues.  Tu  as  dit  :  Sur  toi 
notre  salut,  ô  toi  qui  te  trouves  au  milieu  des  cha- 
melles :  au  milieu  d'elles,  il  y  a  leurs  ventres.  Tu 
m'as  dit  :  Sur  toi  notre  salut,  ô  toi  qui  es  devant  les 
chamelles  :  devant  elles ,  il  y  a  leurs  têtes.  Tu  m'as  dit  : 
Notre  salut  sur  toi,  ô  maître  de  la  jument  blanche! 
Et  je  t'ai  répondu  :  Sur  toi  aussi  le  salut  !  » 

Ahmed  le  Hilalien  demande  au  berger  :  «  Quel  est 
ton  nom  ?  —  Je  m'appelle  Ghira.  —  Eh  bien  !  Chira , 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  245 

enseigne-moi  où  habite  Redah  ;  est-ce  à  la  ville  de 
pierres  ou  dans  les  jardins  de  palmiers?  —  Redah 
habite  la  ville ,  et  son  père  est  sultan  ;  sept  rois  se  sont 
battus  pour  elle,  et  lun  d'eux  a  rafraîchi  son  cœur; 
on  rappelle  Châlan.  Va,  continue  le  berger,  dirige- 
toi  vers  la  grande  maison  ;  tu  te  rendras  chez  Redah , 
lorsque  je  reviendrai.  » 

Ahmed  part,  el  rencontre  bientôt  la  femme  du 
berger  qui  sorl  au-devant  de  lui  et  dit  :  «  Entre,  sois 
le  bienvenu ,  et  que  le  bonheur  t  accompagne  !  »  Elle 
attache  son  cheval,  le  fait  boire,  et  va  chercher  des 
dattes  pour  Ahmed.  Elle  prend  soin  de  les  compter 
avant  de  les  lui  servir.  Il  enlève  un  noyau,  referme 
la  flatte,  les  rassemble  toutes  et  pose  le  noyau.  Il  n'a 
rien  mangé,  et  il  dit  à  la  femme  :  «Emporte  tes 
dattes,  car  je  suis  rassasié.  »  Elle  regarde,  enlève  le 
plateau,  recompte  les  dattes  et  aperçoit  qu'aucune 
d'elles  n'a  été  mangée;  cependant  il  y  a  un  noyau, 
et  pas  une  datte  ne  manque.  Elle  s'écrie  : 

Hélas!  Hélas! 

Mon  cœur,  par  Tamour  de  ce  jeune  homme,  est  devenu 
aussi  vide  de  souffle 

Que  la  datte  qui  est  privée  de  son  noyau  ! 

Elle  exhale  un  soupir  el  son  âme  s'envole. 

Ahmed  reste  songeur,  jusqu'au  moment  où  le 
berger  rentre.  «Ta  femme  est  morte,  lui  dit-il,  et, 
si  tu  veux,  je  vais  te  donner  son  poids  d'or  et  d'ar- 
gent. »  Mais  le  berger  de  répondre  :  «Moi  aussi,  je 
suis  fds  d'un  sultan;  je  viens  pour  rendre  visite  à 


246  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

cette  dame  et  je  désire  ia  voir.  Tranquillise-toi,  je 
ne  te  prendrai  ni  or,  ni  argent.  Voici  la  route  à  suivre , 
va,  jusqu'à  ce  que  tu  arrives  au  château  qu'elle 
habite.  » 

Ahmed  part,  et,  lorsqu'il  arrive  au  château,  il  se 
lève  de  toute  sa  hauteur  sur  ses  étriers,  et  projette 
1  ombre  de  sa  lance  sur  une  fenêtre. 

Redah ,  s  adressant  à  sa  négresse ,  lui  dit  :  «  Regarde 
donc  ce  qui  me  voile  la  lumière  du  jour  :  est-ce  un 
nuage,  ou  plutôt  la  lance  d'un  Arabe?  »La  négresse 
va  voir,  dévisage  notre  cavalier,  revient  vers  sa  maî- 
tresse et  lui  dit  :  «  C'est  un  cavalier,  tel  que  je  n'ai 
pas  vu  son  pareil  depuis  que  j'existe.  —  Retourne, 
dit  Redah,  et  demande  lui  qui  il  est.  »  La  négresse 
revient  et  pose  la  quetion.  «  Négresse  tu  es,  répond 
Ahmed,  et  une  négresse  n'a  point,  que  je  sache, 
qualité  pour  parler;  va  plutôt  dire  à  ta  maîtresse  de 
venir  elle-même,  elle  verra  qui  est  là.  » 

Redah  vient  voir,  et  dit  : 

0  cavalier,  qui  viens  poser  devant  deux  yeux;  pourquoi 
cherches-tu  ta  perte,  insensé?  Mais  dis-moi,  je  t'en  conjure 
par  ton  honneur,  cavalier,  dis-moi  quelle  est  ton  origine  ? 

11  répond  : 

Je  suis  Ahmed  le  Hilaiien,  redouté  entre  tous  dans  les 
tribus  des  filles  de  Hilal. 

J*ai  en  main  une  lance  qui  se  plaît  à  donner  la  mort. 

Lors  même  qu*il  m'attaquerait  avec  deux  pointes  de  lance, 
l'ennemi  ne  saurait  compter  que  sur  son  coursier  et  il  meurt  ! 


CINQ  TEXTES  BERBÈRES  EN  CHAOUIA.  247 

Elle  lui  (lit  : 

Tu  es  Ahmed  ie  Hilalien  ? 
L'oiseau  noble  ne  rôde  pas  autour  de  la  zeriba  ; 
Le  faucon  généreux  ne  vient  pas  tourner  autour  des  nids. 
Insensé  !  Pourquoi  te  donner  tant  de  peine  pour  un  palmier 
sans  dattes? 

Il  répond  : 

Je  demande  au  Maître  Elevé 

De  nous  donner  la  pluie  qui  couvrira  notre  pays  de  pâ- 
turages et  de  fleurs; 

Et  nous  pourrons  nous  rassasier  de  toute  sorte  de  fruits. 

Redah  : 

Nous  autres  femmes,  nous  sommes  comme  la  soie;  seuls, 
les  marchands  savent  nous  manier. 

Ahmed  le  Hilalien  dit  alors  : 

J'en  ai  qui  te  valent  parmi  les  filles  de  Hilal,  vêtues  d'une 
soie  précieuse  *  que  l'on  a  teinte  dans  de  grandes  cuves  ; 

Ceci  de  ta  part  est  une  mauvaise  action,  ô  Redah,  6 
cinquième  rite! 

Et  tournant  la  tête  de  son  cheval ,  il  s'en  va.  Mais 
elle  le  rappelle  : 

Je  suis  une  orange ,  et  tu  es  celui  qui  m'ouvre  *  ; 

Je  suis  un  palmier,  et  tu  es  celui  qui  coupe  mes  régimes  ; 

Je  suis  un  hétail,  et  tu  es  celui  qui  m'égorge; 

^  Le  texte  porte  j*Ji>^! ,  nom  d'une  qualité  de  soie  précieuse. 
^  Le  texte  arabe  porte  o*»'?*  ■  (  *^^  ®^  °*®"  )  planteur  » ,  le  texte 
herbère  porte  r'er*en  «(tu  es  mon)  égorgeur». 


248  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

Je  suis .  .  .  par  ton  honneur  !  ô  cheval  gris  !  retourne  la 
tête ...  11  n'y  a  plus  de  colère  entre  nous. 

Elle  dit  à  la  négresse  : 

Descends,  ouvre-lui  la  porte,  fais-le  entrer. 

La  négresse  le  fait  entrer  et  attache  son  cheval, 
tandis  quil  monte  chez  Redah.  Celle-ci  vient  à  sa 
rencontre  et  lui  donne  le  salut;  il  Tembrasse,  elle 
lui  rend  son  baiser.  Ils  tombent  tous  deux,  ivres 
d'amour,  et  pendant  trois  jours  ne  se  relèvent  pas. 

Le  troisième  jour  ils  se  lèvent,  et  Ahmed  le  Hi- 
lalien  dit  à  la  négresse  de  lui  apporter  de  Teau  pour 
faire  la  prière.  Elle  le  regarde  et  éclate  de  rire. 
«  Qu as-tu  donc  à  rire,  négresse?  —  Depuis  trois 
jours,  dit-elle,  tu  n*as  point  prié!  » 


ARCHEOLOGIE  ORIENTALE.  249 

NOTES  D'ÉPIGRAPHIE 
ET  D'ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE, 

PAR 

M.  J.-B.  CHIBOT. 


QLELQLES  INSCRIPTIONS  PALMYRENIENNES. 

J'avais  réservé  pour  cette  Iroisième  série  de  Notes 
quelques  inscriptions  variées ,  recueillies  au  cours  de 
ma  mission  en  Syrie,  au  printemps  de  Tannée  1 897. 
Entre  temps  j'ai  reçu  la  copie  ou  les  estampages  d'un 
certain  nombre  d'inscriptions  palmyréniennes,  les 
unes  que  je  crois  inédites,  les  autres  déjà  connues, 
mais  mal  publiées.  Pour  ne  pas  interrompre  la  suite 
des  Notes  sur  Palmyre,  je  donnerai  tout  d'abord 
ces  inscriptions,  et  pour  faciliter  les  renvois,  je  leur 
attribuerai  des  numéros  d'ordre  continuant  la  série 
des  notes  précédentes. 

*  Voir /ourn.  (uiat,,  scpl.-oct.  1897;  juiliet-aoùt  1898. 


250  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

30 

Inscription  copiée  par  moi-même  sur  un  buste  d'homme 
qui  se  trouvait  dans  une  salle  de  Y  Hôtel  â!  Orient  lors  de  mon 
passage  à  Beyrout,  en  mars  1899. 

Le  texte  est  gravé  au-dessus  de  Tépaule  gauche 
du  personnage.  La  planche  reproduit  la  copie  de 
mon  carnet  de  voyage.  On  lit  sans  difficulté  : 


^wr\^\ 

nnviat 

Zabd'ateh 

^'vsa^ 

^^i^  na 

iîls  de  Bennour 

t^^'A 

xvna 

[fils  de]  Berr'a 

^an 

bn 

Hélas  1 

Les  trois  noms  sont  connus,  nua,  n'est  pas  très 
fréquent  dans  Tonomastique  palmyrénîenne  (voir 
Clermont-Ganneau,  Études  d'arch.  or.,  I,  io8).  Ce 
nom  est  probablement  une  contraction  pour  mi  +  ^3  • 
Nous  avons  la  forme  inverse  ^mii  Noarbel. 

xynn  peut  bien  être  pour  H^fi  +  bn ,  comme  la 
suggéré  M.  Lidzbarski  {Handbach,  s.  v.).  La  forme 
grecque  ^éppov  [gén,]  (Waddington,  ai 55)  serait 
une  transcription  assez  exacte  de  la  forme  sémi- 
tique ^  —  Comparer  xena  pour  KDn  +  ^n,  ci-dessous 
n°  33 ,  et  niia  que  nous  venons  de  citer. 

^  Je  me  demande  si  l'on  pourrait  donner  une  étymologie  ana- 
logue au  nom  de  ^i3  (Vogùé,P. 34;  MùUer,  i3,  24);  Ki")3,  grec: 
^vvéns  y  êiani  pour  Ki4"^"^2»  ^^^  serait-il  pour  ^^  +  73,  d'une 
mt^mc  rarine  XNi?  Auquel  ras  il   faudrait   sans   doute   vocaliser 


ARCHEOLOGIE   ORIENTALE.  251 

Cette  inscription  est  évidemment  ia  même  qui  a 
été  publiée  dans  la  Revue  sémitique  (t.  I"  [iSgS], 
p.  ayi ,  n**  IV)  par  M.  Drouin,  qui  lisait  :  na  xx>.  . 

31 

Inscription  gravée  à  côté  d'un  buste  (riionime.  La  copie 
m'en  a  été  envoyée  par  un  ami.  Le  Inistc  était  autrefois  à 
vendre ,  à  Beyrout.  J'ignore  ce  qu'il  est  devenu. 

La  copie  présente  cette  lecture  : 

-^Ji  HpO  Maqai 

y'\:iV'\:i  |Nn]yn3Tnn  fils  de  Zabd'atà; 

^  M^/  OM^  nb  nay  n  [buste]  que  lui  a  fait 

'^'i^'XHiC  K^yi'K  '•mnK  xam  Wahba  son  frère. 

Je  restitue  '»pD  à  la  première  ligne ,  de  préférence 
à  Moqîmou;  parce  qu'il  me  semble  que  (rois  lettres 
auraient  difficilement  disparu  sans  laisser  quelques 
traces  de  fruste,  que  lauteur  de  la  copie  aurait  sans 
doute  indiquées,  comme  à  la  suite  de  ynnT.  Les  deux 
noms  sont  connus. 

Je  restitue  xnyiaT  avec  un  M  à  la  fin  (au  lieu  du  n 
habituel)  parce  que  cette  forme  parait  se  trouver 
dans  Tinscription  suivante. 

Knm  est  aussi  connu.  (Euling,  Epigr,  MiscelL^ 
n°  5i3).  C  est  probablement  une  forme  apocopée  de 
n^Kam   (Vogué,  P.  21,  37,  etc.);  cf.  le  nabatéen 

Beiinau  Si  ma  conjecture  était  fondée  on  pourrait  rapprocher  le 
grec  ^évvot  (Wadd.,  2568/). 


252 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 


nm(C. /.  5.,  11,  200,  223),  grec:  O^aSûJ  (Wadd., 
2452). 

La  formule  nb  nny  n  s'est  déjà  rencontrée  plu- 
sieurs fois. 


32 
Copie  de  même  origine  que  celle  du  numéro  3 1 . 

L'inscription  est  gravée  des  deux  côtés  d'un  buste 
d'homme  comme  on  le  voit  sur  la  planche. 


^an 

bn 

K\'^ 

m> 

M^/OM, 

Uuslc 

a^^'vii 

iny  n 

K^13 

^)i 

^ai^:i 

n^ 

IDÎ  12 

'^^'\)Kè^ 

è^y\y 

'•mnx 

xny 

Hélas! 

lari- 

bôla, 

qu'a 

fait 

fils  de  Zabd- 

pour  lui 

atâ. 

son 

frère. 

La  formule  semble  indiquer  que  le  buste  provient 
du  même  tombeau  que  le  précédent. 

Le  nom  xnynnT  est  écrit  avec  un  k  à  la  fin.  J'ignore 
si  on  connaît  d'autres  exemples  de  cette  orthographe; 
mais  elle  n'a  pas  lieu  de  nous  surprendre  puisque 
nous  trouvons  nnynn  et  Knynn  (Clermont-Ganneau, 
Recueil  d'arch.  or,,  III,  169). 

Néanmoins,  comme  il  n'est  pas  du  tout  certain 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  253 

que  Knynn  ait  ia  même  étymologie  que  nnynn,  et 
la  confusion  entre  i^  et  X étant  facile,  je  n'ose  affir- 
mer Texistence  de  cette  forme  nouvelle.  L'inspection 
seule  de  Toriginal  pourrait  trancher  la  difficulté. 


33 

Inscription  que  je  crois  inédite.  L'original  se  trouvait  à 
Damas  quand  Testanipage  en  a  été  pris.-  Estampage  commu- 
niqué par  le  P.  La  grange. 

Elle  se  lit  : 


aosoM, 

"13  "«in 

Dinai  fils  de 

iC3^ 

Nsna 

Berrépha. 

^aH 

Van 

Hélas  ! 

Le  nom  propre  "«in  s'est  déjà  rencontré  sûrement 
dans  une  inscription  publiée  par  M.  Clermont-Gan- 
neau  [Recueil  d*arcli.  or. ,111,  i85)  qui  la  rapproché 
du  grec  AivaTos  (Waddington,  2io5)  et  du  nom 
hébreu  fém.  n:n  (Gen.,  xxx  ,21). 

Je  lis  le  nom  du  père  Berrépha ,  parce  que  je  crois 
que  ND"in  est  pour  KDi  +Sn,  comme  Nsma  est  pour 
KD")  +  b^2,  Le  nom  du  dieu  Sn  entre  en  composition 
aussi  bien  que  celui  du  dieu  b^2 ,  par  exemple  dans 
Snm:  (Vogué,  P.  12/1;  Cl.-Ganneau,  Éincles  d'arch. 
or.,  II,  55,  etc.),  en  grec  [gén.]  NovpërO.ov  (Wad- 
dington,  2616,  2627),  et  probablement  dans  min 
(ci-dessus,  n°  3o).  La  forme  KDin  s  est  déjà  rencon- 
trée (Vogué,  P.  75). 


17 

laraiarui  lATtosiLx. 


254  SEPTEMBRE. OCTOBRE  1900. 


34 

inscription  gravée  au-dessus  de  Tépaule  gauche  d'un 
buste  d'homme.  Estampage  comnmniqué  parle  P.  Lagrange. 

J[^J5'>îr^  N^JDTI  Taimça 

K  ^\^  ^n  fils  de 

'^'X/JJV/  pyDe?  àim*ôn 

\JÎ1H  ^nn  Hélas! 

Le  K  final  de  K2:D'»n  a  été  rejeté,  faute  de  place 
au-dessous  du  i: . — Sur  fétymologîe  de  ce  nom ,  voyez 
Clermont-Ganneau,  Recueil  (Varch.  or.,  III,  i65. 

pyD^,  comme  on  fa  déjà  remarqué,  paraît  être 
d'origine  juive,  et  il  est  assez  fréquent  dans  fono- 
mastique  palmyrénienne  (Vogué,  P.  i  i/i,  129;  Si- 
monsen,  17;  etc.^^^). 

*  J'en  trouve  deux  exemples  nouveaux  dans  les  Palmyvemschc 
Inschriften  de  M.  Moritz  Sohernlieim  [Beitrà^e  zur  Assyr'iologie ,  1V\ 
p.  207-399)  n°'  8  i  et  c,  qui  me  parviennent  au  moment  où  je  cor- 
rige ces  épreuves.  —  Parmi  les  inscriptions  données  dans  cette  pu- 
blication ,  il  en  est  une  (8c/)  dont  l'explication  présente  une  sérieuse 
difficulté.  M.  Sobernheim  en  garantit  la  lecture  suivante  : 

L'éditeur  n'a  pas  reconnu  le  premier  nom  propre  :  Bat-Malkou, 
(cf.  ^nnrnn;  "♦nrnn,  etc.);  il  traduit  -,  fille  de  Malkou. 

Le  mot  embarrassant  esl  celui  par  lequel  débute  la  troisième 
ligne.  La  même  inscription  revient  trois  fois  dans  le  tombeau    la 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  255 

Cette  inscription  a  déjà-été  publiée  par  M.  Drouin 
[Revue  sémit,  ioc.  cit.,  n°II),  mais  je  crois  utile  de 
la  donner  pour  montrer  que  ie  nom  de  nhD"»^  doit 
bien  être  banni  de  l'onomastique  palmyrénienne. 


35 

Buste  de  femme  avec  un  enfant  sur  le  bras  gauche.  Hau- 
teur du  monument,  o  m.  Sy;  largeur,  o  m.  53.  Estampage 
communiqué  par  le  P.  Lagrange.  Se  trouve  actuellement  à 
Damas. 

seconde  (en  écriture  cursive)  présente  exactement  la  mémo  dispo- 
sition que  la  première  :  le  mot  obscur  semble  devoir  se  lire  :  KHC?  HT  î 
la  troisième  est  ainsi  disposée  : 


M.  Sobernheim  a  lu  ici  le  texte  comme  s'il  était  composé  de  deux 
lignes  continues;  mais  la  comparaison  avec  les  deux  textes  précé- 
dents montre  qu'il  faut  le  considérer  comme  composé  de  deux  co- 
lonnes coupées  de  la  manière  indiquée  par  le  trait  que  nous  ajoutons. 
Quant  à  l'interprétation  du  mot  obscur  je  ne  la  vois  pas.  M.  Sobern- 
heim écrit  à  la  suite  du  premier  texte  :  «Cette  inscription  donne 
probablement  les  noms  des  quatre  personnes  ensevelies  dans  les 
locttli  de  cette  chambre.  »  11  traduit  en  effet  :  «  La  fille  de  Malhou , 
la  fille  de  Zabdihol,  le  fils  de  Zabdibol,  le  fils  deSa^di  »  ;  mais  il  n'est 
question  que  d'une  seule  personne  :  ID'jDn^  Bat-Malkou,  dont  le  nom 
est  suivi  de  sa  généalogie.  En  prenant  le  mot  obscur  pour  un  nom 
propre  précédé  du  ^ ,  on  aurait  une  seconde  personne;  mais  ce 
n'est  pas,  je  crois,  dans  cet  ordre  d'idées  qu'il  faut  en  chercher 
rinterprétation.  Je  soupçonne  que  ce  mot  est  une  épithète  se  rap- 
portant à  Bat-Malkou  et  indiquant  que  celle-ci  est  co-propriétaire , 
ou  concessionnaire  d'une  partie  du  tombeau ,  ou  quelque  chose  d'ana- 
logue. Ceci  semble  appuyé  par  le  fait  que  le  même  texte  se  retrouve 
dans  des  salles  différentes.  Enfin  il  faut  remarquer  qu'il  n'y  a  dans 
l'inscription  aucune  exclamation  funéraire. 


250 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 


L'estampage  est  mal  venu  dans  la  partie  supé- 
rieure, et  ia  pierre  paraît  en  mauvais  état. 

Je  ne  lis  avec  certitude  que  les  signes  suivants  : 


A\> 

6\bv! 

àalama- 

y:^bi.)> 

'  ma  N3 

na  son  fils. 

i(xy^^/M 

X3n'?y3 

Baltaga 

h^ 

ma 

fiUe  de 

^an^o 

NVJwm"' 

larhibôla. 

'ailH 

Van 

Hélas! 

Les  restitutions  que  je  propose  me  sont  suggérées 
par  les  vestiges  qu'on  voit  encore  sur  la  pierre. 

k:d^^  ne  s  est  pas  encore  rencontré  en  palmyré 
nien,  mais  on  a  la  forme  voisine  jdVu?  (Vogué,  P.  33 , 
Simonsen,  2,  etc.).  SaXa/uai^o?  (Waddington,  2262  , 
2  3  3  7 ,  2  4 1  2  i)  semble  d  ailleurs  impliquer  une  forme 
sémitique  telle  que  VàXh^  ou  K:D^e? ,  tandis  que  2aX- 
[kivoxj  [gén.]  (Waddington,  20o5)  paraît  mieux  ré- 
pondre à  }D*7^. 

kV^nbya  est  connu  par  Tinscription  de  Saint-Pé- 
tersbourg (voir  ci-dessus,  n°  19).  Ce  nom  est  donné 
dans  le  Manuel  de  M.  Lidzbarski  comme  masculin. 
Nous  voyons  ici  qu'il  est  féminin.  Il  Test  aussi  dans 
lautre  exemple.  Il  suffit,  en  effet,  comme  lavait  re- 
marqué M.  Chwolson,  de  jeter  un  coup  dœil  sur  le 
monument  de  Saint-Pétersbourg  pour  se  convaincre 
que  fun  des  deux  enfants  (celui  de  droite)  est  une 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  257 

jeune  fille.  Elle  porte  un  collier  et  les  bras,  nus 
jusqu'au  coude,  sont  ornés  de  bracelets,  de  même 
que  les  jambes.  Mais  l'éditeur,  égaré  par  les  con- 
jectures de  Blau ,  ayant  fait  de  i^V^b^  un  nom  fémi- 
nin était  forcé  de  regarder  x^n^ya  comme  nom  mas- 
culin. Nous  voyons  que  c'est  le  contraire  qui  est  la 
vérité.  —  Le  frère  et  la  sœur  sont  appelés  simulta- 
nément :  Kain  "«aa  «  enfants  de  Bonne  ».  C'est  un 
exemple  frappant  de  l'emploi  du  mot  ^:n,  littérale- 
ment :  «  fds  » ,  dans  le  sens  indéterminé  d'enfants 
[rénva),  pour  désigner  simultanément  des  garçons 
et  des  fdles.  (Cf.  Clermont-Ganneau ,  Recueil  d'arch, 
or.,  II,  378.) 

Je  proposerais  de  lire  ce  même  nom  x:n^yn  dans 
l'inscription  35  de  M.  MûUer,  à  la  seconde  ligne,  au 
lieu  de  xni::  nn.  Bien  plus,  je  suppose  que  cette 
inscription  est  la  même  que  la  nôtre  ^;  les  dimen- 
sions de  l'inscription  indiquées  par  M.  MûUer 
(o,i3xo,ii)  sont  exactement  celles  de  notre  es- 
tampage et  la  forme  des  lettres  qu'il  a  lues  K")i:: 
s'accorde  bien  avec  celle  des  lettres  que  nous  lisons 
kV^n^;  seulement  l'éditeur  a  supprimé  les  lignes  qu'il 
ne  voyait  pas. 


*  Palmyrenische  Inschrif'ten    [Denkschriften  d,  Kais,  Akad,,  .  . 
Wien,  t.  XL VI.)  —  M.  Mûller  transcrit  et  traduit  : 


n  nn  y.. 

...1  fils  de  H... 

K-ii::  -)3 

fils  de  Nasrâ 

^nn 

Hélas 

258  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

36 

(Mûller,  2  2*.) 

Estampage  communiqué  par  le  P.  Lagrange.  Sans  anno- 
tation aucune. 

^3n        Hélas! 

p^n         Hairan 

Xnnr:        Marda. 

J'ai  quelques  doutes  sur  la  lecture  des  deux  pre- 
mières lignes.  J'étais  dabord  tenté  de  lire  Sa'^n  au 
début,  mais  cette  succession  de  trois  noms  propres 
sans  la  particule  in  serait  bien  extraordinaire.  Dans 
j'T'n  il  semble  que  le  }  final  ait  été  gravé  deux  fois , 
peut-être  parce  que  la  première  lettre  s  est  brisée  en 
la  gravant.  Il  est  à  remarquer  que  nous  avons  déjà 
(Mûller,  9)  Tépitaphe  dun  Hairan,  fils  de  Marda. 

Ce  dernier  nom  est  probable  à  la  3*  ligne.  M.  J. 
Mordtm'dnn[PalmyremscheSy  p.  6)  croit  avec  M.  Nôl- 
deke  [Zeitschr.fûr  Assyr.,  IX,  267)  qu'il  faut  le  lire 
Knnp  «  teigne  » ,  arabe  ^Ls .  La  chose  est  possible 
matériellement,  et  même  dans  notre  inscription  la 

*  Je  m'aperçois  que  cette  inscription  n*est  pas  inédite  comme  je 
le  croyais  tout  d'abord.  Il  résulte  des  dimensions  de  l'estampage  et 
de  la  forme  des  lettres ,  que  c'est  bien  celle  publiée  par  M.  Mûller 
sous  le  n°  2  2 ,  avec  cette  transcription  : 

...Dn 
•  •on 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  259 

lettre  est  large  pour  un  D.  Malheureusement  dans 
les  trois  inscriptions  où  le  nom  se  rencontre ,  il  n'y 
a  aucun  D  qui  permette  de  faire  la  comparaison 
entre  les  deux  lettres  ^  Néanmoins,  le  nom  grec  Mofp 
Sov  [gén.]  (Waddington,  2/129)  et  la  forme  naba- 
téenne  nnD,  où  la  confusion  entre  D  et  p,  n'est  pas 
possible  (G.  /.  5.,  II,  n°  387)  donnent  une  grande 
vraisemblance  à  la  lecture  ntid  . 

37,  38,39,  40 

Sous  ces  numéros,  je  donne  dans  la  planche  la 
reproduction  de  quelques  inscriptions  en  caractères 
insolites  que  je  suis  incapable  de  déchiffrer.  N  ayant 
pas  vu  les  originaux,  je  n'ose  me  prononcer  sur 
l'authenticité  de  ces  petits  textes.  Mais  la  fabrication 
des  fausses  inscriptions  a  pris  une  telle  extension  en 
ces  derniers  temps,  en  Orient ^  qu'il  est  permis  de 

'  On  trouverait  bien  cet  exemple  dans  une  inscription  publiée 
par  M.  Drouin  [Revue  sémitique,  ioc.  cit.,  n"  I);  mais  la  reproduC' 
tion  est  à  trop  petite  échelle  pour  permettre  une  comparaison  dé- 
monstrative, 

*  L'addition  d'inscriptions  sur  des  bustes  anépigraphiques  n'est 
pas  aussi  fréquente  qu'on  le  pourrait  croire ,  à  moins  de  faire  ren- 
trer dans  cette  catégorie  les  inscriptions  en  caractères  de  forme 
étrange,  telles  que  celles  que  je  donne  ici ,  et  celle  que  j'ai  placée  sous 
le  n°  17,  qui  recouvre  peut-être  une  inscription  authentique  seule- 
ment ébauchée.  Néanmoins,  il  doit  y  avoi^  depuis  peu  un  habile 
faussaire  qui  imite  parfaitement  des  caractères  anciens.  Tout  ré 
cemment  on  a  présenté  à  la  commission  du  Corpus  un  excellent  es 
tampage  d'une  insciiption  en  fort  bons  caractères  nabatéens  qui  est 
une  imitation  parfaite  du  texte  d^Oum  er-Ressas  (CL  5.>  II,  igS]* 
n  n'y  a  que  les  dernières  lettres  de  l'inscription ,  un  peu  endom- 


260  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

se  demander  si  nous  n  aurions  pas  afiaire  à  des 
bustes  anépigraphes  auxquels  les  marchands  auraient 
ajouté  des  caractères  quelconques  pour  leur  donner 
plus  de  valeur. 

Les  estampages  communiqués  par  le  P.  Lagrange 
poitent  les  annotations  suivantes  : 

37.  Homme  avec  urne.  Buste.  Hauteur,  om.  43;  largeur, 
o  m.  35. 

38.  Femme   assise,  intacte;  main   droite  sur  sa  joue, 
gauche  sur  sa  poitrine.  Hauteur,  o  m.  4o;  largeur,  o  m.  39. 

39.  Homme.  Hauteur,  o  m.  49;  largeur,  om.  37. 

40.  (Sans  annotation.)  Cf.  ci-dessous,  p.  a88. 

mag('*es ,  qui  n'ont  pu  être  imitées  convenablement.  L'atelier  de  fa- 
brication paraît  être  à  Tyr,  et  le  phénicien  semble  avoir  la  préfé- 
rence pour  le  moment.  J'ai  une  nouvelle  preuve  de  ces  falsifications 
par  un  estampage  que  M.  G.  Poche ,  d'Alep ,  m*a  communiqué  ré- 
cemment, sur  lequel  on  lit  en  bons  caractères  pdmyréniens,  ceci  : 

11  est  possible,  l'estampage  étant  mal  venu,  qu'il  y  ait  y^^\îl  à 

la  2'  ligne;  Y^Ji^^Y^  à  la  5",  et  3ii^\lll  à  la  dernière;  mais 
toutes  les  lettres  que  je  reproduis  sont  certaines.  La  place  du  mot 
D/IS  montre  que  le  faussaire  a  dû  copier  une  inscription  en  inter- 
vertissant l'ordre  des  mots. 


ARCHKOLOGIE   ORIENTALE.  201 

41 

(Mûller,   7  ;  Jaussen  ^  4.) 

Estampage  communiqué  par  le  P.  Lagrange. 

M\   ^(.^oiiV        nnXT3T    Zebîda,filsde 
'\)^   Vi'>-^5^        nniD^D    Moqîmou,fils 
^îii'>Xi^  ■\'\'>H   D^J-^yx  p'^n    deHairan[filsde]Aailameis 

y^iV/  \iliH      n:c;  ^nn  Hélas!  An 

yOO — ^X  DXXXXV     545. 

A  la  troisième  ligne,  les  lettres  C^yK  sont  abso- 
lument certaines;  le  b  n'a  pas  la  hautem'  qu'il  devrait 
avoir  normalement  et  ne  difiere  en  rien  du  :;  mais 
on  voit  par  la  disposition  des  lignes  que  le  lapicidc 
manquait  d'espace.  Je  crois  donc  qu'il  faut  lire  le» 
nom  connu  de  [»]D^"»yx  (Vogué,  P.  1  ;  12/i;  grec  : 
AatXafxeîs),  et  non  pi:K  (Mûller),  ni  pa^an  ou  D:'»:n 
(Jaussen). 

Tous  les  n  de  l'inscription  sont  surmontés  du 
point  diacritique. 

Date  :  2  3/i  après  J.-C. 

42 

(Mûller,  a.) 

L'inscription  est  inscrite  dans  un  petit  cartouche  terminé 
en  queue  d'aronde.  Estampage  communiqué  par  le  P.  La- 
grange. 

^  Revue  bibU<inc^  t.  VI  [1897],  p.  629  et  suiv. 


262  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

Elle  se  lit  : 

nn  nan  D*?1:        Image  de  Hagar,  fils 

^3  KT»3T        de  Zebîda ,  fds  de 

bnn  x:ny        'Odeina  (  ?).  Hélas  ! 

A  la  2''  ligne  :  le  nom  NT»nT  est  certain.  Le  î  quoi- 
que plus  faiblement  marqué  que  les  autres  lettres , 
est  néanmoins  très  distinct  sur  l'estampage. 

A  la  3*  ligne  :  le  quatrième  signe  diffère  totale- 
ment par  sa  forme  du  h  de  ab'2  et  de  bnn .  Ce  ne 
peut  être  qu  un  : ,  ou  à  la  rigueur  un  D . 

On  ne  peut  donc  pas  songer  à  lire  avec  M.  MûUer 
x^ny,  ni  XD"»ny  ou  XD'»ny,  comme  je  l'avais  conjec- 
turé (ci-dessus,  observ.  n^  21). 

43 

(Mùller,  18.) 

Estampage  communique  par  le  P.  Lagrange.  Double  in- 
scription accompagnant  «  deux  statues  :  homme  et  femme  ?  » 
Hauteur  du  monument ,  o  m.  4o  ;  largeur,  o  m.  5 1 .  Il  semble 
d'après  ces  indications ,  notées  sur  l'estampage ,  qu'il  s'agit 
de  deux  reliefs  en  pied  et,  comme  il  est  ordinaire  en  ce 
cas ,  de  deux  enfants.  D'ailleurs ,  s'il  en  était  autrement ,  on  ne 
comprendrait  pas  l'erreur  ou  plutôt  l'hésitation  sur  le  sexe 
de  l'un  des  personnages. 

'>iil.^Vi  '>J^J5     '•^T  1D  Y^    Maqai,  fils  de  Zabai, 
^iiH  ^J5'>-^5J5     Van  ID^pD     [fds  de]  Moqîmou.  Hélas  ! 

oiiV  M^  iO^Ml  ^nT  nn  ND-)3    Berrépha,  fds  de  Zabai, 
\jiiH  '\-^'>^J5      Van  ID^pD    [fds  de]  Moqîmou.  Hélas  ! 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  263 

Je  iis  avec  quelque  hésitation  ^fD'^3  le  nom  que 
M.  Mùiler  a  lu  iDia .  La  troisième  lettre  est  un  peu 
douteuse,  il  est  possible  que  ce  soit  un  D  et  non  un 
D .  Mais  la  quatrième  est  certainement  un  X .  Si  Ton 
n  admet  pas  la  lecture  kd")3,  il  faudrait  donc  lire 
KDn3  et  non  id-q. 

44 

(Mùiler,  21  ;  Jaussen,  7.) 

Buste  de  femme  dont  le  visage  a  été  noirci.  Hauteur, 
om.  5o;  largeur,  om.  4o.  Estampage  communiqué  par  le 
P.  Lagrange. 

h^^  ^X')^  nnn  n:n        Hagar,  fdle  de 

"Ml   ^(.3^^^  -)^  KS^in        Borrépha,  fds  de 

UH  iCi'>y\X      Han  XD^ny       'Atika.  Hélas! 

A  la  dernière  ligne  il  est  impossible  délire  NC^ny, 
comme  le  voudrait  M.  MûUer.  Le  ^  est  absolument 
certain  et  entièrement  conservé  sur  mon  estampage. 
Quant  au  D,  il  est  un  peu  endommagé;  néanmoins, 
il  en  reste  des  traces  assez  visibles  et  reconnaissables  ; 
c'est  donc  bien  le  nom  de  «D'Orly  que  nous  avons  ici, 
de  même  qu  au  n°  1 6  de  M.  Mûller,  dont  j'ai  égale- 
ment l'estampage  sous  les  yeux. 

45 

(Mûller,  27 a  et  276;  Jaussen,  3  et  3  bis.) 

A  côté  d  un  buste  de  femme.  Dimension  du  buste  :  Hau- 
teur ,  o  m.  5o  ;  largeur,  o  m.  46.  Estampage  communiqué  par 
le  P.  Lagrange. 


264  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

A.  —  Au-dessus  de  Fépaule  droite  du  buste  : 

ir\!i  y^Ji^Jfi  nn  nD^X  Image  de  Bat- 

y\^  '>l\H  n-in  >3n  Habai,  fdle  de 

bC\^^\  xn^nT  Zebida. 

VnH  ^nn  Hélas! 

Le  premier  mot  de  la  seconde  ligne  est  certai- 
nement "«an ,  et  non  "^bn ,  comme  ont  lu  M.  Mûller  et 
le  P.  Jaussen.  11  y  a  bien  au-dessus  du  ii  un  défaut 
dans  la  pierre  qui  lui  donne  lapparence  d'un  )^ ; 
mais  la  pierre  présente  plusieurs  défauts  analogues, 
et  il  suffit  de  comparer  la  forme  du  h  dans  riD^X  et 
ban  pour  voir  que  celui-ci  consiste,  dans  notre  in- 
scription, en  une  simple  tige  droite  ^  mimie  d'un 
crochet  à  son  extrémité  supérieure,  et  na  pas  la 
forme  du  )^  recourbé. 

"♦an  est  à  rapprocher  de  Knn ,  nom  d'homme  (Eu- 
ting,  Epigr.  MiscelL,  n°  82;  Simonsen,  n"  29)  et 
nom  de  femme  (Revue  d'Assyr.,  t.  II,  p.  2  4).  Nous 
avons  la  même  variation  orthographique  dans  les 
noms  fréquents  de  ND>n  et  >D'»n ,  et  d'autres. 

A  la  troisième  ligne,  le  nom  KT»aT  est  absolument 
certain.  La  partie  inférieure  du  ^,  il  est  vrai,  est 
mutilée ,  mais  le  demi-cercle  qui  forme  la  partie  su- 
périeure reste  intact,  et  il  n'y  a  aucune  trace  de 
barre,  à  gauche,  permettant  d'en  faire  vm  D  et  de 
lire  K'T'DT,  avec  M.  Mûller,  ou  xn^D:  avec  le  P.  Jaus- 
sen. 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  265 

B.  —  De  l'autre  côté  (à  droite)  de  la  tête  du 
personnage  se  trouve  la  date  : 

y^i\>  n:^       Année 

•^^X  D  5oo 

Ml/— »3       xxxvni       20  4- 104- 5  4- 3. 

Lan  538  des  Séleucides  correspond  à  Tan  226- 
227  de  iere  chrétienne. 

46 

(MùUer,  34.) 
Estampage  communiqué  par  ie  P.  Lagrange. 

Cette  inscription  gravée  à  côté   dun   buste    de 
femme  se  lit  très  distinctement  : 


iUi^V^ 

KD>n 

Taîmê , 

X^oK  ixM^ 

••DT)  nna 

filie  de  Taimi 

o-xxii 

^inD 

Mahawi. 

M.  Millier  a  lu  le  premier  nom  KDn  ;  mais  il  n'y 
a  aucun  doute  qu'il  faille  lire  XD"»:).  Le  "»  omis  par  le 
lapicide  a  été  gravé  au-dessous  de  la  ligne. 

A  la  troisième  ligne,  que  M.  Mùller  a  lue  :  ]^nDy 
l'estampage  porte  distinctement  '•inD,  comme  l'avait 
très  justement  soupçonné  M.  Clermont-Ganneau 
[Recueil  d'arch.  or.,  t.  III,  p.  18/i,  n.  1).  Le  mot  se 
présente  comme  surnom  dans  l'inscription  Mûller 


200  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

A3  (1.  5)  OÙ  il  est  question  dun  personnage  ainsi 
qualifié  : 

Aucune  explication  satisfaisante  na  encore  été 
proposée  pour  ce  vocable. 

47 

(Millier,  Sa  et  8  6;  Jausscn,  lo  cl  lo.) 
E5tain|uip^  coiiimunîcpié  (>ar  le  P.  La^^nge. 

Ia\  1res  courte  inscription  publiée  par  M.  Mùller 
sous  lo  n* 8  h  (Jaussen ,  n*  1 5)  consiste  en  deux  mots 
ilonl  la  Inclure  est  certaine  : 

xr^y  Pa         Maison  déternitë. 

Les  édileui's  ont  omis  de  noter  ce  qui  en  consti- 
tue finléivt;  c\»st-à-dire  que  ces  mots  sont  gravés 
sur  un  objet  que  le  défunt  tient  à  la  main  et  qui  est 
appelé  «  banderole  ■  par  la  personne  qui  a  pris  Tes- 
tampage  que  ma  conununiqué  le  P.  Lagrange;  mais 
i>n  voit  |>ar  la  fonne  de  fobjet  qu'il  s'agit  de  ces 
l>etiles  tablettes  que  tiennent  à  la  main  les  person- 
najjos  de  certains  bustes.  \'oir  par  exemple  ci-dessus, 
n*  ^t;  («lonnont-Ganneau,  Etudes  (Tarch.,  I,  i  i6. 

Je  cix>is  que  jusqu  à  présent  on  n'avait  trouvé  sur 
ces  tablettes  dautiv  légende  que  le  mot  ^3n\ 

^  Noir  «vi^MHUnt  SiuKnisen,  n*  |5.  oà  Ton  trouve  \n  uiol5 
^(C7y*^2;  ir«pr^  )•»  e\|>liaition<  de  l'Âlileiir,  cr«  mots  annirat 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  207 

Le  défunt  dont  ii  s*agit  ici  est  nnyna  ")3  wi3n  dont 
Tépitaphe  a  été  publiée  par  les  mêmes  auteurs  (Mûl- 
1er,  8  a;  Jaussen,  lo). 

48 

(  Mûllcr  1  o  ;  Jaussen  12.) 

Buste  d'homme.  Hauteur,  o  m.  54;  largeur,  o  m.  45. 
L'inscription  est  gravée  au-dessus  de  Tépaule  gauche  du 
personnage  et  mesure  o  m.  1  a  x  o  m.  11. 
Estampage  communiqué  par  le  P.  Lagrange. 


a-vii^ji 

-a  13'7D 

Malikou  fils  de 

M^  oM^n 

-a  "«ni 

Yaddai  fils  de 

ilH'\J\3 

amno 

Pliatil.iab(?) 

H^H 

hin 

Hélas! 

Les  dernières  lettres  de  la  troisième  ligne  sont 
dotiteuses.  Le  P.  Jaussen  et  M.  MùUer  ont  lu  dth  ^dd. 
Les  lettres  "«pd  sont  absolument  certaines.  Il  semble 
bien  qu'il  n  y  a ,  à  la  suite ,  que  deux  caractères.  Ce 
que  les  éditeurs  ont  pris  pour  un  T ,  me  paraît  être 
une  strie  de  la  pierre;  en  tous  cas  il  faudrait  admettre 
que  cette  lettre  est  très  légèrement  gravée  tandis  que 
toutes  les  autres  le  sont  très  profondément.  Quant 
aux  deux  autres  caractères,  le  premier  ne  peut  être 
qu'un  n  ou  un  s  .  Je  ne  saurais  me  prononcer  entre 
les  deux.  Le  second  ne  peut  être  qu'un  n  ou  un  d  * 

fait  partie  d*un  texte  plus  long.  «On  ne  voit  plus  maintenant,  dit- 
il,  que  les  mots  XD/V  P3>.  D'après  notre  inscription,  on  peut 
douter  qa*il  y  ait  jamais  eu  autre  chose» 


266  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

43  (1.  5)  OÙ  il  est  question  dun  personnage  ainsi 
qualifié  : 

Aucune  explication  satisfaisante  n'a  encore  été 
proposée  pour  ce  vocable. 

47 

(Mùller,  8a  et  8  6;  Jaussen,  lo  cl  i5.) 
Estampage  communiqué  par  le  P.  Lagrange. 

La  1res  courte  inscription  publiée  par  M.  MùUer 
sous  le  n°  8  b  (Jaussen,  n°  1 5)  consiste  en  deux  mots 
dont  la  lecture  est  certaine  : 

KD^y  ris  Maison  d'éternité. 

Les  éditeurs  ont  omis  de  noter  ce  qui  en  consti- 
tue rintérêt;  c  est-à-dire  que  ces  mots  sont  gravés 
sur  un  objet  cjue  le  défunt  tient  à  la  main  et  qui  est 
appelé  «  banderole  »  par  la  personne  qui  a  pris  les- 
lampage  que  m'a  communiqué  le  P.  Lagrange;  mais 
on  voit  par  la  forme  de  Tobjet  qu'il  s'agit  de  ces 
petites  tablettes  que  tiennent  à  la  main  les  person- 
nages de  certains  bustes.  Voir  par  exemple  ci-dessus , 
n"*  3;  Clermont-Ganneau,  Études  d'arch.,  I,  1 16. 

Je  crois  que  jusqu'à  présent  on  n'avait  trouvé  sur 
ces  tablettes  d'autre  légende  que  le  mot  ban^ 

'  Voir  cependant  Sinionsen,  n*"  43,  où  Ton  trouve  les  mots 
î»fD/y'n3;  d*après  les  explications  de  Téditeur,  ces  mots  auraient 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  207 

Le  défunt  dont  il  s  agit  ici  est  nny")a  ")3  Naian  dont 
Tépilaphe  a  été  publiée  par  les  mêmes  auteurs  ( Mill- 
ier, 8  a;  Jaussen,  lo). 

48 

(Mùller  lo;  Jaussen  12.) 

Buslc  d'hoiunie.  Hauteur,  o  m.  54;  largeur,  o  m.  45. 
L'inscription  est  gravée  au-dessus  de  Tépaide  gauche  du 
personnage  et  mesure  o  m.  12x0  m.  11. 
Estampage  communicpé  par  le  P.  Lagrange. 

Aii  \li^Ji         12  ^2by2  Malikou  fds  de 

AU  '^'Ao  13  >11  Yaddai  fds  de 

llH^yO         nn^ns        Phatiliab(?) 

^H  ^2n  Hélas! 

Les  dernières  lettres  de  la  troisième  ligne  sont 
douteuses.  Le  P.  Jaussen  et  M.  MuUer  ont  lu  3în  >nD. 
Les  lettres  '•dd  sont  absolument  certaines.  Il  semble 
l)ien  qu  il  n'y  a ,  à  la  suite ,  que  deux  caractères.  Ce 
que  les  éditeurs  ont  pris  pour  un  T ,  me  parait  être 
une  strie  de  la  pierre;  en  tous  cas  il  faudrait  admettre 
que  cette  lettre  est  très  légèrement  gravée  tandis  que 
toutes  les  autres  le  sont  très  profondément.  Quant 
aux  deux  autres  caractères,  le  premier  ne  peut  être 
qu  un  n  ou  un  ».  Je  ne  saurais  me  prononcer  entre 
les  deux.  Le  second  ne  peut  être  qu  un  a   ou  un  D . 

fait  partie  d'un  texte  plus  long.  lOn  ne  Voit  plus  maintenant,  dît- 
il,  que  les  mots  XD?y  ri3».  D'après  notre  inscription,  on  peut 
douter  quil  y  ait  jamais  eu  autre  chose* 


268  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

Nous  avons  donc  ainsi  le  choix  entre  les  lectures  : 

3n'»nD  semble  être  la  forme  préférable. 
Quelle  que  soit. la  lecture  adoptée,  lexplication 
du  nom  reste  toujours  une  sérieuse  difficulté. 

49 

(Millier  12;  Jaussen  8.) 

bnn  Hélas  I 

r)12\>i(  Aqmat 

nnbn  D12  fille  de  Belhazi 

m:  Noiirî 

Quoi  qu'en  dise  M.  Mûller,  il  n  y  a  absolument 
aucun  doute  sur  la  dernière  ligne;  il  faut  lire  comme 
Fa  fait  le  P.  Jaussen  :  oM^'Xi^^m:  (ou  m:).  L'es- 
tampage est  on  ne  peut  plus  clair,  et  les  lettres  on 
ne  peut  mieux  formées.  Il  est  impossible  de  songer 
à  nsî  ou  à  "^^2). 

m:  doit-il  être  joint  à  '•în^n?  Est-ce  un  nom  dis- 
tinct, abrégé,  par  exemple,  de  ^mi:,  je  ne  saurais  le 
dire.  Cette  hypothèse  paraît  néanmoins  beaucoup 
plus  probable. 

50 

(  Mûller  1 5  ;  Jaussen  5.  ) 

J'ai  donné  plus  haut,  d'après  le  fac-similé  de 
M.  Mûller,  le  texte  des  six  premières  lignes  de  cette 
inscription. 


) 


43 


48 


51 


ARCHÉOLOG 

lE  ORIENTALE. 

Les  lignes  7-1  i  conlierinent  la  date: 

nn^3 

Au  mois  de 

p^: 

Ni  San , 

DW  ' 

l'an 

-^)))) 

CGCC 

3333 

LXXX 

269 


L'examen  de  Testanipage  confirme  de  tous  points 
la  lecture  du  P.  Jaussen. 

Il  y  a  distinctement  kVynn  à  la  quatrième  ligne, 
comme  je  le  supposais,  et  non  ]V12  (Mùller). 

A  la  seconde  ligne,  on  lit  très  nettement  ma,  et 
non  12.  Le  nom  Nnî<  est  donc  ici  féminin  comme 
dans  tous  les  autres  exemples  connus  jusqu'à  pr^'sent. 

Il  faut  remarquer  la  singulière  disposition  du  "^ 
final  de  nnyiST  (ligne  5).  Il  a  été  coupé  en  deux, 
par  le  lapicide  qui  a  gravé  la  haste  verticale  à  la 
suite  du  n  et  a  rejeté  le  reste  seulement  de  la  lettre 
au-dessous  de  la  ligne.  Cette  particularité  très  bien 
marquée  dans  la  reproduction  donnée  par  le  P.  Jaus- 
sen a  écliappé  à  fattention  de  M.  Mûller  qui  restitue 
à  la  fin  du  nom  [nJn^inT ,  la  lettre  dont  on  ne  voit 
aucun  vestige  sur  son  fac-similé. 

51 

(Jaussen  2.) 

Buste  de  femme.  Hauteur,  o  m.  65;  largeur,  o  m.  5i. 
Estampage  communiqué  par  le  P.  Lagrange. 

XM.  18 

tVrSIlIKBIR 


270        ^        SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

l/estampage  porte,  ainsi  qu'a  bien  lu  le  P.  Jaus- 

sen  : 

J^Ji^y^  rioVî:  Image 

yvAH    àCi\JiàC  ri'in  î^nDX  d'Amta  fille  de 

y"\^  '>-riJi  ni3  Y^  Maqai  fille  de 

\jliJr\  àC\>'\>^àC  ^3n  i^^irHH  Amrisa.  Hélas. 

Cette  lecture  est  absolument  hors  de  doute.  L'in- 
scription a  quelque  importance:  i®  parce  qu'elle 
confirme  la  lecture  du  nom  î^^'ir:x  dans  Tinscription 
Vogué ,  P.  2  ,  où  Ton  était  enclin  à  voir  une  faute  du 
copiste  ou  du  lapicide  pour  x^lD^iDX ,  à  cause  de  la 
transcription  grecque  Afxpio'dfxa'ov  (gén,).  Ceci  pour- 
rait donner  raison  à  M.  Halévy  [Mélanges  épigt,, 
p.  io3)  (jui  voulait  conserver  la  lecture  matérielle 
de  la  copie  de  M.  Waddington ,  en  s'appuyant  sur 
une  glose  d'Hésychius  d  après  laquelle  2acJ^  serait 
le  nom  du  soleil  chez  les  Babyloniens; 

2°  Parce  que,  en  admettant  quil  ny  ait  pas  de 
faute  du  lapicide,  elle  confirme  lemploi  de  "'pD 
comme  nom  propre  féminin,  usage  dont  nous 
n avions,  je  crois,  quun  seul  exemple  (MûUer,  Vier 
Palmyren.  Grabinschriften ,  n°  4); 

3°  Parce  qu'elle  présente  le  cas  singulier  dune 
généalogie  se  poursuivant  par  le  nom  de  la  mère; 
de  sorte  qu  on  peut  se  demander  si  le  Japicide  n  a 
pas  commis  une  erreur  en  écrivant  une  seconde  fois 
Vim  au  lieu  de  "in^ 

'  J'avais  d'abord  pensé  à  résoudre  cette  difficulté  en  rattachant 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  271 


VI 


DEUX  LYCHNARIA   CHRETIENS 
AVEC  INSCRIPTIONS  GRECQUES. 

C'est  par  milliers  que  les  petites  lampes  funéraires 
se  trouvent  dans  les  tombeaux;  mais  celles  qui 
portent  des  inscriptions  sont  assez  rares  pour  mériter 
d'être  signalées.  J'en  ai  vu  deux  à  Alep ,  Tune  appar- 
tenant à  M.  G.  Marcopoli,  l'autre  dans  la  Biblio- 
thèque du  Collège  de  Terre-Sainte.  La  première  ne 
porte  qu'une  seule  ligne  d'écriture  qui  fait  le  tour 
de  la  partie  supérieure  et  qui  se  lit  très  distictement  : 

EYAOriATHCBEOTOKOYMEBHMCO[N] 
EvXoyioL  Tfjs  SeorÔKOv  fieO'  tffiuf[v] 

La  seconde  lampe,  reproduite  dans  la  planche 
ci-jointe  (fig.  A)  mesure  o  m.  o-yS  dans  son  plus 
grand  diamètre.  Elle  porte  deux  lignes  circulaires 
de  texte.  La  ligne  extérieure  reproduit  la  légende 
de  la  première  lampe.  L'autre  ligne,  plus  à  l'inté- 
rieur, semble  devoir  se  lire  : 

+  EnirPAMAICJANNOY 

ickxxvvrjs  est  sans  doute  le  nom  du  fabricartt;  car 
c'est  celui  qu'on  trouve  ordinairement  sur  ces  sortes 
d'objets. 

le  ri  tle  rr^S  au  mot  suivant  en  en  lisant  :  XC?"lDî^ri  ;  mais  je  ne 
crois  pas  que  cette  hypothèse  soit  admissible. 

18. 


272  SEPTliMBRE-OCTOBRE  1900. 

On  voit,  par  ces  deux  exemples,  que  les  lampes 
chrétiennes  de  la  région  d'Alep  portaient  une  inscrip- 
tion différente  de  celles  des  lampes  de  Palestine  qui 
offrent  généralement  cette  légende  :  ^<Ss  Xpicrlov 
(paivrj  ^àaiv,  —  Cf.  Clermont  Ganneau,  Recueil 
d'arcli.  or. y  t.  f,  p.  i  71  ;  II,  p.  i  9,  89;  III,  p.  lii 
et  suiv. 

VII 

INSCRIPTIONS  GRECQUES  DE  SYRIE. 

J'ai  copié  et  estampé  au  cours  de  ma  mission,  en 
1 897,  un  certain  nombre  d Inscriptions  grecques  que 
j'ai  rencontrées  sur  mon  chemin.  Les  plus  considé- 
rables se  trouvent  déjà  éditées  dans  le  recueil  de 
Waddington.  Je  donnerai  seulement  dans  ce  para- 
graphe pelles  que  je  crois  inédites  ou  qui  présentent 
des  variantes  notables  avec  les  copies  publiées. 

1.  Au  Deîr  Séman,  sur  la  clef  de  voûte  de  Tarcade  de 
droite  en  entrant  dans  Tenceinte  qui  entourait  Téglise. 

Cette  inscription  est  difficile  à  atteindre;  je  n'ai 
pu  la  lire  qu'imparfaitement  à  laide  d'une  jumelle. 
Je  donne  le  fac-similé  de  ma  copie  (fig.  B)  sans 
chercher  à  la  restituer,  ce  qui  me  paraît  d'ailleurs 
impossible.  Elle  serait  intéressante  parce  qu'elle  nous 
fournirait  la  date  de  la  construction  de  cette  enceinte. 
Cette  date,  d'après  ma  lecture,  serait  l'an  353  (yfr'), 
mais  ce  chiffre  est  certainement  erroné.  Si  on  vou- 
lire  yvv  =  453 ,  comme  les  inscriptions  de  cette  ré- 


ARCHÉOLOrUK   ORIENTALE.  273 

gion  sont  ordinairement  datées  de  l'ère  d'Antioche, 
on  obtiendrait  ainsi  nne  date  équivalant  à  Tan  lxo5 
de  1  ère  chrét'enne ,  époque  qui  parait  encore  un  peu 
trop  antique. 

2.  Au  lieu  dit  Qâtonrâ^^K  —  Waddiiigton ,  n°  2703. 

Jai  copié  les  inscriptions  a,  6,  c  de  Waddington. 
Je  n'ai  pas  de  variante  pour  a  et  6,  et  je  crois  avoir 
trouvé  la  vraie  lecture  de  c. 

Le  texte  épigraphique  donné  par  Waddington  se 
présente  ainsi  : 

AYCA 

AAPAPAIOCAAY 
CTeXAIPe 

On  peut  voir  ce  que  porte  mon  carnet  dans  la 
planche  (fig.  C).  En  outre,  une  copie  de  M.  de 
Vogué,  reproduite  par  Waddington,  donne  6AA0 
AAIOCAAY  pour  la  seconde  ligne.  Elle  ne  diffère  sen- 
siblement de  la  mienne  que  par  le  quatrième  signe. 

Il  semble  résulter  de  la  comparaison  de  ces  copies 
que  nous  avons  affaire  à  deux  courtes  inscriptions 
juxtaposées;  la  première  écrite  en  trois  lignes;  la  se- 
conde en  deux. 

Celle  de  droite  paraît  devoir  se  lire  avec  certitude 
PAAIOC  AAVne  XAIPe.  —  Le  nom  propre  PaaTo?, 
se  trouve  dans  une  inscription  bilingue  de  Palmyre 

'  M.  Barthélémy,  vice-consul  de  France  à  MaracLe,  a  noté  sur 
mon  carnet  que  la  prononciation  des  fellahs  de  Tendroit  répond  à 
1  orthographe  arabe  S^io^, 


21\  SEPTEMBRK-OCTOBRE   1900. 

(Vogué,  P.  n°  I  6)  où  il  répond  au palmyrénien  "^^fi. 
—  Ce  même  nom  "«in ,  dans  une  autre  inscription 
(  Vogué ,  P.  n°  2  2  ) ,  est  traduit  en  grec  par  nXi6Sœpo$. 
L'interprétation  de  la  première  inscription,  celle  de 
gauche ,  est  presque  aussi  certaine.  En  combinant  la 
copie  (le  Waddington  avec  la  mienne,  je  proposerais 
de  la  restituer  ainsi  :  AYCAAA  (ou  AYCAAe)  AAYne. 
Le  nom  Ava-aXa,  serait  le  correspondant  très  exact 
du  nom  sémitique  nh'Xi^lî^.  On  s'attendrait  néanmoins 
à  le  voir  écrit  avec  deux  X.  Je  ne  serais  point  surpris 
qu  il  fallût  le  reconnaître  dans  un  fragment  d'inscrip- 
tion grecque  très  fruste,  copié  à  Palmyre.par 
M.  Mordtmann  [Neue  Beitràqe,  p.  23)  où  on  lit, 
d'après  ce  dernier  :  AICAAAAT,  c'est-à-dire  proba- 
blement :  kiaaXkoL  t(oS).  .  . 

Le  caractère  sémitique  des  noms  contenus  dans 
ces  inscriptions  se  retrouve  également  dans  les  deux 
inscriptions  voisines,  exactement  reproduites  par 
Waddington  : 


BAPABHCA 

AvnexAipe 


BAPAAAC 


La  première  est  inscrite  au-dessous  de  la  statue 
d'un  enfant  debout.  —  La  forme  originale  du  nom 
de  Y^oLpidns  s'est  retrouvée  dans  l'inscription  bilingue 
(palmyr.-lat.)  découverte  à  South  Shields ,  en  Angle- 
IciTc;  le  texte  palmyrénien  porte  :  nny")3,  en  latin  : 
Barates.  (Cf.  Wright,  Transact.  of  the  Soc.  of  bibL 
Arc/i.,  vol.  VI,  p.  438.) 

Quant  au  nom  propre  hapXdas,  qui  se  trouve  in- 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  275 

scrit  isolément,  au-dessous  des  inscriptions  précé- 
dentes, ii  est  à  comparer  au  nom  syriaque  )o$^^3 
(Assemani,  Bit/,  or. ,  I,  4oi,  /io6;III,  21 3). 

3.  Au  Cheikh  Barakat,  On  trouve  dans  le  péribole  de  ce 
sanctuaire  musulman ,  plusieurs  inscriptions  qui  ont  fourni 
à  M.  Clermont-Ganneau  le  sujet  d'une  intéressante  étude 
(Etudes  d'Arch,  or.,  II,  35-54).  Comme  les  copies  laissent  à 
désirer,  mon  intention  était  d'estamper  tous  ces  textes.  Mal- 
heureusement un  violent  orage  et  une  pluie  torrentielle 
m'obligèrent  à  me  tenir  enfermé  tout  le  jour  dans  le  Ouély  ; 
il  pleuvait  encore  et  le  vent  ne  permettait  de  faire  aucun  es- 
tampage lorsque  la  nuit  arriva  et  m'obligea  à  descendre. 
Toutefois,  comme  j'avais  dans  la  mémoire  le  plan  publié  par 
M.  Clermont-Ganneau  (p.  37),  j'essayai  de  copier  une  inscrip 
lion  qui  n'était  pas  notée  sur  le  plan.  Elle  se  trouve  «  dans  le 
mur  méridional  au  tiers  de  la  longueur  à  partir  de  l'ouest  » 
d'après  la  note  de  mon  carnet  ;  par  conséquent ,  elle  serait  à 
marquer,  sur  le  plan ,  au-dessus  de  la  lettre  r  dans  le  mot  Mur 
antique.  Vérification  faite ,  il  se  trouve  que  c'est  l'inscription 
du  Corpus  n"  445 1 .  Comme  le  texte  du  Corpus  donne  lieu  à 
plusieurs  doutes  (voir  Clermont-Ganneau,  loc.  cit.,  p.  46), 
je  crois  utile  de  publier  ma  copie.  J'avais  dans  la  mémoire 
la  plupart  des  noms  contenus  dans  ces  inscriptions,  et  j'ai 
pris  soin  de  faire  cette  copie  en  commençant  par  la  fm  des 
lignes,  de  manière  à  ne  pas  me  laisser  influencer  par  mes 
souvenir  dans  la  lecture. 

Ma  copie  (fig.  D)  s'accorde  presque  partout  avec 
celle  du  Corpus  dont  voici  la  teneur  : 

Alt  Ma[X\SoL)(^ù)  7ca\  ^eXafÀOLvet ,  S-eoîs  ^aTpqiots ,  Kpa- 
Te(ijjas  AvSpovsixov  svx,vv  ^zffarpùifav  èx  t&v  iSiœv  ixiiae 
Sr)vap\lùw\  aL(p\  Etowj  vkp\  AôSvvaiov  arC. 


270  SEPTEMBRK-OCTOBRE  1900. 

Les  différences  portent  sur  le  nom  du  premier 
dieu  qui  est  MoLS[€ax^]  d  après  ma  copie;  sur  le  nom 
de  fauteur,  terminé  en  las,  selon  moi;  sur  l'ortho- 
graphe du  mot  SrjvapiGûv,  abrégé  en  Sr)v  (et  non  Srj- 
vap)  et  sur  la  date;  ^tp  selon  moi,  avec  un  doute 
sur  les  deux  premières  lettres  [ip). 

4.  AAlep(fig.  E). 

M.  G.  Poche,  ma  montré  une  plaque  de  marbre 
de  om.  35  de  haut  et  de  om.  02  d'épaisseur,  qui 
provient,  croit-il,  d'Antioche.  EUe  aflecte  la  forme 
dun  rectangle  surmonté  d'un  fronton  triangulaire, 
et  elle  est  ornée  dun  bas-relief,  dun  travail  soigné, 
représentant  un  tout  jeune  homme,  couché  sur  un 
lit  funéraire.  Au-dessous  se  lisent  le  nom  du  défunt 
et  la  formule  habituelle ,  gravés  en  très  beaux  carac- 
tères : 

APAEHAAVneXAIPe 

Apa^Yj,  ÀAuTre  x^fpe, 

5.  Egalement  à  Alep. 

La  même  personne  possède  encore  un  bas-relief 
assez  grossièrement  sculpté  dont  on  trouvera  un  cro- 
quis (fig.  F).  —  Au  bas  de  cette  figure  il  y  a  une 
inscription  grecque  en  deux  lignes,  dont  j'ai  l'es- 
tampage. Le  texte  est  renversé  par  rapport  à  l'image 
du  bas -relief.  Il  est  à  supposer  qu'il  se  rapportait  h 
un  autre  monument  dont  la  base  était  formée  par 


ARCHEOLOGIE   ORIENTALE.  277 

celte  pierre  renversée  et  encastrée  dans  une  con- 
struction ou  enfouie  dans  le  sol. 

L'inscription  occupe  toute  la  largeur  de  la  base. 
On  lit  : 

.N.IOC.OY.Ae. 
ANeSHKENAYO 

6.  Egaleinent  à  Alep  (fig.  G).  A  la  porte  de  la  mosquée 
appelée  j(>pUL  ^U^. 

Sur  un  bas -relief  représentant  une  croix  inscrite 
dans  un  ciîrclc  et  entourée  d'ornements,  on  Ht  en  sy- 
riaque quatre  mots  que  je  crois  être  ceux-ci  : 

Peut-être  les  noms  dun  prêtre  (Miircianus)  el 
dun  diacre  (Cosmas),  attachés  à  Tancienne  église 
aujourd'hui  convertie  en  mosquée.  Comme  la  pierre 
est  en  assez  mauvais  état  de  conservation,  la  lecture 
des  noms  propres  reste  un  peu  douteuse. 

7.  A  Mcnibidj ,  l'antique  Mabboug  (lig.  H  abc). 

Au  milieu  des  vastes  luines,  on  trouve  ça  et  là 
quelques  stèles  funéraires.  Presque  toutes  sont  effa- 
cées. Un  certain  nombre  d'entre  elles  ont  été  em- 
ployées dans  les  constructions  nouvelles  par  les  Tcher- 
kessqui  se  sont  établis  en  cet  endroit.  La  nécropole, 
située  à  l'est  des  ruines,  ne  m'a  rien  fourni.  Les 
quelques  fragments  que  je  donne  en  fac-similé  ont 
été  copiés  dans  les  murs  de  maisons  modernes. 


278  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

L'inscription  a  est  reproduite  d'après  un  estam- 
page, 6  et  c  d'après  une  copie.  J'ai  trouvé  d'autres 
monuments  du  même  genre  avec  des  inscriptions 
effacées  et  absolument  illisibles;  la  plupart  étaient 
ornés  d'un  aigle  comme  sur  la  pierre  a;  quelques 
uns  avaient  en  plus  un  buste  soit  au-dessus  soit  au- 
dessous  (le  l'aigle  ^ 

8.  A  Séroudj  (Saroug,  ou  Batna  de  Saroug).  Ce  n'est 
plus  qu'un  gros  village.  Il  n'y  a  pas  de  ruines  apparentes. 

Dans  la  cour  de  la  maison  du  gouverneur  se 
trouve  une  cuve  rectangulaire  en  marbre  blanc  (voir 
fig.  J)  de  o  m.  gS  de  longueur  sur  o  m.  70  de 
large  et  o  m.  64  de  hauteur.  Elle  est  ornée  de  croix 
sur  la  face  antérieure  et  sur  les  deux  faces  des  côtés. 
Je  n'ai  pu  examiner  la  quatrième.  Sur  la  face  anté- 
rieure, au  bas  de  la  croix,  on  trouve  l'inscription 
grecque  (fig.  J  a)  dont  la  traduction  littérale  est: 

A  été  achevé  ce au  mois  d'apellaios,  Tan  776. 

Le  mois  d'appellaios  de  l'an  776  des  Séleucides 
répond  à  décembre  464  de  l'ère  chrétienne. 

Sur  le  bord  de  la  pierre,  on  avait  commencé  à 
graver  verticalement  une  inscription  syriaque  en  fort 

'  J'ai  aussi  photographié  à  Membidj  une  belle  et  longue  inscrip- 
tion ara])c  qui  se  trouve  sur  un  grand  bloc  do  2  mètres  de  long, 
placé  aujourd'hui  dans  la  cour  de  là  nouvelle  mosquée  rcconstruito 
il  y  a  quelques  années,  en  partie  avec  les  débris  de  Tancienne  dont 
il  ne  reste  plus  debout  que  le  minaret  en  ruines.  J'ai  remis  celte 
photographie  à  M.  \an  Berchom  pour  son  Corpus  des  inscriptions 
arabes. 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  279 

beaux  caractères.  Elle  n'a  jamais  été   achevée.  Le 
premier  mot  est  mutilé.  On  lit  encore  : 

cA^Aoûca y'^ 

A  un  quart  d'heure  au  nord-est  du  village  gît  une 
autre  cuve  semblable,  avec  des  croix  et  un  agneau 
sur  les  petites  faces,  et,  sur  le  grand  côté,  deux  cerfs 
se  regardant,  séparés  par  une  croix  qui  a  été  mar- 
telée. 

9.  A  Balkis.  —  Village  formé  d'une  quarantaine  de 
liuttes,  sur  la  rive  droite  de  TEuphrate,  au  bord  même  du 
fleuve,  à  une  petite  heure  de  marche  plus  haut  que  Birédjik. 
On  y  trouve  beaucoup  de  mosaïques  de  Tépoque  romaine 
encore  en  place,  à  une  profondeur  qui  varie  de  o  m.  20  à 
o  ni.  5o  au-dessous  du  niveau  actuel  du  sol.  Il  y  en  avait 
d'assez  jolies  avec  des  personnages  de  grandeur  naturelle. 
Elles  ont  été  brisées  par  les  fellahs  soit  pour  planter  des  vignes , 
soit  en  essayant  de  les  enlever.  —  Beaucoup  de  débris  de 
statues,  ég^alement  de  l'époque  romaine,  dont  deux  colossales  : 
vraisemblablement  un  empereur  et  une  impératrice;  les 
tètes  sont  brisées. 

La  nécropole  de  la  ville  antique  se  trouve  sur  les 
deux  rives  escarpées  d  un  petit  cours  d  eau  à  vingt 
minutes  au  nord-est  du  village  actuel.  Les  salles  fu- 
néraires sont  creusées  dans  une  sorte  de  grès  qui 
sefFrite  facilement.  Un  seul  des  nombreux  tom- 
beaux que  j'ai  visités  porte  des  inscriptions.  Il  se  com- 
pose de  deux  salles  carrées;  la  première,  de  trois 
mètres  de  côté,  ouverte  à  Test,  contient  les  sculptures 
el  les  inscriptions;  la  seconde,  à  laquelle  on  accède 


280 


SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 


par  une  petite  porte  percée  dans  la  paroi  du  fond 
de  la  première,  renferme  les  loculi,  au  nombre  de 
neuf,  trois  sur  chaque  côté.  Deux  des  parois  de  la 
première  pièce  sont  couvertes  de  sculptures  (bustes 
ou  symboles),  accompagnées  d'inscriptions  grecques. 
La  paroi  du  fond,  qui  fait  face  à  Test,  dans  laquelle 
est  percée  la  porte  donnant  accès  à  la  chambre  funé- 
raire, se  trouve  divisée  en  deux  registres  partages 
en  un  certain  nombre  de  cases.  Le  schéma  que  voici 
permet  de  se  rendre  compte  exactement  de  la  dis- 
position. 


rr 


Porlc. 


a.  Cadre  vide. 

h.  Deux  aigles. 

c.  Corbeille. 

d.  Aigle. 


e.  Partie  détruite. 

/'.   Buste  d'homme  mutilé. 

g.  Inscription. 


L'inscription  qui  se  trouve  au  sommet  de  la  paroi , 
au-dessus  de  la  porte,  se  lit  sur  mon  carnet  [g)  : 


TOMNHMA 
ZHNCJNOC 
XGJPICTOY 


M  ePCOY 


C'est,  comme  on  le  voit,  l'inscription  générale  du 
monument. 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  281 

La  case  du  registre  supérieur  la  plus  à  gauche  (a) 
est  restée  vide  ;  le  buste  ou  remblème  qu  elle  aurait 
dû  recevoir  n'a  jamais  été  sculpté. 

Lun  des  deux  aigles  sculptés  dans  la  case  voi- 
sine (6),  celui  de  gauche,  est  accompagné  dune  in- 
scription en  partie  mutilée  et  ainsi  disposée  : 

^NPinno 


A 

1 — !.      :: 1 

NA 

Y 

AigK.. 

A 

e 

n 

X 

e 

p 

l'outes  les  lettres  sont  certaines,  excepté  le  fl  de 
la  première  ligne  qui  pourrait  être  un  F  ou  un  T. 
Je  ne  vois  pas  comment  restituer  le  nom  propre. 

Au-dessous  de  la  corbeille  figurée  dans  la  troi- 
sième case  (c)  se  trouve  la  formule  habituelle  AXvne 
;^a?pe,  mais  orthographiée  et  disposée  ainsi: 

AAYnAI 

xepe 

Au-dessous  de  faigie,  dans  la  case  de  droite  [d), 
on  lit  : 

BACCe 

AAvnAixepe 

La  paroi  de  droite  du  vestibule  est  également  ornée 


282 


SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 


de  sculptures  distribuées  en  deux  rangées  superposées 
de  cette  façon  : 


k 


1.  Quatre  bustes. 

2.  (Wbeille. 


3.  Buste  de  femme. 

4.  Deux  ai^es. 


Les  quatre  bustes  qui  occupent  le  registre  supérieur 
(i)  ont  tous  la  tête  brisée.  Ils  sont  accompagnés  d'in- 
scriptions : 

Sous  le  premier  («)  on  lit:  AAMIXAIP6 
Sous  le  second  (6):  ZHNCJNXAIPe 

Sous  le  troisième  (c)  :  <t>AAAA(t)NIA 

AAvnexAipe 

Sous  le  quatrième  [d]  :  A00AIAMH 

THPAAMI. 

Dans  le  cadre  de  gauche»  du  registre  inférieur  (  2  ) 
est  sculptée  une  corbeille,  placée  sur  un  petit  socle. 
Au-dessous  on  lit  : 

ZeBINNOY' AABA 
<t)HAYTCJN 

Dans  le  cadre  du  milieu  (3),  un  buste  de  femme 
voilée.  A  côté  Tinscription  suivante  : 

COYAAAIAMAMMH 
AYTOJN. 


*  C/rst  ainsi  que  porte  mon  carnet.  J'ai  sans  doute  mal  copié  le 
nom  YjéStvvos, 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  i>83 

Enfin  dans  le  cadre  le  plus  extérieur  [l\)  sont  figu- 
rés deux  aigles  posés  sur  une  base,  leurs  têtes  se 
faisant  face;  au-dessous  du  socle,  on  lit  : 

<t)AAAAAC  ZOCJPAC 
AAeA0OI 

La  paroi  de  gauche  n  a  pas  été  utilisée. 

FiC  tombeau  voisin  (à  gauche)  de  celui  que  je  viens 
de  décrire  était  sans  doute  disposé  pareillement;  il  a 
été  détruit  par  l'éboulement  du  rocher.  On  voit 
encore ,  au-dessus  d'un  buste  de  femme  et  à  côté  d  un 
aigle,  ]os  restes  dune  inscription  ainsi  couçue  : 

MAPKIA 
N   H  A   0) 

pexAipe 

^W/ÂJ^mù  Y 

WMt 


La  lecture  de  tous  ces  textes  est  absolument  cer- 
taine, et  je  crois  inutile  de  donner  les  fac-similés  de 
mes  copies. 

VIII 

INSCRIPTIONS  DE  *£NÉs. 

*Enés  est  un  gros  village  situé  sur  la  rive  droite  de  TEu- 
phrute  à  une  petite  distance  du  fleuve  (800  ou  900  mètres), 
à  deux  heures  et  demie  de  marche  au-dessous  de  Roum-qala. 
La  population  est  presque  exclusivement  chr(^tienne  (  armé- 
nien s-fj;régo  riens).  Je  l'ai  visité  le  10  mai  1897. 


284  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

1.  On  voit  dans  ce  village  d'intéressantes  carrières 
exploitées  à  ciel  ouvert  par  des  légions ,  et  sans  doute 
à  une  assez  basse  époque ,  puisque  Ton  trouve  à  côté 
des  inscriptions  latines ,  des  croix  qui  ont  été  tracées 
en  même  temps.  Les  inscriptions  (il  y  en  a  sept  ou 
huit)  sont  gravées  à  différentes  hauteurs,  les  unes  à 
1 2  ou  1 5  mètres ,  les  autres  à  6  ou  7  mètres  ;  enfin 
quelques-unes  plus  bas  :  ce  sont  les  moins  bien  con- 
servées, et  les  seules  dont  j'ai  pu  prendre  copie.  Il  est 
manifeste  que  les  textes  furent  gravés  tandis  que 
l'exploitation  de  la  carrière  se  poursuivait,  et  au  ni- 
veau du  chantier  momentané. 

Je  donne  les  fac-similés  de  ma  copie  (fig.  K,  L), 
auxquels  sont  jointes  les  observations  suivantes: 

F'ig,  K.  —  a.  A  environ  5  mètres  au-dessus  du  sol  actuel. 
Le  texte  est  assez  bien  conservé.  On  le  lirait  facilement  si 
Ton  pouvait  Tatteindre.  Lue  à  Taide  de  la  jumelle. 

b.  Très  haut.  1 2  à  1 5  mètres  au-dessus  du  sol  actuel 
et  4  ou  5  mètres  au  dessous  du  niveau  supérieur  de  la 
roche.  Grandes  lettres.  Le  texte  parait  complet. 

c.  A  peu  de  distance  à  droite  de  la  précédente ,  et  à  la 
même  hauteur.  Les  lettres  sont  sûres  ;  le  chiffre  est  :  IIII  ou 
111.  —  Au-dessus,  autre  inscription  de  deux  lignes  de  8  ou 
1  o  lettres  chacune ,  qu'on  ne  peut  lire  d'en  bas.  Sa  première 
ligne  se  termine  par XXI. 

Fig.  L.  —  a.  Dans  une  niche,  à  environ  6  mètres  au- 
dessus  du  sol.  Un  éboulement  permet  d'arriver  jusqu'à  l'in- 
scription. Il  y  avait  un  buste  ou  un  symbole  sculpté  dans 
la  niche  ;  il  est  mutilé  et  méconnaissable.  Le  texte  est  gravé 
sur  le  socle. 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  285 

b.  Sur  la  paroi  septentrionale  de  la  carrière  à  i  m.  5o 
au-dessus  du  niveau  actuel. 

II.  A  environ  lo  minutes  au  sud  du  village,  dans 
un  profond  ravin  où  coule  un  torrent  qui  va  se  jeter 
dans  TEuphrate,  se  trouve  une  petite  chapelle  en 
ruines,  syrienne  d'originel  Sur  le  mur  de  droite 
(en  enlrant)  et  à  lextérieur,  on  lit  une  longue  in- 
scription syriaque,  en  caractères  estranghélo.  Elle 
est  gravée  sur  plusieurs  pierres  superposées. 

En  voici  le  texte  et  la  traduction. 

Sur  la  1"  pieire  : 

r^rnVvWv  Vvuers  L'an  trois  cent 

r^it\l^:  ^  9,  vint* 

1^.  ."ryX  A  ^"^  t^^lXsJC73  le  Christ,  pour  . .  . 

Vvuerso  Et  en  l'an 

\A  t<f5r\\y,V\  neuf  cent  57, 

Y^iM>\,  ClVvi^  vinrent  les  Arabes 

l^bh-ni^  dans  la  r<^.gion  \ 

Vvuerso  Et  en  Tan 

u.^  ^^^  \^mL^^X.V\  neuf  cent  68 

^  Elle  était  consacrée  à  S.  Georges  ou  S.  Serge ,  je  ne  me  souviens 
pas  exactement  auquel  des  deux  saints. 

^  L'auteur  de  l'inscription  exprime  l'opinion  des  chroniqueurs 
syriens  qui  placent  la  naissance  de  Jésus-Christ  en  l'an  Sog  de  l'ère 
des  Séleucides. 

^  L'an  937  =  625-626.  Cela  doit  s'entendre  des  premières  con- 
quêtes arabes,  et  non  de  l'occupation  de  la  Syrie  qui  n'eut  lieu  que 
quelques  années  plus  tard. 

XVI.  19 

tVrBIMKBIl 


286  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

l^rs'Sxi  r^atn    eut  lieu  la  bataille 
r^j^     deÇofa' 
VujC=30     Et  en  Tan  ^ 


Sur  lu  2"  pierre  : 


5,  il  y  eut 

une  grande  famine. 

Et  en  Tan  mil  5 

il  y  eut  des  ténèbres  \ 

Et  en  Tan  mil 

68 ,  entra  le  [gouverneur]  (?) 

de  Mar'as ,  à 

cause  de  nos  pécbés, 

par  fraude ,  dans  le  Beit 

Roumayé  *. 


Sur  lu  3'  pierre  : 

^•^^ . .  Vuje=30     Et  en  Tan  [mil] 

(») lea^ 


•710»  Â-M<2=a     de  'Adar,  le  jour 
^'^r^vjJO^^''^3ûA-^     delà  Passion  du  Cbrisf* 

'  968  =  667.  Bataille  qui  suivit  la  mort  du  cdife  Othman, 
entre  les  partisans  d'Ali  et  ceux  de  Moawia.  Cf.  Land,  Anecd.  syr,, 
II,  pREf.  11.  Les  Arabes  disent  Siffin.  Théophanes  écrit  ïawip/i». 

*  Il  manque  évidemment  une  ligne.  Il  faut  probablement  res- 
tituer 996.  La  famine  aurait  eu  pour  cause  Thiver  rigoureux  de 
99^  qui  détruisit  les  arbres  fruitiers  el  les  semences  (Cf.  Bar-Hé- 
bréus ,  Cliron,  sjr.  ^  p.  1 1 5 ,  éd.  Bruns  ). 

'  Une  éclipse? 

*  1068  =757.  Le  texte  de  ce  paragraphe  est  obscur. 

"  J  ntre  les  années  767  et  780,  il  n'ya  que  l'année  776  (=a  1086 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE. 
x^^  ^\x^  Vujca A     Et  en  Tan  mil  9 1 


287 


kOim  t^..<?xron  \^\mx^y[^)s\rd  vint  1  émir  des  croyants ,  Malidi 

, f^»vA  t^rn'^VîÉte  A^é^o  et  il  pénétra  jusqu'au  Gibôn  * 

•  ^ -Si  T^N>^Vvf:i  t^rnnjOJrDCl  .  'OiCi  Et . . .  d'abord  que  soit  renversées 

^oiiô  i^Vv^i.^  les  églises  et  que  se  fassent  musulmans 

i^K^cvi^  les  Tanoukayé^ 


Sur  la  â'  pierre  : 


les  Manichéens 


ClI^S  \^rn  .  quand  ils  virent. 

(et  trois  lignes  illisibles). 


OBSERVATIONS  SUR  LE  TEXTE. 

a.  Mon  carnet  porte  :  i<r  vv  if  *n  —  6.  J'ai  écrit  : 
t^îfc^=OL3cV\.  ^-  c.  Manquent  deux  lettres  dont  la  première 
est  sûrement  m,  0  ou  xa.  —  d.  J'ai  écrit  i^icixrD.  — 
e.  J'ai  copié  i^icnoici"^.  —  f.  Il  ne  manque  que  deux  lettres 

des  Grecs)  en  laquelle  Pâques  tombait  le  26  mars.  Je  ne  vois  pas 
quel  verbe  on  pourrait  restituer.  Peut-être  la  copie  est-elle  fautive. 

^  L'an  1091  =  780.  Les  restitutions  sont  certaines.  L'invasion 
de  la  Syrie  par  Mahdi  est  rapportée  par  Bar  Hébréus  à  Tan  1090 
{Chr,syr.,p,  i33).  Le  Gilion  est  le  fleuve  Pjramas,  ar.  yl^svA.. 
Le  nom  est  plus  souvent  écrit  sans  o  :  ^mm^ou  \)L*^. 

*  On  fait  évidemment  allusion  aux  événements  rapportés  par 
Bar  Hébréus  (C/ir.  sjrr,,  p.  182  et  1 33)  où  il  raconte  que  Mahdi  or- 
donna de  détruire  les  églises  récemment  bâties,  persécuta  et  fit 
mettre  à  mort  les  Manichéens  et  contraignit  à  se  faire  musulmans 
les  Tanoukayê,  des  nomades  chrétiens  «qui  habitaient  sous  des 
tentes  dans  les  environs  d'Alep  ». 

»9- 


288  SEPTKMBRE-OCTOBRE  1900. 

dont  la  première  paraît  être  un  =3.  —  g.  11  parait  y  avoir 
des  traces  d'une  lettre  après  le  =3,  le  ae.  n*est  pas  sûr.  — 
h.  J'ai  écrit  :  xv^ci.  —  i.  J'ai  copié:  \^!^^Jtm.  —  k.  Le 
nom  se  trouve  hors  du  champ  de  la  pierre. 

De  la  date  à  laquelle  sarrête  notre  texte  nous 
pouvons  conclure  que  Tinscription  a  été  gravée  au 
commencement  du  ix"  siècle. 


Note  au  sujet  de  V inscription  palmyrénienne  n'  tlO  (ci-des- 
sus, p,  260),  —  Un  second  estampage  de  cette  inscription, 
que  je  retrouve  au  dernier  moment ,  porte  cette  mention  : 
«  Femme  assise ,  entière  ;  hauteur  :  o  m.  53  ;  largeur  : 
o  ni,  28  ».  —  Je  dois  faire  remarquer  que  ce  texte  a  été  pu- 
blié par  M.  Mûller  sous  le  n"  2  5  ;  mdis  celui-ci  Ta  lu  à  re- 
bours; sa  planche  reproduit  le  relief  ei  par  conséquent  le  re- 
vers de  Testampage. 


DEUX  HYMNES  SAMARITAINES.  289 


DEUX  HYMNES  SAMARITAINES, 


PAR 


M.  S.  RAPPOPORT. 


Le  texte  des  deux  hymnes  suivantes  a  été  publié 
par  Heidenheim  en  caractères  hébraïques  dans  sa 
Bibliotheca  Samaritana,  p.  1*72  et  182,  Lxxvn  et 
Lxxxvii.  Nous  en  donnons  ici  le  texte  samaritain  et 
sa  traduction  arabe  d'après  un  ms.  de  la  Bibliothèque 
nationale  (God.  if  2b)  que  nous  avons  soigneusement 
collationné  avec  un  autre  ms.  de  Paris  (Cod.  n**  1 4) 
et  plusieurs  mss.  du  British  Muséum.  Dans  les  notes, 
donnant  les  Variœ  lectiones,  A  désigne  Cod.  n"  i4 
de  la  Bibl.  nat.,  —  M,  Cod.  1  900  5  Add.  Mss.  du 
Brit.  Mus.,  —  E,Cod.  19018, — -L,Cod.  1965/i, 
—  G,  ms.  appartenant  au  D'  Gaster,  —  H,  Hei- 
denheim. Nous  joignons  à  ces  textes  samaritain  et 
arabe  une  traduction  littérale  en  français  et  quelques 
notes  explicatives.  Pour  les  renseignements  détaillés 
relatifs  à  ces  textes  et  à  la  liturgie  samaritaine  en  gé- 
néral, nous  renvoyons  le  lecteur  à  notre  travail  La 
Liturgie  samaritaine,  qui  paraîtra  prochainement  chez 
M.  Leroux. 


290  SEPTEMBRE. OCTOBRE   1900. 

I 

:  /^  a-  ZhSl  •  ^Ëi^'v 
:  A/Jb«f  •  «vaZ  •  ««tZiH. .  /mtz 

•  bb/^  '  bvf^'KKpn. 

•  AEGLM  /*<*.  —  "  AHL  «-•*«î««t«a.  —  •  G 
bvav^j*.  —  *  EL  itf'W/*«\'xa ,  H  iv/fr^vxa.  —  •  G 
^/fc^-Kai,  H  'i'xain.  —  '  AELM  /«"^otli^t.  —  «H 

s    Mi^/«.  =  >'>/fr4;  1.  bV>i/""f"*.. 


DEUX   HYMNES  SAMARITAINES.  291 

:  b^b  •  bo/i\Bi^K7 
:  '^q:^yvtô/  •  j^^^v^  •  /<-Z^ 

'Oyjxi^lj^  .  *^Z^ 

•^^  (J^  •  ^^  •  y^^^ 

•  HLM  fly/*'*?^'*.^.  —  ^  H  iï^'H-^i'H  •  ^ir**"  •  /^l,  

•  Les  autres  mss.  ^«î'KAW.  —  '^  G  %^^.  —  •  H  ^S^/^ 


^  ^^'XA,  fol  «  explorer  »;  cf.  Attî  délia  Reale  Accademin  dei  Lincei, 
Rome,  1887;  III,  p.  167,  note  3. 
'  Cf.  P*.,CXLV,  18. 


292  SEPTEMBKE-OCTOBRE  1900. 

.*!  Jsa^jj  il  •iy/«'A^ 

:  '<x2.  •  bVKP'&f^  '  XJ^j^x 

:  «/^^  •  Zi/  •  ^X'^v/^ 

:  Za»««/  •  «îtijA^  •  'X/f/^'K 

.|.>>  jT.  -x*?^  .  /V«îy*^i7/V 

:  'ofbh^  •  -x^ît  •  «/^/v»«*  •  ZA/4C 

•  H  -«"«iflt.  —  ■"  GL  b/*otb/"K.  —  «  M  «i>*^'«ftZ,  —  *  H 
/««•{«•'«c/».  —  •  H  «A/».  —  '  H  'Ktv^.  —  »  EGM 
'*Jiav.  —  '  H  bv&v'*.v. 

'  Cf.  Jes.,  xLviii,  i3. 

*  Cf.  Bibliotkeca  Samaritana,  éd.  Heidenheim ,  m,  p.  6i,  65. 


DEUX  HYMNES   SAMARITAINES.  293 

•  vl^j^l  •  'X^  •  ^^Z/<^ 
.jjâj^ÀJjl  ouJUy6  •  Of^Z/<^ 

:  *^  9^ZZ'^'^Z  •  bofKP"^^ 

'  H  <ïii;f«<.*\'îc.  —  *•  H  bnfb/^,  —  "  Les  autres  manuscrits 
cjcA'xiw/^.  —  ^  H  /<''<'=«..  —  •  EL  t^  '  'ï^.  —  '  E  *«u/-iiBf 
difajv^*»^ .  iK.2.q:.  —  s  E  '^./f^^sbl,  A  bfj^^ab,  —  "*  Les 
autres  mss.  *?^^îfifîfif2i. 


204  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

;  9>i,t/^Kja/^  •  Zjos  '  b^ 
:  <î  â>  'ex  •  2216 

•  A  •*JiotJi.  —  ^  H  L  «•u^'xiwe.  —  '  •*.ti'K'^t}  —  ^  H 
'Kittttl.  —  "  H  ic^**,  G  •*^'*..  —  '  Les  autres  mss.  et 
H  'K'Vtva . 

>  Genesis,  1,2.  Abou  Saidi  Versio  arab. ,  éd.  Kuenen  : 
cf.  Jblunck  :  Beth  hamidrasch,  vi,  69  ;  n^il  D^iyn  N133W  Dllp 

mai  inn  d'D  iSs- 

'  Citation  par  la  parole;  cf.  Gbsbniu*,  Carmina  Samaritana,  Lip- 
sia>,  1834.  III.  II.  Coran,  11,  m.  Ps.,  xxxill.  6. 


DEUX  HYMNES  SAMARITAINES.  295 

:  b^iJ  •  ^54/y^Zi^ 

*  H  *«2Aq:?  M  *«4v2.-«.*ï,  L  *«2.*ï,  G  *«^^i*<^.  —  •*  H 
i7<va<a.  —  -^  GH  b^<\9fib.  —  ^  AEL  ^t^.  —  '  H  pkZJlkj. 
—  ^  H  **uv»«a^'ït.  —  «  U  bcfb*6/ûflt. 

*  Quand  il  fait  nuit  sur  une  partie  du  globe,  ii  fait  jour  sur 
l'autre,  Cf.  Mxprasqh  V^H.  comn^ent.  pour  te  verset  P*ti  Gxm,  3, 
^D^  n")TDD;  Jellinek,  loc.  cit,,y,  89. 

*  Genesis,!,  i^.  Versio  Samaritana,  éd.  Péterman  et  Vollers  : 
•  ^nfb*^^Z^  •  ^^ij^^i-Z.  Abou  Saidi  Versio  :  c^Lîjilj  c»Lj't)!^^3 
^^^iJL-,3  j.15^3.  Saadia  p^DT  XDN'^XI  NflKpiKl  n»>X  p3''D. 


290  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

**  H  /<"îC'?<,  .  A^^^.  —  •  Les  autres  mss.  iw-i.   —  ^  H 
»  Cf.  Ps,  cvn,6;  cvi,44. 


DEUX   HYMNES  SAMARITAINES.  297 

i  ^4/^^  part.  act.  de  ^^'X*"  =  <\XA  (  voir  supra,  p.  291 ,  note  1) , 
comme  «f<VU*«  (i!^ij^*«). 
*  ^H  =  certainement. 


298  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

:  xy^*^  •  <îtZ  •  «î^vSkC  •  ^i/ 
.  *5»j  .  «?tZ  :  ZCT'V 

II 

:  ''X'îaZiî/  •  «î-xc  •  bv^'K 
:  'X<î^*«*'X  •  -xa^O  •  ^^  •  Zsj 

'  Deulnonnm.  iv,  35;  xxviii,  58.  Saadja  'j^'jj'jK  DDkVk* 


DEUX  UYMNISS   SAMARITAINES.  2a9 

•  •>    O  2.*ÎT/'  •  'îç/"X2*î'T 
:  AX^eiT^ït  '  La  '  lS3 

.  u:,Uli«Jl  .  2jtf  •  VL^ 

•  c^LJjX-m  '  La  '  Lkp 

»  vx^l  =  vlfx,  jjS  V.  1.ÉVÏ  TWB.  9.  V. 

'  Voir  Versio Samaritana ,  Genesis,  xlv,  i8.  Cf.  Exod.,  x\u,  28; 
i/^W^fl{  :  Hff/iMI.  Carmina  Siumtritana ,  ta,  j.  p.  68,  noie  5; de 
Theologia  Sumuiitana,  p.  3i,  noie  77.  —  Cf.  ZDMGi  xLVii,  688 
où  ^i»^  =  nonr  •  Moïso  csl  appr-lé.  <*/"X'Wai7*ï  •  W^    c.  g. 


300  SEPTEMBRE  OCTOBRE    1900. 

:  9^af9K.ofx  •  ^^^ 

,^/^^nf^9fi  «  Pour  les  œuvres  des  trois  justes  (les  patriarches], 
de  l'interprète  des  songes  (Joseph)  et  du  meilleur  des  prophètes 
(Moïse).»  Voir  Caimina  Sumaritana,  vu,  33.  —  De  Sacy  [Notices 
et  extraits ,  etc, ,  XIÏ,  p.  167,  note  1)  n'a  pas  compris  ce  passage, 
en  y  voyant  une  allusion  à  des  usages  inconnus  des  Samaritains. 

'  Cf.  Jes.,  XL,  18,  25. 

*  Deuterânom, ,  xxvii,  39. 

=»  Ibid,,  3. 


DEUX  HYMNES   SAMARITAINES.  301 

.  |.:^î  U*o^  ;i^l  •  ^Z*èi 

—  •*  H  '^XH,  —  "  H  AôA^. 

2  L.  ^"l. 

^  /i'a?orf.,  XV,  2;  texte  lu'br.-sam.  :  •  ^/^^te//^X  •  ^/*u.  Versio 
Samaritana  :  «y^Zl'X  •  ffax^/f  .  Abou  SaïdiVersio  0^3  v^ jc . 


tiarmiF.  ii*ti<>(»i.r. 


302  SEPTEMBKE-OCTOBRE  1900. 

'  H  'Kf^.  —  ^  H  'ujV/*'. 

'  Gems.,  I,  i4.  Abou  Saïd  :  y^  ii«l  JlSj;  Saadia  :  n^'?K  KW 
*  6rn<>.,  1 ,  4 ,  i8.  Abou  Saïdi  V.  Ki^.^  M  ^iàiy,  SmkU*  >  dVvC 


DEUX  HYMNES  SAMARITAINES.  303 

•  tjâi,  J^-  o/a  •  b^^a^y 

•  aJU*  ZCfl^  •  /^Z.'K 
:  ^K>**"Kb9)t,  '  bvof**'X'A/ 

'  H  »"'^«.. 

'  Deuteroitom. ,  xxHi,  36.  Saadia  ;  }yi  nsyB?*?  n''"7X  030'  "lit 
riDS'»  riT^a».  i'^'W**/»' probablement  i»(«)^«r  •4/»'. 


304  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

'^%b^b^  •  ijo/^B.^ 


DEUX   HYMNES  SAMARITAINES.  305 

:  ^xiJVZK7  ^^J^^X'^  •  ZVZ7 

•*  H  u«^. 

^  Gènes,,  xi\,  8.    Abou  Saïd    :  jjULm»  Jdâ  i;   Saadia    :    mn 
*  Cf.  Hos.,  XII,  6;  Am.,  vi,  U. 


306  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

•  ^>«  Jiy/Z  •  ^^^^ 
:  bb^Zsj  •  fîkX^ 


*  Gènes,,  xiv,  19.  Abou  Saïd  :  Jo^^lj  c»l^^l  dUU. 
^  Ge««. ,  XLix ,  1 8.  Abou  Saïd  :   --^^-f^  A'^^y^X  • 


DEUX  HYMNES  SAMARITAINES.  307 

:  ^Bi/<^ZZ  •  «îV^K^yv 

TRADUCTION. 
I 


Que  le  roi  miséricordieux 
soit  loué  par  toute  bouche , 
Celui  qui  a  créé 
le  monde,  tout  seul. 


•  H  A<aîaf.  —  »•  hbanfZ^KJ.  —  «  D'après  H  :  manque 
dans  notre  ms.  —  ^  ^l^K^l . 

*  Levit.,    xxYi,    i3.  Abou  Saïd  :   ^S^y^^^  ^)^^  ^^"^^  ss»y*S^ 
i:-^.  Saadia  :  N^X^nX  DDn'T'DI  DD^lDN  D">3Nnp  rTlDDV 


308  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

Il  a  produit  des  créatures 

solides  et  fortes  ; 

tes  créatures  témoignent 

qu  il  n  y  a  pas  de  Dieu  en  dehors  de  toi. 

11  est  puissant  et  majestueux, 

et  a  pouvoir  sur  tout  ce  qui  lui  plaît. 

Nous  nous  avançons 

en  commençant  par  des  louanges. 

Il  est  seul  en  Divinité 

Et  nul  autre  nest  son  associé; 

Il  est  omniscient , 

sans  avoir  besoin  d  être  informé. 

Qui  peut  découvrir  où  il  est, 
qui  peut  savoir  comment  il  est? 
Partout  où  on  le  cherche  ,- 
on  le  trouve  à  proximité. 

Il  est  en  haut  et  en  bas 

et  tout  est  en  son  pouvoir; 

11  est  le  Dieu. 

Et  nul  autre  ne  lui  est  attaché  (?). 

11  convoque  ses  créatures 

et  elles  viennent  en  lui  obéissant. 

Il  appelle  toujours  : 

«  Venez,  car  je  reçois  ». 

La  vie  éternelle  lui  appartient 
et  il  fait  disparaître  tout  vivant  ; 


DEUX   HYMNES   SAMARITAINES.  309 

notre  vie  et  notre  âme 
sont  dans  son  pouvoir. 

La  bienfaisance  et  la  miséricorde 

sont  ses  attributs. 

Il  fait  grâce  aux  impies , 

afin  qu'ils  se  repentent. 

Loué  soit  à  jamais 
le  maître  des  vivants, 
Exalté  éternellement 
celui  qui  nourrit  les  âmes. 

Toutes  les  créatures  du  monde 
obéissent  à  sa  parole. 
Il  rassembla  les  eaux  du  chaos 
comme  il  plut  à  son  pouvoir. 

Il  appela  ses  créatures 
et  elles  lui  répondirent  promptement. 
Il  existait  lui-même 

avant  d  avoir  produit  ses  œuvres.  (Qui  fait  comme 
ses  œuvres.) 

Il  prononça  un  mot  et  fit 
tout  ce  qui  lui  plut. 
Ses  paroles  étaient 
ses  ouvriers  et  ses  agents. 

Les  feux  qu'il  alluma 
ne  s'éteignent  jamais, 


310  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

leur  lumière  remplit 
le  ciel  et  la  terre. 

Les  miracles  manifestent 

la  grandeur  de  leur  créateur, 

des  signes  pour  les  saisons 

et  pour  les  iours  et  pour  les  années. 

Les  œuvres  sont  grandes 

et  leur  créateur  est  encore  plus  grand. 

Que  le  créateur  de  lunivers 

soit  exalté  et  honoré. 

n  est  un  sauveur  proche 
à  celui  qui  Imvoque. 
11  a  sauvé  nos  ancêtres 
de  leurs  ennemis. 

Ils  crièrent  vers  lui 

et  il  leur  répondit  en  les  sauvant. 

Il  forme  les  corps 

et  soutient  les  âmes. 

Il  existe  éternellement 
et  subsiste  par  lui-même  ; 
les  vivants  et  les  morts 
sont  sous  sa  domination. 

Miséricordieux  est  son  nom , 
ainsi  on  (?)  témoigne  de  sa  grandeur. 
Le  haut  est  sous  sa  domination 
et  le  bas  dans  son  pouvoir. 


DEUX   HYMNES   SAiMARITAINES.  311 

Le  suppliant  qui  le  cherche 

le  trouve  à  proximité  ; 

il  fait  grâce 

à  celui  qui  îibandonne  les  iniquités, 

celui  qui  se  repent  de  ses  péchés, 

il  lui  fait  grc^ce. 

Louanges  et  grandeur 

nous  lui  offrons  en  tout  temps. 


II 


Il  est  seul  Dieu  le  glorieux 

et  il  n  y  a  pas  d  autre  que  lui. 

Que  le  Tout-Puissant  soit  béni 

pour  l'abondance  de  sa  bonté  et  de  sa  grâce. 

Béni  soit  TEternel  notre  Dieu , 
qui  a  le  nom  de  glorieux; 
que  le  créateur  soit  loué, 
qui  fit  ce  qu'il  jugea  bien. 

Sa  grandeur  surpasse 
toutes  les  grandeurs. 
Sa  force  domine 
sur  toutes  les  dominations. 

Il  est  le  plus  sublime  de  tous 

et  qui  ne  ressemble  à  aucune  image. 


312  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

Juge  véritable  et  saint 

est  son  nom  parmi  tous  les  noms. 

Il  a  été  et  ii  sera, 

il  est  TEtemel, 

le  Tout- Puissant,  le  grand , 

qui  fait  mourir  et  fait  vivre. 

Célébrez  la  grandeur  de  sa  divinité 

qui  remplit  le  haut  et  le  bas. 

Qui  est  comme  lui  parmi  les  dieux? 

Il  a  créé  la  lumière  et  répandu  les  ténèbres. 

Sa  main  est  étendue, 

Son  pouvoir  est  grand  et  incommensurable. 
Ma  louange  et  ma  force,  on  le  rencontre 
toujours  et  à  tout  endroit. 

Sa  sagesse  a  fixé 

toute  chose  dans  le  meilleur  ordre, 
avec  sagesse  et  un  savoir  complet. 
11  est  constant  en  force. 

Tes  bontés  très  nombreuses 

dont  la  plénitude  ne  se  laisse  point  compter, 

sont  éternelles; 

car  tu  es  leur  maître ,  qui  les  dirige. 

Quil  soit,  a-t-il  dit,  et  il  fut. 
Il  vit  que  tout  était  très  bien. 


DEUX   HYMNES  SAMARITAINES.  313 

Honoré  soit  ce  nom 
il  fit  ce  qu'il  désira. 

Nous  prions  au  nom  de  TEternei 

de  nous  pardonner  chaque  fois, 

car  rÉternel  tirera  satisfaction  de  son  peuple 

et  aura  pitié  de  ses  serviteurs. 

Nous  nous  adressons  à  Moïse  son  serviteur, 
le  prophète  du  nom  élevé , 
d'intercéder  pour  nous,  étant  assisté  lui-même 
pour  que  nous  ayons  du  repos  dans  ce  monde  et 
dans  lautre. 

Nous  adorons  et  servons  notre  créateur 
qui  satisfait  à  nos  besoins. 
Nous  demandons  délivrance , 
présents  et  bénédictions. 

O  toi  qui  pardonnes  et  consoles, 
rachète-nous  avec  ta  rançon. 
Pardonne,  ô  maître,  à  nous 
et  à  nos  ancêtres  dans  ta  grâce. 

Nous  sommes  tes  serviteurs 
et  les  enfants  de  tes  serviteurs. 
Fais  avec  nous  ce  qu'il  te  plaît 
selon  ton  habitude. 

En  ta  présence,  ô  Seigneur,  nous  sommes  revenus 
et  vers  ton  refuge  nous  nous  sommes  abrités  ; 


314  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

nous  sommes  effrayés  de  ta  colère,  pardonne 
nos  péchés  et  nos  crimes. 

Sous  Tombre  de  ton  toît  nous  sommes  venus 
O  Dieu  des  armées  (célestes), 
regarde  de  la  demeure  céleste 
toi  qui  entends  les  lamentations. 

O  possesseur  des  cîeux  et  de  la  terre , 

le  plus  proche  de  tous  les  proches. 

Lève-toî  Éternel,  pour  les  disperser  (les  ennemis) 

Reviens  à  celui  qui  se  repent. 

Toi  qui  t  avances  porté  par  les  cieux,  regarde 
(car  tu  as  souvent  regardé  le  suppliant); 
ma  confiance  est  en  toi  et  par  toi. 
J  ai  attendu  ton  salut. 

Reviens  à  nous 

et  bénis-nous  par  des  bénédictions  diverses. 

Brise  les  barres  de  notre  joug, 

et  fais-nous  marcher  la  tête  levée. 

Sois  loué  à  jamais, 

sois  sanctifié  et 

sois  célébré  (remercié)  en  tout  temps 

à  chaque  samedi  et  à  chaque  fêle. 


LE  TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  315 

LE 

TAQRIB  DE  EN-NAWAWI, 

TRADUIT   ET   ANNOTE 
PAR 

M.  MARÇAIS, 

DIRECTEUR    DE    LA    MEDERSA    DE    TLEMGEN. 


PREFACE. 


Avant  de  contribuer  pour  une  part  notable  à  la 
constitution  des  règles  juridiques  et  religieuses  dont 
Tensemble  forme  le  droit  musulman  Çilmforou  el- 
fiqh) ,  les  traditions  sont  logiquement  la  matière  de 
toute  ime  série  d'études  ^ 

^  Les  traditions  n'ont  pas  toutes  pour  objet  des  prescriptions 
juridiques  (voir  l'indication  de  leurs  difiFérents  objets  par  Seyyid 
Ahmed  Khan  Behadur  ap,  Hugues,  Dîct.  oflshun,  622).  Mais 
les  auteurs  musulmans  reconnaissent  que  l'aptitude  du  hadits  à 
fournir  des  règles  àejiqh  constitue  sa  principale  utilité.  Pour  jus- 
tifier la  haute  valeur  attribuée  aux  traditions ,  Nawawi  allègue  en 
première  ligne  qu'elles  sont  la  plus  riche  des  sources  de  la  loi  mu- 
sulmane i^ft|gtM  |»LC:h.^t  «±5i  ^to^  ;^Â^I  Jwfi)  [Naw,  snr  Moslim, 
I.p.  5,1.  22). 


3Jf)  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

Dans  la  science  des  principes  constitutifs  du  droit 
[Hlm  oçoul  el-fiqh),  leur  aptitude  à  fournir  des  argu- 
ments juridiques  est  reconnue;  leur  place  à  côté 
des  autres  éléments  générateurs  de  la  loi  :  Coran, 
Ijmâ\  etc.,  est  déterminée  et  leur. valeur,  par  rap- 
port à  ces  éléments ,  mesurée. 

La  science  même  des  traditions  Çilm  el-hadits) 
comporte,  suivant  une  division  du  méthodologiste 
Ibn  el-Akfâni  deux  groupes  distincts  d'études.  En 
premier  lieu,  on  peut  se  borner  à  recueillir  des 
traditions,  à  les  fixer  dans  sa  mémoire  ou  par  écrit, 
à  les  rapporter  le  plus  exactement  possible.  De  ceux 
auxquels  suffit  ce  rôle  de  récepteurs  et  de  transmet- 
teurs, on  dit  qu'ils  étudient  le  hadits  riwâyatan  «  au 
simple  point  de  vue  du  récit  ^  ».  C  est  grâce  à  eux 
que  la  rédaction  de  la  masse  des  hadîts  dans  les 
grands  recueils  classiques  a  été  possible  et  aux  pre- 
miers siècles  de  l'islam  on  ne  leur  marchande  pas  la 
considération  ^.  Mais ,  aux  âges  suivants ,  leur  utilité 
ayant  notablement  diminué ,  on  en  est  arrivé  à  tenir 
J'étude  des  hadîts  riwâyatan  pour  une  besogne  un 

*  C'est  dans  son  ouvrage  intiti^é  Irchâd  eî-Qâcid  (traité  sur  la 
classification  et  Tobjet  des  sciences  musulmanes]  que  Chams  ed- 
din  Mohammed  b.  el-Akfâni  es*Sakhawi  Cf  749)  pose  cette  distinc- 
tion (Tadrib  er-râwi,  3,  1.  21  et  suiv.). 

*  Le  fait  que  Bokhari  au  Kitâb  el-ilm  s'occupe  en  première 
ligne  de  la  transmission  du  hadîts,  permettra  d'apprécier  l'impor- 
tance attribuée  à  la  riwâya  au  m*  siècle.  —  Pour  mériter  le  nom 
de  savant,  il  faut  à  cette  époque  rapporter  des  hadits  (Tab.  hoff, 
VII ,  2 1)  î  ceux  qui  rapportent  le  hadîts  doivent  être  considérés  comme 
successeurs  du  Prophète  (Goldzi h  er  ,  Z.  HiU  d,  Ueberlieferungswesen, 
in  Z.  I).  M,  G. ,  L.  482  ,  note  3). 


LE   TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  317 

peu  futile  et  médiocrement  relevée;  les  auteurs  lui 
dénient  toute  valeur  scientifique  et  la  jugent  bonne 
tout  au  plus  pour  ceux  qui  ont  du  temps  à  perdre  ^ 
Dans  tous  les  cas ,  le  fait  d'avoir  recueilli  beaucoup 
de  traditions  ne  saurait  donner  droit,  à  lui  seul,  au 
_ titre  de  mohaddits'^;  le  nom  de  râivi  convient  seul  à 
ces  modestes  collectionneurs ,  et  Soyouti  ne  craint  pas 
de  leur  appliquer  la  comparaison  coranique  de  fane 
chargé  de  livres^.  —  A  Tétude  du  hadîts  riwâyatan, 
Ibn  el-x\kfàni  oppose  son  étude  dirayatan  «  au  point 
de   vue   d  une  connaissance  raisonnée  »  et  sous  ce 


^  (if.  Tadrib  er-râwi,  p.  5,  I.  a  ,  16  et  suiv. 

^  L'exacte  comprélicnsion  du  terme  mohaddits  paraît,  de  tout 
temps,  avoir  été  assez  mal  fixée;  d'une  longue  controverse  rap- 
portée par  Soyouti  [Tadrib,  5,6,7  /^û^jim),  il  semble  cependant 
nettement  ressortir  que  la  connaissance  de  la  critique  du  hadîts 
est  indispensable  à  un  mohaddits  digne  de  ce  nom.  (comp.  Jazari, 
ap.  Salisbup.y  :  Jouru.  of  Amer.  Orient,  Soc,  VII,  62,  1.  3i).  Par 
contre,  le  mohaddits  peut  très  bien  ignorer  les  conséquences  juri- 
diques des  traditions  ijiqh  el-hadits);  et  de  fait,  il  est  à  noter  que 
les  termes  mohaddits  et  fafjih  sont  fréquemment  opposés  Tuii  à 
l'autre.  —  Le  hâfith  occupe  un  rang  supérieur  à  celui  du  mo- 
haddits. Quoique  à  l'origine  les  deux  termes  aient  été  considérés 
comme  synonymes  [Tadrib,  6,  1.  6),  il  est  reçu  à  l'époque  clas- 
sique que  le  hâfith  doit  joindre  à  la  connaissance  de  la  critique  du 
hadîts  la  connaissance  par  cœur  [hifthan)  d'un  grand  nombre  de 
traditions ,  texte  et isnâd  (  Tacî. ,  7,  1.  23,  v^^),  Comp.  Goldziher , Z. 
Litf.  d.  Ueberlieferungswesen ,  in  Z,D,M.G. ,  l.  477»  note  3.  —  Sur  les 
singuliers  efforts  de  mémoire  qu'on  se  croit  en  droit  d'exiger,  dans 
les  temps  modernes,  d'un  individu  réputé  hâfith,  voir  un  curieux 
exemple  ap.  Journal  asiatique,  série  IX,  t.  XIV,  p.  345.  —  Sur 
quelques  autres  termes  qui  désignent  difiPérents  degrés  dans  la 
science  du  hadîts  :  hait,  hojja,  etc.,  voir  Dict,  of  Tech,  Terms, 
p.  27,  et  Salisbury,  loc,  cit, 

'  Cf.  Tadrih,  i  l.  5. 


uiraiHKitic  iiATiO!i*i.r.. 


318  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

terme,  il  groupe  Texamen  et  la  solution  des  ques- 
tions suivantes  :  fin  exacte  de  la  transmission  du  ha- 
dîts,  valeur  des  différents  procédés  par  lesquels 
s'opère  cette  transmission ,  classification  et  apprécia- 
tion des  variétés  de  hadîts,  qualités  requises  chez 
ceux  qui  les  rapportent ,  fixation  de  la  terminologie 
usitée  en  ces  matières,  etc.  ^  Cette  connaissance  du 
hadits  dirâyatan  à  Tinverse  de  la  précédente  est  tenue 
en  haute  estime  par  les  auteurs  musulmans.  On  la  dé- 
signe encore  sous  le  nom  ambitieux  de  oçoulel- hadîts 
(principes  du  hadîts^),  et  de  fait,  elle  ne  constitue 
rien  moins  quune  véritable  critique  des  traditions. 
Elle  a  fourni  la  matière  de  nombreux  écrits  spéciaux 
qui  sous  les  noms  de  Oçoal  el-hadîts,  Moçtalàh  el- 
Ijadîts  (technologie  du  hadîts),  le  plus  fréquemment 
de  "^Oloum  el-hadîts  (science  du  hadîts),  témoignent 
de  Timportance  attribuée  à  ces  matières  et  du  zèle 
qu  on  apporta  à  les  étudier.  —  Il  convient  d'ajouter 

^  GetU  opposition  de  dirâyatan  et  de  riwàjatan  se  retrouve  dans 
d'autres  ordres  de  connaissances,  notamment  dans  les  sciences  du 
Coran  (cf.  Itqâtij  lo,  1.  19].  —  Un  auteur  moderne  Mohammed 
Amin  Ei-Chirwâni  (f  io36),  dans  ses  Fawâîd  el-KhaqaiiyyatLSsigae 
à  cette  distinction  un  autre  sens;  Tétude  du  hadits  riwâyatan 
comprend  d'après  lui ,  tout  ce  qui  est  relatif  à  la  transmission  dès 
traditions,  y  compris  les  règles  de  la  critique  du  hadîts;  Tétude 
dirâyatan  se  réduit  à  la  connaissance  du  commentaire  (  H,  Kh.  ,  III , 
23;  Salisbukt,  Journ,  of  Amer^  Orient,  Soc.,  VII,  6i). 

*  Cf.  Kh.,  I,  33 1,  et  Dict,  of  Techn,  Ternis,  p.  27.  —  L'opposi- 
tion de  la  Riwâya  à  la  Dirâya,  le  mépris  où  Ton  tient  la  première, 
Testime  que  Ton  fait  de  la  seconde ,  est  marquée  par  ce  dicton 
encore  courant  dans  les  écoles  de  l'Afrique  du  Nord  :  «Usjijt  Se 
JLjt\yyJ\  pI  (I  i  M.  M  iL4[9  iL,»l^J<Jl  (Delphin,  Fat,  son  Université, 
p.  78). 


LE  TAQRÎB  DE  EN-NAWAWL  319 

que  les  îiuteurs  musulmans  rattachent  encore  aux 
sciences  cla  hadîts  un  certain  nombre  de  connais- 
sances étrangères  à  la  critique  des  traditions  et  dont 
Ibn  el-Akfâni  n'a  pas  fait  mention  :  tout  d'abord 
l'indication  de  certaines  règles  de  conduite,  de  cer- 
tains préceptes  de  convenance  recommandés  aux  pro- 
fesseurs de  traditions  et  à  leurs  élèves  ;  cette  étude 
aurait  sa  place  marquée  dans  la  copieuse  littérature 
des  livres  d'Adab,  devoirs  de  morale  et  de  civilité 
professionnelle  (Adab  el-kâtib,  Adab  el-qâri,  Adab 
el-mota*allim,  etc.);  en  second  lieu,  la  connais- 
sance des  principes  et  des  solutions  applicables  aux 
contradictions  de  hadîts  (mokhtalif  el-hadîts,  jam\ 
naskh),  qui  relèverait  plutôt,  comme  font  remar- 
qué certains  auteurs ,  du  Jiqh  et  des  Oçoal  el-Ji(jh  ^  ; 
enfin  l'explication  des  mots  rares  contenus  dans  le 
hadîts,  ce  qui  n'est,  à  tout  prendre,  qu'ime  branche 
de  la  lexicologie  arabe.  D'une  façon  générale,  Ton 
peut  dire  que  le  nom  de  ^Oloum  el-hadîts,  désigne 
la  théorie  et  la  méthode  des  opérations  successives 
auxquelles  doit  être  soumise  toute  tradition  avant 
que,  déterminée  quant  à  sa  valeur,  sa  portée,  son 
exacte  signification ,  elle  puisse  servir  à  l'élaboration 
d'un  principe  juridique. 

La  partie  capitale  de  ces  «  ^oloum  »  reste  la  critique 
même  du  hadîts,  avec  le  classement  et  la  dénomi- 
nation des  différentes  sortes  de  traditions,  que,  con- 
séquemment   à   elle,  on  a  distinguées.  Elle  porte 

'  Cf.  IL  Kii.,III,|>.  2 G. 


320  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

exclusivement  sur  Tappui  [isnâd)  cest-à-dire  sur  ia 
chaîne  des  personnages  qui  ont  assuré  ia  transmission 
du  hadîts.  Le  texte  même  de  la  tradition  {matn)  n'a 
prêté  qu'à  de  rares  distinctions  dépourvues  de  por- 
tée critique  ^  L'isnâd  est  apprécié  à  un  double  point 
de  vue  :  i°  au  point  de  vue  de  la  valeur  des  per- 
sonnages qui  le  composent,  de  la  confiance  méritée 
par  leurs  informations;  2°  au  point  de  vue  de  sa 
valeur  intrinsèque,  en  tant  qu'il  garantit  ime  trans- 
mission régulière  et  ininterrompue  du  hadîts  rap- 
porté 2. 

[/appréciation  des  personnages  de  fisnâd  semble 
chronologiquement  être  apparue  la  première^.  L'or- 
thodoxie musulmane  ressentit  le  besoin  d'une  cri- 
tique de  ce  genre  k  lepoque  oii,  d'une  part,  la  re- 
cherche des  traditions  du  Prophète  acquit  une  haute 
importance  et  où,  de  l'autre,  on  put  craindre,  des 
hétérodoxes,  la  fabrication  de  hadîts  tendancieux, 
cest-à-dire  vers  le  milieu  du  n*  siècle*.  Déjà  un 
propos  d'Ibn  Sirîn  (f  1 10),  qui  appartenait  à  une 
génération  antérieure ,  paraît  attribuer  la  naissance 
de  cette  critique  à  la  défiance  qu'inspirèrent  aux 
pieux  musulmans  les  récits  des  schismatiques  :  «  On 
ne  songeait  point  autrefois,  aurait-il  dit,  à  s'enqué- 

^  Sur  l'histoire  et  le  sens  exact  du  mot  matn,  cf.  Goldziher, 
Moh,  StiuUcn,  H,  6  et  suiv. 

2  Comp.  Goldziher,  op,  laiid,,  chap.  iv,  S  m,  pass, 

^  Dans  son  article  Ursprung  undBedeutung  der  Tabakat  [Z,D.M, 
G.,  XXni,  594-614)»  Loth  a  assigné  sans  motifs  bien  probants 
une  marche  inverse  au  développement  de  la  critique  du  hadits, 

*  Cf.  MokStudien,  II,  i4i. 


LE   TAQRÎB  DE   EN-NAWAWI.  321 

rir  des  personnages  de  Tisnâd;  mais  lorsque  sur- 
vinrent les  séditions  (séditions  des  Kharidjites,  des 
Alides,  etc.)  on  commença  de  <lire  à  ceux  qui  rap- 
portaient des  hadits  :  nommez-nous  vos  autorités. 
Et  de  fait ,  il  faudra  examiner  si  les  râwis  sont  ortho- 
doxes ou  hétérodoxes  [ahl  cl-bida)  :  on  acceptera 
les  récits  des  premiers  et  on  rejettera  ceux  des  se- 
conds ^ .  »  Moslim  rapporte  encore  d  un  certain 
nombre  de  contemporains  dlbn  Sirîn,  Tawous 
b.  Kisân  (f  106),  Sa'd  b.  Ibrahim  (f  isS),  You- 
nis  b.  'Obaïd  (f  i^o)  des  déclarations  qui  montrent 
qu'à  leur  époque  lusage  s'établit  de  ne  pas  accepter 
indifféremment  Içs  récits  de  tous  les  informateurs  ^. 
A  la  fin  du  ji"  siècle  le  contrôle  sévère  des  person- 
nages de  Tisnâd  est  une  pratique  courante  parmi  les 
traditionnistes ,  comme  en  témoignent  divers  propos 
attribués  aux  pieux  ^Abd  Allah  b.  el-Mobârak  (f  1 8 1  )^. 
—  Dans  cette  critique  de  la  valeur  des  râwis ,  on 
peut  distinguer  une  partie  théorique  et  une  partie 
appliquée.  La  première  est  la  Marifa  el-jarh  iva  et- 
tadil  (étude  de  ïimprobation  et  de  Y  approbation).  Elle 
a  pour  objet  de  déterminer  les  qualités  qu  on  doit 
exiger  des  râwis  pour  accepter  leurs  récits,  et  les  dé- 
fauts qui  rendent  leurs  informations  suspectes  et  re- 
jetables. La  seconde,  sous  le  nom  de MaVi/a  rijâl  el- 

^  Cf.  Naw.  sur  MosL.  I,  112. 

^  Id,  112,  ii3,  i42  et  suiv.  Comp.  Termidsi^  11^  332  et  suiv. 
Cho'ba  b.  el-llajjaj  (f  160)  aurait  le  premier  dans  Tlraq  introduit 
l'habitude  d'examiner  soigneusement  les  autorités  des  isnâds  { Tab, 
Hoff.  V,  28;  Naw.  Tahdsib,  3 16,  1.  6) 

^  Cf.  Naw.  sur  Mosl.,  1,  117,  et  suiv. 


322  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

Imclits  (étude  des  hommes  du  hadîts),  comporte  ia 
connaissance  particulière  et  nominative  des  rappor- 
teurs de  traditions ,  et  leur  classification  en  autorités 
fortes  [tsiqât]  et  autorités  faibles  {dho^afa,  matrou- 
koun).  Logiquement,  l'élaboration  de  la  première 
partie  aurait  dû  précéder  celle  de  la  seconde.  Chro- 
nologiquement, il  n'est  guère  vraisemblable  qu'il  en 
ait  été  ainsi  et  les  efforts  de  la  critique  naissante  des 
râwis  durent  aboutir  à  de  simples  appréciations 
isolées  sur  la  valeur  de  tel  et  tel  personnage.  Un 
système  embryonnaire  de  règles  guida  peut-être  les 
premiers  critiques  dans  ces  appréciations;  mais  ce 
furent  surtout  leurs  opinions  individuelles  plus  ou 
moins  capricieuses,  leur  goût  personnel  [ed-dsaouqY 
qui  jouèrent  en  l'espèce  un  rôle  prépondérant.  Dé- 
terminer les  conditions  générales  de  l'admissibilité 
des  récits,  dégager  de  la  masse  des  approbations  et 
des  improbations  particulières,  la  théorie  classique 
du  jarh  et  du  tadîl  devait  être  l'œuvre  d'un  âge  lé- 
gèrement postérieur  et  plus  réfléchi  "^^  On  peut  pré- 
sumer que  cette  systématisation  s'accomplit  à  l'instar 
et  sous  l'influence  d'une  théorie  juridique  fort  voi- 
sine, celle  de  l'appréciation  du  témoignage  judi- 
ciaire. Les  étroits  rapports  des  deux  questions,  que 
de  nombreux  auteurs  ont  signalés,  furent  entrevus 
de  bonne  heure  ^  :  l'imam  El-Chafe^i ,  qui  parait  s'être 

*  Cf.  Moh,  Studien,  II,  i52. 

*  Comp.  LoTH,  Z,D,M.G,,  xxiii,  607,  608.' 

^  Cf.  Na.\v.  sur  MosL.  I,  83  et  infra  :  Tocfrih ,  vingt -troisième 
branche,  noies. 


LK   TAQRiH   DE   EN-NAWAWJ.  323 

occupé  du  jarli  et  du  tadîl,  signale  certaines  causes 
d'improbation  sans  y  distinguer  entre  les  témoins 
judiciaires  et  les  râwis^  Les  traditionnistes  mirent 
ici  à  contribution  pour  l'élaboration  de  leur  œuvre, 
Toeuvre  plus  avancée  des  jurisconsultes.  Dans  tous 
les  cas,  si  Ton  attribue  déjà  à  certains  personnages 
de  la  deuxième  génération  musulmane  des  apprécia- 
tions isolées  sur  la  valeur  des  râwis ,  on  ne  signale  pas 
d'œuvre  théorique  sur  le  jar/i  et  le  tadtl,  antérieure 
à  la  fin  du  n*  siècle.  Le  premier  qui  aurait  composé 
un  écrit  sur  la  matière  aurait  été  Yahya  b.  el-Qat- 
tân  (f  198)^.  —  La  Marifa  rijâl  el-hadits  a  donné 
naissance  à  une  abondante  littérature  de  traités  spé- 
ciaux qu  on  peut  considérer  comme  une  branche  de 
la  biographie  musulmane.  Elle  était  en  pleine  flo- 
raison à  répoque  où  furent  coUigés  les  grands  re- 
cueils de  traditions.  Delà  plupart  des  auteurs  cano- 
niques et  des  autres  maîtres  de  la  science  du  hadîts , 
on  rapporte  qu'ils  composèrent  des  «  livres  des  auto- 
rités faibles  » ,  des  «  livres  des  râwis  » ,  etc.  Le  Kitdb- 
ed-dho^afa  d'En-Nisaï  est  lune  des  plus  réputées  de 
ces  nombreuses  productions.  Moslim,  d autre  part, 


1  Cf.  Tadrib,  119,  1.  16. 

«  Cf. H.  Kh.,  II,  591.  Le  savant  Yahya  b.  Mo*în  (+  233)  est  éga- 
lement réputé  l'un  de  ceux  auxquels  la  science  du  jarh  et  du  ta'dil 
doit  le  plus  (Cf.  de  Goeje,  Beschr,  ein,  Hsch,  tAbou  ObaïdsGharib 
elhadits » ,  in  Z^D.M.G. ,  xviii,  783 ;  —  Tabaq.  ^  vi,  65)  ;  au  v*  siècle 
Ibn  Hîroun  (-i-498)  méritait  d'être  nommé  le  Yahya  b.  Mo*în  de 
son  époque,  à  cause  de  son  équité  à  manier  le  Jarh  et  le  Ta  dit 
(Tabaq,,  xv,  2).  —  Abou  Moshir  (•{-  218)  passe  aussi  pour  avoir 
fondé  celte  science  en  Syrie  (  Tabaq.,  vu,  62). 


324  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

nous  oiïre  dans  les  Moqaddimât  de  son  Çahili  de  fort 
intéressants  échantiUons  de  sa  compétence  dans  la 
connaissance  des  «  hommes  du  hadîts  ».  Il  avait  éga- 
lement composé  un  Kitâb  ed-dho^afa^.  Au  reste,  la  ré- 
daction des  grands  recueils  classiques  de  traditions 
donna  à  cet  ordre  d'études  une  impulsion  nouvelle, 
et  à  côté  des  traités  sur  la  «  marifa  rijâl  el-hadîts  » 
en  général ,  il  apparut  aux  âges  suiv^ints  des  ouvrages 
spécialement  consacrés  aux  autorités  des  deux  Ça- 
hîh,  des  gix livres  canoniques,  etc.  Enfin,  pour  être 
exact,  il  convient  d'ajouter  que  la  classification  no- 
minative des  ràwis  d  après  leur  valeur  ne  constitue 
pas  à  elle  seule  toute  la  «  marifa  er-rijâl  ».  On  rattache 
encore  à  cette  discipline  un  Certain  nombre  d'études 
où  les  rapporteurs  de  traditions  sont  considérés  au- 
trement qu'au  point  de  vue  exclusif  de  leur  valeur  : 
tantôt  on  les  classe  d'après  les  générations ,  les  pro- 
vinces auxquelles  ils  appartiennent;  tantôt  on  déter- 
mine leur  identité  qu'une  multiplicité  de  dénomina- 
tions eut  laissée  douteuse  ;  tantôt  enfin  Ton  s'applique 
à  fixer  les  dates  de  leur  naissance  et  de  leur  décès  ^. 
Cette  dernière  branche  delainaVi/ix  er-rijâl  doit  être 
rattachée  non  plus  à  la  critique  de  la  valeur  des  râwis , 
mais  à  celle  de  l'isnâd  lui-même  au  point  de  vue  de 

*  Cf.  Sur  la  littérature  de  la  Marifa  er-rijâl,  H.  Kh.  I,  287  et 
suiv.  La  ma'rifa  er-rijâl  donne  au  viii"  siècle  son  ouvrage  classique 
par  excellence  le  Mizân  el  itidâl    de  Dsahabi  (f  748). 

*  Sur  l'origine  et  le  développement  de  la  littérature  des  Tahaqàt 
(classes)  et  des  Tawârikh  (listes  chronologiques  de  traditionnistes ) 
cf.  LoTH ,  Z.D.M.G.,  \xiu ,  593-6 1 4 ,  et  Doj  Classenbuch  des Ibn  Sa'd, 
Leipzig,  1869. 


LE   TAQRiB   DE  EN-NAWAWI.  325 

la  liaison.  Un  exemple  montrera  quel  précieux  auxi- 
liaire elle  est  pour  cette  critique  :  dans  un  isnâd 
deux  ravvis  sont  cités  comme  rapportant  lun  de 
lautre;  le  rapprochement  des  dates  de  leur  nais- 
sance et  de  leur  morl  permettra  seul  de  vérifier  s'ils 
ont  pu  se  rencontrer,  transmettre  lun  de  Tautre,  et 
si ,  par  suite ,  Tenchaînement  des  autorités  ofiert  par 
Tisnâd  n'est  pas  une  simple  apparence  ^  Dans  cer- 
tains isnâds,  par  contre,  une  transmission  contraire 
à  Tordre  habituel  des  choses  pourrait  faire  croire  à 
première  vue  à  un  défaut  d'enchaînement  :  un  père 
par  exemple,  y  est  cité  comme  rapportant  d'après 
son  fils,  un  vieillard  comme  rapportant  d'après  un 
jeune  homme;  or  ces  anomalies  correspondent  pour 
un  certain  nombre  de  cas  à  l'exacte  réalité.  Il  est  in- 
téressant de  connaître  ces  cas  et  d'en  dresser  la  liste. 
Une  branche  de  la  rnarifa  er-rijâl  y  est  consacrée 
qu'il  faut  rattacher  à  la  critique  de  l'isnâd  au  point 
de  vue  de  sa  liaison"^.  —  Au  fond,  au  point  de  vue 
d'une  méthode  rigoureuse ,  la  mdrifa  er-rijâl  ne  sau- 
rait guère  être  considérée  comme  une  branche  des 
Oçoal  el-liadits.  La  théorie  du  jarh  et  du  tadil,  qui 
contient  quelques  prescriptions  générales,  peut  seule 
prétendre  à  cet  honneur.  Quant  à  la  marifa  er-rijâl, 
elle  relève  essentiellement ,  comme  nous  l'avons  dit 
plus  haut  de  la  biographie;  et  si  précieux  auxiliaire 
qu'elle  soit  de  la  critique  du  hadîts,  elle  n'en  fait 

'  a.  Moh.Studien,  II,  i44. 

^  Cf.  infra,  Tm/rib  (quarante  et  unième  et  quarante -quatrième 
branches). 


320  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

néanmoins  pas  proprement  partie.  Nawawi,  dans 
un  passage  de  son  commentaire  à  Moslim  semble 
avoir  entrevue  cette  nuance;  il  cite  la  connaissance 
des  hommes  du  hadîts,  comme  une  de  celles  indis- 
pensables aux  tradilionnistes,  sur  la  même  ligne  que 
le  droit,  les  Oçoal,  la  lexicographie,  etcJ. 

Il  semble  que  la  critique  des  «  hommes  du  ha- 
dîts »  était  déjà  à  Tordre  du  jour,  quon  ne  songeait 
pas  encore  à  soumettre  Tisnâd  en  lui-même  au  point 
de  vue  de  sa  liaison,  à  un  examen  rigoureux.  Cette 
deuxième  partie  de  la  criticjue  du  hadîts  ne  naquit 
qu'après  la  première.  La  deuxième  génération  mu- 
sulmane, s'il  faut  en  croire  le  propos  d'Ibn  Sirîn 
cité  plus  haut,  sentit  déjà  la  nécessité  de  contrôler 
la  valeur  des  râwis;  mais  par  contre,  au  témoignage 
des  auteurs  musulmans,  la  généralité  des  suivants 
et  même  des  suivants  de  suivants  admit  sans  hési- 
tation lautorité  des  hadîts  morsal^;  et  il  faut  entendre 
ici  ce  mot,  non  pas  dans  lacception  restreinte  qui 
a  triomphé  dans  la  terminologie  classique,  mais  dans 
le  sens  large  de  «  hadîts  offrant  dans  son  isnâd  quel- 
que interruption  ».  Moslim  rapporte,  il  est  vrai,  de 
'Abd  Allah  b.  el-Mobârak  un  propos  qui  marque  la 
répugnance  de  ce  pieux  personnage  à  accepter  ces 
hadîts  ^.  Mais  à  considérer  la  pratique  des  plus  grands 
contemporains  dlbn  el-Mobârak,  on  peut  croire  que, 
dans  fespace  compris  entre  les  années  i  20  et  180, 

'  Nawawi  sur  Moslim,  J,  p.  3i ,  l.  19  et  23. 

2  Cf.  Tadrib  67,  1.  7  et  suiv. 

3  Cf.  Nawawi  sur  Moslim,  J,  118,  1.  9. 


LK   TAQlliB   DE   EN-NAWAWI.  327 

de  tels  scrupules  restèrent  exceptionnels  :  Malik  ne 
se  fit  point  faute  d'emplir  son  Mowatta  de  hadîts 
inorsal^;  et  les  deux  Sofyân,  pour  couper  court  aux 
objections  possibles  des  émules  dlbn  el-Mobârak, 
n'hésitaient  pas  à  dissimuler  le  défaut  d'enchaînement 
des  isnâds  à  l'aide  de  la  fraude  connue  sous  le  nom 
de  tadlîs;  ils  conservaient  ainsi  à  des  hadits  morsal  la 
haute  valeur  qu'ils  leur  attribuaient  eux-mêmes^. 
El-Chafe^ï,  s'il  faut  en  croire  Ibn  'Abd  el-Barr,  fut  le 
premier  qui  se  prononça  catégoriquement  pour  le 
rejet  du  hadîts  morsaP.  Le  grand  imam,  en  qui  l'on 
s'accorde  à  leconnaître  le  fondateur  des  Oçoul  el- 
fiqh  *,  fut  aussi  sur  plus  d'un  point  le  fondateur  des 
Oçoal  el'hadîts  :  on  a  vu  plus  haut  qu'il  s'occupa  de 
la  question  du  jarh  et  du  tadil;  d'autre  part,  la  dé- 
termination des  règles  suivant  lesquelles  les  traditions 
contradictoires  se  concilient  ou  s'abrogent,  est  en 
grande  partie  son  œuvre;  enfin  en  rejetant  les  tra- 
ditions morsal,  il  traça  la  voie  que  suivit,  à  l'époque 
classique  des  sciences  du  hadîts,  la  critique  intrin- 
sèque de  l'isnâd.  Après  lui  l'enchaînement  rigoureux 
des  râwis  fut  une  condition  primordiale  de  la  valeur 
des  hadîts.  Toutefois,  on  peut  croire  que  le  prin- 
cipe posé  par  El-Chafe^ï,  heurta  très  fortement  la 
pratique  admise  par  ses  contemporains ,  en  constatant 


1  Cf.  MoA.  Stnd,,  il,  218. 

*  Cf.  Ibn  Khaldoun,  Moq,  2  63, 1.  4;  et  infra,  le  Taqrib,  dou- 
zième branche. 

•''  Cf.  Tadrib,  67,  loc.  cit. 

*  Cf.  Tahdsib  el-Asma  ,  p.  92. 


328  SKPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

que  lui-même,  dans  la  suite,  y  apporta  quelques  tem- 
péraments. Notamment  une  proscription  formelle 
des  traditions  morsal  devait  sembler  trop  rigoureuse 
lorsqu  elles  émanaient  d  autorités  respectées.  Sur  ce 
point  El-Ghafe'ï  fit  une  concession ,  et  reconnut  que, 
malgré  leur  défaut  de  liaison,  les  hadîts  mor^ai pro- 
venant du  savant  Sa'id  b.  el-Mosayyab  gardaient  de 
la  valeur.  Cette  exception  isolée  a  provoqué,  dans  la 
suite,  de  la  part  des  éxégètes  de  El-Chafe'ï  différentes 
explications  ^ 

Les  progrès  de  la  classification  des  traditions,  fen- 
richissement  du  vocabulaire  spécial  qu'elle  néces- 
sitait marchèrent  naturellement  de  pair  avec  le  dé- 
veloppement de  la  critique  du  hadîts.  Cependant, 
même  à  fépoque  classique  des  ^Oloum  el-hadîts,  c'est- 
à-dire  du  v'  au  vni'  siècle,  la  signification  précise  de 
certains  termes  fort  usités  resta  soumise  à  la  con- 
troverse. Généralement  d'accord  sur  la  valeur  de 
telle  ou  telle  variété  de  hadîts,  les  auteurs  conti- 
nuèrent à  discuter  sur  la  dénomination  qu'il  con- 
venait de  lui  appliquer.  A  l'époque  de  El-Chafe*ï,  de 
Vaveu  même  des  auteurs  musulmans,  la  technologie 
des  traditions  [Içtilâh  el-hadîts)  n'était  pas  encore 
fixée.  Cet  imam,  par  exemple,  ne  faisait  pas  trop  la 
distinction  du  hadîts  çahïli  et  du  hadits  hasan;  il 
confondait  le  monqati  et  le  maxjtou;  il  entendait  le 
terme  morsal  dans  un  sens  autre  que  celui  qui  a  fini 

'  Cf.  fVaraifdi,  i46  et  infra  :  le  Taqrib,  neuvième  branche. 


LE  TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  329 

par  triompher  chez  les  technologistes  classiques  ^  Il 
avait  souci  non  pas  de  foncier  une  exacte  termino- 
logie des  traditions,  mais  de  discerner  parmi  elles, 
celles  qui  pouvaient  fournir  de  bons  arguments  ju- 
ridiques. Lorsque  plus  tard  Vlçtilâh  el-hadîts  eut  été 
constitué  en  discipline  spéciale,  et  qu'il  fut  devenu 
entre  les  mains  de  spécialistes  une  branche  impor- 
tante de  la  «Science  des  traditions  »,  ce  furent  les 
jurisconsultes  qui  héritèrent  de  la  terminologie  simple 
et  imprécise  du  grand  jurisconsulte ,  père  de  la  cri- 
tique du  hadîts.  En  effet  sur  la  valeur  de  telle  ou 
telle  dénomination,  des  divergences  notables  sé- 
parent assez  souvent  les  foqaha  et  les  oçoulioun ,  des 
mohadditsoan.  On  en  pourra  trouver  dans  ce  qui  suit 
plus  dun  exemple.  A  fépoque  de  la  rédaction  des 
grands  recueils  canoniques,  si  la  critique  des  tra- 
ditions est  constituée  dans  ses  traits  essentiels,  il 
s'en  faut  encore,  semble-t-il,  quelle  ait  atteint  la  sub- 
tilité de  distinctions,  la  richesse  de  terminologie 
que  nous  feront  connaître  les  traités  classiques  à'Oçoid 
el-kadits.  Cependant  Moslim,  dans  les  Moqaddimât 
de  son  Çaliih  fait  montre  d'un  vocabulaire  technique 
assez  étendu;  il  indique  même  explicitement  le  sens 
qu'il  donne  à  monhar,  et  laisse  entendre  celui  qu'il 
donne  à  morsal'^.  Les  appréciations  dont  Termidsi 

»  Cf.  Tadrib,  p.  65 ,  1.  23  t;t  . .  .i)l  çl:ÛUJi\  i ^^LJJS  <^LûJl  Jiju.»-! 
^  CF.  Nawawi  sur  Moslim,  J  ,  77  et  170,  171. 


330  SEPTEMBHE-OCTOBRE  1900. 

fait  suivre  chaque  hadîts  qu  il  rapporte,  contiennent 
le  germe  dune  véritable  classification  des  variétés 
de  traditions,  rudimentaire  il  est  vrai;  de  plus  il 
oiFre  cet  avantage  de  donner  à  la  fin  de  son  Jâmi* 
la  clé  de  sa  terminologie  ^  C'est  à  lui,  suivant  Nawawi, 
qu'il  faut  attribuer  le  mérite  d  avoir  fait  connaître 
«  le  hadîts  hasan  »  et  d'avoir  donné  de  ce  terme  une 
définition  au  moins  partielle^.  Le  vocabulaire  tech- 
nique d'Abou  Dawoud  également  est  assez  abondant, 
et  il  paraîtrait  qu'il  aurait  fourni  l'explication  des 
principaux  termes  par  lui  employés  dans  la  Risâla 
dont  il  accompagna  l'envoi  de  son  livre  aux  savants 
de  Médine;  cette  explication  nous  a  été  conservée 
et  on  la  trouvera  plus  loin^.  Mais  c'est,  semble- t-il, 
à  la  génération  de  critiques  et  de  commentateurs 
qui  prirent  pour  objet  d'étude  les  hadîts  des  grands 
recueils  canoniques,  que  la  classification,  la  termi- 
nologie des  traditions  doivent  leurs  plus  grands 
progrès.  Un  commentateur  d'Abou  Dawoud,  El- 
Khattâbî  (f  388)  aurait  posé  le  premier  la  distinction 
des  trois  classes  fondamentales  du  hadîts  :  Çahîh, 
hasan,  dhdip.  Un  critique  des  deux  ÇaMJjL,  Ed-Da- 
raqotni  (f  385)  précise  les  caractères  du  défaut  d'en- 
chaînement dans  risnàd  connu  sous  le  nom  de  laliffy 
et  donne  le  premier  au  hadîts  qui  en  est  atteint  le 
nom  de  mo^allaq^.  Mais  dans  cette  génération  qui 

*  Cf.  ÏERMIDSI,!!,  3/io. 

-  Cf.  infra,  le  Taqrib,  deuxième  branche. 
3  Cf.  infra,  ibid. 

*  Cf.  Nawawi  sur  Moslim,  i»  39,  l.  3i  et  suiv. 

*  Cf.  l'A/rf.,  24,1.  16. 


LE   TAQRTB   DE   EN-NAWAWI.  331 

prit  pour  objet  de  son  étude  la  masse  des  hadîts  con- 
tenus aux  grands  recueils  canoniques ,  le  plus  grand 
nom  est  celui  du  hâfith  Mohammed  b.  'Abd  AHah 
el-Hâkim  en-Nisâbouri,  surnommé  Ibn  el-Bayy^ 
(f  [\ob).  11  s'appliqua  à  mettre  en  lumière  le  chart  es- 
Çahihaùiy  c'est-à-dire  les  conditions  auxquelles,  sans 
les  formuler  expressément ,  Bokhari  et  Moslim  avaient 
subordonné  la  validité  des  hadîts  ^  Dans  ses  prin- 
cipaux ouvrages,  le  Modkhil  ila  ellklil,  le  Modkhil 
ila  es-ÇaJiih,  le  Mostadrak  ^ala  es-Çahihaïn,  il  fournît 
une  étude  du  hadîts  fa/u7i  dont  quelques  points 
furent  contestés  dans  la  suite,  mais  qui  ne  fut  dé- 
passée ni  en  subtilité,  ni  en  précision.  11  aborda  éga- 
lement nombre  d'autres  questions  relatives  à  la 
critique,  à  la  classification,  à  la  terminologie  des 
traditions ,  et  y  affirma  sa  compétence. 

Avec  El-IIâkim,  les  Oçoul  el-liadiis,  sont  parvenues 
à  un  point  de  développement  où  elles  peuvent  se 
constituer  en  connaissance  autocéphale.  Elles  ont 
leur  objet  nettement  délimité,  leurs  règles,  leur  ter- 
minologie. Abstraction  faite  des  traités  spéciaux  sur 
les  hommes  du  liadils  par  exemple,  et  le  Jar^  îi;a  ^<- 
tadil,  les  écrits  d'El-Hâkim  passent  généralement 
pour  avoir  inauguré  la  longue  série  des  ouvrages 
consacrés  aux  sciences  du  hadits^.  On  ne  cite  guère 


*  Cf.  infra,  le  Taqribj  première  branche  (Remarque  iv,  notes). 
La  classification  des  diverses  sous-variétés  du  hadîts  Çahih  d'après 
El-Hâlim  est  exposée  tout  au  long  par  Nawawi  dans  son  commen- 
taire à  Moslim,!,  4o,  4i,  42. 

2  Cf.  Ibn  Khaldoun,  Proh'g,  (traduction),  11,  468. 


332  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

avant  eux  qu  un  trailé  du  cadi  El-Hasan*b.  ^Abd  er- 
Rahmân  er-Ranihormozi  (+  3 60)  intitulé  :  El-mo- 
haddits  el  fâçil  baîn  er-râwiwal-wai,  et  sur  lequel  on 
n'a  pas,  que  je  sache,  de  renseignements  très  précisa 
Il  semble  même  que  ce  soit  à  EI-Hâkim  qu'il  faille 
rapporter  l'ordonnance  traditionnelle  des  ouvrages 
classiques  d'Oçoulel  liadits;  il  distinguait  dans  la  ma- 
tière cinquante-cinq  naoïi  (branches) 2.  Le  nombre 
s'en  est  accru,  mais  la  division  en  naovi  ,  de  la  science 
du  hadîts,  est  demeurée  le  plan  invariable  des  prin- 
cipaux traités.  Nous  en  reparlerons  plus  loin.  Nous 
n'avons  nullement  l'intention  de  donner  ici  une  biblio- 
graphie plus  ou  moins  complète  des  innombrables 
ouvrages  consacrés  aux  ^Oloum  el-hadits,  d'autant 
plus  que,  sur  ce  point,  le  beau  répertoire  dressé  par 
M.  Ahlwardt  dans  son  Catalogue  des  manuscrits  arabes 
de  Berlin  (II ,  1  -/i  2  )  ne  pourra  guère ,  semble-t-il ,  être 
dépassé.  Ce  remarquable  travail  suffit  amplement  à 
édifier  sur  l'abondance  de  cette  littérature  technique. 
Nous  nous  contenterons  ici  de  mentionner  dans  cette 
longue  série ,  quelques  ouvrages  particulièrement  im- 
portants au  point  de  vue  de  la  traduction  que  nous 
avons  entreprise. 

Après  EI-Hâkim ,  le  premier  grand  nom  qu'on  ren- 
contre dans  la  littérature  des  sciences  du  hadits  est 
celui  d'Abou  Bakr  Ahmed  b.  *Ali  b.  Tsabit  el-Khatîb 
el-Baghdadi  (f  463),  l'auteur  du  Tarikh  Baghdâd. 

^  Cf.  Ibn  Hajar.  Nokhba  el-Jikr,  page  1;  Qastal  sur  Bokuari, 
I ,  p.  7. 
'  Cf.  H.  Kh.,  IV,  2/19. 


LE   TAQRÎB   DE   EN-NAWAWI.  333 

Il  fut  le  liâfith  de  TOrient  h  j^on  époque,  comme  ibn 
'Abd  el-Barr  el-Qortobi,  mort  à  la  même  date,  fut 
lehâfith  de  fOccident*.  11  ny  a  guère  de  point  dans 
la  science  du  hadîts,  suivant  le  chaïkh-el  islam  Ibn 
Hajar  auquel  El-Khatîb  n'ait  consacré  un  traité  spé- 
cial 2.  De  fait  la  longue  liste  de  ses  ouvrages  men- 
tionnés au  dictionnaire  bibliographique  d'Hajji  Khalfa 
témoigne  de  son  activité  et  de  sa  fécondité  d'écrivain. 
Ses  ouvrages  les  plus  célèbres  sur  les  «  Sciences 
du  hadîts  »  sont  :  son  traité  d'ensemble  El-Kifâya  fi 
marifa  oçoal  er-Hwâya^,  est  ses  deux  traités  spéciaux 
Taqyid  etilm,  et  El-Kitâb  el-Jâmi  li  adâb  el-chaîkh 
wa  es-sânii.  Abou  Bakr  b.  en-Noqta  {+  629)  ca- 
ractérise en  ers  termes  la  valeur  de  l'œuvre  d'El- 
Khatîb  :«  Tous  les  gens  justes  reconnaîtront  que  les 
traditionnistes  postérieurs  durent  mettre  à  contri- 
bution les  écrits  de  cet  auteur*.  »  —  Au  vi*  siècle, 
on  ne  trouve  guère  à  mentionner  comme  ou- 
vrages généraux  sur  les  Oçoal  el-hadits  que  Yllnia 
fi  (Ihabt  er-riwâya  wa  taqyid  es-sama  du  cadi  ^lyâdh  b. 
Mouça  (f  54/i)  et  le  livre  d'Abou  Hafs  *Omar  el- 
Miândji  (f  vers  5 80)  intitulé  Ma  là  ia^a  el-mohad- 
dlts  jahlonhou^.   En  revanche,  dans  la  catégorie  des 

•  luN  Khall.  1,  38,  1. 12. 

^  Nokhba,  loc.  cit. 

^  Cf.  la  description  de  cet  important  ouvrage  a^.  Ahlwardt  ,  JJ , 
n**  io34. 

*  Cf.  Tadrib,  9.  1.  17  :  jLê  9ô<x^  ^j^o^jsJI  yl  Ltt  uuail  ^J^  Jl5 
*--xJ  Jlc  ;  sur  l'expression  Juc  JL^  comp.  fabcui. ,  v,  8  et  12. 

*•  Cf.  Qastal  ,  loc.  cit.,  et  une  description  de  l'Umâ*  ap,  Ahlwardt  , 
IJ,n"  io36. 

\vi.  22 


334  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

traités  spéciaux  à  tel  oit  tel  point,  il  faut  signaler, 
entre  plusieurs  autres,  trois  productions  fort  impor- 
tantes :  les  ouvrages  d'Aboul  Fadhl  Mohammed  b. 
Tâhir  el-Moqaddaci{f  Soy)  et  d'Abou  Bakr  ^Otsman 
el-Hâzimi  (+  584)  sur  les  Chorout  (règles  de  cri- 
tique) des  auteurs  des  grands  recueils  canoniques, 
et  celui  d'Aboul  Faradj  *Abd  er-Rahman  ibn  el- 
Jaouzi  (+  597)  sur  les  traditions  fabriquées  de  toutes 
pièces,  qui  a  pour  titre  :  El-max>udhouat  el-kobra. 
—  Le  vu*  siècle  vit  apparaître  Touvrage  le  plus  im- 
portant de  cette  copieuse  littérature,  le  traité  d'Oçoul 
el'hadits,  classique  entre  tous.  Il  a  pour  auteur  le  hâ- 
fith  Taqi  ed-dîn  Abou  ^Amr  ^Otsman  ibn  es-Çalâh  el- 
Chahrzori  (+  643)  et  est  connu  sous  des  dénomi- 
nations diverses  :  «  ^Oloam  »  ou  «  Oçoal  »  ou  même 
«  Fonoun  el  hadîts  »,  La  générosité  de  princes  éclairés 
venait  de  fonder  pour  renseignement  de  la  science 
des  traditions,  constituée  en  discipline  indépendante, 
des  écoles  spéciales  :  la  Madrasa  Kamilyya  au  Caire 
(622),  la  Madrasa  Nouryya  à  Damas  (Sôg)  et  plus 
tard  da  ns  la  même  ville  la  Madrasa  Achrafyya  (  6  2  6  )  ^ 
Ibn  es-Çalâli  eut  Thonneur  d'inaugurer  l'enseignement 
dans  cette  dernière  école;  et  c'est  à  l'usage  des  plba 
de  Y  Achrafyya  qu'il  composa  ses  ^Oloum  eUhadits. 
«  Il  rangea  en  ordre  les  matières  qu'il  voulait  traiter, 
dit  Ibn  Flajar,  et  dicta  l'ouvrage  morceau  par  mor- 
ceau. Ayant  soigneusement  étudié  les  monographies 


•  Cf.  WCsTENFELD,  Dic  Academicn  der  Araber,  p.  69  ci  suîv.,85 
l't  Slliv.;  (iOLDZIHKR,  Moh,  SUidifti ,  11,  187. 


LE  TAORIb   de  EN-NAWAWI.  335 

d'El-Kliatîb  el-Baghdadi ,  il  rassembla  leurs  dispo- 
sitions fragmentaires,  y  ajouta  des  choses  fort  utiles 
extraites  de  divers  ouvrages,  et  du  tout,  composa 
un  livre  où  Ton  trouve  réuni  ce  qui  est  séparé  chez 
les  autres  ^  »  Le  nombre  imposant  des  commentaires, 
abrégés ,  remaniements  en  vers  et  en  prose  auxquels 
louvrage  d'ibn  es-Çalâh  a  fovimi  matière  dans  la 
suite  atteste  la  vogue  considérable  dont  il  a  joui. 
On  trouvera  les  litres  des  principaux  d  entre  eux  dans 
llajji  Khalfa  iv,  p.  129,  dans  le  Verzeichniss  der 
arabischen  Handschriften  der  Kôn.  Biblioth.  za  Berlin , 
u ,  p.  6-1  2  , 1 6-1 8,  et  dans  une  note  de  M.  Goldziher, 
Moham.  Studien,  11,  187,  note  5.  De  cette  nom- 
breuse postérité,  nous  ne  citerons  ici  que  le  Taqrîb 
wa  et-taîsîr  deNawawi,  dont  la  traduction  est  Tobjet 
même  du  présent  travail,  la  Khildça  d'El-Hoçaïn  et- 
Tayyibi  (f  y/iS),  largement  utilisée  par  les  auteurs 
du  Dict.  of  Technichal  Terms,  et  YAlJyya,  poème 
didactique  de  Zaïn  ed-din  el-'Iraqi,  qui,  de  laveu 
même  de  lauteur,  n est  qu'un  remaniement  abrégé 
de  Tœuvre  d*Ibn  es-Calâh^.  L'ordonnance  des^Oloum 
el-hadits,  soigneusement  reproduite  par  les  prin- 
cipaux abréviateurs ,  est  à  la  fois  fort  simple  et  fort 
pou  satisfaisante.  Il  ny  faut  chercher  ni  un  plan 
d'ensemble  vraiment  digne  de  ce  nom,  ni  même 
une  marche  un  peu  méthodique  du  connu  à  Tin- 
connu.  L'ouvrage  est  divisé  en  soixante-cinq  naou 
(branches)  dont  chacun  est  consacré  à  l'étude  de  quel- 

'  Cf.  Nokhba,  p.  2. 

*  Cf.  Ahlwardt,  II,  n"  1071. 


330  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

que  point  spécial  des  ^Oloum  el  liadits  ^  La  réparlilion 
des  matières  entre  les  différents  naou  est  déterminée 
par  un  choix  de  pur  caprice  et  entièrement  dépourvue 
de  méthode.  C  est  ainsi  que  chacune  des  nombreuses 
variétés  et  sous-variétés  de  traditions  a  l'honneur 
d^ctre  étudiée  dans  un  naou  distinct,  aussi  bien  el 
sm-  la  même  ligne  que  l'ensemble  des  règles  du  jarli 
et  du  tadilf  les  modes  réguliers  de  transmission  du 
hadîts  etc. 

Comme  nous  lavons  dit  plus  haut,  c'est,  semble- 
t-il ,  à  El-Hâkim  qu'il  faut  faire  remonter  la  respon- 
sabilité de  cette  disposition  fragmentaire  et  défectueuse, 
des  traités  classiques  d'Oçoul  el-hadits.  L'éparpil- 
lement  des  diverses  questions  dans  les  monographies 
d'El-Khatîb  el-Baghdadi  n*y  est  pas  étranger  non  plus  : 
Ibn  es-Çalâh,  a-t-on  dit,  en  réunit  les  dispositions 
éparses,  dans  un  ouvrage  unique;  mais  en  réunis- 
sant il  juxtaposa  et  ne  fondit  pas.  Il  est  curieux  de 
connaître  la  valeur  de  cette  division  traditionnelle 
des  Oçoal  el-hadits,  dans  l'esprit  de  certains  auteurs  : 
«  La  science  du  hadîts,  a  dit  Abou  Bakr  el-Hâzimi, 
comprend  un  grand  nombre  de  nax)a  (branches)  et 
chaque  naoa  constitue  une  science  indépendante  Çûm 
mostaqill)  quune  vie  humaine  ne  suffirait  point  à 
approfondir  *'^.  »  Cette  étrange  conception  est  au  reste 
parfaitement  conforme  à  l'esprit  discursif  de  ce  qu  on 
est  convenu  d'appeler  «  les  sciences  musulmanes  ». 

1  Cf.  H.  Kii.JV,  p.  3^. 

*  Cf.  railrib^p.  g,  1.  3o,  3i:^*  ïy^  ^\^\  J^  Jl*Ai  <âs^>^|^ 


LE   TAQRÎB  DE   EN-NAWAWL  337 

On  la  retrouve  dans  d'autres  ordres  de  connaissance , 
le  droit  par  exemple.  Lejiqh  se  réduit  sur  la  plupart 
des  points ,  à  une  série  de  prescriptions  particulières , 
isolées,  que  ne  relie  aucune  idée  d'ensemble;  et  il 
n'est  pas  rare  que  les  professionnels  tirent  vanité 
de  cet  émiettement  de  leur  science.  Dans  l'Afrique 
du  Nord,  c'est  un  dicton  courant  parmi  les  Foqaha, 
et  personnellement  nous  l'avons  souvent  entendu 
répéter,  que  ce  qui  fait  la  difliculté,  mais  aussi  le 
prix  du  Jiqh  c'est  que  chaque  question  s'y  trouve  in- 
dépendante de  toutes  les  autres.  Ajoutons,  qu'en  op- 
position avec  le  singulier  propos  d'Abou  Bakr  el- 
Hâzimi ,  on  est  heureux  de  rencontrer  sous  la  plume 
d'Ibn  Hajar  cette  appréciation  critique  de  l'œuvre 
(l'Ibn  es-Çalâh:  «  L'auteur  des  ^Oloum  el-hadîts  n'a  point 
donné  à  son  œuvre  une  ordonnance  appropriée  au 
sujet  :  il  aurait  dû  traiter  à  part  ce  qui  est  relatif  au 
texte  [matn]  des  traditions,  à  part  aussi  ce  qui  est 
relatif  à  l'isnâd,  puis  ce  qui  concerne  à  la  fois  le  texte 
cl  l'isnâd,  ce  qui  est  particulier  aux  modes  de  trans- 
mission du  hadîts ,  et  également  ce  qui  est  particulier 
aux  qualités  des  râwis»;  et  Ibn  Hajar  cherche  à 
excuser  en  ces  termes  le  défaut  de  méthode  d'Ibn  es- 
Çalâh  :  «  Rassemblant  en  un  format  maniable  les  ques- 
tions traitées  séparément  dans  divers  ouvrages  fort 
étendus  sut*  cette  belle  science ,  il  a  pensé  que  la  grosse 
affaire  était  de  mettre  rapidement  son  traité  àla  dispo- 
sition de  ceux  qui  voulaient  étudier  la  matière,  bien 
plutôt  que  de  tarder  jusqu'au  moment  où,  par  une 
étude  minutieuse  et  complète ,  il  aurait  donné  au  sujet 


338  SEPTKMBRE-OCTOBRK    1900. 

une  ordonnance  parfaitement  adéquate  ^  »  L'impor- 
tance attribuée  aux  sciences  du  hadîts  dans  rensei- 
gnement des  académies  musulmanes  se  manifeste 
clairement  à  la  fin  du  vu''  siècle  par  lapparition  d*un 
mémento  scolaire,  destiné  a  être  appris  par  cœur  et  à 
fixer  dans  la  tête  des  étudiants  la  terminologie  des  tra- 
ditions. A  cette  époque  pour  la  première  fois ,  semble- 
t-il,  les  ^Oloum  el-hadîts  connurent  la  gloire  de  pos- 
séder un  guide-âne.  C'est  un  petit  poème  de  sujet 
amoureux ,  désigné  d'ordinaire  par  ses  deux  premiers 
mots,  gharâmi  Çaliihf  et  qui  a  pour  auteur  Ahmed  b. 
Farah  el-Ichbili  (f  699).  Dépourvu  de  toute  pré- 
tention doctrinale,  il  offre  le  simple  avantage  de 
contenir  en  20  vers  les  principaux  termes  du  Moç- 
talah  el-hadîts.  Il  jouit  aujourd'hui  encore  en  pays 
musulman  d'une  vogue  considérable ,  et  a  été  souvent 
commenté.  Le  plus  célèbre  de  ses  commentaires  est 
celui  de  'Izz  ed-dîn  Abou  ^Abd  Allah  Mohammed  ibn 
Jemâ^a  (+  816);  il  a  été  publié,  traduit  et  annoté 
par  M.  Risch.  Dans  les  productions  postérieures  nous 
nous  contenterons  de  citer  pour  mémoire  le  Kitâb 
el-lqtirâhji  baydn  el-lçtilâh  d'Aboul  Fath  Mohammed 
b.  Daqîq  ePld  (+  702)  et  la  Tadskira  el-Olamn  fi 

1  Cf.  Tadrtb,  p.  9,  1.  2  3  et  suiv.  >6Î  ^>t»aJî  ^^1  yt  3JI  ^  ^^î  JlS 
Léy  »o^3  ^jsX^  ^5Jju^  U  ^5js»  {jh  ^r^^J  ^>J1  Jlc  ju^yS  Jumb» 

k;A.x^  ^J^  ^^^jUt  I«)u6  u9iiyL%«  ^  j(3^ ^  9ùs^y  «X«JLf  J^Iax^ 

ju-jy  ^J..>^  iUUII  J^»U«JI  JUo^-^j,!  Jl  JJi  ;-ï^l3;  Comp.H.Kh.. 

261,    203. 


LE   TAQRJB   l)K   EN-NAWAVVl.  339 

oçoiil  el-haditsde  Mohammed  Ibn  el-Jazari  ^  (  +  833); 
et  nous  parlerons  plus  longuement  du  traité  dlbn 
Hajar  intitulé  Nokhba  el-fikr.  Le  chaïkh-el-i»lam , 
Cadi  des  Cadis  du  Caire,  Chibâb  ed-dîn  Aboul  Fadhl 
Ahmed  ibn  Ilajar  el-^Asqalani  (+852),  un  des  plus 
grands  savants mIu  ix®  siècle,  fit  de  la  connaissance 
des  traditions  riwâyatan  et  dirâyatan  Tobjet  dune 
étude  spéciale.  Il  est  lauteur  du  commentaire  de 
Bokhari  le  plus  complet  qui  soit  connu.  Dans  la  rna- 
rifa  rijâl  el-liadiiSf  il  affirma  sa  compétence  par  la 
composition  dun  Tahdsiby  recueil  de  biographies, 
et  surtout  de  sa  célèbre  if  ata^asmd  es-(^ahâba.  Enfin, 
indépendamment  de  nombreux  traités  sur  des  points 
spéciaux,  les  Oçoal  el-hadits  lui  sont  redevables  de 
deux  ouvrages  d*ensemble  :  En-Nokât  ^ala  Ibn  es- 
Çalâli,  remaniement  des  ^Oloum  el-hadits  d*Ibn  es- 
Çalâh  avec  son  supplément,  EUIfçâh  bitakmil  en 
Nokât  ^ ,  et  im  traité  original ,  la  Nokhba  eljikr.  Parmi 
ses  nombreux  ouvrages,  la  Nokhba ,  suivant  Es-Sa- 
khawi,  était  un  des  seuls  auxquels  Ibn  Hajar  recon- 
nût quelque  mérite^;  il  y  composa  lui-même  un 
commentaire,  IsiNozha  en-nathr,  en  se  justifiant  par 
le  propos  habituel  aux  auteurs  musulmans  qui  glosent 
leurs  propres  œuvres ,  à  savoir  «  que  le  maître  d  une 


^  Voir  la  description  de  ces  deux  ouvrages  ap,  Ahl\vardt,I1, 
n°*  io63et  io85. 

2  Cf.  H.  Kh.,  IV,  2  5o,  et  Ahlwardt,  Jl,  1037. 

^  Extrait  du  Dhaou  el-lâmV  fi  Ayân  el-qarn  et'tâsi  ,  de  Chams 
ed-dîn  Mohammed  es-Sakhawi  (+  902)»  cité  dans  une  notice  bio- 
grapbicfue  sur  Tbn  Ilajar  en  tête  du  tome  I  du  Fath  el-Bàrî, 


340  SKPTKMBRE-OCTOBRE    1900.     . 

maison  est  le  mieux  instruit  de  ce  qui  s'y  trouve^  ». 
La  Nokhba  a  été  dans  la  suite  l'objet  d  autres  com- 
mentaires et  surcommentaires  en  grand  nombre^. 
Le  plan  adopté  par  Ibn  Hajar  est  beaucoup  plus 
méthodique  que  celui  d'Ibn  es-Çalâh  et  de  ses  abrë- 
viateurs.  La  distribution  des  matières  dans  son  ou- 
vrage découle  dune  division  large  et  vraiment  sa- 
tisfaisante des  hadîts  en  acceptables  (maqboul)  et 
inacceptables  (mardoud);  il  énumère  les  différentes 
causes  qui  rendent  les  traditions  inacceptables  et  par 
ce  moyen  passe  en  revue  les  principales  sous-variétés 
de  hadîts.  Il  étudie  ensuite  quelques  distinctions  dans 
le  texte  et  dans  Tisnâd  qui,  universellement  admises, 
n'ont  point  cependant  sur  la  valeur  des  traditions 
une  influence  décisive,  et  termine  en  traitant  dans 
un  appendice  quelques  points  relatifs  à  la  marifa 
er-rijâl  et  aux  règles  de  validité  du  jarh  et  du  tadil. 
La  Nokhba  et  son  commentaire  ont  été  largement 
utilisés  pour  l'annotation  du  présent  travail.  La  com- 
position de  traités  d'Oçoal  et  de  Moçtalah  el-hadits  ne 
s'est  pas  ralentie  dans  les  temps  modernes;  la  seule 
production  que  nous  y  citerons ,  non  pas  tant  à  cause 
de  sa  valeur  qui  est  médiocre,  que  de  la  célébrité 
qu'elle  a  obtenue ,  est  la  Baîqounyya.  C'est  un  petit 
traité  fort  élémentaire,  en  34  vers  du  mètre  radjaz, 
attribué  à  un  certain  Tah  b.  Mohammed  el-Baiqonni 
(florissait  vers  io6o).  Uniquement  consacré  à  la 

»   Cf.  Nokhba,  m.  1.  4.  5  M  U  <^;^1  O^l  *-o.U»  y^ 
*  Cf.  sur  les  commentaires,  les  remaniements  en  vers  et  en  prose 
de  la  Nokhba,  Ahlwardt,  II»  n*"  1088-111 5. 


LE   TAQRIb   de   EN-NAWAWJ.  341 

technologie  du  hadits,  il  énumère  et  explique  som- 
mairement trente-cinq  termes  environ.  La  Baîqounyya 
accompagnée  de  ses  commentaires  est  aujourd'hui 
le  texte  classique  de  «  Sciences  da  Jiadîts  »  à  la  mosquée 
el-Azhar^  et  dans  les  Médersas  algériennes. 

Le  titre  complet  du  traité  d'Oçoul  el-hadîts  dont 
nous  donnons  aujourd'hui  la  traduction  est  Et-taxi- 
rib  wa  et-taïsîr  limarifa  sonan  elbachir  en-nadsîr.  Il 
est  dû  au  fameux  docteur  chafé^ïte  Mohi  ed-din  Abou 
Zakaria  Vahya  b.  Charaf  ed-dîn  en-Nawawi  (+  676).* 
Suivant  la  propre  déclaration  de  Fauteur,  le  Taqrib 
n'est  que  l'abrégé  d'un  autre  de  ses  ouvrages,  YIrchâd 
el-hadits,  abrégé  lui-même  des  ^Oloam  el-hadits  d'Ibn 
es-Çalàh.  Nous  renvoyons  pour  tout  renseignement 
biographique  sur  Nawawi,  à  la  notice  que  Wùsten- 
feld  a  consacrée  à  sa  vie  et  à  ses  œuvres  2.  Qu'il  nous 
suffise  de  rappeler  ici  qu'il  était  passé  maître  dans 
la  connaissance  des  sciences  du  hadîts,  qu'il  nous  a 
laissé  le  meilleur  commentaire  du  ÇaJiili  de  Moslim, 
et  qu'il  occupa  une  chaire,  tout  comme  Ibn  es- 
Çalâh,  à  la  Madrasa  achrajyya.  Le  Taxjrib  a  été  com- 
menté par  divers  auteurs,  par  Zaïn  ed-dîn  el-^Iraqi 
(+  806),  par  Borhan  ed-dîn  Ibrahim  el-Qabaqibi 
(+  85o),  par  Ghams  ed-dîn  Mohammed  es-Sakhawi 
(f  902)^.  Enfin  le  célèbre  Jalâl  ed-dîn  es-Soyouti 

*  Nous  devons  ce  renseignement  à  Tobligeance  de  Si  el-Hajj  Mo- 
liammcd  ben  Yamina ,  professeur  de  littérature  arabe  à  la  Médersa 
de  Tlemcen ,  qui  est  un  ancien  élève  de  la  mosquée  El-Azhar. 

*  Ueber  dus  Leben  und  die  Schriften  des  Scheich  Abou  Zakarija 
Yahja  en-Nawawi,  Gôttingcn,  1849. 

^  Cf.  Ahlwardt,  1[,  n"*  io42-io43. 


342  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

(f  91  i)  lui  a  consacré  deux  ouvrages,  un  supplé- 
ment at'TadsnîbJi  ez-zawâîd  ^ala  et'Taqrib,  et  un  com- 
mentaire, Tadrîb  er-râwiji  charh  Taqrîb  en-Nawawi. 
La  compétence  personnelle  de  Soyouti  en  matière 
d'Oçonl  el-hadîts  s  est  affirmée  par  la  composition  de 
divers  traités  spéciaux  et  dun  ouvrage  d'ensemble 
versifié ,  El-Aljyya.  Le  Tadrîb ,  suivant  la  propre  dé- 
claration de  Soyouti,  a  l'ambition  d'être  un  com- 
mentaire non  seulement  au  Taqrib  de  Nawawi,  mais 
à  Touvrage  d'Ibn  es-Çalâli ,  et  aux  principaux  des 
autres  traités  classiques ^  In  fine,  il  contient  Ténu- 
mération  de  vingt-huit  naoa,  en  supplément  aux 
soixante-cinq,  que  Nawawi,  comme  son  modèle  Ibn 
es-Çalâh ,  s'est  borné  à  étudier. 

Le  Tadrîb  a  été  imprimé  au  Caire  en  iSoy  de 
l'hégire  (1890).  C'est  sur  le  texte  du  To^rît  contenu 
dans  cette  édition,  que  la  présente  traduction  a  été 
entreprise. 

Sprenger,  qui  utilisa  le  Taqrîb  pour  son  travail 
U^ber  dos  Traditionswesen  bei  den  Arabern,  avait  formé 
le  projet  d'en  donner  une  traduction ,  annotée  à  l'aide 
des  ^Oloum  el-hadîts  d'Ibn  es-Çalâh ,  de  VAlJyya  d'El- 
^Iraqi,  et  d'autres  ouvrages.  En  i856  cette  traduc- 
tion était  fort  avancée  et  le  maître  exprimait  l'inten- 
tion de  la  faire  paraître  à  bref  délai  ^.  Mais  par  la 
suite,  il  ne  donna  pas,  que  nous  sachions,  d'exécu- 
tion à  ce  projet  et  à  plusieurs  reprises  dans  ses  écrits 

>  Cf.  Tndrib  3,  J.  18  et  19. 

*  Cf.  Z.D,M.G,,  X,  i856,p.  17,  et  Journal of  the  Asintic Society 
of  Benyal ,  i856,  p.  54. 


LK   TAQRIB   DK   E N - N AW AW 1.  343 

postérieurs,  il  semble  faire  allusion  à  un  abandon 
définitif  de  ce  travail,  pour  lequel  son  entourage 
musulman  manifesta  un  médiocre  enthousiasme  ^ 
Il  ne  m'a  pas  échappé  que,  dans  l'intérêt  du  pré- 
sent travail,  une  comparaison  minutieuse  du  modèle 
les  ^Oloiim  el'hadits  d'Ibn  es-Çalâh,  avec  1  abrégé  le 
Tacjnb,  s'imposait  en  première  ligne.  Il  existe  de^ 
manuscrits  du  premier  ouvrage  à  Londres,  à  Saint- 
Pétersbourg,  au  Caire  et  h  Tunis  2.  Eloigné  des  bi- 
bliothèques d'Europe,  j'avais  cru  pouvoir  obtenir 
communication  du  manuscrit  de  Tunis,  dont  aucune 
mer  ne  me  sépare.  La  chose  n  a  malheureusement 
pas  été  possible.  Un  haut  fonctionnaire  de  l'ensei- 
gnement français  en  Tunisie  auquel  j'avais  eu  recours 
è  ce  sujet  par  le  bienveillant  intermédiaire  de  M.  le 
Recleur  de  l'Académie  d'Alger  m'a  fait  répondre  que 
cette  faveur  était  incompatible  avec  tes  règlements 
des  bibliothèques  tunisiennes.  Il  ajoutait  qu'au  resle 
«  l'ouvrage  d'Ibn  es-Çalàh  n'ofifrait  aucun  intérêt  spé- 
cial ».  Regrettant  pour  moi  la  non-communication 
du  manuscrit,  qu'il  me  soit  permis  de  regretter  pour 
lui  cette  appréciation  faite  un  peu  à  la  légère.  Par 
bonheur,  le  commentaire  de  Soyouti  note  avec  soin 
les  divergences  qui  sur  certains  points  séparent  Na- 
wawi  de  son  modèle  ;  je  me  suis  elForcé  de  tenir,  dans 


^  Cf.  Mohammed,  III,  lxxxix,  et  Die  Sckulfàcker  ttnd  die  Scho- 
lastik  der  Muslime ,  in  Z,D,M,G.,  xxxii,  la. 

*  Cf.  British  Muséum,  n"'  1597-1598.  —  Bibl.  de  rUniversité 
(le  Saint-Pélersbouro;,  n**  120. —  Fihrist  de  la  Bibl.  Kbédiv.  n"  85'i. 
—  Fihrist  de  la  Bibl.  Sadiqyya  (Tunis),  n"  1367. 


344  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

1  annotation  le  plus  grand  compte  de  ces  indications. 
L*introduction  de  Nawawi  à  son  commentaire  sur 
Moslim  contient  également  d'importantes  citations 
des  ^Oloam  el-hadits  dlbn  es-Çalâh  et  du  commen- 
taire de  cet  auteur  sur  Moslim.  Enfin  Sprenger  qui 
put  comparer  le  Taqrîb  et  les  ^Oloam  el-hadits,  a 
constaté  que  généralement  ils  concordaient  ^ 

Le  présent  travail  ne  contient  une  traduction  in- 
tégrale du  Taqrih  que  jusqu  à  la  xxxix"  branche  des 
«  Sciences  du  hadîts  ».  La  fin  de  Touvrage  est  con- 
sacrée à  rénumération  des  diverses  branches  de  la 
«  ma^rifâ  rijâl  el-hadîts  »  et  nous  aurions  cru  abuser 
de  riiospitalité  du  Journal  asiatique  en  donnant  de 
cette  partie  autre  chose  qu'une  adaptation.  Au  reste, 
ce  procédé  ne  nous  paraît  point  offrir  de  gros  incon- 
vénient :  car  dune  part  Nawawi  n'a  point  la  préten- 
tion d'ofirir  dans  le  Taqrih  une  exposition  complète 
de  la  «  connaissance  des  hommes  du  hadits  »  q;ue  de 
nombreux  ouvrages  spéciaux  n'ont  pas  épuisée.  Il 
désire  simplement  donner  une  idée  de  cette  science, 
et  les  longues  listes  de  personnages  qu'il  cite  ne  sont 
nullement  limitatives;  elles  n'ont  que  la  valeur  d'ex- 
emples. D'autre  part,  nous  n'aurions  guère  fait  pour 
toute  cette  partie  que  de  transcrire  en  caractères  la- 
tins une  quantité  de  noms  propres.  Toutes  les  tran- 
scriptions sont  médiocres;  nous  préférons  de  beau- 
coup renvoyer  au  texte  arabe  lui-même. 

Il  me  reste  à  exprimer  ma  vive  reconnaissance  à 

^  Cf.  Mohammed,  loc.  cit.,  note. 


LE  TAQRÎB  DE   EN-NAWAWl.  345 

mes  m'aîtres  de  TEcoIe  des  langues  orientales  vivantes 
et  à  M.  le  directeur  de  VEcole  des  lettres  d'Algor  qui 
m*ont  guidé  de  leurs  conseils,  et  fourni  dans  ce  tra- 
vail plusieurs  indications  essentielles.  C'est  un  devoir 
dont  je  m'acquitte  ici  avec  bonheur. 

Les  références  de  l'annotation  sont  données  d'a- 
près les  éditions  suivantes  : 

ÏAD.    Tadrib   cr-râwl  fi  charh   Taqrîb  en-Nawawi.   Le  Caire, 

1307H. 
NoKH.  Nokhba  cl-fikr  wa  nozha  cn-natkv,  publ.  par  Nassau 

Lees,  Calcutta,  1862. 
Baïq.  Conimenlaire  de    Mohammed  ez-Zorqanl   avec  glose 

de  *Alyya  el-Ajhouari  sur  la  Baïqonnyya,  Le  Caire ,  1 3 1  o  IL 
RiscH.   Conimentar  des  *Izz  ed-din  Abn  *Abd  Allah  ubenuglia- 

rami  saJiih  ».  Leyde,  i885. 
Waraq.    Waraqdt   de    l'Imam    El-Haraiiiaïii    Aboul   Maali 

avec  comm.  de  Mohammed  el-Hatlab  et  glose   de  Mo- 
hammed et-Tounisi.  Tunis,  i3io  H. 
Tab.  Kitâb  Tabaqât  el-ljoff'ath  d'Abou  *Abd  Allah  ed-Dsahabi , 

publié  par  VVûstenfeld.  Gôttingue,  i833. 
BoKii.  Çahîli  de  Bokhari  dans  les  3  volumes  parus  de  fëdit. 

Krehl.  Leyde,  i864. 
Qastal.  Irchâd  es-sàri  sur  le  Çahih  de  Bokhari,  10  volumes. 

Boulac ,  1 3o4  H. 
Fatii.  Fatli  el-Bâri  sur  le  Ç«Ai7t  de  Bokhari,  comm.  d'Ibn 

Hajar  el-Asqalani.  i3  volumes  dont  un  de  Moqaddimât, 

Boulac,  i3oi  n. 
Naw.  Comm.  de  Nawawi  sur  Moslim  en  marge  de  Qasta- 

lani.  Boidac,  i3o4H. 
Term.  /«mi*  d'Et-Termidsi  ;  2  volumes  :  Boulac ,  1292  H. 
Mow.  Mowatta    de    Mahk,    avec    comm.    de     ez-Zorqanî. 

i  volumes.  Le  Caire,  i3io  H. 


346  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

A.  Daw.  Soiian  d'Abou  Dawoud  en  marge  de  Zorqanl  sur  le 

Mowalla.  Le  Caire,  i3io  H. 
Itqan.  Itqan  de  Soyouli ,  édit.  de  la  Bibl.  Indica.  Calcutta. 
To'r.  Les  Tarifât  de  Jorjâni,  édit.  Flûgel,  Leipzig,  i845. 
H.  Rh.  Lexicon  bibliographicon  d^Hajji  Klialfa,  édit.  Flûgel. 
1.  KiiALD.  Moqaddimât  â!lhn  Khaldoun,  édition  de  Boulaq. 
DiGT.  Dictionary  of  llie  technichal  ternis  inthe  sciences  of  the 

Musulmans.  Calcutta,  1863. 
KiiALÎL.  Mokhtaçar  de  Sidi  Khalil  publié  par  les  soins  de  la 

Société  asiatique.  Paris,  i883. 
KiiARCHi.  Comm.  de  Kharchi  sur  Khalil  avec  glose  d'Ell- 

*Adawi.  5  volumes.  Le  Caire ,  1 307  II. 
Tahds.   Tahdsib  el-asma  de  Nawawi  publié  par  Wûstenfeld. 

Gôttingue,  i842. 
Ahlwardt.    Verzeichniss  der  arab,  Handschr,  der  Kôn,  Bibl. 

za  Berlin.  IP"  Baiid.  Berlin,  1889. 
M.  St.  Mohammedanisclie  Stndien  du  prof.  I.  Goldziher.  2  vo- 
lumes. HaUe,  1889-90. 
Salisb.  Contributions  fro m  original  sources  to  our  knowledge  nj 

the  science  of  niuslim  tradition,  du  prof.  E.  Salisbury,  dans 

Journ,    of  the   American.   Oriental  Society,    VJl,    186 a, 

p.  60-1 42. 


[La  suite  an  prochain  cahier.) 


BAAL-ARVAD.  347 


BAAL-ARVAD, 

D'APRÈS  LA  NUMISMATIQUE 

DES  ROIS  PHÉNICIENS  D'ARVAD, 

DURAÎST 

LA  PÉRIODE  PRÉALEXiNDRINE 

(450  À  332  AVANT  J.C) 

PAR 

LE  DOCTEUR  JULES  ROUVIER, 

CORRESPONDANT  DU  MINISTERE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE, 
CHARGÉ  DE  MISSION  EN  PUENICIB. 


I 


Dans  la  Confédération  phénicienne,  depuis  la 
haute  antiquité  jusqu'à  la  conquête  de  Tempire  perse 
par  Alexandre  le  Grand,  un  des  Etats  des  plus  im- 
portants fut,  sans  conteste,  celui  des  Arvadites.  Sous 
la  domination  des  rois  de  Syrie,  comme  sous  celle 
des  Romains  il  jouit,  presque  sans  interruption, 
d  une  prospérité  remarquable ,  attestée  par  ses  nom- 
breuses émissions  monétaires.  Et  pourtant,  cest  à 
peine  si  le  nom   d'Arvad  ou  celui   d'Arados   sont 


348  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

mentionnés  dans  de  rares  passages  des  Livres  saints, 
des  annales  des  Pharaons  ou  des  écrits  de  quelques 
auteurs  anciens.  Le  royaume  d'Arvad  est  donc  un 
de  ceux  dont  Thistoire  nous  est  encore  à  peu  près 
inconnue.  Notre  ignorance  des  événements  successifs 
qui  accompagnèrent  son  évolution  durant  la  suite 
des  siècles  est  facile  à  expliquer.  Favorisé  par  sa  si- 
tuation géographique  spéciale ,  ce  royaume  constitua , 
en  quelque  sorte,  en  Phénicie,  mi  véritable  monde 
à  part.  Ses  colonies  elles-mêmes,  étaient  groupées 
sur  la  côte  syrienne,  non  loin  de  leur  métropole  : 
comme  elle,  elles  participèrent  rarement  alors  aux 
querelles  des  autres  peuples. 

La  pauvreté  de  do(*.uments  historiques  sur  un 
peuple  coïncide  le  plus  souvent  avec  la  connaissance 
imparfaite  de  ses  mœurs  et  coutumes,  de  ses  lois,  de 
ses  croyances  religieuses,  etc.  Il  ne  faut  donc  pas 
être  surpris  de  constater  que  la  divinité  principale 
des  Arvadites,  Baal-Arvad,  loin  d  avoir  la  notoriété 
des  divinités  de  Tyr,  de  Sidon ,  de  Béryte  et  de  Gébal- 
Byblos,  nait  été  citée  jusqu'ici  dans  aucun  recueil 
dliistoire  ou  d'épigraphie  syrienne. 

Divers  indices  nous  permettent  néanmoins  d'éta- 
blir quelle  fut  cette  divinité.  Hs  sont  fournis  par  des 
sources  complètement  distinctes  d  où  dérive  une  seule 
et  même  conclusion. 

Comme  les  divinités  principales  des  autres  métro- 
poles phéniciennes ,  Melkart  de  Tyr,  Astarté  de  Sidon, 
Baal-Bérit  de  Béryte,  etc.,  Baal-Arvad  fut  certaine- 
ment une  divinité  marine.  La  situation  insulaire 


BAAL-ARVAD.  349 

d'Arvad,  Forigine  ethnologique  de  ses  habitants, 
l'importance  considérable  de  leur  flotte  et  de  leurs 
relations  commerciales  avec  les  divers  continents, 
avaient  logiquement  favorisé  un  pareil  choix.  D'autre 
part,  la  rivalité  de  ces  peuples  voisins,  qui,  à  di- 
verses reprises  durant  l'antiquité,  malgré  leurs 
étroites  affinités  de  races,  d'intérêts,  de  mœurs,  etc., 
les  fit  engager  dans  des  guerres  intestines,  fait  pré- 
sumer que  Baal-Arvad  fut  une  divinité  distincte  des 
autres  Baalim  phéniciens.  Ces  présomptions  ont  été 
confirmées  par  les  découvertes  archéologiques. 

A  une  trentaine  de  kilomètres  de  la  côte  syrienne, 
dans  les  montagnes  des  Ansariés,  à  Test  de  Tîle  de 
Rouad  (ancienne  Arvad,  Arados)  se  voient  les  ruines 
gigantesques  dun  ancien  temple,  qui  jouit  autrefois 
dans  le  territoire  environnant  et  les  contrées  plus 
éloignées,  dune  réputation  de  sainteté  sans  égale. 
Aussi,  à  diffiérentes  époques,  rois  de  Syrie  et  em- 
pereurs romains,  les  premiers  Antiochus  comme 
Valérien  et  Gallien,  lui  accordèrent -ils  de  précieux 
privilèges.  Ce  sanctuaire  célèbre  a  plusieurs  fois  été 
décrit  dans  ces  dernières  années,  notamment  par 
MM.  Rey\  S.  Jessup^  et  R.  Dussaud^.  Comme  le 
remarque  justement  M.  R.  Dussaud,  ce  temple 
«  devait  jouer  pour  Arados,  un  rôle  analogue  à  celui 


*  E.-G.  Rey,  Rapport  sur  une  mission  scientifique  accomplie  en 
i86/i-i865,  dans  le  nord  de  la  Syrie  [Archives  des  missions  scien- 
tifufues  et  littcr.,  2*  série,  t.  III,  1866,  p.  336  et  suiv.), 

*  S.  Jessup  :  Palestine  explor.  fund.  1873,  p.  36  et  suiv. 

•^  R.  Dussaud  :  Voyage  rn  Syrie  [Revue  archéolo^,,  1897.). 

XV(.  23 


350  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

d'Aphaka,  dans  le  Liban».  A  lappui  de  cette  opi- 
nion ,  cet  orientaliste  attache ,  avec  raison ,  une  grande 
importance  à  deux  bas-reliefs  situés  aux  deux  angles 
de  la  face  nord  de  l'enceinte.  Déjà  signalé  par 
M.  E.  (i.  Rey,  ces  bas-reliefs  portent  chacun  un  lion 
sculpté  en  ronde  bosse.  Celui  de  Tangle  nord-ouest 
esl  placé  devant  un  cyprès.  Ces  deux  symboles  se 
i^lrouvent  au  revers  dun  dichalque  aradien,  portant 
au  droit,  Teffigie  de  Caracalla.  Le  cyprès,  symbole  de 
la  déesse  syrienne  ^  est  placé  entre  un  lion  et  un  tau- 
reau représentant  lun  le  dieu,  Tautre  la  déesse 2. 

Dans  ce  temple  de  Baetocécé,  connu  aujourd'hui 
sous  le  nom  de  Hosn  Soleiman ,  étaient  adorées  les 
deux  principales  divinités  arvadites,  appelées,  à 
1  époque  romaine,  Zeus  de  Bœtocécé  et  la  déesse  as- 
calonite.  Malgré  Tabsence  de  toute  représentation 
figurée  de  ces  divinités,  le  surnom  d'ascalonite  at- 
tribué à  TAstarté  de  ce  sanctuaire  permet  de  Tiden- 
tifier  avec  la  déesse  Dercéto  ou  Atergatis  dont  le  culte 
fut  si  célèbre  à  Hiérapolis  près  de  TEuphrate^.  Par 
suite,  il  est  logique  d  admettre  que  leBaal,  son  com- 
pagnon, ichthyomorphe  comme  elle,  et  de  même 
origine,  était  Dagon. 

Cest  donc,  comme  Baal-Arvad,  que  Dagon 
ichthyomorphe  figure  au  droit  des  tétroboles  perses, 


'  Lajard  ,  Recherches  sur  le  culte  du  cyprès  pyramidal ,  Mémoires 
de  l Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  t.  XX,  1861,  p.  1 
à  362. 

*  De  VogûÉ,  Mélanges  ât archéologie  orientale,  p.  67. 

•■*  Lucien  ,  De  Dea  syria ,  1  ^ . 


BAAL-ARVAl).  351 

émises  par  Arvad,  entre  867  et  332  ^  et  que  M.  Ba- 
belon  croit  plus  anciennes-,  H  y  occupe  la  place 
d'honneur,  comme  «  Melkart  sur  un  hippocampe  » 
sur  les  statères  perses  frappés  par  Tyr,  à  la  môme 
époque. 

C'est  en  effet,  à  Dagon  seul,  que  conviennent  les 
caractères  rassemblés  sur  lune  des  faces  de  ces  tétro- 
boles.  Il  suffit,  pour  s'en  convaincre,  de  se  reporter 
à  la  description  donnée  dans  Samuel,  v,  3-4,  de  la 
fameuse  divinité  cananéenne.  Aussi  tous  les  numis- 
matisles  et  les  archéologues  sont-ils  d'accord  sur  ce 
point. 

Celte  attribution  incontestable  entraîne,  comme 
corollaire  obligé,  celle  que  la  tête  figurant  au  droit 
des  statères  émis  par  Arvad ,  à  une  époque  antérieure , 
et  continués  |3endant  la  même  période,  appartient 
au  même  dieu  national. 

Cette  tête,  maintenue  sans  modifications  sérieuses, 
au  droit  d'innombrables  statères  qui  se  répartissent, 
comme  je  Tai  démontré,  sur  une  période  de  plus 
d'un  siècle,  durant  laquelle  l'art  du  graveur  phé- 
nicien commença  à  subir  l'heureuse  influence  de  la 
civilisation  hellénique,  ne  peut  pas  avoir  appartenu 
à  une  autre  divinité^. 

'  Voir  ma  Numism<ili(iiie  des  villes  de  Uc  Phénicie  :  Arados,  ap. 
Jonnud  iiUern.  d'archéolocjic  nutnisin.,  Athènes,  1900;  et  Uépartition 
clironolotjûjHc  du  inoniwj(uje  des  vois  phéniciens  d'Aruad,  dans  le 
nit'int' journal,  o*  trimestre  1898. 

^  E.  BvBKLON,  Perses  ac kémé aides ,  p.  CLY  et  CLVi. 

■'  Sur  Dagon,  voir  :  Juges,  xvi,  a3-3o;  Samuel,  2;  Chroniques, 
\,   lo-,  PiiiLON  DE  Byblos,  (lans  Fracjmenta  historicorwn  (jrœc,  éd. 


352  SKPTEMBREOCTOBRE  1900. 


II 


Tel  n  est  pas  Ta  vis  de  Six  ^  et  de  M.  E.  Babelon-. 
Ces  savants  décrivent  la  tête  de  la  divinité  figurant 
au  droit  des  statères  perses  d'Arvad ,  comme  colle 
deBaal-Melkart. 

M.  Babelon  trouve^  des  ressemblances  entre  cette 
tète  et  celle  des  statues  du  Melkart  d'Amathonte, 
actuellement  au  musée  impérial  de  Constantinople*. 
J'avoue  n  avoir  pu  les  constater.  Rien  en  effet  dans 
la  divinité  arvadite  nevoque  l'impression  de  force 
brutale,  si  apparente  dans  le  Melkart  de  Cypre  et 
dans  celui  de  Tyr,  que,  plus  tard,  elle  le  fera  assi- 
miler avec  vraisemblance  à  THéraclès  grec. 

Il  est  assez  probable  que  si  M.  Babelon  a  cru  voir, 
comme  Six,  une  divinité  différente  sur  les  statères  et 
sur  les  tétroboles  perses  d'Arvad,  cest  parce  que, 
sur  les  premiers,  la  coiffure  de  la  tête  de  Dagon  dif- 
fère notablement  de  celle  de  la  divinité  ichtliyo- 
morphe  gravée  sur  les  secondes.  Les  cheveux  sont 

Mulier-Didot ,  t.  III,  p.  667,  669,  fragm.  2,  S  i4,  a5;  et  tous  les 
commentateurs  de  rAncicn  Testament ,  surtout  ceux  du  xvii' siècle, 
(iOrn.  a  Laj)ide ,  etc. ,  dont  les  savantes  recherches  ont  été  ensuite 
reproduites  par  tous  les  auteurs  qui  ont  étudié  la  même  question. 
'  J.  P.  Six,  Observ,  sw  les  monnaies  pliéniciennes ,  [Ntunism, 
Chronicle,  XVII ,  1877,  p.  i83). 

*  E.  Bahelon,  Perses  acliéniénides ,  Aradus ,  passim.. 
^  Idem,    MvlniKjes  uuinism,  t.  I,  p.  2  35. 

*  Voir  Perrot  et  (iUiPiEZ,  Hist  de  fart  dans  tantiifuitéj  t.  111, 
p.  500. 


BAAL-ARVAD.  353 

disposés  sur  le  front  et  la  nuque,  en  trois  rangées  de 
frisures,  au  lieu  d*être  tressées  en  longues  nattes  re- 
tombant sur  les  épaules.  Mais,  ces  particularités 
sont  loin  d*avoir  l'importance  qu'on  serait  porté  à 
leur  attribuer  de  prime  abord.  Au  droit  d'un  statère 
contemporain /classé  à  Ascalon  \  figure  aussi  Dagon 
ichthyomorphe.  Or,  sa  coiffure  rappelle  beaucoup 
plus  celle  de  la  tête  des  statères  arvadites  que  celle 
de  la  divinilé  ichthyomorphe  des  tétroboles.  Néan- 
moins, personne  ne  conteste  qu'il  s'agit  de  la  même 
divinité  dans  les  deux  villes.  Pour  expliquer  cette 
diSférence  de  représentations,  on  pourrait  supposer 
qu'à  Arvad  on  conserva  sur  les  statères  le  type  le 
plus  archaïque,  peut-être  par  respect  de  la  tradition, 
tandis  que  sur  les  tétroboles  on  adopta  un  type 
modifié.  Pareils  exemples  de  représentations  va- 
riables de  mêmes  divinités  existent  dans  tous  les 
pays  et  toutes  les  religions,  à  toute  époque  de  l'his- 
toire. 

Il  est  d'ailleurs  certain  que  les  Arvadites  ne  peuvent 
pas  avoir  figure  simultanément  Dagon  et  Melkart 
sur  leurs  espèces  monétaires. 

Apres  la  conquête  macédonienne ,  avec  le  temps , 
sous  la  domination  des  Lagides  et  surtout  des  Séleu- 
cides,  les  divinités  phéniciennes  se  sont  modifiées  et 
peu  à  peu  transformées ,  dans  chaque  ville ,  en  divi- 
nités helléniques,  les  rappelant  dans  leurs  traits  prin- 
cipaux. Ainsi,  Melkart  fut  remplacé  par  Héraclès, 

*    E.  Babelon,  Perses  achéniénides ,  p.  47,  n"  32o. 


35'i  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

Dagon  et  Baal-Bérit  par  Poséidon  ^  Aslarté  par 
Tyché  et  plus  exceptionnellement  par  Amphitrite. 
Mais  avant  l'annexion  de  TOrient  à  TEmpire  romain , 
la  principale  divinité  d'une  ville  quelconque  conserva 
loujours,  en  Phénicie,  dans  le  culte  local,  ses  pri- 
vilèges antiques  et  sa  suprématie  indiscutable  sur  les 
îiutres  dieux.  Ceux-ci  étaient  donc  en  réalité,  relé- 
gués au  second  plan.  Dans  les  inscriptions,  comme 
sur  les  monuments  figurés ,  ils  s'effacent  constamment, 
plus  ou  moins,  devant  le  Baal  de  la  cité.  Celte  règle, 
applicable  à  la  numismatique  comme  à  Tépigraphie 
el  à  la  sculpture,  montre  que,  dans  une  même  pé- 
riode, deux  divinités,  de  même  sexe,  ne  peuvent 
avoir  simultanément  figuré  au  droit  des  espèces  d'un 
atelier  monétaire^.  Elle  ne  souffre  d'exception  que, 
lorsqu'une  domination  étrangère,  celle  d'Alexandre 
le  Grand,  par  exemple,  s'est  brusquement  substituée 
au  gouvernement  local. 

Cette  remarque  établit  une  sorte  d'unité  harmo- 


^  Pour  la  transformation  graduelle  de  Dagon  ichthyoïnorphe  en 
Poséidon ,  cf.  Alfred  Maury  ,  Le  nom  et  Le  caractère  du  Neptune  phé- 
nicien [Revue  archéolog,,  t.  V,  i848,  p.  545-556). 

*  Le  tétradrachme  aradien  de  l'an  86 ,  imitation  tardive  d'un  té- 
tradrachme  d'Antigone,  roi  d'Asie,  aux  types  «Tête  de  Poieidon- 
Apollon  assis  sur  un  navire  » ,  porte  bien  «  Poseidon-Zeus  »  ;  mais  la 
tête  de  Poséidon  est  au  droit,  et  Zeus  ne  ligure  probablement  au  re- 
vers que  pour  éviter  une  confusion  de  ces  tétradracbmes  avec  ceux 
précités  d'Antigone.  Peut-être  fautril  reconnaître  dans  ce  Zeus, 
brandissant  le  foudre,  une  allusion  éloignée  à  la  prépondérance 
terrestre  de  Dagon,  dans  le  domaine  cliampêtre,  signalée  dans  la 
Cosmogonie  de  Sanchoniathon ,  qui  le  fit  transformer  par  les  Grecs 
en  Zeus  aratrien,  divinité  bien  distincte  de  Poséidon. 


BAAL-ARVAD.  355 

nieuse  dans  le  monnayage  de  chaque  ville  phéni- 
cienne ,  et  facilite  singulièrement  Tinterprétation 
des  types  monétaires ,  malgré  leurs  nombreuses  va- 
riétés. Elle  aide  à  résoudre  bien  des  problèmes  de- 
meurés en  suspens,  en  1  absence  de  texte  historique, 
ou  épigraphique,  pour  en  donner  la  clef.  Faute  de 
Tavoir  faite  et  d'en  avoir  tenu  compte,  les  savants 
les  plus  recommandables  ont  commis  des  erreurs 
d'attribution ,  à  Arvad  comme  dans  les  autres  ate- 
liers monétaires  de  Phénicie. 

Si  l'interprétation  de  Six  et  de  M.  Babelon  était 
justifiée,  le  dieu  figuré  sur  les  plus  fortes  espèces 
d'Arados  en  s'hellénisant  sous  les  Séleucides ,  aurait 
dû,  comme  à  Tyr,  se  transformer  en  Héraclès.  L'in- 
terprétation que  je  défends,  également  adoptée  par 
MM.  Imhoof-Blumer^  et  René  Dussaud^,  entraîne 
comme  corollaire  la  transformation  ultérieure  de 
Dagon,  en  Poséidon,  comme  étant  la  divinité  ma- 
rine par  excellence  des  croyances  grecques.*  Or  telle 
est  bien  la  seule  dénomination  qui  convienne  au 
type  figurant  sur  l'une  ou  l'autre  face  des  monnaies 
autonomes  d'Arados,  contemporaines  des  rois  de 
Syrie. 

Cette  transformation  dut  s'opérer  de  bonne  heure, 
dès  les  premières  années  consécutives  à  la  conquête 
macédonienne. 

En  tout  cas,  avant  2 Sg  av.  notre  ère,  quand  Arados 
inaugura  son  monnayage  autonome,  sur  les  tétro- 

^   Imhoof-Blumer,  Monnaies  (jrecqnes. 

^  R.  DussAUD ,  loc.  cit. ,  p.  2  1,  note  3 ,  du  tirage  à  part. 


356  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

boles  atliques  non  datées ,  portant  le  monogramme 
AP,  Dagon  a  été  remplacé  au  droit  par  Poséidon. 

Celte  tête  de  Poséidon  a  été  décrite  par  certains 
numismatistes  (Peilerin,  Eckhel,  Babelon,  etc.) 
comme  celle  de  Zeus  :  confusion  excusable,  si  on 
néglige  de  tenir  compte  du  type  du  revers. 

Les  deux  divinités  qui  offrent  le  plus  de  res- 
semblance, dans  la  sculpture  grecque,  sont  in- 
contestablement Zeus  et  Poséidon.  Mais  sur  ces 
tétroboles,  la  présence  d'ime  proue  de  galère, 
au  revers,  ne  peut  laisser  subsister  aucun  doute, 
sur  Tattribution  de  la  tête  du  droit  à  Poséidon. 
Et  si  cette  preuve  ne  paraît  pas  convaincante,  il 
suffit  d'examiner  le  magnifique  tétradrachme, 
frappé  par  Arados  en  86  (lyS  av.  J.-C),  et  appar- 
tenant au  Cabinet  de  France,  pour  être  fixé  défi- 
nitivement. 

La  tête  de  Poséidon  apparaît  sur  cette  monnaie  à 
la  place  a  honneur  réservée  aux  effigies  royales,  avec 
des  caractères  si  précis ,  que  toute  hésitation  est  im- 
possible. 


III 

Cette  rectification  en  entraîne  logiquement  plu- 
sieurs autres,  faciles  à  prévoir  :  il  convient  de  rem- 
placer Zeus  par  Poséidon  dans  tous  les  groupes 
monétaires  d*Arados  où  Ion  avait  cru  reconnaître 
la  première  divinité. 


BAAL-ARVAD.  357 

Tels  sont  les  suivants  : 

1°  Buste  tourelé  de  Tyché,  à  Proue  de  navire,  à  gauche, 
droite,  portant  une  palme  sur  Tavant  surmonté  de  la  figure 
l'épaule  gauche.  d*Alhéna    Promachos;    sur     la 

proue,  Poséidon,  à  demi  nu, 
est  assis ,  s^appuyant  de  la  main 
gauche  sur  un  sceptre,  et  te- 
nant de  la  main  droite  une  cou- 
ronne. Au-dessus,  lettres  phéni- 
ciennes variables.  A  Texergue, 
date  en  chiffres  phéniciens,  al- 
lant de  Tan  85  à  Tan  i48  de 
l'ère  d'Arados. 

JÇ..   i5  à  22  millimètres.  Chalques  ou  hémichalques. 

La  représentation  de  Poséidon,  assis  sur  une 
proue,  est  ici  une  allusion  évidente  à  la  nature  de 
sa  souveraineté. 

La  couronne  qu'il  tient  dans  sa  main  droite  rap- 
pelle le  Dagon  ichthyomorphe ,  au  droit  des  statères 
ascaloniens  et  des  dilepta  et  hémilepta  arvadites  du 
IV*  siècle  avant  J.-C;  pareil  type  ne  conviendrait 
pas  à  Zeus. 

Nulle  part,  en  sculpture,  en  glyptique  ou  en  nu- 
mismatique, on  ne  l'observe  dans  de  pareilles  con- 
ditions. 

En  dehors  de  Poséidon,  de  toutes  les  divinités 
masculines  des  anciens  Grecs,  Apollon  est  la  seule 
que  l'on  trouve  exceptionnellement  figurée  sur  une 
proue.  Son  visage  imberbe,  sa  coiffure  caractéris- 
tique ne  permettent  alors  aucune  confusion. 


358  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

C'est    donc   réellement    Poséidon   et   non  Zeus 
qui    figure    sur   ces  bronzes    aradiens. 


2"  Tèlo   laiiréo  do  Poséidon,  Eperon  de  navire,  à    gauche, 

à  droite.  Au  dessus,  lettres  phéniciennes 


variables.  A  Texergue ,  dates 
phéniciennes,  allant  de  Tannée 
7/1  à  Tannée  i/i6  de  Tère  d' Ara- 
dos. 


M,   1 5  à  17  millimètres.  Ilémichalques. 


3°  Bustes  accolés  de  Poséidon  Proue  de    navire,   à  gauche, 

et    (TAmphilrile    diadémée,     à     L'avant   surmonté   d'une   figure 
droile.  d'Alhéna  Promachos.  Au-dessus, 

lettres  phéniciennes  variables. 
A  Texergue,  une  date  et  une 
lettre  phénicienne. 

it.   16  millimètres.  Hémichalques. 


M.  Babelon  a  décrit  ces  2  têtes  accolées  comme 
appartenant  à  Zeus  et  à  Héra.  Cette  attribution  du 
buste  de  déesse  serait  justifiée  si  le  buste  du  dieu 
était  celui  de  Zeus.  Mais,  même  dans  ce  cas,  il  serait 
élrange  de  voir  Héra,  divinité  inconnue  à  cette 
époque,  non  seulement  à  Arados,  mais  encore  dans 
le  reste  de  la  Phénicie ,  figurer  au  droit  d  un  hémi- 
rhalque  aradien. 

L'attribution  à  Amphitrite,  compagne  de  Poséi- 
don, est  bien  plus  satisfaisante  pour  rappeler,  hellé- 
nisée, la  déesse  parèdre  de  Baal-Arvîid  représenté 
sous  les  traits  du  Souverain   des  mers. 


BAAL-ARVAD.  359 

Conclusion. 

Baal-Ai'vad  ne  fut  autre  que  Dagon  ichthyo- 
morphe.  Cette  divinité  ascalonienne  s'est  plus  lard 
transformée  en  Poséidon,  avec  les  progrès  do  l'hel- 
lénisme sous  la  domination  des  Séleucides. 


360  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 


NOUVELLES  ET  MELANGES. 


NOTICE 

SUR 

UN   MANUSCRIT  DES  FABLES  DU  KALILAH  ET  DIMNAH , 

PAR  M.  RENÉ  BASSET, 

CORRESPONDANT  DE  L'INSTITUT, 
DIRECTEUR  DE  L'ECOLE  SUPERIEURE  DES    LETTRES  D*AL6ER. 

La  Bibtiothèque  nationale  de  Paris  renferme  sous  le  nu- 
méro 3593  du  fonds  arabe  (supplément  2197)  un  manu- 
scrit d*époque  moderne  ainsi  décrit  ;  «  Recueil  de  fables  com- 
mençant par  l'histoire  de  l'Alouette  et  de  TEléphant.  La  der- 
nière fable,  le  Serpent  et  le  Crapaud,  n*est  pas  terminée;  les 
deux  feuiJlets  qu'on  a  ajoutés  après  coup  contiennent  un 
fragment  d'un  autre  conte  *  ».  En  examinant  ce  manuscrit 
eu  vue  d'un  recueil  de  fables  arabes  en  préparation ,  je  re- 
connus sans  peine  qu'il  contenait  une  coUection  de  récits 
extraite  d'un  texte  du  Kalilah  et  Dimnah ,  analogue  pour  la 
rédaction  à  la  recension  de  S.  de  Sacy,  et  à  l'édition  de 
Mossoul  * ,  mais  différente  en  ce  qui  concerne  les  récits.  Sous 
ce  rapport,  ce  manuscrit  est  à  rapprocher  de  la  recension 
signalée  par  M.  Guidi'  et  de  l'édition  de  Beyrout  *.  L'auteur 
de  ces  extraits,  peut-être  un  chrétien,  a  procédé  comme 
celui  de  VAlter  Msopus  attribué  sans  preuves  à  Baldo^;  il  a 

'  De  Slane,  Catalogue  des  manuscrits  arabes  de  la  Bibliothè<jne  nationale 
de  Paris,  Paris,  1 883- 1898  ,  \n-à\  p.  618,  coL  2. 

^  Mossoul,  i883,  in- 12. 

^  Studii  sul  testa  arabo  del  libro  di  Calila  e  Dimna,  Rome,  1873;  in-8*. 

*  Éd.  de  Khalil  el  Yazidji,  Beyrout,  1899;  iii-8'. 

'  Cf.  E.  DU  MÉRiL,  Poésies  inédites  du  moyen  âge,  Paris,  i85ii;  in-8*» 
p.  213-269. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  361 

tiré  du  cadre  des  histoires  un  certain  nombre  de  fables  qu'il 
a  accompagnées  d'une  morale. 

Comme  ce  manuscrit  a  échappé  jusqu'à  présent  à  l'at- 
tention de  ceux  qui  se  sont  occupés  du  Kalilah  * ,  il  m'a 
semblé  utile  de  le  signaler  en  vue  d'une  nouvelle  édition  de 
ce  livre.  Comme  spécimen ,  je  donnerai  le  texte  de  la  pre- 
mière fable  avec  les  variantes  que  présentent  les  éditions  de 
Sacy  (S.  j^  de  Boulaq(B)\  de  Beyrout(Bey)  et  de  Mossoul 
(  M  ).  J'énumèrerai  ensuite  les  contes  et ,  mon  intention  n'étant 
pas  d'en  faire  une  étude  comparative ,  je  renverrai  aux  deux 
excellents  ouvrages  de  Benfey  *  et  de  Chauvin  *.  Comme  tra- 
duction ,  je  citerai  celle  d'Attaï  et  Riabnin  **,  la  seule  com- 
plète et  la  meilleure.  Enfin  je  reproduirai  h  texte  de  la  fable 
qui  manque  dans  l'édition  de  Sacy. 

(Folio    l)     Ju-C     (')  t     ^    .^   3    (:-0.&.,a.Xj    jLjUfc.31    c»Joci    ïy^    ^^I    \^y'iS 

jo'^Lê  J— c  j.^-^.  c»I3  ji  *JI  <y<yy^.  *^y£^  XtM^  tj'»^  S^S  Ji»^ 
JUli6l3  (folio  2)  I4JL-Ô  «JiJbl^  aâ5^  x&-<é3  ïy^XliS  J^  ^^  *'^)y*  '^ya^ 

0x33  ^^xa.  ca»jUai  »^  ^JJ$  il  JbJLJl  ^^  L4JL3  f^ùJl  ^J\  (')  0^3  AJS 
^^&^  o.-^l?3  yl  JJl^  (^JJ\  L.  JJUJ  l^t  (*)  oJU,  iUS'b  i^^\^  Jl£  (»i 
Ijuuào*-!  dLl3  oJLxil  J^Iya.  i  (•)  JI3  {'l^^yj  c:JUS3  ^,jJijO  («)  os«<fc^3 
(^JJl  3^  (")  Jl^oUI    JLî    (°')<^^W  ^^W^  *^  à^  l;UAa.l3  (»)  Jlar 

!'5)  JLïJUJ  (^  ^  c:)!  t^^»^  Lt3  «"';3-^I  ^  oJUi  JlJUI  ^^  l^JU 
i'')^^-^  l3;-----3  y!  C»)^  *-Jl'^!  ut^yJl3  ^UbJU   oJUi  ;3^ls»  ^^ 

'  Il  n  est  pas  mentionné  dans  la  liste  dcsms.  du  Kalilali  et  Dimnali^  donné 
par  M.  ZoTENBKRG,  V Histoire  de  Gafàd  et  Schimâs ,  Paris,  1886;  in-8°, 
p.  25-26. 

*  Calila  et  Dimna ,  Paris,  1816;  in-A",  p.  10. 
'  Boulaq  irî^ghég.  ;  \n-!\°. 

*  Pantschalantra ,  fiinf  Bâcher  indiscker  Fabeln,  t.  1.  Leip/ig,  1809;  in-8°. 
^   Bibliographie  des  ouvrages  arabes,  t.  II,  Kalilah.  Liège,  1897;  in-S". 

*  KuHra  Kaau.ia  11  J'i^hh.  Moscou,  1889;  in-8°. 


362  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

iJL^  WjuJU  jLXa^l  dLJ,>  OoL?  L5i3  ('»)  luX^   ^3f^3  '"'  M*  J>Âi3  ^^ 

y-^t>^  ji  (5«c)  ooU.  (*')dm  jyjLîJi  o^  u^  juua»^  çj^  *'*y>«^  ^^ 

^'^1  »j-jJlJ1  c^JU  aJU  ^  ^jrfî^  JuJUI  («•)  J^  2^  UxJL^  (folio  3) 

JL^^L^JI  i  juJu  c-j;?  WpL.  l^  yï  ^^.  jiSCsl^  ^^  \S\  (")JujU! 

(*»)*J^I  0Ô3  WpL#  l^^^!  ^yj  *^3l4JJ  ^  i  j^43Î3^l3  ^^UaJI  JiJLi 
^3  ("liL^^lVî  i  ^3  4^  (")  Ja5I^  «*')'Ul  v^  Jl£  L5C«  *U  jiiajJ! 
ju».!;  Jl^  c}»^^  ÏJ-.JJUI  f")  00I4  I4-J  (")  |iu£U  (")  I4JU  lA.yks  Os^ç 
jUL^  ^iI⣠ ovJ;  U^(«t'c)  (^^JLXatfJi  X(^  yUli  jUaii  i^,:!  0JU9 
J^JlU  j^^.  jb3  (")  ^^  ^  ^  iil^  »^^3  ^.xia.  (sic)  ^yU»  ^ 
^X..;^   Jo    jLdLxJ!    yl  sLuu*  I JsuA  If^Uai.  £JUI  ^3  lf?t3^  JlC  iCiL^ 

(*»)  »,NÂ^  ^.^  il  L#  JuJUaÇ 

(')  s.  B.  Bey.  M.  L^  ooôl^^  iU^^!.  —  W  S.  B.  Bey.  M.  fù,.^ 
L^lji  JlxS  3LiAo.  —  W  s.  B.  Bey.  M.  o4^  UpU  U  c^jlâj  L^i. 
—  (*)  S.B.  Bey.  M.  oulV  c:';^^.  —  ^•'^  S.  B.  Bey.  M.  oJU  *5.  — 
W  S.  B.  Bey.  M.  c:*<ûaft  >«î  dUUI  l^^î .  —  O  S.  B.  Bey.  M.  j^l^.  — 
W  S.  B.  Bey.  M.  bÎ3.  —  W  S.  B.  Bey.  M.  ^^il  dUL.  I^Uuax.-,!.  — 
^'®^  Ces  trois  mots  manquent  dans  S.  B.  Bey.  M.  —  t")  S.  B.  Bey.  M. 
JU.  —  ('*)  S.  B.  Bey.  M.^I.  —  (")  S.  B.  Bey.  M.  1^1.  —  ('*)  S. 
B.  Bey.  M.  l^  ^^.  —  (i^)  s.  B.  Bey.  M.  jcu.'—  (»•)  S.  B.  Bey.  M. 
çjj^  c-^^l.  —  (")  S.  B.  Bey.  M.  a^Jï  j-  y^.  —  (»)  S.  B.  tpuui 
*rt-Ls^;  Bey.  M.  ^uJL^  yUiJLxi.  ^'^^  Manque  dans  S.  B.  Bey.  M.  — 
(*»  S.  B.  Boy.  M."  JUi  Joo  ^  jU*.!  jU.  —  (^')  S.  B.M.  dJi  Jl, 
Jk'v.  JJi  JI  l^JU^U.  ~  (*^)  S.  B.  M.  13^63,  Iky.  ^^ij.  —  ^«)  S. 
B.  M.  13^  \yJ\y^  ki,  M.  y3jJLx^  yi^  U,  Bey.  y^  ^^^  J^J.  — 
^^)  S.B.M.  Li^  13-^  ^^L^,Bey.l^^^y^A>  jo..  -W  S.  B.  Bey. 
Vr..j^.y.5  J!.  — W  s.  A^i»  u  il,  B.  Bev.  M.  jgkU  iH.  —  ^")  S. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  363 

B.  Be> .  M.  *JL.  JJ3  c>^  U3.  —  f«)  S.  B.  Bey.  M.  I4J!.  —  («»  S.  B. 
Boy.  M.  ^  i  ^^•.  —  (30)  S.B.  Bey.  M.  y^  u^  ^J^  *-o.»  c>JU 
iVxi*,  Jl  ^.  —  (3»)  s.  B.  Bey.  M.  ajoutent  l^,  Bey.  ^jiifiY».  — 

^^^)  S.  B.  M.  I^4A35,  Bey.  ^^^^.  —  ^^^  S.  B.  Bey.  M.  *5U.  —  t^*)  S. 
B.  Bey.  M.  ^Ui  i  vilA»  >î.  —  (»*)  S.  B.  Bey.  M.  ^4^  f^^^.  — 
(^)  S.  B.  M.  JJ3  JI  U^UU,  Bey.  AJS  Jl  L^JU^U.  —  (»')  Bey. 
^jjjUi^l^.  —  ('"^^  S.  B.  Bey.  M.  ^<w3.  —  (^9)  Qq  passage  depuis  ^\yj>o\y 
manque  dans  S.  B.  Bey.  M.  —  (*"^  S.  B.  M.  «o^^^l,  Bey.  «o^^aw. 
—  (*'^  Ce  passagr  depuis  *li  manque  dans  S.  B.  Bey.  M.  —  (**)  S. 
B.  Bey.  M.  J^U.  —  (")  S.  B.Bey.  M.  ïù^^\  i.  —  (")  Ce  passage 
d('[)uis  OvjK?  y^y  manque  dans  S.  B.  Bey.  M.  —  (**)  S.  B.  Bey.  M. 
^'^\s.  —  (4«)  S.  B.  Bey.  M.  ^Z^^,  —  (*')  S.  B.  Bey.  M.  ^  joLc 
jLx^  yÂ4o^  JLxjLa^ .  —  (***)  (ietie  phrase  depuis  ç^^.  ià  manque  dans 
S.  B.  Jky.  M. 

Attaï  et  Riabnin  p.  6;  Benfey  p.  qM  ;  Chauvin  p.  81-82  : 

Fol.  3  :  L'Homme  et  le  Trésor.  De  Sacy,  p.  46-^7;  Attaï  et  Ri- 
abnin, p.  33;  Benfey,  p.  67;  Chauvin,  p.  82. 

P^ol.  4  :  L'Homme  qui  prétend  être  savant.  De  Sacy,  p.  47-48; 
AlUû  et  Riabnin,  p.  33;  Benfey,  p.  G8-70;  Chauvin,  p.  82. 

Fol.  6  :  Xa  Ruse  manqiiée.  De  Sacy,  p.  48;  Attaï  et  Riabnin, 
p.  3/1;  Benfey,  p.  70;  Chauvin,  p.  82-83. 

Fol.  7  :  L'Homme  et  le  Filou.  De  Sacy,  p.  5i  ;  Attaï  et  Riabnin, 
p.  36;  Benfey.  p.  70-71;  Chauvin,  p.  83. 

Fol.  8  :  Le  Marchand  et  son  Associé.  De  Sacy,  p.  53;  Attaï  et 
Riabnin,  p,  38;  Benfey,  p.  71-72  ;  Chauvin  p.  83. 

Fol.  12  :  Les  deux  Jarres,  De  Sacy,  p,  55;  Attaï  et  Riabnin, 
p.  39;  Benfey,  p.  72  ;  Chauvin,  p.  83. 

Fol.  12  :  Ze  Pécheur  et  la  Perle.  De  Sacy,  p.  57;  Attaï  et  Ri- 
abnin, p.  4o;  Benfey,  p.  73;  Chauvin,  p.  83-84. 

Fol.  i3  :  Le  Rayon  de  lune  {^^<>s3sJ\  ^ù^*aX\).  De  Sacy,  p.  64; 
Attaï  et  Riabnin,  p.  46;  Benfey,  p.  77-78;  Chauvin,  p.  84  *. 

Fol.  17  :  L'Honunc  et  la  Femme  perfide  [S^^  «Ijll^  J^j^')'  ^ 
Sacy,  p.  66;  Altaï  et  Riabnin,  p.  48;  Benfey,  p.  78;  Chauvin,  p,  84. 

'  Aux  rapprochements  cités  par  M.  Chauvin ,  il  faut  ajouter  ceux  que  j'ai 
indiques  dans  une  note  de  mon  introduction  aux  Fourberies  de  Si  Djeha 
Irad.  par  M.  Monliëras,  Paris  189a  ;  in  1  a  ,  p.  33-34  ,  note  5. 


304  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1900. 

Fol.  18  :  Le  Marchand  et  son  Employé  (»^-s^î^  ^bJI).  De  Sacy, 
p.  68;  Attaï  et  Riabnîn,  p.  49 î  Benfey,  p.  78,  Chauvin,  p.  84. 

Fol.  20  :  Le  Chien  et  l'Ombre  (  JJsJl^  i-JOl).  De  Sacy,  p.  69; 
Attaï  et  Riabnîn,  p.  5o;  Benfey,  p.  79;  Chauvin,  p.  85. 

Fol.  21  :  L'Homme  (^^L-Jill).  De  Sacy,  p.  76-77;  Attaï  et  Ri- 
abnin,  p.  54;  Benfey,  p.  8o-83;  Chauvin,  p.  85  ^ 

Fol.  22  :  L'Homme  et  le  Loup  («-vJJl^  yLyJilf).  De  Sacy,  p.  80; 
Attaï  et  Riabnin,  p.  58;  Benfey,  p.  99-101;  Chauvin,  p.  86. 

Fol.  24  :  TjC  Singe  et  le  Charpentier  (^L^l^  «^r*^' )•  ^  Sacy, 
p.  82  ;  Attaï  et  Riabnin ,  p.  69  ;  Benfey,  p.  io5-io6  ;  Chauvin ,  p.  86. 

Fol.  20  :  Le  Renard  et  le  Tambour  (  J^-^I^  <, JjiJiJl  ).  De  Sacy, 
p.  90;  Attaï  et  Riabnin,  p.  65;  Benfey,  p.  i32-i34;  Chauvin, 
p.  86-87. 

Fol.  26  :  Le  D^wot  (dUUJl).  De  Sacy,  p.  94;  Attaï  et  Riabnin, 
p.  67  ;  Benfey,  p.  139;  Chauvin,  p.  87. 

a.  Fol.  26  :  Les  deux  Béliers.  De  Sacy,   p.  94;  Attaï  et  Ri- 
abnin, p.  68;  Benfey,  p.  1 39-140;  Chauvin,  p.  87. 

b.  Fol.  27  :  La  Femme  qui  s'empoisonne.  De  Sacy,  p.  94;  Attaï 
et  Riabnin,  p.  68;  Benfey,  p.  1 38- 139;  Chauvin,  p.  87. 

c.  Fol.  2S:La  Femme  dn  savetier  et  son  ^4 mie.  De  Sacy,  p.  96; 
Attaï  et  Riabnin,  p.  68;  Benfey,  p.  i4o-i47;  Chauvin,  p.  87. 

Fol.  33  :  Le  Corbeau  et  le  Serpent  noir  {ùyM^\^  i^\yxJ\).  De  Sacy, 
p.  100;  Attaï  et  Riabnin,  p.  72;  Benfey,  p.  167-174,  Chauvin, 
p.  87-88. 

a.  Le  Héron  et  l'Écrevisse,  De  Sacy,  p.  1 00  ;  Attaï  et  Riabnin , 

p.  72;  Benfey,  p.  174-179»  Chauvin,  p.  88. 

Fol.  4o  :  Le  Lièvre^ et  le  Lion  [<>^^\^  v^;^^)-  De  Sacy,  p.  io3, 
Attaï  et  Riabnin,  p.  74;  Benfey,  p.   179-184;  Chauvin,  p.  88*. 

Fol.  44  :  Les  Pêcheurs  et  trois  Poissons  (s±»>L- Sj  ç^~rf^l  ^  in  M 
c»lX«w).  De  Sacy,  p.  107;  Attaï  et  Riabnin,  p.  177;  Benfey, 
p.  188-189;  Chauvin,  p.  88-89. 

'  Cf.  aussi  Chauvin,  Bibliographie  des  ouvrages  arabes.  III  :  Loaqmdne  et 
les  fabulistes,  Liège,  1898;  in-8°,  p.  99-100. 

'  Il  faut  ajouter  aux  rapprochements  une  version  |K>pu]airc  en  soaafaili  : 
Simba  na  Kibana  IVuâi  (C.  Velten  ,  Màrchen  und  Erzûhlungen  der  Suaheli, 
Stuttgart,  1899, in-8',  P'  ^)- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  365 

Fol.  45  :  Le  Pou  et  La  Puce  [*±>^yJ\^  *JL#JlJ!).  De  Sacy,  p.iio; 
Atlaï  ot  Riabnin,  p.  79,  Benfey,  p.  222-223;  Chauvin,  p.  89. 

Fol.  46  :  Le  Canard  (âLxJI).  De  Sacy,  p.  ii5;  Attaï  et  Ria- 
hiiin,  p.  83;  Benfey,  p.  227;  Chauvin,  p.  89. 

Fol.  k']  i  Le  Chameau,  le  Loup,  le  Corbeau  ,  le  Chacal  et  le 
Lion.  De  Sacy,  p.  119;  Altaï  et  Riabnin,  p.  86;  Benfey,  p.  23o- 
23 1;  Cliaiivin,  p.  89-90. 

Fol.  56  :  Le  Titibha  et  la  Mer  (^_^J1^  J^^\).  De  Sacy, 
p.  124;  Attal  et  Riabnin,  p.  89;  Benfey,  p.  235-239;  Chauvin, 
p.  90. 

Fol.  57  :  a.  La  Tortue  et  les  deux  Canards,  De  Sacy,  p.i25; 
Altaï  et  Riabnin,  p.   90;  Benfey,  p,  239-241;  Chauvin,  p.  90. 

Fol.  62  :  Les  Singes  et  FOiseau  (^LLJl^  ù^JL)\)'  De  Sacy,  p.128; 
Altaï  et  Rial)nin,  p.  92;  Benfey,  p.  269-270;  Chauvin,  p.  90. 

Fol.  63  :  Le  Filou  et  le  NéffUgent  [JUl-àJ,]^  'r-^)-  De  Saey, 
p.  129;  Attaï  et  Riabnin,  p.  92;  Benfey,  p.   275-279;  Chauvin, 

Dans  celte  fable  se  trouve  celle  du  Cormoran  et  du  Serpent,  qui 
manque  dans  Tédition  de  Sacy.  M.  Guidi  a  fait  connaître  le  texte 
arabe  pour  la  première  fois*  et  il  a  été  reproduit  et  traduit  en 
russe  par  Altaï  ot  Riabnin*.  L'édition  de  Beyrout  en  donne  une 
receusion  très  abrégée  et  difiërenle  pour  la  rédaction  du. texte  de 
Guidi  et  de  celui  de  notre  manuscrit.  Ceux-ci  d'ailleurs,  présentent  des 
variantes  enlre  eux.  La  fable  manque  dans   l'édition  de  MossouL 

(F0L67)     MJ3p>-A<*Jî 

»*  ^  j-^  Lyj  JL^l  *Â^  Ix^  ^^15^  iuSj^  {j^y^^  ^y^^  tj^ul  î>5) 
Ji  JLjJI  [sic)  oSU.  pyjSoJl  ^yi  U^yl5j  ^y^^  J-^  «>-J^  •>>-*'î 

'   Studii  sul  testa  arabe.  Appendice  p.  xviii. 
^  Kunra  Kajuja,  p.  'iify-22-j. 

XVI.  24 

IMralMI.lUC    «ATlOSIALt. 


3Ô6  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1900. 

^^Li  c»L^   JS'L»  yAy  ^jmyjR  ^J^\  Ae^  yS^  Jl  *J  ^'-ô'j  *?  ;l--J|  tf!j«-î^î 
bU  iL^  ^  Jl  »^  ^^  U^liJL.  (f  68)  JJU9.I3  (5ic)  ^«JtS'Uisw 

y.^  Os.^^  LiA^t  JI   jl  ^pA.  45^U  J^:^!  ALaUU^  vJLcteJl  Jsab.3  j«^ 

(^!  ^  aJ^  i  |*>-^i^i  ;j«t3  ^^(3  U^3  âJI  ^^ÂsLu'ii  idU^J^  MI 
^..^i  ^^  JUwJf  ^^  ^^1  dUi  i  U  ^«^3  i:^  J5Î  U  o-;4.  ^^.! 

iw9  jULSl.^  l(^  Jwar  y*)^  »^IaJI  (lisez  :  v^m^)  «^Jb?  ^^^^  ^^  ^^^ 
!X_J!;  »Jwa.>-*  p3  i^-rJS  jiA  Jja  ^  4^  jî^*^i  ^^  tf«^  J'yi 

JUJI£  JU^I;  «^   J^^ 

Cf.  Benfcy,  p.  379-280;  Chauvin,  p.  91. 

Fol.  70  :  Le  Marchand  et  le  Dépositaire  [^yX\y  ^LJl).  De 
Sacy,  p.  i32;  Attaï  et  Rîahnia,  p.  gô;  Benfey,  p.  283-284; 
Cliauvin,  p.  92. 

Fol.  72  :  Le  Peintre  et  la  Femme  du  Marchand  (gl^^L  syaXi 
y^lxJl),  De  Sacy,  p.  i39;Attaî  et  Riabniii,p.  101  ;  Benfey, p.  299- 
3 00;  Chauvin,  p.  92. 

Fol.  'jà  :  Le  Médecin  icfnorant  (  J-iftL^  »..*fl*kll)*  De  Sacy, 
p.  1^6;  Altaï  et  Riabnin,  p.  106;  Benfey,  p.  3oo;  Chauvin,  ' 
p.  93.  Comme  dans  le  texte  publié  par  Guîdi  [Stadii  sud  testo 
of'rtAo,  p.  xxii) ,  le  pays  est  nommé  :  jOL-Jl  J^\osm  ^^  SU^ty^  i  yli'» 
tandis  qu'il  ne  l'est  pas  dans  De  Sacy,  dans  l'édition  de  Beyrout, 
dans  celle  de  Mossoul  et  dans  celle  de  Boulaq. 

Fol.  77  :  Uhomme  [et  les  deux  Femmes]  (jLa».J!).  De  Sacy, 
p.  1^8;  Attaï  et  Riabnin,  p.  107;  Benfey,  p.  3oo;  Chauvin, 
p.  93.  Ici  encore  le  lieu  de  la  scène  est  nommé  :  S>  ^ >.i  ^j\  1^ 

^OsxJI    L^Jlx    ylâ\   cifiji^U  [sic)  tJ  JU^.. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  307 

Fol.  78  :  Le  Marzoubân  et  le  Fauconnier  (^l.>^LJî^  yb^UI),  De 
Sacy,  p.  1 55;  Altaï  et  Riabnîn,  p.  112;  Benfey,  p.  3oi-3o2; 
Cliauviu,  p.  93.  Jci  encore,  contrairement  aux  autres  versions,  le 
lieu  de  la  scène  est  nommé;  00L4JI  Ji\0sj9  ^  JLL^x^  i  t>t5'*3l  ^j 

c:»l3^U    [sic]  *J  JULj. 

Fol.  81  :  Le  Corbeau,  la  Colombe  et  le  Rat  (^yjt,  iUUiij  v'y^')- 
De  Sacy,  p.  160;  Attaï  et  Riabnin,  p.  116;  Benfey,  p.  3o5; 
Chauvin ,  p.  93.  Le  nom  du  pays  est  différent  de  celui  qui  est  in- 
diqué dans  De  Sacy,  et  dans  les  éditions  de  Beyrout,  de  Mossoul 
et  de  Boulaq  (  ^jjçai.0o5lXw.  Cf.   sur  les   noms,   Benfey,   p.  3o8)  : 

FoL  91  :  le  Religieux  et  le  Rat  (i^att^  ^^'^J).  De  Sacy, 
p.  1^7  (où  c'est  le  Rat  qui  raconte  son  histoire);  Attaï  et  "Riab- 
nin, p.  12  1;  Benfey,  p.  3i6-3i8;  Chauvin,  p.  9^.  Ici  encore,  la 
ville  est  désignée  par  le  même  nom  que  dans  deux  contes  précédents  : 

a.  Fol,  93  :  La  Feinme  au  sésaine.   De   Sacy,  p.   168;   Attaï 
et  Riahnin,  p.  121;  Benfey,  p..  3i8-3i9;  Chauvin,  p.  91. 

b.  Fol.  95  :  Le  Loup  (..oJJl).  De  Sacy,  p.   168;  Attaï  et 
Riabnin,  p.  122;  Benfey,  p.  3 19-320;  Chauvin,  p.  96. 

Le  texte  de  l'histoire  du  Corbeau,  du  Rat,  de  la  Tortue  et  de 
la  Gazelle  (^^\^  JubA^I^  SyÂ^  v^r*J^  diffère  de  celui  de  De 
Sacy  et  des  autres  versions.  Commencement  :  i  ^^\^ jlJ\  \y^\ 
(sic)  ^^\yû.ifS^,  1^15^  SâAm,^  Sy^y  i^\y£  j-UJI  ^^  ^J£i  î^^^**^  *çri 

^^JsasL^  ^  j.^  J5  l>JUê^Ç3  ylÛi  JJi  i  iu.^1  i  ^y  J.^  ù^^\ 
»v— :jé  J c  Jj-JL^  vIj^Jl  )^y  *y^  i  ^j^  J^i-J-^  'Ul  i  [sic]  u^^ 

Entre  le  folio  io4  et  le  folio  io5,  il  y  a  une  lacune  d'environ 
un  folio. 

Fol.  io5  :  Les  Oiseaux  [^yJ^iS).  De  Sacy,  p.    i84   (il  s'agit  de 
'  On   trouve    régulièrement   dans   le  manuscrit   les   fautes   suivantes  : 

24. 


368  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

njrues  S^S}\];    Attaï  ot    RIabniii,  p.    i34;   Benfey,   p.  334-420; 
Chauvin,  p.  gS. 

a.  Fol.  106  :  Les  Lièvres  et  les  Eléphants,  De  Sacy,  p.  i85  ; 
Attaï  et  Riabnin,  p.  i34;  Benfey,  p.  348-349,  Chauvin,  p.  96. 

/;.  Fol.  110:  Le  Lièvre,  le  Moineau  et  le  Chat,  DeSacy,  p.  187; 
Attaï  et  Riabnin,  p.  i36;  Benfey,  p.  35o-354;  Chauvin,  p.  96. 

Fol.  ii/i  :  Le  Dévot  et  les  filons.  De  Sacy,  p.  192;  Attaï  cl 
Riabnin,  p.  139;  Benfey,  p.  355-357;  Chauvin  p.  96. 

Fol.  ii5  :  Le  Marchand  et  le  Voleur,  De  Sacy,  p.  194;  Attaï 
et  Riabnin,  p.  147;  Benfey,  p.  366-368;  Chauvin,  p.  97. 

Fol.  117  î  Le  Voleur  et  le  Diable,  De  Sacy,  p.  195;  Attaï  et 
Riabnin,  p.  §4^;  Benfey,  p.  368-369;  Chauvin,  p.  97. 

Fol.  119  :  Le  Charpentier  et  sa  femme.  De  Sacy,  p.  196;  Attaï 
et  Riabnin,  p.  i43;  Benfey,  p.  070-373;  Chauvin,  97. 

Fol.  123  :  Le  Dévot  et  la  Souris,  De  Sacy,  p.  199;  Attaï  et 
Riabnin,  p.  i4/»;  Benfey,  p.  373*378;  Chauvin,  p.  97-98. 

Fol.  129  :  Le  Serpent  et  les  Grenouilles,  De  Sacy,  p.  2o3; 
Attaï  et  Riabnin;  p.  147;  Benfey,  p.  384-385;  Chauvin,  p.  98. 

Entre  le  folio  i3o  et  le  foîio  i3i,  il  y  a  une  lacune  considé- 
rable qui  renferme  la  fin  du  conte  du  Serpent  et  des  Grenouilles  et 
probablement  ceux  du  Singe  et  de  la  Tortue;  du  Lion,  du  Chacal 
et  de  rAnc  et  le  commencement  de  ceux  de  Y  Ascète  et  de  la  Belette 
et  de  ï Ascète  et  de  ses  projets.  Le   folio  i3i    reprend  avec  la  (in 

de   ce  dernier  ^   L^  oJLk.«>  \S\j  ùyjJl^  >-. ,«..'<?  Ji^ftl  ^^  J\J^ 

Jl^l  ^^^  y.^  (i^L^  y^^  Up  iU^  \^^  UiU  J  003  ^  '-tsO-j^l 

L^   y^^ù^\y  c:>..  ...  r^U  juwl^  ^^  iLLlx^t  »^^  S^SLa  £y*axJU  juu^^t^ 
'  cf.  ZoTENBEiiG,  L'IIisloirc  de  Gatâd  H  Schimâs,  p.  3o-3i. 


NOUVELI.ES  ET  MELANGES.  369 

Do  Sary,  p.  217;  Altaï  et  Riabnin,  p.  107;  Benfey,  p.  ^99- 
5oi  ;  (ihauvin,  p.  101. 

Fol.  i3i.  Suite  de  rhistoire  du  Dévot  et  de  la  belette  qui  de- 
meure inachevée  avec  le  folio  i32. 

Comme  il  est  dit  dans  le  Catalogue,  à  partir  du  folio  i33  com- 
mence un  nouveau  récit  dont  l'origine  n'est  pas  indiquée  ;  j'ai  pu 
relrouvor  le  roman  d'où  il  est  tiré-,  c'est  un  fragment  de  l'his- 
toire d"Omar  ben  En-Nomân,  dans  les  Mille  et  une  A'ait* ,  épisode 
du  récit  fait  par  le  Bédouin  Hanimàd  de  son  aventure  avec  deux 
jeunes  gens  dans  le  désert.  Il  correspond  aux  pages  284-280  du 
tome  I  de  l'édition  du  Caire  (i3o2  hég.  4  vol.  in-S"),  Nuit  i/»4, 
et  commence  ainsi  :  (^y^\  L^Js^  i^  oXjt^  ^M^;  mais  il  ne  con- 
tient pas  les  vers.  Le  fragment  est  d'ailleurs  inaclievé;  il  se  ter- 
mine avec  les  paroles  de  la  jeune  fdle  avant  le  combat  de  son  frère 
et  du  l^douin  : 

-^iJI   Js^  dUù  J0LX5  ^   lo^ilî   ^*\y   l*^,yAO  JLrf^l    y!   ^\    l^.  aMÎ   S\jUê 

*^t  iy;4i  Jt  »ûsi 


BIBLIOGRAPHIE. 


Ib\  Galzi's  ^^A^AQIB  '0.\fAR  IBN  'Abd  el-'Aziz,  besprochcn  und 
im  auszugc  mitgetheilt  von  C.  H.  Becker,  —  Berlin,  1900,  in-8^ 
22  et  11^  pages  de  texte. 

Voici  un  livre  d'édification  qui,  s'il  n'est  pas  de  grand  pro- 
fit pour  nos  études ,  ira  droit  au  cœur  des  Musulmans.  Tout 
au  moins  peut-on  supposer  que ,  sans  sa  provenance  suspecte 
—  imprimé  en  Europe!  —  et  son  appareil  critique  qui  of- 
fusque les  lecteurs  d'Orient,  il  obtiendrait  parmi  eux  le 
meilleur  accueil. 

Le  huitième  khalife  Omeyyade  'Omar.  II,  fils  d'Abd  el- 
Azîz  qui  n'occupa  que  deux  ans  et  demi  le  trône  de  Damas 
et  mourut  à  l'âge  de  89  ans,  est  pour  les  Sunnites  le  type 
parfait  de  la  sainteté.  Les  Chiites  eux-mêmes,  reconnaissants 
du  respect  qu'il  témoignait  à  la  famille  d'Ali ,  ont  de  grands 


370  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

égards  pour  sa  mémoire.  Aux  yeux  de  la  critique  moderne  ce 
khalife  fut  un  esprit  étroit  et  un  pauvre  chef  d'Etat.  Sans 
idéal  politique ,  enchaîné  dans  les  pratiques-  d'une  dévotion 
minutieuse ,  tremblant  à  la  pensée  de  l'au-delà ,  il  passa  son 
temps  à  gémir  sur  des  péchés  qu'il  n'avait  pas  commis  et  à 
annoncer  du  haut  du  minbar  les  redoutables  vengeances  d'un 
Dieu  inexorable.  Chaque  épisode  de  sa  vie  se  noie  dans  un 
torrent  de  larmes;  sa  biographie  n'est  qu'une  élégie  lugubre, 
un  recueil  d'exhortations  ascétiques,  entrecoupées  de  san- 
glots. Mais,  il  faut  le  reconnaître,  c'est  par  ce  côté  qu'il  a 
séduit  le  piétisme  des  Musulmans  et  sa  mémoire  leur  est 
d'autant  plus  chère  qu'elle  est  devenue  comme  une  sorte  de 
thème  pour  les  manuels  de  la  vie  dévote.  H  a  d'ailleurs  un 
autre  titre  à  la  vénération  des  vrais  croyants  :  on  a  fait 
de  lui  —  mais  sans  preuves  à  l'appui  —  un  des  pères  de 
l'école  traditionniste.  Arrière-petit-fils  d'Omar  ben  Khattab , 
le  second  des  quatre  khalifes  directeurs  (rachi<Un)y  Omar  II 
ne  pouvait  pas  ne  pas  être,  autant  par  ses  souvenirs  de  fa- 
mille que  par  son  zèle  religieux ,  un  des  représentants  attitrés 
de  la  tradition  sacrée.  M.  Becker,  dans  son  intéressante  in- 
troduction ,  montre  bien  le  peu  de  fondement  de  cette  opi- 
nion et  prouve  que  le  pieux  khalife  n'est  qu'un  mouhaddls 
de  troisième  ou  de  quatrième  ordre.  Néanmoins  sa  réputation 
demeure  inattaquable  sur  ce  point  comme  sur  tout  le  reste , 
et  parmi  les  trois  biographies  qui  lui  sont  consacrées ,  il  serait 
difficile  de  trouver  le  moindre  doute  sur  l'authenticité  de  son 
enseignement. 

De  ces  trois  notices,  la  plus  ancienne,  citée  par  Hadji  Khalfa, 
paraît  perdue  sans  retour  :  du  moins  n'est-elle  signalée  dans 
aucun  catalogue.  La  seconde ,  dont  l'auteur  est  Un  certain  Mo- 
hammed ben  *Abd  el-Hakem,  existe  au  moins  en  fragments 
dans  un  manuscrit  arabe  de  la  Bibliothèque  nationale.  La 
troisième  enfin ,  celle  que  M.  Becker  vient  de  publier  en  ex- 
traits, a  été  rédigée  par  un  écrivain  bien  connu ,  Ibn  el-Djauzi , 
dont  la  Chronique  fait  autorité  dans  l'historiographie  musul- 
mane. Ce  fécond  auteur  s'était  proposé,  parait-il,  d'écrire  la 


NOUVELLES   ET   MÉLANGES.  371 

vie  des  célébrités  de  l'Islam,  et,  pour  bien  inaugurer  son 
œuvre,  il  avait  réuni  dans  un  seul  et  même  traité  ou  dans 
deux  traités  différents ,  —  la  question  n'est  pas  encore  bien 
élucidée  —  le  panégyi'ique  des  deux  premiers  khalifes  qui 
portèrent  le  nom  d'Omar.  Quoiqu'il  en  soit,  le  texte  d'ibn  el- 
Djauzî  éprouva  de  bonne  heure  la  disgrâce  réservée ,  à  cette 
époque ,  à  toute  œuvre  de  valeur.  Ce  texte  dont  on  ne  connaît 
aujourd'hui  qu'une  seule  copie  conservée  dans  la  Bibliothèque 
khédiviale  du  Caire  fut  remanié,  et  surtout  abrégé  par  un 
contemporain  de  l'auteur  original. 

Or  ce  contemporain ,  et  ce  n'est  pas  une  des  moindres  cu- 
riosités de  la  bibliographie  arabe ,  n'est  autre  que  le  paladin 
célèbre,  le  vaillant  adversaire  des  chevaliers  français  du 
xii'  siècle ,  Ouçama ,  fds  de  Mounkid ,  dont  M.  H.  Derenbourg 
après  avoir  retrouvé  et  publié  son  autobiographie,  nous  a 
retracé  la  vie  aventureuse  dans  une  étude  pleine  d'érudition 
et  du  plus  vif  intérêt.  Il  résulte  du  propre  récit  d'Ouçama 
(jue ,  parvenu  au  terme  de  la  vie ,  oubhé ,  tombé  en  disgrâce , 
le  vieux  guerrier  s'était  retiré  dans  un  coin  perdu  du  Diarbekr 
et  qu'il  cherchait  l'oubli  et  la  consolation  dans  le  culte  des 
lettres  et  les  bonnes  lectures.  L'ouvrage  d'Ibn  el-Djauzi  était 
alors  et  depuis  peu  de  temps  entre  les  mains  des  lettrés ,  Ou- 
çama  crut  faire  œuvre  pie  en  le  rendant  accessible  à  un  plus 
grand  nombre  de  lecteurs.  Il  n'hésita  pas  à  supprimer  et  les 
isnad,  c'est-à-dire  la  chaîne  des  témoignages  sur  lesquels  les 
traditions  reposent  et  d'où  elles  tirent  leur  authenticité ,  et  les 
répétitions  inévitables  dans  la  transmission  orale  des  hadts 
«  puisqu'elles  n'ajoutent  rien  à  la  valeur  du  témoignage  pour 
ceux  qui  ont  la  foi  et  sont  superflues  pour  les  autres». 

Tel  est  le  document  que  M.  Becker  a  jugé  assez  important 
pour  être  remis  partiellement  au  jour.  On  ne  lui  contestera  pas 
du  moins  le  mérite  de  la  rareté,  car  une  seule  copie  prove- 
nant de  la  collection  Landberg  et  acquise  par  la  Biblio- 
thèque de  Berlin  nous  l'a  conservé.  C'est  dire  qu  elle  n'est  ex- 
empte ni  d'incorrections ,  ni  de  lacunes  et  qu'il  ne  dépendait 
pas  de  son  éditeur,  malgré  tout  le  soin  qu'il  y  a  apporté,  de 


372  SEPTEMBHE-OCTOBRIi:    1900. 

la  rendre  plus  complète,  ni  meilleure.  Ibn  Djauzî  était  un 
érudit  de  premier  ordre ,  il  disposait  d'ui>e  riche  collection 
d'écrits  historiques  et  parénétiques.  M.  Becker  n'a  pas  négligé 
de  consulter  ceux  qui  lui  étaient  accessibles  et  de  les  com- 
parer aux  témoignages  plus  récents  de  Nawawi ,  de  Soyouti  et 
d'autres  écrivains  des  siècles  postérieurs.  Dans  son  introduc- 
tion ,  il  discute  avec  une  critique  judicieuse  la  valeur  de  ces 
documents,  surtout  au  point  de  vue  de  la  tradition,  et  ap- 
précie impartialement  la  recension  dont  nous  sommes  rede- 
vable au  bon  Ouçama. 

11  eût  certainement  été  désirable  que  M.  Becker  eût  pu  faire 
usage  du  texte  original  conservé  au  Caire ,  mais  lors  même 
qu'il  l'aurait  eu  à  sa  disposition ,  la  valeur  historique  de  la 
biographie  n'y  aurait  pas  gagné  grand  chose.  Ibn  Djauzî  et 
son  abréviateur  n'ont  eu  certainement  qu'un  même  dessein  : 
donner  le  type  parfait  du  khalife  au  nimbe  d'or,  du  saint  plus 
ou  moins  transfiguré  par  la  conscience  populaire.  Quant  aux 
principaux  événements  de  son  règne ,  intrigues  de  Yezîd  ben 
Mohalleb  dans  le  Khorassân,  insurrection  des  Harourites, 
premières  convulsions  du  parti  qui ,  quelques  années  plus  tard , 
devait  porter  au  pouvoir  la  maison  d'Abbas  ;  de  tout  cela  les 
deux  biographes  ne  diront  rien  ou  presque  rien ,  mais  ils  ra- 
conteront avec  attendrissement ,  et  plutôt  deux  fois  qu'une , 
que  le  pieux  Omeyyade  ne  dépensait  pas  plus  de  a  drachmes 
par  jour  et  qu'il  ne  pouvait  laver  son  linge ,  «  ne  possédant 
qu'une  robe  au  monde  et  qu'un  bonnet  ».  On  ne  prétend  pas 
nier  que  ces  menus  détails  n'aient  leur  intérêt  pour  l'étude 
de  la  vie  arabe  à  l'aurore  de  sa  civilisation ,  mais  les  plus  cu- 
rieux nous  étaient  déjà  connus  par  les  quatre  ou  cinq  pages 
que  Tabari  et  Ibn  el-Athir  ont  ajoutées  au  récit  historique  du 
règne  d'Omar  II.  En  résumé ,  nous  nous  croyons  en  droit  de 
regretter  que  M.  Becker,  dont  nous  reconnaissons  d'ailleurs 
la  consciencieuse  érudition,  n'ait  pas  demandé  aux  parties 
encore  inédites  de  l'histoire  musulmane  une  publication  d'une 
plus  haute  valeur  et  d'un  intérêt  plus  général 

B.M. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       373 

L'ÉPOPÉE  BYZA.XTiyE  À   LA  FL\  DU  X*"  SIECLE.   2"  partie,    BaSILE  II, 

«le  tueur  de  Bulgares».  Un  volume  grand  in-S",  vt  et  653  pages. 
Paris,  Hachette,  1900. 

M.  Gustave  Schiumberger  poursuit  avec  une  persévérance 
admirable,  soutenue  par  une  érudition  à  toute  épreuve 
l'histoire  de  ce  qu'il  appelle  à  juste  titre  VEpopéc  byzantine , 
ce  rayon  de  lumière  qui  du  règne  de  Nicéphore  à  l'avène- 
ment de  Constantin  Vlll  traverse  la  nuit  des  chroniques  de  By- 
zance. 

Ce  second  volume  est  exclusivement  consacré  au  règne  de 
Basile  II ,  le  héros  de  la  dynastie  macédonienne ,  le  basileus 
que  ses  victoires  et  aussi,  hélas,  ses  cruautés  ont  fait  sur- 
nommer le  Balgaroctonea  le  massacreur  de  Bulgares  ».  Ce  fut 
en  effet  une  suite  de  triomphes  sans  précédents  dans  les  an- 
nales du  Bas-Empire  que  ces  trente-six  années  de  règne  : 
destruction  complète  de  la  monarchie  et  presque  delà  natio- 
nalité bulgare ,  annexion  à  l'empire  des  principautés  armé- 
niennes et  géorgiennes ,  guerre  à  outrance  contre  le  Khalifat 
arabe  en  Syrie  et  en  Egypte,  lutte  contre  les  Normands  en 
Italie ,  rien  ne  manque  à  la  gloire  militaire  de  Basile  II.  Et 
ce  fut  aussi  un  fin  politique ,  un  bon  et  parcimonieux  admi- 
nistrateur. Ses  campagnes  sans  trêve  entamèrent  à  peine  les 
finances  de  l'Etat,  et  il  laissa  en  mourant  un  trésor  immense , 
des  ressources  de  toute  sorte  qui  ne  résistèrent  pas,  il  est 
vrai ,  à  l'incapacité  dé  Constantin  VIII  et  aux  folles  intrigues 
des  impératrices  Zoé  et  Théodora. 

Il  eût  été  regrettable  que  cette  période  historique  dont 
l'éclat  contraste  avec  les  humiliations  et  les  bassesses  des 
siècles  suivants  fût  restée  dans  l'oubli.  Les  quelques  chapitres 
que  Lebeau  lui  a  consacrés  ne  font  connaître  qu'imparfaite- 
ment ce  que  fut  la  vie  militaire,  administrative  et  sociale  de 
Byzance  à  la  fin  du  x'  et  pendant  le  premier  quart  du  xi*  siècle. 
Mais  la  tâche  était  lourde  et  l'insufBsance  des  sources  con- 
temporaines a  condamné  M.  Schiumberger  à  un  énorme 
labeur  pendant  dix  années.  Pour  obvier  au  silence  des  chro- 


374  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

niques  locales,  il  a  compulsé  les  annales  arabes  et  armé- 
niennes; manuels  hagiographiques,  inscriptions,  médailles 
et  sceaux ,  rien  n'a  échappé  à  ses  investigations  et  pour  leur 
donner  plus  de  précision  et  les  compléter,  il  a  de  nouveau 
visité  la  Grèce  et  la  Turquie  d'Europe. 

Autant  que  les  deux  premiers  volumes,  celui-ci  est  enrichi 
d'illustrations  qui  dénotent  le  même  souci  d'exactitude ,  les 
mêmes  préoccupations  artistiques.  Le  récit  historique 
s'éclaire  des  données  de  l'art  et  de  Tarchéologie.  On  sait  com- 
bien elles  sont  rares  pour  cette  époque  et  ce  n*est  pas  un  des 
moindres  mérites  de  l'auteur  d'avoir  su  réunir  et  reproduire 
fidèlement  une  collection  relativement  aussi  riche  en  mo- 
numents précieux;  ivoires,  coffrets,  mosaïques  et  minia- 
tures font  revivre  un  siècle  ignoré  et  comblent  une  lacune 
importante  dans  l'histoire  de  l'art  byzantin. 

Encouragé  par  le  succès  qui  a  accueilli  les  deux  premiers 
volumes  de  son  Épopée,  M.  Schlumberger  prépare  le  troi- 
sième avec  la  même  ardeur.  Qu'il  nous  permette  d'espérer 
qu'il  ne  considérera  pas  sa  tâche  comme  achevée.  Il  est  l'histo- 
rien indiqué  de  la-dyn^stie  des  Comnènes;  ni  le  temps,  ni  la 
faveur  du  public  ne  lui  manqueront  pour  terminer  l'œuvre 
grandiose  à  laquelle  son  nom  restera  attaché. 

B.  M. 


KuRUKH  Grammar, hy  tlie  Rev.  Perd.  Hahn , German  evangel.  Luth, 
mission.  Chôtâ  Nâpjpur.  —  Calcutta,  1900-,  xi-109  pages  in-S". 

La  langue  kurnkh,  parlée  par  plus  d'un  demi-million 
d'âmes ,  «  mérite ,  sans  aucun  doute ,  d'être  fixée  grammatica- 
lement » ,  dit  l'auteur  dans  sa  préface.  Une  «  Introduction  »  à 
la  Grammaire  de  cet  idiome  par  le  Rév,  0.  Flex,  de  la  mis- 
sion luthérienne,  publiée  en  1874  sous  les  auspices  du  Gou- 
vernement du  Bengale ,  étant  épuisée ,  le  Rév.  Hahn ,  de  la 
même  mission ,  a  été  invité  à  «  reviser  dans  l'intérêt  du  pu- 
blic la  grammaire  de  M.  Flex  ».  De  là  l'ouvrage  que  nous 
annonçons. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  375 

La  population  qui  parie  cette  langue  se  trouve  dans  plu- 
sieurs districts  du  Chôtâ  Nâgpur.  Kuriikh  est  le  nom  qu'elle 
se  donne,  nom  qui  se  rattache  soit  au  mot  kolarien  horo 
(homme),  soit  au  dravidien-scythe  kunik  (crieur,  parleur). 
Mais  elle  est  généralement  désignée  par  le  terme  Urao  ou 
Orao  dans  lequel  M.  Hahn  voit  une  contraction  de  Orgara, 
nom  du  totem  d'une  de  ses  tribus. 

Les  Urao  habitaient  primitivement  le  Carnatiquo;  aussi 
est-ce  avec  le  canara  que  leur  langue  a  le  plus  d'affinité.  De 
là  ils  se  dirigèrent  vers  la  Nerbadâ  et  s'établirent  dans  le  Bihar 
sur  les  Ijords  du  Son.  Chassés  de  là  par  une  des  premières 
invasions  musulmanes,  ils  se  divisèrent  en  deux  bandes,  les 
Mâler  et  les  Kuruklis;  la  ressemblance  qui  existe  entre  le 
langage  des  uns  et  des  autres  atteste  leur  conunune  origine. 

Le  kurakk  a  des  rapports  d'une  autre  nature  avec  le  Mun- 
dârï,  dialecte  kolarien  des  habitants  de  leur  nouvelle  patrie, 
qui,  bien  que  refoulés  par  eux,  se  mêlèrent  à  eux  sur  plusieurs 
j)oints ,  de  sorte  que  la  langue  mundârî  a  déteint  sur  le  kuiTikh. 
De  plus ,  l'étude  de  la  syntaxe  a  fait  reconnaître  une  influence 
marquée  de  l'hindi  et  du  bengali.  Du  reste ,  le  kurukh  fait 
partie  des  langues  dravidiennes  ;  M.  Hahn  Taffinne  à  l'en- 
contre  de  Caldwell  qui  regarde  le  fait  seulement  conmie  pro- 
bable ,  mais  qui  paraît  n'avoir  pas  eu  des  documents  suffisants 
pour  émettre  un  avis  éclairé. 

Le  kurukh,  ne  s'écrivant  pas,  n'a  pas  d'alphabet  spécial. 
L'auteur  emploie  donc  dans  sa  granwnaire  l'alphabet  romain  ; 
mais  il  a  cependant  adopté  le  devanâgarî  dont  se  servent  les 
individus  de  cette  race  qui  ont  quelques  éléments  d'éducation. 

La  granunaire  est  divisée  en  deux  parties  :  i  "  les  Formes 
(chap.  i-xi);  :i°  la  Syntaxe  (chap.  xii-xvii).  Une  troisième 
partie  est  fonnée  de  douze  appendices  généralement  très 
courts,  savoir:  I.  Liste  des  noms  totémistes;  II.  Mots  kurukh 
dont  les  racines  se  trouvent  dans  la  grammaire  comparée  de 
Caldwell;  III.  Rapprochements  du  kurukh  et  du  malto  (langue 
des  Mâler);  IV.  Mots  communs  au  kurukh  et  au  mundârî; 
\  .  Elément  dravidien  du  mundârî  ;  VI.  Divisions  de  la  journée  ; 


370 


septkmbre-octobrp:  iqoo. 


Vil.  Divisions  de  l'année;  VIII.  Mesures  de  longueur  ;  IX.  Dé- 
mons (18  noms);  X.  Villages  (26  noms);  XI.  Villages  mun- 
dârï  (11  noms);  XII.  Livres  kurukh,  composés  par  Fauteur 
(traduction  des  Evangiles,  extraits  de  la  Bible,  catéchismes 
ou  instructions  religieuses,  le  tout  imprimé  en  devanâgari). 

Il  n'y  a  pas  de  littérature  kurukh  indigène  ;  mais  le  désir 
du  Gouvernement  du  Bengale  est  que  cette  grammaire  soit 
suivie  d'un  «  Vocabulaire  complet  »  et  d'une  «  Collection  du 
Folklore  ».  M.  Hahn ,  qui  est  chargé  de  ce  travail  complé- 
mentaire ,  s'en  est  tenu  strictement  à  la  grammaire  dans  celui 
qu'il  vient  de  publier,  tout  en  y  faisant  entrer  «  environ 
i^oo  mots  kurukh  afin  que  l'étudiant  ait  un  bon  stock  pour 
commencer  » ,  avec  un  nombre  respectable  de  «  sentences  et 
d'idiotismes». 

Je  ne  puis  entrer  dans  des  détails  sur  la  grammaire;  je  me 
bornerai  à  donner  les  noms  des  dix  premiers  nombres  car- 
dinaux et  ordinaux,  les  pronoms  personnels  avec  le  présent 
du  verbe  substantif  et  une  phrase  kurukh. 


NOMS  DE  .NOMBRE. 

oud 

= 

un 

mundtâ 

= 

premier 

end 

= 

deux 

endtà 

= 

deuxième 

mùnd 

•= 

trois 

mûndtâ 

— 

troisième 

nâkli 

= 

quatre 

nâklità 

= 

quatrième 

parwè 

= 

cinq 

pantâ 

= 

cinquième 

soyë 

= 

six 

so'eta 

= 

sixième 

sàyê 

= 

sept 

saela 

= 

septième 

âkh 

z=^ 

huit 

âkhtâ 

= 

liuitième 

nûyê 

= 

neuf 

nfietâ 

= 

neuvième 

doye 

(iiK 

VERBE 
PI 
en  tnldan 
nîn  taldai 
fis  laldas 

do'etâ 

SUBSTANTIF 
IKSENT. 

je  suis 
tu  es 
il  est 

dixième 

rni  taldam 

nous  sommes 

NOUVELLES  Kl    M^ 

nâmtaldat         non»  sorausËa  %ot*- 
nïni  taldar  \oiis  êtes 

âr  talnar  ils  sont 

Mais  ceci  n'est  que  le  iiiasciiliri  ;  il  y  a  âiissî  la  i 
féminine  et  la  conjugaison  neutre;  Il  y  n  tlt*  [ihiw^ 
forme,  la  forme  défini<\  t'elle-cî  étfml  imléruiit*. 
a  le  négatif  «  ne  pas  êtrt*  I^  (  mahîan  ). 

PMH\SE  KUHLIKH. 
<l.s    tambas       rfithi        ronhtl     fthatltlm  iMm» 
nie    patr-    is  {iiônJ   rlilecUi't 

Nous  terminons  ce  coinjjUi  rentlti   (inr  i\e^  fL'IictUli 
des  remerciements  aux  îiiitorltés  cl  uu\  SiU;inl&  de  i 
tannique,  pour  lapersévi^^r^nce  et  le  zèle  tfui|j 
de  sauver  de  la  destruction  totnie  ou 
exposés  à  périr,  à  cause  du  petit  no 
des  populations  qui  les  pEi  rient* 


Cilirisliaii  (iarnier  :  T.  U.  (i,  Mrikom 

nrrate  des  nonis  (j  'ayraphi^ptes.  l*iiris.  (jCroiU, 

La  transcription  dessigui^s  et  des  sons  des  dîverseal 
du  monde  sous  un  alphabet  unique  a  préoccupé  depuis  ioi 
temps  les  linguistes  (Jones,  Volney.  Lopsiu^,  clc),  bieiUoI 
rebutés  par  l'écbcc  de  leurs  eflbrls.  Aprûs  avoir  manifeste  h 
dessein  de  tout  transcriri.»!  ^  on  en  vint  ninsi  à  mépriser^ toute 
méthode,  et  à  s'accoutumer  à  unecocophoniequi  introdiiîsaîl 
dans  l'onomastique  géogrnpliique  des  confusions  insurmon- 
tables pour  les  lecteurs  des  caries  et  des  ouvrrjges  spéciaux. 
Soucieuse  de  remédier  à  cette  situation ,  la  Société  de  géo- 
graphie de  Paris  fit  rédiger  en  1 88(> ,  par  une  commission , 
un  ensemble  de  principes  f;;énérau\ ,  dont  l'application  [par- 
tielle a  déjà  rendu  quelques  sei'vices.  Mais  pour  être  Yi-oimeiit 
utile,  un  système  de  transcription  des  noms  géographiques 


378  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

devait  prendre  un  caractère  international  et  être  adopté  par 
les  géographes  de  tous  les  pays,  La  question  fut  donc  mise  à 
l'étude  au  Congrès  de  géographie  de  Londres  et  au  Congrès 
des  Orientalistes  de  Genève  en  189  5  \  Elle  a  été  présentée 
de  nouveau  au  Congrès  de  géographie  de  Berlin  et  au  Con- 
grès des  Orientalistes  de  Rome  en  1 899 ,  non  plus  comme 
un  vague  projet,  mais  sous  la  forme  d'une  méthode  complè- 
tement étudiée ,  dans  l'ensemble  et  dans  les  détails. 

Reprenant  en  effet,  sans  y  songer,  le  dessein  de  Lepsius, 
M.  Christian  Garnier  a  conçu  un  système  de  transcription 
qui  serait  à  la  fois  général,  orthographique  et  phonétique. 
La  méthode  de  travail  de  M.  Garnier  est  excellente  :  il  a  ap- 
pris l'alphabet  et  les  éléments  de  la  phonétique  de  la  plupart 
des  langues  vivantes  connues ,  et  rapprochant  les  sons  et  les 
signes ,  il  a  tiré  de  son  étude  un  alphabet ,  composé  des  ca- 
ractères de  l'alphabet  latin  avec  adjonction  de  signes  ortho- 
gi'aphiques  et  à  l'exclusion  presque  complète  de  caractères 
étrangers.  M.  Garnier  est  arrivé  ainsi  à  un  ensemble  très  clair 
et  à  un  alphabet  très  maniable  qu'il  serait  souhaitable  de 
voir  adopté  par  tous  les  géographes  ;  quoi  qu'il  eh  soit ,  son 
travail  aura  une  heureuse  influence  sur  l'orthographe  géo- 
gi^aphique. 

Il  semble  pourtant  assez  difficile  de  réaliser  une  méthode 
qui  soit  à  la  fois  orthographique  et  phonétique.  On  comprend 
qu'il  soit  possible  d'arriver  à  une  transcription  plus  ou  moins 
compliquée,  mais  précise  et  complète,  des  caractères  des 
langues  qui  possèdent  un  alphabet ,  et  dont  les  formes  connues 
ne  peuvent  donner  heu  ni  à  une  hésitation ,  ni  à  une  dis- 
cussion. Il  est  moins  facile  d'imaginer  une  méthode  générale 
de  transciiption  des  sons ,  dont  les  variations  légères  sont  si 
(lifficiles  à  apprécier  dans  la  bouche  même  des  indigènes.  La 
difficulté  s'accroit  encore  quand  il  s'agit  de  réaliser  un  sys- 
tème qui  soit  à  la  fois  orthographicpie  et  phonétique  :  un 
même  caractère  subit  des  variations  de  son  considérables 

'  Voir  à  ce  sujet  Henri  Gordier  :  Les  Etudes  chinoises  (1895-1898). 
1899,  p.  33. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  379 

t 

dans  une  même  langue  ou  dans  un  même  groupe  de  langues  ; 
le  afn  arabe-turc-persan ,  par  exemple ,  peut  représenter  le 
«  cri  du  chameau  » ,  ou  une  gutturale  plus  faible ,  ou  une  ex- 
piration ,  ou  rien  du  tout  ;  en  voulant  rendre  compte  de  ces 
variations  on  s'exposerait,  semble-t-il,  soit  à  une  déconcer- 
tante abondance  de  caractères ,  soit  à  la  confusion.  D'ailleurs , 
M.  Ciarnier  ayant  pris  pour  principe  de  son  excellent  travail 
la  transcription  orthographique ,  a  évité  les  hésitations  qu'au- 
rait pu  jeter  dans  sa  méthode  une  influence  trop  grande  de 
la  représentation  des  sons. 

L'auteur  n'a  pas  eu  la  joie  de  voir  imprimée  une  œuvre 
qui  faisait  si  grand  honneur  à  son  activité  intellectuelle. 
Luttant  avec  une  admirable  énergie  contre  un  mal  inguéris- 
sable ,  il  a  péniblement  aclievé  son  travail ,  soutenu  par  Tes- 
poir  d'être  utile. 

M.  Gaudefroy-Demombynes. 


A  HisTORY  OF  Ottoman  poetry,  by  E.  J.  W.  Gibb.  Volume  I, 
London,  1900.  Luzac  and  C",  in-8",  XV-.45.4  pages. 

Au  moment  de  mettre  sous  presse ,  nous  recevons  le  pre- 
mier volume  d'une  étude  de  grande  étendue  que  M.  Gibb  se 
propose  de  consacrer  à  la  poésie  des  Ottomans.  —  Feu  M.  de 
Hammer,  il  est  vrai ,  avait  déjà  publié  la  liste  de  ces  poètes 
et  quelques  extraits  de  leurs  élucubrations  dans  sa  Geschichte 
dcr  Osmanischen  Dichtkanst  dont  la  fin  parut  en  i838.  Mais 
on  sait  comment  travaillait  cet  infatigable  compilateur.  Son 
ouvrage  calqué  sur  les  Tezkérès  orientaux  dont  Doolet-Ghâh 
a  donné  le  modèle  n'est  guère  qu'un  index  biographique 
entremêlé  de  citations  prises  au  hasard  et  comme  toujours 
traduites  à  la  grâce  d'Allah.  En  revanche,  rien  ou  presque 
rien  de  ce  qui  pourrait  nous  éclairer  sur  l'origine,  les 
développements  de  cette  littérature ,  les  influences  qu'elle  a 
subies,  etc.,  ne  se  trouve  dans  les  quatre  gros  volumes  de 
l'orientaliste  autrichien. 


380  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1900. 

M.  Gibb  qui  a  voué  sa  vie  au  culte  de  la  muse  ottomane 
s'est  proposé  de  compléter  l'œuvre  de  son  prédécesseur,  en 
étudiant  les  phases  diverses  de  cette  poésie  dans  ses  princi- 
paux représentants ,  et  il  en  compte  environ  une  dizaine.  C'est 
une  entreprise  difficile,  ingrate,  mais  pourtant  méritoire 
dont  il  ne  nous  donne  encore  que  l'esquisse  :  il  serait  donc 
injuste  de  porter  sur  elle  un  jugement  définitif.  Nous  ne 
pouvons  toutefois  nous  dissimuler  que  le  système  général  et 
le  plan  adopté  par  l'auteur  soulèveront  de  graves  objections. 
La  division  de  la  poésie  ottomane  en  six  périodes  représentées 
par  de  prétendus  chefs  d'école  qui  ne  se  distinguent  les  uns 
des  autres  que  dans  leur  servilité  à  l'égard  de  la  poésie  per- 
sane, mais  surtout  l'avènement  tout  récent  d'une  évolution  qui 
modifierait  de  fond  en  comble  le  génie  poétique  de  la  Turquie 
moderne  et  le  tirerait  de  la  torpeur  des  vieilles  traditions  où 
il  languit  depuis  plus  d'un  siècle,  pour  le  ranimer  au  soufile 
du  génie  européen ,  voilà  une  thèse  que  M.  Gibb  fera  diffici- 
lement accepter  des  orientalistes  —  et  ils  ne  sont  pas  nom- 
breux —  qui  n'ont  pas  reculé  devant  l'étude  de  cette  poésie 
délaissée,  et  délaissée  à  juste  titre  parce  qu'elle  n'a  jamais 
été  qu'un  pale  reflet,  qu'un  pastiche  incolore  de  la  poésie 
persane.  —  Mais  quoiqu'il  arrive,  remercions  dès  à  présent 
M.  Gibb  de  tenter  une  réhabilitation  qui,  dût -elle  échouer, 
laissera  intacte  sa  réputation  de  connaisseur  bien  documenté 
et  fera  honneur  au  dévouement  désintéressé  qu'il  déploie  en 
faveur  d'une  cause  considérée  comme  perdue. 

B.  M. 


Vient  de  paiiaÎtue  :  Le  traité  de  jurisprudence  de  Sidi  Khalil, 
texte  arabe,  nouvelle  édition  entièrement  revue  et  corrigée  :  en 
vente  chez  E.  Leroux,  éditeur  de  la  Société  asiatique.  Prix  :  6  fr. 


Le  gérant  : 
Rlbens  Duval. 


JOURNAL  ASIATIQUE, 

NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 
UNE  INSCRIPTION 

DU 

ROYAUME  DE  NAN-TCHAO, 

PAR 

EDOUARD  GHAVANNES. 


INTRODUCTION. 

L'inscription  dont  on  va  lire  plus  loin  la  tra- 
duction a  été  gravée  en  Tan  766  de  notre  ère,  sous 
le  règne  de  Ko-lo-fong  HiBiH'^^^  ^^  Nan-tchao 
]^  ig ,  et  érigée  dans  la  ville  de  Tai-ho  tch'eng  -j^ 
%i  M'  capitale  de  ce  roi,  à  1 5  li  au  sud  de  la  ville 
préfectorale  de  Ta-li  >^S,  dans  la  province  de 
Yun-nan.  Ce  monument  subsiste  encore  de  nos 
jours  dans  l'endroit  même  où  il  fut  placé;  mais 
il  est  fort  endommagé,  et,  sur  3, 800  mots  que 
comptait  finscription ,  on  n  en  peut  guère  déchiffrer 
maintenant  que  800;  l'estampage  que  je  dois  à 
l'obligeance  de  quelques  missionnaires  français  en 
Chine,  est  mémo  loin  de  présenter  un  aussi  grand 
nombre  de  caractères  lisibles  ^  On  s'explique  aisé- 

^  J'exprime  ici   tous  mes  remerciementii  au  P.  Le  Guilcher,  à 
XVI.  25 


luraiiiraiB  «atioxalr. 


382  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

nient  l'état  de  dégradation  de  cette  stèle  en  appre- 
nant que,  lorsque  répigrapbiste  Wang  Tch'ang  3E 
^B  (1724-1806)  la  découvrit,  elle  gisait  à  terrn  et 
était  connue  dans  Ja  région  sous  le  nom  significatif 
de  «pierre  à  aiguiser  les  couteaux^  ».  En  réalité,  la 
teneur  de  cette  inscription  resterait  pour  nous  lettre 
close  si  le  texte  complet  ne  nous  en  avait  pas  été 
conservé  dans  le  Yun-nan  fong  tche  S  ^  ^  ^ 
dont  la  première  édition  date  de  1691.  Ce  texte  a 
été  réédité  par  Wang  Tch'ang  dans  le  chapitre  clx 
du  Kin  che  tsoei  pien  ^  Ç  ^  ^,  publié  en  i8o5, 
et  par  Che  Fan  |jp  |£  dans  la  7*  partie  du  VUP  livre 
du  Tien  M  îR  |g  publié  en  1807.  Ce  sont  les  pages 
du  Tien  hi  contenant  cette  inscription  que  nous  re- 
produisons ci-après. 

Sur  le  verso  de  la  stèle  étaient  gravés  les  noms 
des  principaux  officiers  du  royaume  de  Nan-tchao; 
cette  nomenclature  n  a  guère  d'autre  intérêt  que  de 
nous  faire  connaître  quelques  titres  et  quelques 
fonctions  publiques;  on  la  trouvera,  ou  du  moins 
on  trouvera  les  fragments  qui  en  ont  subsisté  sur  la 
stèle,  dans  le  clx*  chapitre  du  Kin  che  tsoei  pien. 

M^'  Excoilier  et  aux  RR.  PP.  Havret  et  Ghambeau  qui  ont  bien 
voulu  s'occuper  de  me  procurer  cet  estampage.  Cette  pièce  se  com- 
pose de  quatre  feuilles  de  papier  collées  de  manière  à  former  un 
rectangle;  mais  la  feuille  supérieure  de  gauche  devrait  en  réalité  se 
trouver  à  droite  des  feuilles  de  droite;  des  quelques  cas  où  k  telle 
du  Kin  che  tsoei  pien  présentait  de  légères  différences  avec  cdui  du 
Tien  ki,  un  seul  a  pu  être  contrôlé  au  moyen  de  cet  estampage; 
dans  les  autres  cas ,  le  texte  s'est  trouvé  illisible. 

'  isvf-smj}^  (î"»*"  *'■'  VI".  7.  p-  >4  V). 


UJSE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     383 

Sans  refaire  Thistoire  du  Nan-tchao^^  il  importe 
de  rappeler  quels  sont  les  événements  auxquels  il 
est  fait  allusion  dans  Tinscription. 

Fi-lo-ko  jSt  /ffi  ^  >  père  et  prédécesseur  de  Ko-lo- 
fon(j,  est  le  véritable  fondateur  du  royaume  de  Nan- 
icliao.  Lorsqu'il  monta  sur  le  trône  en  Tan  728^,  il 
ne  possédait  qu  un  petit  territoire  qui  est  le  district 
actuel  de  Mong-hoa  ^it*  nu  sud  de  Ta-li  fou. 
Comme  son  nom  de  famille  était  Mong,  on  appelait 
ce  pays  le  Mong-cho  tchao  ^  ^  10 ,  c  est-à-dire  le 
Tchao  demeure  de  (la  famille)  Mong;  on  lui  donnait 
aussi  le  nom  de  Nan-tchao  ou  tchao  méridional.  Le 
mot  tchao  est  un  mot  de  la  langue  thaïe  qui  signifie 
«<  roi  »  ;  on  le  retrouve  encore  aujourd'hui  dans  le 
titre  du  roi  de  Siam  et  dans  celui  de  tous  les  chefs 
laotiens  de  flndo-Chine  centrale.  11  est  probable 
que,  comme  on  Tadmet  généralement  aujourd'hui^, 
la  famille  princière  du  Nan-tchao,  sinon  toute  la  po- 
|)ulation  de  ce  pays ,  appartenait  à  un  rameau  de  la 
race  thaïe. 

Au  nord  du  Nan-tchao  ou  tchao  méridional  s  éche- 

'  Le  chapitre  de  Thistoire  des  Tang  relatif  au  Nan-tchao  a  été 
traduit  par  M.  E.  H.  Parker  (  The  early  Laos  and  China,  dans 
China  Review,  vol.  XIX,  p.  67-106).  L'histoire  du  Nan-tchao  a  été 
racontée  par  le  même  sinologue  (  The  old  thai ,  or  Shan  Empire  oj 
fVcstern  Yunnan  ,  dans  China  Review ,  vol.  XX,  p.  337-346)  et  par 
M.  E.  Rocher  [Histoire  des  princes  du  Yun-nan,  dans  Toung  pao , 
vol.  X,p.  1-32,  ii5-i5a.  337-368,  437-458). 

*  Seizième  année  h'ai-juen» 

^  C'est  Topinion  soutenue  par  M.  E.  H.  Parker  dans  les  articles, 
précités  de  la  China  Review ,  et  par  M.  Pierre  Lefbvre-Portalis  (  L'in» 
vasion  thaïe  en  Indo-Chine  dans  T'ong  pao,  vol.  VIII,  p.  67). 

a5. 


384  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

ionnaient  cinq  autres  principautés  qui  formaient 
avec  lui  les  six  tchao.  On  rencontrait  d'abord  les 
trois  La/ijf  H  M  »  ainsi  nommés  parce  que  les  habi- 
tants étaient  appelés  des  Lang  M  A  *  ;  les  trois  Lang- 
étaient  :  i°  le  Che4ang  tchao  JÊ  M  tS»  qui  occupait 
le  territoire  actuel  de  Mong-ts'e-ho  |^  ^  ft ,  dans 
la  sous-préfecture  de  Lang-k'iong^;  'i**  le  Teng-chan 
tchao  il  W^  IB  ^»  qui  est  aujourd'hui  la  préfecture 
secondaire  de  Teng-tch'oan  Sf$  /l[  ;  3**  enfin  le  Lang- 
liiong  tchao  M  ^  fS  *  qui  correspond  à  la  sous-pré- 
fecture moderne  de  Lang-k'iong. 

Plus  au  nord  était  le  tchao  de  Yue-si  M  ¥r  M 
dont  la  capitale  était  sur  1  emplacement  de  la  ville 
actuelle  de  Li-kiangfou  ^  ûQ.  On  l'appelait  aussi  le 
Yue-si  Mo-so  tchao  jfâ  ^  J^  :§  S  et  cette  dénomina- 
tion indique  que,  dès  cette  époque,  cette  région  était 
habitée  par  des  tribus  mo-so  d'origine  tibétaine*. 

Le  plus  septentrional  des  six  tchao  ét^i  celui  de 

1  rien  Al*,  VU,  i .  p.  67  ^^ 

^  Cette  identification  et  celles  qui  vont  suivre  sont  tirées  du 
Tien  /li,  VIT,  2 ,  p.  5  r°.  Cf.  Dbybria,  La  Jrontière  sino-annandte , 
p.  120,  n.  1. 

'  Le  mot  g'^  chan  se  retrouve  dans  un  grand  nombre  de  noms 
de  lieux;  il  est  souvent  écrit  |^  tan  ou  |j^  (prononcé  kiéh,  ap. 
Tien  Ai,  I,  2,  p.  19  v");  c'était  un  mot  indigène  qui  signifiait  t ar- 
rondissement» j^  (Tienhi,  T,  1,  p.  22,  r°);  il  correspond  au 
mot  siamois  ou  laotien  qu'on  écrit  Xieng  ou  Keng  (Parker,  China 
Review,  vol.  XIX,  p.  75,  n.  65;  Deyéria,  La  frontière  sino-anna" 
mite,  p.  101 ,  n.  1). 

^  Le  dictionnaire  de  K'ang-hi  indique  que  le  mot  «^  se  prononce 
ici  so  ^ .  Les  Mo-so  ont  été  étudiés  par  le  P.  Desgodins  (  t  Notes 
ethnographiques  sur  le  Thibet»,  dans  Annales  de  V Extrême-Orient, 
juillet  1879J,  par  Terrien  de  La  Couperie  (Beginning$  ofwriting 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     385 

Mong-hi  ^-^13,  dont  le  nom  rappelle  celui  de 
l'ancienne  commanderie  de  Yue-hi^  M"^^  qui 
occupait  le  même  territoire.  Cette  principauté  s'éten- 
dait sur  toute  la  vallée  de  Kien-tch'ang  JÉ  ^  et 
avait  pour  capitale  la  ville  actuelle  de  Ninq-yiien  fou 
^  j& ,  qui  est  située  dans  le  sud-ouest  de  la  province 
de  Se-tclioan ,  non  loin  de  la  petite  rivière  Ngan- 
ning  ^  ^ ,  affluent  de  gauche  du  Ya-long  hiang^. 

Tant  que  les  six  tchao  restaient  divisés,  aucun 
d'eux  n'était  redoutable;  il  était  de  l'intérêt  du  gou- 
vernement chinois  de  maintenir  cet  état  de  dés- 
union qui  les  afTaiblissait.  Mais  P'i-/o-feo,  roi  du  Nan- 
tchao,  était  ambitieux  et  le  représentant  de  la  Chine 
dans  les  régions  du  sud-ouest  était  vénal;  il  le  gagna 
par  des  présents;  puis,  sûr  de  n'être  pas  inquiété 
de  ce  côté,  il  attaqua  et  vainquit  les  cinq  autres 

around  Tibet, à&ns  Journal  ofthe  Royal  Asiatic  Society,  i885,  n.  s., 
\o\.  XVII,  p.  454-470,  avec  des  fac-similés  de  deux  manuscrits 
mosso),  par  Devkria  (La  frontière  sino-annaniite ,  p.  1 64- 166,  avec 
un  fac-simiié  de  manuscrit  mosso),  par  M.  C.  E.  Bonin  («Note  sur 
un  manuscrit  mosso»,  dans  Actes  du  XI'  Congrès  international  des 
Orientalistes,  2*  section,  p.  1-10).  —  Les  Mo-so  sont  de  race  tibé- 
taine; les  six  tchao  n'étaient  donc  pas  tous  de  race  thaïe. 

•  DevÉria,  La  frontière  sino-annamite ,  p.  120,  n.  1  :  «En  dépit 
des  auteurs  chinois  qui  veulent  que  le  second  de  ces  caractères 
se  prononce  souei,  les  habitants  le  prononcent /ti.  On  doit  donc  dire 
Yu(i-hi.» 

2  Cette  contrée  est  décrite  par  Marco  Polo  sous  le  nom  de 
Gaindu,  qui  n'est  autre  que  K'iong-tou  Jp  ^,  ancienne  ville  qui 
se  trouvait  au  sud -est  de  la  ville  actuelle  de  Ning-yuen-fou, 
D'après  Colborne  Baber,  qui  a  décrit  la  vallée  de  Kien-tcKang,  le 
pays  de  Gaindu  devait  être  habité,  au  temps  de  Marco  Polo,  par 
d(*s  Menia,  tribu  de  langue  tibétaine  [Travels  <inrf  researches  in 
JVestern  China,  p,  82). 


380  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

tchao.  Devenu  seul  roi  dun  grand  royaume,  il 
transféra  sa  capitale  à  Tai-ho  tch'eng ,  près  de  la  ville 
actuelle  de  Ta-li  fou;  la  cour  de  Chine  le  combla 
d'honneurs  et  lui  décerna  le  titre  de  roi  du  Yun-nàn; 
quand  Fi-lo-ko  mourut  en  7  /i  8 ,  elle  conféra  l'héré- 
dité de  toutes  ses  dignités  à  Ko-lo-fong. 

Mais  cette  bonne  harmonie  ne  devait  pas  être 
durable.  Dune  part,  le  désir  de  la  Chine  de  s  ouvrir 
un  chemin  conduisant  au  Tonkin  à  travers  le  torri- 
toire  des  tribus  Ts'oan  ^ ,  les  ancêtres  des  Lolos 
actuels,  au  sud  de  Yun-nanfoa,  d'autre  parties  ob- 
scures intrigues  des  chefs  indigènes  les  ims  contre 
les  autres,  bouleversèrent  ces  tribus.  Ko-lo-fong  inter- 
vint pour  rétablir  l'ordre;  ses  intentions  furent  msd 
interprétées  par  le  gouvernement  du  Céleste  Empire 
et  c'est  à  grand'peine  s'il  put  se  justifier. 

Ces  incidents  avaient  créé  des  sentiments  de  sus- 
picion mutuelle  entre  le  Nan-tchao  et  la  Chine.  L  offi- 
cier chinois  TchangKien-fo  5i  )È  PÊ  ne  fit  rien  pour 
les  dissiper.  Ko-lo-fong  exposa  ses  griefs  contre  lui  à 
lempereur  qui,  mal  disposé  pour  le  roi,  répondit  en 
envoyant  trois  armées  qui  devaient  envahir  le  JVafi- 
tchao  simultanément  par  le  Se-tch'oan  et  le  Tonkin. 
Ko4o-fong  fit  encore  des  ouvertures  pacifiques  qui 
furent  repoussées  ;  n'ayant  plus  alors  d'autre  moyen 
de  salut,  il  se  mit  en  personne  à  la  tête  de  ses 
troupes,  et,  dans  l'été  de  Tannée  ySi,  il  attaqua 
avec  l'énergie  du  désespoir  le  général  5i>7i-ytt  Tchong- 
fong  ft^  'T  f4'  il  qui  approchait  déjà  de  sa  capitale. 
La  rencontre  eut  lieu  à  25  /i  à  l'ouest  de  la  préfec- 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.    387 

ture  secondaire  de  Tchao  j^\  sur  les  bordi  du  lac 
Eul  /lai  Î5î§;.les  Chinois  furent  écrasé»  et  per- 
dirent plus  de  60,000  hommes. 

Effrayé  de  son  propre  succès  et  craignant  des 
représailles  terribles,  Ko-lo-fong  chercha  un  allié  et 
le  Irouva  dans  le  roi  du  Tibet.  Le  Tibet,  alors  à 
i*apogée  de  sa  puissance,  pouvait  tenir  lête  à  la  Chine; 
ils*empressa  d'accueillir  le  renfort  qui  s'offrait  à  lui; 
il  contracta  avec  le  Nan-tchao  une  étroite  alliance  et 
décerna  à  Ko-lo-fong  le  tilre  de  btsanpo  cadet,  btsanpo 
étant  le  titre  royal  au  Tibet. 

Fort  de  cet  appui,  Ko-lo-fong  put  repousser  les 
allaques  chinoises.  En  764,  il  remporta  une  écla- 
tante victoire  sur  le  général  Li  Mi  ^^,  qui  avait 
eu  l'imprudence  de  s'avancer  jusqu'à  Teng-tch'oan 
SfJ  jl[,  au  nord  de  Ta-lifou;  plus  de  200,000  sol- 
dats chinois  trouvèrent  la  mort  dans  cette  campagne. 

Presque  aussitôt  après,  Ngan  Lou-chan  ^  Iji  [Il , 
général  d  origine  barbare  au  service  des  Tang,  se 
révoltait  contre  eux  et  mettait  Tempire  à  deux  doigts 
de  sa  perte.  Il  s'empara  de  la  capitale,  Tch'ang-ngan, 
et  l'empereur  Hiuen-tsong  dut  s'enfuir  dans  le  Se- 
tcKoan.  Son  fils,  qui  fut  l'empereur  Sou-tsong,  en- 
treprit de  sauver  la  dynastie;  à  la  tête  des  troupes 
qui  lui  étaient  restées  fidèles,  il  parvint  à  reprendre 
sa  capitale  en  novembre  757.  Il  eut  encore  à  lutter 
conlre  les  rebelles  qui  se  défendaient  de  place  en 
place  jusqu'à  Tannée  763.  Mais  alors  les  Tibétains 
profitèrent  de  l'épuisement  de  la  Chine  pour  l'en- 

'    Tien  Al,  1,  1,  p.  22  v\ 


388  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

vahir;  ils  pénétrèrent  à  leur  tour  dans  TcWang-ngan 
qu  ils  pillèrent.  Ils  prétendirent  même  mettre  sur  le 
trône  un  nouvel  enjpereur;  cependant  au  bout  de 
quinze  jours,  craignant  quelque  surprise,  ils  éva- 
cuèrent subitement  la  place.  Ils  continuèrent  à  oc- 
cuper une  grande  partie  du  Kan-son  pendant  les 
années  -76/1  et  768. 

Le  prince  du  Nan-tchao  fut  au  bénéfice  de  la  fai- 
blesse des  Chinois  et  de  la  vaillance  des  Tibétains. 
Il  affermît  son  royaume  dans  le  Yun-nan  et  dans  le 
sud  AuSe-tcKoan.  En  Tan  768 ,  étant  assuré  que  fem- 
pire  ne  pouvait  faire  aucun  retour  offensif,  il  dirigea 
une  expédition  contre  le  pays  de  Siun-tch'oan  ^  ^ , 
qui  doit  être  une  partie  de  la  Birmanie;  il  parait 
avoir  étendu  sa  domination  jusqu'aux  rivages  du  golfe 
du  Bengale.  Du  côlé  de  Test,  il  s'établit  dans  la  ville 
de  Ngan-ning  ^  ^  qui  commandait  les  tribus  Ts'oan 
et  étjait  comme  la  porte  de  la  route  menant  au  Ton- 
kin.  Enfin,  en  fan  765,  il  chargeait  son  fils  aîné, 
Fonq-Ha-i  M»  ÎIB  S  d  élever  les  remparts  de  la  cité  de 
Tche-tong  $S  ^^  »  qui  ïïest  autre  que  Tactuel  Yan-nan 
foa  et  qui  devait  devenir  plus  tard ,  sous  le  nom  de 
Chanchan  ^Ç  B| ,  la  seconde  capitale  du  Nan-tchao. 

La  partie  historique  de  l'inscription  se  termine  ici. 
Elle  prend  donc  fin  au  moment  où  le  Nan-tchao  est 
inféodé  à  la  cour  tibétaine  et  où  il  a  rompu  tout  lien 
de  vassalité  avec  la  Chine.  Cependant  on  ne  peut 
s*empêcher,  en  lisant  ce  texte,  de  remarquer  les  mé- 
nagements extrêmes  avec  lesquels  on  y  parle  du  gou- 
vernement chinois;  nulle  part  l'empereur  nVst  ac- 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     389 

cusé  d'avoir  eu  de  mauvaises  intentions  à  Tégard  du 
Nan-tchao;  on  se  borne  à  regretter  qu  il  ait  été  trompé 
par  son  entourage  et  toute  la  faute  est  rejetée  sur 
des  officiers  ambitieux  ou  slupides.  Ko-lo-fong  ne  perd 
pas  une  occasion  de  protester  de  la  loyauté  de  sa  con- 
cluite;il  montre  que,  s'il  s'est  révolté,  c'est  qu'il  a  élé 
forcé  de  le  faire  et  il  semble  désireux  de  se  récon- 
cilier avec  son  ancien  suzerain.  C'est  bien  ainsi  que 
l'histoire  des  Tang  a  compris  le  sens  de  cette  inscrip- 
tion puisqu'elle  la  résume  en  disant  :  «  Il  dressa  une 
stèle  à  la  perle  de  sa  capitale  pour  exposer  que,  s'il 
s'était  révollé,  c'est  qu'il  n'avait  pu  faire  autrement. 
Il  y  disait  :  Mes  ancêtres  ont,  de  génération  en  gé- 
nération, reçu  à  plusieurs  reprises  du  Royaume  du 
Milieu  l'investiture  et  des  présents;  mes  descendants 
seront  disposés  à  se  soumettre  à  lui  et  s'il  vient  un 
envoyé  des  Tang,  ils  pourront  lui  montrer  cette  stèle 
pour  justifier  ma  faute  ^  » 

Il  est  certain  que  le  Nan-tchao  avait  des  affinités 
profondes  avec  la  Chine  à  laquelle  il  devait  toute  sa 
cullure  intellectuelle.  Quoiqu'il  eût  rompu  avec  elle 
pour  s'allier  au  Tibet,  c'est,  non  en  tibétain,  mais  en 
chinois,  que  cette  inscription  est  rédigée.  La  langue 

*  Tancf  chou,  chap.  ccxxii,  a,  p.  2  v".  V Histoire  des  T'ang  men- 
lionnc  l'érection  de  cette  stèle  aussitôt  après  la  défaite  de  Sien-ya 
Tchong'-t'ong  en  751;  c'est  ce  qui  fait  dire  à  fVang  Tch'ang  [Kin 
elle  tsoei  pien,  cliap.  CM,  p.  16  r")  qu'il  y  avait  deux  stèles  :  Tune, 
datée  de  762,  et  qui  aurait  disparu  serait  celle  à  laquelle  fait  al- 
lusion le  T'ang  chou;  l'autre,  datée  de  766,  serait  celle  qui  nous  a 
viô  conservée.  Mais  les  deux  stèles  semblent  bien  en  réalité  n'en  ^tre 
qu'une  seule;  un  voyageur  de  l'époque  des   Yucn ,  Kovn   Song-nirn 


390  NOVEMBRE. DECEMBRE    1900. 

indigène,  qui  était  vraisemblement  un  idiome  thaï, 
ne  s'écrivait  pas;  le  chinois  était  donc  la  seule  langue 
écrite,  comme  il  la  longtemps  été  en  Corée,  au  Ja- 
pon ,  en  Annam.  Aussi  les  réfugiés  chinois  jouaient-ils 
un  grand  rôle  à  la  cour  du  Nan-tchao  à  cause  de 
leur  connaissance  de  Técriture;  cest  Tun  d'eux, 
Tcheng  Hoei  f|5  gj ,  qui  composa  le  texte  de  Tinscrip- 
tion  ;  ce  sont  des  membres  de  Tancienne  famille  chi- 
noise des  Toan  ^  qui  présidèrent  à  Téreclion  de 
celte  stèle  en  leur  qualité  de  conseillers  d'État.  En 
s'entourant  ainsi  de  Chinois  et  en  leur  donnant  de 
hautes  fonctions,  le  roi  de  Nan-tchao  suivait  nnc 
ligne  de  conduite  qui  ne  laissait  pas  que  d'avoir  ses 
dangers;  en  effet,  un  descendant  de  Tcheng  Hoeidé- 
truisit  la  famille  indigène  des  princes  de  Nan-tchao 
au  commencement  du  \*  siècle  et  un  membre  de  la 
famille  Toan  fonda  en  988  le  royaume  de  Ta-li  sur 
les  débris  de  celui  de  Nan-tchao. 

En  dehors  de  Imscription  que  nous  avons  tra- 
duite, on  ne  possède  du  Nan-tchojo  que  deux  insorip- 
tions  insignifiantes  dont  Tunique  intérêt  est  de  prou- 
ver que  la  religion  bouddhique  était  en  grande  faveur 
dans  ce  pays.  La  stèle  de  766  a  donc  une  réelle  im- 
portance historique  puisqu'elle  est  le  seul  monument 
considérable  que  le  Nan-tchao  nous  ait  laissé  de  sa 
politique  et  de  sa  civilisation. 

j^j)  jj^  ^ ,  qui  a  parcouru  et  décrit  le  territoire  de  la  préfecture 
(l<>  Ta-li,  ne  signale  qu'une  stèle  qu'il  date  de  7G6  et  dont  il  parie 
en  termes  analogues  à  ceux  du  Tang  chou,  (Cf.  Tien  hi,  VIIÏ,  I, 

p.  /io  r".) 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO. 


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396  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

INSCRIPTION  (du  royaume)  DE  NAN-TCHAO , 

COMPOSÉE  PAR  TCHENG  HOEl^^ 

SUR  LA  TRANSFORMATION  VERTUEUSE. 

C'est  une  tradition  respectable  que,  lorsque  pour 
ia  première  fois  le  pur  et  l'impur ^  se  séparèrent, 

1  Tcheng  Hoei  ^  [pj  était  un  Chinois;  en  7^9,  il  se  trouvait 
èlre  préfet  de  la  ville  de  Si-lou  "gl*  ^||  (à  25  /i  au  sud-ouest  de  la 
ville  préfectorale  actuelle  de  Ning-yuen  ^  5^ ,  province  de  Se- 
tck'oan)\  c'est  alors  que  Ko-lo-fong,  roi  de  Nan-tchao,  s'étant  ré- 
volté contre  l'autorité  cliinoise,  fit  prisonnier  Tcheng  Hoti;  il  se 
l'attacha  et  lui  donna  le  titre  de  ts^ing-ping-koan  m  ^  *ë  ou 
conseiller  d'Etat  (  Tien  hi.  Vil,  2,  p.  6  v°).  Tcheng  Hoei  était  donc 
en  quelque  sorte  un  transfuge;  il  avait  conservé  cependant  de  vives 
sympathies  pour  la  Chine  et  l'inscription  que  nous  publions  ici  doit 
être  considérée  comme  une  tentative  qu'il  fit  pour  pallier  les  torts 
du  roi  de  Nan-tchao  aux  yeux  de  la  Chine  et  pour  permettre  un 
rapprochement  entre  les  deux  adversaires;  cette  inscription  parle 
de  «la  vertueuse  transformation»  parce  qu'elle  est  destinée  à  établir 
que  la  conduite  du  roi  de  Nan-tchao  et  son  évolution  politique  ont 
été  inspirées  par  les  motifs  les  plus  louables.  Tcheng  Hoei  devait 
arriver  à  ses  fins;  c'est  à  son  instigation  que,  en  787,  I-meou-siûn 
^  i^  ^  »  petit-fils  et  successeur  de  Ko-lo-fong,  fit  sa  soumission 
à  la  Chine  [Tien  hi.  Vil,  2 ,  p.  8  r").  Après  la  mort  de  Tcheng- 
Hoei,  la  charge  de  conseiller  d'Etat  resta  héréditaire  dans  sa  fa- 
mille qui  devint  ainsi  très  puissante;  en  902,  le  descendant  de 
Tcheng  Hoei ,  nommé  Tcheng  Mai-se  §|5  ^  |^ ,  tua  le  roi  de 
Nan-tchao,  mit  fin  au  pouvoir  de  la  famille  Mong,  et  s'empara  du 
tronc;  le  royaume  qu'il  substitua  ainsi  à  celui  de  Nan-tchao  fut 
appelé  le  royaume  de  Ta-tch'ang-ho  ;;^  ^  ft  et  dut  d'ailleurs 
céder  bientôt  la  place  au  royaume  de  Ta-li  (Tien  hi,  VII,  2, 
p.  10  r**). 

*  Le  pur  et  l'impur  symbolisent  ici  le  Ciel  et  la  Terre.  Cf,Hoai- 
nan  tse,  chap.  111,  p.  1  r"  :  ifLes  parcelles)  pures  et  actives  s'éle- 
vèrent en  fine  poussière  et  formèrent  le  Ciel;  (les  parcelles]  lourdes 
et  impures  se  coagulèrent  et  formèrent  la  Terre.  » 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     397 

cela  mit  en  mouvement  le  yn  et  le  yan(j  et  donna 
naissance  aux  dix  mille  sortes  d  êtres ,  et  que ,  après 
que  les  cours  d'eau  et  les  montagnes  eurent  pris 
leur  rang ,  cela  établit  le  chef  principal  ^  et  affer- 
mit les  huit  régions  de  l'espace.  Quand  la  raison 
dirige,  alors  l'intérieur  et  l'extérieur  sont  (*n  paix; 
quand  le  gouvernement  se  pervertit,  nécessairement 
lefony  et  le  ja  s'altèrent  2. 

Notre  btsanpo  cadet  ^,  grand  tcliao^  du  royaume 


^  «Le  chef  principal  »  ou  «la  tête  principale»  est  une  expression 
qui,  dans  le  chapitre  /et  Tsi  du  Chou  hing  (Cf.  Legge,  Chinese 
Classics,  vol.  III,  p.  89-90)  désigne  le  souverain  dont  les  ministres 
sont  comme  les  bras  et  les  jambes.  — -  C^e  préambule  de  l'inscrip- 
tion tend  à  établir  que  l'autorité  du  souverain  est  inhérente  à  la 
constitution  même  de  l'univers. 

-  Lefong  et  leya  sont  des  sections  du  «Livre  des  vers».  On  dis- 
lingue parmi  les  odes  du  Clie  king  celles  qui  sont  correctes  (tcheng) 
et  qui  correspondent  à  l'époque  de  la  prospérité  des  Tcheon,  ei 
celles  qui  sont  altérées  {pien)  et  qui  furent  composées  quand  le 
gouvernement  des  Tcheou  s'était  perverti.  Cf.  Legge,  Chinese 
ClassicSj  vol.  IV,  prol.,  p.  35,  n.  2. 

^  ^  *^  tsan-p'ou  =  btsanpo t  le  titre  royal  au  Tibet.  Après  avoir 
vaincu  une  armée  cliinoise  en  761 ,  Ko-lo-fong  s'était  allié  au  roi  du 
Tibet  qui  lui  avait  conféré  le  titre  de  «btsanpo  cadet»  (Voir  plus 
loin  le  texte  même  de  l'inscription).  Le  mot  «cadet»  est  ici  expri- 
mé par  le  caractère  tchomf  ^  qui  est  la  transcription  du  mot  ti- 
J)étain  signifiant  «cadet».  D'après  Rockhill  (Notes  on  the  ethnologj 
of  Tibet,  p.  679),  «frère  cadet»  se  dit  chung-wa  à  Lhasa  et  /o- 
ch'nng  on  tibétain  oriental. 

^  18  ^^^^^  «chef,  roi  ».  Ce  tonne  est  encore  en  usage  clioz  les 
peuples  et  tribus  de  race  thaïe  pour  désigner  le  chef  ou  le  roi.  «  Le 
titre  de  Chaii  (prononcez  Tchiao)  «seigneur,  roi»,  est  donné  au 
Preah  Chau,  roi  de  Siam,  comme  au  chef  du  plus  petit  moeuong 
ou  chef- lieu  de  district»  (Aymonier,  Voyage  dans  le  Tmos,  t.  I, 
p.  •?  1  ,  u.V 

\M.  2(1 


398  NOVEMBRE-DÉGEMBRE   1900. 

de  Moiifi^  a  une  nature  qui  pratique^  la  conduite 
conforme  à  la  raison  ;  il  a  une  perspicacité  qui  dis* 
cerne  les  choses  avant  quelles  soient  en  bourgeon^. 
Il  se  conforme  aux  temps  pour  faire  mouvoir  les 
ressorts  (de  la  politique);  il  considère  ce  qui  est 
avantageux  pour  gouverner  la  multitude.  Quand  il 
s'abstient,  il  ne  s'oppose  pas  à  la  vertu;  quand  il 
agit,  il  ne  fait  rien  dont  l'honorabilité  ait  à  rougir. 
Le  nom  de  famille  du  roi  esiMong;  son  appella- 
tion est  Ko-lo-fong;  il  est  le  fils  aîné  de  (celui  qui 
eut  les  titres  de)  roi  du  Yun-nan,  spécialement 
promu  par  la  grande  (dynastie)  Tang,  duc  du 
royaume  au  delà  (de  la  frontière) ,  Vai-Joa-i-fong-san- 
se''.  Se  conformant  aux  influences  surnaturelles,  il 

1  1^  mong  était  le  nom  de  famille  du  roi  et  était  devenu  le  nom 
du  royaume.  11  ne  semble  donc  pas  qu'il  faille  voir  ici  une  trans- 
cription du  mot  thaï  mong  ou  mœuong  qui  signifie  •  contrée, 
pays». 

*  Dans  les  exemples  que  le  P*cî  wen  ynn  fou  donne  de  Texpres- 
s  Ion  ^  H^ ,  ces  deux  mots  sont  substantifs  Tun  et  Tautre  et  il  faut 
ics  traduire  comme  signifiant  «  dispositions  naturelles  et  conduite». 
Ici  irjMMidaut,  la  symétrie  du  style  nous  oblige  k  considérer  le  mot 
^  comme  un  verbe. 

^  Celte  expression  se  retrouve  dans  une  composition  littéraire  de 
Se-ma  Siang-jon  (mort  en  1 17  av.  J.-C.  Cf.  Gilbs,  Dictionnaire  bio- 
graphique, n'*  1753)  :  ffL*bommc  sage  voit  de  loin  les  choses  avant 
qu  elles  soient  en  bourgeon  ;  Thomme  perspicace  évite  les  dangers 
avant  (|u lis  aient  pris  forme.»  Cf.  P'ei  wenyunfon,  s.  v.  1^  ^ 

*  C  est  Fi'lo-ko  J^  jJH  ^  qui  avait  reçu  tous  ces  titres  de  la 
cour  de  Chine.  Le  titre  de  ^  j||  est  expliqué  de  la  manière  sui- 
vante dans  le  commentaire  du  Heon  Han  chou  (Cité  par  le  P^ei 
iven  yunfou»  sous  cette  expression)  :  ^Jl^^fe^jtJWS 

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UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     399 

récolta  l'élégance;  observant  la  règle,  il  dressa  haut 
sa  vie^  La  protubérance  solaire  dénote  qu'il  est  ex- 
traordinaire; les  marques  du  dragon  témoignent  de 
sa  noblesse^. 

Au  début,  quand  le  roi  était  encore  dans  son 
palais  d'héritier  présomptif^;  sa  conduite  exalta  les 
trois  choses  excellentes  *  ;  sa  dignité  lut  comme  les 

les  mérites  étaient  très  grands  et  que  la  cour  impériale  voulait  ho- 
norer d'une  manière  extraordinaire,  elle  leur  conférait  la  dignité 
de  spécialement  promu  qui  était  immédiatement  inférieure  à  celle  des 
trois  ducs  du  pdais  ».  —  Le  titre  de  j^  g  ^  ne  signifie  sans 
doute  pas  t  duc  du  royaume  de  Yue  » ,  car  le  royaume  de  Yne  n'au- 
rait rien  à  faire  ici  ;  le  titre  de  ^  ^  «  duc  de  royaume  »  existait 
sous  les  Tang:  le  mot  j^  ajouté  à  ce  litre  signifiait  sans  doute  que 
le  dignitaire  était  un  prince  étranger  «au  delà  de»  la  frontière  de 
Chine.  —  Enfin  le  titre  de  k'ai-fou-i-t'ong-san-se  est  donné  par  le 
Li  iai  tche  koan  piao  comme  l'équivalent  des  titres  modernes  de 
hoang-loa-ta-Jou  et  de  yong-lourta-fon  qui  sont  les  deux  grades  hono- 
rifiques les  plus  élevés. 

^  Dans  la  dissertation  littéraire  de  Tso  Se  ^  jg,  (m*  siècle  ap. 
J.-C),  intitulée  Choutou  f on  ^  on  Ut  la  phrase  ^  ^  '^  ^  Ip  ^ 
^  «  Ynng  Hiong  observa  la  règle  et  dressa  haut  sa  vie». 

'^  La  corne  solaire  Q  ^  est  une  protubérance  de  l'os  du  front 
que  l'on  compare  à  un  soleil  0^p§;|2l4**B^É5iliiO  B 
(Commentaire  de  Tcheng  K'ang-tch'eng  à  un  texte  du  Heou  Hiui 
chou).  La  protubérance  solaire  et  le  visage  de  dragon  Q  ^  f|  i^ 
sont  souvent  cités  comme  les  marques  distinctives  d'un  grand 
homme;  cf.  P'eiwen yunjou,  à  l'article j>  kio, 

^  C'est-à-dire  quand  son  père,  Fi-lo-ko,  régnait  encore.  Le  mot 
fl^  signifie  proprement  «  second,  seconder»,  et  par  suite  désigne 
riiéritier  présomptif.  Dans  le  commentaire  de  Kong  Vaiig  au 
Tch'oen-tsieou,  l'expression  ^  ;g  a  le  sens  d'héritier  présomptif; 
le  dictionnaire  de  K'ang-hi  cite  un  texte  historique  dans  lequel  il 

''  L'expression  ^n  ^  «les  trois  choses  excellentes»  se  retrouve 
dans  le  Li  ki  et  le  commentaire  dit  que  c'est    l'observance  des 

36. 


400  NOVKMBRE-DECEMBRE    1900. 

deux  astres  du  jour  et  de  la  nuit^  Il  ne  lisait  aucun 
autre  livre  que  les  écrits  sages;  il  avait  étudié  les 
moyens  de  traiter  les  hommes  avec  sollicitude'-^. 
Lorsqu'il  dirigeait  1  armée ,  on  entendait  souvent 
parler  des  actions  méritoires  accomplies  par  lui^; 
quand  il  administrait  TEtat,  il  ne  manquait  jamais 
d'illustrer  la  renommée  de  sa  famille*.  La  cour  des 
Taiifi  lui  conféra  le  titre  de  général  en  chef  com- 
mandant de  droite  des  gardes  du  corps  et  en  même 
temps  celui  de  préfet  de  l'arrondissement  de  Yaiicf- 
koa^.  Or  quand  le  roi  [tchao)  précédent^  fit  des 
plans  avec  l'émissaire  impérial  Yen  Tchen(j-hoei  y 
pour  nettoyer  la  frontière  des  brigands  qui  l'infes- 
taient, le  roi  précédent  se  mit  à  la  tête  de  l'armée 

justes  rapports  entre  les  pères  et  les  lils,  entre  le  prince  cl  les 
sujets ,  entre  les  aînés  et  les  cadets. 

*  Dans  le  Chouo  wen  phonétique,  l'expression  ^  ]ff^  est  expli- 
quée comme  signifiant  «le  soleil  et  la  lune».  Ce  sens  du  mot  li  lui 
vient  du  commentaire  dont  il  est  Tolyet  dans  le  premier  appen- 
dice du  /  king  (cf.  Legge,  S,  B,  E.,  vol.  Wf,  p.  ^37). 

*  ^  ='f^.  Cf.  Tso  tchoan,  11'  année  du  duc  Tch'eny  /p  |^ 
^  ^  ;2S  5ik^  «vous  n'êtes  pas  capable  d'aimer  les  or|)lielins  d'un 
autre  liomme». 

^  Cf.  Chou  kiiuj,  cliap.  }«o  tien  :  f^'  ^  '^  ^  «(»"  l*oul  ^1** 
neuf  ans),  l'oMiYre  méritoire  n'était  point  accomplie».  VS.  chap.  fjo 
liitn  :  «(kila  sera  l'effet  de  l'œuvre  méritoire  accomplie  par  vous, 
o  roi  ». 

*  L'expression  ^  ^  se  retrouve  dans  la  lettre  de  Se-ma  Tâ'ien 
à  Jcn  Ngan  :  dJA  JAng,  en  se  livrant  vivant  (aux  Iliong-nou)  a  fait 
tomber  la  renommée  de  sa  famille.» 

^   P^  JK.  •  ^  (tng-hna  est  le  nom  qui  avait  été  donné  au  district 
actuel  de  Mong-hoa  ^  'ffc  (^^-   '**'"  '">  ^  ^^  p.  îi  v"). 
«  Le  roi  Fi-lo-ho, 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCH\0.     401 

et  attaqua  la  ville  du  Pont  de  pierre  '  ;  il  envoya 
(noire)  roi  [tcliao)^  avec  Yen  Tclieng-hoei  attaquer 
Clie-ho-tse^,  Le  père  et  le  fds  se  partagèrent  les 
troupes;  tous  deux  ils  détruisirent  ce  fléau  détestable. 
[Ko-lo-fonxj)  fut  promu  au  grade  de  général  en  chef 
commandant  de  gauche  *  des  gardes  du  corps. 

Peu  de  temps  après  ^,  il  s  unit  de  nouveau  à  l'en- 
voyé impérial  JVamj  TcVeiuj-limn  et  attaqua  avec  lui 
(le  pays  de)Kien-tclioan^.  Son  loyalisme  s'accumula 
en  s'élevant  plus  haut";  la  récompense  s'en  prolon- 
gera jusque  sur  sa  postérité.  Il  fut  promu  au  grade 

*  Le  roi  Ko-lo-fonij, 

"*  Che-ko-tse  est  identique  à  Che-ho-tch'eny  /jj  ft  iS  '  ^^^^^  ^^^*" 
litô  se  trouvait  au  sud-ouest  de  la  sous-préfecture  de  Ijuig-liiong 
^  ^  ;  c'est  là  que,  en  788 ,  le  chef  du  Che-lang  tchao  j£  ^  |S 
fut  défait  par  le  Nan  tchao  (cf.  Tien  hi,  I,  1 ,  p.  23  v®).  C'est  donc 
aux  événements  de  Tannée  738  qu  il  est  fait  allusion  ici  dans  Tin- 
scription. 

*  On  a  vu  plus  haut  que  Ko-lo-fong  avait  reçu  auparavant  le 
titre  de  commandant  de  droite.  Ce  texte  prouve  donc  que,  sous  les 
Tdng,  la  gauche  était  plus  honorable  que  la  droite,  ce  qui  est  ad- 
mis encore  aujourd'hui  en  Chine,  mais  ce  qui  n'était  point  le  cas 
au  premier  siècle  avant  notre  ère  (cf.  Se-ma  Ts'ien,  trad.  fr.,  t.  II, 
p.  4i5,  n.  1). 

^  L'expression  ^  ^  est  expliquée  dans  un  commentaire  de  Yen 
Che-kou  au  Tsien  Han  chou  :  ^i^Wl'^MMWi^Pfl^ 
«L'expression  ou  ho  a  le  même  sens  que  l'expression  ou-ki:  elle  si- 
gnifie peu  de  temps  ». 

®  Cette  localité  porte  encore  ce  nom  ;  die  est  au  sud-ouest  de  la 
ville  préfectorale  de  Li-kiang  [Yun-nan),  C'est  à  Kien-tch'oan  que 
s'était  réfiigié  To-lo-wang  ^  M  ^,  chef  du   Lang-k'iong   Irhi 

mnm-  .    ,.       ' , 

'  CÎP.  Che  king ,  Siao  ya ,  3*  décade ,  ode  9 ,  strophe  a  :  ]|^  -^ 
IK  ^  ft  ^  ft  ^  "  ^^  faucon  au  vol  prompt  tantôt  plane 
tantôt  s'élève  plus  haut». 


i{Q 


402  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

de  général  on  chef  des  gardes  de  gauche  chargés 
d'écarter  les  mauvaises  influences^;  ainsi  ses  dignités 
augmentèrent  en  raison  de  ses  capacités  ;  son  mérite 
fut  établi  par  ses  talents.  La  cour  impériale  le  pro- 
posa en  exemple  éclatant;  elle  lui  délégua  et  lui 
confia  l'autorité  militaire.  Il  reçut  ensuite  le  titre  de 
«  spécialement  promu,  général  en  chef  ayant  la  sur- 
veillance des  chevaux  de  guerre  ».  Après  que  (le  pays 
des)  deux  fleuves  eut  été  raffermi  et  que  les  cinq 
tchao  eurent  été  pacifiés,  le  royaume  du  sud  arrêta 
ses  lances  2,  la  cour  du  Nord  répartit  son  adminis- 
tration ^. 

Or  Yu-tsencf^,  un  rejeton  de  naissance  secondaire 
qui  était  resté  du  roi  [tchao)  du  Yue-si,  mettant  sa 
confiance   dans   ses    to-clwuo^^   franchit   le   fleuve 


*  &  ^  ^  ^  ^  ^  ^'  ^^^-^^  ^^  *^  ^^^  ^'^^  oiseau  qui 
est  censé  écarter  les  mauvaises  influences.  Quand  le  Fils  du  Ciel 
sortait,  il  était  précédé  d'un  fonctionnaire  tenant  en  main  Tirna^e 
de  l'oiseau  kin-on, 

*  Le  Nan  tchao  cessa  la  guerre. 

^  Le  Gouvernement  chinois  envoya  ses  préfets  et  ses  fonction- 
naires dans  les  territoires  nouvellement  pacifiés. 

*  Yu-iseng  était  fils  du  frère  aîné  de  l'ex-roi  ou  tchao  de  Yne-si. 
Le  premier  caractère  de  ce  nom  est  /u  '^ ,  et  non  han  ^ ,  comme 
l'écrit  par  erreur  le  Tien  hi. 

^  ^  f 'é'  »  ^^^^  V Histoire  des  T'ang ,  on  trouve  cet  objet  désigne 
sous  le  nom  de  ^  ^ ,  to-siao,  et  cette  variante  semble  prouver  que 
ces  caractères  ne  doivent  pas  être  traduits,  mais  être  considérés 
comme  la  transcription  d'un  mot  indigène.  VHistoire  des  Tang 
(chap.  ccxxii,  a,  p.  4  v")  donne  des  to-sino  ou  to-chouo  la  descrip- 

tion  ^»iy<^ni.  :  mm  ^  ^iiamjn  o  ^  ^wm  o  m 

M  i^  EL  ^  ^  o  "  ^^^*  to-siao  ont  la  forme  de  sabres  endom- 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     403 

Lou^;  S  attachant  à  ce  chef  pervers  2,  (nos  ennemis) 
désolèrent  notre  frontière.  Par  dépêches  rapides  on 
envoya  contre  lui  des  généraux  qui  tous  furent  aussitôt 
arrêtés  et  repoussés.  Le  roi  {tchao)  était  à  fàge  où  on 
coiffe  le  bonnet  viril ^  et  déjà  il  se  confiait  dans  ses 

mages;  il  y  a  des  trous  qui  les  traversent  latéralement;  ils  viennent 
de  Li'choei;  quand  ils  frappent,  il  n*est  rien  qu'ils  ne  percent.  Les 
barbares  les  estiment  fort,  chaque  mois  ils  leur  offrent  un  sacrifice 
avec  du  sang».  —  Li-choei  est  un  autre  nom  du  Kin-chn  kiang  ou 
Yang-tse  (cf.  Tien-hi,  V,  1,  p.  5  r"). 

*  La  rivière  Lon  J|J  yf^  doit  être  identique  à  la  rivière  qu  on 
appelle  aujourd'hui  la  rivière  Ngan-ning:  ce  cours  d'eau  est  un  af- 
fluent de  gauche  du  Ya-lony  kiang  et  passe  près  de  la  ville  préfec- 
torale de  Ning-ynen  dans  le  Se-tch'oan,  L'identification  de  la  rivière 
Lon  avec  la  rivière  Ngan-ning  repose  sur  les  considérations  suivantes  : 
dans  les  itinéraires  décrits  par  Fan  Tchono  (  ^  M  >  auteur  de  l'ou- 
vrage intitulé  ^  ^ ,  publié  au  commencement  de  la  période  koei- 
t'ong,  860-873),  on  voit  que  la  rivière  Loupasse  à  K'iu-lo  ijh  jffî  , 
à  1 5o  li  de  T'ai-teng  ^  ^  ;  or  cette  dernière  ville  était  voisine  de 
la  sous-préfecture  de  Mien-ning  J^  )|!«  du  Se^tch'oan;  d'après  ce 
même  itinéraire  la  rivière  Lou  coule  vers  le  sud  et  passe  ensuite  à 
la  limite  du  territoire  de  Hoei-t'ong  tcKoan  "^  [pi  j\\  [Tien-hi, 
XI,  2,  p.  32  r**);  d'après  un  autre  itinéraire  du  même  auteur  [Tien 
Ai,  XI,  2,  p.  3o  V**),  pour  se  rendre  du  territoire  chinois  dans  lo 
pays  de  Nan-tchao,  on  traversait  la  rivière  Lou  en  un  point  appelé 
Ho-tse  tchen  f^  -f  ^.  peu  distant  de  Hoei-tch'oan  '^  J\\  (au- 
jourd'hui Hoei-li  tcheou  "^  ^)*  Ces  indications  montrent  que  la 
rivière  Lon  n'est  autre  que  la  rivière  Ngan-ning, 

*  Le  mol  1^  signifie  ici ,  non  «  canal  » ,  mais  a  chef» ,  comme  dans 
les  phrases  suivantes  :  Kieou  Tang  chou,  chap,  cxciv,  A,  p.  4  v"  : 
^  "^  1^  le  S  l£  «11  ût  alors  que  les  chefs  néfastes  crai- 
gnissent son  prestige».  —  /6ic?.,p.  li '^''  'Si  ^  ^  "^ '\*  ^  A 
«Il  fit  prisonnier  plus  de  soixante  chefs».  —  Tso  Se,  cité  dans  ie 
Fei  ivenyunfon  (à  l'article  g)  :i5|5ll"S[4^So4^IS 
^  $1^  ^  'IH  o  "  ^^^  chefs  des  Tan-enl  et  des  Hei-tch'e;  les  chefs 
de  Kin-lin  et  de  Siang  kiwi  »• 

^  Cf.  Li  ki,  chap.  K'in-li  •  .Zl  ^"  0  S§  ^  «Quand  un  jeune 


404  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

excellentes  décisions  *  ;  il  s'indignait  que  ce  détestable 
scélérat^  osât  tenir  tête  à  nos  grands  bataillons;  il 
demanda  avec  insistance  à  aller  lui-même  le  sou- 
mettre ;  sa  résolution  était  de  bîdayer  (les  rebelles)  et 
de  pacifier  (le  pays).  Il  exposa  dans  une  cage  la  tête 
de  YvL-tsemj;  il  bouleversa  les  repaires  où  (les  enne- 
mis) s'étaient  blottis  et  cacbés^;  les  to-chouo'^  furent 
tous  pris;  les  objets  précieux  entièrement  lui  firent 
retour;  il  délivra  son  vénérable  père  de  ses  anxiétés; 
il  purifia  les  mauvaises  vapeurs  qui  menaçaient  la 
frontière.  fjVnvoyé  impérial  fit  un  rapport  pour  in- 
former (d(^  ces  événements  son  souverain  qui)  récom- 
pensa [Ko-lo-foncj  en  lui  donnant  le  titre  de)  Chang- 
tchoii-kouo^, 

La  septième  année  fien-pao  (7^8  après  J.-C),  le 
roi  précédent '^  atteignit  le  terme  de  sa  vie;  l'empe- 
reur songeant  aux  services  rendus''  et  honorant  la 

lioinmo  atteint  l'âge  de  vingt  ans,  il  est  dit  jeune  et  coiffe  le  bonnet 
viril  ». 

»  Cf.  Tançi  chou,  chap.  ccîx  tg^T^ifSîWoHtfl 
>&  flR  o  •  ^^  Votre  Majesté  les  excellentes  décisions  sont  saintes 
et  riaires  ;  les  quatre  mers  vous  sont  sinrèrement  soumises  •. 

^  CA\  Heou  Uan  chou.  chap.  vu  :  ^  jR  Jg;  ^  ^  ^^  ;2^  Hf 
^  ^%  7^  ^  «Grâce  à  l'appui  que  m*ont  prêté  mes  ministres  et 
mes  onicicrs,  les  détestables  scélérats  ont  été  détruits  et  dispersés». 

'  L'expression  f^  |K  se  retrouve,  appliquée  aux  êtres  qai  sont 
blottis  et  cacliés  pendant  Hii ver  où  prédomine  le  principe  j^n, 

'  a\  p.  40:^,  n.  5. 

•'  Jl  '^  H  «Cielui  qui  est  un  grand  soutien  poiu*  le  royaume  »• 

«   P'l-1n-k(K 

"  Par  P'i-lo-ko.  —  Cf.  Chou  king^  cbap.  Tn  Yn  mo,  Legab,  C,  C, 
vol.  III,  p.  58  :  'ICI  'i{^  ^  ^  »  * ô  empereur,  songez  aux  services 
rendus  ». 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     405 

piété  filiale  \  ayant  compassion  de  celui  qui  était 
parti  2  et  secourant  celui  qui  était  resté  ^,  envoya  Té- 
missaire  de  la  cour  Li  Kincj-i,  porteur  de  la  tablette 
de  commandement,  investir  de  l'hérédité  par  brevet 
le  roi  du  Yun-nan'^.  Le  fils  aîné  (de  Ko-lo-foiicj), 
Foriij  Kia-i,  était  alors  âgé  de  dix  ans;  pendant  la 
période  t'ien-pao^  il  s  était  rendu  à  la  cour  et  on  lui 
avait  conféré  le  titre  de  honcj-loa  chao-k'incj;  or  on 
lui  conféra  par  brevet  l'hérédité  du  rang  (qu'avait 
eu  jusqu'alors  son  père)  et  on  le  promut  au  grade  de 
[hong-lou)  chang-h'ing ,  avec  les  titres  de  gouverneur 
de  l'arrondissement  de  Yancf-koa  et  de  général  en  chef 
ayant  la  surveillance  des  chevaux  de  guerre^.  Après 
que  l'empereur  lui  eut  témoigné  sa  profonde  affec- 
tion^, [Ko-lo'fong)  ne  songea  plus  qu'à  faire  preuve 
jusqu'au  bout  de  loyalisme  et  de  sincérité  ;  ses  fils  et 

'  De  Ko-lo-fong,  —  Cf.  Vang  chou,  biogr.  de  Li  Yuen  :  «  Mou-Isoikj 
rendit  un  édit  dans  lequel  il  disait  :  Récompenser  le  loyalisme, 
c'est  le  moyen  d'encourager  (les  hommes  k  faire)  leur  devoir  de 
sujets;  honorer  la  piété  filiale  |||  ^,  c'est  exciter  (les  hommes  à 
pratiquer)  les  règles  des  relations  humaines.» 

^  Il  s'agit  ici  de  P'i-lo-ko, 

^  Ko-lo-Jong. 

*  Le  nouveau  roi  du  Yun-nan  est  Ko-lo-fong, 

^  De  7/42  à  755. 

^  Tous  ces  titres  sont  ceux  qu'avait  eus  jusqu'alors  Ko-lo-fonij; 
Ko-lo-Jon(f  étant  promu  à  la  dignité  de  roi  du  Yun-nan,  son  fils, 
Fnng-kia-i,  est  investi  de  ses  anciens  titres. 

'  Dans  une  composition  littéraire    de   l'empereur  Hiuen-isong 

(^7.3-755),  on  lit  :  jg  ^  X  ^  M  m  o  ^  A  !♦  :tm 

^  «  maintenir  les  sentiments  de  sincérité  entre  les  barbares  et  la 
(^hine;  se  conformer  à  la  profonde  affection  qui  existe  entre  les 
hommes  et  les  dieux». 


406  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

ses  frères  cadets  vinrent  à  la  cour  et  jamais  on  ne 
cessa  de  noter  (leur  venue);  le  tribut  qu'ils  appor- 
tèrent au  palais  ne  lut  jamais  dun  mois  en  retard^; 
on  aurait  pu  dire  (à  propos  de  cet  état  de  choses)  : 
le  prince  et  le  sujet  sont  animés  dune  même  vertu^; 
entre  Tintérieur  et  lextérieur  il  ny  a  aucune  trom- 
perie. 

Comment  aurait-on  pu  s'attendre  à  ce  qu'un 
homme  pervers  troublerait  cette  règle  constante,  et 
encouragerait  les  méchants  pour  faire  naître  une  ré- 
bellion P  Auparavant,  le  gouverneur  Tchang-k'ieon 
Kien-Viong  ^,  ne  calculant  pas  s'il  aboutirait  à  un  succès 
ou  à  une  défaite,  adressa  au  trône  im  rapport  dans 
lequel  il  approuvait  et  condamnait  sans  raison.  On 
envoya  le  commandant  du  Yae-hi ,  Tchou  Ling-ts'ien  * , 
établir  une  préfecture^  chez  les  Ts'oan  orientaux* 

^  Dans  le  Tso  tchoan  (29''  année  du  duc  Siang;  Lbggb,  C.  C, 
vol«  V,  p«  549)»  à  propos  des  relations  du  pays  Lou  avec  cdoi-de 
Tsin,  il  est  dit  cpie  Lou  paye  son  tribut  sans  jamais  y  manquer; 
les  historiens  ne  cessent  pas  de  noter  (la  venue  de  ces  porteurs  de 
tribut);  le  trésor  ne  reste  pas  vide  un  seul  mois  j|^  7  |K  'f^'  o 
M  Â  &  M  o- 1"  nous  avons  ^  J  au  lieu  de  ^  ^.   . 

*  ^  ^  — '  fê  '  *^^*'^®  ^'^^  chapitre  du  Chou  king, 

*  iëiSP'&ftfilR-^  Tépoque  des  Tang,  le  nom  de  Yue 
hi  s'appliquait  à  une  sous-préfecture  dont  l'emplacement  était  voisin 
de  la  ville  préfectorale  de  Ning-yaen  ^  5^ ,  dans  le  Se-tch'oan. 

'^  Cette  préfecture  était  celle  de  Ngan-ning  ^  jjj ,  qui  est  au- 
jourd'hui la  préfecture  secondaire  de  ce  nom,  dans  la  préfecture  de 
Yun-nan ,  province  de  Yun-nan, 

^  $  m*  On  les  appelait  aussi  les  Man  noirs  A  ^,  par  oppo- 
sition aux  Ts'oan  occidentaux  qui  étaient  les  Man  blancs.  Les  f^oIoM 
d'aujourd'hui  sont  leurs  descendants. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     ^i07 

et  ouvrir  une  route  menant  au  Nfian-nan  ^  Les  taxes 
furent  excessives  et  les  corvées  multipliées;  le  gou- 
vernement fut  rigoureux  et  les  gens  furent  épuisés. 
C'est  pourquoi  le  commandant  du  district  de  Nan- 
ning,  Tsoan  Koei-wang^,  le  préfet  du  district  de  Koen , 
Ts'oan  Je-tsin^,  le  préfet  du  district  de  Li,  Tsoan 
Ki^,  (le  préfet)  du  district  de  KHeou ,  Tsoan  Cheon-i^, 
le  grand  sorcier  de  la  montagne  Lo,  Ts'oan  Yen- 
tcKang^,  le  grand  sorcier  du  district  de  Nan-ning, 

^  Le  Tan^  chou  (chap.  ccxxii,  6,  p.  8  v**)  nous  apprend  que  ce 
chemin  était  celui  de  Pou-t^cou  jh  |F^  ;  Pou-Ceou  n*est  aulrc  que 
la  sous-préfpxture  actuelle  de  Tong-hai  ^  f{^  *  au  nord  de  la  pré- 
fecture de  Lin-ngan:  elle  est  sur  la  route  qui  mène  de  Yun-uanfoii 
au  haut  Fleuve  Rouge ,  comme  on  peut  le  voir  sur  la  carie  placée  à 
la  fin  du  tome  I  de  l'ouvrage  de  M.  Rocher  ,  Tm  province  chinoise 
du  Yun-nan,  Le  chemin  de  Pou-t'eou  était  donc  celui  (jui  débouchait 
sur  le  haut  Fleuve  rouge  et  qui  par  conséquent  conduisait  au  Tonkin , 
alors  appelé  Ngan-nan  ^  ^. 

^  ^^Î^H^'&ftSfl'^®  personnage,  comme  ceux 
qui  vont  être  cités  après  lui ,  était  un  chef  indigène ,  un  Ts'oan  ;  le 
gouvernement  chinois  lui  avait  décerné  le  nom  de  Koei-wang  «  roi  . 
soumis  »  et  lui  avait  donné  le  titre  de  tou-tou  du  district  de  Nan- 
ning,  Nan-nîng  était  à  dix  li  à  Touest  de  la  sous-préfecture  aclnelle 
de  ce  nom,  dans  la  préfecture  de  K*iu'tsing  jjj^  j^ ,  province  de 
Ynnnan, 

de  la  ville  préfectorale  de  Yun-nanfoii. 

*  ^  jt|  ^  j^  S  j^*  ^^  icf^^ou  se  trouvait  sur  le  territoire 
de  la  préfecture  secondaire  de  Ning  ^ ,  préfecture  de  Lin-ngan , 
province  de  Ynn-nan, 

^  iH  *V\  Sk  ^  ^'  /Ticou  tcheovL  était  sur  le  territoire  de  la 
préfecture  secondaire  de  Sin-hing  j|f  ^,  préfecture  de  Tch'cng- 
hiang,  province  de  Yun-nan,  Il  serait  possible  qu'il  y  eût  ici  une 
faute  de  texte  et  que  le  mot  cheou  dût  être  placé  avant  le  mot  Ts'oan  : 
on  traduirait  alors  :  Ts'oan  I,  préfet  du  district  de  K'ieou, 

"  i^lll>^Aift^M'^®  terme  de  «sorcier»,  liltéra- 


408  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

Tsoan  Tclioncj-tao\  et  d'autres,  firent  tomber  dans 
une  embûche  et  tuèrent  Tcliou  [Ling-)  tsien  et  en 
même  temps  détruisirent  (ia  ville  de)  Ngan-ning^. 
La  faveur  céleste  nous  accorda  que  Tenvoyé  de  la 
cour  Suen  Hi-tchoang  ^,  le  greffier  impérial  Han  Hia^y 
le  commandant  Li  Mi^  et  d'autres,  vinssent  charger 
le  roi  précédent  d'appeler  à  lui  (ceux  qui  s'étaient 
éloignés)  et  de  punir  (les  rebelles);  les  Tsoan  re- 
doutaient son  prestige  et  chérissaient  sa  bonté;  on 
put  rétablir  (la  ville  de)  Ngan-ning. 

Or  Li  Mi  ne  tint  pas  compte  des  grands  plans  po- 
litiques ;  il  marcha  sur  les  traces  mauvaises  de  Tchang- 
k'ieou^.  Sa  préoccupation  était  de  chercher  le  moyen 
d'avancer  en  grade  et  d'illustrer  son  obscurité;  il 
sema  des  difficultés  chez  les  Tsoan  orientaux  et  leur 
boucha  la  vue;  il  excita  donc  Tch'ong-tao  et  lui  fit 
tuer  Koei-wang. 

Dans  la  délibération  (qu'on  tint  à  ce  sujet  à  la  cour 
du  Nan-fchao) ,  il  y  eul  les  avis  les  plus  divers  ;  chaque 
personne  avait  son  opinion  ;  le  roi  se  préoccupa  d'ar- 
rêter les  troubles  dès  leur  naissance;  il  pensa  à  con- 

lement  «  celui  qui  préside  aux  démons  » ,  esl  expliqué  de  la  manière 
suivante  dans  ie  Tang  chou,  chap.  cgulu,  h ,  p,  S  t'*  :  ^^  ^  ^ 
AoliiSI^J&Ai  *^*^^  barbares  honorent  les  dé- 
mons ,  ils  appellent  sorciers  ceux  qui  président  aux  sacrifices  qu'on 
leur  rend». 

-  ,Cf.  p.  'loO,  n.  0. 
«  (X  p. -4o6,  n.  3. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     'i09 

tinuer  la  conduite  méritoire  qu  il  avait  suivie  au- 
paravant. Il  ordonna  donc  au  grand  général  d'armée  ' 
Toan  Tchong-hoiio  et  à  d'autres  de  se  réunir  à  l'en- 
voyé de  la  cour  Li  Kincj-i  et  au  commandant  Li  Mi, 
(»t  d'aller  derechef  à  Ngan-ning  pour  y  rétablir  l'har- 
monie parmi  les  Tsoan, 

Cependant  LiMi,  simulant  faussement  d'avoir  des 
intentions  de  paix,  pratiqua  encore  l'art  de  semer  la 
division  parmi  les  ennemis^;  il  engagea  derechef 
TclioïKj-tao  à  combiner  un  plan  pour  assassiner  Je- 
tsin.  Les  chefs  des  Tsoan  orientaux  furent  tous  saisis 
d'épouvante  et  dirent  :  «  Koei-wang  était  l'oncle  pa- 
ternel de  Tch'ong-tao;  Je-tsin  était  son  frère  cadet; 
[Tcliong-tdo]  a  eu  confiîince  dans  ce  calomniateur 
et  fauteur  de  discorde  ^,  et  il  a  étendu  l'assassinat 
jusqu'à  ses  parents;  quand  ceux  qui  sont  les  mêmes 
os  et  la  même  chair  ^  s'entretuent,  c'est  ce  que  le  Ciel 

^  Taudis  que  les  généraux  chinois  sont  désignés  dans  celle  in- 
scription par  le  lilre  de  )|^  ^,  les  généraux  du  Nan-tckao  sont 
toujours  appelés  ^  ]^»  Cette  différence  correspond  sans  doute  à 
une  différence  de  construction  syntactique  entre  la  langue  chinoise 
et  la  langue  du  ?i(in-tckao. 

^  L'expression  J^  ^  désigne  un  des  procédés  que  recommandait 
Suen-tse  dans  son  traité  sur  Tart  militaire.  ^  a  le  sens  de  ^ 
«ennemi»;  ^  a  le  sens  de  ^  «séparer,  désunir».  J^  ^  c'est 
donc  l'art  de  semer  la  division  dans  le  parti  ennemi. 

^  Cf.  rang  chou.  chap.  cxxxix,  p.  4  r"  :  f  JJ  ^î}^  ;j^  ^  g  ^ 
^W^ÂtUf^^S  •  Autrefois,  quand  l'empereur  n'était 
encore  qu'héritier  présomptif,  Li  TAn-fon  avait  souvent  (cherché  à 
lui)  aliéner  (son  père)  et  l'avait  calomnié;  sa  situation  avait  été 
fort  périlleuse  »».  Heou  Han  chou ,  chap.  xliii  :  ^  f^  ^  J^  jK 
î^  jj^.  ^  «N'acceptez  pas  les  paroles  de  discorde  que  disent  de 
tierces  personnes». 

*  L'expression  kou  jon  désigne  les  parents  consanguins.  Cf.  Se-ma 


410  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   1900. 

et  la  Terre  ne  sauraient  favoriser.  »  Alors  chacun 
d'eux  leva  des  troupes  et  ils  nous  appelèrent  pour 
les  aider  dans  la  répression.  Li  Mi,  en  apparence 
affectant  la  justice  et  la  droiture,  feignit  d'emprunter 
les  soldats  de  notre  région  ;  en  réalité ,  amassant  les 
fourberies  et  les  tromperies,  il  dédara  dune  ma- 
nière mensongère  notre  révolte  ^  Grâce  au  modèle 
de  bonté  qu'était  le  gouverneur  Koiw  Kia-i,  nous 
pûmes  alors  exposer  que  nous  étions  innocents  2;  lÀ 
Mi  subit  donc  la  dégradation  et  l'exil;  à  la  suite  de 
cela ,  (le  parti  de)  Tcliong-tao  disparut  et  se  dispersa. 
Puis,  le  commandant  du  Yue-hiy  Tcliang  K*ien-t'o , 
qui  avait  été  autrefois  assistant-préfet^  dans  le  Ynn- 
nan ,  profita  de  son  ancienne  connaissance  des  mœurs 
et  des  besoins  (du  pays)  pour  adresser  au  trône  une 
requête,  par  laquelle  il  demandait  à  être  nommé 
commandant.  Or,  contrairement  (à  ce  qu'on  pouvait 

7Vien,chap.  xviiî  ^1*|7I^*H^^  1^^^*^**  moment 
011  l'empire  fut  conquis  (par  Kao-tsou)^  ceux  qui  étaient  du  même 
sang  et  qui  avaient  le  même  nom  de  famille  que  lui,  étaient  en 
petit  nombre». 

^  Li  Mi  fait  semblant  d'approuver  le  roi  du  Nan-ichao  quand  il 
intervient  dans  les  affaires  des  Ts'oan  orientaux ,  mais  en  réalité  il 
le  dénonce  à  la  cour  comme  rebelle. 

^  L'expression  ^  ^  se  retrouve  souvent  dans  les  classiques.  Cf. 
Legge,  C.  C,  vol.  m,  p.  i86  et  p.  /iyS. 

'  D'après  le  Kieou  Tang  chou  (chap.  XLiv,  p.  2  A  v"),  le  premier 
magistrat  du  tcJicou  j^  est  le  ts'e-che  ^  ^  ;  immédiatement  au 
dessous  de  lui  est  le  pie-kia  ^ij  ^.  De  nos  jours  encore,  pie-kia  est 
une  appellation  littéraire  qui  désigne  l'assistant  du  préfet  d'une  pré- 
lecture [tche-fou]  ou  d'une  préfecture  secondaire  [tcke-tcheou).  Cf. 
Maybrs,  The  Chinese  Goveviimeni ,  n°*  283  et  285. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.    411 

attendre  de  lui) ,  il  trompa  et  déçut  la  cour  impériale  ; 
il  travailla  à  fomenter  des  troubles. 

Les  Tou-po  *  étaient  les  ennemis  invétérés  des  flan^; 
il  s'empressa  de  comploter  secrètement  avec  eux  dans 
le  dessin  de  s'unir  à  eux  pour  nous  anéantir;  voilà 
notre  premier  grief.  Le  frère  cadet  du  roi  Tch'eng- 
tsie  ^,  mais  né  d  une  concubine ,  vivait  dans  rabais- 
sement à  Tchang-cha^  parce  qu'il  avait  manqué  de 
loyauté  et  de  piété  filiale;  or  ce  [Tchamj  KHen-t'o) 
proposa  à  la  cour  de  le  faire  revenir  dans  l'intention 
de  nous  désunir;  voilà  notre  second  grief.  Tcliomj' 
tao  avait  compté  pour  rien  la  foi  jurée;  ïl  avait  été 
un  fauteur  de  discorde  et  un  rebelle  ;  son  crime  mé- 
ritait qu'il  fût  exterminé  avec  toute  sa  parenté;  or 
\oilà  que  [Tcliancj  Kien-t'o)  l'a  recueilli  et  inscrit,  et 
l'a  admis  dans  les  gardes  du  corps  ^,  avec  le  désir 

^  Les  Tibétains.  Tou-po  |J£  ^  est  fa  transcription  des  mots  ti- 
l)étains  stod  bod  qui  signifient  le  Bod  supérieur  et  désignent  les  parties 
centrales  et  occidentales  du  Tibet  par  opposition  à  la  partie  orien- 
tale appelée  le  Bod  inférieur,  sman  bod.  L'expression  stod  bod  est 
transcrite  Tobbai  par  Técrivain  arabe  Istakbri  (fin  du  vi*  siècle  ap. 
J.-C);  on  trouve  la  forme  Thabet  cbe^  Jean  du  Plan  de  Carpin 
(12/17)  ^^  Tebet  chez  Rubrouck  et  Marco  Polo;  de  là  est  venue  la 
l'orme  Tibet  adoptée  de  nos  jours.  Cf.  W.  W.  Rogkuill  ,  Notes  on 
tlie  cthnology  of  Tibet,  Washington,  1895,  p.  669-670. 

^  C'est-à-dire  des  Chinois. 

^  t^  iï  3E»  "^^  suppose  que  Tch'eng-isie  est  le  nom  posthume 
d'un  roi  du  Nan-tchao.  On  pourrait  cependant  traduire  aussi  cette 
phrase  de  la  manière  suivante  :  «  Tch'eng-tsie  était  le  frère  cadet  du 
roi ,  mais  né  d'une  concubine.  » 

*  Aujourd'hui,  TcKang-chafou  ^  ^  |fip  ,  province  de  Hou- n a;». 

^  J[S^  ^  |i|  ^»  L'expression  J[^  ^  se  retrouve  dans  le  lleon 
Han  chou,  chap.  Lvi,  P»  3  v"  :  J[j^  ^  jg  "^  «il  recueillit  et  écri\il 


412  NOVEMBRE. DECEMBRE    1900. 

d*en  faire  notre  ennemi  ;  voilà  notre  troisième  grief. 
Ceux  qui  devaient  nous  être  hostiles,  il  leur  a  donné 
à  tous  des  grades  et  des  distinctions  ;  ceux  qui  étaient 
nos  amis  ont  tous  trouvé  l'oppression  et  i'humiiia- 
tion  ;  sa  préoccupation  était  de  nous  abaisser  ;  voilà 
notre  quatrième  grief.  li  a  construit  une  viiie  for- 
tifiée et  il  y  a  rassemblé  des  armes  et  des  cuirasses  ; 
il  a  exercé  ses  soldats  dans  le  secret  désir  de  nous 
attaquer  à  fimproviste;  voilà  notre  cinquième  grief. 
Il  a  aggravé  les  règlements  ;  il  a  établi  sans  motif  des 
taxes  doubles  et  des  contributions  de  guerre;  ses  ré- 
quisitions et  ses  exigences  ont  été  sans  mesure;  il 
s'efforçait  ainsi  et  avait  le  désir  de  nous  ruiner;  voilà- 
notre  sixième  grief. 

Dans  ces  circonstances,  nous  envoyâmes  en  toute 
hâte  un  message  pour  informer  l'empereur  et  pour 
lui  exposer  à  plusieurs  reprises  les  torts  que  nous 
avions  soufferts.  L'enipereur  prit  celte  affaire  en  con- 
sidération ;  il  la  déféra  à  l'envoyé  de  la  cour  Kia  K'i- 
Lsiuii  j)our  qu'il  fit  une  enquête  approfondie  ';  (cet 
lioumie)  appartenait  à  la  classe  des  officiers  mé- 
prisables et  ne  gouvernait  pas  bien  ;  l'affaire  fut  réglée 
avec  des  pots-de-vin  ;  on  ne  crut  que  le  seul  (  Tchang) 

les  texlos  qui  restaient. »  Quant  à  l'expression  ^  ^*  ^^  peai  la 
rapproclior  do  la  phrase  suivante  qui  est  lin'o  du  Kieou  Tang  chou 
(cliap.  cxciv,  i,  p.  4  >")  :  ^  ^  fê  fSî  «Pendant  longtemps  vous 
avez  fait  partie  des  gai'de.s  du  corps», 

'  Le  mot  ^  a  ici  le  sens  de  «faire  une  enquête»;  cf.  commnn- 
laire  du  rcheou-li  cité  par  le  dictionnaire  de  h'ang  hi  au  met  /ru  ; 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     413 

K'ien-fo;  d  un  commun  accord  on  boucha  Touïe  im- 
périale ;  méchamment  on  représenta  que  nous  étions 
sur  le  point  de  nous  révolter.  • 

Le  roi  leva  les  yeux  au  ciel  et  dit  en  soupirant  : 
«  Hélas!  je  n'ai  rien  fait.  O  ciel  azuré,  vous  pouvez 
le  voir.  Le  Fils  du  Ciel  est  derrière  ses  neuf  rangs 
(de  portes)^  et  il  est  difficile  d'obtenir  sa  présence  A 
une  distance  de  huit  pouces  ou  dun  pied^;  un  sujet 
loyal  qui  est  à  dix  mille  li  (de  la  Cour)  doit-il  subir 
le  mal  qui  vient  d'un  homme  pervers  et  méchant  P  » 
Il  envoya  donc  le  général  d'armée  Yamj  Lo-tien  et 
d'autres  pour  continuer  à  exposer  les  faits  et  pour  se 
plaindre.  N'est-ce  pas  le  cas  de  dire  :  I^e  Ciel  est 
élevé;  son  ouïe  est  éloignée^  ;  la  trace  laissée  par  une 
mouche  est  prise  pour  un  défaut  du  jade.  Quoique 
nous  eussions  exposé  nos  sentiments  les  plus  intimes  '*, 
nous  n'obtînmes  ni  compassion  ni  attention. 

Les  chefs  et  les  principaux  dans  notre  juridiction 
dirent  tous  :  «  Quand  le  souverain  reçoit  un  affront, 

^  Le  P'ei  iren  junfou  cite  un  passage  des  Poésies  de  Tch'ou  où 
il  est  dit  :  ^  ^  P^  '^  ^  S  «Les  portes  du  prince  comptent 
neuf  rangs».  H  semble  donc  Wicn  que  l'expression  ^  '^  désigne 
ici  les  portes  du  palais  impérial. 

^  Cf.  Tso-tchoan,  9'  année  du  duc  ^*  •'  5C  M  ^  ^  S  /S 
J^  «  La  majesté  du  souverain  n'est  pas  éloignée  de  moi,  pas  même 
(le  huit  pouces  ou  d'un  pied». 

^  C'est-à-dire  que  son  éloignement  l'empêche  de  bien  entendre; 
h»s  deux  mots  "j^  ^  sont  souvent  accouplés  pour  désigner  la 
hauteur  et  l'éloignement  du  ciel  ou  des  astres.  Ici,  le  ciel  symbo- 
lise l'empereur. 

'^  Littéralement:  «noti*e  ventre  et  notre  cœur». 

XVI.  97 


416  NOVEMBRE-DECEMBRE   1900. 

Le  roi,  estimant  que  le  mal  s'arrêtait  à  [Tchang) 
Kien-t'o  et  que  la  faute  ne  pouvait  être  imputée  à 
tous,  que  l'érection  d'un  rempart  ou  son  déplace- 
ment^ serait  d'ailleurs  l'objet  de  délibérations  ulté- 
rieures 2,  se  rendit  donc  aussitôt  à  Ngan-ning.  Pour 
la  seconde  fois  il  exposa  sa  sincérité^  et  son  affection. 
Le  gouverneur  de  la  ville  Wang  K'o-tchao,  persista 
dans  l'erreur  et  méconnut  la  situation  ;  il  continua 
l'opposition  et  repoussa  notre  requête.  Nous  en- 
voyâmes le  général  en  chef  Li  Ko-to  et  d'autres,  à  la 
lé  te  de  leurs  troupes,  le  combattre;  nous  étions 
dans  notre  droit  et  lui  dans  son  tort;  la  ville  fut 
détruite  et  son  général  s'enfuit. 

Cependant  la  grande  armée  de  [Sien-ya)  Tchong- , 
t'ong  était  déjà  parvenue  (dans  les  arrondissements) 
de  K'iuet  de    Tsing^.  Encore  une  fois,  nous   en- 

(lésigne  ies  ministres  [tcJien)  cl  le  peuple  {chou).  Mais  dans  les 
exemples  de  Texpression  ^  j^  que  donne  le  P'ei  wen  yun  fou, 
on  voit  qu'il  faut  la  prendre  comme  signifiant  «  la  foule  des  offi- 
ciers »  ;  en  efifet ,  un  de  ces  exemples  présente  les  deux  termes  sui- 
vants *  ^  j^  "JS*  ]^  «i&  foule  des  officiers  et  le  peuple»;  dans 
Tautre  exemple  :  ^  j^  «  la  foule  des  officiers  »  a  pour  terme  sy- 
métrique "j^  J^  «la  forêt  (c'est-à-dire  la  multitude)  des  hommes 
de  valeur». 

•  On  verra  plus  loin  que,  lorsque  le  roi  de  Nan-ichao  fit  de» 
ouvertures  de  paix  à  Sien-yn  Tckong-t'ong,  il  offrit  de  relever  ies 
remparts  de  la  ville  de  Yao-tcheou  ;  c'est  sans  doute  à  ces  remparts 
qu'il  est  fait  allusion  ici. 

^  Cf.  Tso-tchoan,  6'  année  du  duc  Hoan  •  JIU  >S  ^  B  ••^ 
sera  l'objet  de  délibérations  ultérieures»,  «nous  y  aviserons  plus 
tard». 

^  La  leçon  ^  du  Kin  che  tsoeî  pien  doit  être  préférée  à  la  leçon 
^  du  Tien-hi, 

^  A'iH  et  Tsiiifi  formaient,  à  l'époque  des  Tang,  deux  arron- 


NE  INSCRIPTION  DU  ROYAUMPl  DE  NAN-TCHAO.     417 

âmes  le  grand  chef  Yang  Tse-fen  ^  avec  le  secré- 
e  du  Yan-naRy  Kiang  Jou-tche^,  lui  offrir  un  rap- 
t  où  nous  exposions  notre  justification,  o  Aupa- 
'ant,  les  paroles  de  calomnie  et  de  discorde  du 
it  dignitaire   Tchang  [K'ien-t'o)  ont  fait  -que  les 
•bares^  et  les  Chinois  *  ont  conçu  de  Tanimosité 
uns  contre  les  autres.  Le  btsanpo^  maintenant  a 
i  regards  fixés  sur  les  Tsoan  ^  et  sur  Lang-Viong'^; 
tantôt  il  les  intimide  par  la  multitude  (de  ses  sol- 
dais); tantôt  il  les  dirige  en  leur  procurant  des  avan- 
tages; peut-être  en  sera-t-il  comme  de  Thuître  et  du 
martin-pêcheur  qui  se  tenaient  lun  fautre;  il  est  c^ 
craindre  quils  ne  soient  pris  par  le  pêcheur^.  Pro- 

(lissements  distincts  qui   correspondent  à  la  préfecture  actuelle  de 
K'iu-tsing  J&  & ,  dans  le  Ywi-nan, 

'  ^  ~P  ^'^  ^^  ^^^  ^  ^^*  supprimé  dans  le  Kin  che  tsoei 
pien, 

'  9jM^^pW^^P  Z-  L'expression  ^^  si- 
gnifie  «inscrire  les  faits»  et  désigne  par  suite  un  secrétaire;  quant 
à  l'expression  ^  ^  c'est ,  de  nos  jours  encore ,  l'appellation  litté- 
raire de  certains  secrétaires  provinciaux  (cf.  Mayers,  The  Chinese 
Government,  n°  295).  ^ 

'  #• 

'm- 

^  ^  ^.  Le  roi  du  Tibet. 

^  Il  s'agit  sans  doute  des  Ts'oan  occidentaux. 

'  Le  Lang-k'iong  était  le  plus  occidental  des  six  Tchao;  il  était 
limitrophe  du  Tibet. 

"  Allusion  à  un  apologue  qui  se  trouve  dans  le  Tchan  kono  ts'e 
(oliap.  IX,  p.  37  v")  :  «Une  huître  bâillait  au  soleil;  un  martin- 
pêcheur  voulut  en  gober  la  chair;  l'huître  se  referma  et  lui  saisit 
le  bec.  Le  martin-pêcheur  dit:  «Aujourd'hui  il  ne  pleuvra  pas;  de- 
«  main  il   ne  pleuvra  pas  et    il    y  aura   alors  une  huître  morte.» 


418  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1900. 

sterne,  je  demande,  étant  en  possession,  à  être  dé- 
pouillé; ayant  gagné,  je  pense  à  perdre;  les  deux 
remparts  seront  rétablis  ^  ;  faites-moi  la  faveur  de 
me  permettre  de  me  réformer.  » 

[Sien-ya)  Tchong-t'ong  se  refusa  absolument  à  nous 
attirer  à  lui  et  à  nous  accueillir;  (s  ouvrant  un  che- 
min) par  la  violence,  il  arriva  à  Kiang-Keou'^.  Pour 
nous ,  nous  exposâmes  encore  avec  instances  et  jus- 
qu'à deux  et  trois  fois  notre  fidélité  sincère;  [Sien-ya) 
Tchong-tong  résista  aux  remontrances  et  repoussa 
ses  parents  ;  il  se  confia  dans  ses  soldats  et  se  com- 
plut dans  la  cruauté^;  il  ne  vomissait  et  ne  proférait 

L'huilre  dit  à  son  lour  au  marlin-pécheur  :  «Aujourd'hui  tu 
«n'échapperas  pas;  demain  tu  n'échapperas  pas  et  il  y  aura  un  mar- 
«  lin-pécheur  mort.  »  Ni  l'un  ni  l'autre  ne  voulant  se  lâcher,  un  pê- 
cheur les  trouva  et  les  prit  tous  deux.»  —  En  citant  cette  fable,  le 
roi  de  Nan-tchao  fait  craindre  à  la  Chine  que  leur  querdle  ne 
profite  en  déOnitive  au  roi  du  Tibet. 

'  Dans  le  Tang  chou  (chap.  ccxxii,  a,  p.  a  v'),  il  est  dit  que 
le  roi  de  Nan-ichao  proposa  à  Sien-yu  Tchong-t'ong  de  rendre  les 
prisonniers  qu'il  avait  faits  et  de  construire  un  rempart  à  Yao- 
tcheou  ^  jj\.  C'est  ce  qu'exprime  l'inscription  en  pariant  de 
perdre  ce  qui  a  été  gagné  et  d'élever  deux  remparts,  c'est-à-dire 
le  rempart  intérieur  et  le  rempart  extérieur  de  la  ville  de  Yao- 
tcheou, 

^  Kiang-k'eon  ^  p  était  une  localité  située  sur  le  Yang-pi 
kinng  >^  ^j^  ^  [Tien-hi,  V,  i,  p.  a  v®).  Le  Yang-pi  kiang ,  qu'on 
appelle  aussi  le  Hei-hoci  kiang  S^  S^  ÛI  »  ®*^  ^^  affluent  de 
gauche  du  Mékong;  il  passe  à  peu  de  distance  à  l'ouest  de  Ta-U 
fou ,  ville  près  de  laquelle  se  trouvait  la  capitale  du  Nan-tchao» 

»  Cf.  Tso  tchoan,  4*  année  du  duc  >  n  :  :^  jHi  t?  S.  |^  W 
5S.  oiail^*o5S^*|«l  o^Tcheon.yuBtcoi^e 

en  ses  soldats  et  se  complaît  dans  la  cruauté;  comme  il  se  confie 


JNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     419 

e  des  paroles  de  meurtre  et  de  carnage.  Nos  am- 
>sadeurs  subirent  tous  ses  reproches.  En  outre, 
vait  chargé  d'avance  le  générai  Wang  Ts'ien-yan 
se  porter,  à  la  tête  de  guerriers  d'élite ,  à  l'ouest . 
la  montagne  Tien-ts'ang^;  il  voulait  ainsi  combi- 
une  double  attaque  imprévue  contre  nous  par 
ant  et  par  derrière. 

Alors  nous  préparâmes  toutes  les  victimes;  nous 
disposâmes  up  autel  et  une  aire;  nous  frappâmes 
notre  tête  contre  terre  jusqu'à  faire  couler  le  sang  et 
nous  dîmes  :  «  Depuis  l'antiquité  jusqu'à  maintenant 
nous  avons  été  des  sujets  des  jETan,  qui  n'avons  point 
envahi  leur  territoire  et  qui  ne  nous  sommes  pas  ré- 
voltés. Maintenant  le  tsie-toa^  agit  contrairement  au 
bien  et  est  avide  de  gloire;  il  désire  nous  appliquer 
la  punition  qui  convient  à  ceux  qui  ne  reconnaissent 
ni  supérieur,  ni  maître.  Voilà  ce  que  nous  nous  per- 
mettons de  déclarer  ouvertement  au  Ciel  auguste  et 
à  la  Terre  souveraine  ^.  »  Quand  le  prieur  eut  terminé 
ce  discours,  il  se  prosterna  vers  le  nord-est*;  tout 

en  ses  soldats ,  il  n'aura  pas  pour  lui  le  peuple  ;  comme  il  se  com- 
plaît dans  la  cruauté ,  il  n'aura  pas  pour  lui  ses  parents  ». 

^  Siî  ^  |Il  *  ^^^'  montagne  était  à  5  /i  à  l'ouest  de  la  ville  de 
Ta-lifou  où  se  trouvait  alors  la  capitale  du  Nan-tchao  (  Tien-hi ,  V, 
1,  p.  1  r"). 

*  Le  tsie-toU'Cke  Sien-ju  Tchong-t'ong, 

^  Cette  formule  est  analogue  à  celle  qui  est  employée  dans  la 
prière  de  Tang  que  nous  a  conservée  le  Lnen yu  (xx,  i,  S  3)  :  ^ 
B3  -^  -^  ^  ^  ^  'ijf  «Voilà  ce  que  je  me  permets  de  déclarer 
ouvertement  à  l'Empereur  souverain  très  auguste». 

*  Le  nord-est  est  le  côté  où  résident  les  dieux.  Cf.  Se-ma  Ts'ieu , 


4:20  NOVKMBRK-DÉCEMBRE  1900. 

le  royaume  fut  pénétré  de  douleur;  les  montagnes 
et  les  cours  d'eau  s'obscurcirent  ^  Notre  parfaite  sin- 
cérité toucha  les  dieux;  il  venta,  il  plut,  il  tonna,  il 
Y  eut  une  averse.  ' 

Puis  (le  roi)  fit  cette  proclamation  :  «  Si  ces  gens 
nous  avaient  accueillis ,  ils  seraient  encore  nos  maîtres; 
maintenant,  puisqu'ils  ne  nous  ont  pas  accueillis,  ils 
sont  nos  ennemis.  La  décision  est  le  ressort  de  la 
guerre  ;  l'hésitation  est  la  ruine  des  entreprises.  »  x\lors 
il  invita  les  soldats  à  faire  tous  leurs  efforts  et  à 
monter  aux  créneaux;  il  dit  à  ceux  qui  l'entouraient  : 
«  Celui  qui  est  parfaitement  fidèle  ne  peut  manquer 
d'un  souverain  ;  celui  qui  a  une  piété  filiale  parfaite 
ne  peut  manquer  d'un  père.  »  Il  envoya  aJors  le  grand 
chef  Yançi  Li  et  d'autres  à  Lang-k'iong  ^,  rendre  visite 
au  commissaire  des  T^ou-po  (Tibétains),  Luen-jo-tsan ; 
le  commissaire  comprit  que  les  temps  étaient  changés 
et  se  rendit  compte  de  la  vraie  situation;  U  détacha 
des  soldats  qui  vinrent  à  notre  secours. 

En  ce  temps,  la  grande  armée  du  tchong-tclieng^ 
était  sortie  et  s'était  rangée  en  bataille  à  Kiang-k'eoa^. 
Le  roi  (de  JSan-tchao)  examina  les  combinaisons  cy- 

chap.  xxvi  (trad.  fr.  tome  III,  i>.  ^57)  :  ^  ^{^  jpi||  ^  ;§^  ^  «Le 

nord-osl  ost  la  demeure  des  clartés  divines». 

'  (if.  Se-nm  Ts'ien,  chap.  XLVii,  p.  6  v"  :  H}  ^  ffif  M  *'' 
s'obscurcil  ol  devient  noir». 

'  Cf.  p.  /Il 7,  n.  7. 

^  l.e  titn»  do  tclionji-tch'eng  pjï  ^  doit  désigner  ici  le  tsie-tou- 
clic  Sicn-YU  Tchonif-t'oïKj, 

*  Cf.  p.  4i8,  n.  2. 


UNE  INSCRIPTION  DL'  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     ^2{ 

cliques';  il  observa  ce  qu'il  avait  devant  lui  et  ce 
qu'il  avait  derrière  lui;  il  donna  carrière  à  ses  soldats 
et,  en  personne,  il  mena  l'attaque;  il  fit  essuyer  une 
grande  défaite  à  ces  troupes  2.  Alors  il  ordonna  à  son 

^  Dans  le  chapitre  cxxvin  (p.  6  r")  des  Mémoires  historiques  de 
Se-ma  Ts'ien,  on  lit  :  Q  ]^  ^  '^  ^  ^  J^  ^«  D'après  ie 
commentateur  P'ei  In,  le  mot  Q  désigne  ici  les  termes  de  la  série 
dénaire  kia,  i,  ping,  ting ,  ou,  ki,  keng,  sin,jen,  koci;  le  mot  ^ 
désigne  les  termes  de  la  série  duodénaire  tse,  tch'eou,yn,  m(io,tch'en, 
se,  ou,  wei,chen,yeou,  siu,  hai,  La  phrase  de  Se-ma  Tsien  signifie 
donc  :  «  Les  cycles  dénaire  et  duodénaire  ne  forment  pas  un  tout 
complet  ;  c'est  pourquoi  il  y  a  les  orphelins  et  les  vides,  »  En  effet , 
quand  on  est  arrivé  au  bout  de  la  première  décade  du  cycle  sexa- 
génaire, les  termes  de  la  série  dénaire  sont  épuisés,  tandis  qu'il 
reste  encore  les  deux  termes  siu,  fiai  de  la  série  duodénaire;  siu  et 
hai  sont  donc  appelés  les  orphelins;  d'autre  part,  si  on  écrit  les 
ternies  de  la  série  duodénaire  en  en  formant  deux  groupes  de  six 
termes,  les  termes  ii  et  12  [siu,  hai)  du  second  groupe  étant  les 
orphelins,  les  termes  5  et  6  [tch'en,  se)  qui  leur  correspondent  dans 
le  premier  groupe  seront  appelés  les  vides.  De  même ,  dans  la  seconde 
décade  du  cycle  sexagénaire  les  orphelins  seront  les  termes  9  et  10, 
et  les  vides  seront  les  termes  3  et  4  de  la  série  duodénaire.  On  trouve 
ainsi  six  fois  deux  orphelins  et  six  fois  deux  vides  dans  les  six  décades 
du  cycle  sexagénaire.  On  tenait  compte  des  orphelins  et  des  vides 
dans  les  pratiques  divinatoires,  et  plus  particulièrement  semble- 
t-il,  quand  il  s'agissait  des  affaires  militaires  pour  déterminer  les 
jours  propices;  le  chapitre  I wen  tche  du  Tang  chou  nous  a  con- 
servé le  titre  d'un  ouvrage  qui  s'appelait  :  JC  'S^  ^  S  ît  >È 
^  1^  — -  y^  «Traité  de  Hoang  ti  en  un  chapitre  sur  l'art  de  la 
guerre  et  sur  les  combinaisons  des  orphelins  et  des  vides  n,  11  n'est 
donc  pas  surprenant  de  voir  que ,  dans  notre  inscription ,  le  roi  du 
Nan-tchao  a  recours  à  cette  méthode  de  divination  au  moment  d'en- 
trer en  guerre. 

^  Cette  défaite  de  Sien-yu  Tchong-t'ong  eut  lieu  la  10"  année  t'ien- 
pao  (751),  à  Lou-nan  Jft  "^ ,  localité  qui  se  trouvait  au  nord-est 
de  la  préfecture  secondaire  de  Yao  ^^ ,  province  de  Yun-nan  (cf. 
Tien  hi,  c\mp.  I.  1,  p.  35  v*'). 


420  NOVEMBRE. DECEMBRE  1900. 

le  royaume  fut  pénétré  de  douleur;  les  montagnes 
et  les  cours  d'eau  s'obscurcirent  ^  Notre  parfaite  sin- 
cérité toucha  les  dieux;  il  venta,  il  plut,  il  tonna,  il 
y  eut  une  averse.  ' 

Puis  (le  roi)  fit  cette  proclamation  :  «  Si  ces  gens 
nous  avaient  accueillis ,  ils  seraient  encore  nos  maîtres; 
maintenant,  puisqu'ils  ne  nous  ont  pas  accueillis,  ils 
sont  nos  ennemis.  La  décision  est  le  ressort  de  la 
guerre  ;  l'hésitation  est  la  ruine  des  entreprises.  »  Alors 
il  invita  les  soldats  à  faire  tous  leurs  efforts  et  à 
monter  aux  créneaux;  il  dit  à  ceux  qui  l'entoxiraient  : 
K  Celui  qui  est  parfaitement  fidèle  ne  peut  manquer 
d'un  souverain  ;  celui  qui  a  une  piété  filiale  parfaite 
ne  peut  manquer  d'un  père.  »  Il  envoya  alors  le  grand 
chef  Yancj  Li  et  d'autres  à  Lang-k'iong  ^,  rendre  visite 
au  commissaire  des  ï'^oa-po  (Tibétains),  Luen-ja-tsan ; 
le  commissaire  comprit  que  les  temps  étaient  changés 
et  se  rendit  compte  de  la  vraie  situation;  il  détacha 
des  soldats  qui  vinrent  à  notre  secours. 

En  ce  temps ,  la  grande  armée  du  tchong-tclieng  ^ 
était  sortie  et  s'était  rangée  en  bataille  à  Kiang-k'eoa'^. 
Le  roi  (de  JSan-tchao)  examina  les  combinaisons  cy- 


chap.  XXVI  (Irad.  fr.  lomelll,  P*  ^|57]  :  ^  4(^  jp||f  ^  ;^  <^-tLe 

norcl-ost  est  la  demeure  des  clartés  divines». 

>  Cf.  Se-ma  Ts'ien,  chap.  xlvii,  p.  6  >'»  :  MJ  ^  îij  ||  .il 
s'ol)scnrcit  et  devient  noir». 

^  (X  p.  /117,  n.  7. 

''  Le  titre  de  tchomj-tcK eng  pf»  ^  doit  désigner  ici  le  Uie-tou- 
che  Sien-yn  Tchon<j-t'ong, 

*  Cf.  p.  /|i8,  n.  2. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     k2[ 

cliques';  il  observa  ce  quil  avait  devant  lui  et  ce 
qu'il  avait  derrière  lui  ;  il  donna  carrière  à  ses  soldats 
et,  en  personne,  il  mena  Tattaque;  il  fit  essuyer  une 
grande  défaite  à  ces  troupes^.  Alors  il  ordonna  à  son 

^  Dans  le  chapitre  cxxvin  (p.  6  r")  des  Mémoires  historiques  de 
Se-ma  Tsien,  on  lit  :  B  >^  ^  ^  iSfc  W  ît  >fi*  J^'^pi*^^  ^^ 
commentateur  P'ei  Yn,  le  mot  Q  désigne  ici  les  termes  de  la  série 
dénaire  hia,  i,  ping,  ting ,  ou,  ki,  keng ,  sin,jen,  koei;  le  mot  ^ 
désigne  les  termes  de  la  série  duodénaire  tse,  tch'eou^yn,  mao,tch'en, 
se,  on,  ivei , chen ,yeou ,  siu,  hai,  La  phrase  de  Se-ma  Ts'ien  signifie 
donc  :  «  Les  cycles  dénaire  et  duodénaire  ne  forment  pas  un  tout 
complet  ;  c'est  pourquoi  il  y  a  les  orphelins  et  les  vides.  »  En  effet , 
quand  on  est  arrivé  au  bout  de  la  première  dérade  du  cycle  sexa- 
génaire, les  termes  de  la  série  dénaire  sont  épuisés,  tandis  qu'il 
reste  encore  les  deux  termes  siu,  kai  de  la  série  duodénaire;  siu  et 
kai  sont  donc  appelés  les  orphelins;  d'autre  part,  si  on  écrit  les 
l^nies  de  la  série  duodénaire  en  en  formant  deux  groupes  de  six 
termes,  les  termes  ii  et  12  {siu,  hai)  du  second  groupe  étant  les 
orphelins,  les  termes  5  et  6  [tch'en,  se)  qui  leur  correspondent  dans 
le  premier  groupe  seront  appelés  les  vides.  De  même ,  dans  la  seconde 
décade  du  cycle  sexagénaire  les  orphelins  seront  les  termes  9  et  10, 
et  les  vides  seront  les  termes  3  et  d  de  la  série  duodénaire.  On  trouve 
ainsi  six  fois  deux  orphelins  et  six  fois  deux  vides  dans  les  six  décades 
du  cycle  sexagénaire.  On  tenait  compte  des  orphelins  et  des  vides 
dans  les  pratiques  divinatoires,  et  plus  particulièrement  semble- 
t-il,  quand  il  s'agissait  des  affaires  militaires  pour  déterminer  les 
jours  propices;  le  chapitre  I  wen  tche  du  Tang  chou  nous  a  con- 
servé le  titre  d'un  ouvrage  qui  s'appelait  '  ^^  'fl^  -^  f^  Jt  >Èft 
^  g£  — *  ^  «  Traité  de  Hoang  ti  en  un  chapitre  sur  l'art  de  la 
guerre  et  sur  les  combinaisons  des  orphelins  et  des  vides  n,  11  n'est 
donc  pas  surprenant  de  voir  que ,  dans  notre  inscription ,  le  roi  du 
Nan-tcJiao  a  recours  à  cette  méthode  de  divination  au  moment  d'en- 
trer en  guerre. 

2  Cette  défaite  de  Sien-yu  Tchong-t'ong  eut  lieu  la  10*  année  fien- 
pao  (751),  à  Lou-nan  J^  '^ ,  localité  qui  se  trouvait  au  nord-est 
de  la  préfecture  secondaire  de  Yao  ^^ ,  province  de  Yun-nan  (cf. 
Tien  /ti,  chap.  I,  1,  p.  35  v°). 


424  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

ment  d'être  éternellement  et  fermement  un  rempart  ^ 
les  uns  pour  les  autres.  On  changea  le  nom  de  Tannée 
qui  fut  la  première  année  du  btsanpo  tchong. 

La  deuxième  année  (ySS),  l'empereur  de  Chine - 
ordonna  encore  au  gouverneur  de  la  commanderie 
de  Han-tchong,  Se-Vong  Si4i,  et  au  nei-che  Kia  K'i- 
tsiun ,  de  se  mettre  à  la  tête  de  soldats  et  de  rétablir 
la  préfecture  de  Yao^;  le  général  Kia  Koan  en  fut 
nommé  commandant.  Tous  nous  dîmes*  :  «Les 
Chinois  (  Han  )  ne  s'inquiètent  pas  de  la  vertu  et  entrent 
en  contestation  avec  nous  par  la  violence.  Si  nous 
ne  supprimons  pas  promptement  (ces  fauteurs  de 
troubles),  il  est  à  craindre  que  nous  n'ayons  à  en 
souffrir  plus  tard.  »  Alors  nous  envoyâmes  le  générai 
Wang  P'ing-ko  couper  la  route  de  leurs  approvision- 
nements. En  outre  nous  envoyâmes  le  générai  en 
chef  Hong  Koang-tch'eng  et  d'autres,  avec  le  toa-tche- 
ping-ma-che  de  Tarroiidissement  de  Chen,  Laen-K'i- 

moment  où  on  anoblissait  un  seigneur  :  «Tant  que  le  (Hoang)  ho 
ne  sera  pas  devenu  (mince)  comme  une  ceinture,  tant  que  le  Tai 
chan  ne  sera  pas  devenu  (petit)  comme  une  pierre  à  aiguiser,  puisse 
votre  royaume  jouir  d'un  calme  perpétuel  et  puissiez-vous  le  trans- 
mettre d'une  manière  continue  à  vos  descendants.  »  (Cf.  Se-nia  Ts'ien , 
trad.  fr. ,  vol.  III,  p.  121.)  Il  sera  fait  allusion  d'une  manière  plus 
directe  encore  à  cette  formule  dans  les  dernières  lignes  de  l'in- 
scription. 

'  Cf.  Cke  king ,  Taya,  2'  décade,  ode  10,  strophe  7  •  ^  ^  jff| 
;|^  «la  famille  (du  roi)  constitue  son  rempart». 

•■*  Au  nord  de  la  préfecture  secondaire  actuelle  de  Yao  ^ ,  pré- 
fecture de  Tch'ou-hiong,  province  de  l'un-nan. 

*  L'expression  ^  Q   est  empruntée  au   chapitre  Yeut  tien  du 

Chou  king. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     425 

lisia,  assiéger  ensemble  la  ville  préfectorale^;  avant 
que  deux  jours  se  fussent  écoulés  ^,  ils  la  détruisirent 
comme  on  arrache  un  arbre  pourri.  Kia  Koan  se 
présenta  les  mains  liées  derrière  le  dos  ^  ;  ses  soldats 
furent  tous  mis  en  fuite. 

La  troisième  année  (7 54),  les  Chinois  ordon- 
nèrent encore  à  Tex-commandant  de  la  commanderie 
de  Yun-naiiy  Li  Mij  qui  avait  en  même  temps  le 
titre  de  che-yn-clie ,  à  l'administrateur  de  la  préfec- 
ture de  Koang,  Ho  Li-koancjy  et  au  tchong-che  Sa  Tao- 
Inueriy  de  rassembler*  conformément  (à  ce  qui  leur 
était  prescrit)  les  hommes  vaillants  et  braves  du 
IVin-long^  en  même  temps  que  les  jeunes  gens  du 
N(jan-nan^\  ils  établirent  leur  camp  à  Long-pa'^;  ils 
répandirent  au  loin  leur  prestige  militaire  ;  alors  des 
barques  et  des  rames  lurent  préparées ,  car  ils  avaient 

*  Cf.  p.  ^25,  11.  3. 

-  Cf.  Che  king,  Kouojong,  livre  i5,  ode  6,  strophe  ^  '•  "ffi"  "it 
fS  ^§  "^^  n'a  logé  avec  vous  que  deux  nuits».  Le  mot  ^  a  ici  le 
sens  particulier  de  «  rester  deux  nuits  de  suite  au  même  endroit». 

^  L'expression  "JJ  ^  se  retrouve  dans  le  chapitre  xxxviii  de  Se- 
ma Ts'ien;  elle  est  expliquée  de  la  manière  suivante  dans  le  com- 
mentaire Sono  j«  •  ®  n  #  n  ^  ]K  ^  M  W  irj  "ir  -ifc 

«L'expression  mien-fou  signifie  qu'on  a  les  mains  liées  [fou]  der- 
rière le  dos  et  qu'on  se  présente  de  face  (wie/i)». 

*  Le  mot  ici  employé  se  prononce  tsoncj  (Dict.  de  K'ang-hi)  et 
est  l'équivalent  phonétique  du  mot  ^  isong  «réunir». 

^  L'expression  Ts'in-long  ^  ^  désigne  la  province  actuelle  de 
Chân-si,  siège  de  l'ancien  état  féodal  de  Ts'in  ^,  au  nord -ouest 
duquel  se  trouvait  la  montagne  Long  ^ . 

«  Le  Tonkin. 

'mm- 


420  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

décidé  de  nous  attaquer  à  la  fois  par  eau  et  par 
terre. 

Aussitôt  nous  ordonnâmes  au  général  fVang  Lo- 
k*oan  et  à  d'autres  daller,  en  cachant  leur* armée, 
attaquer  à  i'improviste  les  soldats  occupés  à  la  con- 
struction des  bateaux;  les  cadavres  couchés  jon- 
chèrent toute  la  plaine  de  Pi-cho^.  Li  Mi,  ne  calculant 
point  ses  forces,  s  avança  et  menaça  (la  ville  de) 
Teng-tch'oan^;  en  ce  temps,  le  toa-tche-ping-ma-che 
de  farrondissement  de  Chen,  Luen-k'i-U-siu,  accou- 
rait au  secours  et  était  déjà  arrivé  à  la  montagne 
Pa-kiao;  nous  ordonnâmes  au  général  en  chef  Toan 
Foa-k'o  et  à  ses  collègues  de  combiner  leurs  mouve- 
ments du  dedans  et  du  dehors*;  avec  force  ils  lut- 
tèrent, avec  force  ils  attaquèrent;  quant  aux  autres*, 
ils  n'eurent  pas  le  temps  de  bander  leurs  arcs;  leurs 
épées  ne  purent  même  pas  être  tirées;  en  plein  jour 
la  clarté  se  trouva  obscurcie;  une  poussière  rouge 
voila  le  ciel  ;  le  sang  qui  covdait  forma  des  torrents  ; 
les  cadavres  amoncelés  obstruèrent  les  rivières;  les- 
trois  armées  furent  dispersées  et  défaites;  leur  prin- 
cipal chef  fut  submergé  dans  le  fleuve. 

Le  roi  [tcJiao)  dit  :  «Quoique,  vivants,  ils  aient 
été  le  principe  du  mal,  maintenant  qu'ils  sont  morts 

^  Cf.  p.  38/i ,  1.  7-9,  et  387, 1.  18-19.  SB  ®t  jî  sont  équividents. 

•'*  Il  faut  admettre  que  Toan  Fon-k'o  était  le  général  chargé  de 
défendre  la  place  de  Teng-tcKoan;de  Tintérieur  de  la  ville, il  com- 
bine ses  nïouvements  avec  Lnen-k*i-li-siv  qui  venait  à  son  secours  du 
dehors. 

*  Les  Chinois. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     427 

ce  doit  être  la  fin  de  la  haine.  Gomment  pourrais-je 
prendre  en  considération  leur  fautes  anciennes  de 
manière  à  oublier  les  grands  rites  ?  »  Alors  nous  re- 
cueillîmes les  cadavres  des  généraux  morts  et  des 
autres;  nous  fîmes  un  sacrifice  et  nous  les  enterrâmes 
pour  (montrer  que)  nous  conservions  (le  souvenir 
des)  bienfaits  anciens. 

La  cinquième  année  (^56),  le  gouverneur  de  Fan- 
yang,  Ngan  Loa-chan ,  s  empara  illégitimement  de  (la 
région  comprise  entre  le  Hoang)  ho  et  (la  rivière)  Lo^. 
L empereur  Kai-yuen^  sortit  (de  sa  capitale)  et  s'éta- 
blit (dans  la  région  du)  Kiang  et  de  Kien^, 

Le  btsanpo  envoya  le  commissaire  Tsan-hmg-lo  à 
Yang-kie  apporter  un  décret  ainsi  conçu  :  «  Quand 
on  a  planté  la  vertu ,  il  importe  d  en  développer  la 
croissance;  quand  on  supprime  le  mal,  il  importe 
d'en  enlever  la  racine*.  Yne-hi  el  Hoei-fong^  forment 

'  Le  fameux  rebelle  N(jan  Lou-chan  (cf.  Giles,  Biographical 
Dictionary,  n°  1 1  )  s'était  emparé  de  la  capitale  orientale  des  Tang, 
Lo-yang,  située  entre  le  Hoang-ho  et  la  rivière  Lo,  puis  il  avait 
marché  contre  la  capitale  occidentale,  Si-ngan,  et  l'empereur 
avait  dû  s'enfuir  en  toute  hâte  dans  le  Se-tch'oan, 

*  Cette  désignation  de  l'empereur  Hiuen-tsong  par  un  de  ses 
nien-hao  est  d'autant  plus  remarquable  que ,  à  l'époque  dont  il  s'agit , 
la  période  k'ai-jnen  avait  depuis  longtemps  fait  place  à  la  période 
t'ien-pao, 

^  Le  Se-tcKoan  constituait  alors  le  Kien-nan  tao  ^  $  ^  '^  ^^^ 
principal  fleuve  était  le  Kiang  ^  dont  le  haut  cours  était  la  ri- 
rière  Min,  qui  passe  à  Tch'eng-tou, 

*  Citation  légèrement  modifiée  d'un  passage  du  chapitre  Tai  che 
du  Chon  king;  Legge,  C.  C,  vol.  III,  p.  296. 

^  y  ue-Ai  correspond  à  la  localité  de  ce  nom ,  préfecture  de  Ning- 
yaen,  province  de  iSc- tcA'oan;  quant  à  la  ville  de  Hoei-t'ong ,  eWe 


428  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

beaucoup  de  complots  contre  moi;  y  aviser. serait 
bien.  »  Le  roi  [tchao)  reçut  avec  respect  cet  ordre  de 
son  supérieur  ;  il  chargea  donc  les  grands  généraux 
Hong  Koang-tcliengy  Tou-lo-chengt  Toan  Fon-k'Of 
Tchao  Fou-yu,  Wang  Lo-ts'ieny  Wang-tsien  Lo-fongy 
le  ts'ing-ping-koan^  Tchao  Tsiuen-teng  et  d autres,  de 
prendre  le  commandement  des  peuplades  de  Si-yu, 
de  passer  par  le  chemin  de  Koen-ming,  et,  avec  le 
conseiller /-5ian^-y(?-i!o^  et  le  gouverneur  Chang  Kièn- 
tsan,  d'attaquer  ensemble  Yue-hi.  Le  roi  [tchao),  se 
mettant  en  personne  à  la  tête  de  Théritier  pr<5somptif 
P'an^,  assiégea  et  serra  de  près  Hoei-iong,  Yue-hi  ré- 
sista avec  obstination;  (les  habitants)  furent  massa- 
crés*; Hoei-fong  demanda  à  se  soumettre;  il  ne  souf- 
frît aucun  mal.  Les  garçons  et  les  filles,  les  objets 
de  jade  et  les  pièces  de  soie^  sur  une  distance  de 
cent  li  obstruaient  la  route  ;  les  bœufs  et  les  moutons , 
les  monceaux  de  grain  et  les  approvisionnements 
pourvoyaient  à  notre  nourriture  pour  un  mois. 
La  sixième  année  (757),  la  Chine  [Han)  rétablit 

(levait  aussi  se  trouver  clans  la  vallée  de  Kien-tch'any  et  est  vrai- 
seniblahlement  identique  à  la  préfecture  secondaire  de  Hoei-li  '^ 
g|;  cf.  p.  4o/j,  n.  1;  407,  n.  4,  et  p.  /|i5,  n.  3. 

•  La  charge  de  ts'ing-ping-koan,  dans  le  pays  de  Nan-tchao, 
correspondait,  nous  disent  les  historiens,  a  celle  de  tch-'eng-siaiig 
(conseiller  d'État)  en  Chine. 

'^  On  a  vu  plus  haut  (p.  42  3)  que  ce  personnage  était  un  fobc- 
tioniiairc  tibétain. 

•'  H  est  probable  que  P'an  était  le  nom  |)ersonnel  de  Fong-kia-i , 
lils  aîné  de  Ko-lo-fong, 

^  r/est-à-diro  :  les  captifs  et  les  objets  précieux. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     420 

(le  district  de)  Yue-hi  et  y  nomma  comipandant 
Yanxj  Timj-isin;  en  même  temps,  elle  forlifiaît  Tai- 
tetujK  Un  ambassadeur  du  btsanpo  vint  nous  dire  : 
«  La  Chine  a  ordonné  de  rétablir  (le  district  de) 
Yue-hi;  elle  le  fait  en  vue  de  délivrer  (le  lerritoire 
de)  Koen-ming.  Si  nous  ne  supprimons  pas  de  nou- 
veau [Yiic-lii),  il  est  à  craindre  que  (nos  ennemis) 
ne  développent  au  loin  leurs  ramifications  2.  »  Quand 
(le  roi)  eut  reçu  en  Félevant  avec  ses  mains  ce  sage 
édit,  il  envoya  son  fils  aîné,  Fong-kia-i,  établir  un 
camp  sur  la  rivière  Lou^  pour  diriger  les  affaires  et 
décider  ce  qui  était  utile;  il  ordonna  au  grand  gé- 
néral Yang'tcKoan-mO'ineoa'^  et  à  d  autres  de  com- 
biner leurs  mouvements  avec  le  général  K*i-ki4i-joa 
et  d'entrer  ensemble  par  divers  chemins  (sur  le 
territoire  chinois);  Yue-hi  fut  de  nouveau  balayé; 
Tai-teng  fui  supprimé;  le  commandant  fut  arrêté; 
ses  soldats  furent  tous  faits  prisonniers.  Alors  nous 
illustrâmes  nos  armes  à  Kiong-pou^  et  les  généraux 
chinois  [Hem]  s'enfuirent  en  masse;  ils  ramenèrent 
leurs  étendards  de  Koen-ming;  dans  leurs  remparts 
abattus  ils  prosternèrent  leurs  fronts.  De  cela  on 

'  A  Test  (le  ia  sous-prcfeclure  de  Mien-mii(j  ^  JÇ ,  préfeclui-c 
(le  Ning-yaen,  prov.  de  Se-tclioan. 

2  Cf.  Tso  ichoan,  1"  année  du  duc  Yn  ^  ^  ^MM^M 
§  ^È»  «  Ne  laissez  pas  s'étendre  les  ramifîralions  de  la  planU;  en 
sorte  qu'il  devienne  difficile  de  savoir  quel  parti  prenditî  au  sujet 
de  la  plante». 

'  Cf.  p.  4o3,n.  1. 

*  Cf.  p.  422 ,  ligne  17. 

*  Ip  ppî-à  70  li  au  nord  du  l'iny  de  Yuv-ln  j^  j^,  préfecture 
de  Ainif-jucn,  province  de  Sc-tclioan, 

XVI.  28 


430  NOVEMBRE-DECKMBKK   1900. 

peut  (lire  que  c  est  :  continuer  sa  famille,  poursuivre 
l'exécution  de  Toeuvre,  et  de  génération  en  généra- 
tion ne  point  manquer  dlionuiies  sages.  Aulretbis 
celui  qui  avec  deux  cent  mille  hommes  parcourait 
de  Test  à  Touest  (le  territoire  liarbarc  ^)  et  celui  qui , 
après  avoir  fait  sept  fois  prisonnier  (le  général  en- 
nemi) soumetlait  du  nord  au  sud  (le  pays  qu'il 
combattait^),  ne  peuvent  point  encore  être  consir 
dérés  comme  ayant  beaucoup  fait  (en  comparaison 
de  ce  qu'accomplit  alors  le  roi  du  Nan  tchOb.) 

Puis  il  y  eut  (l'expédition  dans  le  pays  de)  5m/i- 
iclioan^;  les  cliamps  et  les  terres  cultivées  y  sont 

*  VS.Sc'ina  Tsicn,  chap.  c  :  «Le  chen-j'a  avait  écrit  une  lettre 
dans  laquelle  il  insultait  T impératrice  Ln  et  n était  pas  respectueux; 
rinipératrice  Lu.,  fort  irritée,  manda  les  généraux  pour  délibérer  à 
ce  sujet.  Le  général  en  chef,  Fan  K'oai,  dit  :  «Votre  sujet  désire 
obtenir  cent  mille  hommes  et  il  parcourra  de  Test  à  Touest  tout  le 
territoire  Hioug-nou,  » 

*  Allusion  à  Tcliou-ho  Lcany  |§  ^  «^  qui  fit  sept  fois  pri- 
sonnier le  général  ennemi  Mong  Uouo  ^  ^  et  le  relâcha  sept 
fois;  à  la  septième  fois,  Moug  Mono  refusa  de  profiter  de  la  liberté 
qui  lui  était  rendue,  déclarant  qu'il  reconnaissait  en  Tchou-ko 
Ijcang  un  prestige  céleste  et  que  ses  compatriotes  renonçaient  à 
lutter  contre  lui.  Cf.  P'â-wen-jun-fou,  à  l'expression  ts'i-k'in. 

^  Le  pays  de  S'mn-tctioan  ^  |^  n'est  pas  l'objet  d'une  notice 
spéciale  dans  l'histoire  des  Tang;  mais,  d'après  ce  qui  en  est  dit 
incidemment  dans  la  notice  sur  le  Nan-tchao,  il  semble  que  le 
Siun-tdioaii  ait  été  une  région  de  la  haute  Birmanie.  Voici  com- 
ment s'exprime  le  Tang-chon  (chap.  ccxxii ,  «,  p.  q  v*):  «H  ar- 
riva aussi  que  Ngan  Ijou-chan  se  révolta;  Ko-lo-fong  en  profila 
pour  prendre  l'arrondissemenL  de  Hi  et  le  camp  de  Hoci-Vong  j|| 
ilt|  '^  jpj  ^  ;  il  s'empara  de  la  passe  Tsing-ki  fff  ^  ^  e^ 
ainsi  il  écrasa  le  Yue-si  j|^  |fp  et  exposa  la  tête  de  Yu-Ueng  ^ 
^  ;  à  l'ouest  en  outre  il  soumit  les  pays  de  Siun-tch*oan  ^  ||t 
et  de  Piao  |^  (Birmanie).  Les  barbares  de 5mft- te A'oon  WL  tt  tt 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-ÏCHAO.     431 

fertiles  et  luxuriants;  les  hommes  et  les  produc- 
tions y  sont  nombreux  et  y  affluent;  au  sud,  il  com- 
munique avec  le  P'o-hai  '  ;  à  l'ouest,  il  est  proche  de 
Ta-ts'in^.  Depuis  le  commencement  du  monde,  la 
renommée  et  les  enseignements^  (des  sages)  n'y 
avaient  point  atteint;  depuis  Tépoque  du  souverain 

ont  les  mœurs  suivantes  :  ils  n'ont  ni  soie  ni  bourre  de  soie;  ils 
marchent  pieds  nus  sur  des  broussailles  et  des  épines  sans  en 
souffrir;  ils  tirent  avec  des  flèches  sur  les  sangliers  et  en  mangent 
la  chair  crue;  dans  le  combat  «  ils  enferment  leur  tête  dans  une 
cage  en  bambou  qui  a  la  forme  d'un  casque.  A  l'ouest  de  cette 
(peuplade)  sont  les  barbares  nus  ^  ^  qu'on  appelle  aussi  les 
barbares  sauvages  |^  ^  ;  ils  vivent  dispersés  dans  les  montagnes 
et  n'ont  pas  de  chefs  ;  ils  font  des  habitations  en  treillis  où  ils  de- 
meurent. Les  hommes  y  sont  moins  nombreux  que  les  femmes; 
ils  n'ont  pas  d'agriculture;  ils  couvrent  leur  corps  avec  de  l'éfcorce 
d'arbre;  les  femmes  sont  groupées  par  dix  ou  par  cinq  pour  senir 
un  seul  homme.»  Le  fait  que  le  Nan  tchao  soumit  la  Birmanie 
nous  est  aussi  attesté  par  la  notice  du  Tang  chou  sur  le  royaume 
de  Piao  (chap.  ccxxii,  b,  p.  5  r"). 

^  Si  le  Siun-tch'oan  touche  au  sud  à  la  mer,  c'est  la  preuve  que 
fauteur  de  l'inscription  englobe  sous  le  nom  de  Siun-tch'oan  la 
Birmanie  toute  entière;  l'expression  P*o-hai  j^  ^  ne  laisse  pas 
cependant  que  d'être  embarrassante ,  car  elle  désigne  en  général  le 
golfe  de  Pe-tche-li;  peut-êtr^  faut-il  corriger  le  texte  et  lire  ^  ^ 
qui  est  le  nom  de  la  mer  limitant  au  sud  le  royaume  de  Piao 
(Birmanie)  d'après  le  Kieou  Tang  chou  (chap.  cxcvii,  p.  7  v"), 

^  On  sait  que ,  en  121  ap.  J.-C. ,  des  musiciens  et  des  jongleurs 
de  Ta-ts'in  -J^  ^  (l'Orient  romain)  arrivèrent  en  Chine  en  pas- 
sant par  le  pays  de  Chan  ^||  (Haute  Birmanie};  le  Compendium 
des  îVcl  atteste  que,  au  m'  et  au  iv'. siècle  de  notre  ère,  les  curio- 
sités de  Ta-ts'in  parvenaient  en  Chine  par  une  voie  de  mer  qui  les 
amenait  en  Birmanie;  de  là,  elles  passaient  dans  le  Yun-nan  (Cf. 
Hjrtii,  China  and  the  Roman  Orient  y  p.  179;  Parker,  The  early 
ÏAios  and  China,  in  China  Revieiv,  vol.  XIX,  p.  71 ,  n.  26). 

3  Cf.  Chou  king,  chap.  Yu-kong,  gf  Ut  |&  ]K  0  îè  *  ^*  ''*^- 
nommée  et  ses  enseignements  pénétrèrent  jusqu^aux  quatre  mers.  » 

28. 


432  NOVfcMBREDECEMBKE  1900. 

[Fou-)lny  des  armées  ny  avaient  point  pénétré.  Le 
roi  [tchao)  voulut  changer  (ce  peuple)  en  lui  don- 
nant des  vêtements  et  des  bonnets,  le  transformer 
par  les  rites  et  la  justice.  La  onzième  année  (ySa), 
en  hiver,  lui-même  avec  ses  officiers  et  ses  ministres 
et  en  même  temps  avec  ceux  qui  conimandaient  à  ses 
lrou[:es,  coupa  les  arbres  pour  se  frayer  un  passage, 
construisit  des  bateaux  et  fit  des  ponts;  il  éblouit 
par  son  prestige  militaire;  il  enseigna  par  ses  expli- 
cations pacifiques.  Ceux  qui  furent  sincères  et  se 
soumirent,  il  les  encouragea,  les  consola  et  leur  as- 
sura le  repos;  ceux  qui  luttèrent  et  résistèrent,  il 
lia  leurs  nuques  et  les  mit  en  fdes  nombreuses  ^* 
Ayant  compassion  de  leur  stupidité,  il  le^  délivra  de 
leurs  entraves  ;  il  choisit  un  emplacement  supérieur 
pour  y  établir  une  ville  fortifiée.  Ceux  dont  les 
corps  sont  nus^  vinrent  d'eux-mêmes  sans  qu'on  eût 

'  L'cxprcssioQ  ^  '^  \)eui  avoir  des  sens  1res  différents  :  dans 
un  texte  de  Tchoancj  tsc  (cliap.  Tien  tse  fany,  trad.  Lbgge,  S,  B. 
/!.\,  vol.  XL,  p.  53],  elle  signifie  tendre  un  arc  complètement, 
jusqu'à  ce  que  la  poinle  de  la  flèche  vienne  affleurer  le  bois;  le 
mot  [p^  a  ici  le  sens  de  ^  «pointe  de  flèche»  (cf.  Chouo  wen 
phonétique  au  mot  ^).  —  Dans  un  texte  du  Tso  tchoan  (6*  an- 
née du  duc  Siuen)^  cette  expression  signifie  «combler  la  mesure 
de  ses  mauvaises  pratiques»;  le  mot  ^  a  ici  le  sens  de  ^  «pra- 
tique». —  Dans  un  texte  du  Chou  làncj  (chap.  Toi  che;  Lbggb, 
C.  C,  vol.  Iir,  p.  287),  on  lit  la  phrase  ]^  |p  Jt  j|  «Iw» 
crimes  de  Chang  ont  comblé  la  mesurtî».  —  Aucun  de  ces  sens 
ne  parait  convenir  exactement  au  passage  que  nous  traduisons; 
ici ,  celte  expression  semble  désigner  une  enfilade  ou  une  file  'ff^ 
très  nombreuse  ^  de  prisonniers  attachés  les  uns  aux  autres. 

*  Les  ])arbares  nus  étaient  à  fouest  du  Siun-tclioan;  cf.  p.  43 1, 
ligne  6  de  la  première  note. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     433 

à  les  châtier;  les  K'i-sien^,  souhaitant  subir  la  bonne 
influence,  arrivèrent. 

D autre  part,  Ngan-ning^  était  une  place  forte  de 
premier  ordre;  c'était  un  carrefour  important  des 
diverses  peuplades  Tsoan;  ses  montagnes  font  face 
au  PUki^\  ses  ondes  entoureraient  le  Jfi>-c/w*;  ses 
marais   salants^  surchargent  de   besogne  (les   tra- 

*  k'I-sicn  esl  le  nom  d'une  nionlagne;  on  iil  dans  le  Tnng  chou , 
rliap.  ccxxii,  ".  1>.  1  >"  :  $15  S^  [Ij  ;2:  U  ^  î$  gi  «à  Toiipst 
de  la  montagne  K'i-sien ,  il  y  a  l)eaiicoup  de  miasmes  et  de  vapeurs 
malsaines.»  Deux  lignes  plus  bas,  on  iil  :  ^  ^  ^R  ]j^  |{Ôf  W 
«à  l'ouest  de  Ta-ho  et  de  K'i-sieu*.  M.  Parkbr  [China  Heview , 
vol.  XIX,  p.  76,  n.  G9)  identifie  cette  région  de  K'i-sien  avec  la 
partie  fiévreuse  de  la  vallée  de  la  Salouen  décrite  par  Colb,  Raber 
[Travels  and  researches  in  western  China,  p.  177-179). 

*  Cf.  p.  4o6,  n.  5.  Le  roi  de  Nan-tchao,  vainqueur  en  764  de 
Li  Mi,  avait  pris  Ngan-niny  aux  Chinois;  après  avoir  parié  de  Tex- 
pédition  que  Ko-lô-fong  fit  en  Birmanie,  l'auteur  de  Tinscriplion 
rappelle  ici  les  mesures  qu'il  prit  pour  affermir  sa  domination  dans 
la  partie  orientale  de  son  royaume. 

^  La  montagne  Pi-hi  ^  ^  [jj  est  à  3o  U  au  sud-ouest  de  la 
ville  de  Yun-nanfoa  et  fait  face,  en  effet,  aux  montagnes  de  Ngan- 
nin(j.  L'origine  de  ce  nom ,  qui  signifie  la  montagne  du  coq  de  jade 
vert,  nous  est  indiquée  dans  un  passage  du  chapitre  xxv  du  Ts*ien 
Uan  chou  :  «Quand  Temperenr  Siuen  (73/19  av.  J.-C.)  eut  pris  le 
pouvoir,  quelqu'un  dit  que,  à  /  tcheou  (^  jftf  =  Yun-nanfou),  ï 
y  avait  les  divinités  d'un  cheval  de  métal  (  ^  M  )  et  d'un  coq  de 
jade  vert  (^  jl^)^  en  leur  sacrifiant  avec  des  offrandes,  on  pou- 
vait les  évoquer.»  Le  commentaire  ajoute  :  «La  figure  du  métal 
ressemble  à  un  cheval;  la  figure  du  jade  vert  ressemble  à  un  coq.» 
Le  cheval  et  le  coq  sont  donc  les  formes  sous  lesquelles  se  mani- 
festaient le  métal  et  le  jade  vert. 

*  Le  fameux  promontoire  au  nord  du  golfe  du  Pe-tche-li, 

^  Les  puils  salants,  qui  étaient  autrefois  au  nombre  de  quatre 
et  qui  sont  aujourd'hui  au  nombre  de  cinq,  sont  à  l'ouest  de  la  pré- 
fecture secondaire  de  Ngan-ning  (cf.  Tien-hi,  V,  l,  p.  21  v**). 


fiU  NOVEMBRE-DÉCKMBRE  1900. 

vailleurs)^;  le  profit  qu'on  en  retire  s*étend  jusqu'à 
Tsang-ko^;  les  villes  fortifiées  et  les  bourgs  s'y  pro- 
longent en  file  continue;  celte  configuration  réunit 
les  (barbares)  Jong  et  P'^/ Alors  [Ko-lo-fong)  institua 
un  surveillant  de  la  ville  qui  eût  la  charge  de  réunir 
ceux  qui  étaient  abandonnés  et  séparés.  Ainsi  ceux 
qui  étaient  loin  et  ceux  qui  étaient  près  se  donnèrent 
appui  ;  les  portes  des  villages  furent  serrées  comme 
les  dents  d'un  peigne^. 

La  douzième  année  (yôS),  en  hiver,  le  roi  [tchax)) 
attendit  d'être  de  loisir  pour  examiner  son  territoire; 
il  observa  les  mœurs  et  entoura  de  sollicitude  ceux 
qui  vivaient  cachés.  Il  s'arrêta  à  Koen-tch'oan^  et  en 
étudia  la  configuration;  il  déclara  que  les  montagnes 
et  les  fleuves  pouvaient  y  former  un  écran  contre 
les  peuples  de  la  frontière,  que  les  eaux  et  les  terres 
pouvaient  y  nourrir  les  hommes^. 

La  quatorzième  année  (768),  au  printemps,  il 

1  Cf.  Che  King,  Siaoya,  vi"  décade,  ode  1  ;  ^  ^  3^  j^  ^ 
«  il  en  est  qui  sont  surchargés  au  service  du  roi  »• 

*  C'est-à-dire  jusqu'à  la  préfecture  de  Se'tian  j||L  f^  dans  le 
Koei'tckeou. 

^  Cf.  Che  kiny,  Tdieou  song,  m"  décade,  ode  6  :  j(  J:|2  ^  ^ 
«ils  sont  serrés  les  uns  contre  les  antres  comme  les  dents  d'un 
peigne  ». 

*  Koen  tch'oan,  ou  plutôt  Koen  tcheou ,  ^  ^  est  un  ancien 
nom  de  Yun-nanfou. 

^  Cf.  Chou  king  t  chap.  K'ang  wçLug  tche  kao  (Lkgoe,  C.  C, 
vol.  III,  p.  567]  '  7i  ^  ^\^^  M^  «alors  ils  nommèrent  ot 
instituèrent  dos  soigneurs  et  établirent  des  écrans».  Commentaire  : 
ft  Ils  nommèrent  des  seigneurs  pour  en  faire  de»  écrans  contre  If^t 
peuples  de  la  frontière  >*  ,1^  jS^  $  ^  • 


uni:  fNSCKIPTlON  DU  ROYAUMK  DE  NAN-TCHAO.     /i35 

ordonna  à  son  lllsaîné,  l'ong-kia-i,  d'établir  à  Koen- 
tch'oan  la  ville  fortifiée  de  Tclie-totuj  ^  ;  il  y  plaça  deux 
rhefs  [tcliao)  pour  l'administrer.  Afors  son  prestige 
imposa  la  crainte  à  (la  région  de)  Pou-t'eou^;  sa  bien- 
faisance gagna  (les  gens  de)  K'iii  et  de  Tsing^;  par- 
tout où  atteignirent  les  ordres  qu'il  répandit,  d'un 
cœur  unimime  on  y  obéit  en  baissant  la  tête. 

Notre  roi  a  une  énergie  qui  contient  on  elle  l'équi- 
libre et  l'harmonie'*;  il  a* une  vertu  qui  renferme 
(la  puis^'mce  de)  couvrir  et  celle  de  nourrir^.  Ses 
facultés  sortent  de  la  commune  mesure^';  son  discer- 
nement est  de  proportions  telles  qu'il  est  éminent 
dans  le  monde.  Ses  vues  élevées  dominent  ^  c\  quatre- 
vingt  mille  pieds  de  hauteur;  les  plans  qu'il  combine 
décident  la  victoire  à  mille  li  de  distance^.  Lorsqu'il 
voit  une  occasion  opportune,  il  s'ébranle^;  il  profite 

'   ftî  S  iS  »  ^'^^^  ^^**"*'  '^  ^'^^^^  ^'^  Yuu-uan  fou, 

^  Cf.  p.  407,  n.  1. 

'*  Cf.  p.  4 16,  n.  4. 

*  Cf.  Tchong  youg,  I,  4  :  +  4  ^^  5C  T  ^  ^^  *  4  o 
ft.tfc^^ClF-è^iê-lfc*  L'équilibre  est  la  grande  racine 
(le  Tunivers;  l'harmonie  est  la  vole  p^énérale  de  riiniverM». 

^  De  couvrir  tous  les  élres  comme  le  Ciel  les  couvre  et  de  les  nour- 
rir comme  le  fait  la  Terre. 

^  ^  ^*  «à  droite  des  hommes»,  c'est-à-dire  «au-dessus  des 
iiommes,  au-dessus  de  la  commune  mesure». 

'  Cf.  Luen  yu,  IX,  10  :  ^p  -^  ^  J^  ^  ^  «il  y  a  comme 
quelque  chose  qui  se  dresse  à  une  grande  hauteur». 

8  Cf.  Se -ma  Tsien,  chap.  i-v,  p.  3  v°  :  5J  ||  ^  ||im  tf» 
'^  B^  ^M^'FM^-É*  *^*^  l'intérieur  des  tentures 
(r.  à  d.  «dans  une  maison»,  et  non  sur  le  champ  de  bataille),  com- 
hiner  des  plans  qui  décident  de  la  victoire  à  mille  //  de  distance, 
tel  a  été  le  mérite  de  Tse-fang  (  Tchaiig  Leang)  », 

"  Cf.  Tso  ichnan,  il"  année  du  duc  Sinen  •'  "^  ^  ^  @j(  ||^ 


430  NOVEMURK-DECEMBUE  1900. 

des  situations  avantageuses  pour  faire  réussir  des 
actions  glorieuses.  Sa  conduite  s  accorde  avec  une 
intelligence  divine;  il  semble  que  le  Ciel  lui  ouvre 
la  voie^  GVst  pourquoi  il  a  pu,  quand  il  attaquait 
des  villes  fortifiées ,  abaisser  ses  ennemis  et  remporter 
la  victoire  comme  un  dieu.  Il  change  le  péril  en 
tranquillité;  il  transforme  Tinfortune  en  prospérité. 
11  continue  et  développe  Tœuvre  de  ses  ancêtres;  il 
agrandit  et  étend  les  plans  royaux.  11  s*assied  Je  visage 
tourné  vers  le  sud  en  se  donnant  le  nom  d'orphelîn  ^  ; 
il  gouverne  le  côté  oriental  et  s  y  (conduit  en  maître. 
Ensuite  il  a  mis  en  honneur  les  vertus  pacifiques  jet 
les  vertus  guerrières;  dans  ladministration ,  il  a 
établi  cent  fonctions.  11  a  donné  son  rang  à  ce  qui 
était  honorable  et  mis  à  sa  place  ce  qui  était  vil; 
dans  les  dignités  il  a  distingué  neuf  degrés.  Il  a 
ouvert  la  porte  aux  trois  religions  ^  ;  il  a  reçu  les  hôles 
aux  portes  des  quatre  points  cardinaux^ .  Le  yn  et 
le  yanq  ont  été  en  ordre  et  le  soleil  et  la  lune  n*ont 
point  commis  d erreur;  ses  récompenses  et  ses  châ- 
timents ont  élé  sages,  et  les  pervers  et  les  méchants 
ont  éloigné  les  traces  de  leurs  pas.  Il  a  compris  les 

S  M  9k  «Moi,  Hoei,  j*ai  appris  que,  pour  faire  ia  guerre;  on 
no  doit  s'ébranler  que  lorsqu'on  voit  une  occasion  opportune». 

'  Cf.  Tso  tchoan,  23'  année  du  duc  ^»  :  E  M  5Ç  jfc  fif  ^ 
A  ^  ^  «tË»  *^*^^  entendu  dire  que  celui  à  qui  le  Ciel  ouvre  la 
voie,  les  hommes  ne  peuvent  l'atteindre  ». 

*  Cf.  Li  Al*,  chap.  Yu  tsao  (Legge, S.£.  E.,  vol.  XXVIII,  p.  «7)  : 
K  Tout  prince  d'un  petit  État  s'appelle  lui-même  «  orphelin  ». 

•■*  Lo  Confucéisme,  le  Taoïsme  et  le  Bouddhisme. 

*  Cf.  Chou  hiufi,  chap.  Choen  tien  •'  %  *^  P9  P^  «H  n*C"*  **^ 
holes  aux  portes  des  quatre  points  cardinaux  », 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  N\N-TCHAO.     437 

trois  principes'  pour  déterminer  les  rites;  il  s'est 
servi  des  six  accumulations^  pour  régler  le  pîiys.  Sa 
bonne  foi  s'est  étendue  jusqu'aux  porcs  et  aux 
poissons^;  ses  bienfaits  ont  fertilisé  jusqu'aux  plantes 
et  aux  arbres.  Il  a  arrêté  et  retenu  les  eaux  débordées 
et  les  plateaux  élevés  sont  devenus  des  champs  de 
riz  et  de  millet;  il  a  fait  communiquer  et  a  ouvert 
les  bassins  et  les  étangs ,  et  les  lieux  bas  ont  été  plantés 
de  la  végétation  des  jardins  et  des  bois.  Il  a  changé 
la  pauvreté  en  richesse;  il  a  transporté  ce  qu'il  y  avait 
là  où  il  n'y  avait  rien'*.  Les  familles  ont  eu  l'abon- 
dance qui  provient  des  mûriers  plantés  sur  une  sur- 
face de  cinq  meoii^;  le  royaume  a  entassé  dans  ses 
greniers  des  provisions  pour  neuf  années.  L'étendue 
et  la  profondeur  de  ses  bienfaits  se  sont  accumulées 
jusque  sur  les  fauteurs  de  troubles^;  ses  dons  de 

*  ^  ^  1  le  Ciel ,  la  Terre  et  l'Homme. 

*  >^  iiï  »  l'^îi"»  le  feu,  le  métal,  le  bois,  la  terre,  les  céréales. 
Cr.  Chou  liing,  chap.  Ta  Yu  mo, 

3  Phrase  tirée  du  /  king  (Legge,  .S.  B.  E.,  vol.  XVl,  p.  «îG.l). 

*  Cf.  Chou  hiny,  chap.  /  et  Tsi  (Legge.  C.  C,  III.  p.  78)  :  ^ 
/^  ^  «échanger  ce  qu'ils  ont  contre  ce  qu*ils  n'ont  pas».  Le  com- 
mentateur Lin  Tchc'h'i  explique  cette  phrase  en  d'sant  ^  ^  ^ 
^ ,  par  exemple  en  transportant  du  poisson  et  du  sel  dans  les  pays 
de  montagnes,  ou  en  transportant  le  bois  tiré  des  forêts  dans  les 
pays  bas. 

^  Cf.  Mehcius,  l,  a,  3  (Legge,  C.  C,  voL  II,  p,  7)  :  jE  gj 
^  ^  ^  ^  Ki  ^  *  ^"^  ^^^  ^^"^  "*^®"  réservés  aux  habitations 
soient  plantés  de  mûriers». 

^  Le  mot  JH  signifie  «le  mouvement  des  insectes»;  il  désigne 
par  suite  ceux  qui  s'agitent  d'une  manière  insupportable  comme 
les  insectes,  à  savoir  les  fauteurs  de  troubles.  Cf.  Tso  tchoan,  2/1*  an- 
née du  duc  Tchno  •'  ^  3E  ^  Jf  JS  lH  ^  «Maintenant  en  vé- 


438  NOVEMBRE-DKCEMBRE  1900. 

joyaux  et  de  pièces  de  soie  ont  atteint  les  vieillards 
de  soixante  ans.  Il  a  institué  des  difficultés  pour  pré- 
venir le  mal  et  s  est  appuyé  sur  des  défilés  pour  y 
élever  la  fermeté  de  remparts  solides;  une  onde  sur- 
naturelle purifiait  des  maladies  et  sur  les  esciir- 
penients  niultipliés  il  a  fait  jaillir  la  source  où  1  on 
se  lave  la  tête  et  le  corps'.  Les  chevaux  célestes  de 
Yae-tan^  naquirent  dans  la  banlieue  de  la  ville;  les 
eaux  courantes  de  Ta-IP  servirent  à  laver  les  soies 
bigarrées.  A  Touest,  il  ouvrit  (le  pays  de)  Siun- 
tclu)an'^;  (la  localité  de\Loa-p'i^  produisit  l'or  de  la 
rivière  Li^;  au  nord,  il  fut  contigu  aux  montagnes 


rilé  la  maison  royale  a  6ié  plonp^ée  dans  \o.  trouble».  Le  commen- 
taire explique  les  deux  mots  tcliocu  tcli'ocn  en  disant  ||j|  ^  {^ 
«  Télal  d'être  éhranlé  et  troublé». 

'  L'expression  '^  0|C  ;2S  Ê  désigne  les  villes  dti  domaine  im- 
périal qui  étaient  données  en  fief  à  des  seignenrs  pour  qu'ils  pussonl 
s*y  purifier  avant  de  paraître  devant  le  Fils  du  Ciel  (Cf.  Li  ki , 
obap.  Wang  tche;  Legge,  5.  B.  E.,  vol.  XXVII,  p.  247).  Ici  IV.v 
pression  {ang  mou  implique  uniquement  l'idée  de  purification,  el 
non  celle  de  fief  ou  d'apanage. 

-  D'après  le  Tien  In  (V,  2,  p.  5  v°),  Yne-ian  jj^  J^  serait  Tac- 
tuel  Tencf-yue  ]^  j|^  (Momein). 

^  >^  ^'J*  Peut-être  faut-il  identifier  cette  localité  avec  la  ville  de 
Ta-li  ^  ^  dont  P'i-lo-ko  s'était  emparé  en  788,  et  qui,  d*après 
le  Tien  /li  (I,  1,  p.  2  3  v")  se  serait  trouvée  à  Test  de  la  préfecture 
secondaire  de  Tchao  ^. 

*  La  Birmanie;  cf.  p.  43o,  n.  3. 

'MM- 

^  ISt  yK'  ^*  J'ivière  Li  était  le  nom  ancien  du  Kin-cha  kiang 
(baut  yaug-Ue):^i^  ÏL  t  Z  M  :^  (7Vcn  A^X,  2,p.  1 1  v*)*; 
le  souvenir  de  cette  dénomination  s'est  conservé  dans  le  nom  de  la 
préfecture  de  Li-kinmj  fou  H  JJ* 


UNK  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     439 

Yang^;  Hoei-tcKoan^  recueillit  les  précieuses  tur- 
quoises. Les  peuples  de  la  frontière  méridionale  se 
sont  réfugiés  et  ont  accouru  auprès  de  lui;  les  rois 
[tchao)^  qu'il  a  renversés  ont  désiré  être  ses  sujets 
oxiérieurs;  les  Tsoan  orientaux^  ont  tous  fait  retour 
à  lui;  (la  région  de)  Poii-feou^  est  devenue  partie  in- 
tégrante de  son  territoire.  Pour  établir  sa  capitale  il 
a  mis  une  garnison  et  une  barrière;  l'argent  est  produit 
dans  le  bourg  de  Mo-tsoei^;  il  a  attendu  d'être  de 
loisir  pour  inspecter  son  territoire;  son  équipage  s'est 
reposé  dans  la  plaine  de  Tong-dnq'^ .  C'est  1î\  sans 

'  UlU- 

^  '^  Jl[-  Sur  le  territoire  de  la  préfecture  secondaire  de  Hnci-li 
'^  S  »  préfecture  de  Ninj-ynen ,  province  de  Sc-tch'nan, 

**'  H  doit  tUre  fait  ici  allusion  aux  cinq  autres  tchao  vaincus  par  le 
Nnu-tchao. 

*  Cf.  p.  /io6,  n.  6. 

'^  Cf.  p.  407,  n.  1. 

"  M  11  •  ^^^^^  localité  devait  se  trouver  dans  le  voisinage  de  la 
préfecture  de  TcKou-hionij  ^^  ^,  dans  le  Yun-nan,  La  ville  de 
Tch'on-kioncj  s'appelait  autrefois  ÏVei-tcIion;  or  voici  ce  qu'on  lit 
.lans  le  Tien  hi  (I.  >.  p.  3.  v«)  :  J^  J^  ^  ^  |3  Jj|  ;^  ^Jjt  ^ 
H  ft'  ;t.  I|5  S  1:  iS  4  15  j@l  •  Ce  texte  me  paraît  corrompu 
et  je  crois  qu'il  faut  substituer  le  mot  ^  au  mol  j|J[  et  le  mot  ^ 
au  mot  â^;  la  phrase  signifie  alors  :  nFKei-tch'ou,  à  l'époque  du 
Mong-ichao  (c.-à-d.  du  Nan-tchao)  formait  les  bourgades  de  Yn-chcng 
et  de  Mo- <50ci;  c'est  pourquoi  on  établit  (là)  le  gouvernement  de  Yn- 
ckeng,  %  Le  gouvernement  de  Yn-chcny  était  U4i  des  six  gouverne- 
ments [tsic-tou)  entre  lesquels  était  divisé  le  royaume  de  Nan-tchao; 
les  cinq  autres  gouvernements  étaient  ceux  de  Tc/ic-to/i^  J^  ^  (  }  un- 
nan-fou)^  de  Lony-toiig  ^  jj^  [Yao-tcheou),  de  Yong-tch'ang  ^ 
^  {Yong-tch'an(jfou),dii  Kien-tch'oan  ^  j|[  (Kien-iclioan  tcheou) 
et  de  Li-choei  j^  yj^  [Li-hiangjoa). 

'  La  région  du  lac  Tontj-t'ing,  dans  la  province  de  Hou-nan, 


440  NOVEMBRE-DECEMBRE   1000. 

doute  un  effet  cjui  dérive  de  Téminence  des  hommes 
et  des  qualités  surnaturelles  de  la  terre,  de  l'ex- 
cellence  des  productions  et  de  la  perfection  des  in- 
fluences. 

Alors  donc  les  rhinocéros  et  les  éléphants,  les 
objets  précieux  et  rares,  les  tributs  et  les  offrandes 
sont  arrivés  au  complet.  A  l'est  et  à  l'ouest,  au  sud 
et  au  nord,  la  fumée  et  la  poussière*  n'ont  pas  volé 
(dans  Tair).  Au  loin  et  au  près  on  n'a  plus  eu  à  re- 
douter les  pillages;  les  têtes  noires'^  eurent  une  pros- 
périté telle  qu'on  entendait  frapper  le  tambour^. 
Alors  on  put  relever  la  tête  avec  fierté  à  Kionq-nan  \ 
jeter  des  regards  assurés  au-delà  des  mers^. 

Comment  notre  roi  cadet  aurait-il  pu  parvenir  par 
lui  seul  (à  un  tel  résultat)?  En  vérité  (s'il  y  est  par- 
venu) ,  c'est  grâce  à  notre  btsanpo  saintement  divin , 
empereur  céleste^.  Sa  vertu  s'étend  sans  limites;  son 
prestige  s'impose  aux  régions  bien  ordonnées"^.  Quand 

'  La  fumée  des  signaux  d'alarme  et  la  poussière  des  champs  de 
bataille. 

-  L'expression  «les  têtes  noires»  est  le  surnom  par  lequel  Ts'in- 
Che-hoang-ti  désignait  le  peuple;  cf.  Se -ma  Ts*ien,  trad.  fr.,  t.  Il, 
p.  i33,  n.  2. 

^  L'expression  ^  ]^j|[  signifie  dans  le  Che  king  (section  Koao 
fomj,  y  décade,  ode  6),  «battre les  tambours  de  guerre».  Mais  ici, 
le  contexte  veut  évidemment  qu'il  s'agisse  des  tambours  qu'on  bat  en 
signe  de  réjouissance. 

*  L'expression  ^  ^  «  au  delà  des  mers  »  se  retrouve  dans  le 
C/ioii  king  (cbap.  Li  tckeng:  Legge,  C.  C,  vol.  lll,  p.  52i). 

•  La  leçon  du  Tien  In  ^Ç  fjl ,  Pst  erromk»;  il  faut  lire  3Ç ^  i 
comme  dans  le  Kin  che  tsoei  pien, 

^  Otte  expression  parait  désigner  ici  la  Chine  par  allusiod  à 


UNE  JNSGUIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     441 

les  nuées  printannières  se  répandent,  les  dix  mille 
sorte  d'êlres  en  sont  toutes  humectées^;  quand  le 
vent  chargé  de  gelée  blanche  descend,  les  quatre 
mers  ^  se  flétrissent  et  déclinent^.  Ainsi  il  a  pu  enlever 
(leurs  possessions)  à  ceux  qui  faisaienl  des  troubles 
et  combattre  ceux  qui  s'obstinent  dans  Terreur*;  il  a 
fixé  une  ville  capitale  pour  assurer  le  repos  ^  au 
peuple;  il  s'est  annexé  les  faibles  et  a  traité  avec 
mépris  ceux  qui  allaient  à  leur  perte;  il  a  écrit  à 
lempercur  de  Chine  et  a  continué  avec  lui  les  bonnes 
relations^. 

Alors  les  tsincj-pincj-hoan  Toan  Tchoncj-koiio ,  Toan 
Sian-tsiiicn  et  d autres,  dirent  tous  :  «Quand  celui 
qui  possède  le  royaume  développe  au  plus  haut  degré 
la  raison,  cest  une  qualité  excellente  du  prince  et 

cette  phrase  du  Che  hm(j  [Chang  song ,  ode  4,  str.  6)  :  ^  ^  ^ 
^  «les  neuf  régions  furent  mises  en  ordre», 

*  C'est-à-dire  que,  quand  le  btsanpo  tibétain  répand  sa  bienveil- 
lance ,  tous  les  êtres  en  éprouvent  le  })énérice. 

^  On  sait  que  cette  expression  désigne  les  barbares  des  quatre 
points  cardinaux. 

^  Le  mot  jj^  a  ici  la  valeur  d'un  verbe;  il  implique  l'idée  de  dé- 
cadence et  de  châtiment  que  comporte,  dans  les  idées  chinoises,  le 
concept  de  l'automne;  c'est  en  automne  que  se  font  les  exécutions 
capitales.  La  phrase  signifie  donc  que  lorsque  le  btsanpo  donne 
libre  cours  à  sa  colère,  tous  les  êtres  reçoivent  leur  châtiment. 

*  Cf.  Chou  liiug  (chap.  Tckoug-lioei  tclic  hao;  Legge,  C.  C, 
vol.  m.  p.  .81)  ■M^^X^M^IlMÙ  «Annexez-vous  les 
faibles;  combattez  ceux  qui  s'obstinent  dans  Terreur;  enlevez  (leurs 
possessions)  à  ceux  qui  font  des  troubles;  traitez  avec  mépris  ceux 
qui  vont  à  leur  perte». 

SÊ.  =  ^- 

•*  L'expression  |^  ^  se  retrouve  dans  le  Tso  Ichoan  (  1  '"  année 
du  duc  Siang)^ 


442  iNOVEMBRE-DÉCKMBRE  1900. 

roi  ;  quand  il  y  a  cette  qualité  excellente  et  qu  on  ne 
1  exalte  pas,  c'est  une  faute  de  la  part  des  sujets.  La 
vertu  est  ce  par  quoi  on  élève  les  actions  méritoires; 
les  actions  méritoires  sont  ce  par  quoi  on  fonde 
Tœuvre.  Quand  Tœuvre  a  été  accomplie  avec  succès , 
si  on  n  en  prend  pas  note ,  comment  nos  successeurs 
dans  la  suite  pourront-ils  voir  (ce  qui  a  été  fait)?  Il 
convient  dv  tailler  une  pierre  et  de  graver  une  stèle, 
de  commémorer  les  mérites  et  de  célébrer  la  vertu, 
pour  que  (le  souvenir)  s'en  transmette  sans  s'altérer, 
pour  qu  il  pénètre  dans  Tavenir.  Or  (les  membres  de) 
notre  famille^  ont  été  de  génération  en  génération 
sujets  de  la  Chine  [Han)  et  les  huit  rois^  ont  été 
dignes  de  Toeuvro  (entreprise  par  la  dynastie)  des 
751/1;  les  inscriptions  des  cloches^  se  sont  succédé 
d'âge  en  âge  et  ce  sont  cent  générations  qui  s'af- 

'  La  famille  dont  il  est  ici  question  est  la  famille  Toiin  ^  à  la- 
quelle apparleuaieut  les  isiiKj-p'uuj-Uoan,  Toan  Tchong-kouo  et  Towi 
Siun-ts'iuen;  c'était,  comme  on  le  voit  par  ce  texte,  une  famille  (fo- 
rigine  chinoise;  elle  devait,  en  l'an  gSS,  se  substituer  à  la  famill<; 
Tcheny  ^^  qui  avait,  en  902,  renversé  la  dynastie  indigène  du 
Nan-tchao  (cf.  p.Sgy,  n.  1,  ad  fin,] \  le  royaume  qu'elle  fonda  prit  le 
nom   de  royaume  de  Ta-li  ^  ^ . 

^  Les  huit  rois  dont  il  est  ici  question  sont  Siuen  ^i  ^  ^  et  ses 
sept  frères  (cf.  P\'i  wen  yun  fou,  à  l'expression  pa  wang);  Siuen  ti, 
mort  en  201  après  J.-C. ,  est  i*egardé  comme  le  fondateur  de  la  dy- 
nastie Tsin,  quoiqu'il  n'ait  pas  été  ertectivcment  empereur.  H  est 
probable  que  la  famille  Toan  aida  les  huit  rois  à  établir  la  dynastie 
des  Tsin  et  que  c'est  pour  cette  raison  qu'on  rapjKîlle  ici  le  souvenir 
des  iuiit  rois. 

'*  Cette  phrase  signifie  que  la  famille  Toan  joua  un  l'oie  gIorieu\ 
t^t  que  d'âge  en  âge  les  inscriptions  élogieuses  gravées  sur  les  cloches 
conservèrent  le  somenir  des  actions  d'éclat  accomplies  par  elle. 


UNE  INSCKlPTlOxN  Di]  ROYAUME  DE  NAN-TCIIAO.     443 

(iiiiienl  sous  le  présent  régnée  A  noire  naissance 
nous  nous  trouvâmes  sans  ciel'-;  derechef  nous  tom- 
bâmes dans  la  déchéance  et  la  iTiine^.  Mais  grâce  aux 
vertus  laissées  par  nos  vénérables  ancêtres,  nous 
avons  reçu  l'immense  bienfait  qu'on  vint  rechercher 
les  représentants  des  anciennes  familles'*.  A  nouveau^ 
nous  reçûmes  la  charge  de  ts'itifj-piiuj^  pour  servir 
en  même  temps  d'oreilles  et  d'yeux  (au  souveiain). 
Nous  songeons  dans  notre  cœur  à  Ki-foii'^,  mais  nous 

'  En  d'aiilres  termes,  les  membres  artiieîs  de  la  famille  Toaii  sont 
les  représentants  (rancôtrcs  illustres. 

-  Le  mot  ^  «ciel»  désigne  ici  le  souverain.  Au  moment  où  le 
Nan-tchao  conquit  tout  le  Ynu-nan  et  une  partie  du  Se-tch'oan,  la 
famille  Toan  se  trouva  privée  de  son  souverain  naturel  qui  élait 
l'empereur  de  Cliinc. 

^  Allusion  à  l'époque  troublée  qui  succéda  aux  conquêtes  du  i\an- 
tcliao, 

*  Quand  le  roi  du  ISan-tchao  eut  affermi  son  pouvoir,  il  cberclia 
à  s'entourer  des  anciennes  familles  chinoises  qu'il  trouva  dans  le 
territoire  qu'il  s'était  annexé-,  c'est  ainsi  qu'il  distingua  la  famille 
Toan  et  conféra  à  ses  membres  les  plus  liauUîs  dignités.  —  L'ex- 
pression ^  ^  est  tirée  du  Chou  kinij  (cliap.  P\in-ken(j,  i™  partie, 
s  '3)  :  A  ti  *  «  o  §^  #  *  f  tt  ^  o  ;Q"an<l  il  s'agil 
d'hommes,  nous  recherchons  ceux  qui  sont  d'ancienne  (famille); 
quand  il  s'agit  d'objets,  nous  recherchons,  non  les  vieux,  mais  les 
neufs». 

^  C'est-à-dire  que,  sous  la  domination  du  Nan-tcliao,  comme  sous 
celle  de  la  Chine,  les  Toan  eurent  des  fondions  élevées. 

«  Cf.  p.  428,  n.  1. 

'  ki-J'on  se  donne  comme  l'auteur  des  odes  5  et  G  delà  3"  décach; 
du  Ta-ya  (Lkgge,  C.  C,  vol.  IV,  p.  5/|0  et  5'i5).  —  Toan  Tchony- 
liouo  et  Toan  Siun-ts'iuen,  chargés  de  célébrer  les  mérites  de  Ko-lo- 
fong,  voudraient  que  leurs  éloges  fussent  à  la  hauteur  de  ceux  que 
Ki-fou  a  décernés  aux  rois  delà  dynastie  Tcheou^  et  ils  rougissent 
de  n'y  point  parvenir. 


4Vi  NOVEiMBRE-DÉCEMBRE  1000. 

rougissons  que  nos  éloges  ne  soient  pas  h  la  hauteur 
des  poésies  des  Tcheou  ;  noire  résolution  est  d'imiter 
Hi-se^  et  nous  voudrions  égaler  notre  voix  aux  odes 
sacrificatoires  de  Lou.  Enregistrer  la  gloire  et  publier 
les  mérites,  en  vérité  cest  ce  qu'on  peut  déclarer 
une  grande  et  noble  entreprise.  Tout  en  considérant 
rinfcriorité  de  nos  talents,  nous  avons  donc  osé  rap- 
peler par  écrit  l'influence  (du  roi)  el  son  illustration. 
L'éloge  rimé  est  ainsi  conçu^  : 

On  a  fait  descendre  la  prospérité  du  ciel;  —  ce 
bonheur  se  propage  dans  les  générations  ultérieures; 

^  Ili-se  est  mentioiiné  dans  l'ode  4  de  la  2*  .décade  des  odes  sa- 
crificaloircs  de  Ïj)u  (Legge,  C.  C,  vol.  IV,  p.  629}  comme  ayant 
conslriiil  un  fort  beau  temple;  ici ,  on  semble  croire  qu'il  a  composé 
Tode  elle-même. 

^  Cet  éloge  se  compose  de  douze  slropbes  de  quatre  vers;  chaque 
strophe  est  construite  sur  une  rime;  chaque  vers  est  forme  de  deu\ 
hémistiches  qui  ont  chacun  quatre  syllalxîs;  le  dernier  vers  de  ta 
10*  strophe  fait  seul  exception;  il  est  constitué  par  deux  hémistiches 
de  six  syllaJMîs.  —  Les  rimes  sont  les  suivantes:  1"  strophe  :  3l^ 

ffi  ♦  ^'  PP  •  »"  ^''»*  ^''^"^'  —  ^*  strophe  :  m»  ft  •  ft»  ÉC» 
au  lilu  chcng;  —  3*  strophe  :  |^ ,  Hf  ,'^  *  5?  »  *"  ^*''"  ckeng;  — 
/»'   strophe  :  ^  ,    P  »  T^p  t  ;^  »  au  chang  cheiKj;  —  5t  stroplie  : 

^'  M;  ¥♦  >S»«"  P'"'^  ^^^"5/'  -  ^"  «*'*0P*»e  :  ^»  jfe»  M» 
gj  »  au  jou  cheiKj;  —  7'  strophe  :  ffî  «  ^  «  J|^  »  Ç|| .  a»  ^''i*  cheny; 
—  8'  strophe  :  ^J[ ,  ^  ,  ^^1»  M  ♦  *"  J°^  ckeng;  —  9*  strophe  : 
S  >  fc  •  ^  »  ^  »  »"  P'''9  c^'^"9'  —  10*  strophe  :  ^g  ,  Si .  ft  , 
j^  ,  au  chaiiff  chviuj;  —  11*  strophe  :  p^  *  ^  *  |S  *  ^  *"  P*^'*9 
çheiig;  —  12'  s'rophc  :  ^  ,  35X  »  >R  »  ^  ♦  au  chang  chcng.  —  On 
voit  que,  dans  celte  pièce  de  vers,  les  rimes  de  chaque  strophe  sont 
respectivement  au  même  ton;  on  ne  confond  pas  ensemble  les  trois 
tons  cliang ,  Jiiu,  jou,  qui,  dans  d'autres  pièces  de  poésie,  peuvent 
rimer  ensemble ,  étant  tous  trois  considérés  comme  les  tons  obliques 
^ ,  par  opposition  au  ping  chcng  ^. 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     445 

Le  gage  des  apparitions  favorables  n  est  point  vide 
de  sens;  —  les  présages  exacts  sont  certainement 
dignes  de  foi. 

Le  saint  souverain  distribue  sa  sollicitude;  — 
dans  les  contrées  les  plus  éloignées  sa  renommée 
fait  trembler; 

11  possède  par  hérédité  un  fief  transmis  depuis 
longtemps;  —  il  a  reçu  la  tablette  divisée ^  en  même 
temps  que  le  sceau. 

[Tchang-k'ieoa)  Kien-k'iong^  prit  en  main  le  gui- 
don de  commandement;  —  avide  de  gloire,  il  fo- 
menla  des  troubles  ; 

11  ouvrit  un  chemin  (qui  menait  dans  le)  Ngan- 
/ian^;  —  il  attaqua  et  opprima  les  Tsoan  orien- 
taux. 

Tchou  Tsien^  fut  tué;  —  ses  officiers  et  ses  sol- 
dats, on  les  mit  en  déroute  et  on  les  dispersa^. ,  . 

Grâce  à  lappui  dès  rois  précédents,  —  nous 
chérîmes  ceux  qui  cédèrent  et  nous  abattîmes  ceux 
qui  se  révoltèrent. 

L'heureux  apanage  ne    manqua  pas   d'hommes 

*  La  tablette  dont  le  suzerain  gardait  une  moitié  tandis  qu'il 
donnait  l'autre  moitié  au  seigneur  vassal. 

^  Cf.  p.  4o6,  l.  11  et  12. 

*  Cf.  p.  407, 1.  1. 

*  Cf.  p.  4o8,L  2. 

^  Le  mot  ^  est  ici  au  Kin  cheng,  à  cause  de  la  rime;  il  doit  donc 
avoir  une  valeur  transitive  :  «on  les  dispersa»,  et  non  «furent  dis- 
persés». 

XVI.  29 

m  rai  M  KM!    lAttOIALI. 


446  NOVEMBRE-DECEMBRE   1900. 

sages  ^;  —  les  actions  méritoires  de  nos  prédéces- 
seurs furent  continuées. 

Le  gouverneur^  d'une  commanderie  fut tronaipeur 
et  obséquieux^;  —  il  fut  dégradé  personnellement 
et  envoyé  à  une  frontière  lointaine. 

Le  malheur  continua  avec  [Tchang)  K'ien-t'o^  ; 

—  il  porta  les  troubles  au  plus  haut  degré,  cet 
homme  vil  et  méprisable; 

Il  n'en  retira  que  la  calamité ,  et  non  autre  chose  ^  ; 

—  ce  porc  vivant  dans  la  boue  se  tua  lui-même. 

[Sien-yu)  Tchong-fong^  exerça  le  gouvernement; 

—  il  ne  combina  pas  des  plans  de  longue  durée; 

Il  appela  des  soldats  des  confins  maritimes;  — 
il  établit  son  camp  à  Kiang-k'eou; 

Son  cœur  inflexible  '^  ne  nous  accueillit  pas  ;  — 
les  épées  nues,  nous  nous  observâmes  mutuelle- 
ment; 

^  De  génération  en  génération ,  les  -titulaires  du  fief  furent  des 
hommes  sages.  Cf.  p.  /i3o,  1,  2  et  3. 

*  Li  Mi,  cf.  p.  4 10,  1.  9  et  10. 

^  Cf.  Che  king,  section  Ta  ya,  2*  décade,  ode  9,  strophe  1  : 
^  1^  l@  ifi  «Ne  soyez  pas  indulgent  pour  ceux  qui  sont  pervers 
et  obséquieux  ». 

*  Cf.  p.  4 10,  1.  12  et  suiv. 

^  Cf.  Che  king,  section  Siao  ya,  7°  décade,  ode  3,  strophe  1  : 
dt#SAo51l&ffi^o  «Comment  seraient- il»  des 
étrangers  ?  Ce  sont  vos  frères ,  et  non  d'autres,  » 

*  Cf.  p.  4 1 4,  1.  17  et  suiv. 

'  L'expression  -^  ^JJ»  ne  se  trouve,  pas  dans  le  P*ei  wen  jmn 
fou.  Le  mot  ^  «  flèche  »  comporte  parfois  Tidée  de  rectitude  ou 
d'inflexibilité;  c'est  ce  qui  motive  notre  traduction.  Peut-être  ce- 
pendant y  aurait-il  lieu  d'introduire  ici  une  correction  de  texte  et 
d'écrire  ^  jfj»  «il  perdit  noire  affection». 


UNE  INSCRIPTION  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     447 

Ses  desseins  visaient  à  des  choses  mauvaises  ;  — 
ses  soldats  en  fuite  s'échappèrent  pendant  la  nuit. 

Les  Chinois  [Han)  ne  s'inquiétèrent  pas  de  la 
vertu,  —  et  entrèrent  en  contestation  avec  nous  par 
la  violence; 

Ils  levèrent  des  soldats  et  nommèrent  des  géné- 
raux; —  ils  établirent  une  préfecture  et  exhaussè- 
rent les  remparts. 

Nos  trois  armées  allèrent  les  châtier;  —  en  une 
seule  entreprise  elles  rétablirent  le  calme  ; 

La  foule  de  leurs  officiers  qui  se  présentaient  les 
mains  liées  derrière  le  dos  —  fut  offerte  en  toute 
hâte  à  la  coiu*  céleste  ^ 

Li  Mi  prit  le  commandement  des  soldats;  —  il 
continua  encore  à  aller  dans  les  ornières  où  Ton 
verse; 

Il  livra  bataille  par  eau  ;  il  attaqua  par  terre  ;  — 
ses  renforts  le  délaissèrent;  ses  approvisionnements 
furent  interceptés. 

Sa  situation  fut  désespérée  et  il  se  trouva  à  bout 
de  ressomxes;  —  son  armée  fut  détruite  et  lui- 
même  périt. 

Nous  offrîmes  un  sacrifice  et  nous  les  enter- 
râmes ;  —  c  est  par  ^  bonté  d  ame  que  nous  fîmes 
cela. 

*  La  cour  céleste  doit  désigner  ici  la  cour  du  btsanpo  tibétain. 

^  Au  lieu  de  ^,  le  Kin  ckc  tsoei  pieu  donne  la  leçon  ^  ;  les 
deux  mots  ont  d'ailleurs  le  même  sens;  quant  à  Testanipage,  il  est 
illisible  en  cet  endroit. 

^9- 


/ 


448  NOVEMBRE-DÉCEMBRE    1000, 

Le  btsanpo  est  bon  et  sage;  - —  il  a  examiné  el 
connaît  les  vicissitudes  des  choses; 

La  vertu  des  Chinois  se  trouvait  alors  en  déca- 
dence ;  —  leurs  villes  de  la  frontière  manquaient  de 
renforts  ; 

11  donna  le  signal  à  nos  soldats,  —  qui  atta- 
quèrent leurs  commanderies  et  leurs  sous-préfec- 
tures ; 

Yue-ln  reçut  son  châtiment;  —  Hoei-fong  ne  ré- 
sista pas  ' . 

Très  brave,  (notre  roi)  a  succédé  par  droit  de 
primogéniture;  —  sa  haute  renommée  est  excellente 
et  éclatante; 

11  est  animé  de  piété  filiale  et  de  loyalisme;  — 
il  est  intelligent  et  perspicace; 

Son  naturel  est  doux  et  bon;  —  ses  capacités 
sont  telles  qu'il  est  éminent  parmi  les  hommes  ^. 

(La  région  de)  K'ioncf  et  de  Loa^  fut  balayée  en 
une  fois;  —  larmée  et  la  commanderie*  ensemble 
furent  anéanties. 

il  passa  en  revue  ses  soldats  dans  le  (pays  de) 
Sian-tclioiui^\  —  tous  les  royaumes  vinrent  se  sou- 
mettre ; 

>  Cf.  |).  /r28, 1.  12-10. 

^  \oi<i ,  d'après  le.  A'i/i  clw  tsoei  pieu ,  le  texte  de  ces  deux  plirases 
qui  sont  omises  dans  le  rtV/j/it:  tt'|ï|fllJ[o;J^iB|^  Mt  o  . 

^  Cr.  p.  4o3,  II.  1,  et  p.  429,  II.  5. 

*  Je  substitue  au  mot  ^  la  leçon  JjJ  du  Kin  che  Uoei  pien  ;  ici 
l'estampage  est  illisible. 

5  Cf.  p.  43o,  n.  3. 


UNE  mSCRTPTlON  DU  ROYAUME  DE  NAN-TCHAO.     449 

Il  parcourut  et  favorisa  de  sa  venue  les  IVoan 
orientaux;  —  on  chérit  sa  vertu  et  on  se  mit  sous 
la  protection  de  sa  bonté. 

La  mer  de  jade  vert  déploya  pour  lui  toutes  ses 
laveurs;  —  la  caverne  d'or  lui  offrit  ses  joyaux. 

Les  hommes  ne  reconnaissent  pas  toujours  le 
même  maître;  —  cest  seulement  le  sage  auquel 
ils  s  attachent. 

Le  sol  et  les  territoires  purent  être  ouverts  ;  —  la 
fumée  et  la  poussière^  se  reposèrent; 

Les  essieux  des  chars  s'entrechoquèrent^  à  Li- 
Kencj;  —  il  y  eut  un  éclat  continu^  sur  toutes  les 
catégories  d êtres; 

Ce  furent  des  sorties  et  des  entrées  (continuelles) 
à  Lien-tcKeng;  —  la  gloire  s'éleva  et  on  revêtit  des 
habits  en  soie  ornée. 

Son  œuvre  subsiste  comme  une  base  pour  dix- 
mille  générations  ;  —  ses  greniers  accumulèrent  des 
provisions  pour  neuf  années. 

Très  intelligent  est  le  btsanpo;  —  il  a  l'éclat  des 
haches  et  des  boucliers  *. 

'  Cf.  p.  44o,  n.  1. 

^  La  prospérité  fut  si  grande  que  les  chars  étaient  serrés  les 
uns  contre  les  autres  dans  les  rues. 

^  L'expression  ^  EB  se  retrouve  quatre  fois  dans  le  Che  Jting. 

'*  Cela  signifie  sans  doute  que  le  btsanpo  a  un  grand  prestige 
militaire.  Le  mot  yang  a  ici  le  sens  de  hache  de  guerre  ^.  — 
Cf.  Cne  king,  section  Ta  ya,  3*  décade,  ode  6,  strophe  ^  s  "f  ^ 
j^  ^  «  avec  les  boucliers  et  les  lances  et  les  haches  grandes  et  pe- 
tites».  —  Li  ki,  chap.    Yo  ki  (Lbgge,  S,  B.  E,,  vol.  XXVIII, 


450  NOVEMBRE-DËGËMBRE  1900. 

Très  brave  est  notre  roi;  —  il  a  la  prospérité 
(que  lui  assure)  un  réel  appui  ^ 

La  transformation  (qu'il  opère)  s'étend  jusqu*aux 
chefs  de  territoires  2;  —  son  œuvre  resplendit  sans 
limites. 

(Gela  durera)  tant  que  le  Ho  ne  sera  pas  comme 
une  ceinture  et  que  la  Montagne  ne  sera  pas  comme 
une  pierre  à  aiguiser^,  —  aussi  longtemps  que  la 
Terre,  aussi  éternellement  que  le  Ciel. 

Son  discernement  est  tel  qu'il  le  rend  émineiit 
dans  le  monde;  —  ses  capacités  sortent  de  l'ordi- 
naire ^  ; 

Sa  bonne  foi  atteint  jusqu'aux  porcs  et  aux  pois- 
sons®;—  sa  bienfaisance  est  aussi  intense  que  le 
jade  rouge  et  le  jade  noir  (sont  beaux). 

Par  la  vertu,  il  a  fondé  son  œuvre  glorieuse;  - — 
c'est  ce  qu'on  peut  appeler  quelque  chose  d*impé- 
rissable. 

Nous  servant  d'une  pierre ,  nous  avons  gravé  cet 
éloge  —  pour  qu'il  puisse  se  prolonger,  pour  qu'il 
puisse  durer  longtemps. 

p.  '05)  'm^^m^m:kBUWi=^^JiL°'^ 

musique  nest  pas  définie  par  les  tuyaux  hoang-tchong  et1a-!n,  par 
les  instninients  à  corcle  ot  ïes  chants,  par  les  boudierii  «t  les 
haches.  > 

*  L*alliance  avec  le  btsanpo  tibétain, 

*  Cf.  Chon  king,  chap.  Lu  hing  (LbG€K,C. C,  vol.  HT,  p.6oi): 
^  ^  ^  ^  î  «Venez  ,  chefs  de  principauté»  et  de  territoires». 

Mlf.p.  l23,n.  6. 

*  Cf.  p.  435,  n.  6. 
'  Cf.  p.  437,  n.  3. 


LES  MONUMENTS  SELDJOUKIDES  DE  SIWAS.      451 

9 Il      »      T.l  'T'  il       ',  TT      ,.         ■  Il  M  ,      .  ,1.   ,i'.  jra 

NOTE 

SUR 

LES  MONUMENTS  SELDJOUKIDES 
DE   SIWlS, 

PAR 

M.  F.  GREIWRD. 


Dans  la  ville  de  Siwâs,  il  existe  encore  quatre 
monuments  importants  de  Tépoque  seldjoukide. 
Près  du  pied  nord  du  monticule  au  sommet  duquel 
s  élevait  lancienne  citadelle  se  dresse  le  Dar  oul-Ha- 
diih,  médresseh  construite  en  670  (==  làyi)^  On 
en  a  fait  aujourd'hui  une  caserne  et  il  ne  subsiste 
plus  du  monument  primitif  que  la  porte  d'entrée 
surmontée  de  ses  deux  minarets ,  d'où  le  nom  qu  on 
lui  donne  vulgairement  de  Tchiftèh  minâreh ,  et  le 
mur  de  la  façade  en  assez  mauvais  état.  Ce  mur 
mesure  32  mètres  de  longueur  sur  la  rue,  le  portail 
a  1  o  mètres  de  largeur  sur  1 1  de  hauteur.  Juste  en 
face,  dans  la  même  rue,  s'ouvre  la  porte  de  la  Chi- 
fâiyehy  hôpital  bâti  en  61 4  (=  1217)  dont  il  reste 

^  Cf.  M,  Cl.  HuART,  Epîgraphie  euabe  et  Asie  Mineure,  extrait  de 
la  Rfvue  sémititfue,  p.  86  du  tirage  à  part. 


452  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

rentrée  et  la  cour  intérieure  avec  une  galerie  de  six 
arcades  de  chaque  côté  et  un  vaste  arceau  dans  le 
fond.  Le  portail  extérieur  mesure  lo  mètres  sur  lo, 
Tarceau  du  fond  de  la  cour  est  large  dé  1 1  mètres, 
haut  de  1  2  à  1 3  mètres.  Au  milieu  de  la  cour,  qui 
a  27  mètres  sur  20,  on  voit  une  petite  enceinte 
carrée  formée  de  pierres  hautes  de  deux  pieds  envi- 
ron, débris  des  parties  ruinées  du  monument.  A 
80  mètres  au  nord,  dans  la  même  rue,  la  médresseh 
de  Mouzhaffer  oud-dîn,  dite  Biroudjiah,  construite 
en  1  '2  1 0-1  2 1 1 ,  est  de  dimensions  moindres.  Sa  lar- 
geur lotale  est  de  2  4  mètres,  et  son  portail  est  lai^e 
de  6  m.  5o  sur  10  mètres  de  hauteur.  La  cour  in- 
térieure (18  mètres  de  côté) ,  les  deux  galeries  à  4  ar- 
cades à  droite  et  à  gauche  et  le  portail  (9  mètres  de 
haut  sur  8  de  large)  du  fond  subsistent  encore.  Elnfin 
la  Geuk  Médresseh,  au  pied  sud  de  Tancienné  cita- 
delle, est  le  mieux  conservé  de  tous  ces  monuments. 
C'est  aussi  celui  qui  a  été  construit  avec  le  plus  de 
luxe;  toutes  les  parties  omemanées  des  murs  sont 
revêtues  de  marbre  blanc.  Il  a  été  bâti  en  1  ay  1  sur 
les  plans  de  maître  Kaloyan  de  Koniah.  La  façade 
est  large  de  28  mètres,  le  portail  mesure  10  mètres 
en  hauteui*  et  en  largeur,  les  deux  minarets  s'^èvent 
de  près  de  2  5  mètres  au-dessus  du  sol,  la  cour  in- 
térieure a  2  2  mètres  sur  1 4  et  présente  au  milieu 
ime  enceinte  semblable  à  celle  de  la  cour  delà  Chi- 
fâiyeh,  composée  également  de  débris.  A  droite  et 
à  gauche,  une  galerie  de  7  arcades.  La  partie  du 
fond  a  été  détruite  ;  elle  a  été  remplacée  en  rama- 


LES  MONUMENTS  SELDJOUKIDES  DE  SIWAS.      45^ 

zan  1 287  H.  par  une  maison  ordinaire  sur  la  façade 
de  laquelle  on  a  plaqué  deux  colonnettes  de  marbre 
et  une  inscription  sur  marbre  de  quatre  lignes  dont 
deux  en  koufique ,  vestiges  de  la  construction  pri- 
mitive. 

Tous  ces  monuments ,  sauf  le  Dâr  oul-Hadîth , 
servent  encore  aujourd'hui  de  médressehs ,  malgré 
leur  état  de  délabrement.  Elles  sont  habitées  en 
hiver  par  un  certain  nombre  d'étudiants.  La  Geuk 
Médresseh  compte  jusqu'à  200  pensionnaires  dans 
la  mauvaise  saison.  Neuf  moudarris  ou  khodjassont 
attachés  à  la  Biroudjiah,  treize  à  la  Chifâiyeh,  dix- 
sept  à  la  Geuk  Médresseh. 

Sur  ces  monuments,  j'ai  relevé  les  inscriptions 
suivantes  : 

1°  Au-dessus  de  la  porte  d'entrée  de  Dâr  oui- 
Hadîth,  l'inscriplion  déjà  publiée  par  M.  Cl.  Huart, 
Épigraphie  cu^abe  d'Asie  Mineure,  n°  60,  p.  85  du 
tirage  à  part; 

2°  Au-dessus  de  la  porte  d'entrée  de  la  Chifâi- 
yeh : 

^,,,.,LJ\j  j.NL,V\  ^^.a5\j  UiaJ\ji^  àÀÀ  4U\  j.\^\ 


454  NOVEMBRK-DECEMBRE  1900. 

«  Cet  hôpital  a  été  construit  par  ordre  du  sultan, 
ombre  de  Dieu  sur  la  terre  (que  Dieu  prolonge 
ses  jours!)  Izz-ed-dounyâ  w'èd-dîn,  pierre  angulaire 
de  rislâm  et  des  musulmans ,  sultan  de  la  terre  el 
de  la  mer,  couronne  de  la  famille  de  Seldjouk,  père 
de  la  victoire,  Keykaous  fils  de  Key-Rhosraou , 
preuve  de  Témir  des  croyants,  à  la  date  de  Tannée 
614. « 

Ici  je  fournis  quatre  corrections  absolument  cer- 
taines, dont  les  deux  premières  avaient  déjà  été 
établies  conjectiu*alement  par  M.  Huart  : 

j\a5\  vjjb  au  lieu  de  »j\jJ\  «Jub;  ^j^  JT  ^\i  au  lieu 
de  ^y^  JV>;  ajLw  ^j\j  4  au  lieu  de  iiw  j  ^^ 
et  aîLjU/Nlyup  ho^\  au  lieu  de  à^V^j^  àjo^\.  La  date 
6i/i  est  la  seule  qui  concorde  avec  les  données 
chronologiques  telles  que  M.  Cl.  Huart  les  a  éta- 
bhes. 

3"*  Dans  la  cour  du  même  monimient,  sous  la  ga- 
lerie de  droite,  arcade  du  milieu,  au-dessus  de  la 
porte  du  tombeau  du  sultan  *[zz  oud-dîn  Keykaous  : 

»\Jwp*  U  j  V^i  ^}t^  ^  yy^\   àju*j  /^  u^*>-\  ai) 
^^  Àiw  J\y^  ^  ^j\  j d^}^  tj^i 


LES  MONUMENTS  SELDJOUKIDES  DE  SIWÂS.      455 

«  Voilà  qu'on  nous  a  fait  passer  des  vastes  palais 
aux  tombeaux  étroits,  ô  étonnement!  A  quoi  m\i 
servi  ma  fortune?  ma  puissance  a  péri  [Qor.y 
chap.  LXix,  V.  28-29),  le  départ  est  certain,  le  dépla- 
cement est  sûr Le  4  dechawâl  de  Fan  617.  » 

Quelques  mots  m'ont  semblé  illisibles.  M.  Cl. 
Huart  les  avait  lus  J\uJ\  JlwU  JS^^-  Cette  lec- 
ture ne  m  ayant  pas  satisfait,  j'ai  eu  recours  aux  lu- 
mières du  procureur  impérial  de  Siwâs,  originaire 
de  Mossoul,  et  du  comptable  de  l'Instruction  pu- 

blique.  Tous  deux  ont  proposé  J\jji\  duAi  Jjjp- 
«  de  tout  déclin  plus  prompt  » ,  dont  je  ne  suis  pas 
plus  content.  JUi  me  paraît  préférable  à  JL  : . 

4°  Au-dessous  de  l'inscription  précédente,  autour 
de  la  porte,  je  lis  imparfaitement  un  distique  persan 
dont  le  premier  vers  seul  est  sûr  : 

jM^  )jj^  o^j  '^y-  ^y^  ûîjjî  Crh^ 

jUJtUj    /jL^Vjb WiAjft    ^Lw  ^\Jk/   /X^yJbifS 

«  11  y  a  eu  beaucoup  de  souverains  dans  le  monde 
qui  de  la  sphère  de  la  royauté  perçaient  de  leurs 
flèches  les  Pléiades  et  de  leurs  lances  brodaient  les 
Gémeaux.  Voyez  maintenant  les  filles  du  corbillard 


456  NOVEMBRE-DFXEMBRE   1900. 

(les  étoiles  de  TOurse)  autour  de  ma  télé;  leur* 
lances  sont  déchiquetées,  leurs  flèches  tout  emmê- 
lées ^  » 

Après  .  :uMJ  ôU)  quelques-uns  lisent  :  c*-i»^  ^  tW 
s^.\^  photographie  que  j'envoie  est  au«^i  netttf 
que  Toriginal  même*. 

Autour  du  grand  arceau  qui  est  au  fond  df-  la 
cour  on  lit  un  passage  du  Coran  ^.  Quant  à  la  bizarre 
inscription  koufique  qu'on  a  prétendu  lire  au-dessus , 
elle  n*a  jamais  existé  que  dans  Timagination  de  son 
inventeur,  un  khodjah  de  Siwàs,  que  j  ai  eu  peu  de 
peine  à  convaincre  de  mensonge  *. 

5**  Au-dessus  du  portail  de  la  Geuk  Médresseh , 
tout  en  haut .  l'inscription  déjà  publiée  par  M.  Cl. 
Huart.  n"*  65,  p.  89. 

6"  Au-dessous  de  la  précédente,  immédiatement 
au-dessus  de  la  porte  d'entrée,  Tinscription  publiée 
par  M.  Cl.  Huart,  n"  66,  p.  89.  On  n'a  reproduit 
ici  que  la  dernière  ligne  : 

H  Maître  kâloyàn  de  Koniah,  architecte'.  » 

*  Mt'liv  rnmiil. 

'  L*-^  (|ii»*iques  lettres  qui  occupent  l'espace  vide  à  la  fin  da 
(li>liqat^  Die  paraissent  cl»*\oir  être  tues  ^if  «excepté  loi  (Dien)*. 

•  Cf.  Cl.  Huart.  n"6î.p.  87. 

^  Je  tiens  ii  M^rnaler  ce  drtail ,  refA  que  le«  mots  »aJ^   M  Jki^ 


LES  MOiNUMENTS  SELDJOUKIDES  DE  SIVVÀS.      457 

La  même  inscription  est  répétée  sur  la  fontaine  de 
marbre  qui  est  à  gauche  de  la  porte. 

Au  fond  de  la  cour  on  voit  une  inscription,  que 
j'ai  signalée  plus  haut,  composée  de  quatre  lignes 
dont  deux  en  koufique.  Mais  les  pierres  sur  les- 
quelles elle  avait  été  gravée  semblent  avoir  été  ras- 
semblées au  hasard ,  sans  ordre ,  en  sorte  qu  il  est 
impossible  d'en  tirer  un  sens  quelconque. 

7**  Au-dessus  de  la  porte  de  la  médresseh  dite 
liiroadjiah  : 


qui  figurent,  dans  la  copie  qui  m'avail  été  lournie,  après  le  nom 
(le  Qylyclj-Arslàn ,  ne  se  retrouvent  pas  dans  celle  qui  a  été  relevée 
par  M.  (irenard  et  doivent  être  supprimés.  L'importance  de  cette 
formule  pieuse  est  d'ailleurs  nulle  au  point  de  vue  du  sens  de 
l'inscription.  En  revanche,  la  lecture  du  nom  de  rarchitecte,  qui 
me  semble  très  bonne,  complète  utilement  les  renseignements 
historiques  qu'on  a  pu  recueillir  sur  les  monuments  seldjouqides. 
Tandis  qu'à  Qonya,  c'est  un  architecte  syrien  de  Damas  qui  est 
appelé  à  construire  la  mosquée  d'Alâ-eddin  Kéî-Qobâd  1",  à  Siwâs 


458  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

«Cette  médresseh,  la  deuxième  (?)\  a  été  con- 
struite sous  le  règne  du  sultan  auguste  Ghiyâth  ed- 
dounya  w'èd-dîn ,  le  victorieux,  Keykhosraou  fils  de 
Kylydj - Arslân  (Dieu  perpétue  son  règne!),  par 
Thumble  semteur  qui  implore  la  clémence  de  son 
Maître  le  Miséricordieux,  Mouzhaffer  oud-dîn,  fils  de 
Heibet-ouUet^.  Dieu  lui  pardonne  à  lui  et  à  ses  père 
et  mère,  ainsi  qua  toute  la  communauté  musul- 
mane !  dans  les  mois  de  Tannée  607  ^.  » 

Le  quatrième  mot  est  très  douteux,  Au  lieu  de 
<uiVJ\  je  lirais  presque  plus  volontiers  aS^Xi\» 

Cette  dernière  inscription  est,  si  je  ne  me  trompe 
inédite. 

c'est  un  Grec  (KaXoîdvvifiç  «Calojean»)  qui  élève  le  Geuk-Mcdressé; 
son  nom  est  à  rapprocher  de  celui  de  Kaloûs  ou  Kaloùl,  fils  de 
'Abdallah,  que  portent  deux  monumonls  de  Qonya  [Épigrapkie 
arabe,  n°'  36,  p,  65,  et  49,  p.  76).  (C.  H.) 

*  Peut-être  JîxjUlII  «la  stable»  ou  JLjUJI  a  la  revivifiée». 

^  Lecture  douteuse  (C.  H.). 

•*  Au  lieu  de  *ijUu«3  **--»«,  qui  serait  d'ailleurs  incorrect,  je  lis 
distinctement  sur  ia  photographie  que  M.  Grenard  a  envoyée  au 
Président  de  la  Société,  *jUu«5  ^^^-h^-^  «année  670».  Par  consé- 
quent cette  date,  au  lieu  de  correspondre  au  règne  de  Kéi-Khos- 
rau  1",  fils  de  'Izz-eddin  Qylydj-Arslân  H,  nous  fait  descendre  jus- 
qu'à celui  de  Ghiyâth-eddîn  Kaî-Khosrau  III ,  fils  de  Rokn-eddîn 
Qylydj-Arslân  IV,  de  663  (1264)  à  681  (1282)',  sur  leq[a«!  on  peut 
consulter  mon  Epigraphie  arabe,  p.  66.  Le  caractère  de  la  décora- 
tion de  ce  monument  ne  peut  d^ailleurs  nous  reporter  qu'à  la  fin 
du  xiu"  siècle ,  au  déclin  des  Seldjouqides  de  Roûm  ;  elle  se  dis- 
tingue par  son  air  maniéré  et  recherché,  ses  arabesques  capri- 
cieuses, ses  entrelacs  qui  donnent  Timpression  d'une  toîle  d*araî- 
jjnée;  c'est  Tart  de  la  fin  d'une  belle  époque,  lorsque  Tartiste 
cherche  à  produire  du  nouveau  et  tombe  dans  les  formes  ba- 
roques. (C.  H.) 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA.  459 

■      ■  '  ■  '  .         m        -, 

NOTICE 

SDR 

TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA 

IMPRIMÉS  EN  CARACTÈRES  GRECS, 

PAR 

M.  CLÉMEM  HUART. 


Mon  savant  et  "aimable  collègue  à  TEcoie  des 
langues  orientales  vivantes,  M.  E.  Legrand,  possède 
dans  sa  bibliothèque  trois  volumes  in-zi"*  imprimés  à 
Venise  au  commencement  du  xix*  siècle ,  en  caractères 
grecs,  mais  en  langue  turque.  Ils  se  rattachent  à  la 
littératui^e  spéciale  destinée  à  ces  Grecs  orthodoxes 
d'Asie  Mineure ,  qui ,  placés  sous  la  domination  des 
Seldjouqides  depuis  le  xif  siècle  et  entourés  de  po- 
pulations de  langue  turque,  n*onl  pu  conserver  la 
leur,  moins  heureux  que  leurs  congénères  de  la  côte 
asiatique  de  TArchipel,  et  Tout  échangée,  par  la 
suite  des  siècles,  contre  celle  qui  régnait  dans  ce 
milieu.  Ils  parient  donc  le  turc,  mais  comme  ils  ne 
lisent  pas  1  alphabet  arabe,  ils  l'écrivent  avec  les  ca- 
ractères grecs ,  dont  la  liturgie  et  les  livres  de  prières 


460  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

ont  conservé  la  connaissance  dans  les  écoles  et  les 
familles.  Ils  lisent  c^ncore  le  grée ,  mais  ne  le  com- 
prennent plus;  ils  comprennent  le  tm'c,  mais  ne  le 
lisent  pas.  Les  trois  ouvrages  sur  lesquels  je  désire 
attirer  l'attention  de  la  Société  ont  été  rédigés  pour 
répondre  aux  besoins  spirituels  de  celte  commu- 
nauté conservée  sporadiquement  au  milieu  de  terri- 
toires habités  depuis  longtemps,  presque  exclusive- 
ment, par  des  musulmans. 

Voici  les  titres  de  ces  trois  ouvrages,  avec  leur 
transcription  en  caractères  turcs  et  leur  traduction 
en  français  : 

N"  I. 

Tvpos  \apiv  vaxhsrrf,  |  Âytos  EvçdOtoSy  Ayios  Nix^ 
\ao$y  A.yio$  ^tj(xt{Tpio$  ^  (Se  Feaipytos  crav  NoxXierXep}^ 
jSé  ^aXràv  BakXijTnXkaxvv  2eXaT«XX(i;^  h^rivè  'Eaxijv 
ôXT»y5.  I3è  ra^yi  xacrhp  iKTiiaW  r^avà  xt(paeT'ki  Na- 
KXieTkép.  Il  Te^aip  bXavfÂéçap  y  ||  ^ehrtxa,  Ayxapa  Mij- 
rpoTToXovTOVy  i|  ArotXXiaXGv  ^spa^elfi  Paxfnlèv,  |  Hè 
2/|X7i  xive  ixâvrlrl  xspèr ,  Aytov  Opoa^a  AfiirotXri  Za/a- 
plavriv  I  y/fXTaT  KaêeT/i'Xes;  Yiaar{iaLyioi  /SepiXTeî.  /Si  ;^^p- 
xtyL  II  byfipaoL  St?  re^à  o  Qehs  ^vyyojprfcrei  trteyé,  || 
^AiXkeTiynlk  M«;^a7reTXepî  hlvlv.  /Si  kvcnhX  j  èrtpaXpivà 
ifTarjXj  (TCTOLVX  b\(X0LX  h^rfv,  [  /Si  r»;^ar)  NSp  ytatXfjiàx 
h^rfv,  |i  oLôJç,  BeveT/xri,  TlaafjLaïa  ^eptkteî.  i8o6.  | 
^aTri(T(70L)(Yiv  l?,vrfytXev.  ||  Tlapà  NixoXo^;  TXvxeT  tçï  rff 
icjavvivcjv. 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA.  461 

Ayios  An(jLrf7pto$y  Ayios  ^ix6\aos,  Aytos  EvaldOtos, 

y» 

^yj\  ^î»s]Jîbj  (5^j  <u-%-vd\j  jiiÀjl  jy  j\ju\  <iS'Wj' 
ji\  ii^\-i>i\j  iS-^j-i  <i«*-*»^  "•^'^j  1^  ôy^^  ^y^-jy 

«  JjC  Priii temps  de  la  vie,  c'est-à-dire  l'histoire  des 
saints  martyrs.  —  Histoires  de  saint  Eustathe,  de 
saint  Nicolas,  de  saint  Dimitri  et  de  (saint)  Georges. 
—  La  Sultane  [sic)  Mère  de  Dieu  demeure  dans  la 
bénédiction  de  Dieu.  —  Et  autres  histoires  néces- 
saires et  reposantes  pour  1  ame.  —  Expliqué  par  Sé- 
raphin Raqib  d'Adalia,  ancien  métropolitain  d'An- 
gora. —  Imprimé  pour  la  seconde  fois  avec  l'aide 
de  la  puissance  d'Abali  Zakaria  du  Mont  Athos.  — 
Que  celui  qui  le  lira  dise  trois  fois  :  Dieu  pardonne  ! 
XVI.  3o 


vriMriKtc  HATiexALr. 


462  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

—  Pour  ramour  de  notre  communauté,  pour  être 
une  lueur  et  une  clarté  dans  les  régions  de  TAna- 
tolie,  pour  que  la  lumière  spirituelle  soit  répandue. 

—  Imprimé  à  Venise,  1806.  Avec  autorisation  de 
TEmpereur.  [En  grec  :]  Chez  Nicolas  Gl^kys  de  Ja- 
nina.  » 

ïlpoeTKVVïnoipiov  I  70V  kyiov  Opovs,  |  Mirov  Kiràir 
Aytov  Opolovv  II  ïlpoo'HvvtnoLptov  T0L(i7r\p  bXovvoip 
r^ovfiXe  I  AaxTijij'kepïv  Mavaalttp^^tv  |  Sop^perX^p^ 
liTrsyidvTrip  dfinaXri  ||  Zay^dptavriv  |  ïlfnoLTfyivav  finour- 
(layià  ^eptXfÂialip  dvarbX  ||  Xpicrl tavXapïv  xt(pasTXfiyi^  | 
hlrfv.  I2è  X^P^^(^  bxHpcra  Ôt^  re^i  0  Sehs  <Tvy')(OJpff- 
(TSi  vreyé,  }|  aoûç'.  heveiixTé.  1806.  ]  ïlaTticra'OLxiiv 
llvivXev.  I  Hapà  N/xoXoiw  FXuxeT  t^  è^  loxxvvivoiw. 

A<7Xî;t)/jlW  .yLl  wwoo  Tlpoa-xvvindptov  <i^.<U)T  <^\jS^y^ 

«  [En  grec  :  Guide  du  pèlerin  à  la  Sainte  Mon- 
tagne.] Ce  livre,  appelé  Proscynetarium  du  Mont- 
Athos,  explique  la  célébrité  de  tous  les  monastères 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA.  4ë3 

dascètes.  Il  a  été  imprimé  avec  laide  d'Abali  Za- 
karia,  pour  être  à  la  portée  des  chrétiens  d'Ana- 
tolie.  Quiconque  le  lira  dise  trois  fois  :  Dieu  par- 
donne! —  A  Venise,  1806.  Avec  l'autorisation  de 
TEmpereur.  —  Chez  Nicolas  Glykys  de  Janîna.  » 

A.?,rl(i  xsfaTYia'aà)(^  fiovacrlripy  ||  Kvkxovovv.  |  XsxfiSTXov 
hàkiTOv\Xxj(^  Qixàva  TO^ipt/potfi;,  y^ayipk^  \  ^mritfyapoSv 
XeHfjLSTvafiè  rapty/j  |  TffsavrivTciTrip.  |  2//!zti  ïxivrltj  re^à 
THaafiayiâ  BepiXreT,  /SI  yayéTXe  i€€skKivTèv  ||  Çiorl , 
vi^àfi  iSepiXrfTT^  zreàv  bXavTi  o-£T?>?>7XTeî',  j2è  Ta)()  | 
^aoLiv  IxTilà  bXJvy  t%7t(i7  ŒeijXèp  rapoutà  ôXtS.  ||  Sott- 
TTYi^a  AyxoLpa.  |  MriTpoiroXoTov  ^epa(pei(Â.  |  ATcCkXiaXa 
Paxiirlèv  rexfiïX  ôXtoC  ^asavà  T?/XTe7.  |  Bl  taroC  Toa- 
<^pt  \exiieTva(iè.  ïlaarfxoiyiâ  ^spiXretxi ,  rlovfxke  j  Xpi- 
crltavkapà  ^sr ayè  ^epiXfxèx  ôÇepé,  Moraç^p  rapa^iyv- 
Tûtr.  I  Movcurlrjp^v  rlyovfievos  (tov  bXar^^x.  j  KtÎTrpi^Xiy, 
MeX/r/oî  lepo|x^i;aj^o^ ,  |  lUyifreviVy  rsxayiovT  êryLeal- 
yiktv,  I  Berer^xTi  noo-jt/ay/a  Bep^XTeî.  aw<ç'.  |  TjS/!zXe 
AyrarXfltpSv,  reiyi  Tentfjpy  ï^vri  craèp  x^^f^  êrfJLeXepi- 
yrjXsv.  I  aw/ç'.  riVSTiTfifriVj  1816.  |  lïapà  NixoXay 
rXvxer  Tç5  ^Ç  Idûavvlvoôv,  \ 

JlJlJ\  (*)*J^U  ji:u5C>-  <A>  KiJxxo  JUvlju  »Vwj\j  ^JaP 
it^jû«JU»U»  ^y4j^  ^UiaSoih.  ^^^j^  lIj^  ^jLy^  eixopoL 

3o. 


'i64  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   1900. 

UfljLii\  jiiju  ^:>j  ^'■^  ij^j^  jW  V^^jî^  r^ 
^jL-JoJftjj-o  »JL)\  U)Lu  ^aJj\  AîJfi>  jLjL;  •^^•y^  ù'^J^ 
j«^  ^ju.xj>-  AjU)  ^JUj\  J-ï-»^  ù^'^^  j3aJVL\  <(^\y^ 

«  Explication  de  l'histoire  j)ieine  d'enseignements 
du  grand  monastère  impérial  de  Kykko,  de  l'image 
de  la  sage  mère  de  Dieu ,  et  de  la  source  bienfai- 
sante. —  Imprimé  pour  la  seconde  fois,  mis  en 
ordre  bien  mieux  que  la  première.  On  y  a  ajouté  (?) 
certaines  choses  nécessaires.  Complété  par  Séraphin 
Raqîb  d'Adalia,  ancien  métropolitain  d'Angora.  Ce 
Livre  de  la  sagesse  de  l'image  a  été  imprimé  pour 
cti(^.  donné  à  titre  de  direction  à  tous  les  chrétiens 
de  la  part  du  monastère.  Par  les  soins  de  la  per- 
sonne nommée  Mélétios,  le  moine  de  Chypre,  qui 
sera  fhigoumène  du  couvent.  —  Imprimé  à  Venise 
(1816),  sur  l'avis  et  la  permission  donnés  par  tous 
les  sénateurs.  [En  grec  :  Venise,  1816,  chez  Nicolas 
Glykys  de  Janina.]  »> 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA.  465 

Au  milieu  de  cette  phraséologie  turque,  quelques 
mots  gi^ecs  surnagent  :  ils  appartiennent  pour  la 
plupart  à  la  langue  ecclésiastique  et  sont  reproduits 
tels  quels  :  Ei3Xaêe/a,  Çwypa^/)?^,  sUSva'^y  Oapt(7ato$f 
AnSal o\os f  TlaTepos'^y  iisrà^jn^  Ilaray/a,  avva^dpij. 

L'alphabet  grec  est  tout  à  fait  insuffisant  pour  re- 
présenter les  sons  de  la  langue  turque ,  et  son  sys- 
tème vocalique,  grâce  a  l'iotacisme  de  la  pronon- 
ciation moderne,  entièrement  incomplet.  Aussi  l'em- 
barras est-il  grand  pour  transcrire  nombre  de  mots, 
et  l'on  n  arrive  guère  à  ce  résultat  que  par  l'emploi 
de  subterfuges. 

Prenons  d'abord  les  lettres  isolées  : 

Consonnes. 

6,  son  qui  n'existe  pas  en  grec  moderne,  est 
transcrit  généralement  par  tar  ;  épxix  ^rfkfxeyev  Ba- 
Xrjré  »j1L  jVJt^  JiS^\  «une  mère  vierge»;  ÎTraT^T 
CjÀ^  «dévotion»;  quelquefois  (xn  :  jSè  [ntfjp  (xirv- 
pivè  ilrffi  KOpKov  yHtov7sp\p  \^\^_^^j^  <^^^^  ^.f.  ^,^ 
«  ils  s'effi'ayent  fortenient  lun  l'autre  ». 

V  est  transcrit  par  /3  ;  jSi  TgsrevYl  vaixarap  bpae- 

^  'SdfftX  'GtaaXaffiv  Zayypa^ijs  èjfieatvè  èioyjupiiatjtvà  èX  TaaÇnpl 
(£yiya2  J^l  aJumu^nOs»)!  aJL^mw^I  7i0)ypa(piis  (^^^^U;;b  jLtâJ  «comment 
le  peintre  ferait-il ,  représenterait-il  ce  tableau  ?  » 

^  Bè  kiijfi  EUàvayn  TSftaft  ètltxTè  «J^SSoi,»!  -Uf  ^.  einéva  ^iJà^^ 
«ayant  achevé  la  vénérable  image». 

^  Dans  le  sens  de  moine,  prêtre,  padre  :  xttaoùp  UatépoaXapa 
«aux  autres  pères». 


450  NOVEMBRË-DÉGEMBAK   1900« 

XsvTfi^  ^juJlw4»\  jjui  ^i^Vj  *  ®*  *o^^  cœur,  combien 
il  se»t  tourmenté?  »  ^*è^  bXmpéffit  ^J^J^jS  lJ^j 

{ne  pour  Uj\^)  «  avez-vous  su?  » 

f/,  inconnu  au  grec  moderne,  est  rendu  par  t  .• 
TtivKtpilv  rôffhwyowS  raX)^  bXipovtra  lU^J  diiU>«> 
a.^\jjft\  c-^iU:?  «'s'fl  recherche  les  vanités  (Httér.  le 
lîeu  de  poussière)  de  ce  monde»;  mais  on  trouve 
aussi  t7  ;  t/leviXTu  (joLj ^  «  elle  a  été  dite  » ,  et  rr  : 
vTSfièK  JLc^  «  dire  »  ;  ces  deux  dernières  graphies  se 
rencontrent  parfois  dans  là  même  phrase  :  ÊXeSo'a 
vrsfxèKy  xepèfi  èrnirj  rlêiiéxTrip  ^j^d>\  ffiA^ù  ÉXrôo-a 
»ji$of  j  «  dire  ÉXeScra ,  c'est  l'appeler  bienfaitrice  ». 

Pour  le  X ,  il  est  quelquefois  redoublé  pour  rendre 
Tarliculation  dure  j  :  IlnxlpicxîC,  jjjio  «  une  vierge  ». 

y  a  un  double  rôle  en  grec  moderne  ;  il  se  pro- 
nonce tantôt  comme  le  L  arabe   devant  a,  o,  ou, 

tantôt  comme  le  jod  allemand  (y  semi-voyelle)  de- 
vant ifC;  aussi,  dans  notre  auteur,  sert-il  à  transcrire 
ces  deux  articulations  :  i®  KiraTrXaprjv  (lavecnvii  àyvot- 
(xafjLM  hiifp  j^\  ^\j^'^  j^j^jt^  dLlilrf^^pour 
ne  pas  comprendre  le  sens  des  livres  »  ;  erày  râpa- 
^fivtà  vjJjSa  é^  «à  droite»;  bXrHyHvi  ^AîjL\ 
«  ayant  été  »  ;  quelquefois  îl  disparaît  :  jSi  viXàLyer^U 
•/pavolT  hX{idri\av  jlUL\  ùyJi^  y^yji^^^^  «  étant  infi- 
niment   satisfait  ».    2"  xCk{i(iytav  j\Jtt^*  «  ne  faisant 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA.  467 

pas  » ,  yioxjbp.  jLiy  «  il  ii  y  a  pas  » ,  ytôuxav  /4^^ 
«  alors  qu'il  n'y  a  pas  »;  MeXkayixXepè  \A^m-o'^t  «  aux 
anges»,  transcription  dans  laquelle  paraît  l'emploi 
al)usifdu  j  semi-voyelle  substitué  par  le  turc  vul- 
gaire au  hamza  de  l'orthographe  arabe,  sans  parler 
du  double  pluriel ,  phénomène  fréquent  en  turc  vul- 
gaire. Le  y  a  encore  son  rôle  de  nasalisante  dans  la 
transcription  du  çâghyr  noân  par  vy  :  issiivy  c!^ 
«  mille  » ,  êvy  éria)  ^f^y\  ^  «  1^  meilleur  » ,  mais 
oLvyo'iiTOLv  est  une  mauvaise  transcription  de  /%^j^ 
«  tout  dun  coup  w  où  Tr  est  simplement  nasal;  placé 
devant  le  x,  il  l'adoucit  et  transcrit  le  c^^ans  yxio- 

çep]p  jO^y^tt  il  montre  »,  yKiowepip  ..jjJ^^*^  il  en- 
voie M  ;  yxevtrjvk  hh  bXàv  (xtXkerXspè  /)  Va\  JoP  ài>JJ^ 
»  JuL«  «  aux  nations  qui  sont  ses  ennemies  »,  oii  il  faut 
admettre  une  prononciation  genda  pour  kenda  de 
l'osmanli;  dans  ce  dernier  cas,  le  y  joue  le  rôle 
adoucissant  de  v  dans  vr  =  d;  û  est  attiré  par  le  x 
comme  le  (i  l'est  par  -or  dans  (iir^^b. 

^  transcrit  toutes  les  gutturales  :  le  «  dans  ^drex^ov 
»  jjo  «  ensuite  » ,  yaëéaikev  A^l  ^^  «avec  passion  »  ; 
le  -^  dans  y^eaoLiv  aayÏHio'iyiXav  ^***aa>W  cjUm>>» 
•j^\  «  avec  la  supputation  du  compte  »,  rlà^j  Jl^ 
«  effort  » ,  ^0Lj(jxèT  c*;?-:  «  peine  » ,  mais  non  transcrit 
dans  fiacrXaoLrfl  jL^ir^^^  «  affaire  »  ;  le  -;.  dans  (layXhx 
j J^id  «  créature  » ,  x^^'^^  li^Y^^  "  affaire  ». 


468  NOVEMBREDECEMBRE   1900. 

Le  p,  que  les  Tînmes  naiticvdent  pas,  n*est  pas 
transcrit:  ^dtey^ov  sjju    «ensuite»,  ft/ftiroar  jbo  *^ 

«  postérieurement  »,  (xovfjnèv  \l»^-%^  «  en  générad  ». 

Le  ^ ,  qui  n'existe  pas  en  grec,  est  représenté  par 
T?  :  bphrl  -.j.j\  «jeûne»,  x*^2^  OcwU*  «besoin  », 
<?T?a7r  c.^  «  étonnant  » ,  T^àv  -Xs^  «  âme  ». 

Le  -.  est  également  représenté  par  t?  ;  vaixarap 
Ça^/xir  T^exTei  ,jjS^  Ca^-;  jJiii  «  combien  de  peine 
il  s'est  donnée  »  ;  fautivement  pour  Jj  dans  œr^a- 
phi  j^Uw  «  recommandation  ». 

s  souvent  pour  z  final  :  iffs/frls  jjjbj  «jeûne», 
oùyiovxovcroùs  v^y>«^  «sans  sommeil»,  Mpaiviis 
L5CLja>\  «  vous  faites  ». 

Ja,  articulation  qui  manque  au  grec,  est  rem- 
placé par  cr  ;  croLyijpT\oLpivà  (rnitaphl  értluxt  âJàSj>SQ^ 
^çjj^\  j^jUw  <»  il  recommanda  à  ses  disciples  de...  » , 
crifiTi  rap^î  ^^  ^^JLwi;  «maintenant  aussi»,  xeSav- 
(US  jî*Cjj^«  q^  s'est  fié  » ,  yxevT^  ÎXfifi  <TO^ukaux\B- 
pivà  xtSaoffùs  bXfiàlrfXoLv  JiSj^  àJdJj^y^  JLp-  ^jjj^ 
AàLI  «  se  fiant  aux  sophismes  de  sa  propre  science  ». 

Le  4'  transcrit  bs  dans  :  xj^^^^^  j%%jL%*>.  «  hors 
de  compte  ». 

Le  ?  transcrit  ks  dans  :  bQis  y^\  «  oiphdin  » , 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D^ANGORA.  469 

yta^K  JLmSCj   «  élevé  » ,    ê^\x   bXpLOLdiv   r\y*^^  JLmST 
«  puisse-t-il  ne  pas  manquer  !  ». 

n  faut  remarquer  le  5  ajouté  au  su£Bxe  ^  :  xape- 
pitnles  ytaliXfiafJiis  «  H  n*a  pas  été  écrit  selon  sa  déci- 
sion», TovrloiiKT^oLs  diajJî?  «toutes  les  fois  quil 
prend  ».  L  emploi  constant  de  cette  sifflante  en  pareil 
cas  est  un  défaut  qui  se  remarque  chez  les  Armé- 
niens et  les  Grecs  pariant  turc ,  et  les  fait  aisément 
reconnaître. 

Voyelles. 

Vi  prosthétique  du  turc  vulgaire  devant  certaines 
consonnes  est  reproduit  fidèlement;  c'est  ainsi  que 
nous  avons  Iplax  j;.  «  pain  quotidien  » ,  Ipàal  yxeX- 

tIx  J jJl^cUwlj  «  nous  avons  rencontré  » ,  IpayoLT 
cU^K  «  repos  » ,  Iptrlà  U>* .  «  prière  » ,  ipa^eiXrj 
jLl?^  «  défunt  » ,  hafièr  ciU^jô  «  délices  » ,  IXaylx  j>  V 
«  convenable  ».  Il  se  change  en  o  dans  t))x  bpa^tap- 
XaToiv  /;»>^^^  <àoj^  «  des  vçnts  violents  ». 

]ui  long  des  mots  empruntés  à  l'arabe  est  repré- 
senté par  rjy  :  îvacfvXU  X^^yverr^vii  ^^;  JluLj\  «  l'or- 
nement de  l'humanité  ». 

L'j  sourd  du  turc  est  simplement  /  ;  àpTÏx  jjj\ 
«  plus,  dorénavant  ». 

en  et  a  sont  rendus  respectivement  par  o  et  par  ov  : 


470  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

bSiouTvdfie  ^\i  Cjf^  «  conseil  » ,  T»pXXS  &&o»Tyafi£ 
vaaaLxoL'tXdpiXciLv  ry)o\  A;;^??^^*  àjXj  ^ryT)^  «par  ses 
conseils  et  avis  de  tout  genre  »  ;  cette  transcription  tra- 
duit une  prononciation  eavat  "ponveayat  (cf.  deuvinek 
pour  deaymek,  keuv  pour  lieaî  :  OfioSos  dvytXSv  xtbë 

h?,vvTé  vjj^\  iS^j'^^j^j^y^  «  dans  le  village 
appelé  Omodos»).  (Comparez  encore  -croXoix  J^ 
«  troupe  » ,  yxioçsplp  s^^^JT^  il  montre  » ,  ynovrepip 
..jb J^«  il  envoie  »,  vafXKibp  .Sj\j  «  ingrat  »,  bëxeaip^ 
JLwaStl  «sa colère»  àXapii  ^Jj\  «la  mort»,  ympèx 
J.^  «  cœur  ». 

La  meta  thèse  des  diphtongues,  c  est-à-dire  ce 
phénomène  particulier  au  turc  qui  diphtongue  de 
préférence  la  syllabe  pénultième,  est  bien  caracté- 
risée dans  la  forme  Msipèyi  pour  meryem  :  S^XtcU^ 
Meïpèfx  j>^  jUaL*;  «  La  Vierge  Marie  »  ;  c  est  par  le 
phénomène  contraire  que  les  Arméniens  parlant 
turc  prononcent  haryâm,  qoiiryouq  pour  bdirâm,  qouï' 
rouq. 

Les  habitudes  de  l*orthographe  grecque  ont 
amené  Typsilon  dans  Ta)(v  ^J>*«>  «aussi»,  et  les 
esprits  rude  et  doux  dans  2ejJ^/^  c-Â)yw  «noble»; 
K^TX^<T(TBpp)(p  «  Jérusalem  »  est  pour  Ubjw  ^^  ; 
KiiT\ii(Tsppi(^Yiv  (psT  ôXStt  cj Jj^  ^  '^t-*'  ^jl5  «  lors 
de  la  prise  de  Jérusalem  ». 

Comme  exemple  de  transcriptions  fautives,  dues 
peut-être   à  des  habitudes  individuelles,   oii   peut 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D^ANGORA.  471 

citer  celle  de  s  par  ra  dan»  yianarjpy^^  (turc  \ulg. 

pour  ^\)  «prisonnier»,  yiœt(jrifikiyr]viàv  -jjjSSyK^ 
«  de  sa  captivité  » ,  et  celle  de  è  par  ev  (prononcé  ev 
en  grec  moderne)  dans  ^£t>xi^  è(Ta\vy  otyva<r\v  ^ 
/jo-w^^iT/jy»^^!  «  qu'il  saisisse  et  comprenne  ».  Mais 
c'est  au  turc  vulgaire  qu'il  faut  rapporter  les  formes 
telles  que  o-ax^  pour  ^  dans  )8i  jxttS  Ç^xp  érlvyv- 

(jiUy  (Tctyri  èXT»y«v5,  ê»x5(p  èXfxao-iî;);   Içépiaev,  xsXàx 

;df  ày^idjj^  JXî*  ^"^^Hi^  T^^  J^^^  (*^^)-  **  ^^  ^^ 
vous  désirez  {^iitér.  si  tu  désires)  savoir  si  ce  cpie 
nous  avons  mentionné  est  vrai,  prêtez  l'oreille  pour 
compren(Jre  »  ;  et  x/ve  Aj;:f^pour  ju)  «  de  nouveau  » 
dans  jSi  icty)  nive  juj  ^>*«>j  «  et  encore  de  nouveau  ». 

^chnriX  «  le  Seigneur  »  est  visiblement  abrégé  de 
r^UjH  c^j  «  le  Seigneur  des  Mondes  » ,  expression 

coranique  pour  désigner  Dieu  :  PdnmX  Xpiçbs  È(fiév7v 
«  Je  Seigneur  Christ»,  PdiririX  TOLclXke  lUo  c->»«le 
Très-Haut  ». 

BofX<T«XXax  ^®^  hiQii  la  Mère  de  Dieu,  Qeoiàxoçy 
ail\  tfjJL  :  j8i  yay^TXe  tireyei^rei  SaXTûti^  ^dXnaXkày 
aIH  tfjJij  jUoLw  ^^juSo  Jl^Uj  «  et  cela  plut  extrême- 
ment à  la  Mère  de  Dieu»;  mais  Me€X«T»XXixi  qui 
devrait  signifier  le  Fils  de  Dieu  aU\  ^  Jy ,  s'emploie 
également  dans  le  même  sens,  ainsi  que  le  démontre 


472  NOVEMBRE-DECEMBRE    1900. 

péremptoirement  l'expression  MeêXaraXXà;^  Xawv, 
ce  qui  ne  peut  s'expliquer  que  par  l'ignorance  totale 

de  la  signification  de  l'arabe  JJ\  ^ùy . 

A  signaler  encore  la  particvde  possessive  \  ajou- 
tée à  des  adjectifs  ou  participes  arabes,  ce  qui  est 
un   simple  barbarisme   :  raîfiXrl  AA^  «  perpétuel  » , 

ManapexXri  ^\(\\^    «  béni  ». 

KarJ  J\i  proprement  «  dur,  fort  » ,  employé  dans 
le  sens  de  «  très  » ,  est  particulier  à  l'Asie  Mineure  : 
xarî  drlaiTrlrip  rovTlovyiv  y&KyL&iXkp  jju>l:f:  <J\i 
jLuSo*  dijb  jJftL  «  les  avis  que  tu  as  reçus  sont  bien 
étranges  ». 

Max^vèi  àk^  «  prétexte  »  est  une  forme  turque 
vulgaire.  Mais  zte^àt  o\ij  «  décès  »  est  une  tran- 
scription fautive  :  Tse^àt  ôXtS  tmnp  bympk  xtrlei  oVi* 
fjjjf^vs-  j)a\  (jJ^j\  «il  mourut  et  partit  pour 
l'autre  vie  »  ;  de  même  pour  (leyj^poùfi  ^^^  «  Tin- 
telligence»;  ^è  iX  iieyfPovpiÀ  yKsXrfpxi,  Ôhit  [le^' 
^oùfi  h^rlv  ytaparleî  IvaavYj  ÀXXap^ToaXXe  àj^u^  J^L 

Jljuj  ^\  jLj\  ^^\}i  Q^\  ^^  ^i  a^^t  et 
ceci  vient  à  l'esprit,  c'est  que  Dieu  a  créé  l'homme 
pour  l'esprit  ».  Autre  métathèse  dans  xapyèr  O^ 
«  zèle  »  :  T^axT  ^è  xapyèr  MrjyL  ^ju>\  Oja^  •X^  «je 
fis  montre  de  zèle  et  d'efforts  ». 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA.  473 

Ces  trois  ouvrages,  s'ils  otFrent  une  abondante 
matière  à  des  recherches  philologiques,  ne  con- 
tiennent en  revanche  presque  rien  de  la  biographie 
de  leur  auteur.  C'est  à  peine  si  la  préface  du  Béhâr- 
i  Rayât  nous  apprend  qu'il  est  resté  trente-cinq  ans 
hors  de  son  pays,  qu'il  y  retourna  cependant  une 
fois  pour  y  visiter  ses  parents  et  ses  proches;  c'est 
alors  qu'il  rencontra  deux  de  ses  parents  dans  l'ai- 
sance qui  lui  demandèrent  d'écrire  en  turc  des  ré- 
cits de  sainteté;  il  nomme  aussi  les  amis  qui  lui 
fournirent  les  moyens  d'imprimer  ses  ouvrages, 
Hadji  Agapoghlou,  Hadji  Anastase,  et  Khodjayen- 
oghlou  Hadji-Kyrîako.  Les  titres  de  ses  publications 
et  la  signature  du  Béhâr-i  Hayât  nous  apprennent 
que  Séraphin  Raqîb  était  originaire  d'Adalia  et  ancien 
métropolitain  d'Angora.  Les  armoiries  qui  sont  gra- 
vées à  la  fin  de  la  notice  sur  Kykko  et  à  la  page  i  2 
du  Béhâr  portent  la  date  de  1782  et  la  mention  : 
^pdt^v  AyKvpa$  ^ep(x<pe)(if  avec  la  reproduction,  au 
centre,  de  deux  sceaux  portant  tous  deux  la  date  de 
1776.  C'est  probablement  à  cette  époque  qu'il  a 
été  élu  archevêque  d'Angora;  si  l'on  y  ajoute  l'inter- 
valle de  trente-cinq  ans  donné  par  la  préface  du 
Béhâr,  on  trouve  1809,  ^^^^  postérieure  de  trois  ans 
à  la  publication  de  l'ouvrage;  mais  le  chiffre  de  35 
peut  avoir  été  arrondi,  ou  bien  l'auteur  avait  déjà 
quitté  son  pays  antérieurement  à  sa  nomination  au 
poste  épiscopal  d'Ancyre,  ce  qui  n'a  rien  que  de  pos- 
sible et  de  naturel.  M.  E.  Legrand  veut  bien  me 
faire  savoir  que  Séraphin  fut  élève   de  Hiérothée 


474  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

dlthaque  et  d'Ephrem  d^Athènes,  et  qu'il  prit  le 
froc  au  couvent  de  Kykko,  dont  il  fut  par  ]a  suite 
protosyncelie  et  archimandrite.  En  dehors  des  trois 
ouvrages  turcs  qui  font  lobjet  du  présent  artidie,  il 
a  publié  quatre  autres  livres,  également  en  turc  et 
en  caractères  grecs,  dont  M.  Legrand  a  pris  la 
notice  à  la  bibliothèque  de  Saint-Marc,  à  Venise, 
il  y  a  quelques  années.  On  se  contentera  d'en  donner 
les  titres  ^ 


'  Poù^  d^terhyi^.  Tla^dpt  ZoviivtovXpafié,  Teri  ToXift  vaaa^arXapi, 
\a11cuTHij96f  xtrairràv  let&pL,  ^è  re^aip  6X(id,  Hè  IlflfTep  fifcéSy  ^cirairi 
VToSavh  re^lp  fie^ovfil,  ^  lËC'^oXéytop  xitCÊvràp,  teÇcip  àXftaùg 
ÎKitiaXii  vToaXèp ,  ^èp  ^sri^,  (TavxeTXàp  hlijv.  Bé  rajj^i  yutyftoùp 
ôXftartK^  xovpovXoùx  oXjovKTà,  paxat-èr  yxeXfiemvè  vroaXèp,  Bi  ;^a- 
^epèv  raj(l  j^atiexXèp ,  T^avà  Kt^aevXov,  Bè  éytot  KXi^fMirTOf  kyumpa 
imfpoicoXovTovv  vaxAierif.  Tc^ip  ôXpLoùalovp,  kjdXtaXou,  SdhnfJue 
Éyxtovpov  MrtrpovoXovTov  Jlepa^elfi  ^o)(jK(unàp,  TioupXii  iXtph, 
Itoviitèv  ^pKrltavXtyifv  xt^ûLerXtyij  hiijv,  S/fin  IXx  è^SeXov,  Uaa- 
fiouS  ^eptXreï  BevertxTèj  Kil^p  ^Xàv  peijrpovoXovrow  X^^f*!  Mcurpti- 
(piïXav,  tov^oLvi  liàv  à^etXtyii  hirip,  Se^iyi  TepttpiiX^H  ^{1^, 
XépTovpXXov  xtovva/Xaplv  xa(7(xa^eTAt^  ^epeXepij,  ^  ytapaXapi 
ttiriv.  ^ir^.  Èverirjatv,  1782.  Hapà  "StxoXdœ  TXvxeî  tf  èS  iactppi- 
Pùjv,  Con  Ucenza  dt''  Superiori  e  privilégia,  «La  santé  de  l'âme.  Le 
livre  du  Printemps  de  la  jacinthe.  Sept  conseiis  d'instructioD ,  ex- 
traits et  commentés  du  livre  de  (Saint-Jean)  Damascène.  Ck>miiieQ- 
laire  du  sens  de  la  prière  dominicale  Pater  noster.  Prières  néces- 
saires commentées  d'après  le  Livre  de  TEucologe.  Prières  poar  Umte 
espèce  de  souffrances  (P),  et  pour  faire  venir  la  pluie  (iitt.  in  misé- 
ricorde) en  cas  de  sécheresse.  Également  des  invocations  toutes 
prêtes  (?),  satisfaisantes  pour  Tâme.  Histoire  de  Saint-Clément, 
métropolitain  d'Âncyre.  Expliqué  par  le  moine  Séraj^in  d*Adalia , 
ancien  métropolitain  d'Angora;  imprimé  pour  la  toute  première 
fois,  en  vue  detre  utile  à  toute  la  chrétienté  du  monde  entier»  A 
Venise,  aux  frais  et  dépens  dudit  métropolitain,  pour  la  santé  spiri- 
tuelle de  rftme,  pour  féquilibre  du  corps,  pour  (la  gnérisOB)  À» 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'ANGORA.  475 

Séraphin  a  aussi  traduit  en  turc  et  publié  à  Venise 
le  Psautier  (date  inconnue);  il  a  publié  en  grec  et 
en  turc,  à  Leipzig,  en  lySS,  un  IlpoaxuvfiTaLpiov 
Guide  du  pèlerin  aux  Lieux  Saints,  dont  il  existe  un 
exemplaire  au  Britîsh  Muséum,  sous  forme  dun 
in-4°  de  8tx  pages  à  a  colonnes.  En  grec,  il  a  écrit, 

tristes  blessures  et  cicatrices  des  péchés  de  toute  espèce.  A  Venise , 
1782,  chez  Nicolas  Glykys,  de  Janina.  » 

vi(t{i{Lh  vrapdKXijfftXept ,  ^è  yipiurèpr  <7eXafc^fMitfi2 ,  |3é  kpuLpTûâXëv 
'^arnpiaja  ftiredv  oXàv  )(ex^TPa[teXepi ,  |Sé  È&pffaXfLot,  |Sé  kv6Sttvvov, 
^è  ra)(l  ixTi^aXl  <reyXèp  fivo^para  fieêTiofjxrovp  ovXdpx$  y^èp  JLptff' 
Tiavà  Xa^ifÂTtp  aaitâ^  n^oifi  oypvyià,  'SlifiTt  lAx  耀èX  re^clp  oXovvoùv 
QoLffy^ayià  ^eptXjl,  tbov  K'fl^p  oXovvavijv  x^P'^i  poKFpv^ytXep,  yta^àv 
^&>piT?a  nXtvtèv  Tot)px  Xtaavtvày  Çiare  è\ièx  Ça;^(xiTi>av ,  kxéXXtoLXov 
^epa^el^  iepo^6vaxo(Tlav.  XptdiavXapiv,  xt^[a\eTX4yii  irii^v.  kyiav- 
XoLph  iiviytXev  heveuKré  Tadataxi.  \ïlapà\  l^txoXia  rAvxeî  râl  è^ 
icûavviveiûv,  1802.  TîovptAew?  Xpt^lo^ovv  llrivè  ytopofjytovp,  Con  H- 
cenza  de  Snperiori  e  privilegio,  «  Livre  de  prières.  Consolations  de  la 
très  sainte  Vierge,  mère  de  Dieu;  ses  vingt-quatre  salutations.  Les 
conseils  appelés  kfiuprûiXôHv  S«Ti?p/«  (le  «^alut  des  pécheurs»,  ou- 
vrage d'Agapios  Landos,  moine  crétois),  ainsi  que  THexapsalmos 
et  TApodeipnon ,  et  autres  choses  nécessaires ,  qui  se  trouvent  ici , 
et  qu*il  est  indispensable  à  tout  chrétien  de  lire  matin  et  soir.  Pré- 
sentement, pour  la  toute  première  fois,  expliqué  et  imprimé,  aux 
frais  et  dépens  du  susdit.  (Traduit)  du  grec  vulgaire  en  turc,  avec 
beaucoup  de  peine  et  d'effort ,  par  Séraphin  d'Adalia ,  le  moine ,  en 
vue  d'être  utile  aux  chrétiens.  Imprimé  à  Venise  avec  la  permission 
du  Sénat.  (Chez)  Nicolas  Glykys  de  Janina,  1802.  Que  vous  tous 
vous  vous  revoyiez  dans  la  gloire  du  Christ  !  » 

irtXà  xeXctfil.  T^avà  xi^AerAov,  XeXaaXov  Xptalds  è^évrtfuiovv , 
hxePT^eXepov  hlh,  jSè  â^tfietXoîi  àvat/lctcrtai  h^iv  ,inffovs  Xptaloiovv, 
KiiptxlXi  kdapdfftot  Bapov;^a,  iepop.opa'xoaovp  pouraûLTXaptPxèp  ^  pé- 
\ixlpLX(iv,  xoipxx^e  xtXtpè  xev<rlp ,  krdXtaXov,  Depo^/fA  iepoftik'a- 
-/odlap,  IftavAov  p.oov[LÏv  ÙpdàSoÇot  Xpta^tapXapovp  xe(paiexX*yoï! 
h^ilp,  (rifixt  xive  Ixipxii  xspèx,  Aytop  ôpo|Aov  dp,isaXii  Za)(api(ivip 
îyLxaxiyivav ,  ^ita^^xyta  ^eptXxet,  (3é  Xépxifi  OKOupaa  oÙxixe(pà  6  ^ot 


476  NOVEMBREDÉCEMBRE   1900. 

sous  le  titre  de  llvevfjLaTixrj  xiOdpa,  Harpe  spirituelle, 
un  recueil  de  pieux  discours,  publié  à  Venise 
en  i-ySS;  il  a  donné  des  éditions  de  la  EvayyeXtxit 

ovy^cùpt^^et  vreyé,  çmdç'.  Beverinrè  'Beurfiayta  jSepiArov.  i8o6.  Ueipà 
NixoAfl^  TXvxei  t^  è^  leoavvivMv,  Uamcffaxjip  îiph^if-  *  Le  discours 
(le  la  connaissance.  Souffrances  de  N.-S.  le  Christ,  sauvear,  conso- 
lateur de  Tâme ,  et  sa  majestueuse  résurrection.  Extraits  des  Con- 
seils d'Athanase  Baruch^  le  moine  crétois,  et  expliqué  du  grec  en 
turc,  par  Séraphin  d'Adalia,  le  moine,  pour  la  consolation  des 
chrétiens  orthodoxes  vrais  croyants  et  pleins  de  foi.  Impiimé  pour 
la  seconde  fois  avec  Taide  d'Abali  Zacharie  du  Mont-Athos.  Qui- 
conque le  lira,  dise  trois  fois  :  «  Dieu  pardonne!  »  Imprimé  à  Venise, 
1806.  Chez  Nicolas  Glykys,  de  Janina.  Avec  l'autorisation  derEm- 
pereur.  » 

TjfovftAé  J,evevilv  K.vptaxnXeptvè  r^eSàv  ^  voureuùXdp.  Te^ip 
oXovvftoùs,  Pt^firia  TtaSàv  TtXtvrèv  TovpxXtaaptvà,  kTdX}4aXii  Sepa- 
^eift  lepo^va)(0(/lav  alftrt  lAx  è€èX  HaafiocytS  ^ptXril,  trov  Ki^xp 
ôXovvàv  xtftcreviiv  xApti  yMopa^iytXav ,  Xptal tapXaplv  Kf^oerAi^, 
^è  XeXaahxXapi  h^iiv.  Ifiu  ra)(i,  aovXràv  BaXirouAAd^  Haafayia 
Kvxxovovv  Kvvptira  aaxîv  oXàv,  àjift  ^è  Uaucèx,  [lovat/liiplp  fierèr 
ifiTariytXav  ^avxhyà  yxeÀiv  drityà  «reav  6X{o)upToii,  jSé  Tiaafict^êi 
/SepfAri,  Ziate  èftèx  ZajntertXev,  ^é  x^^^  fiaapépiXup,  Bepntxrè 
'aaapaytS,  ^eptXjt,  àytavXapiv  tiviytXev.  hè  UeattXrl  (/are  TexfciA 
ôXovvTov,  dffXa  Ttayvrttr't  ytoxrovp  No&tyXix  oCiepé»  BàptoXi  kwrA^ 
vtos  UaafJLaririrdp,  1768.  çt^rç'.  Con  licenzade*  Superiori  e  privileffio, 
n  Réponses  et  conseils  pour  tous  les  dimanches  de  Tannée.  Expliqué 
du  grec  vulgaire  (du  Kvptaxo3p6fuop  ou  Recueil  de  sermons  pour 
tous  les  dimanches  de  Tannée  d'Agapios  Landos)  en  turc  par  Séra- 
phin d'Adalia ,  le  moine.  Imprimé  pour  la  toute  première  fois  aux 
frais  et  dépens  du  susdit ,  |)our  la  satisfaction  et  le  salut  des  chré- 
tiens. Venu  à  la  lumière  (dUl%-6) ,  exposé  à  tous,  et  imprimé  avec 
Taide  du  grand  monastère  impérial  de  la  Sainte  Vierge,  mère  de 
Dieu,  à  Kykko,  en  Chypre,  avec  beaucoup  de  soins,  de  peines  et 
de  dépenses.  Imprimé  à. Venise  avec  Tautorisation  du  Sénat.  Revu 
avec  soin  et  complété,  sans  erreur  (  Jj5l^)  ni  diminution.  De  Tîm- 
primeur  Antonio  fiortoli,  1758.» 

Ce  dernier  ou>Tage  est  la  plus  ancienne  publication  turque  de 
Séraphin  qui  suit  venue  à  la  connaissance  de  M.  E.  Lcgrand. 


TROIS  OUVRAGES  EN  TURC  D'AJ^GORA.  477 

2aX7r*yf  (Leipzig,  lySS),  de  la  Tvirixrj  Sicltcl^iç  du 
monastère  de  N.-D.  de  Machaeras  (Venise,  lySS), 
du  PavTio-fzoC  (/IfihTsvais  (Leipzig,  17 58),  livre  qui 
renferme  la  critique  du  baptême  par  infusion  adopté 
parles  églises  d'Occident,  tandis  que  les  Orthodoxes 
administrent  ce  sacrement  par  immersion ,  rt  des 
éditions  bien  revues  et  corrigées  du  XaveraMv  (17^8) 
et  du  Srixapas  (1  783). 


:w 


larKiMKaiB  ■ATiostir. 


478  NOVEMBRE-DECEMBRE   1900. 

LE 

TAQRÎB   DE  EN-NAWAWI, 

TRADUIT  ET  ANNOTÉ 
PAR 

M.  MARC  Aïs, 

DIRECTEUR  DE  LÀ  MEDERSA  DB  TLEIUGEN. 

(suite.) 


iMISE  A  LA  PORTÉE  DE  TOUS  ET  FACILITATÏON  DE  LA 
CONNAISSANCE  DES  SONNA  DUES  À  L'ANNONCIATEUR 
DES  RÉCOMPENSES  ET  DES  CHATIMENTS. 

Au  nom  de  Dieu  le  Clément,  le  Miséricordieux. 

Louange  à  Dieu,  le  juge  souverain,  le  magnifique, 
qui  a  la  richesse,  la  surabondance,  la  bienfaisance, 
et  nous  a  gracieusement  octroyé  la  vraie  foi,  a  fait 
prédominer  notre  religion  sur  toutes  les  autres,  a 
anéanti  par  son  ami,  son  affectionné,  son  serviteur  et 
son  envoyé  Mohammed  (que  Dieu  le  bénisse  et  le 
sauve!)  les  cultes  idolâtres,  et  Ta  distingué  lui-même 
par  le  Miracle  coranique  et  les  Sonna  durables  dans 
la  succession  des  temps;  que  Dieu  le  bénisse  lui,  les 


LE   TAQRtB  DE   EN-NAWAWI.  479 

autres  prophètes  et  leurs  familles  \  aussi  longtemps 
que  les  deux  durées  (le  jour  et  la  nuit)  adterneront, 
que  les  ordres  divins  seront  exécutés,  le  nom  divin  . 
répété  avec  louange,  que  durera  la  succession  des 
deux  temps  (le  jour  et  la  nuit). 

Et  ensuite  :  la  science  du  hadîts  occupe  un  rang 
des  plus  éminents  parmi  les  moyens  de  se  rapprocher 
du  Maître  des  mondes.  Gomment  en  serait-il  autre- 
ment, étant  donné  qu'elle  consiste  à  montrer  les  voies 
suivies  par  la  meilleure  des  créatures,  le  plus  magna- 
nime des  êtres  passés  et  futurs  ? 

Le  présent  livre  est  un  abrégé  de  mon  autre  livre , 
El-Ircliâd,  abrégé  lui-même  des  «  *01oum  el-hadîts  » 
du  maître,  l'imam,  le  hâfith,  le  vérificateur,  le  sub- 
tiliseur^  Abou  ^\mr  *Otsman  b.  *Abd  er-rahman, 
connu  sous  le  norn  dlbn  es-Çalâh.  Je  m'efforcerai, 
s'il  plaît  à  Dieu,  d'être  le  plus  concis  possible,  sans 
cependant  me  montrer  incomplet,  et  je  rechercherai 
avec  soin  la  clarté  de  fexpression.  Au  surplus,  c'est 
sur  Dieu  le  Magnanime  que  je  me  repose,  en  lui  que 
je  mets  ma  confiance  et  que  je  cherche  appui. 

Le  hadîts  est  parfait  {^^^),  bon  [^j^ééjs^)  ou  faible 

^  il  est  remarquable  que  Nawawi  néglige  ici  de  faire  suivre  la 
laçlja  (lu  taslini  conformément  à  la  règle  qu'il  passe  pour  avoir  for- 
mulé lui-même  :  ^^UJI  ^^  »^UaJI  .>i^I  slS^  [cf.  Goldziher,  Ueber 
die  Eidogien  der  Mohamniedamr,  in  Z,  D.  M,  G.,  L.  io6), 

2  ^«xil  v^^^l  :  cf.  »  sur  le  sens  exact  de  ces  deux  épithètes ,  de 
Slane,  Ibn  Khald,  Proléy.,  I,  196,  note  1. 

^  C'est  Abou  Solaïman  el-Kbattabi  (+  388)  qui  le  premier  aarait 
formulé  cette  division  fondamentale  du  hadîts,  dans  son  commen^ 

3i. 


/i80  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

Première  branche.  —  En  première  ligne  vient  le 
h«idîts  parfait  (^^^^);  son  étude  fait  naître  plusieurs 
•questions. 

I.  On  doit  définir  le  liadits  parfait,  celui  donl 
l'isnàd  est  lié  (  jAâX«)\  ne  renferme  que  des  individus 
probes  (J^x^)  sûrs  d'information  (^Lô)  et  qui  est 
exempt  de  toute  anomalie  (i^j^)  et  de  toute  tare 
(iUfc)2.  —  En  déclarant  un  hadîts  parfait,  on  entend 

taire  aux  Sonaii  (fAbou  Dawoud,  inlilulé  Ma'àlim  es-sonan  (Tad.  i3 , 
].  1 1  et  suiv.).  Au  lieu  de  dluCif,  il  employait  saqim  (Naw.,  I,  3(), 
1.  11  et  suiv.);  ce  synonyme  de  c^^'i/*  est  Texact  opposé  de  çoAj^ ,  au 
propre  et  au  figuré.  Quoiqu'il  ne  figure  nulle  part  dans  le  Teu/rib,  ce 
mot  n*a  cependant  pas  disparu  de  la  terminologie  des  traditionnistes 
à  l'époque  classique  :  Dsahabi  Temploie  très  fréquemment  et  Jorjani 
dans  les  Tarifât  en  donne  la  définition  :  c>>l^  ^ùa^^^JI  ^  «oJUJl 
^.^J.  —  Il  est  possible  que  cette  division  tripartite  du  hadttsait 
son  origine  dans  une  distinction  posée  par  Moslim  lui-même  (  Naw. , 
1 ,  67-80)  et  dont  il  sera  parlé  plus  loin  (cf.  in/,,  483,  n.  a).  Rap- 
pelons d'autre  part  que  1.  Hajar  a  adopté  dans  la  Nokhba  une  autre 
division  plus  large  du  hadits  en  maqboul  (acceptable)  qui  comprend 
à  la  fois  le  çahih  et  le  liasan,ei  mardoud  (rejetable)  qui  comprend  les 
diverses  variétés  du  dhaif[cL  aussi  Tad.,  i3, 1.  3o). 

^  Cf.,  pour  la  définition  des  termes  Jjû;u,  Jonx,  la^L^,  iy)^, 
iOii,  in/.,  V%  XXIIP,  Xirr,  XVIII-  brandies. 

^  I.  es-Çalab  donne  du  badits  paifait  la  mémo  définition  (Tad., 
1/1,1.  \)  avec  cette  différence  que  Juâju  est  remplacé  par  1» ■«■■..• 
(cf.  pour  ce  mot  inf,,  IV*  brandie),  ce  qui  n'attribuerait  le  carac- 
tère de  parfait  qu*aux  hadîts  relatifs  au  propbète  (^>*t«)î  dans  le 
même  sens  Risch  7,  Dict.  817.  —  Ibn  Hajar  prétend  que  la  défini- 
tion d'I.  cs-Çalali  est  celle  de  Moslim  lui-même;  de  fait  ce  passage 
dlbn  es-Çalah  permet  de  le  supposer  :  ^J^,  çj\  Atfss^^  i  W<*  b-^ 

^^râfJ)  i^^^jôJL  j^^  {«x^^ÂJÛJi^  i>3JwâJi  ^JA  [ap,  Naw.,  I.  as,  1.  38  et 
suiv.).  —  On  rencontre  chez  la  plupart  des  traditionnistes  des  défi- 
nitions analogues  ;  néanmoins  il  est  arrivé  que  des  auteurs  fissent 


LK   ÏAQRfB   DE   EN-NAWAWf.  'i81 

simplement  exprimer  qu'il  réunit  ces  qualités ,  et  non 
pas  que  sa  perfection  est  un  fait  apodictiquement  éta- 
bli ^  En  déclarant  un  Jiadîts  imparfait  [^^^jj^à),  on 
entend  simplement  exprimer  que  son  isnàd  ne  réunit 
pas  les  conditions  de  la  perfection.  —  D'après  l'opi- 
nion préférable,  on  ne  saurait  décider  absolument 
d'aucun  isnâd  qu'il  est  de  tous  le  plus  parfait.  Il  y  a 
néanmoins  des  opinions  divergentes;  les  uns  ont  dit  ; 
le  plus  parfait  est  Ez-Zohri  rapportant  de  Sâlim,  de 
son  père;  d'autres  Ibn  Sirîn,  d^Obaïda,  d'^Ali; 
d'autres  El-A*mach,  d'Ibrahim,  d'^Alqama,  d'ibn 
Mas^oud;  d'autres  Ez-Zohri,  d"Ali  b.  el-Hosaïn,  de 

entrer  dans  l'idée  de  perfection  (Â^p)  des  éléments  absoluments  dif- 
férents :  d'une  part,  il  fut  admis  de  bonne  heure  que  la  reconnais- 
sance d'un  hadits  par  Vljmâ*  suffisait  à  lui  donner  la  perfection 
(cf.  M.  5t. ,11,  iSg);  et  dans  un  sens  voisin,  un  parti  proclama 
qu'un  hadits,  même  sans  isnâd,  pouvait  être  parfait,  lorsqu'il  était 
conforme  à  VIjmâ\  au  Coran  ou  à  quelque  source  du  droit  { Tad. ,  1 5 , 
l.  26,  3o).  D'autre  part ,  certains  auteurs,  surtout  des  MoHazilites, 
exigèrent  comme  condition  essentielle  de  la  perfection,  la  pluralité 
des  récits  ;  Chafe*ï  semble  avoir  soutenu  contre  eux  une  polémique 
(Tad.,  17,  18  pass,)  ;  le  nombre  des  récits  nécessaire  variait  suivant 
le  caprice  des  individus  (Tad. ,  18 , 1.  2^ ,  25] ;  Yahya  b.  Mo'in  n'ad- 
mettait pas  les  récits  rapportés  en  moins  de  3o  versions  (Tahds,  629, 
1.12).  El-Hâkim  lui-même  fonde  sa  classification  des  hadits  parfaits, 
sur  cette  considération  du  nombre  des  récits  {ap,  Naw.,  I,  /|o). 
Remarquons  que  la  présente  définition  du  pmfait  ne  s'applique  qu'au 
hadits  intrinsèquement  parfait  *3l«xi  ^.^sp  ;  elle  laisse  de  côté  le  hadîts 
extrinsèquement  parfait  tyiJt^  ^.ss»  dont  il  sera  parié  plus  loin  à 
propos  du  hadits  bon. 

^  jo  ^^laJU  AJt^;  c'est,  remarque  Soyouti,  que  d'une  part  les  au- 
torités sûres  ne  sont  pas  à  l'abri  de  l'erreur  et  que ,  d'autre  part ,  une 
autorité  faible  peut  parfois  rapporter  un  fait  exact  (Tad.,  18, 1.  27; 
1 8 ,  1.  4  ).  —  Voir,  pour  l'exception  qu'I.  es-Çalâh  a  voulu  faire  à 
cette  règle  en  faveur  de  Bokh.  et  de  MosL,  infra,  p.  49/1. 


482  NOVEMBREDECEMBRE    1900. 

son  père;  d'autres  Mâlik  de  Nâfi\  d'Ibn  Omar^;  et 
dans  le  niême  sens,  on  a  dit  enfin  :  El-Chafe*i  de 
Mâlik,  de  Nâfi\  de  Ibn  'Omar 2. 

II.   Le  premier  ouvrage  consacré  uniquement  au 

^  Cet  isnâd  est  connu  sous  le  nom  de  «chaîne  d'ori  iULJL» 
fc-uftJJI  (Moh.  St.,  Il,  2/17).  Parfois  on  allonge  cette  chaîne  pré- 
cieuse avec  les  noms  respectés  de  Chafe'ï  et  d'I.  Hanbal  (cf.  un  re- 
cu(nl  intitule  :  t^oJJ  iUljL»»  ap,  H.  Kh.,  UI,  607).  D'autres  isn&ds, 
on  a  dit  également  qu'ils  étaient  «  tressés  en  or  »  i^^uftiJL^  iiLh/!i,m 
(Tad.,   22,  1.  20]  «fondus  en  or»  i^JJb  JL^m»  (Tahds.,  607]. 

^  Ibn  Ghihâb  ez-Zobri  [^f  12/1)  est  une  autorité  des  six  livres  ca- 
noniques. —  Sâlim  dont  il  s'agit  ici  est  le  fils  de  'Âbd  allah  ibn  *Omar, 
mort  en  106;  son  père  'Abd  allab  mourut  lui-même  en  78.  —  Mo- 
hammed b.  Sirîn  (f  1 1  o)  et  'Obaïda  es-Salmâni  (+  72  )  appartiennent 
tous  deux  à  la  classe  des  suivants.  —  Solalman  el-A'mach  (+1.48), 
Ibraliim  rn-Nakb'i  (fgS)  et  'Alqama  b.  Qaïs  (+  62)  sont  tous  trois 
fréquemment  cités  dans  les  six  recueils  canoniques.  —  Ibn  Mas'oud 
dont  il  est  question  ici  est  le  célèbre  compagnon  *Abd  allah  b.  Mas'oud 
(+32).  —  *Ali  b.  El-IIosaîn,  généralement  désigné  sous  le  nom  de 
/aïn  el-*Abidin,  petit-fils  du  calife  *Ali,  mourut  en  94*  —  NAIi*, 
affranchi  d'Ibn  *Omar,  mourut  en  1 1 7  à  Médinc.  —  Il  y  a  une  foule 
d'autres  isnâds  pour  lesquels  on  a  réclamé  la  plus  hante  perfection 
(iloûp^lj.  Généralement  ces  préférences  sont  l'expression  de  r^u- 
tations  provinciales  de  râwis  [cf.  sur  le  caractère  provincial  du  hadîts 
à  son  origine,  M*  5t.,  II,  cbap.  vi,  pa.wim,  et  p.  227).  Ël-HAkim  sVn 
est  rendu  compte;  il  se  garde  de  citer  un  isnâd  comme  le  plus  par- 
fait de  tous  generaliter;  mais  il  indique  Tisnâd  le  plus  parfait  parmi 
i'oux  en  cours  dans  tel  pays,  ou  ceux  par  lesquels  on  rapporte  les 
récits  de  tel  compagnon  (Tad.,  22 ,  1.  7  et  suiv.).  —  Il  est  intéres- 
sant de  noter  que  les  rivalités  d'écoles  ont  eu  leur  écho  dans  la  ques- 
tion :  à  rencontre  de  l'opinion  qui  fait  de  Chafe'ï  d'après  M alik ,  etr, , 
risnâd  le  plus  parfait,  les  banafites  ont  attribué  la  supra-perfection 
à  un  isnâd  qui  comprendrait  A.  Hanifa  d'après  Malik,  etc*  (Tad., 
20 ,  l.  22  et  suiv.].  D'autres  auteurs  ont  donné  la  priorité  à  un  isnâd 
contenant  le  nom  d'un  autre  chef  d'école,  Sofyân  et-Tsaouri  (Tad., 
•19,1.  2  et  3). 


LE   TAQRÎB  DE   EN-NAWAWI.  483 

hadîts  parfait  est  le  Çahîh  d^El-Bokhari  ^  Moslim  vint 
ensuite  2  et  les  ouvrages  de  ces  deux  auteurs  sont  les 
plus  parfaits  de  tous  les  livres  après  le  Coran  pré- 
cieux^. Des  deux,  cest  celui  de  El-Bokhari  qui  l'em- 
porte en  perfection  et  en  utilité.  Telle  est  Topinion 
juste,  quoique  certains  auteurs  aient  déclaré  Moslim 


'  Cf.,  pour  l'exposition  complète  des  caractères  qui  distinguent 
le  Çahih  de  Bokh.  des  recueils  antérieurs  de  traditions ,  Moh,  St, ,  IT , 
chap.  vin. 

*  L'ouvrage  de  Mosl.  n*est-il  en  fait  consacre  qu'au  hadits  parfait? 
La  question  paraît  douteuse;  en  efiEet  Tauteur  lui-même,  dans  l'intro- 
duction à  son  Çahih  ^  annonce  qu'il  a  réparti  les  hadtts  en  trois  classes  : 
dans  une  première,  il  a  placé  les  récits  provenant  de  râwis  irrépro- 
chables; dans  une  deuxième,  les  récits  provenant  de  râwis  véridiqiies 
et  sûrs,  mais  néanmoins  inférieurs  aux  précédents:  dans  une  troi- 
sième, enfin,  les  traditions  que,  soit  pour  Tinsuffisance  de  leurs 
râwis,  soit  pour  quelque  autre  cause,  on  ne  saurait  accepter.  11 
donnera  d'abord  les  premières ,  et  à  leur  suite  les  deuxièmes  ;  quant 
aux  troisièmes,  il  ne  s'en  occupera  pas  en  principe;  néanmoins,  le 
(*as  échéant ,  il  éclaircira  les  vices  de  certaines  d'entre  elles  (  ap,  Naw. , 
1 ,  69-80).  Cette  distinction  de  Mosl.  a  peut-être  eu  de  l'influence  sur 
la  classique  division  tripartite  du  hadits  en  ^.^p  ,  ^J**'^ ,  UU*^.  — 
El-Hâkim  explique  ce  passage  comme  il  suit  s  Mosl.  avait  l'inten- 
tion de  consacrer  à  chacune  de  ces  classes  de  hadits  un  recueil 
spécial;  il  a  achevé  celui  qui  contient  les  traditions  de  la  première  : 
c'est  le  Çahih,  La  mort  Ta  empêché  de  réaliser  le  reste  du  pro- 
gramme qu'il  s'était  tracé.  Cette  opinion  d'El-Hâkim  partagée  par 
Ei-Baïhaqi  a  triomphé  dans  la  doctrine.  Toutefois  le  cadi  lyftdh 
(f  544)  a  donné  de  la  division  de  Mosl,  une  interprétation  diffé- 
i^ente  :  elle  s'appliquerait  aux  traditions  du  Çahih  lui-même;  et 
Mosl.  aurait  rapporté  dans  cet  ouvrage  des  traditions  des  trois  classes 
d'après  les  règles  par  lui  posées  [ap,  Naw.,  I,  33-35;  Tad.,  27, 
28). 

'  La  grande  autorité  des  deux  recueils  est  en  fait  avant  toute 
autre  chose  basée  sur  l'approbation  de  YIjmA*  {Moh,  St.,  Il,  «56, 

1.32). 


484  NOVEMBRE. DECEMBRE  1900. 

plus  parfait  qu  El-Bokhari  ^  Moslim  a  ceci  de  parti- 
culier quil  réunit  en  un  seul  endroit  les  dififérentes 
voies  {(i^)  d'un  même  hadîts^.  - —  Ces  deux  maîtres 
n'ont  pas  épuisé  la  matière  du  hadîts  parfait,  et  même 

^  Ce  furent  surtout  des  docteurs  maghribins  qui  accordèrent  la 
préférence  a  Mosl.  (  Voir  sur  les  motifs  de  celte  préférence  d'après 
I.  es-Çalâh  :  I.  Kh.  ProUg,,  U,  476;  comp.  Salisb.,  i35,  i38).  -— 
T.  H^jar  donne  un  exposé  très  méthodique  des  motifs  qui  font  gé- 
néralement assigner  le  premier  rang  à  Bokh.  ;  il  prend  un  à  un  les 
éléments  de  la  définition  du  parfait  et  montre  que  les  hadîts  du 
Çnliili  de  Bokh.  répondent  mieux  de  tout  point  à  cette  définition 
que  ceux  du  Çahih  de  Mosl.  :  (a,  pour  ce  qui  est  de  la  liaison 
JLa3),  Bokh.  ne  considère  pas  comme  lié  un  hadîts  ç^sÂ&«  (cf. 
infra,  XP  branche)  lorsque  la  rencontre  du  rAwi  qui  rapporte 
sous  cette  forme  et  de  son  auteur  n'est  pas  clairement  établie;  Mosl. 
exige  simplement  que  les  deux  personnages  aient  vécu  à  la  même 
époque  (Naw.,  I,  166-170;  Salisb.,  lag-iSS;  Mosl.  réfute  avec 
beaucoup  d'acrimonie  Topinion  adverse).  —  [b,  pour  ce  qui  est  de 
la  valeur  des  râwis,  il  y  a  beaucoup  plus  de  personnages  suspects 
parmi  les  autorités  de  Mosl.  que  parmi  celles  de  Bokh.  —  (c,  pour 
ce  qui  est  de  l'absence  d'anomalies  et  de  tares,  on  a  pu  rdever 
chez  Mosl.  bien  plus  que  chez  Bokh.  des  traditions  qui  n'étaient  pas 
de  bon  aloi  {Nohh.  ^  1 4 , 1  «^  ).  —  Naw.  et  I.  Hajar  ne  manquent  pas ,  au 
reste,  de  placer  en  première  ligne,  parmi  les  motifs  qui  doivent  faire 
préférer  Bokh. ,  la  décision  en  ce  sens  de  rÇfmd*  »UoJt  (j^Jdi  (Naw. ,  I , 
a  1 , 1. 1 5  et  suiv.).  Vljmâ'  fonde  donc  iEidfipil!  comme  U  fonde  JLÎiJl  • 

^  Bokh.  au  contraire  dissémine  les  versions  d'un  même  récit  dans 
différents  chapitres  suivant  qu'il  en  veut  appuyer  telle  ou  t^e  règle 
dogmatique  (cf.  M,  St,,  II,  2  46).  Aussi  Naw.  constate-t-fl  que 
Bokh.  est  d'emploi  moins  facile  que  Mosl. ,  que  souvent  une  tradi- 
tion y  figure  là  où  Ton  ne  s'a  tiendrait  pas  à  la  trouver,  et  que,  pour 
cette  cause,  il  est  arrivé  à  des  modernes,  peu  familiarisés  avec  l'oa- 
vrage,  d'affirmer  faussement  que  certains  hadîts  ne  s*y  trouvaient  pas 
(Naw.,  I,  22  ;  comp.  I.  Kh.,  Prolég,,  II,  ^'J^).  —  Par  contre  Bokh. 
a  donné  à  chaque  chapitre  de  son  recueil  une  tarjoma  (rubrique). 
Mosl.  n'en  avait  pas  fait  autant,  et  plus  tard  certains  auteurs  s'ac- 
quittèrent de  cette  tâche  avec  Un  bonheur  inégal  (M.  5t.,loc.  cît  — 
Naw.,  ï,.'^o,  3i). 


LK   TAQRÎB   DE   EN-NAWAWI.  485 

ils  ne  s  y  sont  nullement  efforcés  ^  On  a  dit  qu'ils 
n'avaient  laissé  de  côté  que  bien  peu  de  hadîts  par- 
faits :  mais  c'est  là  une  assertion  inadmissible.  La  vé- 
rité ,  c'est  qu'en  dehors  des  cinq  bases^  c'est-à-dire  des 
deux  Çaliîhy  des  Sonan  d'Abou  Dawoud,  d'Et-Ter- 
midsi,  d'En-Nisaï,  on  n'en  saurait  trouver  qu'une 
quantité  infime.  —  La  totalité  des  hadîts  rapportés 
par  El-Bokhari  s'élève  à  7,275,  si  l'on  fait  entrer  en 
compte  ceux  répétés  plusieurs  fois;  en  les  défalquant , 
on  obtient  un  total  de  4, 000.  Quant  à  Moslim,  il 
contient  environ  4, 000  hadîts,  défalcation  faite  des 
répétitions.  On  trouvera  le  surplus  des  traditions 
parfaites  dans  les  livres  de  Sonan  dignes  de  foi  comme 
ceux  d'Abou  Dawoud,  d*Et-Termidsi,  d'En-Nisaï, 


^  Cette  phrase  est  une  réponse  aux  critiques  dirigées  par  Dara- 
qolni  et  Balhaqi  contre  les  deux  Çahih,  Ces  auteurs  ont  reproché  à 
Bokli.  et  à  Mosl.  d'avoir  arbitrairement  laissé  de  côté  beaucoup  de 
hadîts  parfaits.  Par  exemple,  les  deux  maîtres  n'ont  rapporté  que 
certains  des  hadits  contenus  dans  la  Çahifa  d'Homam  h.  Monabbih 
(f  1 3 1)  ;  or  tous  les  hadits  de  ce  recueil  ayant  le  même  'isnâd,  Bokh. 
et  Mosl.  auraient  dû  logiquement  les  rapporter  tous  (Naw.,  I,  35). 
—  On  a  répondu  à  cette  critique  que  les  deux  maîtres  ont  d'après 
leur  déclaration  formelle  agi  ainsi  de  propos  délibéré  (cf.  Salisb. , 
i38,  139).  En  négligeant  certains  hadits  parfaits,  ils  ont  voulu 
éviter  d'allonger  démesurément  leurs  œuvres,  ou  obéi  à  des  scru- 
pules dignes  d'éloge  (Tad.,  57,  1.  21  et  suiv.;  M,  St,,  II,  2 Sa, 
note  2). 

2  SiLjL  Jya^\\  comp.  j-Jl  c»l4-*^l  ap,  I.  Khald.,  II,  /ici.  — 
Naw. ,  suivant  en  cela  I.  es-Çalâh  ne  fait  pas  rentrer  dans  les  recueils 
canoniques  l'ouvrage  d'I.  Maja  qui  n'eut  assez  longtemps  qu'une  mé- 
diocre réputation  (Tabaq.,  IX,  29).  Plus  loin,  il  le  mettra  sur  la 
même  ligne  que  le  Mosnad  d'I.  Hanbal.  —  Voir  pour  la  détermi- 
nation approximative  de  l'époque  où  Ton  commença  à  parler  des 
«six  bases»  avec  adjonction  d'I.  Maja  ;    M.  St,,  II,  261-265. 


486  NOVEMBRE-DÉCEMBRE    1900. 

d'Ibn  Khozaïma,  d'Ed-Daraqotni ,  d'El-Hâkim,  d'El- 
Baïhaqi  et  dans  d'autres  ouvrages.  On  tiendra  pour 
parfaites  les  seules  traditions  que  ces  auteurs  dé- 
clarent expressément  telles;  la  perfection  dun  hadîts 
n  est  pas  suffisamment  établie  par  sa  simple  présence 
dans  un  de  ces  ouvrages,  sauf  dans  ceux  dont  les 
auteurs  ont  pris  pour  règle  de  ne  rapporter  que  dos 
traditions  parfaites^.  —  El-Hâkim  s  est  appliqué  à 
donner  un  supplément  aux  deux  Çahîh ,  en  réunissant 
les  traditions  parfaites  qui  ny  figurent  point;  mais  il 
s  est  montré  trop  coulant  (  J^Lju)  dans  l'acceptation 
des  hadîts 2.  Aussi  bien  voici  l'attitude  que  nous  tien- 
drons à  son  égard  :  soit  un  hadîts  garanti  par  lui 
parfait ,  mais  pour  lequel  nous  ne  trouvons  chez  les 
auteurs  dignes  de  foi  ni  déclaration  de  perfection, 
ni  déclaration  de  faiblesse  [UUjuàS^^  ^j^f^^).  Nous  le 
considérerons  comme  bon  [^^yé^^),  sauf  au  cas  où  y 

'  gjiJi  Joi  ;Ux*i)l  hy^  ^^  v'^i  ^ï  ;  tel  est  le  cas  d'Ibn  Kho 
zaïma  (f  3ii)  (Tad. ,  3i,  1.  2J;  aussi  son  livre  a-t-il  parfois  été 
compté  au  nombre  des  «  six  bases  »  à  la  place  de  celui  dTbn  Maja 
(cf.  Sprenger,  Mohammed ,  III ,  cm).  —  £d-Daraqotni  (f  385), 
outre  son  livre  de  Sonan,  composa  un  ouvrage  de  critique  sur  les 
deux  Çahih  [d.M.  5t., II,  257).—  El-Baîhaqi  de  Nisapour  (+458) 
était  élève  d'El-Hâkim;  on  s'accorde  à  reconnaître  qu*il  a  fait 
preuve  de  plus  de  soin  que  son  maître  dans  le  choix  des  traditions 
(Tad.,3i,l.  10). 

^  Dans  son  Complément  des  deux  ÇaJdh  ^a^^sv-^aJI  J^a  d|pOOMMA, 
El-Hâkim  prétend  rapporter  les  traditions  parfaites,  restées  en 
dehors  des  deux  Çahih  :  il  les  divise  en  quatre  classes  î  parfaites 
d'après  les  règles  de  critique  des  deux  maîtres,  parfaites  d'après 
les  règles  de  Bokh. ,  parfaites  d'après  les  règles  de  MosL ,  parfaites 
d'après  les  règles  d'autres  auteurs  (Tad.,  3i,  1.  8).  —  Ibn  es-Çalah 
et  Navravri  adressent  déjà  ici  à  El-Hâkim  les  critiques  que  Dsahahi 
formulera  durement  dans  son  Mizàn  (cf.  M.  St,,  273,  9 74)* 


LE  TAQRÎB   DE   EN-NAWAWI.  487 

serait  visible  quelque  tare,  cause  inévitable  de  fai- 
blesse. Il  convient  de  traiter  de  môme  le  Çahîh  qui  a 
pour  auteur  Abou  Hâtim  b.  Hibban\ 

III.  Les  auteurs  des  Extractions  parallèles  aux 
deux  Çaliili  (^^jx^^v^t  Jl^  ilsJJi^)]^  ne  se  sont  pas  im- 
posé une  exacte  concordance  d'expression  avec  les 
deux  maîtres;  en  conséquence ,  des  divergences  dans 
le  fond  et  dans  la  forme  les  en  séparent  parfois.  —  De 
même  certains  hadîts  cités  par  El-Baïhaqi ,  El-Ba- 
ghawi'\  et  quelques  autres  avec  cette  mention  «  rap- 

'  Abou  Ilâtim  b.  llibban  (f  354)  utilisa  ses  connaissances  très 
variées  pour  donner  à  son  recueil  une  forme  originale  (Tad.,  3*? , 
1.  6  et  suiv.).  Il  le  divisa  en  cinq  qism  :  Ordres  y\^\.  Défenses 
jglp,  Récits  ;Lâ.1,  Tolérances  c»l^b!,  Gesta  prophetœ  (^\  jUil; 
et  subdivisa  chaque  qism  en  plusieurs  iVaou*( cf.  Ahlwardt,  II,  io6). 

^  On  nomme  *^l^  ou  ^^^sw*,  des  recueils  dont  les  auteurs, 
postérieurs  à  Bokb.  et  à  Mosl.,  rapportent  des  hadîts  contenus  dans 
les  deux  Çdhili  avec  des  isnàds  partiellement  différents.  L'isnâd 
donné  par  Vcxtrayant  (^-âïv^!)  concorde  dans  sa  partie  supérieure 

avec  celui  de  Bokb.  ou  de  Mosl.;  mais  les  derniers  chaînons  sont 
différents  dans  les  deux  chaînes  (Naw.,  i,  38,  1.  lA  et  suiv.;  Tad., 
33,  l.  lo).  —  1.  Hajar  exige  que  Tauteur  du  Mostakhraj  s'impose, 
autant  qu'il  est  possible,  de  choisir  des  isnâds  où  le  râwi  à  partir 
duquel  les  deux  chaînes  se  confondent  soit  très  rapproché  de  Tau- 
lour  du  Çuhih  (IL  Kb. ,  V,  ôao).  Nawawi  {loc,  cit.)  cite  un  {jrand 
nombre  de  Jtw.--«  ^-=c»  J^  ^y^\  1^-  plus  célèbre  est  celui  d'Abou 
'Avvana  (f  3i6).  Les  hadîts  rapportés  aux  deux  Çahih  n'ont  pas 
seuls  fait  l'objet  de  recueil»  de  ce  genre  :  les  Sonan  de  Term. , 
d'A.  Daw.  et  plusieurs  recueils  non  canoniques  ont  aussi  eu  leurs 
Mostakhraj  (Tad.,  35,  1.  i3;  H.  Kb.,  V,  ôai). 

^  L'ouvrage  d'El-Bagbawi  (f  5io)  auquel  Nawawi  fait  allusion 
ici  n'est  point  son  célèbre  Maçâbth  es-sonna.  mais  bien  un  autre 
recueil  de  traditions,  intitulé  Gharh  es-sonnn  (Tàd.,  33,  1.  20)  dont 
description  dans  Ahlwardt,  II,  121, n°  1295. 


488  NOVEMBRE-DECEMBRK  1900. 

porté  par  El-Bokhari ,  Moslim  »  peuvent  présenter 
quelques  divergences  dans  le  sens  avec  le  texte 
figurant  aux  deux  Çaliîh;  par  cette  mention  les  auteurs 
précités  entendent  simplement  indiquer  que  El-Bo- 
khari et  Moslim  donnent  le  hadîts  en  question  dans 
ses  traits  essentiels.  Il  n  est  donc  pas  licite  de  dire 
dun  hadîts  cité  d'après  les  ouvrages  de  ce  genre^  : 
il  figure  sous  cette  forme  chez  les  deux  maîtres,  sauf 
dans  deux  cas  :  i  °  lorsqu'une  comparaison  a  permis 
de  vérifier  la  similitude  des  deux  textes;  2**  lorsque 
fauteur  dit  expressément  :  les  deux  Çaliili  rapportent 
cette  tradition  sous  cette  forme.  —  11  en  va  tout 
autrement  des  Abrégés  des  deux  Çahih  [^  c:»!^aaa^ 
^jjx*5^!)^  car  les  auteurs  de  ces  livres  rapportent 
textuellement  la  forme  même  d'El-Bokhari  et  de 
Moslim.  —  Les  Extractions  offrent  deux  genres  d'uti- 
lité :  1°  elles  font  connaître  des  isnàds  hauts  (^Jl^ 
5lJu«5ll)2;   !2°  elles  peuvent  fournir  des   suppléments 

^  Comme  spécimen  de  cai^i>avie  on  peut  citer  les  ouvrages  inti- 
tulés ^jjjjgVi^t  ç^  ^  [le  plus  câèbre  est  celui  d'El-Homaîdi 
f  488)  ou  &uJ!  «7^1  ç^  ^  (le  plus  célèbre  est  cdui  d'I.  £1- 
Kharrât  f  582);  ils  donnent  un  choix  de  hadits  figurant  aux  deux 
Çahih,  ou  aux  six  hases  et  rangés  d'après  les  autorités  (H.  Kh.,  II, 
618,  621].  Au  même  genre  d'ouvrages  appartiennent  les  deux  cé- 
lèbres recueils  de  Soyouti  ^t>4^  ^,  et  ^ij'tnM  ^^I. 

*  Ce  que  Nawawi  entend  ici  c'est  que  les  isnâds  du  ^,àR.vtJê  com- 
prennent moins  de  personnages  que  n'en  comprendraient  ceux  avec 
lesquels  l'auteur  rapporterait  les  mêmes  hadits  par  la  voie  d'un  des 
deux  maîtres  :  par  exemple  Âbou  No*um  [f  43o),  dans  son 
^^^Êw«,  rapporte  de  'Abd  er-Razzâqb.  Homam  (f  211]  certains 
hadits  par  rinterm<^diaire  de  deux  râwis;  s'il  les  rapportait  par  la 
voie  de  Bokh.,  il  n'y  aurait  pas  entre  lui  et  'Abd  er-Razzâq  moins  de 
ifuatre  râwis  (Tad. ,  34, 1.  19  ol  suiv.).  —  I^  recherche  des  isnâds 


LE   TAQRÎB   DE  EN-NAWAWJ.  WJ 

parfaits  (^s^'  *^'ï!;)î  ^^  ^^^^  parfaits,  par  ce  fait 
qu'ils  sont  rapportés  avec  Tisnàd  des  deux  ÇaliihK 

IV.  La  perfection  des  hadîts  rapportés  par  les 
deux  maîtres  avec  des  isnâds  liés  (  Ju⣫)  est  un  fait 
établi.  Mais,  pour  ceux  dont  l'isnâd  présente  au  dé- 
but un  vide  d'un  ou  plusieurs  personnages*^,  il  con- 
^ient  de  distinguer  :  quant  à  ceux  rapportés  sous 
une  forme  précise  et  personnelle  ((•V^'l?)  «  un  tel  a 

liauts  a  été  lé  principal  objet  des  auteurs  de  »>^V;  ils  se  préor- 
cupent  souvent  beaucoup  plus  de  la  hauteur  des  isnâds  que  de  la 
perfection  des  hadits  (H.  Kb.,  V,  52 1). 

'  On  a  remarqué  justement  qu'lbn  es-Çalâb ,  auquel  ce  passage 
est  emprunté ,  va  beaucoup  trop  loin  :  la  perfection  de  Tisnâd  donné 
par  le  ^^dcWA  n*est  établie  que  pour  la  portion  concordant  avec 
risnâd  de  Bokbari  ou  de  Moslim.  Pour  les  chaînons  inférieurs  qui 
ne  concordent  plus,  la  valeur  de  chaque  ràwi  doit  être  examinée, 
et  sa  valeur  démontrée  (Tadrîb,  34,  1.  2  4  et  suiv.).  —  Nawawi 
cite  ailleurs  une  troisième  utilité  des  Â^vi^  :  donnant  de  nouvelles 
voies  de  hadits  cités  par  les  deux  maîtres,  elles  en  affermissent  la 
perfection  (Naw.,  I,  38). 

-  Comp.  pour  tout  ce  passage  Salisb. ,  1 1 3.  —  Par  «  début  de 
risnâd  » ,  il  faut  entendre  Textrémité  de  la  chaîne  aboutissant  à 
Bokbari  ou  à  Moslim.  Ces  hadits  sont  appelés  suspendus  (jLu»), 
Ils  sont  nombreux  chez  Bokbari ,  rares  chez  Moslim  (Nawawi,  I, 
2  4,  1.  19).  La  presque  totalité  de  ceux  quon  trouve  chez  Bokh. 
figure  dans  les  rubriques  de  chapitres  (iU^^);  ils  servent,  con- 
curremment avec  des  versets  coraniques ,  à  développer  ces  rubriques , 
à  préciser  le  point  de  droit  canonique  qu'elles  concernent  et  sur  le- 
quel Tauteur  rapporte  ensuite  des  hadits  liés,  Nawawi  donne  une 
liste  des  hsidiis  suspendus  qu'on  a  cru  relever  chez  Mosl.  (Naw. ,  1, 
24  et  25).  I.  Hajar  composa  un  recueil  où  il  donna  avec  des  isnâds 
liés  les  hadîts  suspendus  de  Bokh.  et  nomma  ce  recueil  3-JjtxJl  J-Jjlj 
(cf.  I.  Haj.,  Moqadd,  au  Fath,  17;  H.  Kh.  U.  534-535);  puis  il 
en  composa  un  abrégé  jJbuJt  JU^j  J!  ^y&sJ\  (H.  Kb.  Il ,  3oo) 
et  en  plaça  une  autre  dans  les  Moqadd.  du  Fath  (ps.  17-71). 


490  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

fait,  dit,  ordonné,  rapporté ,  mentionné  »,  il  est  caté- 
goriquement établi  qu'ils  proviennent  de  façon  par- 
faite du  personnage  auquel  ils  sont  attribués  ^  Mais 
rien  au  contraire  ne  l'établit  dans  ceux  rapportés , 
sous  une  forme  impersonnelle  :  «  il  est  ou  a  été  rap- 

»  *JI  ciLiam  ^^  (1,  Uu.,Moq,(mFath,  i4,  1.  ii  :  v3^  (^  J' 
juLa]  ,  c'est-à-dire  du  personnage  à  partir  duquel  Tisnâd  est  inter- 
rompu. Ce  peut  être  un  ràwi  voisin  ou  éloigné  de  Tauteur  ;  ce 
peut  être  un  compagnon  ;  ce  peut  être  le  prophète  lui-même ,  car  le 
hadîts  rapporté  avec  un  vide  continu  dans  Tisnâd  (alias  :  sans 
isnâd)  rentre  dans  la  catégorie  du  jJjc*.  Bokhari  et  Moslim  , 
pense-t-on,  n'auraient  point  exprimé  catégoriquement  et  sous 
forme  personnelle  [«^JLb]  que  tel  personnage  a  dit,  si  le  fait 
n'était  pas  certain.  En  conséquence  il  faut  considérer  comme  par- 
faite la  partie  de  Tisnâd  omise ,  mais  il  ne  conviendrait  pas  de 
conclure  sans  distinction  à  la  perfection  du  hadîts  lui-même  (Tad. , 
35, 1.  26).  Il  faut  soumettre  à Texamen  la  partie  de  i'isnâd  donnée 
par  l'auteur  («ï^s^^t  ^^  <i^^;  (j^  )r?'  {j^  JâjJ)  Jj^  ^^  :  Ibn 
Haj., /oc.  cû.,),et,  si  elle  remplit  les  conditions  àelei  perfection ,  le 
hadîts  quoique  suspendu  sera  paifait  ^(I.  es-Çalâh,  ap,  Naw.,  I, 
24 ,  1.  22  et  55).  I.  Hajar  (op.  laud,,  i4,  i5)  fait  une  étude  spé- 
ciale des  hadîts  suspendus  contenus  dans  Bokh.  et  pose  les  dis- 
tinctions suivantes  :  il  écarte  tout  d'abord  ceux  que  l'auteur  a 
rapportés  liés  à  un  autre  endroit  de  son  ouvrage;  s'il  les  a  rap- 
portés ensuite  suspendus ,  c.-à-d.  avec  suppression  totale  oa  partielle 
de  l'isnâd,  c'est  simplement  pour  ne  pas  trop  allonger  son  livre. 
Quant  aux  hadits  que  Bokh.  ne  rapporte  que  sous  la  forme  du 
J.Jjo\  ils  sont  ou  ^^r»  (relatifs  au  prophète),  ou  OyK^  (relatifs 
à  un  compagnon,  à  un  suivant).  Parmi  les  hadîts  ^^Jjut  f>V*f  i^ 
en  est  de  parfaits  d'après  les  règles  de  Bokh.  lui-même  (  Jlc  ^^p 
j(l0^);  ceux-là,  il  ne  les  a  pas  donnés  liés  (iXtaJu)  soit  parce 
qu'il  avait  déjà  rapporté  des  traditions  sur  le  même  point  de 
droit  (désir  de  n'être  pas  trop  long) ,  soit  parce  qu'il  ne  se  rap- 
pelait pas  avec  certitude  les  avoir  entendus  personnellemeat  (  excès 
de  scrupules).  H  en  est  d'autres  qui  sont  parfaits  d'après  les  règles 
d'autres  traditionnistes  (  » w^ê  L?^^  Jlc  ^.^p  ) ,  d'autres  qui  sont 
beauœ  (^^^«*<.^),  d'autres  même  qui  sont  faibles  {Uuxjà)\  Bokh.  les 


LE   TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  491 

porté,  mentionné,  narré,  dît  d'un  tel^  ».  Néanmoins 
ils  ne  sauraient  être  entièrement  dépourvus  de  va- 
leur, puisque  Tauteur  leur  a  donné  place  dans  un 
livre  qui  a  pour  titre  Es-Çahîh  (lé  parfait)^. 

rapporte  alors  sous  la  forme  du  y3-JjC> ,  précisément  pour  indiquer 
que,  quoique  utiles  à  connaître,  ils  ne  remplissent  pas  les  con- 
ditions par  lui  exigées.  —  Quant  aux  hadîts  y^Xjt^  ^>V*»  Bokh. 
rapporte  ;»W-^  tous  ceux  auxquels  il  reconnaît  de  la  valeur,  même 
s'ils  ne  remplissent  pas  entièrement  les  conditions  qu'il  exige  pour 
la  perfection. 

M.  c.  Çalâh  remarque  que  cette  forme  est  souvent  employée 
pour  rapporter  des  h&àits  faibles  (Tad.  36,  1.  26).  Rokh.  notam- 
ment, rapporte  toujours  ainsi  les  hadîts  cjyyt  atteints  d'une  fai- 
blesse irrémédiable  (I.  Haj.,  op.  land,,  16,  1.  25).  —  Générale- 
ment les  hadîts  ,31*^,  rapportés  sous  forme  impersonnelle 
(jhjj^L)  par  Bokh.,  figurent  avec  des  isnâds  complets  chez 
d'autres  traditionnistes.  I.  Haj,  [op,  laud,,  i5,  16)  montre,  en 
donnant  des  exemples,  qu'après  examen  de  ces  isnâds,  on  trouve 
parmi  les  hadîts  jbJ-^U  jJl*^  de  Bokh.,  des  parfaits  d'après  les 
règles  d'autres  auteurs ,  des  60715 ,  des  faibles  à  faiblesse  remédiable. 
En  revanche,  il  y  a  très  peu  d'exemples  que  le  maître  rapporte 
sous  cette  forme  des  hadîts  parfaits  d'après  ses  propres  règles,  ou 
irrémédiablement yaièZe*;  dans  ces  cas  fort  rares,  l'emploi  de  cette 
forme,  pour  les  premiers,  est  destiné  à  montrer  que  l'auteur  rap- 
porte simplement  le  sens  du  hadîts  et  non  le  texte  exact  (cf.  un 
exemple  au  ^JaJJ  c-»U5^  Qast. ,  VllI,  388 , 1.  32  )  ;  quant  aux  seconds , 
l'auteur  prend  généralement  soin  en  les  rapportant  ja^,yA}l^  jJj«-« 
d'indiquer  lui  même  leur  faiblesse:  ^  ^y  (cf.  un  exemple  au 
yliilî  v^Qast.  Il,  1^2,  1.  24  et  suiv.). 

-  »\yi  j^  =  commenté  los^  laSL»/  ^^l  (Tad.  37,  1.  16).  — 
La  présence  de  ces  hadîts  suspendus  chez  Bokh.  et  Mosl.  a  beau- 
coup embarrassél  es  auteurs  musulmans.  Comment  la  concilier  avec 
le  caractère  de  perfection  entière  reconnu  aux  deux  Çahili  par 
Vljmâ' ,  avec  ce  propos  attribué  à  Bokh.:  a  Je  n'ai  donné  dans  mon 
Çahtk  que  des  hadits  parfaits*^  El-Baîhaqi  a  expliqué  que  cette 
affirmation  du  maître  ne  concernait  que  les  hadîts  dont  il  donnait 
risnâd   complet,  non  pas  les  hadîts  suspendus  rapportés  dans  les 


492  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900, 

V.  On  distingue  plusieurs  degrés dansia/)er/î?crion 
du  hadîts  ^  Au  premier  rang  on  place  le  hadits  que 
El-Bokhari  et  Moslim  s  accordent  à  rapporter.  Vient 
ensuite  le  hadîts  rapporté  par  El-Bokhari  seul;  puis 
celui  rapporté  par  Moslim  seul;  puis  le  hadits  qui 
remplit  les  conditions  exigées  par  tous  les  deux  2; 
puis  celui  qui  remplit  les  conditions  exigées  par 
El-Bokhari;  puis  celui  qui  remplit  les  conditions 
exigées  par  Moslim  ^  ;  enfin  le  hadîts  qui  est  parfait 
dans   l'opinion    des   autres   auteurs'^.    —  Par   ces 

tarjoma  ou  ailleurs  (I.  IIaj.  ,  op,  lavul.t  17,  J.  21).  1.  es-Çalâh  est 
dans  le  même  sens  (Tad.,  87 ,  1.  23  et  suiv.];  au  surplus,  pour  co. 
qui  est  de  la  valeur  des  hadits ^^y4>W  J'^^^»  il  a  recours,  en  fin 
de  compte,  à  une  affirmation  dogmatique,  andogue  à  celle  que 
Nawawi  formule  ici  relativement  aux  jh,»^^!^  vl^^l&«  î  il  doit  suf- 
fîre  qu'ils  soient  contenus  dans  dies  livres  intitulés  ÇaJUh  et  ayant 
pour  auteur  Bokh.  et  Mosl.  [ap.  Naw.,  I.  27,  i.  26  et  suiv.). 

*  Comp.  pour  tout  ce  passage,  Salisb,,  p.  i38. 

^  Et  que  cependant  ni  Tun  ni  Tautre  ne  rapportent  (Tad. ,  137  , 
1.  3o). 

8-4 — 3  ^j  ^^tâc^i  y^  j^  ^  ^"f^y^  Jlc  :  les  règles  de  critique 
(El-Gliart)  de  Bokh.  et  de  Mosi.  ont  fait  Tohjet  d'une  littérature 
spéciale.  Mais  on  ne  s'entend  guère  sur  leur  exacte  détermination  : 
c'est  que,  dit  Ahoul  Fadhl  ei-Moqaddasi  (t  507)  ni  des  deux  imams 
ni  d'aucun  autre  des  grands  traditionnistes ,  on  ne  rapporte  qu'ils 
aient  expressément  déclaré  :  «je  prends  pour  chart  de  ne  citer  dans 
mon  recueil  que  les  hadits  remplissant  telle  et  telle  condition  »  ;  on 
n'arrive  à  connaître  ce  chart  que  par  un  examen  approfondi  de 
leurs  livres.  (Qasf,,  1,  19,  1.  3o  et  suiv.  —  Cf.  une  opinion  ana- 
logue de  Naw.,  ap,  Tad.,  39,  1.  26).  —  Voici  d'après  ce  môme 
Moqaddasi  les  traits  communs  du  chart  de  Bokh.,  et  du  clutri  de 
Mosl.  :  ils  ne  donnent  que  les  hadîts  rapportés  par  des  râwis  dignes 
de  foi,  provenant  de  compagnons  parfaitement  connus  d'après 
l'opinion  unanime  des  autorités  solides  et  dignes  de  foi ,  dont  Tis- 
nâd  en  outre  est  lié  (Jo>âJu),  et  non  pas  interrompu  (&kJLU). 
(Remarquons  qu'il  y  a  exception   pour   les   hadits    mo*auaq,  cf. 


LE  TAQRÎB  DE  ENNAWAWI.  493 

mots  «  hadîts  qu'on .  s'accorde  à  trouver  parfait  » 
(x|Jfi  (^âXa  ^^^^)  ^^  "  dont  la  perfection  est  l'objet  d  un 
accord  »  (axs^  Jl^  <5J^),  on  entend  désigner  un  ha- 
dîts sur  lequel  les  deux  maîtres  s'accordent.  : —  Le 
maître  (Ibn  es-Çalâh)  a  dit  que  la  perfection  des  ha- 
dîts rapportés  par  ces  deux  auteurs  ou  par  l'un  d'eux 

sup,,  /iSg).  Que  plusieurs  râwîs  rapportent  un  hadîts  d*un  compa- 
ynon,  c'est  une  chose  excellente;  mais  les  hadits  rapportés  par  un 
seul  râwi  trouvent  parfaitement  place  dans  les  recueils  des  deux 
maîtres,  pourvu  que  la  voie  jusqu'à  ce  râwi  soit  parfaite,  (Qast.  I, 
2  0,  1.  1  et  suiv.).  —  El-Uâkim  a  formulé  très  différemment  les 
conditions  choisies  par  les  deux  mattres  ( (ja-*^. ^  ^^  ^ U'*  '^  Q  ;  ils 
n'auraient  admis ,  suivant  lui ,  que  les  hadîts  rapportés  d'un  com- 
pagnon parfaitement  connu  par  au  moins  deux  suivants  dignes  de 
foi ,  puis  de  chaque  suivant  par  deux  ou  plusieurs  suivants  de  sui- 
vants dignes  de  foi,  etc..  Moqaddacî,  et  Abou  Bakr  el-Hâzimi 
(t  584)  auteur  d'un  ouvrage  intitulé  :  »m.»j?  iUji'J  tjj*^  s'élèvent 
avec  beaucoup  de  force  contre  cette  opinion  d'El-Hakim  (Qast. ,  I , 
2  0,  1.  4  et  suiv.  —  I.  Haj.  ,  Moq,  an  Fath,  7,  1.  10).  —  En  quoi 
le  charl  de  Bokh.  diffère-l-il  de  celui  de  Mosl.  ?  Il  a  été  dit  plus 
haut  (p.  484  ,  n"  1)  que  Mosl.  n'exige  point  pour  le  hadîts  mo'an'an  la 
preuve  de  la  rencontre  du  râwi  et  de  celui  dont  il  rapporte  (cf. 
aussi  M.  St.,  II,  247,  248).  Mosl.  s'est  formellement  expliqué  sur 
ce  point ,  et  il  paraîtrait  que  Bokh.  aurait  fait  de  même  dans  son 
Tarihh  (I.  IIaj.  op.  laud,,  18,  1.  5.  —  cf.  sur  le  Tarîkh  H.  Kh.  II, 
1 1 7).  El-Hâzimi  croit  pouvoir  établir  comme  il  suit  la  principale 
différence  :  on  répartit  généralement  les  râwis  en  plusieurs  classes 
d'après  leurs  qualités  et  aussi  leurs  relations  avec  leurs  auteurs  : 
dans  une  première  classe,  on  range  les  râwis  dignes  de  foi  qui  ont 
longuement  fréquenté  leurs  auteurs  (JUj^  â«^^);  dans  une  deu- 
xième, ceux  qui  n'ont  eu  qu'une  courte  fréquentation  :  or  Bokh. 
ne  rapporte  de  hsLdiis  fondamentaux  (Jyo\)  que  des  râwis  de  la 
première  classe;  des  râwis  de  la  deuxième,  il  rapporte  simplement 
des  confirmations  [ ù^Syii ,  otjobu )  ou  des  hadîts  mo'allaq;  Moslim, 
au  contraire,  rapporte  fort  bien  des  h&àits fondamentaux  de  râwis 
Je  la  deuxième  classe  (Ibn  Hajar,  op.  laud,^  7,  —  Tadriè,  4o, 
4i.  —  Cf.,  sur  les  hsidiis fondamentaux  et  les  confirmations,  infra). 

XVI.  32 


iiirmi]ii.aie  ratioials. 


4d4  N0YEMBRS.DEGEMBRK  1900. 

est  apodictiquement  établie;  et  que  de  ce  fait  ces 
hadits  impliquent  la  connaissance  apodietUiue,  mais  les 
vérificateurs  et  la  plupart  des  docteurs  sont  en  s^;is 
contraire  et  estiment  que  ces  ]>adits  n  impliquent  que 
1  opinion  autant  qu  il  ne  sont  pas  répétés  (j3ljXt)  '. 

—  Nawawi  estime  que  le  chart  de  Bokh,  difiere  de  celui  de  Mosl. 
en  ce  que  ces  deux  auteurs  ne  s'accordent  pas  toujours  sur  la 
valeur  d*un  même  ràwi;  que  Tun  considère  les  récits  provenant  de 
ce  r4wi  comme  parfaits  et  les  insère,  tandis  que  Tautre  leur  refuse 
la  perfection,  et  ne  les  insère  pas  (Naw,,  I,  3  3).  En  fin  de  compte, 
les  différences  entre  le  chart  des  deux  cheikhs  se  ramèneraient  à 
des  divergences  d'flqppréciation personnelle  ((ùaon^.)  (comp.j9f.  St.» 
II,  i5i,  i52)«  Cette  opinion  conduit  logiquement  Naw.  à  expli- 
quer TexpressioB  ^^iJe^fAiS  )pja  J^  <âsE*>^^  par  i  tradition  dont  les 
râwis  sont  cités  aux  deux  Çahih»»  L  e.  Çalâh  est  dans  le  même 
sens  (cf.  pour  la  discussion  Tad.,  Sq  et  4o).  — *  £1-Hâsimi  le  dé- 
termine comme  il  suit  :  k  chart  d'A.  Daw. ,  de  Nisaî ,  et  de  Termidsi  ; 
au-dessous  des  deux  classes  de  râwis  indiquées  dans  la  note  précé- 
dente, il  y  a  encore  trois  autres  classes,  savoir  :  3**  ceux  qui,  de 
videur  contestable ,  ont  longuement  fréquenté  leurs  auteurs;  4**  ceux 
qui  de  valeur  contestable  n  ont  pas  eu  cette  longue  fréquentation  ; 
5*  les  râwis  faibles.  Le  chart  d*A.  Daw.  et  de  Nisaî  leur  permet 
d'admettre  les  récits  de  râwis  de  la  troisième  classe;  le  ckarL  de 
Term.  étend  Tindulgence  aux  râwis  de  la  quatrième  dasse;  mais 
quant  aux  râwis  de  la  cinquième,  aucun  auteur  canonique  ne 
donne  d'eux  des  hadits  fondamentaux  :  tout  au  plus  A,  Daw,  Nis. 
et  Term.  en  rapportent-ils  parfois  des  confiraiationt  (Tad..,  dit  1«  1 1 
et  suiv.]. 

'  K^  JuoU.  jJaiJ!  jUÎI^  KSJ^  ^^iaJu  y^  i4<XaJ.  |t  «l^»;  U 
^1^.  J  U  ^\  Osïi^  yU,  {jyydi^\y  i:}^AJUiJ\  «jUU**  —  Un  sy- 
nonyme de  j^  ^  est  (s>^.  ^  employé  par  I.  Haj.  {Noldu,  à, 
1.  19).  —  Sur  les  hadits  répétés  («Jiyu)  opposés  aux  récits  indivi- 
duels (.>L^^I  ^  j,^  )  cf.  infra,  —  Dans  Topinion  d'Ibn  es-Çalah 
la  seule  différence  entre  les  hadits  des  deux  Çahih  et  les  récits 
répétés  serait  que  les  premiers  n  engendrent  que  la  connaissance 
apodictique  déduclive  {ç^ylAfJ\  jlaJLlt  ioJI)  tandis  que  fes  seconds 
engendrent   la   connaissance   apodictique  nécsisaire   (f^itM  ^^ 


LE  TAQRÎB  DÉ  EN-NAWAWI.  495 

VI.  Suivant  le  maître  (Ibn  es-Çalâh),  celui  qui, 
de  notre  temps,  croirait  parfait  d'isnâd  quelque  ha- 
dîts  rencontré  dans  im  livre  ou  dans  un  volume,  et 
qu*aucun  hâPith  digne  de  foi  na  expressément  dé- 
claré tel ,  se  gardera ,  vu  Tindignité  de  la  présente 

<s^yih)\).  (Naw.,  I.  29,  1.  28  et  suiv.  —  cf.  36  c^^iJJt  ^1  et 
(^ji^y^Jl  loJl ,  Sprenger  ,  The  logic  oj  tke  Arabians,  2,  1.  89  ).  — 
Dans  ses  'Olonm  el-hadits,  I.  es-Ç«iâh  dédare  qnû  aurait  d'abord 
volontiers  admis  qoe  let  hadîts  de»  deux  Çahik  nmrp^qQenï  que 
r opinion  (^^LàJi);  pui»  il  réfléchit  qii'ils  sont  acceptés  fttr  fajpàtdem. 
de  fljmâ\  que  ïljmâ'  est  iiUKcesaîMe  à  Terreur  et  <fae  tojnnim  de  c^f 
qui  est  inaccessible  à  Terreur  est  bd  et  bien  cdnnaisvance  «podif  tkjife 
(Naw.,  I.  28,1.  39  et  suiv,;  29,  1.  3«  et  soi?.)*  —  S«r  lexâcte 
compréhension  du  terme  ^J^t ,  cf*  El-Mahalli  sur  ^[^  ^  d'Es- 
Sobkr  (Le  Caire,  i3o9,  I,  81).  —  Logi^pe  avec  s«  théorie, 
J.  es-Çdâh  admit  parfaitement  qu'un  certain  nombre  de  badîts 
dans  les  deux  Çahik  n'impliquant  pas  dé  connaissancie  apodictiqne  : 
ce  sont  ceux  où  ed-Dara(]ptni  ou  d'autres  triewrs  (a>  f  %1\  Juiil) 
ont  relevé  des  imperfections;  ces  voix  discordantes  rompent 
Yljmâ'  sur  les  hadîts  incriminés  (Naw.,  I.  29,  1.  16  et  suiv.; 
Tad,  42,  43).  Naw.  s'est  écarté  sur  ce  point  dl.  es-Çalâh  :  les 
hadits  des  deux  Çahih,  tout  comme  les  autres  récits  indivKtuels 
(ô[a,^\  y*-»')  n'impliquent  que  V opinion;  ce  qui  est  établi  jhet 
l'acceptation  de  \Ijmâ\  c'est  non  pas  la  connaissance  apodic- 
tique  relativement  aux  hadits  de»  âeax  Çahih,  mais  l'obligation  âe 
s'y  conformer  pratiquement  (L.^.*»  Lç  J4^));  et  il  y  a  cette 
simple  différence  entre  les  traditions  des  deux  ouvrage»,  et  cdies 
des  recueils  de  moindre  autorité,  que  l'on  peut  mettre  les  premières 
en  pratique  sans  les  examiner,  tandis  qfu'il  fant  »'aès6emr  de  mettre 
en  pratique  les  autres ,  avant  que  leur  perfection  ne  soit  dém^trée 
(Naw.,  29  et  3o).  —  I.  Hag.,  à  son  tour,  réfute  l^opmMn  de  Nanr.^; 
cet  auteur,  allègue-t-il ,  prétend  à  tort  qn'dle  est  partagée  par  les 
vérificateurs;  car  on  peut  en  citer  beaucoup  qui  pensent  conme 
1.  es-Çalâh  (Tad.,  42,  1.  10  et  sdv,)^  Un  l^adîts,  sani  étr«  répété 
(y3\^A^]^  peut  impliquer  coniMiissance  «podictique  lorsque  des 
circonstances  concomitantes  {^^\J^)^  le  viennent  eorrobwer.  Or  pié^ 
cisément ,  de  telles  circonstances  existent  pour  lies  toaditioBs  des 

32. 


496  NOVEMBRE-DECEMBRE    1900. 

époque,  déjuger  catégoriquement  établie  la  perfec- 
tion de  ce  hadîts^  —  Mais  personnellement,  ce  qiie 
j'estinie  le  plus  vraisemblable,  cest  qu'un  tel  juge- 
ment doit  être  permis  à  ceux  qui  ont  de  la  matière 
une  connaissance  solide  et  sûre^.  —  Si  quelqu'un 
désire  faire  application  pratique  d  un  hadîts  contenu 


deux  Çahïh  :  savoir,  la  haute  supériorité  des  deux  maîtres  dans  la 
science  des  traditions ,  dans  l'art  de  recoûnaître  les  hadîts  parfaits , 
enfin  et  surtout,  le  fait  que  Vljma'  a  admis  la  perfection  du  con- 
tenu de  leurs  ouvrages.  I.  Haj.  reconnaît  qu'en  principe  il  faut 
l'aire  exception  pour  les  hadîts  des  deux  Çahih  incriminés  par  les 
trieurs  (Nokh.  9),  De  ceux-là,  il  est  besoin  de  prouver  la  perfection 
c'est  ce  qu'il  a  fait  lui-même  dans  les  Moqaddimàt  du  Fath  elbâri, 
li  prend  un  à  un  les  hadîts  de  Bokh. ,  où  Ëd-I)araqbtni  (cf.  M,  St. , 
il,  267)  a  cru  relever  quelques  faiblesses,  et  en  démontre  la  per- 
fection (Moqad.  au  Fath,  3Vi-38i).  —  De  même  Naw.,  dans  son 
commentaire  à  Mosi. ,  a  réfuté  les  reproches  adressés  à  cet  imam 
par  Daraqotni  et  ses  continuateurs  Abou  Mas'oud  ed-Dimachqi 
(t   '100)  et  Âhou'Ali  el-Ghassâni  (t  498)  (cf.  H.  Kh.,  VI,  5A5). 

^  1.  es-Çalàh  ajoute  :  «11  n'y  a  guère,  en  efiPet,  de  semblables? 
hadîts  dont  l'isnâd  ne  contienne  (aux  chaînons  inférieurs)  des  râ- 
wis  caractérisés  par  une  confiance  entière  dans  leurs  cahiers  «  à 
l'exclusion  des  qualités  de  mémoire,  de  sûreté  d'information  (orale) 
de  certitude  dans  le  récit,  indispensables  aux  autorités  d'un  ha- 
dîts pojfait  (Tad.,  46,  1.  20  et  suiv.).  —  Les  anciens  seids,  sui- 
vant I.  es-Çalâh  ont  eu  la  capacité  de  déclarer  les  hadîts  parfaits 
(^.^ftjJJ  iuIiftJ)  à  l'exclusion  des  modernes,  Soyouli  remarque  que, 
dans  l'esprit  de  cet  auteur,  cette  décision  doit  être  étendue  aux  dé- 
clarations de  bonté  (^^^f;^^)  ou  àe  faiblesse  (vJ^^oua?)  relatives,  à  des 
hadîts,  et  qu'en  somme  I.  es-Çalàh  considère  comme  «définitive- 
ment fermée  à  son  époque»  la  porte  du  t açhi h ,  du.  tnhstn  et  du 
/«rf/i'/J(Tad.,  48,  I.  16  et  suiv.  ^-^s^J'  vW  '^  ^  rapprocher  du 
*>^4îi^iU  tjU  .X.U»  des  jurisconsultes), 

2  La  majorité  des  abréviateurs  des  'Oloani  el-hadits,  à  Tinstar  de 
Naw.,  se  sont  écartés  sur  ce  point  d'I.  es-Çalâh;  l'opinion  de  cet 
auteur  est  restée  isolée,  et  la  pratique  du  taçhth,  pour  des  hadîts 


LE   TAQRÎB  DE   EN-NÂWAWr.  497 

dans  quelque  recueil  (digne  de  foi),  voici  comment 
il  procédera  :  il  prendra  le  hadîts  en  question  dans 
un  exemplaire  méritant  foi,  coUationné  par  lui- 
même  ou  par  quelcpie  individu  de  confiance  sur 
plusieurs  textes  corrects ^  —  En  fait,  la  collation 
sur  un  seul  texte  soigneusement  vérifié  et  méritant 
foi  est  suffisante. 

Deuxième  branche.  —  Elle  est  relative  au  hadîts 
bon  (^^^^).  El-Khattâbi  a  dit^  :  «  c'est  le  hadîts  dont  la 
provenance  est  connue^  et  les  râwis  notoires'*;  la 

sur  lesquels  les  anciens  avaient  été  muets,  a  continué  dans  les 
siècles  postérieurs  (Tad.  47,  48). 

*  C'est  I.  es-Çalàh  qui  exige  la  collation  sur  plusieurs  textes;  et 
même ,  il  aurait  demandé  que  cette  collation  fut  opérée  par  deux 
individus  dignes  de  foi.  Naw.  prétend  toutefois  que  le  maître  ne 
considère  pas  cette  collation  sur  plusieurs  textes  comme  obligatoire , 
mais  bien  comme  simplement  recommandable  (vW^^^^  J»^  *iy^ 
Cf.  Naw.,  I,  20). 

^  Cette  définition  d'El-Kbattabi  est  formulée  dans  la  Kbotba  de 
ses  Maâliin  es-sonan  (Tad.,  5o,  1.  5). 

^  ^^  (j>y^  ^^.  La  vocalisation  e^Cis  est  possible  (cf.  Riscli,  i3); 
rependant  El-Ajbouari  préfère  la  forme  du  nom  de  lieu  (  Baïq.  ,21, 
I.  1  et  suiv.)  et  dans  le  même  sens  Nawawi  donne  un  pluriel  ^^^ 
(Naw.,  I,  81,  1.  16).  Le  Dict,  of  tech,  terms  explique  ce  terme 
comme  il  suit  :  «Le  lieu  d'où  provient  le  liadits  qui  dans  ce  sens 
peut  être  syrien,  iraquois,  mecquois,  etc.»  (1,  386).  —  Zorqani 
entend  ce  mot  comme  synonyme  de  rijâl  el-hadits^  les  râwis  de  l'isnâd 
(  Baïq ,  9  0,  21  —  Comp.  sur  l'expression  IjJ\  ^lis  "  3f.  St. ,  Il , 
1^1?)).  Les  commentateurs  s'accordent  à  reconnaître  que  Khattâbi 
e\ige  par  ces  mots  la  parfaite  liaison  de  i'isnâd  (  JI»a3|);  et  de  fait, 
seul  est  d'une  provenance  parfaitement  connue,  le  hadîts  dont  I'isnâd 
n'offre  pas  d'interruption  (Tad.,  49,  1.  3i;  5i,  1.  6). 

*  #JU^;  c^^^x^Ij.  Le  Dict,  of  tech,  terms  explique  que  cette  110- 
toriété  doit  être  entendue  comme  portant  sur  la  probité,  la  sûreté 


498  NOVEMBRB*DÉGEMBRE  1900. 

plus  grosse  part  des  traditions  rentre  dans  cette 
classe  ^  Le  hadîts  bon  est  accepté-par  ia  majorité  des 
docteurs;  et  tous  les  jurisconsidtes  admettent  sa  mise 
en  pratique.  »  «— .  Le  maître  (Ibn  es-Çalâh)  a  dit  : 


d'information  des  râwis,  inférieure  da  reste  à  celle  qu'on  exige 
chez  les  râwis  du  hadîts  parfait  (I,  386,  1.  17,  19.  Ck>nip,  Baiq., 
22). 

*  Cette  définition  de  Khaltâbi  est  trop  générde;  on  lui  a  juste- 
ment reproché  de  s'appliquer  en  somme  aussi  bien  au  hadîts  ^^^ 
qu au  ^its  ^^mM^  (Tad,,  5o,  1.  1  et  suiv.).  —  Le  terme  (^hmnaé. ,  l'un 
des  premiers  apparus  dans  la  terminologie  du  hadîts  est  resté  jus- 
qu'au bout  l'un  des  moins  précis  comme  signification  (cf.  Salisb., 
11 4-11 5).  Péjà  £1-Chafe'î  l'emploie  dans  un  sens  spéciid,  et  re- 
connu plus  tard  impropre  (cf.  Préface,  338,  3a9).  Plus  tard  dans 
les  écoles,  on  fait  usage  du  mot  ^^^m^  pour  désigner  les  hadîts  rda- 
tifs  à  quelque  belle  action,  toute  vsdeur  de  l'isnàd  mise  à  part  (Tad, , 
58, 1.  is).  —  £1-Baghawi  à  son  tour  lui  assigne  une  signification 
très  particulière  {inf,  «  5oi).  El-Jaouzi ,  au  vi* siècle,  en  donnera  une 
définition  fort  dîfiPérente  de  celle  de  Khattabi  [DicL,  I,  386,  L  90). 
Enfin  Termidsi  qui  «  a  contribué  plus  que  tout  autre  à  faire  con- 
naître cette  classe  de  hadîts»  [inf..  Soi)  en  parle  en  ces  termes  à  ia 
fin  de  son  JâmV  :  «  Pour  nous  le  hadîts  bon  est  celui  dont  TisnAd  ne 
renferme  aucun  râwi  suspect  de  mensonge,  qui  n'est  point  anormal 
(ilâ]  et  qu'une  version  analogue,  parvenue  par  une  autre  voie, 
vient  corroborer»  (II,  34o,  1.  a,  3].  Cette  définition  de  Tèrm.  a 
soulevé  de  grosses  difficultés;  l'auteur  ne  semble  pas  y  être  resté 
fidèle  au  cours  de  son  ouvrage.  Notamment,  comment  concilier  la 
fin  de  la  définition ,  avec  ce  fait  que  Term.  qusdifie  fréquemment 
des  hadîts  de  i^jé  ^^éM,^  (bons  et  rar«t) ,  la  rareté  d'un  ^adîts  con- 
sistant en  ce  qu'il  n'est  rapporté  que  par  une  voie  unique  ?  —  Les 
auteurs  musulmans  se  sont  efforcés  de  faire  disparaître  cette  con- 
tradiction. L  es-Çdàh  avoue  que  Term.,  dans  son  JémV  emploie 
souvent  le  terme  (j«*m^  dans  son  sens  courant  et  non  dans  son  sens 
technique  (Tad, ,  53 , 1. 10).  I,  Hiy.  déclare  que  la  définition  de  Tenu. 
ne  vaut  que  pour  les  ^dlts  quîdifiés  par  lui  de  (^m**-  tout  court. 
Pour  les  autres,  notamment  pour  ceux  qu'il  qualifie  de  ««s^  i^"^^^ 
il  adopte  implicitement  la  terminologie  admise  avant  Ini  t  sa  défi* 


LE  TAQRÎB  DE  EN'NAWAWL  499 

«  on  distingue  deux  catégories^  de hadîts ton^ :  i°  tra- 
ditions dont  Tisnâd  renferme  quelque  râwi  ixu:hé 
(^yc*«*^)2,  dune  capacité  incertaine,  qui  néanmoins 
n'est  ni  négligent,  ni  sujet  à  de  fréquentes  erreurs, 
ni  atteint  de  façon  apparente  de  quelque  autre  vice  ; 
dont  en  outre  le  texte  est  connu  par  une  autre  ver- 
sion identique  ou  analogue  à  la  première  et  prove- 
nant d  une  voie  différente  ;  a°  traditions  dont  les  râwis 
sont  d'une  sincérité,  d'une  bonne  foi  notoires,  mais 
de  mémoire  trop  faible,  d'information  trop  peu  sûre 
pour  qu'on  puisse  attribuer  la  perfection  k  leurs  pré- 
sents récits  ;  bien  supérieurs  néanmoins  à  ceux  dont 
les  récits  lorsqu'ils  sont  isolés  sont  tenus  pour  reje- 

nition  du  ^j*^^'^  est  volontairement  incomplète;  il  n\  fait  pas  de 
place  au  sens  communément  assigné  à  ce  mot.  A  quoi  bon  en  efifet  ? 
Tous  les  traditionnistes  connaissent  ce  sens  (»3j^jbJ  »Lkxx^\  dJi  vJyf 
çjJLlI  Joà)  JOLe] ,  et  Term.  se  borne  à  indiquer  le  sens  nouveau  qu  il 
assigne  personnellement  au  moi  :  i  lu^  JfJLji  U  U^.y*3  J^  «laxlt^ 
LSJOLe  jJ^  »«>^  AJÔJy  «X,^XJh.  ^AU^ol  «J^  k£^  ^^m^  «fU5'(Nokli«, 
18  et  19]. 

*  I.  es-Çalâb  explique  qu'il  arrive  par  cette  distinction  de  deux 
catégories  à  combiner  les  deux  définitions  de  Term»  et  de  Khâltabi , 
et  à  ramener  0  une  seule  et  même  classe  les  hadits  bons  d'après 
chacune  d'elles.  La  première  catégorie  comprend  les  f^dits  bons 
d'après  Term.,  la  seconde  les  hadtts  bons  d'après  Kha)(abi  (Tad.,  5, 
1.  18  et  suiv.).  —  Cette  division  bipartite  a  été  reproduite  après 
I.  es-Çalâh  par  la  plupart  des  technologistes  du  hadîts.  La  première 
catégorie  a  reçu  le  nom  particulier  de  ^jM  ^j^**-^^  extrinsèquement 
bon:  sa  bonté  provient  en  efiPet  de  ce  que  son  texte  est  corroboré 
par  une  seconde  version  i>Ui&A^t  v-i>**<^  »l»»^  (^«xJl  yiA|  (Nokh*,i6). 
La  deuxième  catégorie  a  reçu  le  nom  de  «31  jJ  ^^m*^  •  intnnié^ae- 
mcnt  bonw  (cf.  Salisb.,  loa;  Nokh.,  16;  Dict.,  387;  Buq.,  93-s4). 

^  Cf.  sur  le  sens  de^^s^^A ,  inj, ,  XXIII'  branche,  vi";  il  est  suffisant 
de  dire  ici  que  le  râwi  cach^,  c'est  celui  dont  la  probité  n'est  pas 
parfaitement  connue, 


500  NOVEMBREDÉCEMBRE  1900. 

tables  (-^Sju)  ^  —  Moins  fort  que  le  hadîts  parfait,  le 
hadîts  bon  peut  cependant  comme  lui  fournir  argu- 
ment. C  est  pour  cette  raison  que  certains  auteurs 
lont  fait,  rentrer  dans  la  classe  du  hadîts  parfait^. 
Les  traditionnistes  disent  parfois  d  un  hadîts  qu'il 

est  bon  ou  parfait  quant  à  Tisnâd  (àlju#^!  (j^**^^^^  ^^^^)* 
Cette  désignation  a  moins  de  force  que  cette  autre 
(conçue  generaliter)  hadîts  bon  ou  parfait;  car  il  peut 
se  faire  qu'un  hadîts  soit  bon  ou  parfait  quant  à 
Tisnâd,  tandis  que  son  texte  est  faible  par  suite  de 
quelque  anomalie  [S^ô^jS*)  ou  de  quelque  tare  (i^). 
Au  surplus ,  si  quelque  hâfith  digne  de  foi  use  de  cette 
spécification  sans  y  rien  ajouter^,  il  y  a  apparence 
que  le  hadîts  ainsi  désigné  est  bon  ou  parfait  pour  le 
texte  (aussi  bien  que  pour  Tisnâd). 

L  expression  hadîts  bon  et  parfait  {^^^  i;^'*'^)  ®"^" 
ployée  par  Et-Termidsi  et  d'autres  auteurs  doit  s'en- 
tendre comme  il  suit  :  hadîts  rapporté  avec  deux 
isnâds,  l'un  conférant  la  bonté,  l'autre  la  perfection^. 

*  Cf.  sur  le  sens  de  y^,  inf,,  XIV'  branche.  —  Joijâni  ne  men- 
tionne que  cette  deuxième  catégorie  dans  sa  définition  du  (^«»^ 
(TaV.,92). 

^  Parmi  ces  auteurs,  I.  es-Çalâh  cite  Ei-Hakîm,  Ibn  HibbAn  et 
Ibn  Khozaîma  (Tad.,  52,1.  17]. 

^  C'est-à-dire  sans  mentionner  quelque  tare  du  texte  (Tad.,  59  , 
1.^7). 

*  Cette  explication  empruntée  par  Naw.  à  J.  es-Çalàh  (Sidisb., 
11 5)  n'est  pas  satisfaisante.  On  a  remarqué,  en  eflfet,  que  Term. 
emploie  l'expression  ^.^p  ^^***^  pour  des  hadîts  rapportèi  par  ane 
seule  voie.  Donc  il  n'est  pas  exact  que  Term.  désigne  de  la  sorte  des 
hadits  bons  avec  un  isnâd,  parfaits  avec  un  autre,  et  de  plus  la  dé- 
finition du  hadîts  bon  donnée  par  Term.  lui-même  est  encore  ici 
manifestement  contredite  (cf.  sup,,  498).  A  titre  d*exemple  on  die 


LE   TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  501 

Enfin  la  division  entre  les  hadîts  adoptée  par  El- 
Baghawi  dans  ses  Maçâbîh  ^  en  parfaits  et  60715  a  un 
sens  spécial;  ^av parfaits,  1  auteur  entend  :  rapportés 
dans  les  deux  Çahîh;  par  bons  :  rapportés  dans  les 
livres  de  Sonan.  Elle  est  erronée  dans  son  principe, 
car  les  livres  de  Sonan  contiennent  à  la  fois  des  hadîts 
parfaits,  des  bons,  des  faibles,  des  rejetables  (>î^). 

Remarcjue  I.  —  Lé  livre  de  Et-Termidsi  est  l'ou- 
vrage fondamental  pour  1  étude  des  hadîts  bons;  c  est 
cet  auteur  qui  a  rendu  célèbre  cette  classe  de  tradi- 
tions. Les  mentions  «  hadîls  bon  »  ou  «  hadîts  bon  et 
parfait  »  dont  il  accompagne  les  traditions  qu  il  cite 
ne  sont  pas  identiquement  rapportées  dans  tous  les 
exemplaires;  en  conséquence,  le  lecteur  prendra 
soin  de  coUationner  le  sien  sur  d  autres  dignes  de 

leliadîts  J^--#^jAJ  i\-5  ^LouS  ^^  UL*aJ  ^  !i>t ,  que  Term.  après  Tavoir 
rapporté ,  qualifie  en  ces  termes  :  »^^\  i*x^  ^^  ^i  ^yû  ^  ^.^p  {^^"'^^ 
(Term.,  I,  i42,  1.  26  et  suiv.).  —  Aussi  a-t-on  proposé  d'autres 
explications  :  Ibn  es-Çalâh  lui-même  estime  que,  peut-être  bien, 
Term.  emploie  le  mot  ç^***a.  dans  son  sens  courant  et  non  dans  son 
,sens  technique  (Salisb. ,  loc,  cit),  —  D'autre  part.  Ibn  Katsir  ( t  77/1) 
a  fait  du  ^.^?  {j**'-^  ^^^  classe  spéciale  de  liadîts  occupant  un  degré 
intermédiaire  entre  le  parfait  et  le  bon  (Tad,,  53,  1.  3o).  —  Enfin 
1.  Haj.  suppose  que  Term.  a  simplement  noté  sous  cette  forme  les 
divergences  qui  se  sont  produites  entre  traditionnisles  sur  l'appré- 
ciation de  tel  ou  tel  badits.  Bon  et  parfait  signifie  bon  suivant  les 
uns  (d'après  la  terminologie  courante,  et  non  d'après  la  propre  ter- 
minologie de  l'auteur),  par/aù  suivant  les  autres;  et  I.  Haj.  conclut 
que ,  pour  Term. ,  le  ^.^p  (j***^  sur  la  valeur  exacte  duquel  on  Lésite 
à  se  prononcer  est  inférieur  au  ^.^?  dont  on  affirme  nettement 
la  perfection  :  -yJl  ^^)è  ^^^^  iu3  J«Ji  U  yjji>  ^^P  {j*'"^  ^h^  J^  ^ 
ùùysJ\  ^^  iui  (£^\  (Nokb.,  17,  18). 

^  Cf.  sur  les Maçâbik  es-sonna  de  Baghawî,.3f.  St.,  II,  270. 


502  NOVEMBRE-DÉCEMBRS   1900. 

foi;  et  ii  pourra  tenir  pour  bien  établies  les  mentions 
sur  lesquelles  ces  divers  textes  concorderont. 

Citons  encore  comme  ouvrage  où  Ion  peut  trou- 
ver des  hadîts  de  cette  classe  les  Sonan  d'Abou  Da- 
woud  ^  On  rapporte  de  cet  auteur  qu'il  a  déclaré  y 
avoir  fait  mention  particulière  des  traditions  par- 
faites y  ou  assimilées  aux  parfaites,  ou  approchant  de 
la  perfection.  Il  indiquerait  aussi  de  façon  explicite 
les  vices  graves  dont  certaines  traditions  seraient 
atteintes;  et  quant  à  celles  qu'il  cite  sans  mention 
aucune,  il  les  tiendrait  pour  convenables  (^L»).  En 
conséquence  de  toute  tradition  rapportée  sans  spé- 
cification dans  son  ouvrage,  et  qui  n  est  ni  déclarée 
parfaite,  ni  déclarée /aitfe  par  quelque  autre  auteur, 
nous  dirons  quelle  est  bonne  [ç^yu*^)  dans  lopinion 
d'Abou  Dawoud^.  —  Quant  aux  livres  appelés  mos- 


^  I.  es-Çalàh  cite  également,  à  côté  des  Sonan  d'A.  Dawoud,  les 
Sonan  d*Ed-Daraqotni  (Tad.,  56,  1.  a  ). 

*  Cesi  dans  sa  Risâla  (cf.  M,  St. ,  U ,  ibS)  qu'A.  Dawoud  a  fait 
cette  déclaration  :  ju^  Lt^  ^;^-£-i!  ^^  Ht^i  ^^  ^^"^  ^  o^Si 
jtxx^  ^  ^!  l4*a*j5  ^U*  ^Xj,  ^,  il  Li^  *xjLo  os!>^  ^  (ïLKh,. 
III,  624).  Suivant  I.  es-Çdah  et  Naw.,  ce  seraient  les  hadîts  ^^m»^ 
qu*A.  Daw.  désigne  par  l'épithète  de  ^Lo  et  Ibn  Katsir  aurait 
rapporté  un  propos  d*A.  Daw.  lui-même  qui  établirait  la  synonymie 
des  deux  termes  (Tad.,  55,  1.  i4-i5).  —  Le  caractère  très  vague 
du  mot  ^lo  a  provoqué  d'autres  explications  des  terminologistes 
postérieurs.  Qastallani  fait  du  ^Lo  un  genre  inférieur  au  ç^m»^; 
puis  il  rapporte  les  éclaircissements  fournis  par  I.  Haj.  sur  ce  pas- 
sage d'A.  Daw.  :  le  terme  ^Uo,  dans  sa  généralité,  peut  comprendre 
à  la  fois  le  ^Uâ^^^  ^Lo  [convenable  à  Targumentation)  et  le  ^L« 
^LxaXJ  [convenable  à  ï examen).  Le  premier,  c'est  le  hacUts  (^«m^ 
dans  ses  deux  variétés  :  jal  jj  ^j**»^  et  *vjJL^  ^j»**^  (cf.  iHpra>  ^99 )« 
le  second,  c'est  le  hadîts /ai6/e  (uM^)  d&faiUes$9  remAdiahie, 


LE  TAQRtB  DE  ENNAWAWI.  503 

nad,  comme  ceux  de  Tlmam  Ahmed  b.  Hanbai, 
d'Abou  Dawoud  et-Tayâlisi  et  d'autres  auteurs,  on 
ne  saurait  les  assimiler  aux  cinq  basses  et  ouvrages 
analogues  aux  cinq  bases,  ni  pour  leur  valeur  à  four- 
nir argument,  ni  pour  la  confiance  qu'ils  méritent ^ 

pour  lequel,  avant  d'en  tirer  argument,  il  faudra  examiner  (^Ux^l; 
cf.  infr, ,  XV"  branche)  s'il  est  corroboré  par  une  autre  version  (Qast. , 
1 , 8 ,1.  28  etsuiv.). — Ibrahim  el-Biqâ'ï  (t  885  )  ,dans  sagloseàl'i^ja 
d'el-'Iraqi,  accommode  également  ce  passage  d'A.  Daw.  à  la  termino- 
logie postérieure  du  hadîts.  On  y  trouve  mentionnées,  explique-t-ii, 
cinq  classes  de  hadîts  :  l'intrinsèquement  parfait  (^jldl);  l'extrin- 
sèqiieinent  parfait  (j^4...A^>  L»);  V intrinsèquement  bon  [f^slUj^  U);  le 
faible  de  faiblesse  irrémédiable  (ûs,Os^  ^J^  iui  U);  enfin  le  conve- 
nable {^^)t  c'est-à-dire  convenable  à  Y  examen;  ce  dernier,  s'il  se 
trouve,  après  examen  (^Ux*I),  corrpboré  par  une  autre  version, 
cesse  d'être  faible  et  devient  v^^i^  ç^**"^  et  ^i^âk^OU  ^U»  (^.  Kh., 
m,  625].  Enfin,  suivant  Soyouti,  A.  Daw.  rangerait  dans  la  caté- 
gorie du  ^to,  à  côté  du  hadîts  bon,  le  hadîts  légèrement /ai6/«, 
conformément  à  cette  opinion  professée  aussi  par  son  maître  I, 
Hanbal  que  «  les  traditions  douteuses  valent  encore  mieux  que  les 
opinions  rationnelles  »  jLab.«J)  (^\^  ^  a.^1  if^-ah^l  e*  ,h\  -S  U^i  bjS 
(Tad.,  55,  1.  5  et  suiv.  Comp.  Salisb.,  116,  et  une  dédaration 
analogue  d'un  remanieur  des  Marâsil  d'Abou  Daw. ,  Ibn  Abi  Hatim 
(t327),  ap.  Tahds,  54'i).  —  Cette  interprétation  de  Soyouti  s'ac- 
corde assez  bien  :  i"*  avec  ce  fait  qu'A.  Daw.  dédare  ne  montrer 
expressément  la  faiblesse  que  des  hadîts  atteints  de  vices  graves  ; 
2°  avec  sa  conclusion  ^^fex^  ^^  jfS  Ifiiuu.  —  é^*  ^^^^  ^^  termi- 
nologie classique,  nest  plus  un  qualificatif  des  hadîts,  mais  bien 
des  râwis;  on  dit  de  ceux  dont  les  récits  doivent  être  soumis  à 
\ examen  ^Lx£^  ^^^  «âsh3^  ^L»  (cf.  infra  ]. 

^  Dans  les  Mosnad,  les  hadîts  sont  rangés  non  pas  en  chapitres 
suivant  les  matières  (<^\yi^\  Jlc)  ,  niais  d'après  les  autorités  dont  ils 
proviennent  (cf. ,  sur  la  diflférence  entre  mosnad  et  moçannaf.  M,  St,, 
II,  chap.  VII,  S  5  et  6;  pour  la  littérature  des  Mosnad,  H.  Kh.,  V, 
532-543).  On  en  a  particulièrement  distingué  dix  et  on  a  parlé  des 
«dix  mosnad»  (H.  Kh.,  I,  149)  sans  doute  par  analogie  avec  les 
«dix  moçannaf»  (3f.  St,,  II,  chap.  vn,  S  i4).  —  A,  Daw,  et-Tayâ- 


504  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   1900. 

Remarque  IL  —  Supposons  qu  une  tradition  pro 
vienne  d'un  râwi  connu  pour  sa  sincérité,  sa  retenue  ^ 
mais  de  second  ordre  pour  la  fidélité  de  la  mémoire 
et  la  sûreté  d'information ,  qu  elle  soit  de  plus  rap- 
portée par  une  autre  voie.  Corroborée  par  cette 
deuxième  version,  elle  s'élèvera  du  degré  de  la  bonté 
à  celui  de  la  perfection  ^^, 

Remarque  III .  —  Soit  un  hadîts  rapporté  en  plu- 
sieurs versions  par  plusieurs  voies  toutes  faibles. 
Cette  multiplicité  des  provenances  ne  lui  confère 
pas  nécessairement  le  caractère  de  bon.  Il  faut  dis- 

lisi  (t  2o4)f  quil  ne  faut  pas  confondre  avec  A.  Daw.  es-Sijastânî , 
l'auteur  des  Sonan ,  a  donne  son  nom  a  un  des  mosnad  les  plus  an- 
ciens meis  qui  ne  semble  cependant  pas  son  œuvre  (H.  Kh.,  V,  533). 
—  Sur  le  mosnad  d'I.  Hanbal,  cf.  Goldziher,  Z,  LitL  d.  Veberlief, 
[Z.D,M.  G,,  L.).  —  Par  ouvrages  analogues  aux  cinq  bases,  il  faut 
entendre  ceux  disposés  en  chapitres,  comme  celui  d'I.  Maja,  par 
exemple.  La  raison  de  Tinfériorité  des  mosnad,  c'est  que,  remarque 
I.  es-Çalâh ,  leurs  auteurs  donnent  tous  les  hadîts  à  eux  connus  pro- 
venant de  tel  ou  td  compagnon ,  sans  considérer  leur  vdeur.  Les 
auteurs  de  moçannaf,  au  contraire ,  ne  donnent  sur  chaque  point  de 
droit  que  les  traditions  les  meilleures,  les  plus  propres  à  fournir 
argument  (Tad.,  56, 1.  i3  et  suiv.). 

^  yuJ)^  y3«XAâJU  ^^,ife>^.  —  On  trouve  déjà  les  mots  ^ù^^  et  yc^w 
accouplés  chez  Moslim  (Naw.,  I,  70, 1.  5).  —  Le  motyuv  est  rem- 
placé chez  I.  es-Çalâh  par  le  synonyme  fcL^o  (ïad.,  57, 1.  a8).  — 
Le  sens  exact  du  mot  semble  «  éloignement  du  mal ,  conduite  ver- 
tueuse due  à  la  faveur  divine»  (comp.  DozY,  hayân,  II,  p.  21). 

^  Le  hadîts  reçoit  alors  le  nom  de  fytSji  ,^**»a^  extrinMèqnement 
parfait ,  par  opposition  à  Vinti'insèqnement  parfait  (cf.  supra), Le  hadits 
parfait  comporte  ainsi  une  division  bipartite,  symétrique  de  celle 
du  hadîts  bon  (Baîq.,  25;  Nokh.,  12;  Dict.,  817;  Salisb.,  109):  il 
semble  qu'on  principe  la  pluralité  des  voies  (i>Joi5)  peut  avoir  pour 
effet  de  faire  monter  les  hadîts  d'un  degré. 


LE   TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  505 

tiijguer  :  1°  au  cas  où  la  faiblesse  dune  des  versions 
a  pour  cause  le  manque  de  mémoire  d  un  râwi  par 
ailleurs  véridique  et  de  bonne  foi,  lexistence  dune 
seconde  voie  fait  disparaître  cette  faiblesse  et  le  hadîts 
devient  bon  *  ;  il  en  serait  de  même  si  elle  avait  pour 
cause  le  caractère  relâché  [JJ^)^  de  cette  version; 
2°  mais  si  elle  a  son  principe  dans  fimpiété  du 
ravvi,  aucune  confirmation  ne  peut  y  porter  remède. 

Troisième  branche.  —  Elle  est  relative  au  hadîts 
faible  [Uujuà), 

C'est  celui  qui  ne  réunit  ni  les  caractères  du  hadîts 
parfait  y  ni  ceux  du  hadîts  bon^.  De  même  quil  y  a 
plusieurs  degrés  dans  la  perfection,  il  y  a  plusieurs 

'  Il  devient  « exlrinsèquement  bon»  «^-Jb  ^^*^^.  Tout  ce  passage 
n'est  que  le  développement  des  conditions  impliquées  daus  la  défi- 
nition même  du  »v-Jo  {j^^  (cf«  supra,  499). 

-  Cf.,  sur  le  Juwy«,  infra. 

^  Il  aurait  sulFi,  remarque  Soyouti  (Tad.,  69,  1.  /i),  de  dire  du 
liadits  faible  :  «C'est  celui  qui  ne  réunit  point  les  conditions  de  la 
tfonté»,  cette  définition  impliquant  qu*a  priori  un  tel  hadits  ne 
réunissait  pas  celles  de  la  perfection.  Les  définitions  de  Qaslallani 
(I,  8,  1.  33)  et  de  Jorjâni  (Ta'r.,  i43)  sont  dans  ce  sens.  — I. 
es-Çalah  range  les  différentes  causes  de  faiblesse  des  hadîts  sous  six 
«grandes  divisions  correspondant  aux  six  conditions  requises  pour 
la  perfection  ou  la  bonté,  savoir  :  la  liaison  del'isnftd,  la  probité 
des  râwis,  leur  sûreté  d'information,  la  confirmation  du  hadits  par 
une  aulre  voie,  lorsque  son  isnâd  contient  un  râwi  caché  (cf.  supra) , 
l'absence  de  tare,  l'absence  d'anomalie.  Le  manque  de  l'une  quel- 
conque de  ces  conditions  rend  le  hadits  faible  (Tad.,  59,  1.  7). 
Partant  de  cette  division  d'I.  cs-Çalâh ,  certains  traditionnistes  amou- 
reux de  subtilité  se  sont  amusés  à  établir  le  nombre  de  variétés  de 
hadits  faible  théoriquement  possibles.  Dans  ce  calcul,  ils  ont  tenu 
compte  de  ce  que  :  i**  dans  un  même  hadîts  une  seule  condition 
peut  manquer,  ou  plusieurs,  ou  même  toutes;  a"  de  ce  que  certains 


506  NOYEMBRE-DÉÇEMBRE   1900. 

degrés  dans  la  faiblesse^.  Des  divers  genres  de  hadits 
faibles  ^,  quelques-uns  ont  reçu  des  dénominations 
particulières,  tels,  par  exemple,  le  hadfts  supposé' 
[pyiôy),  le  hadils  anormal  (^lâ),  etc. 

Quatrième  branchb.  —  EUe  est  rdative  au  hadHs 

appuyé  [iyjJLs). 

El-Khatib  el-Baghdâdi  a  dit  :  Les  traditionnistes 
désignent  par  ce  nom  tout  hadîts  dont  Tisnâd  est 

vices,  défaut  de  liaison,  improbité  des  râwis,  peavent  exister  à  un 
ou  plusieurs  degrés  de  Tisnâd.  Ils  sont  arrivés  ainsi  A  un  total  très 
élevé  (cf.  Baîq.,  39  et  suiv.).  D'autres  auteurs  ont,  il  est  vrai,  jus- 
tement fait  ressortir  l'inutilité  et  la  puérflité  de  ces  combinaisons 
arithmétiques  [Tad. ,  69,  1.  i4).  —  I.  Haj,  fidèle  à  sa  large  divi- 
sion du  hadîts  en  acceptable  (J^JU)  et  iiweeeptable  (ô^yjt),  ne 
parie  pas  du  uU«^  t  Toaais  bien  du  J^*)  vt ,  et  il  distingae  deux  causes 
essentielles  d* inacceptabilité ,  qui  renferment  en  somme  les  six  causes 
de  faiblesse  énumérées  par  I.  es-ÇalAh  :  le  manque  des  qualités 
requises  chez  les  râwis  (^^jikil),  f  interruption  de  Tisnâd  (U^JI) 
(Nokh.,  96).  —  Jorjâni  est  dans  le  même  sen§  (Ta*r.,  1^3). 

^  Le  principe  admis  est  que  la  faiblesse  des  hadits  est  d'autant 
plus  forte  qu'il  leur  manque  davantage  des  conditions  essentî^es 
de  la  perfection  (Salisb.,  116).  On  s'accorde  généralement  A  recon- 
naître que  le  pire  des  hadits  faiUes  est  le  hadîts  supposé  (^jdj»j.#)  ; 
mais  il  y  a  divergence  entre  les  auteurs  sur  la  dassificatioa  des 
autres  variétés  de  hadîts /ai6Ze  (cf.  le  détail  ap,  Tad.,  107,  L  19  et 
suiv.).  —  De  même  qu'on  a  discuté  sur  Tisnâd  le  plus  parfait,  on 
a  voulu  déterminer  l'isnâd  le  plus  faible,  soit  generalker,  soit  pevr 
les  traditions  rapportées  de  td  compagnon  ou  dana  td  pays  :  on 
isnâd  a  été  qualifié  de  i^jXi\  iU«JLw  «chaîne  de  mensonge»;  c'est 
la  contre-partie ,  avec  une  allitération  qui  la  met  mieux  en  vdief ,  de 
la  v^jJ!  iULJU  (Tad.,  69  et  60). 

'  Qastal.,  à  côté  du  UuxjA  {faible)^  cite  le  UbLoM  (inrrmé); 
c  est  le  hadîts  sur  la  faiblesse  duquel  ou  n'est  pas  d'accord.  Il  a 
plus  de  valeur  que  le  JLau^  (Qast.,  I,  8,  1.  Sa). 


LE  TAQRtB  DE  EN-NAWAWL  507 

lié  {J*au)  dune  extrémité  à  lautre^  Mais,  dans  son 
emploi  le  plus  fréquent,  le  terme  appuyé  a  un  sens 
plus  étroit;  il  s  applique  exclusivement  à  ce  qui  est 
rapporté  lié  (JuâX«)  du  Prophète.  En  ce  sens,  Ibn 
^Abd  el-Barr  a  dit  :  C'est  exclusivement  le  hadits 
rapporté  du  Prophète,  lié  (JuâX«)  ou  interrompu 
(^jLiijuo) ,  peu  importe  2.  D  après  Ël-Hâkim  et  d'autres 
auteurs,  ce  terme  ne  serait  employé  que  pour  le  ha- 
dîls  à  la  fois  remontant  au  Prophète  (^y^)  et  Ué 

Cinquième  liKANCiiE.  —  Elle  est  relative  au  hadîts 

lié  {Jy^yA  OU  JuAiu)  *. 

'  Cette  déiinition  d'El-Khatîb ,  dans  sa  Kifàya  (Tad.,  60,  Lis), 
fait  de  oJL»,«w«  le  synonyme  de  Jlaox-»  .  On  la  retrouve  dans  les  Wa- 
laifât  (1^4 -lio)  et  le  Dict,  of  tech,  terms  l'enregistre  comme  il 
suit  :  ^r-^J!cJL  JU  J03  J-oxiJ  ci^y  (Jjuai3)  (I,  646 .  1.  32). 

'  Cette  définition  d'I.  *Abd-el-Barr  (t  463)  dans  son  Tamhid 
(  consacré  au  classement  et  à  la  liaison  des  hadits  du  Mowalla  :  cf. 
II.  Kh.,  Yi,  265)  fait  de  j^JUmm*  le  synonyme  de  £>^y**  et  le  Dict, 
of  tech,  ternis  dit  à  ce  propos  :  ^I  a;  JU^  f  >M'  f^^y*  («xâ^I^) 
^1  .x^  (I,  646,1.  22). 

^  La  liaison  de  Tisnàd  peut  au  reste  n'être  qu'apparente  ft*^lU 
jUo:;^!  ;  le  hadits  n'en  est  pas  moins  «xjUm»  (Baîq.,  36, 1.  4;  Dict. 
646, 1.  5).  Zorqani  caractérise  très  hien  liai  position  respective  des 
partisans  des  trois  opinions  :  les  premiers  ne  considèrent  dans  le 
hadits  que  Visnâd  sans  le  texte;  les  deuxièmes,  que  le  texte  sans 
Visnâd;  les  troisièmes  considèrent  à  la  fois  le  texte  et  Visnâd  [ap, 
Baïq.,  36,  1.  2  et  suiv.).  Jorjâni  confond  dans  sa  définition  la  deu- 
xième opinion  et  la  troisième;  la  première  partie  de  sa  définition 
^i  J^^^  Ji  »ùIxm\  J«A3i  (£JJ\  yé,  est  conformée  Topinion  d'El- 
Hâkim  ;  la  deuxième  partie  UIULJU5  ^Lo^u  {^^  0^  «xjum^  est  con- 
forme à  l'opinion  d'I.  *Abd-el-Barr  (Ta*r.,  2  25). 

^  On  dit  également  Jua3/«  (Baiq.,  36, 1.  26;  Risch.,  21). 


508  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

C'est  celui  dont  Tisnâd  est  lié  sans  interruption 
aucune ,  peu  importe  par  ailleurs ,  que  ce  hadits  soit 
remontant  au  Prophète  {^^^^)  ou  arrêté  à  tel  ou  tel 
individu  (c3^y»)  ^ 

Sixième  branche.  —  Elle  est  relative  à  Tétude  du 
hadîts  remontant  {^y^)' 

Ce  terme  désigne  exclusivement  les  traditions 
émanant  du  Prophète,  qu elles  soient  liées ( Juâi*)  ou 
interrompues  [^âxa)  ^.  Employé  generaliter,  il  ne  sau- 


^  U^(^  ci^  ^ih^  3'  U^  ^>^y**  '^  1^  y  ^  P^^  ^^  difliculté  pour 
le  hadîts  cJyJ^  proprement  dit,  c.-à-d.  relatif  à  un  propos  de 
compagnon.  Mais  peut-on  dire  d'un  hadits  relatif  à  un  propos  de 
suivant  ((^b  Joi  O^^^]  qu'il  est  Jj^oXa,  lorsque  son  isnàd  n  offre 
aucune  interruption  ?  H  y  a  controverse  :  Naw.  se  prononce  ici  net- 
tement pour  Taffirmative.  Mais  I.  es-Çalàh ,  chez  qui  les  mots  Jla 
ylS'^j^  ne  figurent  pas,  semble  en  outre  par  les  exemples  qu'il 
donne,  restreindre  lempioi  du  qualificatif  Jj^oxa  au  ^>iy«  et  au 
çyl^p  Jbft  C>^y  (Tad.,  60,  1.  28  et  suiv.).  D'après  Soyouti,  ce  se- 
rait une  raison  de  pure  finesse  lexicographique  qui  conduirait  cer- 
tains auteurs  à  refuser  au  «^b  Joi  O^y  le  nom  de  Jao&a,  lorsque 
son  isnàd  est  ininterrompu  :  comme  on  le  verra  plus  loin  le  hadîts 
relatif  au  propos  d'un  suivant  (j^b  Joi  cj>yy«)  est  plus  souvent 
désigné  sous  le  nom  spécial  de  f>taJU  (coupé);  et  il  aurait  paru 
choquant  d'appliquer  à  une  même  traditibn  les  épithètes  de  f  ^laikA 
et  de  JjkoXA  qui ,  dans  la  langue  courante  sont  contradictoires.  La 
définition  de  J.  Haj. ,  et  de  *Izz  ed-din  Abou  *Abd  allah  est  beaucoup 
plus  explicite  :  est  Jlaox^  tout  ce  dont  Tisnâd  ne  présente  aucune 
interruption  en  ce  que  cliaque  râwi  a  recueilli  le  hadits  de  celui 
dont  il  so  rapporte  (Nokh.,  12;  Risch.,  8). 

*^  J.  lîaj.  (iNokh. ,  4i)  distingue  suivant  que  le  hadits  remontant 
relate  un  acte  (J«*i),  une  parole  (J>5)  ou  une  approbation  tacite 
(pï^)  du  Prophète  (comp.  Hughes,  Dict,  of  IsL,  639;  Salisb., 
86).  Il  sous-distingue  ensuite,  suivant  que  le  hadits  exprime  expli- 
citement cet  acte,  cette  parole,  celte  approbation  (^-*ajjl^)  ou  l'im- 


LE  TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  509 

rait  avoir  d'autre  application  ^  On  a  défini  d'autre 
part  le  ha  dits  remontant  «  le  récit  fait  par  un  com- 
plique simplemenl  (*^b)  et  pose  ainsi  une  sextuple  division  du 
hadîls  remontant  :  1°  Sera  explicitement  remontant  relatif  à  une  pa- 
role (  UçjAAj'  J>iJl  fj^  t^y^)  ^®  hadîts  où  un  compagnon  dira  :  «  J'ai 
entendu  le  Prophète  dire,  etc.»;  2°  Sera  explicitement  remontant  re- 
latij  à  un  acte  (Uç^aûj  JouLlI  ^^  ^>*r*)  ^®  hadîts  où  un  compagnon 
dira  :  «  J'ai  vu  le  Prophète  faire ,  etc.  »  ;  3°  Sera  explicitement  remon- 
tant relatif  à  une  approbation  tacite,  ( Uçyoj  ^-Ldl  ^^  t^r*)  ^^ 
hadîts  où  un  compagnon  dira  :  «Je  fis,  ou  Ton  fit  telle  chose  devant, 
le  Prophète  sans  qu'il  y  trouvât  à  redire.  »  ;  4"  Sera  implicitement  re- 
montant relatif  à  une  parole  (UJI».  4j-*Jl  ^  f>^T*)  ^®  hadîts  où  un 
compagnon  rapporte  sans  nommer  son  auteur,  quelque  enseignement 
qui  ne  peut  provenir  que  du  Prophète;  tels  sont  les  récits  sur  les 
anciens  prophètes,  le  commencement  du  monde,  le  jour  du  juge- 
ment, etc.,  bref  tout  ce  que  l'on  désigne  d'ordinaire  sous  le  nom 
de  caL^JL*  (choses  cachées).  Comme  les  efforts  personnels  de  raison- 
nement sont  impuissants  aies  faire  découvrir  [nui  ô\,^XAyK3  jLçs  il), 
il  faut  admettre  que  le  compagnon  les  tient  de  quelqu'un,  à  savoir 
(lu  Prophète  qui  est  l'informateur  habituel  des  compagnons.  Il  con- 
vient de  faire  exception  relativement  aux  compagnons  qui  sont  bien 
ronnus  pour  avoir  reçu  des  docteurs  juifs  communication  de  légendes 
bibliques  (c»LJLjIj*mI);  5°  Sera  implicitement  remontant  relatif  à  un 
acte  (U^  J.jLiJI  ^J*  ^>*t*)  ^®  hadîts  où  il  est  rapporté  qu'un  com- 
pagnon fit  tel  ou  tel  acte,  lorsque  cet  acte  n'est  point  de  ceux  dont 
des  efforts  personnels  de  raisonnement  peuvent  établir  la  légitimité  ; 
il  est  naturel  d'admettre  alors  que  le  compagnon  a  agi  en  confor- 
mité des  enseignements  du  Prophète;  6"  Sera  implicitement  remontant 
relatif  à  une  approbation  tacite  [^^^  7^7*^^  iû*  t^y*^  ^®  hadîts 
on,  par  exemple,  un  compagnon  rapporte  que  les  musulmans  fai- 
saient telle  ou  telle  chose  à  l'époque  du  prophète;  les  musulmans 
interrogeaient  scrupuleusement  Mohammed  sur  tous  les  actes  de  la 
vie  civile  et  religieuse;  le  fait  qu'ils  persévérèrent  dans  telle  ou  telle 
pratique  implique  que  le  Prophète  garda  à  l'égard  de  cette  pratique 
un  silence approbalif(Nokh.,  4i, /i2;comp.  Salisb.,89;  Dict.,  573). 
^  Quelquefois  on  emploie  ^^y  pour  désigner  un  hadîts  relatif 
à  un  autre  personnage  que  le  Prophète,  mais  alors  on  spécifie  le 
nom  de  ce  personnage  sous  la  forme  jjjiU  Jî  ^y»y^ . 

xvi.  33 


mritiMKUB  *i 


510  NOVEMBRE-DKCEMBRE   1900. 

pagnon  de  quelque  acte  ou  de  quelque  propos  du 
Prophète  ^  ». 

Septième  branche.  —  Elle  est  relative  à  f  étude  du 
hadîts  arrêté  [Oyiy). 

C'est  celui  qui  a  pour  objet  une  parole,  un  acte, 
ou  quelque  autre  chose  émanant  dun  compagnon.  Ce 
hadîts  peut  indifféremment  être  lié  (  Jaôx*)  ou  inter- 
rompu (jJoiiJui).  Parfois,  on  emploie  ce  terme  pour 
désigner  le  hadîts  relatif  k  un  fait  qui  émane  d'un 
autre  individu  qu'un  compagnon.  Mais  alors  on  spé- 
cifie le  nom  de  cet  individu  et  Ion  dît  par  exemple  : 
Un  tel  rapporte  tel  hadîts  comme  arr^^t^  h  Ëz-Zohri 
(c^y  Jifi  ^jPU  Aij>).  Les  jurisconsultes  du  Khorâ- 
sàn^  désignent  le  hadits  arrêté  (ôyi^)  sous  le  nom 
de  trace  [jA)  et  le  hadîts  remontant  {^^y^)  sous  le 
nom  de  récit  [j  »  -^  ).  Mais  les  traditionnistes  appli- 
quent aux  deux  indistinctement  le  terme  trace  {j2\)  ^. 


'  Comp.  TaV.  ,22^.  Avec  cette  définition ,  le  Ju.^  c-à^d.  ie  liadits 
rapporté  du  Prophète  par  un  individu  postérieur  aui  compagnoiu 
(cf.  ifi^iYi,  p.  5i/j)  ne  saurait  jamais  être  f>iy««  Mais  il  paraîtrait 
qu'El-Kiiatib  qui  pro|)08e  cette  définition ,  n  en  aurait  point  prévu 
cette  conséquence.  11  aurait  simplement  pris  en  considération  le  cas 
le  plus  fn'^quent,  savoir  celui  où  le  personnage  qui  ra{^porte  un  fait 
ou  un  acte  du  Prophète  est  un  compagHon  ;  mais  les  mots  t  le  récit 
fait  par  un  compagnon  »  n'auraient  nullement  eu  a  ses  yeux  ane 
portée  limitative  (Tad.,  61, 1.  7.). 

*  On  désigne  sous  le  nom  de  «jurisconsultes  du  Khoràsan»  une 
branche  de  Técole  chafe*îte  qui  reconnaît  pour  chef  Abou  Hamtd 
al  Isfarâïni  par  opposition  à  Técole  de  llraq  qui  recounatt  pour 
chefQaflFàlEl.Marwaii.^ 

■^  Pour  remploi  de  ^*t  dans  le  sens  de  ^dits  Ù^J^ ,  voir  Nokk, , 


LE  TAQRIB  DE   EN-NAWAWI,  511 

Remarque  P.  —  Le  hadîts  où  un  compagnon  rap- 
porte :  «  Nous  faisions  ou  disions  telle  chose  » ,  sans 
spécifier  que  c'était  au  temps  du  Prophète,  est  arrêté. 
S'il  le  spécifie,  ce  hadîts  d'après  l'opinion  juste,  est 
remontant.  Telle  est  la  vérité  ;  cependant  Tîmâm  El- 
Isma'^ili^  a  dit  que  même  dans  ce  second  cas  le  ha- 
dîts est  arrêté.  De  même  sera  remontant  tout  hadîts 
ainsi  conçu  :  «  Nous  ne  voyions  pas  de  mal  à  faire 
telle  chose  du  vivant  du  Prophète  »  ou  «  ts^ndis  qu'il 
était  parnii  nous  » ,  ou  «  au  milieu  de  nous  »,  ou  bien 
«les  musulmans  disaient,  faisaient  telle  chose,  ne 
trouvaient  pas  d'inconvénient  à  faire  telle  chose,  du 
vivant  du  Prophète».  Par  exemple,  est  hadîts  re- 
montant ce  propos  de  Moghaïra  b.  Cho^ba  :  «  Les  com- 


'i8,  J.  8;  H.  Kh.,  II,  535,  ^Li^^\  ^Làill^  cnU^^i  .A^^U.i)l; 
(Ihazzali,  Iliya,  i5,  ibL^I  ^Lsl.  —  Pour  l'emploi  de  *àl  dans  le 
sens  général  de  tradition ,  voir  Mosl. ,  ap,  Naw. ,  1 ,  84  »  1.  i . 

'  I^es  trois  «Remarques»  qui  suivent  sont  consacrées  à  discerner 
pour  quelques  cas  assez  délicats  le  caractère  véritable  de  hadîts  re- 
nwntanis,  qu'à  première  vue  on  pourrait  croire  arrêtés,  La  question 
u  un  intérêt  juridique  en  ce  que,  d'après  l'opinion  la  plus  accrc- 
(liléo,  ic  hadits  arrêté  ne  peut  valablement  fournir  apgun^ent*  La 
praticjue  ou  ia  parole  isolée  d'un  ou  de  plusieurs  compagnons  ne 
saurait  avoir  force  législative.  Toute&is,  au  cas  où,  de  circonstances 
particulières ,  il  paraîtrait  ressortir  que  les  compagnons  s'accordaient 
tous  sur  l'enseignement  contenu  dans  un  j^adîts  arrêté,  la  loi  serait 
fondée  non  pas  précisément  par  le  hadîts  lui-même  en  tant  que 
Sonna,  mais  par  ïljmâ^  qu'il  constate  (cf.  Naw.  ,1,45;  Wftraq. ,  1 4o). 
—  Ghazzali  a  fait  du  Oyi^  (y^^^)  }^^^  source  distincte  de  1«  loi, 
mais  accessoire  en  ce  que  sa  valeur  consiste  a  monlrer  quelle  a  été 
\si  Sonna  du  Prophète  iîLjl  J-a  J^  ^U  (cf.  Goldz,,  Zahir,,  i83) 

^  Abou  Bakr  Ahmed  b.  Ël-isn)a'ïli  »  un  des  principaux  docteurs 
de  récole  chafe*ite  du  Khorâsân,  mourut  en  871. 

o3» 


512  NOVEMBRE-DECEMBRE    1900. 

peignons  de  1  envoyé  de  Dieu  frappaient  à  sa  porte 
du  bout  des  ongles  ^  ». 

Reniar(]ae  IL  —  Tout  propos  d'un  compagnon 
ainsi  conçu  :  «  Telle  chose  nous  fut  ordonnée,  nous 
fut  défendue  »  ou  '<  telle  pratique  est  de  la  Sonna  », 
ou,  par  exemple  :  «  Bilâl  reçut  Tordre  de  répéter 
lappel  à  la  prière  un  nombre  de  fois  pair^»,  etc., 
est  remontant  d'après  lopinion  juste  adoptée  par  la 
majorité.  Mais  suivant  certains  auteurs  de  semblables 
hadîts  ne  sont  pas  remontants^.  Dans  Tespèce,  on  ne 
distingue  pas  le  cas  où  un  compagnon  a  dit  «  du 
vivant  du  Prophète  »,  de  celui  où  il  a  dit  «  après  sa 
mort  ». 

Remarifiie  IIL  —  H  y  *i  des  hadîts  où  le  nom  du 
compagnon  qui  les  a  transmis  est  accompagné  d  une 

'  Ce  liadits  serait  cité  au  Kitâb  el  Adab  de  Bokhari ,  et  au  Mod- 
Util  d'El  Baïhaqi  (Tad.,  62,  1.  11).  —  Les  hadits  analogues  sont 
L^  T^îj^J  ^^  t^f*  (^^*  supra,  p.  609 ). 

-'  ^\  ^J\i:i\  ^Jus^,  yl  JiA^  y.î,  Bokh..  yliill.  n"  2. 

^  TjC  hadîts  conçu  sons  la  forme  «  telle  pratique  est  do  la  Sonna  » 
j)eul  faire  allusion,  a-t-on  dit,  à  une  autre  Sonna  qu'à  celle  du  Pro- 
phète, celle  des  deux  Omar  (Ahou  Bakr  et  Omar)  par  exemple. 
On  a  répondu  que  le  mot  Sonna,  employé  generaliter  par  les  com- 
paynons  ne  désignait  pas  pour  eux  d'autre»  Sonna  que  celle  <lu 
Prophète;  une  déclaration  expresse  du  savant  Sàlim  est  en  ce 
sons  [ap.  Bokh.,  "^1,  n**  89. —  Comp.  MuiR,  TÂfe  of  Mohanuned, 
I ,  XXXIII,  note).  On  a  dit  également  qur  les  mots  «il  fut  ordonné, 
il  fut  défendu»  pouvaient  faire  allusion  à  un  ordre,  une  défense 
émanant  d'une  autre  autorité  que  le  Prophète  :  le  Coran,  YljnuV, 
par  exemple,  ou  quelque  kalife.  On  a  répondu  quen  principe  on 
devait  raj)porter  un  ordre  à  celui  qui  a  le  droit  de  commander, 
en  respèce,  au  Proplièle,  maître  des  compatjiions  (Nokb.,  43,  44). 


LE   TAQrIb  de   EN-NAWAWÎ.  513 

des  mentions  «  qui  le  fait  remonter,  qui  le  rapporte, 
qui  le  fait  parvenir  (au  Prophète)»,  ou  encore 
«  comme  tradition  (provenant  du  Prophète)  »  (ajô^ 
ibt^j^t  aj  Ao^t  Ax^^t),  citons  comme  exemple  le 
récit  qu  El- AVaj  a  rapporté  d'AbouHoraïra:  «  comme 
tradition  du  Prophète  »:  «  vous  combattrez  un  peuple 
aux  yeux  petits^  ».  Tous  ces  hadîts  sont  remontants 
dans  Topinion  des  savants.  Lorsque  c'est  au  nom 
d'un  suivant  qu  est  adjointe  la  mention  «  qui  le  fait 
remonter  »,  le  hadîts  est  à  la  fois  remontant  et  relâché 
(Juw^  9-y*^)'  Suivant  certains,  rinterprétalion  dun 
verset  coranique  donnée  par  un  compagnon  constitije 
un  hadîts  remontant.  Mais  ceci  n'est  exact  que  pour 
les  interprétations  relatives  aux  circonstances  de  la 
révélation  ou  à  d'autres  choses  analogues;  les  autres 
constituent  des  hadîts  arrêtés^, 

HurriÈME  BRANCHE.  —  Elle  est  relative  au  hadîts 

coupé  (ç;^laJu  pi.  jIôLii*  et  ^xxlôliu). 

n"  95. 

-  Toutes  les  interprétations  relatives  aux  circonstances  où  furent 
révélés  des  versets  du  Coran  [Jyy^^  c->La«i)  ne  constituent  pas  uni- 
formément des  hadîts  remontants,  (cf.  pour  les  distinctions  qu'ont 
faites  à  ce  sujet  certains  auteurs,  lt(jan,  70,  71).  Néanmoins 
d'une  façon  générale  tout  JyyJ\  v-î-***  est  nécessairement  relatif 
au  Prophète  et,  comme  tel,  hadîts  ^>^y**  —  Seront  également 
hadîls  remontants  les  interprétations  coraniques  fournies  par  des 
compagnons  sur  des  points  où  le  raisonnement  individuel  (<^TwJI) 
ne  saurait  rien  faire  découvrir;  il  faut  admettre  alors  que  l'instruc- 
teur des  compagnons  a  été,  sur  ces  points,  le  Prophète  lui-même 
(Tad.,  6/j,  1.  29,  3o). 


514  NOVEMBRE-DECEMBRE   1900. 

C  est  le  hadits  arrêté  à  un  suivant  (^U)!  Jl»  ^^^) 
c'est-à-dire  relatif  à  quelque  acte  ou  à  quelque  parole 
de  ce  suivant»  —  El-Chafe*ï  et  après  lui  Et-Tabarani 
ont  parfois  employé  ce  terme  comme  synonyme  d'in- 
terrompu  (^jikuiJut)  ^ 

Neuvième  branche.  —  Elle  est  relative  au  hadtts 
relâché  (Jum^)^. 

IjCs  docteurs  des  diverses  sciences  s'accordent  à 
nommer  relâclià  le  hadîts  où  un  des  suivants  âgés 
s  exprime  ainsi  :  «  L'envoyé  de  Dieu  fit,  dit  telle 
chose.  »  Quant  au  hadîts  dont  Tisnâd  présente 
([uelque  lacune  dans  les  chaînons  inférieurs  au  sui- 
vant, El-Hâkim  et  d'autres  auteurs  lui  refusent  le 
nom  de  relâché.  Cette  désignation  ne  s'appliquerait 
qu'au  hadîts  rapporté  du  Prophète  par  un  suivant; 
celui  dont  Yisnâd  présente  dans  les  chaînons  infé- 
rieurs au  suivant  une  seule  lacune  est  interrompu 
(^bi,u)  ;  celui  qui  en  présente  plusieurs  est  inextri- 
cable  (  Juàjw).  Mais  l'opinion  la  plus  répandue  parmi 
les  jurisconsultes  et  les  oçouli,  c'est  que  toutes  ces 
variétés  de  traditions  sont  relâchées  (  Juy#).  El-Khatîb 
s'est  formellement  exprimé  en  ce  sens.  —  C'est  là , 
au  reste,  une  simple  controverse  de  terminologie  et 
d'expression.  —  Que  faut-il  penser  des  hadits  rap- 
portés par  Ez-Zohri  ou  quelque  autre  des  jeunes  sui- 
vants, sous  la  forme  «  l'envoyé  de  Dieu  a  dit»  ?  — 

^  Cf.  snpra.  Préface,  3 a 8. 

^  Au  plur.  S*t\y  ou  J^^^tyi.  —  A.  Daw.  a  composé  un  recueil 
spécial  de  hadîts  relâchrs  J^^lUi  v'^^  (H.  Kh. ,  V»  iAq)* 


LE  TAQRIB  DE  EN-NAWAWI.  515 

Dans  lopinion  la  plus  répandue  parmi  ceux  qui 
limitent  l'emploi  du  présent  terme  aux  récits  des 
suivants,  ces  hadits  sont  relâchés,  aussi  bien  que  ceux 
rapportés  par  les  suivants  âgés.  Mais  dans  une  autre 
opinion ,  on  leur  refuse  le  nom  de  relâchés  et  on  les 
tient  pour  interrompus  ^  —  Le  hadîts  dont  l'isnâd  est 

'  En  somme ,  le  présent  passage  expose  trois  opinions  différentes 
sur  le  ô^y  :  (a.  D'après  la  majorité  des  traditionnistes ,  le  J^y  est 
le  liadîts  qu'un  suivant  jeune  ou  âgé  rapporte  [du  Prophète ,  lans 
citer  d'intermédiaire  (comp,  Nokh.,  27  ;  Qast.,  1,9,!.  1 7;  Dict.,  585, 
1.  2  5  et  suiv.;  Jorj.  dans  TaV.,  321  et  ap,  Salisb.,  120).  Lorsque 
le  «ui(;ant compte  parmi  les  suivants  âgés,  il  y  a  apparence  que  les 
intermédiaires  disparus  appartenaient  à  la  classe  descompagnons.  Par 
contre,  lorsqu'il  compte  parmi  les  suivcaits  jeunes ,  il  y  a  apparence 
que,  parmi  ces  intermédiaires,  il  se  trouvait  un  ou  plusieurs  *ni- 
vants  :  en  effet,  la  plupart  des  compagnons  étaient  morts  lorsque  les 
suivants  jeunes  furent  en  âge  de  rapporter  des  traditions ,  et  ces 
derniers  n  ont  guère  recueilli  de  hadîts  que  de  suivants  âgés  (  Dict. , 
586,  1.  3);  (6.  Cette  considération  a  porté  les  partisans  d'une  deu- 
xième opinion  à  nommer  çJ^xSuê  les  hadîts  rapportés  directement 
du  Prophète  par  les  suivants  jeunes ,  et  à  réserver  le  nom  de  J^y 
aux  hadîts  rapportés  ainsi  par  les  suivants  âgés;  le  relÂché  est  alors 
défmi  «ce  qu'un  suivant  âgé  rapporte  du  Prophète  sans  intermé- 
diaire »  ou  encore  c  le  hadîts  de  l'isnâd  duquel  est  tombé  le  nom 
du  compagnon*  (cf.  Risch. ,  5;  Baîq.  5o;  Dict.,  585, 1.  3);  (c.  dans 
une  troisième  opinion,  J^y  a  un  sens  beaucoup  plus  général.  Il 
s'applique  â  tout  hadîts  présentant  un  ou  plusieurs  vides  dans 
l'isnâd,  soit  dans  les  chaînons  supérieurs,  soit  dans  les  chaînons 
inférieurs  au  suivant.  Telle  est  l'opinion  des  jurisconsultes,  des 
Oçouli  (cf.  notamment  Waraq.,  p.  i45),  et  parmi  les  tradition- 
nistes de  Kh.  El-Baghdadi  (il  reconnaît  cependant  que  Ju»^  s'em- 
ploie souvent  dans  un  sens  plus  étroit,  Dict.,  586,  1.  6).  Ainsi  en- 
tendu Jlwja  est  synonyme  de  ç^^^  dans  Tacception  la  plus  gé- 
nérale de  ce  mot  (Naw.,  I,  43, 1.  9).  Ce  sens  large  du  mot  paraît 
le  plus  ancien,  et  il  est  toujours  resté  au  fond  delà  terminologie, 
même  pour  les  auteurs  qui  assignent  à  Ju>yt  une  signification  plus 
restreinte  :  I.  Haj.,  par  exeqaple,  distinguant  un  ^^3  \S^y  (ap- 


516  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

ainsi  conçu  :  «  Un  tel  a  rapporté  d'un  certain  indi- 
vidu, dun  tel»  ((^^(j^  J^)  (j^)  est  il  relâché?  — 
Non,  suivant  El-Hâkim,  il  est  interrompa.  —  Oui, 
suivant  d'autres  auteurs  ^ 

Le  hadîts  relâché  est  faible,  telle  est  lopinion  de 
la  majorité  des  traditionnistes ,  d'El-Chafe^',  de  beau- 
coup  de  jurisconsultes  et  ÔloçouU^.  Mais  Màlik  et 

parent)  et  un  Jâ.  Jumj«  (caché),  définira  ce  dernier  :  le  hadîts  rap- 
porté par  un  râwi  d'un  contemporain  quil  n'a  pas  rencontré  (cf. 
infra,  p.  627);  il  est  clair  qu'un  relâchement  (  JU#^Î)  de  cette  nature 
peut  se  produire  à  n'importe  quel  chaînon  de  Tisnâd.  IHus  loin  Naw. 
va  parier  du  ji.l^RJi  JUwj*  (cf.  in/'ra^ p.  5 18).  Cette  expression  ne  sau- 
rait avoir  un  sens  que  dans  l'opinion  où  relâchement  peut  s'entendre 
de  vides  survenus  dans  les  chaînons  de  l'isnâd  supérieurs  au  sui- 
vant, —  Enfin  si  le  participe  Juvy»  ne  s'emploie  comme  épithète 
chez  les  traditionnistes  que  dans  un  sens  restreint,  le  verbe  même 
J^^i  a  toujours  gardé  le  sens  le  plus  général  ;  «âsiJsiL  Jum^I  si- 
gnifie :  «il  a  rapporté  le  hadîts  avec  un  isnâi  incomplet!  (DicL,  J , 
586.1.  a). 

^  Les  partisans  de  l'affirmative  se  rencontrent  naturellement 
parmi  les  auteurs  qui  assignent  à  Juyt  le  sens  le  plus  large;  ce 
sont  des  oçouli;  notamment  on  rencontre  cette  opinion  chez  l'au- 
teur des  Waraqât,  Imam  el-Haramaïn  (Tad.,  26,  1.  ao).  D'autre 
pari,  A.  Daw.  aurait,  paraît-il,  donné  comme  Ju*y»  dans  son 
J^^l^l  v^ d^^  liâ<lîts  rapportés  JkL^  ^  (Tad.  66,  1.  ai).  Dans 
la  terminologie  généralement  admise,  de  semblables  hadîts  portent 
le  nom  de^  |  >  *  «  incertains  ». 

-  Cf.  notamment  Waraq.,  i45-i46.  —  MosL,  qui  paraît  assigner 
à  S^y^  le  sens  le  plus  large ,  constate  aussi  que  l'opinion  génénde 
(1<^  ses  contemporains  est  contre  l'emploi  de  ce  hadîts  (Naw. ,  1 ,  80, 
1.  20).  U  raconte  d'Ibn  el-Mobârak  que  ce  savant  n'accepta  pas 
un  hadîts  parce  que  le  râwi  qui  le  rapportait  du  Prophète  était 
s<>paré  de  ce  dernier  «  par  des  déserts  infranchissables  mémo  à 
l'allure  rapide  où  les  montures  allongent  le  coui  (Naw.,  118, 
1.  9).  ^-  La  faiblesse  du  JUyt  provient,  quelque  définition  qa*oii 
donne  de  ce  hadîts ,  de  ce  qu'on  ignore  la  valeur  des  personnages 


LE   TAQRÎB   DE  EN-NAWAWI.  517 

Abou  Ilanifa,  à  la  tête  dun  second  parti,  le  consi- 
dèrent comme  parfaite  —  Parfois  la /)er/èc*<ion  de 
provenance  d  un  hadîts  relâché  peut  être  établie  de 
ce  fait  qu'il  en  existe  une  deuxième  version  rap- 
portée par  une  îiutre  voie,  soit  appuyée  (*XJum^),  soit 
relâchée  (Ju«^),  mais  dans  ce  dernier  cas  avec  des 
râwis  autres  que  ceux  de  la  première  version.  —  Ce 
hadîts  alors  deviendra  parfait.  Cette  corroboration 
démontrera  sa  perfection;  les  deux  hadîts  (aussi  bien 
le  corroborant  que  le  corroboré)  seront  parfaits;  et 
même  lorsqu'ils  contrediront  sans  conciliation  pos- 
sible un  hadîts  provenu  par  une  voie  unique,  c'est  à 
eux  que  nous  donnerons  la  préférence  2.  —  Rien 


disparus  de  l'isnâd.  Pour  ceux  qui  le  définissent  «ce  qu'un  suivant 
rapporte  du  Prophète  » ,  s'il  était  établi  que  le  suivant  le  tient  d'un 
compagnon ,  la  valeur  du  hadîts  ainsi  rapporté  serait  incontestable  ; 
car  tous  les  compagnons  sont  dignes  de  foi  ;  mais  il  est  permis  de 
supposer  que  le  suivant  tient  le  hadîts  d'un  ou  plusieurs  autres 
suivants,  parmi  lesquels  il  peut  se  rencontrer  des  giuior'iiés  faibles 
(ïad.,  66-67). 

'  C'est-à-dire  qu'ils  ne  se  font  pas  scrupule  de  tirer  argument 
des  hadîts  relâchés;  de  fait  Mâlik,  dans  son  Mowatta,  se  préoccupe 
fort  peu  de  la  liaison  des  hadîts  qu'il  cite;  la  critique  du  hadîts 
était  encore  fort  rudimentaire  à  son  époque  (cf.  supra.  Préface,  32  6- 
327;  M.  St.,  II,  i4i).  Plus  tard  on  voulut  étayer  de  preuves  l'opi- 
nion raisonnée  dont  on  fit  honneur  à  l'imam  sur  la  valeur  du 
\Xtfyj»  :  on  invoqua  surtout  à  cet  effet  une  tradition  relative  à  «l'ex- 
cellence du  siècle  des  suivants  »  ;  de  cette  excellence  on  a  conclu  à 
la  valeur  de  leurs  informations ,  quelles  qu'elles  fussent  [Baïq.,  5 1 , 
l  21). 

-  Naw.  reproduit  ici  I.  es-Çalâh,  qui  lui-même  a  emprunté  sa 
théorie  de  la  corroboration  à  la  Risâla  d'El-Chafe*i  (Tad.,  28, 
1.  1 2.  —  Cf.  sur  la  Risâla  :  M.  St. ,  II ,  /ji  2 ).  Mais  Cbafe'ï  est  beau- 
coup plus  exigeant;  suivant  lui,  le  Ju»yt  ne  peut  être  corroboré 


518  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

dans  cette  discussion  n  a  trait  aux  hadîts  relâchés 
rapportés  par  an  compagnon  (a.UsUJ  J*^)-  La  perfec- 
tion de  ces  hadits  est  un  fait  établi  d  après  iopinion 
juste.  Cependant  certains  auteurs  ont  prétendu 
qu'ils  suivaient  le  sort  des  autres  hadits  relâchés  :  en 
ne  pourrait  en  tirer  argument  avant  de  savoir  de 
façon  certaine  qu'ils  proviennent  originairement  de 
compagnons  ^ 

qu'à  trois  conditions  :  i**  qu'il  provienne  d'un  suivant  à(fé  (il  y  a 
alors  de  grandes  chances  pour  que  ce  suivant  le  tienne  d*un  com- 
pagnon)', 2°  que  ce  attirant,  pour  les  hadîts  qu*il  donne  en  citant 
ses  auteurs,  ne  cite  que  des  auteurs  sûrs;  3*^  que  généndement  les 
versions  des  hadîts  par  lui  rapportés  concordent  avec  les  versions 
des  autres  ràv^is  dignes  de  foi.  —  En  outre  Chafe*î  admet  d'autres 
corroborât  ions  du  Ju»^  :  concordance  entre  la  règle  exprimée  par 
ce  hadits  et  l'opinion  d'un  compagnon,  ou  une  décision  de  Yljmà» 
Suivant  certains,  la  corroboration  d'un  hadîts  rdâché  pourrait 
même  résulter  du  raisonnement  analogique  (jmIjJl)!)  (Tad.,  68. 
1.  12  et  33;  Beiq. ,  62,  1.  1-22).  —  Suivant  ce  que  rapporte  El- 
Mozàni  dans  son  Mohhtaçar,  (cf.  sur  cet  ouvrage  H.  U. ,  V.  4^9 )• 
Chafe'î  aurait  fait  exception  à  son  infirmation  du  Jm»~«  en  ûiveur 
des  hadîts  de  cette  sorte  rapportés  par  Sa*ïd  b.  El-Mosayyab  (t  gi- 
ioô),  l'un  des  sept  jurisconsultes  de  Médine,  gendre  d*A.  Ho- 
raîra  et  surnommé  ^^^woL^UJi  jùLii  (Tad.,  68,  1.  18  tt  soiv.).  Les 
auteurs  sont  divisés  sur  l'interprétation  de  cette  exception  :  suivant 
les  uns,  Cbafel  attribuerait  generaliter  à  ces  hadîts  une  valeur 
absolue,  parce  qu'un  examen  minutieux  démontre  que  Sa*ïd  aurait 
pu,  s'il  eut  voidu,  les  rapporter  tous  appuyés  («xJumm»)  (cf.  Waraq. , 
i4C);  suivant  d'autres,  Chafe*ï  préférerait  simplement  les  liadîts 
relâchés  de  Sa'ïd  à  ceux  des  autres  râviris  ;  mais  il  ne  leur  accorde- 
rait une  vsdeur  absolue  que  dans  le  cas  où  ils  seraient  corroborés, 
conformément  aux  règles  ci-dessus  énoncées  (Tabds.,  285,  1.  6  et 
suiv.). 

'  On  appelle  a.UdOt  JuL^  le  hadîts  contenant  récit  par  un  com- 
pagnon de  ce  qu'il  n*a  pu  voir  personnellement  :  tel  le  récit  des 
débuts  de  la  révélation ,  rapporté  d'après  'Aîcha  dans  Bokh. ,  uA«^ 


LE   TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  519 

Dixième  branche.  —  Elle  est  relative  au  hadîts 
interrompu  (JaiJu*). 

Dans  l'opinion  la  wieilleure ,  adoptée  parles  juris- 
consultes, par  El-Khatîb,  Ibn  'Abdel-Barr  et  d  autres 
traditionnistes,  c'est  celui  dont  Tisnàd  nest  pas  Hé 
(  JuâA^)  quel  que  soit  1  endroit  de  la  chaîne  où  se  trouve 
l'interruption.  Toutefois,  on  emploie  le  plus  fré- 
quemment ce  terme  pour  désigner  les  traditions  rap- 
portées d'après  les  compagnons  par  des  ràwis  inférieurs 
aux  suivants  :  telle  une  tradition  de  Mâlik  d'après 
Ibn  ^Ornar.  Dans  une  autre  opinion,  le  hadîts  inter- 
rompu est  celui  à  l'isnâd  duquel  manque  un  ràwi  in- 
férieur au  suivant  soit  qu'il  ne  soit  pas  cité  du  tout , 
soit  qu'il  soit  cité  mais  non  pas  nominativement 
i^y^i^)  1  par  ex.  :  «  il  est  rapporté  d'après  un  homme  ». 
Enfin  suivant  d'autres  auteurs,  le  nom  d'interrompu 
se  donne  au  hadîts  qui  porte  sur  quelque  parole  ou 
quelque  acte  émanant  d'un  suivant  ou  dun  person- 
nage postérieur.  Cette  dernière  opinion  est  rare  et 
de  peu  de  valeur  ^ 

3yll  3^3  ^^L5^  n°  3  (Naw.,  I,  H,  l.  i  et  suiv.).  —  Les  deux  Çnhih 
conliennent  un  grand  nombre  de  i^LaltJ)  J^t^^wi^*,  et  on  s'accorde 
i^énéralement  à  reconnaître  de  la  valeur  à  ces  liadits,  parce  que 
tous  les  compagnons  sont  dignes  de  foi,  et  que,  si  parfois  ils  rap- 
porloul  ce  qu'ils  n'ont  ni  vu  ni  entendu  personnellement,  ils  le 
rapj)orlent  presque  toujours  d'autres  compagnons  (Tad.,  71,!.  9; 
IlaUah  sur  Waraq. ,  i46  et  147).  —  Cependant  il  peut  arriver  que 
des  compagnons  rapportent  d'après  des  suivants;  c'est  sur  Cette  con- 
sidération que  se  fondent  les  rares  auteurs  qui  refusent  d'admettre 
sans  examen  les  ç^^^^L^kJI  Juvy»,  notamment  Abou  Isliâq  el-lsfa- 
râïni  (t  4 18)  [Naw.,  loc,  cit.], 

'  Naw.  ne  mentionne  pas  ici  toutes  les  opinions  qui  se  sont  fait 


b20  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

Onzième  branche.  —  Elle  est  relative  au  hadits 
inextricable  (J^ȉjli,  du  verbe  Jj^\  rendre  inextri- 
cable^). 

jour  sur  la  définition  du  mUïi»;  on  peut  eu  distinguer  cinq  :  (a.  Ce 
mot  dans  un  sens  très  général  est  opposé  à  S*axa  lié.  Est  interrompu 
tout  hadîts  dont  Tisnâd  présente,  à  n'importe  quelle  place,  un  ou 
plusieurs  trous;  il  est  le  genre  dont  le  Juwy»  (ce  mot  étant  pris  dans 
son  acceptation  la  plus  restreinte),  le  jJIjm,  le  Ô^jSxxa^  le  ^jJ<^^  ne 
sont  que  des  variétés.  Telle  est  Topinion  d'El-Khatîb  el-Baghdàdi 
[cf.  dans  le  même  sens  Naw.,  I,  4?>«  1.  22;  Salisb. ,  lao;  Riscli. , 
8;  Baïq. ,  54,  1. 1;  Dict. ,  1202,  1.  9);  —  (b,  l.  Haj.,  admet  que  le 
terme  interrompu  peut  s'appliquer  au  hadîts  à  Tisnàd  duquel 
manquent  plusieurs  râwis  à  n'importe  quelle  place ,  mais  il  spécifie 
que  ces  trous  ne  doivent  pas  être  consécutifs  (^^^\y:u  y^^);  s'il» 
sont  consécutifs  le  hadîts  est  non  plus  ^^aoLJU  maïs  Jji2uu«  (Nokh., 
28;  Dict.,  1202  , 1.  i4  et  suiv.);  —  (c.  Dans  une  troisième  opinion, 
on  réserve  le  nom  de  interrompu  au  hadits  dont  Tisnâd  présente  un 
trou  dans  les  chaînons  inférieurs  au  suivant  (comp.  Dict.,  1002, 
»0oL»»#  la^w)  i).  S'il  y  a  plusieurs  trous,  le  hadîts  s'appelle-t-il  en- 
core ^^aJLXa  ?  Oui ,  suivant  certains ,  lorsque  ces  trous  ne  sont  pas 
consécutifs  (Qast.,  J,  10,  1.  2);  non,  suivant  d'autres,  sans  dis- 
tinction :  le  hadîts  dans  ce  cas  cesse  d'être  ^^^^^  et  prend  la  dé- 
nomination spéciale  de  J*a.tJU  [sépare)  (  Ta*r.,  2  54)  ; — (Â I.  es-Çalâh , 
que  Naw.  suit  dans  le  présent  passage,  reconnaît  que  de  même  que 
dans  son  emploi  le  plus  fréquent  le  mot  relâché  (  Ju^y»)  désigne  les 
hadits  rapportés  du  prophète  par  les  suivants,  de  même  le  mot  in- 
terrompu [mJaJlXa)  s'applique  le  plus  souvent  aux  hadîts  rapportés 
des  compagnons  par  des  ràwis  inférieurs  aux  suivants  (Baîq.,  54* 
I.  9  et  suiv.  ;  Salisb. ,  loc.  cit.);  —  [e.  Enfin  Naw. ,  qualifie  ici  de  t  rare 
oi  de  peu  de  valeur»  l'opinion  qui  assigne  à  ^^LJLU  le  sens  de  c  ha- 
dits relatant  la  parole  ou  Tacte  d'un  suivant  ».  C'est  en  quelque  sorte 
la  seconde  face  de  la  confusion  signalée  plus  haut  entre  les  termes 
^iaXu  et  ^jUto  (cf.  supra,  p.  5i4)*  On  a  vu  que  certains  auteurs 
avaient  fait  de  ^ j  l^  1 4  un  synonyme  de  ^J^XL*  avec  le  sens  de  «  non 
lié  quant  à  l'isnâd  »  ;  il  s'est  trouvé ,  par  un  juste  retour,  que  d'autres 
ont  voulu  faire  de  ^-^J^  le  synonyme  de  ^>^jm  dans  le  sens  de 
«  relatif  à  l'acte  ou  à  la  paroïe  d'un  suivant  ». 

'  XhJLi  y4i  fXth^\  e]!^>L^  <>ltàJ\  ^Ub  yA  SîhxiJi  :  il  s*agit  debien 


Li:   TAQRÎB   DE  EN-NAWAWl.  521 

C'est  le  hadîts  de  Tisnâd  duquel  ont  dispai'u  les 
noms  de  deux  ou  plusieurs  ràwis.  Il  est  également 
désigné  sous  le  nom  de  interrompa  (jlaLut)  et  parfois 
aussi ,  chez  les  jurisconsultes  et  d'autres ,  sous  le  nom 
de  relâché  ( Ju«^)  comme  nous  lavons  vu  précédem- 
ment ^  On  a  dit  encore  que  chez  les  traditionnistes 
le  terme  inextricable  s'appliquait  au  hadîts  rapporté 
avec  la  formule  «  il  m'est  parvenu  »  (^^jtJU);  tel,  par 
exemple  ce  hadits  cité  par  Màlik  :  «  Il  m'est  parvenu 
d'Abou  Horaïra  que  le  prophète  a  dit  :  l'esclave  a 
droit  à  la  nourriture  et  au  vêtement-.  »  Le  hadits 
est  encore  inextricable  dans  le  cas  que  voici  :  un  sui- 
vant Ta  rapporté  comme  remontant  au  Prophète 
(^^i^)  et  lié  (Juax^);  mais  un  râwi  d'une  génération 
postérieure  le  rapporte  comme  arrêté  à  ce  suivant 

(Hal)lir  (\uv  la  forme  du  moi  est  Jua&^  et  non  pas  Ju^jm  comme 
l'ont  voulu  certains  auteurs  (cf.  Risch.,  9;  Balq.,  54»  1.  38). 

'  C'est-à-dire  que  le  J^ax*  n'est  qu'une  variété  du  genre  ^^JlXj» 
ou  Juvy*  (ces  mots  étant  pris  dans  leur  acceptation  la  plus  large, 
comme  opposés  à  Juax«).  I.  Haj.  exige,  pour  que  le  hadits  mérite 
le  nom  d«.'  Sj£xxm  que  les  vides  de  son  isnâd  soient  consécutifs;  s'ils 
ne  sont  pas  consécutifs,  le  hadits  sera  simplement  •interrompu  en 
deux  endroits»  (Nokh.,  28). 

-  Ce  hadits  iigure  au  Mowatta,l\^  ^3 1  ;  J^-UlL^  J^^^  j*^^*  '-•'ou- 
vrage de  Màlik  contient  un  grand  nombre  de  hadits  inextricables , 
rapportés  soit  avec  la  formule  ^^LiJb,  soit  avec  une  autre  (cf.  un 
autre  e\.,  ap,  Risch.).  Ihn  *Abd  el-Barr  s'est  appliqué  dans  son 
Tamhid  à  leur  donner  des  isnàds  complets  (cf.  H.  Kh.,  VI,  266). 

^  I.  es-Çalàh  emprunte  à  El-Hàkim  l'application  du  terme  JjAjut 
à  de  tels  hadîts  II  explique  que  dans  l'espèce  cette  dénomination 
est  justifiée  par  le  fait  que  deux  personnages  sont  tombés  de  l'isnàd, 
savoir  :  le  Prophète  et  le  compagnon  (Tad.,  73,  I.  22). 


522  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

Remarque  1^.  —  Que  faut-il  penser  de  risnàd 
moanan  [^^mjjU)  c  est-à-dire  conçu  en  ces  termes  «  un 
tel  d'un  tel  »  [^J^  ^  (j^)^?  Certains  ont  prétendu 
qu il  rendait  un  hadîts relâché ( Jum^)^.  Mais lopinion 
la  plus  juste,  ayant  triomphé  dans  la  pratique,  et 
soutenue  par  la  majorité  des  traditionnistes ,  juris- 
consultes et  Oçoaliy  cest  quun  tel  hadits  est  lié 
(JywaAjo)  aux  deux  conditions  suivantes  :  i**  que  les 
l'âwis  qui  ont  rapporté  sous  cette  forme  ne  soient  pas 
ihs  fraudeurs  ((j*J*>^)*;  2"*  qu'il  y  ait  eu  pour  ceux 
qui  transmettent  sour  celte  forme,  possibilité  de 
rencontrer  leurs  auteurs.  Cette  simple  possibilité 
sulTit-elle  ou  faul-il  en  outre  que  le  fait  de  la  ren- 
contre soit  établi,  qu'ils  se  soient  longuement  fré- 
quentés, qu'ils  soient  bien  connus  pour  rapporter 
les  uns  des  autres?  Sur  tous  ces  points,  il  y  a  con- 

'  Quoique  placés  sous  la  rubrique  du  Jjkju«les  quatre  i^marque* 
qui  suivent  ne  concernent  pas  cette  variété  de  hadits;  cQes  con- 
tiennent l'exposition  de  quelques  questions  accessoires,  communes 
auv  V,  VP,  VIP  et  X*  branches  des  sciences  du  b*diU  (connais- 
sance du  ^^y*t  du  ^^lojM,  du  JaoX*  et  du  &IaJLJU), 

'^  L»  plupart  des  technologisles  ont  considéré  Tétude  dn  hadits 
^xJLju*  comme  une  branche  spéciale  des  sciences  du  .hadits  (cf.  Risch«, 
qcj;  -  Salisb.,  117;  —  Baïq.,  43;  —  Tad.,  a68,  1.  37-28).  — 
La  transmission  d'un  hadits  avec  la  formule  (^^  ^  porte  le  nom 
spécial  de  jUjOa.  —  L  Haj.  remarque  avec  beaucoup  de  bonheur 
que  cette  formule  n*est  pas  exempte  d'amphibologie  :  souvent,  dans 
le  langage  courant ,  elle  sert  à  rapporter  non  pas  les  paroles  d'un 
individu,  mais  un  fait  qui  lui  est  relatif:  juuoi  ^  ^t  (^)U  ^  «5j«dK 
(Baïq.,  4a,  44). 

^  Relâché  est  entendu  ici  dans  son  sens  le  pltts  large  t  offirant 
une  interruption  dans  Tisnâd. 

*  Cf.  ir^'ra,  520  et  suiv. 


LE   TAQRIB  DE   EN-NAWAWl.  523 

troverse.  Certains  n  ont  exigé  aucune  de  ces  condi- 
tions, notamment  Moslim,  qui  prétend  que  Yljmci 
est  en  ce  sens^  D'autres  demandent  simplement  que 
le  fait  de  la  rencontre  soit  établi;  tds  El-Bokhari, 
Ibn  El-Madini  et  les  vérificateurs'^.  —  D'autres  exigent 
que  les  ràvvis  et  ceux  dont  ils  transmettent  se  soient 
longuement  fréquentés.  D'autres  enfin  que  les  pre- 
miers soient  bien  connus  pour  avoir  rapporté  des 
seconds.  —  A  notre  époque,  on  a  fait  très  fréquem- 
ment emploi  de  la  formule  «  d'un  tel  »  (ySU  ^^)  pour 
indiquer  la  transmission  par   licence  (i^U.1);   aussi 

bien,  lorsqu'un  râwi  emploie  une  formule  ainsi 
conçue  :  «j'ai  récité  devant  un  tel,  d'un  tel  »,  il  faut 
entendre  que  son  auteur  rapportait  cette  tradition 
par  licence^. 

Remarque  IL  —  Que  faut -il  penser  de  formules 
comme  celles-ci  :  «  Ez-Zohri  nous  a  raconté  qu'Ibn 
El-Mosayyab  lui  raconta  »  ou  •  lui  dit  »  ou  «  fit  »  ou 
«  faisait  » ,  etc.  (^1  AS'iXa^  <,<ju«m  ^1  (j\  (^y^jJI  US«X^ 
A^^^  Juob  ^^^\  J*i  ^1  JU)  ?  Suivant  Ahmed  ibn 
llanbal  et  quelques  docteurs,  on  ne  saurait  assimiler 
la  transmission  avec  ^t  (que)  à  la  transmission  avec 
^  (de)  :  les  hadîts  ainsi  rapportés  devraient  être 
tenus  pour  interrompus  jusqyji' à.  ce  que  le  fait  de  l'au- 
dition personnelle  du  râwi  fût  établi.  Mais  la  majorité 

^  Cf.  supra,  484,  n.  i. 

-  Sur  cette  opinion  de  Bokh.  cf.  sup, ,  493 ,  n.  i.  Sur  Aboul  Hasan 
'Ali  b.  El-Madini  (  t  2  34  ) ,  l'un  des  élèves  d'Ibn  Hanbai  et  des  maîtres 
dEl-Bokhari,  cf.  Tahds.,  443;  Patton  Ahmed  b.  Hanbai,  3i,  87. 

'  Cf.  infra ,  XXIV*  branche. 


524  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

(les  auteurs  est  en  sens  contraire,  assimile  la  trans- 
mission  par  ^1  (que)  à  la  transmission  par  ^^  (de), 
et  décide  que,  dune  façon  générale,  elle  implique 
l'audition  personnelle ,  sous  réserve  des  conditions  ci- 
dessus  énoncées  ^ 

Remarque  III.  —  El-Homaïdi^  et  d'autres  auteurs 
ont  parié  de  suspension  (^J^^)^  à  propos  de  certains 
hadîls  d*El-Bokhari.  Avant  eux,  ed-Daraqotni  avait 
employé  ce  terme*.  Cette  suspension  consiste  dans  la 
disparition,  au  début  de  Tisnâd,  des  noms  d'un  ou 
de  plusieurs  personnages.  Il  semble  qu'il  faille  cher- 
cher l'origine  de  ce  terme  dans  l'expression  «  sus- 
pension d'un  mur»  iji^y^  c5^^')^»  l'idée  désolation 
de  continuité  se  rencontrant  pareillement  dans  les 
deux  cas.  —  Certains  autexu's  ont  appliqué  ce  terme 
à  l'hypothèse  où  i'isnâd  entier  d'un  hadits  est  sup- 
primé :  «  L'envoyé  de  Dieu  a  dit. . .  ;  Ibn  *Abbâs,  ou 
^Ata,  ou  tout  autre  a  dit.  .  .  ».  Le  hadits  ainsi  sus- 
pendu (cJÂjw)  peut  avoir  la  valeur  d'im  hadits  parfait, 

'  L'emploi  de  ia  conjonction  ^^1  a  servi  aussi  bien  que  cdui  de 
la  préposition  ç^  à  marquer  la  transmission  des  hadits  par  licence 
{Tad.,75J.28). 

-  11  s'agit  ici  du  célèbre  historien  et  traditionniste  andalou 
Abou  Abdallah  Mohammed  el-Homaïdi  (i  488),  auteur  du  ^^  ggr 
^J,,,*^.^!  (cf.  H.  Kh.,  II,  619)'. 

^  Cf.  pour  tout  ce  passage  supra  «  4  90  et  suiv.;  et  comp.  Saiisb.  ,117. 

*  Comp.  Naw.,  1,  2 5,  1.  16. 

'  ^1*^4  \j^<:^  est  une  expression  de  la  langue  juridique;  elle 
signifie  Vaction  itétayer  un  mur  où  se  sont  produites  des  fissures  et 
qui  menace  ruine.  Le  ^^Jlx5  dans  une  maison  appartenant  à  plu- 
sieurs individus,  est  à  la  charge  du  propriétaire  de  Tëtage  inférieur 
(cf.  Kharchi,  IV,  282). 


LE   TAQRÎB  DE  EN-NAWAWI.  525 

nous  l'avons  vu  précédemment  à  propos  du  hadîts 
parfait.  —  On  emploie  ce  terme  exclusivement  pour 
les  hadîts  rapportés  sous  forme  catégorique  et  per- 
sonnelle (f»^L>)  :  «  Un  tel  a  dit,  fait,  ordonné,  dé- 
fendu ,  mentionné ,  raconté  »  ;  et  on  n  en  fait  pas 
usage  pour  ceux  rapportés  sous  forme  impersonnelle  : 
«On  a  rapporté,  on  a  dit,  on  a  mentionné,  on  a 
raconté  d'un  tel  »  ^  —  On  ne  l'applique  pas  non  plus 
au  cas  où  c'est  au  milieu  de  i'isnâd  que  les  noms  de 
personnages  ont  disparu. 

Remarque  IV.  —  Soit  un  hadîts  rapporté  relâché 
par  certaines  autorités  dignes  de  foi,  sûres  d'infor- 
mations, et  /ié?  par  d'autres;  ou  arr^ie^  par  certains 
et  remontant  par  d'autres ,  ou  qu'un  même  râwi  rap- 
porte lié  ou  remontant  dans  une  première  version , 
relâché  ou  arrêté  dans  une  seconde.  D'après  l'opinion 
la  plus  juste,  il  faudra  donner  la  préférence  à  la  ver- 
sion liée  ou  remontante  sur  la  version  relâchée  ou  arrê- 
tée. Peu  importe  que  le  personnage  dont  provient  la 
première  soit  d'autorité  égale  à  celui  dont  provient 
la  seconde,  ou  d'autorité  moindre;  car  la  liaison,  la 
([ualité  de  remontant  constituent  en  l'espèce  des  sup- 
pléments fournis  par  des  autorités  dignes  de  foi  (iUS  »^bj) 

^  On  a  vu  que  la  terminologie  classique  n'a  pas  consacré  celte 
(lislinction  :  I.  Ilaj.  notamment  ne  fait  pas  de  difficulté  pour  ap- 
pliquer Tépithète  de  ^pjut  aussi  bien  aux  hadîts  rapportés  avec 
une  lonnule  impersonnelle  (jhJ-<JU)  qu'à  ceux  rapportés  avec  une 
tormnle  personnelle  (cj^W)  (cf.  supra,  Age  et  suiv.);  et  Naw.  lui- 
même  aurait ,  paraît-il ,  agi  de  même  dans  l'un  de  ses  ouvrages  (  Tad.  » 
7(5,  I.  10). 

\vi.  3.4 


ItlVHIIIiaiK    NATICIàLIl. 


5!26  NOVEMBRE-DëGEMBRE    1900. 

et  doivent  comme  tels  être  acceptés  ^  —  Cependant 
certains  auteurs  ont  dit  qu  il  fallait  décider  en  faveui' 
de  la  version  relâchée  ou  arrêtée;  ce  serait  là,  suivant 
El-Khatîb,  lavis  de  la  majorité  des  traditionnistes. 
—  Suivant  d  autres  encore,  il  faudrait  donner  la 
préférence  à  la  version  rapportée  par  le  plus  grand 
nombre.  —  Enfin  dans  une  quatrième  opinion ,  on 
opterait  pour  la  version  rapportée  par  les  râwis  les 
mieux  doués  sous  le  rapport  de  la  mémoire;  toute- 
fois un  ràwi  ne  saurait  être  atteint  à'improbation^ 
pour  avoir  rapporté  lié  ou  remontant  im  hadits  que 
d'autres  ràwis  de  mémoire  plus  fidèle  rapportent 
relâché  ou  arrêté;  néanmoins  l'opinion  contraire,  sur 
ce  dernier  point,  a  trouvé  des  partisans. 


DouziiiME  iHVANCHE.  —  Elle  est  relative  è  l'étude 
de  la  fraude  (fj^i^s)''^. 

On  distingue  deux  variétés  de  fraude;  la  première 
est  i'd  fraude  dans  Visnâd  (^LUm^I  (jwuJ*>3);  elle  con- 
siste en  ce  fait  qu'un  râwi  rapporte  d'un  de  ses  con- 


*  Cf.  injru,  XVI*  branche. 

-  (if. ,  sur  les  causes  (Yiniprobation  (^^),  "i/ra. 

^  Los  auteurs  arabes  considèrent  j**-J*>J  comme  dérivé  de  j*J«> 
qui  signifie  «confusion  des  ténèbres»  :  ]a  pratique  ici  décrite  de 
certains  ràwis  cache  les  vices  d'un  hadits  comme  cachent  les  té- 
nèbres (Salisb.,  96;  Baïq,  55,  1.  39).  Essentiellement  ce  terme 
apparlicnt  à  la  langue  Juridique;  le  tadlis  c'est  le  fait  par  le  vendeur 
de  cacher  un  vice  à  lui  connu  de  Tobjet  vendu  (Kharchi,  IV,  62, 
1.  7,  8;Maq.  de  Uariri,l«  35 1,  1.  31).  Frœnkel  a  établi  qae  ce 
mot  est  l'adaptation  arabe  du  dolus  des  juriconsultes  romains 
(Aranu  Fremdwôrter,  188). 


LE   TAQRÎB   DE   EN-NAWAWI.  527 

tcmporains  un  hadîts  quil  n'a  pas  entendu  de  lui, 
dans  des  termes  qui  laissent  supposer  qui!  Ten  a 
réellement  entendu  :  «  Un  tel  a  dit  d'un  tel  »  {^^ 
^Vi),  etc.  ^  —  Parfois  ce  n'est  pas  le  nom  du  râwi 
même  dont  il  tient  le  hadîts  que  le  fraudeur  fait 
disparaître  de  l'isnâd,  mais  le  nom  de  quelque  autre 
personnage  de  Tisnàd,  d'autorité  trop  faible  ou 
d'âge  trop  jeune '^.  Cette   pratique  a  pour  but  de 

^  Le  fraudeur  (  j^Jjv^)  laisse  ainsi  dans  Tombre  la  nom  du  per- 
sonnapje  dont  il  tient  directement  le  hadîts.  —  Ibn  es-Çalâh  ajoute 
dans  sa  définition  du  ^lJU/i)l  j«^oo"  aux  mots  «d'un  de  ses  contem- 
porains» (»*;oLc  ^)  les  mots  «ou  d'un  individu  qu'il  a  rencontré» 
*-JLl  ^^  (Tad.,  77,  1.  2/1;  Comp.  TaV. ,  57).  —  F.  Haj.  reprodui- 
sant l'opinion  de  Chafe'ï  et  de  Khatîb  el-Baghdâdi  [Dict. .  483), 
exige  que  la  rencontre  àa  fraudeur  et  de  celui  dont  il  rapporte  ce 
qu'il  n'en  a  pas  entendu  soit  un  fait  établi.  S'il  y  a  simple  conteni- 
poranéité,  comme  paraît  s'en  contenter  Naw. ,  le  hadîts  est  non  pas 
j^jù^  mais  J^J^^  ( cf. 5up.,  5 16).  F.  Haj  reconnaît  que,  pour  ceux 
qui  n'admettent  pas  cette  distinction  subtile,  le  j-J.x-»  et  le  ^^Ju»y» 
sont  une  seule  et  même  chose  (Nokh. ,  29). 

-  Pour  comprendre  ce  passage,  il  faut  savoir  que  la  plupart  des 
lc<'hnologistes  du  hadîts  ont  distingué  une  troisième  variété  de 
fraude  le  Siiy**siJ\  ^^^Jsj ,  fraude  par  égalisation,  FAle  consiste  à 
omettre  dans  l'isnâd,  entre  deux  autorités  dignes  de  foi,  le  nom 
d'un  râwi  suspect.  Il  faut  que  les  deux  autorités  dignes  de  foi  se 
soient  rencontrées,  et  que  le  fraudeur  fasse  employer  à  la  seconde 
une  fornmle  équivoque  de  transmission,  laissant  supposer  qu'elle 
lient  directement  le  hadîts  de  la  première.  L'isnâd  est  ainsi  égalisé , 
c'est-à-dire  n'oflPre  plus  qu'une  succession  d'autorités  dignes  de  foi 
(Qastal. ,  l,  10,  1.  3  2  et  suiv.;  Dict.  48 1).  C'est  au  ^^^.«mjJI  j«^oo, 
(jue  Naw.  fait  allusion  ici  sans  l'élever  au  rang  de  variété  particu- 
lière de  fraude.  —  Yabya  B.  el-Qattan  (t  198)  le  premier  aurait 
employé  l'expression  iy^^^^i  j^»x3;  ce  j-sJ«N->  est  la  pire  des 
fraudes ,  car  il  peut  faire  considérer  injustement  comme  j«-^j*  un 
personnage  respectable  et  digne  de  foi  (Tad.,  78;  1.  §  et  suiv.). 

34. 


528  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

donner  au  hadîts/r^adt^  de  plus  belles  apparences  ^ 
—  Ija  deuxième  variété  de  fraude  est  \r  fraude  dam 
les  autorités  {^yi^^  cr^*>^)-  Voici  en  quoi  elle  con- 
siste :  le  râwi ,  pour  désigner  un  personnage  de  Tisnâd 
emploie  un  nom,  une  Iwnia,  un  ethnique,  une  qua- 
lification sous  lesquels  ce  personnage  n'est  point 
connu. 

Pour  ce  qui  est  de  la  première  variété  de  fraude, 
elle  constitue  un  acte  des  plus  répréhensibles  ^. 
Elle  a  été  blâmée  par  la  plupart  des  docteurs;  même 
un  parti  considère  celui  qui  en  est  convaincu  comme 
atteint  d'improbation  (^jj^),  Tous  ses  récits  devraient 
être  rejetés  même  ceux  où  il  indique  de  façon  expli- 
cite qu'il  les  a  réellement  entendus  de  tel  personnage. 
L'opinion  juste,  c'est  qu'il  faut  distinguer:  les  hadits 
rapportés  par  le  fraudeur  avec  une  formule  équivoque 
n'indiquant  pas  clairement  le  fait  de  son  audition 
personnelle  doivent  être  tenus  pour  relâchés  (Ju*»yt). 


'  es>Jcj£  UUam^':  certains  auteurs  anciens  considérant  précisé- 
nient  l^intention  qui  inspire  cette  fraude  lui  ont  donné  le  nom 
(V ennoblissement  [o^ysr')  (Tad. ,  78,  1.  a5). 

^  Î0sai.»5JC».  Cho*ba  b.  El-IIajjaj  (t  160)  a  même  déclaré  cctlo 
cette  variété  de  j**-Joo  «formellement  interdite  j»l*^  (Naw.,  I,  47. 
I.  37)  :  «  cette /raurfe,  aurait-il  dit,  est  sœur  du  mensonge;  et  j'ai- 
merais mieux  être  adultère  que /raùc?cur. »  (Tad.,  79,  1.  23.  — 
Comp.  Salisl.,  98).  —  En  fait,  le  j->-Jjo  est  un  véritable  men- 
songe honteux,  hc  fraudeur  a  encore  trop  de  scrupules  pour  dire 
explicitement  «un  tel  m'a  raconté»,  lorsqu'il  n'a  pas  entendu  ce 
personnage.  Mais  par  l'emploi  hypocrite  d'une  formule  non  explicite 
il  met  sa  conscience  en  repos ,  laisse  dans  l'ombre  le  nom  de  son 
auteur  suspect,  et  fait  croire  que  le  hadits  fraudé  lui  est  parvenu 
par  transmission  d'autorités  fortes. 


LE   TAQRÎB   DE   EN-NAWAWI.  529 

Par  contre,  ceux  qui!  rapporte  avec  une  formule 
explicite  telle  que  :  «  j  ai  entendu ,  un  tel  m'a  raconté , 
nous  a  rapporté»,  ou  toute  autre  analogue,  est  ac- 
ceptable (J^^)  et  peut  fournir  argument^.  - —  Oji 
trouve  parmi  les  autorités  des  deux  Çahih  beaucoup 
de  fraudeurs  de  ce  genre,  par  exemple  :  Qatâda,  les 
deux  Sofyan  et  d autres  encore^.  La  règle  que  nous 
venons  d'énoncer  s'applique  à  tous  les  fraudeurs  de 
la  première  catégorie,  même  à  ceux  qui  n  ont  fraudé 
qu'une  seule  fois-^.  —  D  y  a,  dans  les  deux  Çahîli  et 
dans  les  ouvrages  assimilés,  des  hadîts  rapportés  par 
des  fraudeurs  avec  la  formule  «  d'un  tel  »  {{J^  (j^). 
Pour  expliquer  la  présence  de  ces  hadîts  dans  de 
tels  recueils,  on  présume  que  ces  fraudeurs  les  ont 
rapportés  par  une  deuxième  voie  avec  une  formule 
explicite  d'audition  personnelle^. 

^  En  effet,  l'audace  du  fraudeur  ne  va  pas  jusqu'à  dire  nettement 
«  J'ai  entendu  tel  personnage  dire»  lorsqu'il  ne  l'a  pas  entendu.  Il  se 
garde  du  mensonge  caractérisé  ;  là  où  il  emploie  une  formule  expli- 
cite, il  est  donc  naturel  de  tenir  pour  établi  le  fait  de  son  audition 
personnelle  (comp.  I.  Khal. ,  Proleg.,  II,  182). 

-  Comp.  sur  la  réputation  de  fraudeurs  de  Qatâda  (t  127)  et 
des  deux  Sofyan  (I.  Khal.,  Proleg,,  II,  169  et  i84). —  Sur  la  fré- 
quence du  j**vJjo*  chez  les  autorités  les  plus  respectables ,  cf.  M,  St, , 
II,  48. 

^  Chafe'ï  est  formellement  en  ce  sens  (Tad.,  80,  1.  8). 

*  Naw.  constate  qu'en  fait  Mosl.  ne  se  contente  généralement  pas , 
pour  les  hadîts  provenant  de  fraudeurs ,  de  la  version  rapportée  avec 
une  formule  équivoque  y5\3  ^^c,  (J^  JU,  et  qu'il  donne  en  outre 
une  seconde  version  oà  le  fraudeur  indique  de  façon  explicite  son 
audition  personnelle  (Naw.,  I,  47,  1.  19  et  suiv.).  Néanmoins,  il 
reste  dans  les  deux  Çahih  un  certain  nombre  de  hadits  provenant 
de  fraudeurs  et  donnés  dans  la  seule  version  où  ces  fraudeurs  em- 
ploient la  formule  équivoque  y>V*  ^^ .  C'est  pour  ceux-là  qu*o» 


530  NOVKMBRE-DP'CEMBRE  1900. 

I^a  deuxième  variété  de  fraude  est  moins  répré- 
hensible  que  la  première.  Ce  qu'on  y  doit  blâmer, 
c'est  quelle  rend  difficile  l'exacte  connaissance  de 
l'autorité  sur  le  nom  de  laquelle  elle  porte.  Au  reste, 
cette  fraude  est  plus  ou  moins  répréhensible  suivant 
le  motif  qui  l'a  inspirée  :  par  exemple,  le  ràwi  peut 
avoir  envisagé  la  faiblesse  du  personnage^  objet  de 
l^  fraude,  ou  sa  trop  grande  jeunesse,  ou  son  décès 
tardifs.  Peut-être  encore,  ayant  recueilli  beaucoup 
de  hadîts  provenant  de  ce  personnage ,  n'a-t-il  pas 
voulu  le  citer  toujours  sous  le  même  nom  ^.  El  Kha- 

prcsume  que  les  deux  maîtres  ont  dû  les  recueillir  dans  une  autre 
version  oîi  l'audition  personnelle  du  fraudeur  était  clairement  indi- 
quée. Pourquoi  ont-ils  mieux  aimé  donner  la  version  à  formule 
équivoque  que  la  version  à  formule  explicite  ?  C'est  apparemment 
que  la  première  seule  était  conforme  à  leur  chari  (Tad.,  80,  1. 10). 
-  -  Celte  explication  donnée  par  Soyouti  ne  saurait  passer  pour  une 
excuse  valable. 

'  Dans  ce  cas  le  ^>-wûJI  j--J*x3  est  particulièrement  répréhensible. 
Certains  auteurs  considèrent  celui  (jui  s'en  rend  coupable  dans  Tin- 
U^ntion  de  dissimuler  une  autorité  faible  comme  atteint  d'improba- 
lion  (^*^).  Pai'fois,  lejraudeur  considère  personnellement  rautoriti' 
pour  laquelle  il  fraude  comme  digne  de  conGarce;  mais  il  sait  qu  elle 
passe  généralement  pour  faible,  et  il  dissimule  le  véritable  nom  de 
ce  personnage  pour  ne  point  exposer  une  tradition  bonne  selon  lui  ù 
un  rejet  injustifié  à  ses  yeux.  Même  dans  ce  cas,  le  ^j^-aJi  ^j*^o>J 
reste  répréhensible  (Tad.,  80,  1.  10  et  suiv.). 

^  Un  râwi  mort  très  Agé  pourra  avoir  réellement  entendu  dans  sa 
longue  carrière  des  personnages,  dont  il  semble  cependant  invrai- 
semblable aux  gens  mal  informés  qu  il  ait  recueilli  des  hadîts;  pour 
couper  court  à  toute  discussion  sur  la  valeur  de  ces  hadîts,  lefran- 
(ipur  dissimule  le  véritable  nom  de  ce  râwi.  Cette  pratique  n>st  pas 
jugée  très  condamnable  (Tad,,  80,  1.  24). 

^  £n  citant  le  même  personnage  sous  des  noms  différents,  le  râwi 
pourra  faire  croire  qu'il  a  recueilli  des  hadits  de  fdus  de  maîtres 


LE   TAORIB  DE   EN-NAWAWI.  531 

tib  et  d'autres  auteurs  se  sont  montras  indulgents 
pour  cette  variété  de  fraude^, 

qu'il  ne  Ta  fait  en  réaliu'.  La  fraude  est  alors  inspirée  par  une  va- 
nité assez  innocente  (Tacl.,  80,  l.  2  5). 

•  Le  ^j-ji-ûJl  j-^oo'  est  même  considéré  comme  parfaitement  li- 
<  lie  lorsque  le  maître,  en  dissimulant  le  vrai  nom  d'un  râwi,  a  eu 
l'intention  d'exciter  le  zMe  de  ses  élèves  à  le  découvrir,  et  de  mettre 
à  l't'pn'uve  leur  sa2:acité  [Dict.,  48 1,  1.  22). 


[La  suite  au  prochain  cahier.) 


532  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


n 


SÉANCE  DU  VENDREDI  9  NOVEMBRE  1900. 

La  séance  est  ouverte  à  Ix  heures  et  demie ,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Étaient  présents  : 

MM.  Emile  Senart,  vice-président;  Chavannes ,  secrétaire , 
M.  Schwab ,  Dècourdemanche ,  Carra  de  Vaux ,  Thureau-l)an- 
«^in,  Gaudefroy-Demombynes,  Mayer- Lambert,  Cl.  Huarl , 
J.  Halévy,  R.  Dussaud,  Bouvat,  Vissière,  de  Charencey, 
membres  ;  Drouin ,  secrétaire  adjoint. 

Lecture  est  donnée  du  procès-verbal  de  la  séance  générale 
du  mois  de  juin  dernier  ;  la  rédaction  en  est  adoptée. 

M.  le  Président  annonce  la  mort  de  M.  Max  Mûller,  india- 
niste éminent,  fondateur  de  la  collection  des  Sacred  Books  qf 
the  EcLsi  (1876) ,  décédé  récemment  à  Oxford;  il  exprime  les 
regrets  que  cette  mort  inspire  à  la  Société  asiatique  dont 
M.  Max  Mûller  était  un  des  membres  les  plus  anciens. 

M.  Emile  Senart  s*associe  aux  sentiments  exprimés  par 
M.  le  Président  et  rappelle  en  quelques  paroles  les  services 
rendus  aux  études  orientales  par  ce  savant  éminent. 

M.  le  Président  présente  ensuite  à  la  Société  un  exemplaire 
de  la  nouvelle  édition  du  Précis  de  jurisprudence  par  Sidi 
Khalil  et  signale  en  ces  termes  l'importance  de  cet  ouvrage  : 
«  Sidi  Khalil  (mort  en  1 375)  est  un  des  jurisconsultes  les  plus 
célèbres  de  Tlslam  et  son  autorité  est  admise  sans  conteste 
partout  où  domine  le  rite  malékite,  en  particulier  dans 
l'Afrique  du  Nord.  Ce  livre ,  fruit  de  quinze  années  de  tra- 
vail, n'est  pas  seulement  indispensable  à  l'étude  du  droit 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  533 

maliométJan ,  il  fournit  aussi  de  précieuses  données  sur  l'his- 
toire des  conditions  sociales  et  de  la  civilisation  dans  ces 
contrées.  Le  seul  fait  d'avoir  tiré  du  Coran  toute  une  législa- 
tion si  nette  et  si  précieuse  et  qui  répond  si  bien  aux  besoins 
des  races  soumises  à  l'Islam  est  un  des  meilleurs  résultats  de 
l'étude  d'ailleurs  assez  stérile  de  la  scolastique  et  atteste  la 
fécondité  du  génie  arabe.  —  M.  Perron,  en  1862,  avait 
donné  la  traduction  et  le  commentaire  du  Précis  :  ce  travail , 
quoiqu'il  n'ait  pas  la  rigueur  et  la  précision  qu'on  ne  pou- 
vait demander  qu'à  un  juriste  de  profession,  a  cependant 
rendu  d'incontestables  services.  L'œuvre  de  Khalîl  donna  en- 
suite naissance  à  plusieurs  travaux  parmi  lesquels  il  faut  citer 
ceux  de  Sauteyra  et  Cherbonneau ,  l'édition  partielle  de  Sci- 
gnette,  etc. 

«Dès  l'année  i854,  notre  Société,  convaincue  du  service 
qu'elle  rendrait  en  publiant  le  texte  qui  était  resté  inédit, 
en  fit  paraître  une  édition  pour  laquelle  des  types  maghré- 
bins avaient  été  gravés.  Cinq  éditions  successives  ont  prouvé 
l'utilité  de  cette  entreprise  et  il  est  devenu  urgent  de  la  con- 
tinuer en  fournissant  aux  gens  du  métier  une  nouvelle  édition 
enrichie  de  toutes  les  améliorations  désirables.  C*est  un  de 
nos  confrères  les  plus  zélés,  M.  Delphin,  directeur  de  la 
Médersa  d'Alger,  qui  a  bien  voulu  se  charger  de  ce  soin.  A 
l'aide  d'une  copie  ancienne,  considérée  comme  une  des 
meilleures ,  et  mettant  à  profit  les  lumières  des  cadis  et  des 
jurisconsultes  réputés  en  Algérie  par  leur  savoir,  M.  Delphin 
a  corrigé  un  grand  nombre  de  fautes,  comblé  les  lacunes 
des  éditions  précédentes  et  établi  ainsi  un  texte  qui  peut 
passer  pour  définitif.  Il  a  rendu  par  là  un  service  éminent 
à  l'une  des  branches  principales  des  études  musulmanes  et 
contribué  à  notre  bon  renom.  »  —  Sur  la  proposition  du  Pré- 
sident, des  remerciements  sont  votés  à  M.  Delphin.  L'assem- 
blée décide  ensuite  qu  un  exemplaire  du  Précis  sera  offert  à 
M.  le  Gouverneur  général  de  l'Algérie ,  et  charge  le  bureau 
de  la  Société  d'assurer  à  cette  nouvelle  édition  la  publicité 
qu'elle  mérite. 


534  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  IQOO. 

Est  reçu  membre  de  la  Société  : 

M.  Jean  Farah,  antiquaire,  demeurant  à  Sour  (Syrie), 
présenté  par  MM.  Clermont-Ganneau  et  Drouin. 

11  est  donné  lecture  de  deux  lettres  de  M.  le  Ministre  de 
[^instruction  publique ,  annonçant  rordonnancement  du  mou- 
lant de  la  subvention  accordée  à  la  Société ,  pour  les  troisième 
et  quatrième  trimestres  de  1900. 

Le  Conseil  autorise  l'échange  du  Journal  asiatique  contre 
les  fub]icaiions[ Ml ttheHun(j en)  du  Séminaire  pour  les  langues 
orientales  à  Berlin ,  dont  trois  volumes  ont  déjà  paru  en  1898 , 
1899  et  1900  sous  le  titre  de  Ostasiatische ,  Westasialische  et 
Africanische  Studien.  Cet  échange  qui  était  demandé  par 
M.  Sachau ,  directeur  dudit  Séminaire ,  portera  sur  les  anné(\s 
du  Journal  asiatique  à  partir  du  1"  janvier  1898. 

M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique  fait  part  à  la  So- 
ciété asiatique  du  programme  des  questions  qui  seront  trai- 
tées dans  le  39'  Congrès  des  Sociétés  savantes  qui  doit  se 
tenii  à  Nancy  en  avril  1 90 1 . 

Sont  offerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Schwab,  une  notice  biographique  dont  il  est  l'au- 
teur, sur  la  vie  et  les  œuvres  de  Salomon  Munk ,  membre  de 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  professeur  au 
Collège  de  France ,  et  membre  de  notre  Société  (i8o3- 1 867  ) , 
M.  Schwab  a  été  lui-même  secrétaire  de  Munk  pendant  les 
dernières  années  de  la  vie  de  ce  savant. 

Au  nom  de  M.  le  D'A.  Raniinka,  de  Varsovie,  un  exem- 
plaire (en  hébreu)  de  l'ouvrage  de  .lehuda  Alcharizi  intitulé 
Tachkemonî  (^ilDDnri),  in-32.  Varsovie,  1899. 

Par  M.  Farjenel,  Les  Européens  et  la  langue  chinoise,  bro- 
chure extraite  de  la  Revue  des  questions  diplomatiques  et  colo- 
niales, in-8°.  Paris,  1900. 

Par  le  Gouvernement  général  de  l'Algérie ,  deux  exem- 
plaires d'une  planisphère  céleste  (autographiée)  avec  indica- 
tion des  princi[)ales  constellations  en  français  et  en  arabe. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  535 

Par  rÉcole  française  d*Ëxtréine-Orieiit ,  V Inventait^  som- 
maire (  autographié  ]  des  monuments  chams  de  -  l*Aiinani , 
dressé  par  M.  Louis  Finot  et  M.  Lunet  de  Lajonquière, 
in-folio.  Hanoï,  1900. 

Des  remerciements  sont  adressés  aux  différents  donateurs 
par  M.  le  Président ,  au  nom  de  la  Société. 

Il  est  procédé  ensuite,  aux  termes  du  règlement,  au  )re- 
nouvellement  des  membres  de  la  Commission  de  rédaction 
du  Journal,  Sont  réélus  :  MM.  E.  Drouin,  R.  Duval,  Maspero, 
Oppert,  E.  Senart. 

M.  Schwab  donne  lecture  d*une  notice  sur  la  vie  de  Al- 
charizi  (^nn^N),  poète  judéo-arabe  d*Espagne  du  xii*  siècle , 
Tauteur  du  Tachkemont  dont  il  est  parlé  plus  haut.  Ce  travail 
paraîtra  dans  un  des  prochains  numéros  du  Jour  nul. 

M.  Halévy  présente  ensuite  qudques  observations  sur  un 
texte  de  Samuel,  qui  seront  également  insérées  dans  notre 
recueil. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIÉTÉ. 
(Séance  du  9  novembre  1900.) 

Par  riudia  Office  :  Jadicial  and  administrative  statistics  for 
British  India  for  1898-1899  and  the  foar  preceding  jears, 
Calcutta,  1900;  in-fol. 

—  Annacd  Administration  Report  ofthe  Forest  Department 
of  the  Madras  Presidency  for  the  twelve  months  cnding 
3o"'  June  1899.  Madras,  1900;  in-fol. 

—  Sélections from  the  records  of  the  Government  qf  India, 
Papers  relating  to  the  improvement  of  the  position  and  prospects 
of  civil  assistant  surgeons  in  India  from  1891-1899,  Calcutta, 
1900;  in-fol. 

—  Idem.  Papers  relative  to  the  eonlrolofreformatary  schools 
In  India,  1898-1899.  Calcutta,  1900;  in-fol. 


53f)  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

Par  l'india  Office  :  Indian  Antiquary,  October  1899;  ^P^l- 
November  1900.  Bombay,  gpr.  în-i°, 

—  Archœological  Survey  of  India,  new  Imp.  séries, 
Vol.  XXIX.  South  Indian  Inscriptions ,  Vol.  II! ,  Part  I.  Madras , 
1899;  gr.  in-4^ 

—  Idem.  Lists  of  antiquarian  remains  in  HU  Highness  the 
Nizam  Territory,  compiled  by  H:  Cousens.  Calcutta,  1900; 
in-fol. 

—  Report  ofa  searchfor  sanskrit  and  tamil  manuscripts  for 
theyear  1893- 189 U y  by  M.  Seshagiri  Sastri,  n°  2.  Madras, 
1899;  in-8°. 

—  Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society  of  Bengal,  Jidy- 
Aiigiisl.  Calcutta,  1900;  in-8*'. 

—  Proceedings  of  the  Royal  Asiatic  Society  of  Bengal , 
Fobniary-August  1900.  Calcutta;  in-8°. 

—  Jlie  Journal  ofthe  Bombay  Branch  of  the  Royal  Asiatic 
Society,  Bombay,  1 899  ;  in- 8°. 

—  Bihliotheca  Indica y  n"  964-970.  Calcutta,  1900;  in-8". 

—  India  Office  Lihrarian  Catalogue,  Vol.  II.  Part  II, 
1900.  London,  in-S". 

—  Madras  Government  Muséum.  Bulletin.  Vol.  III,  n*  3, 
1900;  in-8**. 

Par  le  Ministère  de  l'Instruction  publique  :  Le  P.  Delattre , 
Musée  Lavigerie  de  Saint-Louis  de  Carthage,  Paris,  1899; 
gr.  in-4°. 

—  L.  Finot  et  E.  Lunet  de  Lajonquière,  Inventaire  som- 
maire des  monuments  chams.  Hanoï ,  1 900  ;  in-fol. 

—  Planisphère  céleste,  avec  indication  des  principales  con- 
slellations  en  français  et  en  arabe,  publié  par  le  Mohacher, 
Alger,  1900. 

Par  la  Société  :  Journal  asiatique,  mai -juin  et  juillet -août. 
Paris;  in-8°. 

—  Zeitschrift  der  deutschen  morgenlàndischen  Gesellschaft, 
54  Band,  II  et  III.  Leipzig,  1900;  in-8**. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       537 

Par  la  Sociélé  :  Atti  délia  R.  Accademîa  deî  Lincel,  Aprile- 
Mag^'io-Giiigno  1900.  Roma;  gr.  in-4°. 

—  Rendicoiiil  délia  R.  Accademia  dei  Lincei,  VoJ.  XJX, 
lasc.  3-^.  Roma,  1900;  in-S". 

—  Rendiconto  délia  R.  Accademîa  dei  Lincei,  anno  1899- 
1900.  Torino;  in-fol. 

—  Bibliothèque  de  V Ecole  des  hautes  études  :  «  Histoire  et 
religion  des  Nosaïris»,  par  R.  Dussaud.  Paris,  1900;  in-8°. 

—  Bulletin  de  la  Société  de  géographie ,  juin-juii.-août-ocl. 
1900.  Paris;  in-8°. 

—  Transactions  of  the  Society  ofJapan  (2  fasc.  ) ,  December 
1899.  Tokio;  in-8°. 

—  The  Geographical  Journal,  July-November  1900.  Lon- 
don;  in-8°. 

—  Journal  ofthe  Royal  Asiatic  Society,  Jiily-October  1900. 
London;  in-8". 

—  Bulletin  de  laSociétéde  linguistique ,  juil.  1 900.  Paris  ;  in-8*'. 

—  Revue  des  études  juives ,  avril-juin  et  juil.-sept.  1900. 
Paris;  in-8^ 

—  Comité  de  conservation  des  monuments  de  l'art  arabe, 
lasc.  \fC  et  i5'.  Le  Caire,  1900;  in^". 

-^  Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  des  inscriptions 
cl  belles-lettres,  inarsjuil.-août.  Paris,  1900;  in-8*'. 

—  Publications  de  l'Ecole  française  de  l'Extrême-Orient  : 
Désiri'î  Lacroix,  Numismatique  annamite,  Saïgon,  1900;  texte 
el  planches. 

—  Journal  des  savants,  juin-août  1900.  Paris;  in-/^''. 

—  Corpus  inscriptionum  semiticarum.  Pars  I",  lom.  II , 
lasc.  î;  et  pars  IV",  tom.  I,  fasc.  3,  avec  planches.  Paris, 
1900;  in-fol. 

—  Transactions  and  proceedings  of  the  American  Philolo- 
g ical  Association,  1899.  Boston;  in-8**. 

—  Giornale  délia  Società  italiana,  VoLXllI.  Roma,  1900; 
in-8^ 

—  Journal  de  la  Société  finno-ougrienne ,  XVIII.  Helsing- 
lors,  1899;  in-8°. 


538  NOVRMBRE-DKCEMBRE    1900. 

(*ar  la  Société  :  Journal  of  ihe  China  Brandi  of  tlie  Royal 
Asifttic  SocielY»  1896-1897.  Shanghaï,  1900;  m-8°. 

Par  le  Gouvernement  néeiiandais  :  Bijdragen,  VI,  6,  1-4- 
allevering,  'S-Gravenhage,  1899;  in-8\ 

—  Notnlen,  1899.  Afl.  4-5  et  1900,  afl.  1.  Batavia,  1900; 
in-8". 

—  Tijdschrift ,  Deel  XLII.  Afl.  2-5.  Batavia,  1900;  in-S". 

—  I).  Van  Hinloo|)en  Labberton,  Het  Javaansch  van 
Malany-Pasocroclian ,  D.  Ll,  3.  Bata\ia,  1900;  gr.  iii-4*. 

—  Andriani,  Laolita  i  seze  n  Taola.  Batavia,  i900;in-A*. 

Par  les  éditeurs  :  Biblioiheijae  de  l'Ecole  des  hautes  études ^ 
100"  fasc.  :  Fr.  Martin,  Textes  religienjo  assyi^iens  et  babylo- 
niens. Paris,  1900;  in-8°. 

—  Revue  Africaine.  1"  trim.  1900.  Alger;  in  8°. 

—  Revue  de  l'Orient  chrétien,  5,  n"'  3  et  3.  Paris,  1900; 
in-8". 

—  Polybihlion,  parties  technique  et  littéraire,  juil.-aoùi 
et  orl.  1900.  Paris;  in-8*. 

—  Le  Globe.,  fév.-oct.  1900.  Genè>e;  in-8*. 

—  The  American  Journal  of  Philology,  January-inarcU  et 
aprii-june  1900.  Baltimore;  in-8''. 

—  Le  Maséon.  Vol.  1,  n°  2.  Louvain,  1900;  in-8*. 

—  Le  Spliinjo.  Vol.  IV,  fasc.  1.  ocl.  1900.  Upsale;  iii-8°. 

—  Revue  archéologique ,  mai-juin ,  juillet-août  1 900.  Paris  ; 
in-8°. 

—  Bulletin  archéologique,  année  1899.  Paris,  1900; 
in-8". 

—  The  American  Journal  of  Semitic  languagcs  (Hebraica). 
(Ihicago,  July  1900;  in-8*. 

—  Revue  biblique ,  juil.  et  oct.  1900.  Paris;  in-8**. 

—  imcrican  Journal  of  Archœology,  january-inarch  1 900. 
.Norwood;  in-8". 

—  A  nalecta  Bollandiana.  T.  XIX ,  fasc.  11.  Bruxelles ,  1 900  ; 
in-8^ 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  539 

Par  les  éditeurs  :  BoUettino  n"  348-356.  Firenze,  1900; 
in-8^ 

—  Zeitschrijï  Jur  hebraische  Bibliographie,  july-august 
1900.  Frankfurt-a.-M.  ;  in-8'. 

—  Balletin  de  littératare  ecclésiastiqae ,  jain  etjuîL  1900. 
Paris;  in-8'. 

Par  les  auteurs  :  A.  Vissière,  L'Odyuée  tun  prince  chi- 
nois (extrait).  Leyde,  1900;  in-8*. 

—  Cl.  MadroUe,  Haî-Nan  et  la  côte  continentale  voisine, 
Paris,  1900;  in-8'. 

—  J.  Halévy,  Revue  sémitiqae,  juil.  et  cet.  1900.  Paris 
iii-8". 

—  \.  Chauvin,  Bibliographie  des  ouvrages  arabes  ou  rela- 
tifs aux  Arabes,  publiés  dans  «  f Europe  chrétienne t»  de  18 iO  à 
1885. .Liège,  1900;  in-8°. 

—  n.  Suter,  Die  Mathematiker  and  Aslronomen  der  Araher 
und  dcren  Werke,  Leipzig,  1900;  iii-8% 

—  V.  Cuinet,  Syrie,  Liban  et  Palestine,  Géographie  admi- 
nislrative,  statistique  descriptive  et  raisonnée,  fasc.  1  et  a. 
Paris,  1896;  in-8^ 

^-  Carra  de  Vaux,  Avicenne.  Pari»,  1900;  in-8'. 

—  J.  Gwynn,  The  Apocalypse  of  St  John  in  Syriac.  Du- 
blin, 1897;  in-4.". 

—  G.  U.  Pape,  Trumvàçagam,  sacred  Utterances,  Tamil 
Text  and  Translation.  Oxford,  1900;  in-d"** 

—  S.  Giamil,  Monte  Singar,  storia  di  un  pppob  ignoto, 
Testo  sircM^aldeo  et  traduzione  italiana.  Roma,  1900;  iii-8**. 

—  H.  M.  Bhadkamkar,  Translation  unto  English  of  the 
Aytareya- apanishad  with  Sankaràcaryas  Bhashya,  Bombay, 
1899;  ^"■^"- 

—  L.  Gauthier,  Hayy  ben  Yaqdhân,  roman  philosophique 
d'Ibn  Tofaïl;  texte  arabe  et  traduction  française.  Alger, 
1900;  in-8'. 

—  E.  J.  W.  Gibb,  A  Histary  of  Ottoman  poetry*  London, 
J  900  ;  in-8",  t.  I, 


540  NOVEMBRE-DECEMBRE    1900. 

Par  les  auteurs  :  P.  Delatlre,  Musée  Lavifjerie  de  Sainl- 
Loids  de  Cartilage .  Paris,  1899;  gr.  m-4°. 

—  J.    Bonct,    Dictionnaire  annamite-français.   Tome    11, 
fasc.  1  ci  2.  Paris,  1900;  gr.  in-4°. 

—  Soplius  Bugge ,  Norges  Indschrifter  medde  aeldre  Rttner, 
fasc.  5.  Chrisliania ,  i900;iii-8". 

—  Gubet,  Mission  Pavie,  Indo-Cliine ,  III ,  1900;  gr.  in-A". 

—  A.  Macé,  Essai  sur  Suétone,  Paris,  1900;  in-8*. 

—  H.  Franke,  Der  Fràklingsmythas  der  Kesarsage,  Hel- 
siugfors,  1900;  iii-8°. 

—  N,  A.  AristofF,  Le  Caucase  anglo-indian  (en  russe). 
Saiul-Pëtersbourg ,  1 900  ;  in-8". 

—  A.  Bartli ,  Bulletin  des  religions  de  l'Inde  (  extrait  ).  Paris , 
1900;  in-8°. 

—  J.  Bouvier,  Le  monnayage  alea;andrind* Arados  (exir^ii), 
Paris,  1900;  in-8*. 

—  E.  Senart,  Note  sur  quelques  fragments  d'inscriptions  du 
Turfan  (extrait).  Paris,  1900;  in-8^ 

—  L.  INocentini,  Prodotti  coreani.  Borna,  1900;  in-8*. 

—  Cil.  CAermoni-GRuneau,  Recueil  d'archéologie  orientale. 
Tome  IV,  mai-juin  1900.  Paris;  in-8°. 

—  N.  N.  PantousofF,  Proverbes  Jdrgiz,  Kazan,  1899;  i*^'^"* 

—  Le  même,  Tamgaly  tach,  Kazan,  1899;  in-8*. 

—  Le  même,  Matériaux  pour  l'étude  du  dialecte  sarte  de 
la  langue  turque.  Kazan,  1899;  in-8®. 

—  P.  Ladeuze,  L'épître  de  Barnabe  (extrait).  Louvain, 
1900;  in-8°. 

—  A.  Gauchie,  Les  études  d'histoire  ecclésiastique  (extrait). 
LouNain,  1900;  in-8*'. 


SÉANCE  DU  VENDREDI  14  DÉCEMBRE  1900. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Me^nard. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  .    541 

Etaient  présents  : 

MM.  Cha vannes,  secrétaire;  Bonet,  GL.  Huart,  Gmmet, 
Decourdemanche ,  M.  Schwab,  Dussaud,  Henry,  Vinson, 
Mayer-Lambert,  Jîaiévy,  Vissière,  Meillet,  L.  Feer,  S.  Lévi, 
R.  Duval,  Bouvat,  Carra  de  Vaux,  membres;  Drouin,  secré- 
taire adjoint. 

Lecture  est  donnée  du  procès-verbal  de  la  séance  de  no- 
vembre dernier;  la  rédaction  en  est  adoptée. 

  propos  du  paragraphe  du  procès-verbal  qui  est  relatif 
à  la  nouvelle  publication  de  Sidi  Khalil,  M.  le  Président  in- 
forme la  Société  qu'il  a  reçu  de  M.  le  Grouvemeur  général  de 
TAlgérie  une  lettre  par  laquelle  ce  haut  fonctionnaire  le 
charge  de  transmettre  à  la  Société  ses  vifs  remerciements 
pour  renvoi  d'un  exemplaire  de  cet  important  ouvrage. 

Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 
MM.  Marcel  Mauss;  agrégé  de  philosophie,  demeurant  à 
Paris,  avenue  des  Gobelins,  n*  33;  présenté  par 
MM.  Sylvain  Lévi  et  Meillet; 

MadroHe,  explorateur  en  Extrême-Orient,  demeurant 
à  Neuilly-sur-Seine,  62,  rue  de  Sablonville;  pré- 
senté par  MM.  Vissière  et  Drouin; 

Tamamchef ,  ancien  directeur  de  la  banque  de  Tiflis, 
demeurant  à  Paris ,  rue  Logelbach ,  n**  1  a  ;  présenté 
par  MM.  Barbier  de  Meynard  et  Meillet; 

Paul  Grimault ,  demeurant  au  château  du  Verger,  par 
Seiches  (Maine-et-Loire),  présenté  par  MM.  l'abbé 
Bourdais  et  Drouin. 

Sont  offerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Guimet,  les  trois  derniers  fascicules  de  la  Rgvue 
de  l'Histoire  des  religions  ^  mai  à  octobre  1900,  et  un  exem- 
plaire du  Petit  Guide  illustré  da  Musée  Guimet,  d^^ition, 
1900.  M.  Guimet  ajoute  qu'il  y  a  en  ce  moment,  an  Musée, 
une  exposition  de  costumes  égyptiens  des  époques  romaine  et 

XVI.  35 


542  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1000. 

byzantine  (ii'  au  v'  siècle).  Ces  objets,  provenant  des  fouilles 
nouvellement  faites  à  Antinoé  par  M.  Al.  Gayet,  ont  mis 
notamment  au  jour  des  tombeaux  portant  des  dates  consu- 
laires correspondant  aux  années  i5o,  aoo  et  45o  de  notre 
ère; 

Par  M.  Schwab ,  le  tome  V  des  Œavres  de  Saadia  conte- 
nant la  version  arabe  du  livre  de  Job  (texte  arabe  en  carac- 
tères hébreux  et  traduction  française),  in-8%  Paris,  1900;  et 
la  suite  de  son  Répertoire  (  fasc.  2  et  3  )  des  articles  relatifs  à 
l'histoire  et  à  la  littérature  juives.  Plusieurs  membres  de  la 
Société  font  ressortir,  à  propos  de  ce  Répertoire,  tout  l'intérêt 
que  présenteraient  des  travaux  de  ce  genre  pour  d  autres  lit- 
tératures ; 

Par  M.  Paul  de  Kokowzoff,  un  exemplaire  de -son  article 
qui  a  paru  dans  le  Journal  asiatique  sur  la  Seconde  inscription 
araméenne  de  Nirah; 

Par  M.  J.  de  Goeje,  un  exem{daire  du  a*  fascicule  de  ses 
Mémoires  d' histoire  et  de  géographie  orientales,  Leide,  1900; 

Par  M.  R.  Dussaud,  son  Histoire  et  religion  des  Nosaïris, 
in-8%  Paris,  1900,  formant  le  129'  fascicule  de  la  Biblio- 
thèque de  rËcole  des  hautes  études; 

Par  M.  A.  Barth ,  les  8'  et  9'  fascicules  du  Bulhtin  des  reli- 
gions de  l'Inde; 

Par  M.  J.  Yinson ,  son  Manuel  de  la  langue  hindoustani  (  Our- 
dou et  Hindi),  Paris,  in- 18,  Maisonneuve,  1899;  et  ses  Lé- 
gendes bouddhistes  et  djaînas,  traduites  du  tamoul,  2  vol., 
Paris,  Maisonneuve,  1900; 

Par  M.  RJsariofi,  Histoire  de  Géorgie,  in-8%  Paris  et  Tiflis, 
1900; 

Par  M.  le  Directeur  de  Tlmprimerie  nationale,  Y  Histoire 
des  Rois  des  Perses  de  Al-Thaalibi,  texte  arabe  et  traduction 
française  de  M.  H.  Zotenberg,  in-4*,  1900; 

Par  M.  R.  Duval,  au  nom  de  M.  labbë  F.  Nau,  la  seconde 
partie  des  Opuscules  maronites  contenant  la  Vie  de  Sévère, 
évéque  dAntioche,  în-8%  1900;  eilaVie  de  Schenoaii,  in-8', 
1900,  textes  syriaques  et  traductions  françaises  ; 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  543 

Par  M.  Bonet,  le  second  et  dernier  volume  de  son  Dic- 
tionnaire annamite-français  (langue  officielle  et  langue  vul- 
gaire), grand  in-8",  1900. 

En  ofirant  le  volume  de  M.  A.  Foucher,  intitulé  :  Etude 
sur  l'iconographie  bouddhique  de  l'Inde  (in-8",  1900),  M.  le 
Président  informe  la  Société  que  notre  confrère  pai't  dans 
quelques  jours  pour  Saigon,  chargé  par  l'Académie  de» 
inscriptions  et  beUes-lettres  d'aller  remplacer  M.  Finot  comme 
directeur  de  l'Ecole  française  d'Extrême-Orient  pendant  le 
congé  de  ce  dernier. 

Des  remerciements  sont  votés  aux  différents  donateurs. 

M.  Vissière  donne  lecture  d'une  partie  d'un  mémoire  sur 
les  Caractères  chinois  que  l'on  évite  de  prononcer  ou  d'écrire 
par  respect. 

A  la  suite  de  cette  lecture ,  quelques  remarques  sont  pré- 
sentées par  MM.  Chavannes,  Bonet  et  Vinson. 

M.  Chavannes  fait  ensuite  une  communication  sur  la  secte 
des  Boxers  de  la  Chine. 

Ces  deux  mémoires  seront  publiés  dans  le  Journal  asia- 
tique. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA   SOCIETE. 
(Séance  du  i4  décembre  1900.) 

Par  l'india  Office  :  Indian  Antiquary,  December  1900. 
Bombay;  in-4.*. 

—  A  List  of  the  Archœological  Reports.  Calcutta,  1900; 
in-fol. 

Par  le  Ministère  des  affaires  étrangères  :  Documents  diplo' 
niatiques:  Chine,  1899-1900.  Paris;  in-4'. 

Par  la  Société  :  Bulletin  de  l'Académie  des  sciences  de  Saint- 
Pélershour g, meii-sepi.-no\,  i898;janv.-déc.  i899;janv.  1900. 

35. 


544  NOVEMBRE-DECEMBRE    1900. 

Par  la  Société  :  Mémoires  deV Académie  des  sciences  de  SainU 
Pétershonrg.  —  E.  Rui^tz ,  Zwei  griechische  Texte  àher  die  UL 
Theophano,  die  Gemahlin  Kaisers  Léo  VI.  Saint-Pétersbourg, 
l898;in-4^ 

—  Même  recueil.  —  Friedrich  Westbérg,  Ibrahim  s-lbn- 
JaknVs  Reiseberickt  àber  die  Slawenlande  ans  dem  Jahre  965. 
Saint-Pétersbourg,  1898;  in- 4.**. 

—  Même  recueil.  —  Texte  grec  sur  les  martyrs  d'Amoria 
(en  russe).  Saint-Pétersbourg,  1898;  in-4.*. 

—  Journal  des  Savants,  sept.-oct.  1900.  Paris;  in-4°. 

—  Atti  délia  reale  Accademia  dei  Lincei.  Lug^o,  1900; 
in-4". 

—  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique,  XI,  5'  fasc. , 
1900.  Paris;  in-8°. 

—  Journal  asiatique,  sept.-oct.  1900.  Paris,  in-8°. 

—  Bulletin  de  la  Société  de  géographie,  nov.  1900.  Paris; 
in-8^ 

Par  les  éditeurs  :  Revue  critique,  n**44i  ^7. 

—  Revue  archéologique ,  sept.-oct.  1900.  Paris;  in-8'. 

—  Bibliotheca  buddhica,  —  C.  Bendall,  Sikshâsamuccaya , 
a  Compendium  of  buddhistic  teaching,  compiled  by  Çanti- 
deva  II.  Saint-Pétersbourg,  1898;  in-8*. 

—  Sacred  Books  ofthe  East,  Vol.  XLIV.  Satapatha  Brâh- 
mana.  Oxford,  1900;  in-8^ 

i —  Mittheilungen  des  Setninars  fur  orientalische  Sprachen, 
herausgegeben  von  Prof.  Dr.  Eduard  Sachau.  Jahrgang  III. 
3  Abtheil.  Berlin,  1900;  in-8'. 

—  Polybiblion;  parties  technique  et  littéraire,  nov.  1900; 
in-8^ 

—  Mechra  el-Melki,  chronique  tunisienne  (1705-1771) 
par  Seghir  b.  Youssef  de  Béja,  traduite  par  V.  Serres  et 
M.  Lasram.  Paris,  1900;  in-8". 

—  Bollettino,  n**  367.  Firenze,  1900;  in-8'. 

—  Analecta  Bollandiana,  nov.  1900;  in-8°. 
Taalkaartvan  de  Minahasa,  hedayiei^  1900. 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  545 

Par  les  auteurs  :  Ig.  Guidi,  Tables  alphahétiqaes  du  Kitâb 
al-Aghâni.  Leyde ,  1 900  ;  gr.  in-S". 

Par  les  auteurs;  R.  Sewell,  A  forgotten  Empire  [Vijay a- 
nagar).  A  contribution  to  tbe  History  of  India.  London, 
1900;  in-8°. 

—  Ed.  Browne,  Hand-Lût  ofMohamadan  manascripts  of 
the  Cambridge  University  Library,  Cambridge,  1900;  in-8°. 

—  Agnès  Smith  Lewis,  Studia  Sinuitica,  n"'  IX  et  X. 
Select  Naratives  of  Holy  Woman,  London,  1900;  mi°. 

—  Emile  Ernault,  Table  analytique  des  dix  premiers  vo- 
lumes des  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris.  Paris, 
1900;  in-8°. 

—  A.  Barth,  Compte  rendu  du  Grandriss  der  indo-arischen 
Philologie,  etc.  (extrait).  Paris,  1900;  in-4°. 

—  Dr.  W.  Radloflf ,  Die  alttûrkischen  Inschriften  der  Mon- 
golei.  Zweite  Folge.  Saint-Pétersbourg,  1900;  in-4°. 

—  Le  même,  Versach  eines  Wôrlerbuches  der  tûrk -Dia- 
lecte, ii'^Lief.  Saint-Pétersbourg,  1898;  in-4^ 

—  Grûnwedel,  Mythologie  du  buddhisme  au  Thibet  et  en 
Mongolie,  Paris,  1900;  in-ii**. 

—  W.  Serruys,  Notice  sur  le  Liban.  Beyrouth,  1900; 
in-8°. 

—  Paul  Regnaud,  Le  Big-Véda,  texte  et  traduction; 
9'  Mandala,  le  culte  védique  du  Soma.  Paris,  1900;  gr.  in-S". 

—  M.  Schwab ,  Salomon  Munk  (  1 8o3- 1 867  ).  Paris ,  1 900  ; 
m- 12. 

—  Fr.  Murad,  Ararat  und  Masis,  Studien  zur  armenischen 
Alterthamskunde  und  Literatur.  Heidelberg,  1900;  in-8®. 

—  Ferdinand  Farjenel ,  Les  Européens  et  la  langue  chinoise 
(extrait).  Paris,  1900;  in-8°. 

—  D'  A.  Kaminka,  Le  Tachkemoni  de  Jehada  Alcharizi. 
Varsovie,  1899;  in-Sa. 


546  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

BIBLIOGRAPHIE. 

NOUVELLES  BIBLIOGRAPHIQUES. 

L'Odyssée  dan  prince  chinois,  que  publie  M.  A.  Vissière, 
est  la  traduction  d*un  récit  de  voyage  en  mer  effectué  en 
1 886  dans  le  golfe  du  Petchili  par  le  prince  Tch  ouen ,  qui 
venait  d*étre  nommé  chef  de  l'Amirauté  chinoise.  Ce  récit 
est  entremêlé  de  vers  qui  montrent  les  tendances  et  les  pré- 
jugés de  la  Cour  de  Pékin  (i  vol.  in-8",  Leyde,  1900). 

M.  Ch.  MadroUe,  qui  a  passé  plusieurs  années  dans  Tile 
de  Hai-Nan,  a  publié,  sous  le  titre  de  Haî-Nan  et  la  Côte 
continentale  voisine  (in-8°,  Paris,  1900),  l'histoire  et  la  géo- 
graphie de  cette  île,  qui  touche  de  près  nos  possessions  de 
rindo-Chine  et  qui  a  été  Tobjet  de  nombreuses  explorations 
depuis  l'arrivée  des  Portugais.  L'ouvrage  est  accompagné  de 
cartes  et  d'un  lexique  géographique  chinois. 

Le  traité  de  Numismatique  annamite,  par  M.  D.  Lacroix ,  est 
le  premier  volume  qu'a  publié  l'Ecole  française  d'Extrême- 
Orient,  fondée  en  1899  P^^  ^*  Doumer  et  dont  notre 
confrère  M .  L.  Finot  est  le  directeur  (gr.  in-8*' ,  Seâgon  ,1900  ). 

L'ouvrage  est  dédié  à  M.  J.  Siivestre,  ancien  inspecteur 
des  Affaires  indigènes  en  Cochinchine ,  actuellement  profes- 
seur à  l'École  coloniale.  M.  Siivestre  est,  en  effet,  l'auteur 
d'un  travail  important  sur  les  monnaies  de  l'Annam  et 
de  la  Cochinchine  (voir  Rapport  J.  Darmesteter, /.  asiat,, 
1884,  H,  p.  i5o).  Le  livre  de  M.  Lacroix  n'est  qu'une 
nouvelle  édition,  mais  considérablement  remaniée  et  aug- 
mentée. Il  est  accompagné  d'un  atlas  de  Ao  planches. 

Une  autre  publication,  émanant  de  la  même  Ecole,  est 
{'Inventaire  sommaire  des  monuments  chams  de  VAnnam  (in-fol., 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  547 

Hanoï,  1900).  Ce  n*est  encore  quWe  simple  liste,  en  atten- 
dant rinventaire  descriptif  et  détaillé;  mais  elle  contient 
déjà  les  indications  géographiques  nécessaires  à  Tidentifica- 
tlon  des  monuments  épigraphiques. 

Le  dernier  fascicule  des  Mémoires  de  la  Société  finno- 
ougrienne  d'Helsingfors  est  intitulé  :  Der  Fràhlingsmythus  der 
Kesarsage,  par  M.  H.  Franke,  missionnaire  à  Ladakh;  c'est 
une  étude  sur  la  religion  tibétaine  avant  Tintroduction  du 
bouddhisme.  L'ouvrage  contient  le  texte  tibétain  de  la  lé- 
gende du  héros  Kesar  [four  Skyegsar) ,  le  dieu  du  Printemps , 
avec  notes  et  traduction. 

M.  A.  Grûnwedel  avait  été  chargé  par  le  «  British  Govern-- 
ment  of  India  »  de  reviser  et  pubher  le  dictionnaire  lepcha , 
laissé  en  manuscrit  par  le  colonel  M anering ,  l'auteur  d'une 
grammaire  de  cette  langue  (voir  /.  asiat,,  ^vàn  1879  ®*  ^^'"'^ 
1897).  La  Société  asiatique  vient  de  recevoir  le  volume  qui 
est  le  résultat  de  ce  travail  du  savant  allemand  et  quia  paru 
sous  le  titre  de  Dictionary  ofthe  Lepcha  langaage  (in-8",  Ber- 
lin, 1898),  suivi  d'un  Index  English-Lepcha.  Le  «British 
Government»  a  prescrit  à  M.  Grûnwedel  de  ne  se  servir  que 
de  caractères  romains ,  jugeant  inutile  de  faire  graver  les  ca- 
ractères d'un  alphabet  qui  n'a  aucune  origine  épigraphique , 
puisqu'il  a  été  créé  par  Chador,  roi  des  Lepcha,  vers  1706, 
sur  le  type  tibétain.  Le  lepcha  est  une  langue  monosylla- 
bique qui  se  rapproche  des  langues  tibétaine  et  de  l'Hima* 
laya ,  et  son  vocabulaire  est  très  riche.  La  publication  de  ce 
dictionnaire  donne  à  un  idiome  jusqu'ici  peu  connu  une 
place  importante  dans  les  langues  transgangétiques. 

M.  Bhadkamkar,  de  Bombay,  a  donné  la  traduction  an- 
glaise de  YAitareya-upanishad,  ainsi  que  du  commentaire 
sanscrit  (Bhàshya)  de  Sankarâchârya ,  ouvrage  important 
pour  l'étude  de  la  philosophie  vedàntique  (1  vol.  in-8*,  Bom- 
bay, Tndia  press,  1899). 


548  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

Notre  confrère  le  D' M. -A.  Stein,  actuellement  en  mission 
en  Kâshgarie ,  vient  de  publier  un  important  Memoir  on  the 
ancient  geography  of  Kashmir,  avec  cartes  (Calcutta,  1899), 
d*après  les  auteurs  classiques ,  les  sources  chinoises ,  les  au- 
teurs musulmans  et  les  chroniques  et  traditions  indigènes. 
L'auteur,  qui  a  exploré  tout  le  Kashmire,  est  parvenu  à 
identifier  presque  tous  les  noms  modernes  avec  les  anciennes 
appellations.  Ce  travail  considérable  peut  être  considéré 
comme  une  introduction  à  la  traduction  de  la  Râjatarancfini 
du  même  savant,  qui  va  incessamment  paraître. 

M.  de  Clercq  continue  lentement,  mais  sûrement,  grâce 
à  Tassistance  de  savants  compétents ,  la  publication  du  cata- 
logue de  sa  collection  d'antiquités  assyriennes.  La  troisième 
livraison  du  tome  II(in-fol. ,  Paris,  E.  Leroux,  1900)  est 
consacrée  aux  plaques  de  bronze  formant  la  frise  de  Balawat. 
Ces  plaques  sont  revêtues  d'inscriptions  en  caractères  cunéi- 
formes ,  relatant  diverses  campagnes  militaires  de  Salmanazar 
en  Arménie  et  contrées  voisines ,  avec  la  représentation  des 
personnages  et  des  scènes  guerrières.  Les  planches  en  hélio- 
gravures, exécutées  par  la  maison  Dujardin,  donnent  une 
haute  idée  de  la  merveilleuse  habileté  dont  étaient  doués, 
forgerons,  fondeurs,  ciseleurs,  les  ouvriers  assyriens.  La 
traduction  des  inscriptions  est  due  au  Père  Scheil. 

M.  C.  de  Ujfalvy ,  qui  a  fait  plusieurs  voyages  en  Asie  cen- 
trale, dans  le  nord  de  l'Inde  et  dans  THimalaya,  a  publié 
une  série  de  travaux,  en  allemand  et  en  français,  sur  les 
races  diverses  de  ces  contrées ,  sur  leur  histoire  et  sur  leurs 
émigrations.  Ses  deux  derniers  mémoires  sont  intitidés  : 
Mémoires  sur  les  Huns  blancs  (in-S'*,  Paris,  1898)  et  Icono- 
graphie et  anthropologie  irano-indiennes  (in-8*',  Paris,  1900). 
En  dehors  de  la  question  anthropologique ,  qui  n'est  pas  de 
notre  domaine,  ces  études,  basées  sur  les  monuments  épi- 
graphiques  et  monétaires,  contiennent  des  renseignements 
très  importants  qui  apportent  une  très  utile  contribution  à 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  '    549 

l'histoire  des  difFérents  peuples  asiatiques  qui  ont  traversé  ou 
qui  habitent  encore  les  plateaux  de  l'Iran ,  du  Turkestan ,  du 
Pamir  et  de  l'Himalaya. 

L'histoire  de  l'Iran  de  M.  F.  Justi  [Geschichte  Irans  von 
den  àltesten  Zeiten  bis  zam  Ausgang  der  Sassaniden ,  Strass- 
burg ,  1 900)  est  une  refonte  complète  de  la  première  édition 
parue  en  1878,  auxîourant  des  progrès  de  la  science  depuis 
vingt-cinq  ans  en  épigraphie,  en  numismatique  et  en  glyp- 
tique, comme  en  géographie  et  en  histoire.  Avec  les  ou- 
vrages de  G.  Rawlinson,  von  Guischmid  et  Nœldeke,  on 
possède  maintenant  un  ensemble  de  matériaux  dignes  de 
foi  pour  l'histoire  de  la  Perse  pendant  toute  l'antiquité 
jusqu'à  l'invasion  arabe. 

M.  E.  Pereira  a  traduit  en  portugais  [Conversâo  de  um  rei 
du  India  ao  christianismo ,  Lisbonne,  1900)  la  version  éthio- 
pienne d'une  homélie  composée  en  grec  par  Sévère ,  arche- 
vêque d'Antioche  (vi'  siècle).  Ce  texte  original  a  été  perdu, 
mais  il  reste  les  traductions  copte,  arabe  et  éthiopienne.  Il 
est  question  dans  cette  homélie  d'un  roi  indien,  Resanthos, 
et  d'un  riche  marchand,  Ketsôn,  qui  sont  convertis  au  chris- 
tianisme par  un  évêque  byzantin  envoyé  exprès  dans  l'Inde 
par  Constantin  ou  Justinien.  Les  noms  propres  contenus 
dans  cette  histoire  sont  très  probablement  indiens  sous  une 
apparence  grecque  et  leur  identification  a  donné  lieu  à  d'in- 
téressantes recherches.  Cette  légende,  du  reste,  se  trouve 
dans  d'autres  pays,  notamment  en  Géorgie.  Le  texte  éthio- 
pien est  du  XIII*  ou  XIV*  siècle.  Dans  une  note  complémen- 
taire ,  M.  Pereira  rapproche  le  marchand  Ketsôn  du  marchand 
Samudra  de  VAvadana  Çataka  ou  les  Cent  légendes  boud- 
dhiques, traduites  par  M.  L.  Feer. 

Le  même  savant  portugais  vient  de  publier  la  traduction 
de  la  chronique  de  Sasenyos  (i6o5-i632)  dont  il  avait  donné 
le  texte  gueez  en  1890.  La  traduction  est  suivie  de  notes  qui 
forment  la  moitié  du  volume  (in-8",  Lisbonne,  1900). 


550  NOVEMBRE  DÉCEMBRE    1900. 

M.  Pemichon  a  donné,  dans  la  Revae  sémitique,  le  texte 
amharique  avec  la  traduction  de  documents  contemporains 
concernant  l'histoire  de  l'Ethiopie  à  Tépoque  de  Theodoros 
et  intéressants  au  point  de  vue  de  la  politique  et  de  Tin- 
fluence  française  en  Abyssinie. 

Sous  le  titre  de  Die  Mathematiker  and  Asironomer  der 
Araher  und  ihre  Werke  (in-S**,  Leipzig,  Teubner,  1900), 
M.  Heinrich  Suter,  professeur  à  TUniversîté  de  Zurich,  a 
dressé  la  liste  de  plus  de  5oo  écrivains  arabes  qui  se  sont 
occupés  de  sciences  depuis  Tan  760  jusqu'à  l'an  1600  de 
notre  ère.  C'est  un  ouvrage  capital  qui  a  exigé  de  longues  et 
patientes  recherches  et  qui  manquait  jusqu'à  ce  jour  dans 
nos  études  orientales.  Les  écrivains  sont  placés  dans  l'ordre 
chronologique,  mais  un  index  alphabétique  permet  facile- 
ment les  recherches. 

Le  livre  sur  Avicenne  (Ibn  Sina),  que  vient  de  publier 
notre  confrère  le  baron  Carra  de  Vaux,  dans  la  collection 
des  Grands  Philosophes,  est  une  étude  importante  sur  le 
mouvement  philosophique  arabe  pendant  quatre  siècles,  de- 
puis Mahomet  jusqu'au  célèbre  écrivain  de  Bokhâra.  S'ap- 
puycmt  sur  les  travaux  les  plus  récents,  Tauteur  a  fourni  une 
excellente  contribution  à  l'histoire  de  la  philosophie  gréco- 
arabe.  Rappelons  à  cet  égard  que  M.  Mehren,  de  Copenhague, 
publie  le  texte  arabe  des  différents  traités  mystiques  d' Avi- 
cenne et  que  le  quatrième  fascicule ,  contenant  le  traité  sur 
le  Destin,  a  paru  à  Leyde  en  1899. 

M.  René  Dussaud,  qui  a  exploré  le  pays  des  Nosaïris  ou 
Ansarieh  du  Liban ,  vient  d'écrire  l'histoire  de  cette  tribu , 
dont  l'origine  est  encore  inconnue  et  qui,  quoique  pariant 
arabe ,  a  conservé  sa  religion  très  distincte  de  rislaniisme. 
Le  fond  paraît  être  le  gnosticisme  alexandrin,  et  une  de  ses 
particularités  est  la  croyance  à  la  métempsychote.  Le  livre 
de  M.  Dussaud  est  suivi  de  fragments  de  textes  rdigieax  en 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  551 

arabe;  il  forme  le  1 29* fascicule  de  la  Bibliothèque  de  TEcole 
des  hautes  études.  Le  recueil  des  Etacles  religieuses  et  la 
Revae  de  l'Orient  chrétien  (1899  et  1900)  contiennent  une 
série  de  Notes  de  voyage  intitulée  :  Au  pays  des  Nosaîris,  par 
le  R.  P.  Lammens. 

De  quelle  époque  date  la  lettre  grecque  dite  de  Barnabe? 

Les  auteurs  ne  sont  pas  d'accord  sur  ce  point.  Dans  une 
brochure  récente,  M.  P.  Ladeuze,  professeur  à  l'Université 
de  Louvain ,  croit  pouvoir  placer  l'époque  de  la  composition 
(le  cette  épitre  grecque  à  l'an  i3o  de  J.-C.  Signalons  en 
même  temps  l'apparition  d'une  Revae  d'Histoire  ecclésiastique , 
rédigée  par  M.  Ladeuze,  M*"^  Abbeloos  et  divers  professeurs 
de  Louvain ,  qui  rendra  sans  doute ,  comme  la  Revue  Biblique , 
des  services  aux  études  orientales. 

Nous  avons  déjà  signalé  plusieurs  ouvrages  publiés  à  Alger 
sous  les  auspices  du  Gouvernement  général  de  l'Algérie.  Le 
plus  récent  qui  nous  soit  parvenu  dans  le  domaine  de  nos 
études  est  le  texte  arabe  avec  traduction  française,  par 
M.  Léon  Gauthier,  d'un  roman  de  Ibn  Thofaïl,  né  en  An- 
dalousie ,  mort  au  Maroc  en  58 1  Hég.  ^  disciple  d*Averroès. 
Le  titre  est  :  Histoire  (  risâla  )  de  Hayy  ben  Yaqdhân  (  «  le  vi- 
vant fds  du  vigilant  »  ) ,  personnage  philosophique  emprunté 
aux  traités  mystiques  d'Avicenne.  Le  texte  est  établi  d'après 
un  manuscrit  d'Alger;  il  avait  déjà  été  publié  d* après  un  ma- 
nuscrit du  British  Muséum,  en  1671,  avec  une  traduction 
latine  par  Pococke.  Plusieurs  éditions  du  texte  arabe  ont  paru 
en  Orient. 

Parmi  les  publications  de  l'Ecole  des  lettres  d'Alger,  qui 
lorment  déjà  22  volumes  concernant  pour  la  plupart  les 
études  orientales ,  il  y  a  lieu  de  mentionner  dès  à  présent , 
bien  qu'elle  ne  soit  pas  encore  tout  à  fait  terminée,  la  pu- 
blication par  M.  René  Basset,  directeur  de  cette  École,  du 
texte  arabe  de  l'Histoire  de  la  conquête  de  VAbyssinie  au 
xvî'  siècle,  par  Chihab  eddin  Ahmed,  surnommé  ^ra6  Fojqih 


552  NOVEMBRE-DECEMBRE  1900. 

Ce  texte  a  été  établi  d*après  un  manuscrit  de  la  Bibliothèque 
d'Alger  avec  les  variantes.  La  traduction  française  avec  de 
nombreuses  notes,  par  le  même  savant,. sera  d*un  grand 
secours  pour  Thistoire  de  cette  expédition  guerrière,  déjà 
connue,  du  reste ,  par  les  historiens  indigènes  et  les  auteurs 
portugais. 

La  librairie  Hartleben,  de  Vienne,  a  publié  dans  sa  Bi- 
bliothek  der  Sprachkande  près  de  cinquante  petites  gram- 
maires élémentaires  des  principsdes  langues  de  l'Europe  et 
de  l'Orient  (au  prix  minime  de  2  mark).  Parmi  ces  der- 
nières ,  il  convient  de  citer  les  grammaires  des  langues  sia- 
moise, annamite,  chinoise,  hébraïque,  persane  et  arabe,  et 
pour  les  langues  mortes,  la  grammaire  sanscrite  de  R.  Fick 
et  la  grammaire  assyrienne  de  Rosenberg.  On  peut  dire 
sans  exagération  que  ces  ouvrages ,  rédigés  dans  un  but  sm*- 
tout  pratique  et  pour  ce  que  les  Allemands  appellent  le 
Selhststadlam ,  sont  des  modèles  de  clarté  et  de  netteté  scien- 
tifique. La  grammaire  du  professeur  Rosenberg  mérite -une 
mention  toute  particulière,  à  raison  de  la  difficulté  de  la 
matière.  L'auteur,  tout  en  étant  un  Sammériste,  a  eu  le  soin 
de  ne  s'occuper  que  de  la  langue  sémitique  et  a  eu  le  mérite 
de  condenser,  sous  un  petit  volume,  toutes  les  variétés  du 
syllabaire  assyrien  ;  les  commençants  lui  reprocheront  peut- 
être  de  ne  pas  avoir  donné  assez  de  transcriptions. 

E.  Drouin. 


Taules  alphabétiques  du  Kitâb  Al-Agâné,  Brill,  Leyde,  1900, 
1  vol.  gr.  in-8°,  xiet  769  pages. 

Trois  quarts  de  siècle  se  sont  écoulés  depuis  qu*£tienne 
Quatremère  signalait  au  monde  savant  la  haute  valeur  du 
Livre  des  Chansons,  et  en  publiait  un  extrait  que,  comme 
tant  d'autres  travaux ,  il  laissa  inachevé.  Quoique  le  précieux 
document  n'existât  encore  qu'en  manuscrit  et  à  l'état  frag- 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  553 

mentaire,  il  fut  consulté  avec  une  vive  curiosité  par  les  ara- 
bisants auxquels  il  offrait,  sous  un  titre  modeste,  presque 
frivole ,  la  plus  riche  collection  de  faits  relatifs  à  la  djahelyeh 
ou  période  anté-islamique ,  et  aux  trois  premiers  siècles  de 
Tère  musidmane. 

Ces  archives  du  vieux  monde  arabe  ont  été  recueillies  par 
un  lettré  d'origine  persane ,  Aboul-Faradj ,  dlspahân ,  qui 
leur  consacra  cinquante  années  de  recherches  persévérantes. 
La  genèse  de  cette  collection  est  assez  intéressante  pour  mé- 
riter d'être  rappelée  en  quelques  lignes.  Aboul-Faradj  était 
un  de  ces  érudits ,  nombreux  au  x*  siècle  de  notre  ère ,  dont 
les  choses  du  passé  tenaient  la  curiosité  en  éveil  :  grand 
amateur  du  chant  ancien ,  celui  des  écoles  de  la  Mecque  et 
de  Médine ,  aussi  bien  que  des  poésies  classiques  qui  avaient 
servi  de  thèmes  à  ces  premières  compositions,  il  s'appliqua 
avec  acharnement  à  les  recueillir  pendant  un  demi-siècle , 
fouillant  les  bibliothèques  publiques  et  privées ,  compulsant 
les  anciennes  chroniques ,  interrogeant  chanteurs  et  joueurs 
de  luth ,  en  un  mot ,  ne  négligeant  aucune  source  d'informa- 
tion :  il  réussit  ainsi ,  et  sans  se  douter  peut-être  de  la  haute 
importance  de  son  enquête,  à  réunir  les  matériaux  d'une  des 
œuvres  les  plus  considérables  de  la  littérature  arabe. 

La  réputation  de  son  livre  était  faite  depuis  longtemps  en 
Europe,  lorsque  l'imprimerie  de  Boulac  publia  (en  1869) 
l'édition  en  vingt  volumes,  la  seule  que  nous  possédons  jus- 
qu'à ce  jour.  Malgré  son  inexactitude  et  ses  lacunes,  cette 
édition ,  établie  sur  deux  ou  trois  copies  d'âge  différent ,  re- 
produit la  recension  généralement  adoptée  du  Livre  des 
Chansons.  Son  défaut  principsd  consiste  dans  l'omission  d'une 
trentaine  de  biographies  qui,  heureusement,  nous  ont  été 
conservées  dans  un  ms.  de  la  Bibliothèque  royale  de  Munich. 
M.  E.  Brûnnow  les  a  publiées ,  en  1 885 ,  dans  le  même  format 
que  celui  de  Boulac ,  et ,  grâce  à  cet  érudit ,  nous  avons  aujour- 
d'hui entre  les  mains  l'œuvre  complète  d'isfahâni. 

Mais  il  restait  encore  à  la  rendre  accessible  aux  travailleurs. 
On  connaît  l'indifférence  des  éditeurs  orientaux  pour  tout  ce 


554  NOVËMBRE-DëGEMBHE  1900. 

qui  est  table,  index,  répertoire  analytique.  C'est  à  peine  si 
l'éditeur  du  Caire  donne  en  tête  de  chaque  volume  le  nom 
des  personnages  auxquels  une  monographie  spéciale  est  con- 
sacrée. Or  c'est  par  milliers  que  se  comptent  les  noms  propres , 
les  noms  géographiques,  etc.,  dans  cette  vaste  compilation. 
Je  ne  puis  songer  sans  une  certaine  mélancolie  au  heures 
que  j'ai  passées  autrefois  à  recueillir  péniblement,  dans  les 
vingt  fascicules  de  Boulac,  les  éléments  dune  biographie 
d'artiste  qui  aurait  été  moins  écourtée  et  mieux  documentée 
si  j'avais  eu  alors  à  ma  disposition  les  Tables  alphabétiques 
dont  je  suis  heureux  aujourd'hui  d'annoncer  Tentier  achève- 
ment. 

Grâces  soient  rendues  k  M.  Guidi  qui  en  a  conçu  le  plan 
et  dirigé  l'exécution ,  bien  secondé  par  ses  vaillants  cdlabo- 
rateurs.  Les  Tablés  se  composent  en  réalité  de  trois  séries  : 
la  première  consacrée  aux  poètes,  la  seconde  aux  vers  cités, 
et  la  troisième ,  de  beaucoup  la  plus  importante ,  donne  l'index 
historique  indiquant  tout  ce  que  chaque  notice  renferme 
d'intéressant  au  point  de  vue  littéraire ,  anecdotique  et  mu- 
sical. Ce  troisième  index  fait  peut-être  double  emploi  avec  le 
premier  :  mais  qui  songerait  à  se  plaindre  de  cette  abondance 
de  biens ,  après  avoir  souffert  de  Tindigence  des  titres  de  l'édi- 
tion égyptienne  ? 

Pour  se  faire  une  idée  du  soin  minutieux  qui  a  présidé  à 
la  confection  des  Tables,  il-  suffit  de  consulter  l'index  n*  a , 
celui  des  rimes.  Non  content  de  les  réunir  en  un  ordre  alpha- 
bétique rigoureux,  l'éditeur  les  a  classées  séparément  selon 
les  mètres  de  la  prosodie  arabe,  en  observant  en  outre  la 
distinction  de  Vélif  maksoarah,  du  wasl  et  autres  particula- 
rités prosodiques.  Peut-être  y  a-t-il  là  un  certain  raffinement , 
et  pour  le  lecteur  un  surcrott  de  travail,  mais,  si  le  mieux  est 
quelquefois  l'ennemi  du  bien,  combien  est  respectable  ce 
scrupule  de  ne  rien  omettre  de  ce  qui  peut  éviter  les  tâton- 
nements et  les  chances  d'erreur. 

J'ai  déjà  dit  quelle  gratitude  doit  nous  inspirer  l'initiative 
prise,  aux  dépens  de  ses  propres  travaux,  par  Torientdiste 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  555 

ëminent  qui  a  jeté  les  bases  de  cette  belle  publication.  A 
côté  de  M.  Guidi,  il  est  juste  de  citer  les  noms  de  ses  auxi- 
liaires érudits  :  MM.  Brûnnow,  Seybold,  van  Vloten,  Kleyn 
et  Bergass.  Un  souvenir  ému  doit  être  donné  aussi  à  un  jeune 
orientaliste  qu'une  mort  prématurée  a  enlevé  à  nos  études  : 
M.  Félix  Hélouis,  consul  de  France,  attaché  en  dernier  lieu 
au  Ministère  des  affaires  étrangères ,  en  qualité  de  secrétaire- 
interprète.  Pendant  son  séjour  en  Orient,  ce  bon  travailleur 
s'était  épris  de  la  lecture  de  VAgânî;  il  avait ,  lui  aussi ,  com- 
pris la  nécessité  d'y  joindre  un  index,  et  seul,  sans  secours, 
sans  même  avoir  connaissance  du  travail  parallèle  qui  se 
poursuivait  en  Europe,  il  s'était  mis  à  la  besogne  et  avait 
dressé  la  liste  de  tous  les  noms  propres  sans  exception,  y 
compris  même  les  isnad.  Je  fus ,  je  crois ,  le  premier,  dès  son 
retour  en  France,  à  lui  annoncer  qu'il  avait  été  devancé  et 
qu'une  bonne  partie  des  Tables  était  déjà  sous  presse.  Sans 
la  moindre  hésitation  et  avec  une  abnégation  qu'on  ne  sau- 
rait trop  signaler,  M.  Hélouis  mit  toutes  ses  notes  à  la  dispo- 
sition de  l'éditeur,  heureux  de  lui  fournir  ainsi  les  moyens 
de  contrôler  et  de  compléter  l'œuvre  commune.  M.  Guidi  a 
déjà  reconnu  dans  sa  Préface  ce  qu'il  doit  à  ce  collaborateur 
de  la  dernière  heure ,  mais  je  me  fais  un  devoir  de  rappeler 
ici  le  nom  de  notre  compatriote,  que  de  sérieuses  études 
Jointes  à  une  connaissance  profonde  de  l'Orient  moderne 
avaient  préparé  à  des  travaux  de  plus  haute  portée. 

Celte  liste  serait  incomplète  si  je  n'y  ajoutais  la  mention 
de  la  Société  orientale  allemande ,  qui  a  bien  voulu  concou- 
rir à  l'exécution  d'une  œuvre  d'utilité  publique,  en  lui  accor- 
dant une  subvention.  Enfin  la  maison  Brill,  si  habilement 
dirigée  aujourd'hui  par  M.  de  Stopellaar,  en  assurant  au  livre 
un  caractère  de  correction  scrupuleuse  et  d'élégante  exécu- 
tion typographique,  a  prouvé  une  fois  de  plus  qu'elle  pla- 
çait au-dessus  de  ses  avantages  particuliers  les  intérêts  de  la 
science ,  qui  lui  doit  déjà  tant  de  bonnes  et  sérieuses  publica- 
tions. 

B.M. 


556  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

RECUEIL  D'ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE 

PUBLIÉ    PAR  M.   GLERMONT-G ANNEAU. 
(librairie  LEROUX.) 

TOMB  IV,  LIVRAISONS   1  À  9. 
SOMMAIRE. 

S  1.  Jarres  Israélites  marquées  à  TestampiUe  des  rois  de  Juda.  — 
S  2.  Cinq  poids  israélites  à  inscriptions.  —  S  4.  Empédocle , 
Zenon ,  les  Manichéens  et  les  Cathares.  —  S  5.  Une  nou- 
velle dédicace  à  Zeus  Héliopolite.  —  S  6.  Jean  le  Hiéra- 
polite,  évéque  d'Abila  de  Lysanias.  —  S  7.  Le  «ratl»  arabe 
et  «l'éponge  ainéricaine ».  —  S  8.  La  ville  lévitique  dé 
Méphaat.  —  S  9.  Les  (rois  Karak  de  Syrie.  —  S  10.  Le  lieu 
de  la  lapidation  de  saint  Etienne.  —  S  II.  La  voie  romaine 
de  Palmyre  à  Risapha.  —  S  12.  Inscriptions  grecques  de 
Mésopotamie.  —  S  13.  Inscriptions  grecques  de  Palestine 
et  de  Syrie.  —  S  14.  La  «Tabella  devotionis»  punique.  — 
S  15.  Le  nom  de  Philoumenè  en  punique.  —  S  16.  Man- 
boug-Hiérapolis  dans  les  inscriptions  nabatéennes.  — 
S  17.  Resapha  et  la  Strata  Diocletiana.  —  S  18.  Inscrip- 
tions grecques  du  Haurân.  —  S  19.  Les  inscriptions  du 
tombeau  de  Diogène  à  Ël-Hâs.  —  S  20,  Les  inscriptions 
n**'  2197  et  2491  Waddington.  —  S  21.  Le  martyre  de 
saint  Léonce  de  Tripoli.  —  S  22,  Héron  d'Alexandrie  et 
Poscidonios  le  Stoïcien.  —  S  23.  Inscriptions  de  la  nécro- 
pole juive  de  Joppé.  (  A  suivre.  ) 

Les  livraisons  3  3-28  qui  terminent  le  tome  III  du  Recueil  ctar- 
chéologie  orientale,  et  dont  la  publication  avait  été  réservée,  viennent 
de  paraître.  Elles  sont  entièrement  consacrées  aux  tables  et  index 
détaillés  des  trois  premiers  tomes ,  qui  ont  été  dressés  par  M.  J.-B. 
Chabot ,  et  forment  quatre-vingt-cinq  pages  à  deux  colonnes ,  en  petit 
texte. 

Le  gérant  : 
RUBENS  DUVAL. 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES  DANS  LE  TOME  XVI,  IX«  SÉRIE. 


MEMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Page». 

Influence  de  la  religion  nosalrî  sur  la  doctrine  de  Râcliid  ad- 
dîn  Sinân  (René  Dussaud] 61 

Le  traité  du  philosophe  syrien  Probus  sur  les  «Premiers  Ana- 
lytiques »  d'Aristote  (A.  van  Hoonacrer) 70 

Mœurs  et  traditions  de  l'Aurès.  —  Cinq  textes  l)crbèrcs  en 
dialecte  chaouia  (G.  Mercier) 189 

Notes  d'épigraphie  et  d'archéologie  orientale  (J.-B.  Chabot).      2^9 

Deux  hymnes  samaritaines  (S.  Rappoport) 289 

Le  Taqrîb  de  En-Nawawi  (M.  Marçafs) 3i5 

Baal-Arvad ,  d'après  la  numismatique  des  rois  phéniciens  d'Ar- 
vad  durant  la  période  préalexandrino  (4oo  à  32  2  avant 
J.-C.)  [D'  J.  Rouvier] 347 

Une  inscription  du  royaume  de  Nan-Tchao  (L.  Chavanînes).      38i 

Note  sur  les  monuments  seldjoukides  de  Siwâs  (F.  Grenard).     45 1 

Notice  sur  trois  ouvrages  en  turc  d'Angora  imprimés  en  ca- 
ractères grecs  (Cl.  Huart) 409 

Le  Taqrîb  de  En-Nawawi  (M.  Marçais).  [Suite.] 478 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 

Procès-verbal  de  la  séance  générale  du  19  juin  1900 5 

Rapport  de  la  Commission  des  censeurs  sur  les  comptes  de 
l'exercice  1899,  lu  dans  ia  séance  générale  du  19  juin  1900.        8 

XVI.  36 


558  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1900. 

Rapport  de  M.  Specbt,  au  nom  de  la  Commission  des  fonds, 

et  comptes  de  Tannée  1899 ^^ 

Annexes  au  procès-verbal  :  L'idée  de  nature  dans  la  philo- 
sophie de  rÉcole  coniiicéenne  (F.  Farjbnel) i4 

Amatas,  disciple  d'Antoine  (F.  N\u) a3 

Ouvrages  offerts  à  la  Société .^ 3 1 

Tableau  du  Conseil  d'administration  conformément  aux  no- 
minations faites  dans  l'assemblée  générale  du  1 9  juin  1 900.       34 

Liste  des  membres  souscripteurs  par  ordre  alphabétique. . .        36 

Liste  des  membres  associés  étrangers  suivant  Tordre  des  nomi- 
nations          54 

Liste  des  sociétés  savantes  et  des  revues  avec  lesqaeUes  la  So- 
ciété asiatique  échange  ses  publications 54 

Liste  des  ouvrages  publiés  par  la  Société  asiatique 58 

Collection  d'auteurs  orientaux 59 

Annexe  au  procès-verbal  de  la  séance  du  9  mars  1 900  :  L'in- 
scription de  Nérab  (M.  Halévy).  —  Mission  à  Nedroroah 
et  chez  les  Traras  (M.  Basset) 167 

Bibliographie  :  Dictionnaire  thibétain-latm-françaîs  (H.  GoR- 
dier).  —  Die  Lobensbeschreibung  von  «Padma  SambhavaB  dem 
Bogrûnder  des  Lamaismus  (L.  Feer).  —  Recueil  d'archéologie 
orientale,  sommaire  du  t.  IV,  lîvr.  1-9  (M.  Clbrmont-Gannbao).        181 

Notice  sur  un  manuscrit  des  fables  du  Kalilah  et  Dimnah 
(R.  Basset) 36o 

Bibliographie  :  Ibn  Gauzi's  Manaqib  *Omar  ibn  *Abd  rl-*Ani 
(  B.  M.  )  —  L'épopée  byzantine  à  la  fin  du  x*  siècle ,  par  G.  Schluio- 
bei^r  (B.  M.).  —  Kunikh  Grammar,  by  the  Bev.  Fenl.  Hahn 
(L.  Feer).  —  Méthode  de  transcription  rationnelle  générale  dpf 
noms  géocrraphiques ,  par  Chr.  Garnicr  (G.  Demnmbynes).  —  A 
History  of  Ottoman  poetry,  by  E.  J.  W.  Gibb.  (B.  M.) 869 

Procès- verbal  de  la  séance  du  9  novembre  190Q 53  s 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 535 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1.4  décembre  1900.. 54o 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 543 

Bibliographie  :  Nouvelles  bibliographiques  (E.  Drouin).  — 
Tables  alphabétiques  du  Kilâb  al-Agânt  (B.  M.).  —  Revue 
d'archéologie  orientale,  sommaire  du  t.  IV,  liv.  i-a3  (M.  Clbr- 
mont-Gannf.al  ) 546 


JOURNAL  ASIATIQUE 

OU 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES 

D  E.VniAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  i  LUIISTOIRE,  i  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LAEfGOES 
ET  X  LA  LITTERATURE  DES  PEUPLES  ORIENTAUX 

Pin  MM.   BAftBiEn  l>E  MEïnAnD,  A*   BAATn 

R.    MSSST,    C11AVAN,^£S,    CLlLtU]0]lT-G&:«>£AC ,    DHODI!*,   ^WMR 

HILEVÏ.    ÏIAEPfiHO 

DFPEnT*    nOBE^S    0DVAL,    E.  SE.<«AnT,    ETC. 

ET   PUBLIÉ   PAR  LA   SOCIÉTÉ   ASIATIOUB 


NEUVIÈME  SÉRIE 

TOME  XVI 
N-  3  —  NOV'EMBUE-DÉCKMBBE  1000 


TaljlGau  des  jours  de  siance  pour  rannée  1900. 

Lcï  Avances  oui  lieu  le  teconil  irtWrcdi  du  mulii  à  d  Wuics  et  dctïiic, 
au  «iègo  diî  la,  Socî^l^,  rue  du  SeLiic,  n'  k 

fiTVInii. 

riviiif». 

It&KÏ. 

iVfel^. 

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EibUotMcTuo. 
r,a  B'tbîloltiLtjuc  de  l:i  ScKiÔtà,  rue  de  Scîiic,  n^  l,  cal  ouverte  lous  Ica 
samedis j  dy  3  lourtia  à  G  licures. 

EnNKST   LEROUX,    lîDITEUR, 

RUE  AQNAf^ARTËi    î*"*  a8* 


OUVRAGES  PUBlJliS  PAR  lA  SOCIETE  ASIATIQUE 

ÂJjonnemenL  annuel»    Pm*îft  ;  a  5  fr,  -—^  Départements  :  37  fr,  5ô,  — 
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.Vaïiyiîim'lttj  1573-1873  (nouveaiui  tirage)  »   i  yo\,  in-8"*  -*♦..,*      3ti  fr» 

Innsx  AtPHABiTiQtfE  FôiJR Ib»  Batootau,  i8§3  (a*  tirage),  in-S*.  -  -        a  fr, 

Maçotjoj*  Les  PftAmrEs  i>*oii^  texte  aral>e  el  Irutluition*  par  M.  Bnrhttr  d$ 
Meynard  (les  trois  premiers  vdlumes  en  roUabûratîon  arec  M,  Pavel  dt 
Coiimilk).  1 861-1 S77,  g  voL  m-H\  ,..,..♦* » ^7  fK  5o 

MkçQVuu  Lu  Lnns  i>ii  i/AviciiTiss£AiE?fT  ET  &Ë  iA  iiKTisEO?)! ,  ttacliictjon  par 
//,  Carra  de  Foilt,  ï  voL  in-S"* * . 7  &.  Sa 

CllA^Tl  POroLAiRÊS  DiiS  A*'CiiAN8,  rfuneiUis,  publiés  et  traJuîla  par  Jamis 
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CiiummLes,  professeur  an  CoOège  de  Franci**  10  ^ùtumw  îp^S*  jt^n  ooilr^^ 
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